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Amitié Franco-Serbe

Publié le par Christocentrix


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Héraclite et le Bouddha

Publié le par Christocentrix

HÉRACLITE ET LE BOUDDHA. Deux pensée du devenir universel.
Isabelle Dupéron. Ouverture Philosophique
, L'Harmattan, 2003.On redécouvre que les pensées de l'Inde partagent avec les philosophies grecques de l'Antiquité une même recherche d'un état de sagesse libre et sereine. Héraclite et le Bouddha, qui vécurent tous deux au sixième siècle avant J.C., sont deux figures qui illustrent parfaitement cette convergence, jusque dans l'affirmation fondamentale sur laquelle ils édifient leur sagesse : le monde n'est que perpétuel changement, il n'existe nulle identité stable capable d'échapper au devenir universel.


Cet essai, en s'appuyant sur une étude précise et détaillée des textes originaux qui sont à la source de notre connaissance tant de la pensée d'Héraclite que de celle du Bouddha s'efforce de confronter, dans leurs ressemblances comme dans leurs différences, ces deux analyses décapantes du devenir universel et de son sens pour l'homme. Il invite à dépasser le stéréotype, d'inspiration plus ou moins nietzschéenne, selon lequel Héraclite serait celui qui, en disant « oui » sans réserve à la vie, au changement et à la douleur même, se positionnerait à l'opposé d'un Bouddha pour qui le caractère changeant et douloureux de toute expérience constituerait au contraire une objection contre la vie.

 

Table des matières : Après une introduction sur les sources et la méthode, le premier chapitre est consacré à la théorie des éléments (Le Bouddha et Héraclite). Puis deux chapitres exposant les doctrines du devenir universel chez Héraclite et celle de l'impermanece universelle dans l'enseignement du Bouddha. Le chapitre quatre examine les conséquences éthiques de la doctrine du devenir universel et le chapitre cinq les conséquences gnoséologiques de cette doctrine.

Quelques mots empruntés à la conclusion :
  [...] "Le rappel de l'universalité du devenir vient chez l'un et l'autre servir de fondement à une telle éthique du détachement ; loin de déboucher sur le désespoir ou l'accablement devant la condition humaine, il ouvre la possibilité même d'un salut, difficile d'accès sans doute, mais qui signifie que l'apaisement heureux est à la portée de quiconque saurait voir en face et accepter le monde tel qu'il est : renoncer à l'attachement, c'est au fond renoncer à ce que nos aspirations spontanées ont d'incompatible avec la réalité d'un univers qui nous échappe sans cesse pour poursuivre son évolution plus avant. Reste à savoir si la compréhension intellectuelle de ce que l'attachement ne peut se solder que par un douloureux échec constitue le moyen suffisant pour parvenir au renoncement, comme cela est affirmé dans la sagesse bouddhique, ou bien si la pensée a besoin, pour se détacher des choses singulières, de se fixer sur un contenu à contempler qui imprègne de valeur le devenir, comme celui de l'harmonie universelle chez Héraclite. On pourra méditer, à ce sujet, sur la distance qui sépare du Bouddha, un Grec encore "archaïque" comme Héraclite : alors que le Bouddha pose un regard neutre sur le monde en devenir, n'y voyant qu'une multiplicité de facteurs constituants, engagés dans la création et la destruction incessantes d'agrégats, et tissant un réseau par le jeu de leurs interactions mutuelles. Héraclite s'attarde à contempler la perfection d'un cosmos, d'une totalité parfaitement unifiée, divine et harmonieuse, qui au travers de sa perpétuelle transformation, exprime la vie inépuisable du dynamisme du feu. Héraclite a divinisé le devenir, considérant que la loi intelligible qui lui est immanente constitue la source supra-humaine de toute valeur, et révèle que l'univers est le déploiement d'une intelligence ; tandis que pour le Bouddha, s'il faut désigner une réalité parfaite, ce sera celle du nirvâna stable et sans mouvement, qui, incompréhensible conceptuellement, transcende entièrement le devenir, et dont la perfection réside précisément dans son absolue transcendance."                                                      
                                                                                                        Isabelle Dupéron

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de la divine folie (Joseph Pieper)

Publié le par Christocentrix

 Josef Pieper, de la Divine Folie....

