Jeudi 11 décembre 2008 4 11 /12 /Déc /2008 00:28

"D'Oswald Spengler à Aldous Huxley, nombreux sont les observateurs de notre époque qui ont fait le rapprochement entre les années dramatiques où la Providence nous a fixé de vivre, et celles, vieilles de quinze siècles, où s'effondra dans le feu, le sang et les larmes, l'Empire que Rome avait su édifier. Alors, aux environs de 375-425 de notre ère, de terribles événements eurent lieu. Attaqué de partout, rongé par l'infiltration déjà ancienne des Germains, plus encore épuisé par les vices et les maladies sociales, l'antique Imperium, né des oeuvres de la Louve, s'effondra en d'affreux soubresauts. En cinquante ans, l'Occident tout entier fut la proie des flammes ; seul l'Orient byzantin réussit à tenir bon. Ce fut une époque de violences complexes, de tyrannie, de terreurs spasmodiques. Et quand nous prononçons le mot de Barbare, c'est à de tels faits que nous pensons.

Mais à y regarder de plus près, ce vigoureux et redoutable tableau ne nous fait saisir qu'une conséquence : il ne nous livre que partiellement le sens des événements. Nous regardons les Wisigoths ou les Vandales se ruer à l'assaut des cités romaines et se livrer à tant de brutalités, que leurs noms mêmes nous soulèvent encore traditionnellement d'horreur. Nous regardons Attila et ses hordes ravager les champs et les cultures, cet Attila dont nos livres d'enfants nous disaient "que l'herbe ne repoussait plus là où son cheval avait passé". Est-ce là l'essentiel ? Est-ce dans cette dramatique et sommaire imagerie de l'Histoire qu'il faut chercher à comprendre ce grand fait, cette mystérieuse rencontre qui voulut que les invasions barbares eussent lieu exactement au moment où la civilisation antique avait épuisé ses réserves vitales, où elle était littéralement à bout de souffle, à bout d'âme, et qu'en somme Alaric, Genséric, Euric, Attila et les autres eussent accompli une tâche providentielle ?

C'est qu'à la vérité la notion de Barbarie ne se réduit pas à des données purement extérieures, à ces apparences terribles sous lesquelles elle impressionne l'imagination ; le Barbare tue, incendie, torture et viole, et c'est par là qu'il se révèle au civilisé comme un ennemi irréductible. La vérité est bien plus profonde elle engage bien davantage le processus même de l'Histoire, celui par lequel les civilisations sont «mortelles», et doivent incessamment se renouveler.

Les Barbares ne sont qu'une manifestation d'un certain état de fait, celui d'un temps, d'une époque, d'une forme de vie qui porte en soi la nécessité inéluctable d'un changement. A la fin du IVème siècle, c'était le monde méditerranéen entier, l'Empire romain dans son ensemble qui se trouvait en état de barbarie. Du côté de ceux qui se croyaient civilisés, il y avait, en réalité, un état de déséquilibre profond, un porte à faux tragique. Toutes les valeurs morales et spirituelles sur lesquelles s'était édifiée la Romanité étaient ruinées. Les vieilles vertus latines n'existaient plus. Les cadres de la société, ceux du travail et ceux de la famille, n'apparaissaient plus que comme des trompe-l'oeil. Une plèbe abrutie par la paresse, qui, durant près de trois siècles, avait pris son plaisir à assister à des exécutions publiques et à voir dévorer des hommes par des fauves, était exactement aussi barbare que la pire brute germanique ou asiatique. Le Barbare n'est pas seulement le fait des éléments neufs qui aspirent à bouleverser à leur profit l'Histoire ; elle est aussi celui des sociétés agonisantes qui s'apprêtent à recevoir le coup mortel.
Quant aux Barbares eux-mêmes, ce sont  en sens inverse,    des hommes qui n'ont pas encore assimilé les valeurs de civilisation. Il leur arrive d'en faire usage, - Théodoric avait des conseillers érudits et Attila parlait bien latin, - mais ils n'en ont pas encore absorbé les substances. Les principes moraux qui sont la base d'une société civilisée, ils les ignorent ou les dédaignent. Eux aussi sont, en un sens, placés en équilibre instable, en porte à faux.


On commence à comprendre peut-être le sens de la comparaison à laquelle nous nous référions tout à l'heure. Notre société est, incontestablement, en Barbarie, en ce sens qu'elle est en porte à faux sur l'Histoire, qu'elle ne repose plus sur l'équilibre dont vivaient les hommes depuis environ un millénaire et qu'elle n'en a pas encore retrouvé un nouveau. Les valeurs sur lesquelles vivait la civilisation blanche, sont toutes menacées, quand elles ne sont pas définitivement brisées. Des trois éléments fondamentaux qu'on discernait aux origines de l'Occident, aucun n'est indemne. La grande idée grecque d'une certaine hiérarchie de la personne basée sur le culte des valeurs de l'esprit, qu'en reste-t-il en un temps fasciné par l'utile et qui ne connaît que le rendement ? Le principe romain d'une certaine conception du droit intangible, contre lequel rien, même pas l'Etat, ne pouvait prévaloir, qu'est-il devenu au jour des propagandes, des tyrannies collectives, en ces temps noirs où l'idée même d'innocence et de culpabilité n'a plus de signification ? Et quant à la leçon la plus haute que l'Occident ait jamais entendue, celle que les Apôtres du Christ nous firent connaître aux origines de notre Histoire, il suffit d'en prononcer la formule pour qu'elle paraisse dérisoire aux hommes de notre siècle de haine : "Aimez-vous les uns les autres".



C'est tout cela, c'est ce complexe affreux de démission et de trahison qui définit la Barbarie, notre Barbarie. C'est parce que notre société tout entière s'est trahie, parce qu'elle a laissé dissoudre les principes qui l'avaient fait vivre, parce que sa morale, sa justice, sa foi se sont effritées, que les Barbares la menacent. Pour nous aussi, hommes du XXème siècle, comme pour les Romains du Vème, la Barbarie est une conséquence, [....] La Barbarie, nous la portons en nous.

N'y a-t-il donc rien à faire et les Barbares sont-ils inéluctables ? Nous n'osons pas les reconnaître, mais déjà ils sont parmi nous. Comme au temps où les premiers empereurs romains, croyant bien faire, installaient des tribus germaniques à l'intérieur des frontières, la pénétration des Barbares est commencée. Une nouvelle race d'hommes existe, mêlée aux cadres d'une société agonisante, et prêts à opérer par le fer et par le feu, la relève de l'Histoire. Déjà a commencé ce que le grand philosophe espagnol Ortega y Gasset, dans son essai prophétique, La Révolte des masses, a parfaitement appelé « l'invasion verticale des Barbares ». Un monde meurt parmi nous, un autre s'efforce à naître ; il est de règle naturelle que la mort et la naissance se fassent également dans la douleur.


Mais, pour quiconque sait dépasser le cadre des contingences personnelles, le devoir est tout tracé. Quand une époque est « en Barbarie », il existe en elle, simultanément, des valeurs permanentes destinées à survivre et des éléments éphémères qui sont comme la crasse des événements. Lorsque les cataclysmes du Vème siècle eurent labouré la vieille terre d'Europe jusqu'au roc, on vit germer de nouveau, lentement, des principes de civilisation qui allaient peu à peu grandir et s'épanouir. Des longues années d'horreur et de violence qui constituent le Haut Moyen Age, ce qui est sorti, en définitive, c'est un des chefs d'oeuvre de l'évolution humaine, la civilisation du Moyen Age, celle de saint Louis et de saint François d'Assise, celle des Cathédrales et de saint Thomas d'Aquin.


Ainsi, dans le monde qui nous entoure, bien des éléments ne sont qu'illusions, faux-semblants, peut-être déjà pourriture. Mais il en est aussi qui portent en eux le germe des valeurs éternelles, sur lesquelles le monde futur s'édifiera. Il ne s'agit pas de préserver les premiers, sous prétexte de sauvegarder les seconds. Au contraire, il s'agit de choisir à temps. Il s'agit de rejeter tout ce qui ralentit la marche de l'humanité vers un avenir plus harmonieux et plus juste, et de défendre avec une extrême vigueur, - même si en apparence, c'est en pure perte, - ces valeurs fondamentales qui font que l'homme est l'homme ; le respect de la personne, le souci de la justice, un certain idéal de vérité et de charité. Notre rôle, à nous qui essayons de penser notre temps et de le juger selon certains principes, sera, peut-être, au coeur des déchaînements de la force et de la haine, assez semblable à celui de ces moines du Haut Moyen Age qui, environnés par la violence et menacés sans cesse, firent front aux pires tempêtes, et, en définitive, sauvèrent l'Esprit".



                                                                                                                   DANIEL-ROPS (1949)


Par Christocentrix - Publié dans : Signes des Temps
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Mercredi 10 décembre 2008 3 10 /12 /Déc /2008 12:00


"Jadis, dans l'Église orthodoxe, existait un très vieux rite qui ne cessa qu'avec la première guerre mondiale. Au soir du Samedi-Saint, dans la Basilique du Saint-Sépulcre à Jérusalem, en ce lieu même où gît le corps du Crucifié, le Patriarche allumait une torche et en communiquait le feu à des milliers de cierges, de bougies et de lampes ; l'assistance tout entière devenait un océan de lumière.(*)
Puis cette flamme était emportée au galop de quatre chevaux, qu'on remplaçait en maints relais, jusqu'aux quatre sanctuaires principaux de l'orthodoxie : Athènes, Byzance, Kiev et Moscou. Ainsi le feu même allumé au tombeau du Messie servait-il à rendre vie à toutes les flammes liturgiques des basiliques qui en gardaient le souvenir toute l'année.
Le symbole était beau. Il évoque maintes choses dont le sens n'a pas cessé de nous être proche : cette descente aux Enfers où le Christ apporta la lumière aux âmes ; cette flamme de la Vérité dont il fut dit qu'elle ne doit pas être mise sous le boisseau, et surtout ce mot profond de Jésus, d'une actualité toujours indiscutable : « Je suis venu apporter le feu à la Terre, et que désirè-je, sinon qu'il brûle ! »
Et cependant, faut-il l'avouer ? toutes ces leçons que nous recevons à travers le symbole du vieux rite ont quelque chose de douloureux pour nous et de désespérant. Ce feu, que le Christ alluma sur la terre, brûle-t-il encore sur le monde qui est le nôtre ? Cette lumière qu'il porta aux âmes enténébrées, qu'en avons-nous fait au coeur de nos ténèbres ? Pouvons-nous dire, en toute conscience, que nous n'avons pas mis la lumière sous le boisseau ?

II y a, pour un chrétien, dans le spectacle de l'univers humain de ce siècle, un perpétuel sujet de honte. Que depuis deux mille ans, le message sublime de l'Evangile n'ait pas eu plus d'efficacité, que notre société moderne soit aussi brutale, aussi injuste, - et pire peut-être, en un sens, par la volonté de négation et de refus, - que la société de l'Empire romain au temps où Jésus apparut ; ce devrait être pour nous tous un constant sujet de méditalion pénible. Les adversaires du Christianisme n'ont pas tort quand ils lui opposent ses propres principes, quand ils observent cette carence des chrétiens, leur secrète démission en face de l'injustice et le mot du vieux Clemenceau est de ceux qu'on devrait avoir présents à l'esprit, dès que, chrétiens, on juge des faits sociaux et politiques : « La Révolution serait faite le jour où tous les Chrétiens se mettraient à vivre leur Christianisme. »

Nous croyons que cette flamme jaillie du Coeur divin, cette flamme de vérité, d'amour et de justice, est la seule qui puisse purifier ce monde souillé qui est le nôtre. Nous croyons que la lumière de Pâques peut seule montrer aux hommes leur chemin. Mais l'effort est immense à accomplir pour que la lumière triomphe, et nous avons du travail plein les bras. Un chrétien n'est rien, s'il n'est pas ce porte-flamme, ce témoin de la Lumière. Quand donc tous les chrétiens oseront-ils être ce qu'ils sont ?

Nous savons tous que nous vivons dans un monde injuste ; nous savons que l'amour, le désintéressement, la charité véritable suffiraient déjà à harmoniser ces relations sociales et internationales que nous voyons de jour en jour devenir plus désaccordées, plus grinçantes. Nous savons que, près de nous, la vérité et l'équité sont bafouées, que nous sommes environnés d'imposture. Et nous nous taisons! Ah! comme on comprend la colère, la sainte fureur d'un Bloy, d'un Bernanos, fouaillant impitoyablement, un certain conformisme et une certaine lâcheté chrétienne !

Le monde moderne se trouve, de plus en plus évidemment, placé devant un dilemme. L'anarchie, l'incohérence où il est ne pourront plus durer. - Un ordre s'établira - Dieu sait peut-être après quelles catastrophes ! Il s'agit de décider si cet ordre sera celui qui repose sur les principes de renoncement et d'amour, sur la morale évangélique, ou s'il sera celui, inhumain autant que rigoureux, qu'on voit aux sociétés d'insectes.

Déjà la flamme est là qui luit dans les ténèbres, et demain pourra tout dévorer. Il s'agit de savoir, en définitive, si ce sera celle qui jaillit au Sépulcre, la nuit où Dieu appela les hommes à la Résurrection, ou si ce sera celle qui, du fond des abîmes, surgit, éternellement aussi, brandie par l'esprit de haine et de négation".

 


                                                                           Daniel-Rops (Chants pour les abîmes, 1949)
*[ce rite a été rétabli]

Par Christocentrix - Publié dans : Orthodoxie - Communauté : Communauté spirituelle
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Dimanche 7 décembre 2008 7 07 /12 /Déc /2008 19:37


Par la prière, je purifie la vue de ma foi,
pour ne pas Te perdre dans le brouillard,
mon Étoile la plus radieuse !


« Qu'en ferait-Il, Dieu, de ta prière ? »,
me demandent les laboureurs ténébreux de la terre.


Vous dites vrai, fils de la terre.
Qu'en ferait-elle, l'étoile polaire,
de la longue-vue du navigateur,

puisqu'elle voit le navigateur même sans longue-vue ?
Mais ne me demandez pas - puisque vous le savez déjà -
ce que le navigateur ferait de la longue-vue !

La prière m'est utile, à moi, pour que je ne perde pas de vue l'Étoile salutaire
et non pas pour que l'Étoile ne m'égare.
Qu'en serait-il de ma vue intérieure,
si je cessais de l'entraîner avec ma prière ?

Ne s'entraînent-ils pas, les soldats terrestres, longuement et péniblement,
afin de voir les éléments plus éloignés ?

Ne s'entraînent-ils pas les tisserands de soie, longuement et péniblement,
pour distinguer le fil le plus fin ?

Comment n'entraînerais-je pas la vue de ma foi,
afin que je puisse voir, plus nettement encore, mon unique trésor ?

Pris au piège des illusions, j'ai à peine entr'aperçu une ouverture vers le dehors,
et dois-je donc la perdre de vue ?


Mettez-vous bien dans la tête, chers compagnons,
que ce n'est pas peu de chose que de voir Dieu.

Vous qui sacrifiez les richesses,
afin de voir la magnificence de l'équateur et la lumière boréale,

soyez prêts à payer plus cher la vision de Celui
en comparaison duquel la magnificence de l'équateur est une misère

et la lumière boréale une bougie en suif.

Quand bien même vous donneriez aussi votre vie entière pour Le voir, Lui,
vous n'aurez donné que peu de chose.

Mais Il est noble et bienveillant, et Il ne vous demande pas davantage.

Vous les entraîneurs du corps, qui n'oubliez aucun matin pour entraîner vos bras
et vos jambes, et votre tête et votre cou,

êtes-vous, en réalité, des êtres pensants, vous les samouraïs ?

Êtes-vous réellement des êtres pensants si vous considérez
que votre foi en Dieu deviendra
et restera clairvoyante sans entraînements ?

Tout le Ciel étoilé, qui regarde encore l'expérience de vos pères,
m'est témoin que votre foi deviendra aveugle,

si tant est qu'un jour elle ouvre les yeux.

Et sur les lieux du bien perdu,
seule une dénomination sournoise subsistera.

Maintenez trois jours seulement vos yeux bandés,
et vous sentirez que la lumière du soleil les blesse.

Rompez votre relation avec Dieu trois heures seulement,
et vous sentirez que vous avez du mal à regarder de nouveau Sa lumière.


Vous me demandez combien dure ma prière ?

Pouvez-vous me comprendre quand je vous dis :
elle est plus longue que mes jours ?

Car par ma prière, je dois entraîner votre foi aussi,
lui ouvrir la vue, et lui montrer la vision et Celui qui est vu.

En vérité, par ma prière, j'emplis et mes jours et les vôtres.
J'invoque sans cesse tous les cercles célestes
pour qu'ils me soutiennent dans la prière par leur recueillement éternel,

et que je sois digne de mûrir en moi cette Gloire, cette Splendeur,
dont ma prière attend le mûrissement.