"Les plus grands de tous les biens nous adviennent par l'entremise d'une mania, que nous octroie à coup sûr un don divin." (Socrate)

....L'historicisme, à force de nous égarer dans des horizons sans fin, nous interdit de retrouver le chemin de chez nous. C'est ce que montre, avec une audace toute philosophique, Josef Pieper, en présentant son interprétation de la « divine folie », theia mania, du Phèdre. Le propos est aussi modeste que la taille du livre, l'auteur ne nous offrant que ses « réflexions sur le Phèdre de Platon »; pourtant, il s'agit là d'une attaque en règle contre une autre manie, celle des érudits de notre époque, qui consiste à ne trouver dans les textes du passé que ce qui ne nous parle plus puisque notre perspective sur le monde a changé. On ne s'intéresse plus au sens de l'oeuvre, un sens qui ne peut être que présent dès lors qu'il révèle un sens éternel à un homme éternel. Que pourrions-nous sentir en effet d'un parfum évanoui dont il ne reste que l'alcool? Toute la grandeur du platonisme, et au-delà de lui, de la philosophie, est là. Dévoiler une présence au coeur de cette absence creusée par le temps, par la grâce de l'anamnèse de ce qui dépasse en nous l'humain et que les Grecs qualifiaient justement de « divin ».....

.....Platon, pour sa part, n'a pas hésité à introduire la mania dans le dialogue philosophique, et par là même dans la dialectique, en refusant d'y voir une maladie pour reconnaître en elle un don divin. Ni « ivresse», ni « folie», la mania est cet enthousiasme qui révèle, non pas le vide de l'absence à soi, mais la plénitude de la présence du divin. Il nous faut donc prendre au sérieux, et non les écarter comme relevant d'on ne sait quel irrationalisme archaïque, les développements de Socrate sur les quatre formes de mania: l'extase prophétique, l'initiation cathartique, l'inspiration poétique et le délire amoureux. En rupture avec « le lessivage analytico-critique » qui affecte aujourd'hui aussi bien la poésie que la philosophie, et qui fait interdiction de poser la question de la vérité de l'oeuvre soumise au diktat historiciste, Pieper montre que la recherche platonicienne possède une valeur méta-historique. C'est parce qu'elle possède une signification en soi et pour soi qu'elle garde, malgré l'accablement des siècles, une signification pour nous.


  extrait de la préface de Jean-François Mattéi


                                   de la Divine Folie, Josef Pieper, éditions Ad Solem 2006.

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Digénis Akritas

Publié le par Christocentrix

L’Akrite. L’épopée byzantine de Digénis Akritas, éditions Anacharsis, Toulouse, 2002.
version grecque traduite et présentée par Paolo Odorico, directeur d'études à l'EHESS.
Version slave traduite et présentée par Jean-Pierre Arrigon, professeur à l'université d'Arras. Traduction et présentation du Chant d'Armouris par Homère-Alexandre Théologitis, chercheur à l'EHESS.
L'épopée de Digénis Akritas
occupe, pour la civilisation byzantine, un peu la même place que l'Iliade pour la Grèce antique. On y assiste aux exploits d'un héros à la stature herculéenne, fils d'un émir arabe de Syrie et d'une noble byzantine, le long du fleuve Euphrate, dont on dit qu'il prend sa source au Paradis. Digénis  « celui qui est né de deux races»  y affronte fauves, brigands, dragons et amazones, enlève sa belle, qui lui vouera un amour inconditionnel. Au terme d'une vie de luttes et de cavalcades effrénées, il devient « l'Akrite, l'homme de la frontière », à la fois le gardien et le symbole vivant du monde des confins. Composé en grec sans doute au XIIè siècle, imprégné des souvenirs devenus légendaires des combats multiséculaires entre Byzance et L'Islam, le Digénis, chant de l'honneur guerrier, est aussi un poème de la vie fulgurante, aux accents tragiques.

C'est cette dimension à la fois merveilleuse et profondément humaine qui lui valut son succès et qui conduisit, au XIVè siècle, à l'élaboration d'une version slave, inspirée des récits et contes oraux tel le Chant d'Armouris - qui circulaient d'un bout à l'autre de l'Empire byzantin, du Danube aux confins anatoliens. La traduction de l'épopée, respectueuse du rythme et de la rugosité du langage populaire, nous dévoile la saveur d'une Byzance où tempête le souffle de la vie, loin des archétypes qui la veulent figée dans la préciosité.


précisions :
L'épopée de Digénis Akritas (en grec Διγενής Ακρίτας / Digenếs Akrítas) est un poème épique qui émergea sans doute au début du XIIe siècle au sein de l'Empire byzantin. Le poème présente le parcours d'un héros aux confins orientaux de l'Empire, à la frontière du monde arabe, sur les rivages de l'Euphrate. Digénis, présenté comme un homme à la stature imposante, serait issu d'une noble byzantine et d'un émir de Syrie. Il lutte contre des animaux, des créatures fantastiques, des amazones, etc.