Ô mes compagnons, comme est grandiose la vision de la foi !

Je vous en fait le serment : si vous saviez, votre prière ne connaîtrait ni repos ni fin.


                                                                Prières sur le Lac - Nicolas Vélimirovitch





Par Christocentrix - Publié dans : la Foi
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Vendredi 5 décembre 2008 5 05 /12 /Déc /2008 23:32

RIA Novosti.
Le patriarche Alexis II, qui a dirigé l'Eglise orthodoxe russe pendant plus de 18 ans, est décédé vendredi à l'âge de 79 ans.

Moscou, 5 décembre 2008, 12h17, Interfax –Le patriarche Alexis II de Moscou est décédé à sa résidence à Peredelkino, dans la région de Moscou, "il y a une heure, une heure et demi d'ici," a déclaré le responsable des relations publiques du patriarcat de Moscou, le prêtre Vladimir Vigilyansky.







Paris le 5 décembre 2008 –– Rappel au Seigneur de Sa Sainteté Alexis II, patriarche de Moscou et de toute la Russie.

Un grand deuil s’est abattu sur le plérôme de l’Eglise orthodoxe dans le monde. Le Patriarche Alexis II de Moscou (né Alexeï Mikhailovitch Ridiger le 23 février 1929 à Tallinn en Estonie) est né au ciel en ce jour où l’Eglise orthodoxe commémore Saint Sabas le Sanctifié.
L’Eglise orthodoxe russe perd ainsi son primat et le plérôme de l’Eglise orthodoxe, une de ses grandes figures contemporaines. Le primat de l’Eglise russe, rappelé ce jour auprès de son Seigneur, est le 15ème patriarche de l’Eglise orthodoxe russe. Elu patriarche de Moscou en 1990, à une époque très charnière et sensible de la vie de cette Eglise, il conduisit avec dignité, courage et détermination la renaissance de cette éminente Eglise orthodoxe, riche en potentiel, longtemps et profondément martyrisée tout au long du XXème siècle.

Les évêques orthodoxes, membres de l’Assemblée des Evêques Orthodoxes de France, partagent la peine de l’Eglise orthodoxe russe. Ils s’associent à son deuil et adressent à Son Eminence l’Archevêque Innocent, aux fidèles orthodoxes du diocèse de Chersonèse ainsi qu’à tous les hiérarques, pasteurs et fidèles du Patriarcat de Moscou dans le monde, les plus vives et profondes condoléances fraternelles.
Les membres de l’AEOF demandent à tous les orthodoxes de France d’élever les prières pour le repos de l’âme de feu Sa Sainteté le Patriarche Alexis II de Moscou et de toute la Russie. Mémoire éternelle !





Par Christocentrix - Publié dans : Orthodoxie - Communauté : orthodoxie
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Vendredi 5 décembre 2008 5 05 /12 /Déc /2008 22:49

Ceux qui éduquent n'éduquent pas mais aveuglent.
Que feras-Tu d'eux, Seigneur ?

Ils détournent Tes enfants de Toi et leur défendent d'approcher Ta sagesse,
car ils disent : « Le Seigneur est une vieille parole de vos grands-pères morts.
C'est un vieux talisman que vos grands pères portaient, et ils sont morts.
Nous allons vous enseigner à bêcher la terre,à bien nourrir le corps,
à forger l'or, qui brille plus fort que le Seigneur mort. »

Que feras-Tu des blasphémateurs de Tes enfants, Seigneur ?

 

« Je n'en ferai rien, car ils ont tout fait
pour la malédiction de leur descendance et de leur lignée.
En vérité, ils se sont préparés pour eux et pour leur peuple
un destin pire que celui des scribes et des sadducéens de Judée.
Car ils les ont eus pour exemples et n'en ont rien appris.

Dans leur vieillesse, ils entendront le tintement des épées sur leur seuil,
et ils mourront de faim, chauves et chassieux,
et ils n'oseront montrer leur nez dehors pour avertir leurs disciples.
De quoi les avertiraient-ils,
puisque mon nom a été banni de leur coeur de haïdouks ?
Et pourquoi les avertiraient-ils,
puisqu'ils les ont préparés à cela dans leur bêtise immense,
qui accompagne chacun de ceux que je n'accompagne pas ? »


Qu'adviendra-t-il d'eux, Seigneur ?

 

« Il leur adviendra pire qu'aux Babyloniens,
quand dans leur puissance ils se prosternaient devant le sang et l'or
et enseignaient à leurs enfants à en faire autant.

La faim viendra d'abord, telle que Babylone même ne la connut jamais.
Puis la guerre pour le pain, d'où ils reviendront vaincus.
Puis un massacre mutuel et la mise à feu des villes et des villages.
Puis les maladies, que la main des médecins n'osera pas toucher.
Et les instituteurs seront fouettés et poursuivis
pour être les fossoyeurs de leurs élèves,
à cause desquels toutes les routes empesteront. »


Ceux qui dirigent le peuple ne le dirigent pas mais le leurrent.
Que feras-Tu d'eux, mon Seigneur ?

 

« Ils ont soulevé le peuple à cause de leurs intérêts,
et quand le peuple s'est révolté et s'est soulevé,
ils se sont retirés du pouvoir
et ont mangé tranquillement le bien qu'ils ont détourné.
Ils rejettent la faute sur leurs adversaires,
mais empruntent leurs sentiers.
A cause de leur vacarme, le sage n'a pas accès à la parole.
Ils flattent le sot et l'oppresseur uniquement pour accéder aux premières loges.
Tout le jour, ils écrivent des lettres et propagent le mal que font leurs semblables,
afin de cacher le leur.

Ils n'enseignent pas la vérité au peuple,
mais le nourrissent de mensonges tout au long de l'année.

Ils sont impuissants à faire justice au peuple,
mais ils l'intimident en l'apeurant
avec l'injustice bien plus mauvaise des temps passés.
Ils pillent pour eux et pour leurs amis,
car ils savent qu'ils n'en ont pas pour longtemps. »


Que feras-Tu d'eux, juste Seigneur ?

 

« Eux, ils ont tout fait, et moi, je n'ai rien à faire
sinon les abandonner à eux-mêmes.
En vérité, ils ne mangeront pas en paix leur bien,
mais ils le dépenseront en offrandes à leurs proches qui sont morts.

Ils s'appauvriront, et des souris traverseront leurs chemises trouées.
Ils rêveront des révoltes de ceux qui ont été dupés et pillés,
et se lèveront à minuit, terrifiés et en sueur.
Leur vie sera longue pour que leur châtiment soit plus long.

Ils vivront pour voir leur maison en cendres,
et ils fuiront leur pays, affamés et malades,
et ils n'oseront dire leur nom devant personne.

Ils verront des étrangers dans leurs pays,
et ils leur quémanderont un morceau de pain.

Leur État sera pire que l'empire romain.
Car ils ont eu Rome pour exemple et n'en ont tiré aucune leçon.

Leur peuple, qui les a engendrés,
sera en bien plus mauvaise posture que le peuple juif.
Car ils ont eu le peuple juif en exemple,
et n'en ont tiré aucune leçon.

Ils entendront calomnier leur nom,
mais ils n'oseront pas montrer le bout de leur nez.

Ils verront leur peuple enchaîné et conduit en cortèges,
et ils auront peur pour eux-mêmes.

Et ils entendront, aussi bien en rêve qu'éveillés,
le blasphème de leur nom, et ils trembleront ;
ils trembleront mais ils ne pourront pas mourir. »


Seigneur Grand et Redoutable, tous Tes chemins sont clémence et vérité.
Que feras-Tu de ceux qui ont été aveuglés, abusés, trompés et pillés ?


« Si quelqu'un se souvient de mon Nom,
je me souviendrai aussi de lui et je le sauverai.

J'attends que quelqu'un m'invoque, et je répondrai à son appel.
Tant qu'il y aura un appel sur la terre, il y aura un écho au Ciel.

Je suis Celui, qui est le plus proche de tous et de tout.
Je me donne à celui qui me désire ;
je me retire de celui qui ne me connaît pas.
Sans moi le monde est cendre de cendres.
Et sans moi les hommes sont plus impuissants que la cendre !»



                                          Prières sur le Lac - Nicolas Vélimirovitch

Par Christocentrix - Publié dans : la Foi - Communauté : Communauté spirituelle
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Vendredi 5 décembre 2008 5 05 /12 /Déc /2008 22:08

par Nicolas Vélimirovitch


Bénis mes ennemis, Seigneur ;
ainsi que moi-même je les bénis et ne les maudis pas.
Mes ennemis m’ont poussé vers toi plus que mes amis.
Car mes amis m’ont attaché à la terre,
alors que les ennemis m’ont libéré de la terre
et ils ont détruit toutes mes ambitions mondaines.
Mes ennemis ont fait de moi un étranger en ce monde
et un habitant superflu de la terre.
Ainsi qu’une proie trouve un abri plus profond que l’animal non traqué,
ainsi moi-même j’ai trouvé l’abri le plus sûr, étant réfugié sous ton Tabernacle,
là où ni amis ni ennemis ne peuvent tuer mon âme.


Bénis mes ennemis, Seigneur,
ainsi que moi-même je bénis mes ennemis et je ne les maudis pas.
Eux, plus que moi-même, ont confessé mes péchés au monde ;
ils m’ont puni, lorsque j’hésitais à me punir moi-même ;
ils m’ont tourmenté, lorsque je cherchais à fuir les souffrances ;
ils m’ont critiqué, lorsque je me flattais ;
ils m’ont craché à la figure, lorsque j’étais arrogant.

Bénis mes ennemis, Seigneur,
ainsi que moi-même je bénis mes ennemis et je ne les maudis pas.
Quand je me croyais sage, ils m’ont appelé stupide ;
quand je me croyais puissant, ils se sont moqués de moi ;
quand je prétendais diriger les gens, ils m’ont relégué à l’arrière-plan ;
quand je m’empressais de m’enrichir, ils m’en ont empêché de main forte ;
quand je souhaitais dormir paisiblement, ils m’ont réveillé de mon sommeil ;
quand je voulais me construire une maison pour une vie longue et tranquille,
ils l’ont démolie et m’en ont chassé.
Mes ennemis m’ont véritablement détaché de la terre
et ils ont tendu mes mains vers la frange de ton vêtement.


Bénis mes ennemis, Seigneur,
ainsi que moi-même je bénis mes ennemis et je ne les maudis pas.
Bénis-les et multiplie-les ;
multiplie-les et rends-les encore plus acharnés contre moi,
afin que ma fuite vers toi soit sans regard en arrière,
afin que toute ma confiance dans les hommes soit dispersée
comme fil d’araignée dans le vent ;
afin que la paix totale commence à régner sans partage en mon âme ;
afin qu’en mon cœur meurent mes fautes jumelles, l’arrogance et la colère ;
afin que je puisse amasser tout mon trésor dans le ciel ;
afin que je puisse être libéré de mon aveuglement,
qui m’a tant enlacé dans un effrayant tissu d’illusions.
Mes ennemis m’ont appris à connaître ce que peu savent :
nous n’avons d’autres ennemis que nous-mêmes.
Il haït ses ennemis, celui seul qui n’a pas reconnu
qu’ils ne sont pas des ennemis, mais des amis impitoyables.
Il m’est difficile à dire qui m’a fait le plus de bien ou de mal :
mes amis ou mes ennemis.


Ainsi, Seigneur, bénis et mes amis et mes ennemis.
L’esclave maudit les ennemis, car il ne comprend pas.
Mais le fils les bénit, car il comprend.
Car le fils sait que ses ennemis ne peuvent atteindre à sa vie ;
ainsi il marche libre au milieux d’eux et il prie Dieu pour eux.


    
 

Par Christocentrix - Publié dans : la Foi - Communauté : Communauté spirituelle
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Vendredi 5 décembre 2008 5 05 /12 /Déc /2008 18:34

Peut-être avez-vous lu les textes sur ce blog (catégorie : "la Foi") intitulés "Question", "Larme", (titres imaginés car en fait ils n'ont pas de titres et seulement un numéro) et vous êtes-vous demandé qui en était l'auteur?  
L'auteur est ni plus ni moins qu'un saint ( Nicolas de Jitcha - de son vrai nom : Nicolas Vélimirovitch).
Je vais emprunté quelques éléments biographiques présentés par Jean-Claude Larchet dans son introduction à Prières sur le Lac de Nicolas Vélimirovitch  (et traduites du serbe par Zorica Terziç) pour vous présenter cet homme exceptionnel, ce saint, qui fut aussi un auteur admirable. Ces Prières sur le Lac ont été éditées par L'Age d'Homme en 2004.
"[...]C'est au monastère Saint-Tikhon à South Canan (U.S.A) , dans la modeste chambre qu'il occupait, que Monseigneur Nicolas Vélimiroviç s'endormit dans le Seigneur, le dimanche 5 mars 1956 au petit matin.

Ses obsèques furent célébrés à la cathédrale Saint-Sava de la ville de New York, puis son corps fut transféré au monastère de Saint Sava à Libertyville (qu'il avait fondé lors de son premier séjour aux État Unis). On l'ensevelit près de l'autel de l'église, en présence de nombreux fidèles orthodoxes.

À l'annonce de sa mort, les cloches de nombreux monastères et églises retentirent en Serbie, et des pannychides et des offices à sa mémoire furent célébrés pendant quarante jours. La dernière volonté de Monseigneur Nicolas était d'être enterré dans sa chère
« patrie », « là où il avait appris l'alphabet », c'est-à-dire au monastère Celije près de Leliç, son village bien-aimé.


Le Père Justin Popoviç fut le premier en Serbie à parler publiquement de Monseigneur Nicolas comme d'un saint, en particulier lors des pannychides annuelles célébrées à Leliç, tandis que l'évêque de l'Église russe hors-frontières aux États-Unis, Monseigneur Jean Maximovitch, l'appelait, déjà en 1958, « le Chrysostome de notre époque, un grand homme saint et un Maître universel de l'Orthodoxie ».

La vénération croissante du peuple serbe à l'égard de Monseigneur Nicolas amena l'Église serbe à adresser au Gouvernement américain, par l'intermédiaire du neveu de Monseigneur Nicolas, Tiosav Velimiroviç, magistrat à Belgrade, une demande pour que ses reliques fussent rapatriées en Serbie. Celles-ci furent transférées le 3 mai 1991 et accueillies à l'aéroport de Belgrade par Sa Sainteté le patriarche Paul et de nombreux évêques, prêtres, moines, ainsi que par le peuple. Un accueil semblable, en présence d'un nombre plus grand de fidèles, eut lieu en l'église Saint-Sava à Belgrade (du 3 au 5 mai 1991), puis au monastère de Ziça (du 5 au 12 mai 1991). De là les reliques de Monseigneur Nicolas furent transférées à Leliç, son village natal et déposées en son église, où elles reposent aujourd'hui.

Le 18 décembre 2002, la veille de la Saint-Nicolas, les reliques de Monseigneur Nicolas furent de nouveau transférées à Ziça, où une foule immense vint se recueillir et lui rendre hommage jusqu'au jour de la Saint Étienne (le 09 janvier 2003).


Ce transfert se fit à l'occasion d'une série de célébrations à la mémoire de Monseigneur Nicolas, organisées au monastère de Ziça et à Kraljevo. L'un des moments forts de ces célébrations fut un symposium international organisé par Monseigneur Athanase Jevtiç, et auquel participèrent douze métropolites et évêques, de nombreux higoumènes, moines, moniales et représentants du clergé, ainsi que diverses personnalités venues de toutes les régions de l'ex-Yougoslavie, mais aussi des États-Unis, de Russie, de France, de Géorgie et de Palestine. Vingt-cinq communications présentèrent divers aspects de la vie, de la personnalité et de l'oeuvre de Monseigneur Nicolas. Les principales d'entre elles ont été réunies dans un très beau volume commémoratif, comportant par ailleurs une biographie de Monseigneur Nicolas, plusieurs de ses oeuvres, des documents et des témoignages le concernant, de nombreuses photos ainsi que les reproductions de la plupart des icônes et fresques répandues à travers le monde qui le représentent.

À la fin de ce symposium, des voix s'élevèrent pour exprimer le souhait que Monseigneur Nicolas soit officiellement canonisé et que sa sainteté soit ainsi proclamée au sein de l'Église orthodoxe universelle.