Le contenu, la forme et la langue du poème, qui est en grec vulgaire (ou démotique), suggèrent qu'il a été mis par écrit sous le règne d'Alexis Ier Comnène, sans doute dans les premières décennies du XIIe siècle. Cependant, l'action décrite prétend se dérouler bien plus tôt (peut-être au Xe siècle) : par exemple, les ennemis des Byzantins sur les frontières orientales ne sont pas les Turcs, comme c'est le cas depuis les années 1050, mais les Arabes, contre lesquels Byzance a lutté pendant des siècles. D'ailleurs, le poème écrit que nous possédons réunit peut-être des chants antérieurs, dits « acritiques », dont l'antériorité est discutée, et datant peut-être du début du XIe siècle.
On en a conservé six manuscrits répartis en trois recensions plus ou moins «populaires» ou «savantes», et qui représentent toutes des remaniements importants du texte original, aujourd'hui perdu. La langue est toujours le grec démotique, mais avec des incursions plus ou moins poussées de la langue savante. La version sans doute la plus ancienne (version E, ou de l’Escorial, traduite dans cet ouvrage) comprend un peu moins de 2000 vers. La version la plus « savante » (version G, celle de Grottaferrata), en comprend plus de 3000. Les quatre autres manuscrits appartiennent à une même recension, plus tardive, dite version Z. Des traductions slaves (en Russie), turques, arméniennes sont connues au moins partiellement — signe de la popularité du personnage. Les incursions arabes (fréquentes dans le monde byzantin entre le VIIe siècle et le Xe siècle, sont le contexte de la première partie de l'histoire. L'histoire familiale du héros semble en effet se dérouler dans un climat de conflit. La réconciliation des deux peuples à travers le mariage des personnages principaux et le triomphe du christianisme sur l'islam sont achevés par la conversion de l'émir et l'intégration de son peuple dans la société byzantine. Le reste de l'histoire se déroule sur un arrière-plan moins marqué par le conflit religieux et plus typique de la vie quotidienne sur les frontières d'un Empire désormais plus sécurisé.

L'original (aujourd'hui perdu) était sans doute dans une langue assez populaire et n'a donc pas nécessairement été élaboré dans les milieux de la cour ou de la capitale, car le poème représente tout à fait l'idéologie et les préoccupations de l'aristocratie orientale des frontières. Mais ce n'est pas non plus un texte entièrement populaire ou épique, car il comprend des aspects tout à fait typique du roman savant (roman d'amour tardo-antique, qui revient à la mode à l'époque des Comnènes). Le poème a donc été composé pour l'aristocratie byzantine, avec un mélange de traits populaires et savants, dans un cadre épique mais reprenant des éléments propres aux milieux cultivés.

 

Le poème se divise en deux parties principales:

La première partie raconte le mariage des parents du héros : un émir musulman converti au christianisme et une noble demoiselle rattachée d'une manière ou d'une autre (les versions varient) à la maison des Doukas, qu'il enlève à sa famille lors d'une expédition de pillage. Vaincu par les frères de la belle, l'émir se convertit par amour pour sa captive et transplante toute sa parenté en pays byzantin. Le héros, dont le prénom est Basile, est donc issu de deux races différentes (il est digénis). Selon certains historiens, le grand-père musulman de Digénis serait modelé sur le personnage historique Chrysocheir, le dernier chef des Pauliciens.(hérétiques néo-manichéens).

La seconde partie (la plus longue, bien plus romancée) raconte les aventures du héros. À son tour il enlève (cette fois-ci par un rapt romantique) la fille d'un stratège et mène une vie de libre apélatès (brigand), multipliant les aventures guerrières et amoureuses. L'ensemble est censé se dérouler sur les frontières (akrai : le héros est un akrite) orientales de l'empire, que le héros libère des monstres (dragon, lion, etc.) et des malfaiteurs (chrétiens ou non) qui infestent la région. Le sommet du récit, dans la version G, est la rencontre entre Digénis et l'empereur Basile (il s'agit de Basile II, devenu une figure de légende), à qui il donne des conseils de bon gouvernement : « aimer l'obéissance, avoir pitié des pauvres, délivrer les opprimés de l'injustice qui les accable, pardonner les fautes involontaires, ne pas prêter l'oreille aux calomnies, refuser l'injustice, chasser les hérétiques, favoriser les orthodoxes ». L'empereur lui donne alors par chrysobulle une pleine et entière autorité sur les frontières, et Digénis s'installe avec son épouse dans un splendide palais sur l'Euphrate. Le héros meurt d'avoir bu trop froid, comme Alexandre le Grand dans le Roman d'Alexandre : son épouse aimante meurt en même temps que lui.

                                                                          ***

 
Le Digénis Akritas a connu un succès remarquable non seulement dans le monde byzantin, où il a été produit, mais au-delà de ses frontières, en Europe occidentale, dans la péninsule Balkanique, et auprès de peuples orientaux, les Arabes et les Turcs. En dépit de ce succès de plusieurs siècles, il a longtemps été occulté de notre mémoire littéraire et n'a été redécouvert qu'à la fin du XIXè siècle, mais pour n'être apprécié que pour les détails techniques qu'il apportait à la byzantinologie; en même temps, il a servi aux intérêts nationalistes du peuple grec, sur le point de perdre à jamais les régions où il avait habité depuis toujours, celles-là même où se déroule la geste du poème. Mais avant tout, il est le témoignage vivant d'une culture aux aspects parfois étonnants, qui a imprégné de ses valeurs Ie Sud-Est européen, partie intégrante de notre civilisation. Et les particularités de cette culture, ses mélanges avec le monde oriental - musulman en premier lieu - son parcours historique, son anthropologie et son organisation sociales spécifiques nous rappellent qu'il n'y a pas une seule Europe, axée sur le modèle occidental. Cette aire culturelle est née du monde byzantin.

Issu de la même civilisation gréco-romaine qui a donné naissance à l'Europe occidentale, l'Empire byzantin est l'héritier direct de l'Empire romain. Puissance de première importance, il a exercé une profonde influence sur les régions qui s'étendent sur le plateau anatolien, dans les plaines de l'Europe méridionale et orientale, sur les îles de l'Égée et sur la Grèce. Nombre de populations ont façonné leur culture sur le modèle byzantin: cette autre Europe a su se constituer un espace homogène, tout en préservant, à l'intérieur, sa diversité.

Tout au long de son histoire millénaire, Byzance a été confrontée au problème de la définition de ses limites territoriales. Sa partie occidentale, occupée par des populations slaves ou slavisées, a rapidement fait partie de ce qui a été défini comme le commonwealth byzantin. Mais les confins orientaux, en guerre perpétuelle, et plus perméables à des influences culturelles très différentes, ont été un enjeu d'une autre ampleur. Les textes présentés dans ce volume chantent les exploits de héros qui, dans l'imaginaire populaire byzantin, ont vécu précisément dans ces régions frontalières: d'un côté les entreprises de celui qui semble avoir été le personnage mythique le plus connu, Digénis, de l'autre les aventures d'Armouris, parti délivrer son père en captivité chez les Arabes.

Ces textes, où se mêlent la transposition littéraire d'événements historiques anciens et le rêve d'une revanche sur des ennemis qui arrachaient impitoyablement leur territoire aux Byzantins, nous présentent une société rude, où l'exploit individuel, chanté par le peuple, donne naissance à la légende. La mise par écrit du chant populaire sous la forme d'une biographie historique a ensuite permis à l'œuvre de se renouveler et, à son tour, de devenir source d'inspiration pour la muse populaire. La diffusion du poème dans un espace très large, qui s'étend de l'Euphrate à la Russie de Kiev, où une traduction slave a été élaborée, sa capacité d'adaptation à différentes réalités, par Ie biais de modifications, de traductions ou réinterprétations, ainsi que la continuité de son existence du Moyen-Age à l'époque moderne, sont autant d'éléments qui nous indiquent la vitalité du mythe de Digénis et de ses homologues.