Considérant le fait que Monseigneur Nicolas était depuis plusieurs décennies vénéré par tout le clergé et tout le peuple comme un saint dans l'Église serbe, que des icônes le représentant ont été répandues partout dans le monde et qu'ont été enregistrés depuis son décès de nombreux témoignages de miracles accomplis par lui, l'Assemblée de l'épiscopat de l'Eglise serbe, le 19 mai 2003, proclama officiellement sa sainteté, inscrivant son nom au calendrier en date du 5 mars, jour de son décès, et du 20 avril, jour du transfert de ses reliques des États-Unis en Serbie. La cérémonie solennelle de canonisation eut lieu le 24 mai 2003 en la cathédrale Saint-Sava à Belgrade, au cours d'une liturgie eucharistique célébrée par le patriarche Paul et à laquelle participèrent tous les métropolites et évêques de l'Église serbe.
Tous purent alors répéter solennellement les paroles que le Père Justin Popoviç prononça lors du cinquième anniversaire de la mort de Monseigneur Nicolas: « Merci Seigneur, en lui nous avons un nouvel apôtre ! Merci Seigneur, en lui nous avons un nouvel évangéliste ! Merci Seigneur, en lui nous avons un nouveau confesseur ! Merci Seigneur, en lui nous avons un nouveau martyr ! Merci Seigneur, en lui nous avons un nouveau saint !».


Monseigneur Nicolas Velimiroviç apparaît aujourd'hui comme étant, avec le Père Justin Popoviç, l'une des personnalités les plus fortes, les plus saintes et les plus rayonnantes de l'Église serbe au XXème siècle.

Au milieu des tragédies que vécut la Serbie au XXème siècle, il fut pour elle un soleil qui lui donna lumière et chaleur, la guida, la réconforta, lui redonna la vie et le dynamisme spirituels dont elle avait besoin. Beaucoup n'ont pas hésité à considérer la présence et l'action de Monseigneur Nicolas comme un véritable miracle, et à voir en lui un nouveau saint Sava.

Le Père Justin Popoviç écrivait en 1922 :
« Avant l'époque où il est apparu, nous étions désespérés : l'aspiration de notre âme au Christ était en train de s'engourdir, de flétrir, et elle commençait à mourir. À partir du moment où il est apparu, nous avons tremblé de joie : notre âme qui aspirait au Christ revint en lui à la vie, elle ressuscita et fut régénérée. L'aspiration fervente de Ratsko (prénom civil de saint Sava) pour le Christ avait fait sa demeure en lui et s'était enflammée en un colossal incendie, et il a brûlé dans cet incendie, il a brûlé comme un holocauste sacrificiel pour toute l'humanité. Il est alors devenu notre optimisme, notre optimisme dans l'obscurité des jours de notre présent désespéré. Nous pouvons témoigner d'un miracle grand et rare, d'un signe des temps miraculeux et saint : l'éternité bénie de la Sainte Trinité qui avait jeté l'ancre la première fois sur Ratsko, faisant de Ratsko l'assoiffé du Christ, a jeté l'ancre une seconde fois sur l'Évêque Nicolas, faisant de Nicolas l'assoiffé du Christ Nicolas le porteur du Christ. De l'époque de saint Sava jusqu'au temps présent, notre Orthodoxie n'a pas eu de confesseur de la foi plus éloquent et plus puissant que l'Evêque Nicolas. Nos descendants, désormais optimistes, seront captivés par une admiration à son égard remplie de prière, tout comme nous l'avons été à l'égard de saint Sava. Nos descendants seront émerveillés, et ils se lamenteront de n'avoir pas vu de leurs propres yeux ce que nous-mêmes voyons, et de n'avoir pas entendu de leurs propres oreilles ce que nous- mêmes entendons. Pour eux, comme pour beaucoup d'entre nous, il sera le foyer vers lequel ceux qui ont été gelés par le scepticisme et le manque de foi viendront se dégeler et se réchauffer ».

On notera le caractère prophétique de ce texte écrit à une époque où Monseigneur Nicolas n'était évêque que depuis quelques années et n'avait déployé qu'une très petite partie de l'activité qu'il allait déployer jusqu'à la fin de sa vie.

Mais Monseigneur Nicolas est apparu très tôt comme une personnalité charismatique, dont la grâce rayonnante exerçait sur tous ceux qui le voyaient, l'écoutaient et le lisaient, une séduction puissante. Cette séduction n'était pas celle d'un gourou, car elle ne tournait pas à sa propre glorification et à son propre profit, mais imprimait en ceux sur qui elle s'exerçait un mouvement de retour et élévation vers Dieu. Les charismes de Monseigneur Nicolas étaient sans doute en partie liés à ses capacités et talents personnels, mais dans la mesure où les avait mis au service de Dieu et où ils avaient dès lors été transfigurés par Lui et habités par Sa grâce pour être l'instrument de celle-ci ; mais ils étaient avant tout l'expression de sa sainteté personnelle, reçue comme un don de Dieu en réponse à une vie d'ascèse et de prière, menée non seulement avec un grand zèle, mais avec une grande pureté intérieure, dans la pénitence, l'humilité et l'amour de Dieu et du prochain.  
                                                                         (extrait de la présentation de J.C Larchet) 

Vous pouvez vous reporter à l'ouvrage cité pour des renseignements plus complets sur la vie et l'oeuvre de Nicolas Vélimirovitch et découvrir la centaine d'admirables Prières sur le Lac traduites en français par Zorica Terziç. Vous tiendrez là non seulement un chef-d'oeuvre de la spiritualité chrétienne, mais un chef-d'oeuvre de la littérature universelle, dont le style rappelle et égale celui d'Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche.

 

Voir aussi sur ce blog, un compte-rendu de "la Foi et la Vie selon l'Evangile", une des oeuvres traduites de Nicolas Vélimirovitch. http://christocentrix.over-blog.fr/article-la-foi-et-la-vie-selon-l-evangile-40201893.html


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Mardi 2 décembre 2008 2 02 /12 /Déc /2008 19:38


Celui qui est attendu est venu, et viendra encore, et vous, vous dites : « Qui nous prouvera que c'est Lui Dieu ?»

Je vous le demande, frères obscurs, et répondez à ma question : si vous aviez commandé à Dieu de venir sur la terre, comment auriez-vous aimé Le voir ?

 

« Nous aurions aimé Le voir comme un homme, plus beau que tous les fils des hommes, plus puissant en paroles que tous les fils des hommes et plus puissant en oeuvres que tous les fils des hommes. Nous aurions aimé Le voir splendide comme le fils du roi ; pas orgueilleux mais doux comme un agneau ; qui viendrait sous nos toits, mangerait et boirait avec nous, et partagerait tout avec nous, excepté notre impuissance et notre péché. »


Alors je vous dis : vous avez prouvé vous-mêmes que Dieu a été parmi nous.

 

« Nous aurions aimé Le voir comme un homme, bien qu'Il se manifeste dans tout corps. Et quand Il parle, qu'Il parle avec puissance comme nul homme n'a jamais parlé. Quand Il marche dans ce monde, qu'Il ne marche pas comme un mercenaire et un esclave, mais comme un maître. Que l'eau et les vents Lui obéissent, que les hommes Le suivent, que les esprits mauvais Le fuient. Qu'Il soit utile à l'homme tous les jours : qu'Il console les affligés, qu'Il guérisse les malades, qu'Il ressuscite les morts. C'est un Dieu comme celui-là que nous aimerions parmi nous. »


Alors je vous dis : vous avez prouvé vous-mêmes que Dieu a été parmi nous.

 

« Nous aurions aimé qu'Il vienne à nous non comme un roi, avec des richesses qui se dissipent, une armée qui s'anéantit et un lustre qui se ternit ; non comme un roi mais plus grand que les rois.
« nous aurions aimé qu'Il vienne à nous, non comme un simple prophète, mais comme celui qui a été annoncé depuis le commencement des temps, qui aurait osé dire qu'Il est plus âgé que le temps ; et qui nous aurait prophétisé ce qui sera à la fin et après la fin des temps. Et nous aurions aimé qu'Il vînt à nous non comme un prêtre, mais comme un archiprêtre, en qui se mirent les trois en un : Dieu, le prêtre et la victime. C'est un Dieu comme celui-là que nous aurions aimé voir Se manifester parmi nous. »


Alors je vous dis : vous avez prouvé vous-mêmes que Dieu a été parmi nous.


« Nous aurions aimé qu'Il vienne vite et qu'Il reparte, car nous n'aurions pas pu L'accepter longtemps. Même une fois reparti, nous aurions aimé que sa parole résonne à travers le temps et l'espace, sans fin et sans limite, et que, enflammée par Ses pas, la terre brûle d'un feu céleste jusqu'à ce qu'elle dure. »


Alors je vous dis : vous avez prouvé vous-mêmes que Dieu a été parmi nous.

Celui qui est attendu est venu parmi les hommes, tel que les hommes ne peuvent justement que Le désirer, et bien meilleur encore, et plus fort, et plus beau, tandis que les hommes, disaient alors aussi :« Qui va nous prouver que c'est bien Dieu ?»

 

Celui qui est attendu viendra encore, mon âme, comme le dragon de feu Il viendra Se poser, et si tu ne Le reconnais pas, Il s'envolera et plus jamais tu ne Le verras. Lève-toi, mon âme, et ne dors pas mais veille. Et renforce en toi l'image de Celui qui est attendu, tel qu'Il est, afin de Le reconnaître quand Il viendra.

Que les images de tous les mondes sortent de toi, et que Son image te remplisse tout entière, de l'est à l'ouest et du nord au sud. Afin que tu Le reconnaisses quand Il viendra.

Car tel le dragon de feu, Il viendra et repartira, et toi, tu somnoleras et tu diras : « Qui me le prouvera ?»


Si tu ne te le prouves pas toute seule, nul ne te le prouvera.

Si ta vie éternelle ne te le prouve pas, c'est ta mort éternelle qui te le prouvera.




 

Par Christocentrix - Publié dans : la Foi - Communauté : Communauté spirituelle
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Mardi 2 décembre 2008 2 02 /12 /Déc /2008 18:05


Toute chose m'effrayait, quand j'étais enfant, mais je plains toute chose depuis que j'ai grandi.

Toute chose me semblait plus forte que moi quand j'étais enfant. Maintenant, je me sens plus fort que tout et je plains tout.

Car j'ai appris à me tenir près de Toi, mon Seigneur, qui es entouré d'armées éternelles comme d'une montagne de pins. Et de Toi je croîs comme l'arbre de la montagne.

Je prenais chaque chose pour maître quand j'étais enfant, et j'ai fait avec chacune un bout de chemin. Et j'ai appris l'impuissance et la mort, et la plainte vers Toi.

J'ai cherché la chose la plus forte, afin de m'y accrocher et de me sauver du changement et des hésitations. Mais mes yeux ne l'ont pas vue, mes oreilles ne l'ont pas entendue, et mes pieds ne l'ont pas foulée. Le temps élève tous ses enfants pour qu'ils se battent avec lui, et pour que, tout en plaisantant, il les torde, les brise et arrache leurs racines, se moquant de la peur et de l'effroi des mortels.

Je me suis accroché aux fleurs et j'ai dit : par leur beauté elles sont plus puissantes que moi. Mais quand est venu l'automne, les fleurs ont dépéri sous mes yeux, et je n'ai rien pu faire pour elles ; alors, en larmes je me suis retourné, et je me suis agrippé à un grand arbre.

Mais quand est venu son terme, l'arbre s'est arraché de ses racines et s'est abattu sur la terre comme une armée vaincue. Alors en larmes je me suis retourné, et je me suis agrippé à la pierre. Elle est plus forte que moi, me suis-je dit ; près d'elle je suis en sécurité.

Mais quand est venu son terme, la pierre s'est effritée en cendre sous mes yeux, et le vent l'a emportée, et en larmes je me suis retourné et je me suis agrippé aux étoiles. Les étoiles sont plus fortes que tout, me suis-je dit, je me tiendrai à elles, et je ne tomberai pas.

Or, quand j'ai enlacé les étoiles et que je suis entré avec elles dans le murmure secret, j'ai entendu le gémissement des mourants, et en larmes je me suis retourné et je me suis agrippé aux hommes. Les hommes marchent droit et librement, me suis-je dit, la force est en eux, je me tiendrai à eux pour ne pas tomber.

Mais quand est venu le terme, j'ai vu même les plus forts parmi les hommes qui, désemparés, glissaient le long de la glace du temps dans le gouffre sans voix, et me laissaient seul.

J'ai regardé autour de moi dans tout l'univers et je me suis dit : tu es plus fort que tout, je me tiendrai à toi ; garde-moi de glisser dans le gouffre sans voix. Et j'ai reçu cette réponse : « Je sombrerai aussi ce soir dans le gouffre aphone, et demain, à ma place, un autre univers sera. C'est en vain que tu te lies à moi, ton compagnon impuissant. »

De nouveau je me suis tourné vers les hommes, les plus sages parmi les fils des hommes, et je leur ai demandé conseil. Mais ils se sont querellés en me donnant des réponses, jusqu'à ce que la mort fasse un signe de la main et impose le silence parmi les querelleurs.

De nouveau je me suis tourné vers les hommes les plus enjoués parmi les fils des hommes, et je leur ai demandé leur avis. Comme s'ils pouvaient me donner un avis, eux qui pensent avec la chair ! Ils ne m'ont pas pris au sérieux et s'en sont amusé, jusqu'à ce que la mort lève son bâton et couvre leur langue de moisissure.

De nouveau je me suis tourné vers les hommes, vers ceux qui m'avaient donné le jour et installé parmi les choses, et je leur ai demandé. Leurs visages ridés ont blêmi ; leurs yeux se sont troublés ; et ils ont balbutié : « Nous sommes nés dans l'ignorance, dans l'ignorance nous t'avons donné le jour, et avec toi nous avons partagé notre ignorance. »
De nouveau je me suis tourné vers les hommes, vers mes amis, et j'ai dit : et vous, mes amis, qu'en pensez-vous ? Et ils se sont tus longuement, puis ils ont levé timidement les yeux et ont dit : « Nous voulions depuis longtemps te le demander : qu'en penses-tu, toi ?»

Et quand j'ai frappé à la dernière porte aussi, afin de demander, la porte s'est ouverte et j'ai vu un mort que l'on sortait.

Quand il n'y a plus eu de porte où frapper, les larmes aussi se sont taries, et une peur intense a planté ses griffes dans mes os.

Il s'est trouvé une larme encore qui a dégringolé au fond de mon âme. Et vois, une porte inconnue, à laquelle a frappé cette dernière larme, s'est ouverte, et Tu es apparu, mon Roi, tout entouré d'armées éternelles comme d'une montagne de pins dans une flamme qui ne brûle pas.

Et la lumière a vibré comme une harpe polyphonique, et je L'ai entendu dire : « Je suis Celui que tu cherches. Tiens-t'en à moi. Mon Nom est : Je suis. »

 

 

 

Par Christocentrix - Publié dans : la Foi - Communauté : Communauté spirituelle
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Lundi 1 décembre 2008 1 01 /12 /Déc /2008 20:40
                                                              
                                                                action soutenue aussi par Europae Gentes :
                                                                          http://www.europaegentes.com/
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Dimanche 30 novembre 2008 7 30 /11 /Nov /2008 20:35

un clip serbe à découvrir :

 

  

Kosovo is the soul of Serbia
Hallowed ground, most Serbian
Kosovo is Faith, Hope
Land of martyrdom for the Cross
Kosovo is most Serbian
Face of the Lord
There where the soul remained
There too is our destiny
There where the heart remained
Where God's will was done
All that is there, all is Serbia

One most beautiful field
Adorned with poppies
One most sacred field
Has ascended to heaven
One faith safeguarded
Bathed in blood

When reality replaces the dream
Only an icon remains
And when Eternity counts the days
Above Serbia the sun shines
Kosovo is always Serbia

 

 

 

 

 

                                                                             et cet extrait d'un texte de Slobodan Despot :

 