Mais, outre l'importance du poème comme témoin d'un moment historique, il y a la réalisation littéraire en soi, d'une beauté ravissante. Si la version originelle du poème ne nous est pas parvenue, nous possédons plusieurs remaniements, au long des siècles. La version présentée ici, dite de l'Escorial, est probablement la plus proche de l'original. Le mélange, propre à cette version, de caractères populaires, de reprises savantes, d'artifices rhétoriques et de fraîcheur nous fait goûter à un chef-d'oeuvre de la littérature médiévale. Les éléments fantastiques se combinent aux données historiques, les dragons cracheurs de feu à l'aspect horrible côtoient les guerriers à la force surhumaine pour mettre à rude épreuve la vaillance du héros. Les figures féminines, celle de la mère aux tendres sentiments, de la compagne certes soumise, mais fière aussi, de l'indomptable amazone à Ia bravoure virile, restent parmi les réalisations les plus touchantes. Au centre, le héros, beau, brave, courageux, toujours vainqueur, toujours victime de sa destinée, condamné à la lutte incessante: voué à une mort précoce, il est le prototype d'une virilité dominatrice exaltée par une fin dans la fleur de l'âge comme les héros de l'Antiquité grecque dont il est la dernière incarnation.

                                                                        

                                                                        ***

 

Le regard que notre Europe a jeté sur l'autre partie d'elle-même, l'orientale, regard pétrifiant comme celui de la Méduse, ou arrogant, tel que seuls les conquérants savent en avoir, a toujours été chargé de stéréotypes et ébloui par l'avidité.
Lorsque l'Occident s'est tourné vers l'Orient, c'était pour le dépouiller: mieux valait donc le représenter comme immobile, car la victime paralysée peut être plus facilement saisie. Il en a toujours été ainsi, depuis que les Italiens, les Francs, les Normands, les Catalans ont parcouru les routes de l'Empire byzantin pour accroître leurs richesses; depuis que les théologiens catholiques et protestants ont exploité les tréfonds orientaux du christianisme pour résoudre leurs querelles acharnées; depuis que les savants allemands se sont penchés sur la pénible histoire d'une Europe violée par le Croissant des Turcs uniquement pour y chercher les moyens d'échapper à semblable destin; depuis que l'Empire de Rome n'a plus trouvé d'héritier légitime à le revendiquer; depuis que la renaissance d'abord, et les divers classicismes ensuite, sont partis en quête des sources de leur inspiration ; depuis que les philologues ont saccagé une littérature pour y trouver les morceaux d'une autre, réputée à la racine de la leur. l'Occident a toujours pillé Byzance, et lors que l'histoire de l'Empire d'Orient n'avait rien à donner, on l'a méprisé, répétant les dédaigneux jugements de Voltaire et de Gibbon, qui le définissaient comme la « tyrannie tempérée par l'assassinat » et le « triomphe de la barbarie et de la religion ».

Pourtant, Byzance ne sait pas mourir, prête toujours à nous contraindre à y voir ce que nous ne sommes pas, mais que nous aurions pu être, parée à nous ébahir avec son étonnante beauté que nous essayons de qualifier d'exotique, ou de figée, pour masquer notre impuissance à la comprendre, capable enfin de nous faire rêver d'une errance toujours entreprise et jamais achevée, comme le voyage de Yeats vers un Ailleurs que nous ne parvenons pas à saisir. Digénis appartient à ce monde. Un monde multiple, fait de la grandeur rutilante de la cour et de l'immensité d'un territoire où la puissance de l'empereur ne parvient pas à s'imposer, sinon grâce à la nature surhumaine de celui que Dieu a envoyé pour soumettre les vaillants rebelles et les farouches ennemis, les fauves sauvages et les dragons de la Géhenne: toutes les forces du mal qui veulent bouleverser l'ordre assuré par la Providence sur son jardin des délices, l'Empire lui-même, dont Digénis, homme puissant, mais homme avec toutes ses faiblesses, aurait pu être le souverain. Car c'est cela, Digénis, un homme qui incarne des rêves de puissance sans se dérober à sa nature masculine, qui peut paraître égoïste et dominatrice. Si parmi les peintures maniéristes qui voudraient saisir une Byzance figée il y a l'image d'un immense monastère rempli d'ascètes voués à la mortification, le poème nous dit que Byzance est bien plus vivante, pleine de sang et de désir. Digénis entreprend alors sa dernière épreuve herculéenne, et sa tâche la plus difficile, celle de vaincre les philologues et les historiens qui voudraient l'anéantir derrière leurs analyses érudites, et de démontrer que l'homme est un être qui respire.