..."Le monastère de Tvrdoš, “place dure”, est l’un des plus anciens de la chrétienté. Il est aujourd’hui le siège d’un évêque immense, débordant de toutes parts les cadres étriqués de son temps. Mgr Athanase, théologien, pasteur de son peuple, imprécateur anticommuniste, footballeur et combattant, est l’homme qui m’a baptisé. Cette âme insoumise, qu’aucun synode ne peut contenir, aucune police bâillonner, a donné la réponse qu’il fallait donner, la seule, aux maîtres du monde qui piétinent l’humanité entière après s’être échauffés sur la Serbie.
Mgr Athanase s’est mis à genoux devant une enfant très pure, enlevée à trois ans par un éclat de bombe, alors qu’elle faisait pipi dans sa salle de bains. C’était le 17 avril 1999. Mgr Athanase a convoqué les iconographes afin d’immortaliser sur la pierre antique cet emblème de notre modernité.
Dans leur guerre de lâches contre les civils d’un pays dont ils redoutaient les soldats, les criminels de l’OTAN ont tué des centaines d’innocents comme Milica. Sur le pont de Varvarin, le 30 mai 1999, jour de la Trinité, ils ont aussi assassiné une adolescente connue pour être une mathématicienne de génie. Milica n’était pas la première, mais c’est sa mort absurde et cruelle qui a révolté le pays, c’est ce visage souriant d’un presque bébé qui l’a incité à tenir bon.
Nos maîtres peuvent s’offrir des tribunaux internationaux à leur solde chargés de les blanchir en couvrant autrui de boue. Ce n’est qu’une affaire d’argent. Nos maîtres peuvent modifier à leur gré le droit international ou local, organiser des battues médiatiques contre ceux qui les gênent, escamoter la réalité et la remplacer par une hallucination électronique. Cela coûte énormément d’argent, mais ils savent le trouver.
Mais que peuvent nos maîtres contre Milica, que leurs spadassins abrutis, partis du Minnesota ou de Hambourg, sont allés assassiner pratiquement dans son berceau? Que peuvent-ils si ce pauvre corps qu’ils ont déchiqueté est devenu un corps glorieux? Que peuvent l’ensemble des puissances du monde contre un saint?
Si les Serbes ont résisté à leur pluie de feu durant 78 jours, dans l’héroïsme et dans l’humour, alors que trois jours de semonces auraient dû suffire, c’est précisément parce qu’ils ne sont pas comme eux. C’est parce que, aussi occidentalisés, aussi soviétisés, aussi désabusés qu’ils soient, ils croient au fond d’eux-mêmes en la promesse chrétienne: la déification de l’être humain.
L’enfant Milica est plus que le député de tous les petits innocents assassinés par l’OTAN dans un jeu de massacre. L’enfant Milica déifiée et bientôt canonisée est l’icône de cette résistance inouïe. Patronne de ces 78 jours, elle apporte le 78e nom au registre des saints serbes.
Laissons de côté la foi, si elle vous irrite. Parlons géopolitique: la Serbie officielle est à genoux. Depuis qu’elle a livré son chef récalcitrant, elle ne songe qu’à devancer, haletante, les moindres désirs de ses mentors, de ceux-là même qui l’ont “renvoyée à l’âge de pierre” avec leurs bombes.
Soit. Mais il y a une autre Serbie — ou la même, à d’autres heures — qui organise sa défense et sa survie. Qui reconstruit sa réserve de modèles, de causes qui méritent le sacrifice d’une vie. Qui érige ses monticules, certes petits, mais suffisants pour voir venir l’autre tsunami, le plus dévastateur: le remplacement de l’être humain par une fiction socio-économique..."

                                                                                                  Slobodan Despot

                                                          

                                                    le texte entier sur son blog :

                          http://despotica.blogspot.com/search/label/Pri%C3%A8res

 

 

                                                                                                ***

 

 

 

                                                    le site de "Solidarité-Kosovo" : http://www.solidaritekosovo.org  

 

 

 

 

                                                                                                                                                                                                     

 

une vidéo :  http://www.europaegentes.com/    (EUROPAE GENTES soutient SOLIDARITE-KOSOVO)

 

 

Par Christocentrix - Publié dans : Résistance & dissidence
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Samedi 29 novembre 2008 6 29 /11 /Nov /2008 20:07

"Le royaume de Dieu c'est le monde renversé", dira le rabbi Josia ben Levi, un scribe juif, un de ceux peut-être qui, selon la parole du Seigneur, « ne sont pas loin du royaume de Dieu» (Mc., 12, 34), et plus près de lui, en tout cas, que nos prétendus chrétiens. Le royaume de Dieu, c'est le monde renversé, retourné. C'est assez dire que le royaume de Dieu est à l'opposé du royaume des hommes : tout y est à rebours.

Les derniers seront les premiers et les premiers seront les derniers (Mt., 20, 16).

Ce qui est élevé aux yeux des hommes est une abomination devant Dieu (Lc., 16, 15).

Celui qui aura conservé son âme la perdra, et celui qui l'aura perdu son âme... la retrouvera (Mt., 10, 39).

Le langage même de Jésus, tissé de telles antithèses, - de contradictions apparentes, d'oppositions réelles, -nous révèle une habitude prise avant les temps, dans l'éternité, une harmonie et une structure d'âme surhumaines, une musique venant de l'autre monde, où tout est inversement identique à celui-ci, où tout est à rebours.

Malheureux les riches - heureux les pauvres; malheureux les rassasiés - heureux ceux qui ont faim; malheureux ceux qui rient -heureux ceux qui pleurent; malheureux ceux qu'on aime - heureux ceux qui sont haïs : autant de Béatitudes - autant de renversements, de vols la tête en bas, dans une joyeuse épouvante. Renversée, retournée dans le ciel, comme un objet reflété dans le miroir des eaux, chaque pesanteur terrestre devient légèreté, chaque douleur - béatitude; et inversement : la légèreté d'ici-bas devient là-haut pesanteur, la béatitude terrestre - tristesse céleste.

 

Même ici-bas, le juste triomphera et le méchant sera chatié. Le royaume de Dieu, c'est le monde éclairci, élevé, purifié par Dieu, mais qui est resté tel qu'il fut toujours, un monde à l'endroit ; les Psaumes le croient encore, mais déjà Job n'y croit plus :

Il (Dieu) se rit des épreuves de l'innocent. La terre est livrée au pouvoir des méchants. Il voile la vue de ceux qui y rendent la justice. Si ce n'est pas lui, qui serait-ce donc ? (Job. 9, 23-24).

 

Oedipe, l'aveugle clairvoyant, sait, voit, lui aussi, que «pour l'homme le mieux est de ne point naître et s'il est né, de mourir au plus tôt ».

 

Jésus est un Job-Œdipe inverse : il souffre plus qu'eux,  et mieux qu'eux Il connaît la       « puissance des ténèbres » qui règne sur le monde, mais Il sait aussi ce qu'ils ignorent : pour eux le mal n'a pas de fin, tandis qu'Il voit que la Fin « est proche, qu'elle est à la porte» (Mc, 13, 19) ; pour eux le monde dans le mal est à l'endroit, et pour lui il est à l'envers; ils ignorent le royaume de Dieu, lui le connaît comme jamais personne ne l'a connu, parce qu'il est lui-même Roi. Voilà pourquoi ceux-là sont malheureux et lui bienheureux.

 

Le Fils transforme la loi du Père en liberté...."Vous avez entendu ce qui a été dit aux anciens.., mais moi je vous dis... (Mt., 5, 21-22), voilà le levier avec lequel Jésus renverse le monde.

Ce qui fut dit aux anciens dans la loi, Lui le dit dans la liberté. Dans la loi, Dieu récompense les bons et châtie les méchants; mais dans la liberté, "Il fait lever son soleil sur les bons et les méchants et sur les bons et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes (Mt., 5, 45).

La loi sépare les bons des méchants, la liberté les réunit. La loi ne sauve que les bons seuls; la liberté sauve les bons et les méchants. Les serviteurs du roi, envoyés pour appeler ceux qui avaient été invités aux noces...

étant allés par les chemins, rassemblèrent tous ceux qu'ils trouvèrent, tant mauvais que bons, en sorte que la salle des noces fut remplie de convives. Le roi, entrant pour voir ceux qui étaient à table, aperçut un homme qui n'était pas vêtu d'un habit de noce...Alors le roi dit aux serviteurs: Liez-lui les pieds et les mains, et jetez-le dans les ténèbres du dehors ; c'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents. Car il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus (Mt., 22, 3; 10-14).

Qui est cet homme qui n'est pas vêtu d'un habit de noce? Un méchant? Non, ici les méchants et les bons sont indistinctement mêlés. Il semble plutôt que celui qui « n'est pas vêtu d'un habit de noce» soit celui qui ne s'est pas «converti », qui ne s'est pas « retourné », qui n'a point passé de ce monde-ci dans l'autre, qui n'est pas un heureux, un élu.

 

« Il choisit pour ses apôtres des hommes injustes au-delà de toute mesure », dira l'Épître de Barnabé, qui date de l'ère apostolique. Et si l'on considère que Jésus lui-même traite Judas de « démon »(Jn., 6, 70) et Pierre de « satan » Mc. ,8, 23), il en est bien ainsi.

Lorsque Celse qui n'a évidemment rien compris, dit que « Jésus s'entoura de dix ou onze scélérats, les plus perdus de tous les hommes », il exagère perfidement, mais sa perplexité semble sincère lorsqu'il se demande :« Pourquoi une telle préférence pour les pécheurs? » Tous les professeurs de « morale», de Kant à Socrate, pourraient se poser avec autant de perplexité la même question.

Les péagers et les femmes de mauvaise vie vous (les justes) devancent dans le royaume de Dieu (Mt., 15, 28), dira le Seigneur. Or, les péagers, telonai, sont d'après le Talmud, «de véritables brigands».

ll a été mis au rang des malfaiteurs (Mc., 15, 28), dira-t-on de Jésus lui-même. Au milieu des femmes de mauvaise vie et des péagers, il est le «malfaiteur des malfaiteurs», le «réprouvé des réprouvés », le «maudit des maudits ».