Digénis est le héros de double naissance, arabe et byzantine, et double est sa nature, surhumaine et terrestre, tout comme double est son espace, entre le mythe et l'histoire. Double, le texte qui nous raconte sa vie l'est aussi, entre le caractère paradigmatique du héros qui sauve et protège les siens, mais qui sauve et protège d'abord son honneur, et le particularisme d'une aventure humaine sans égal, mélange de l'épopée qui lui a donné naissance et des projections d'hommes qui se voudraient indomptables vainqueurs et que seule la mort peut terrasser.

Digénis est un homme seul, car il a choisi de vivre seul, mais plus que ses prouesses et sa force, c'est sa destinée qui l'a condamné à la solitude. Son père est vaillant, un guerrier redoutable, mais entouré d'amis et de parents, auxquels il se rapporte, dont il tient compte. Il sait lutter et il sait perdre, il choisit à son gré. Il connaît la défaite et en assume les conséquences. Digénis non. Il n'a pas le choix, il doit obéir à sa nature. Sa grandeur n'est pas même un don, c'est un châtiment. Ses compagnons ne sont pas ses amis: allongé sur le lit pour se reposer, il est entouré par ses soldats qui, eux, gazouillent « comme de beaux petits oiseaux, lorsqu'ils reviennent du vol », et qui restent debout autour du héros. Son épouse est là, en adoration de cet homme solitaire: c'est l'image d'un roi assis sur son trône et craint par la cour qui reconnaît son unicité; c'est aussi l'image d'une icône, où Dieu siège entouré par les saints et la Vierge, car Digénis est choisi de la Providence pour régir le monde, rôle que l'idéologie byzantine attribue d'ordinaire à l'empereur. Digénis est un véritable roi...

Chant de la beauté masculine, beauté mesurée sur la prestance physique et sur la force de caractère, le Digénis célèbre l'idéal de l'homme jeune, viril, extraordinaire, sûr, droit, franc, ce qu'on appelle le palikari ou le leventis. Un héros qui ne peut être que parfait dans la plénitude de son être, voué à la mort dès sa jeunessse.

 

 

 

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Erotokritos

Publié le par Christocentrix

Erotokritos de Vitzentzos Cornaros.
Traduit du grec par Robert Davreu. Edité par librairie José Corti, 2007. (collection Merveilleux n°31).

 

Qu'un peuple, au-delà de tout ce qui, en son sein, est susceptible de le diviser, puisse continuer à se reconnaître et se ressourcer dans l'oeuvre d'un de ses poètes, le phénomène est, on en conviendra, hélas devenu aujourd'hui assez rare. Tel est pourtant le cas d'Érotokritos, chanson de geste crétoise de plus de dix mille vers, écrite au début du XVIIè siècle par Vitzentzos Cornaros, un noble d'ascendance vénitienne, qui choisit la langue et le vers populaires pour chanter l'amour et la vaillance, et transfuser ainsi dans ce que Dante nommait le «vulgaire illustre » l'héritage des humanités revivifié par la Renaissance italienne et française. Devenu, après l'invasion ottomane, pour tous les Crétois, mais aussi, au-delà, pour l'ensemble des Grecs, poème fondateur, au même titre que le furent, dans l'Antiquité, l'Iliade et l'Odyssée, repris dans une tradition orale et musicale, de simples bergers des montagnes de Crète, aussi bien que des compositeurs et des chanteurs contemporains de grand renom, en psalmodient ou en chantent aujourd'hui encore des centaines de vers par coeur. De Solomos à Séféris en passant par Palamas, Érotokritos a exercé une influence considérable sur la poésie et les lettres grecques jusqu'à nos jours. S'il en est ainsi, c'est bien parce que, comme tout chef d'oeuvre, il atteint, dans sa singularité même, à l'universel, dévoilant, comme a pu l'écrire Kostis Palamas, « la passion et tout ce que le coeur humain recèle d'éternel et d'infini » avec un art, une fraîcheur et un souffle incomparables.