Cette populace qui ne connaît point la loi est exécrable(Jn., 7, 49) diront les hommes de loi de tous les « ignorants de la loi » qui suivent Jésus.

Maudits sont les « hommes obscurs », les am-ha-orez; et c'est cette malédiction qui deviendra Bénédiction, Béatitude, selon la loi du « monde renversé »- du royaume de Dieu.

 

L'égalité dans la loi, c'est l'impersonnalité; la personnalité dans la liberté, c'est l'inégalité : ce levier-là aussi renversera le monde. On donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance; mais à celui qui n'a pas, on ôtera même ce qu'il a (Mt, 13, 12).

Selon l'humaine mesure, c'est là une injustice, une inégalité insupportable, révoltante, qui bouleverse l'âme - une sorte de défi jeté à la face de toute la justice humaine.

En ce sens, non seulement tout le Sermon sur la montagne, tout l'enseignement de Jésus, mais encore toute sa vie, n'est autre chose que la loi renversée. Le monde sera sauvé par le plus grand de tous les crimes - par le déicide du Golgotha : la croix c'est le couronnement de toutes les lois renversées, de toutes les justices retournées.


Kant aura beau s'efforcer de démontrer que le christianisme est avant tout une « doctrine morale », d'autres avec autant de raison, sinon plus, pourraient prouver que le christianisme est « immoral ». L'essentiel de toute morale comme de l'éthique de Kant, c'est « l'impératif catégorique» du devoir; or, dans le Sermon sur la montagne cet impératif est renversé. Non, s'il faut parler de morale, toutes les religions, de la Loi de Moïse à l'Islam, toutes les philosophies, de Socrate à Kant, la fondent sur une base plus large et plus ferme, parce que plus accessible, plus réalisable dans la mesure des forces humaines, que le christianisme, avec son immensité inhumaine, avec son mystérieux « renversement », sa fuite des trois dimensions vers la quatrième, où « tout est à rebours ». Un cône posé sur une pointe dans le plus instable des équilibres, voilà ce qu'est le christianisme. Il a coûté cher aux hommes, trop cher peut-être? Mais avant d'en décider il faudrait se demander si l'on pouvait sauver le monde en péril à un moindre prix. Aucune loi, aucun impératif, aucune morale n'est capable de relever dans l'homme l'Adam déchu. Pour y parvenir, il faut déplacer dans l'homme le centre de gravité. C'est là ce que fera le Sermon sur la montag
ne.

Par Christocentrix - Publié dans : Commentaires d'Evangile - Communauté : Communauté spirituelle
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Vendredi 28 novembre 2008 5 28 /11 /Nov /2008 19:56

L'auteur propose dans cet ouvrage une approche directe en vue de "réaliser"

l'enseignement platonicien et d'être un vrai philosophe, c'est à dire "celui qui est capable de voir la totalité". Il explique que pour apprécier cette philosophie nous devons comprendre qu'elle n'est pas simplement une recherche intellectuelle mais davantage un guide pour découvrir notre vraie nature et notre relation à la vaste création dans laquelle nous vivons. Il revient - au-delà des très nombreuses interprétations qu'à connu Platon - au coeur de cette pensée et en développe l'aspect effectif et libérateur. Il développe notamment que cette philosophie vise à la transformation de l'homme et de la société.

En outre Raphael montre comment dans l'oeuvre de Platon émerge le concept de l'infini métaphysique véritable et il fait dans un chapitre important un parallélisme entre Platon et Shankara (le grand maître indien du Védanta...( la branche orientale de la métaphysique indo-européenne...)

Il propose enfin deux aspects - la Dialectique et l'Eros - comme moyen de catharsis et de libération (réintégration). Ces deux moyens ou voies conduisent à l'unification de l'esprit humain avec l'Etre divin ou l'Un-Bien. L'expérience métaphysique du rattachement de l'humain au divin constitue sans aucun doute le fondement de la philosophie de Platon qui propose à l'homme de faire "l'expérience de l'Etre", car celui-ci EST et ne devient pas.

 

Cet ouvrage est également accessible aux non-experts car il présente une exposition claire qui facilite la lecture et la compréhension de cette pensée fondatrice de la philosophie occidentale.

 

                                               INITIATION A LA PHILOSOPHIE DE PLATON

                                                    (Raphael) (édit. Accarias - L'Originel)

 

 

sommaire :

- la sphère de l'Etre et les Idées. - l'Un-Bien en tant que réalité métaphysique. - dualisme platonicien ?  - la dialectique comme technique d'éveil. - l'Ame possède déjà la Vérité. - l'ascèse platonicienne. - la Connaissance cathartique. - l'Ascension de l'Eros philosophique. - Shankara, Platonisme et Védanta.

 

                                                                

                                                                            ***

 

On associera utilement à cette lecture, le livre de Fernand SCHWARZ,

LA SAGESSE DE SOCRATE, philosophie du bonheur, éditions des 3 Monts, 2004). 

 

 extrait du sommaire :

- LA MÉTHODE SOCRATIQUE : LA DIALECTIQUE - L'art du dialogue - La dialectique, un cheminement de l'âme

- Le chemin ascendant : l'analogie - Le chemin descendant : la diérèse ou vérification dans la multiplicité - Le double mouvement de l'âme - les trois phases de la méthode dialectique- .

- LE CHEMIN DU BONHEUR - La finalité de Socrate : le bonheur - Un Socrate proche des Orientaux.

- LA PÉDAGOGIE SOCRATIQUE : L'IRONIE

- L'AMOUR SELON SOCRATE : - L'amour, un manque plein de ressources - L'Eros de Socrate.

- Conclusion : RENAÎTRE PAR LE BONHEUR.

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Vendredi 28 novembre 2008 5 28 /11 /Nov /2008 19:42

Le temps où nous sommes est un époque de récapitulation : récapitulation d'ordre doctrinal et récapitulation d'ordre spirituel.

Par ailleurs, l'humanité ne maitrisera pas les angoissants problèmes auxquels elle se trouve confrontée sans l'active coopération de toutes les authentiques Traditions spirituelles actuellement vivantes. Est en cause le "salut" de l'Occident et du monde. Christianisme et Hindouisme, notamment, ne peuvent plus longtemps continuer de s'ignorer ou, pire, de se méconnaître. C'est l'intime conviction de l'auteur.

Ce livre voudrait donc poser les jalons pour un accord doctrinal entre l'Eglise et le Védânta. Rejetant toute tentation de prosélytisme de même que les illusions d'un vain syncrétisme, se tenant délibérement dans le domaine des principes ou, du moins, ne s'en écartant qu'occasionnellement mais sans jamais les perdre de vue, l'auteur appuie principalement son exposé sur l'enseignement authentique des docteurs les plus incontestés de l'Occident ou de l’Orient chrétien tout comme celui de Shankara pour l'Inde.

Comment concilier la doctrine chrétienne d'une création ex nihilo et la notion hindoue d'"illusion cosmique" ou "manifestation divine" ?

Comment concilier la foi dans le Dieu personnel du Christianisme et l'affirmation Védântique de l'Infini Suprapersonnel ? Un chrétien peut-il admettre "l'idéal hindou d'indentification avec l'Absolu" ?

La doctrine du Védânta est-elle d'origine "non-humaine" ? Comment concilier la perspective historique et temporelle caractéristique de l'Occident et le point de vue oriental de l'éternité et de la simultanéité ? telles sont quelques unes des questions complexes abordées par l'auteur.

 

DOCTRINE DE LA NON-DUALITE (advaita-védânta) ET CHRISTIANISME. Jalons pour un accord doctrinal entre l'Eglise et le Vedânta, par un Moine d'Occident.( Dervy, 1982)  

  

 

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Vendredi 28 novembre 2008 5 28 /11 /Nov /2008 17:39

"Nous appelons ascèse, dans la langue de la révélation vitale, non l'exercice individuel de réfrènement de l'impulsion, mais le cheminement quotidien vers l'abnégation et le don de soi. Non pour supprimer la nature, mais pour transformer le mode par lequel celle-ci existe. Et la transformation n'est pas couverte par la seule ombre des limites que la légalité pose autour du désir."

                

Christos Yannaras (Variations sur le Cantique des Cantiques)

 

 

*** 

 

"Il y a quelque chose de pire que d'avoir une mauvaise pensée. C'est d'avoir une pensée toute faite. Il y a quelque chose de pire que d'avoir une mauvaise âme et même de se faire une mauvaise âme. C'est d'avoir une âme toute faite".         

                                              (Charles Péguy)

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