 

Comme le dit le poète narrateur :

 

« Écoutez donc, et qui fut du désir un temps le serviteur,

Qu'il vienne prêter l'oreille à tout ce qui est ici consigné,

Prendre exemple et conseil, se pénétrer à fond,

D'un pur amour qui jamais ne déçoive. »

                                         

 

 

                                                         extrait de la préface :

 

"Si l'on trouve bien mentionné dans les bons dictionnaires l'Érotokritos comme l'oeuvre la plus accomplie de ce qu'il est convenu d'appeler la Renaissance crétoise et, au-delà, comme un des chefs d'œuvre fondateurs de la littérature grecque moderne, il est permis de s'étonner qu'il ait fallu attendre près de quatre siècles pour qu'elle soit traduite intégralement en français. Ni la filiation dans laquelle s'inscrit à l'évidence Solomos au XIXème siècle, ni les propos de Séféris au siècle dernier, manifestant, chacun à sa manière, en quelle haute estime ils tenaient ce poème de plus de dix-mille vers et ce qu'ils lui devaient, s'agissant de leur vocation et de leurs engagements de poètes n'y ont apparemment fait. Nous ne disposions jusqu'à présent dans notre langue que de traductions très fragmentaires, peu accessibles en librairie, ainsi que de travaux universitaires qui, pour remarquables qu'ils puissent être, s'adressaient à un petit nombre d'étudiants et de chercheurs spécialisés. Pourtant si l'Érotokritos est certes une oeuvreErotokritos savante, c'est non moins une oeuvre populaire, connue de tous en Crète, lettrés ou non, dont de simples bergers peuvent psalmodier ou chanter des centaines, voire des milliers, de vers par coeur. Pour beaucoup ce fut le livre où ils apprirent à lire, quand toutefois ils apprirent, ce qui n'a pas toujours été le cas de tous, et la plupart, quoi qu'il en soit, l'ont reçu avant tout par transmission orale de leurs parents, qui le tenaient eux-même de leurs parents. Encore fut-ce sous forme de copies manuscrites que le poème a d'abord circulé avant d'être imprimé pour la première fois à Venise en 1713, soit un peu plus ou un peu moins d'un siècle après sa composition. Poème de plus de dix-mille vers, écrit peu de temps avant que la Crète, sous administration vénitienne depuis le tout début du XIIIème siècle, finisse par tomber entièrement sous la domination ottomane en 1669, il a donc été repris dans une tradition orale, non seulement en Crète, mais aussi dans les îles ioniennes et à Chypre où de nombreux Crétois se sont exilés, et ce jusqu'à nos jours, phénomène assez rare, voire unique à ce degré et sous cette forme dans le monde occidental moderne, pour que nul visiteur un tant soit peu attentif au présent, au-delà de la splendeur des ruines de l'Antiquité et des paysages, ne puisse s'en apercevoir et s'en émerveiller. Quelque chose a résisté, résiste encore à toutes les formes de la destruction, d'aucuns diraient du nihilisme propre à la modernité, dont la moindre n'est pas, nonobstant sa douceur, celle dont ce qu'on appelle la communication menace cela même qui la rend possible, le poème, la parole comme chant à la fois singulier et universel, dans laquelle un peuple, en-deçà comme au-delà de tout ce qui est susceptible de le diviser, se reconnaît comme tel. Oui, l'Érotokritos, s'il est bien, comme l'indique assez le nom du héros qui lui sert de titre, un poème qui parle de l'amour, est, non moins, un poème politique, au sens où une communauté humaine se reconnaît en lui, dans sa langue, dans son rythme, dans son chant, et résiste ainsi à son anéantissement ou à son atomisation, là où les masses modernes, confrontées à une abstraction sans cesse croissante, sont tentées de succomber au communautarisme affiché des idéologies totalitaires et des langues de bois qui les caractérisent. La nostalgie du pays natal, le patriotisme même qui, par moments, s'y expriment de façon paradoxale, et que la postérité, en tout cas, a pu y lire et y entendre chaque fois qu'il s'est agi de résister à l'occupant, ne s'y mue jamais en nationalisme agressif et en haine de l'étranger. Ceux qui ont si souvent été contraints à l'exil ne savent au contraire que trop bien la valeur de l'hospitalité pour ne pas la pratiquer en retour. On remarquera, qui plus est, que la patrie dont il s'agit dans le poème est Athènes, une Athènes imaginaire bien sûr, atopique et plus fondamentalement achronique ou hyperchronique, comme le dit Stylianos Alexiou, qu'anachronique, mais qui, comme telle, est le lieu originaire de ces synonymes que sont le savoir (la sophia) et le logos, même si l'on devine que cette Athènes-là est elle-même fille de la Crète. Pour chargé de mythes que soit le mont Ida, évoqué dans le Chant II du poème à propos d'un chevalier crétois qui y tua par inadvertance celle qu'il aimait, ce lieu où la légende rapporte que Zeus fut nourri par la chèvre Amalthée scelle un lien immémorial avec la Grèce qui, du temps où Vitzentzos Cornaros écrit le poème, mettra quelques deux siècles et demi à se réaliser politiquement, en 1913, au terme d'un long combat. On comprend mieux dès lors que l'Érotokritos se soit aux yeux de tous les Grecs, au-delà des seuls Crétois, chargé d'une puissante valeur affective, symbole de résistance et de lutte farouche pour l'indépendance et l'identité, mais toujours accueillante à l'autre, d'un peuple en archipel, dont l'unité fondamentale est celle, diversifiée, de la langue et de la culture, bien plus que celle du territoire et de la nation.

Mais si la postérité a pu se reconnaître ainsi dans l'oeuvre de Cornaros, c'est parce qu'il a composé, à partir d'éléments de différentes périodes historiques, un monde poétique et mythique intemporel, monde idéal de l'Orient grec, à l'instar de l'Arioste pour l'Occident.

 

Il y avait, pour toutes les raisons que je viens d'énoncer, urgence à traduire en notre langue cette chanson de geste ou ce roman de chevalerie, comme on voudra dire, d'une miraculeuse fraîcheur et d'une permanente actualité dans sa très savante naïveté...

...Ce poème appartient à ce petit nombre d'oeuvres dont la portée universelle fait qu'elles transcendent le temps qui les vit naître, et qu'elles appellent la traduction qui, pour profanatrice qu'elle soit par essence, en perpétue la mémoire et le message, au-delà du cercle nécessairement restreint d'une langue, d'une culture et d'un territoire. Et ce message, parce qu'il est intemporel, a besoin d'être sans cesse réitéré : l'Éros, dans son opposition à l'ordre établi, est ce qui empêche cet ordre de se scléroser et de péricliter, il est cette force qui renouvelle et refonde sans cesse un ordre du monde qui, sans lui, serait voué à une mort certaine. Les désordres qu'il crée dans les coeurs et dans les corps, les rébellions qu'il fomente contre la loi des pères, les hiérarchies et les conventions sociales, la crise en un mot dont il est le fauteur sur le plan individuel comme sur le plan collectif, s'ils apparaissent comme négation, sont en fait principe de vie et de perpétuation d'un monde humain sur terre, principe hors la loi au fondement de toute loi et de toute véritable légitimité. Et ce message n'est pas idéaliste au sens que l'on prête trop souvent à ce terme. Hormis Éros, muni de son arc - et l'on se rappellera qu'en grec le mot Bios qui signifie vie désigne aussi l'arc -, le poème élude dès le départ toute référence à la religion, fût-ce à celle, polythéiste, de la Grèce antique. Ce qu'invoquent les personnages, c'est toujours la nature, la physis, les éléments ou les astres, ou encore cela qui, dans la mythologie antique, était au-dessus des dieux, à savoir la nécessité, la Moira, ou la Parque. Les mythes n'y sont évoqués qu'en petit nombre, et toujours en filigrane, dans un effacement de la source où l'auteur les a puisés, notamment Les Métamorphoses d'Ovide. Quant à Dieu, qu'on suppose être celui du christianisme, s'il est nommé une fois, c'est au terme de cet épilogue d'une étonnante modernité où le poète se nomme lui-même, revendique son oeuvre contre les critiques dont il sait qu'elle est exposée à faire l'objet, et nous livre ce modèle de vie brève sur lequel se conclut son oeuvre. Ce rejet de l'élément religieux est tout à fait délibéré. Au-delà de l'effet proprement littéraire recherché et de l'expression de la sensualité à laquelle il permet de laisser place, il reflète une nouvelle conception philosophique du monde et une tendance à une explication scientifique des phénomènes, même si la science en question est encore celle issue de la théorie aristotélicienne des quatre éléments et des quatre humeurs. Idéalisme, matérialisme sont en fait des termes impropres à rendre compte d'une pensée poétique réfractaire par essence à tout dualisme, si elle n'ignore certes pas le polémos et l'oxymore, héritière, qu'elle le sache ou non, des penseurs présocratiques, bien plus fondamentalement que du platonisme ou du néo-platonisme dont est imprégnée pourtant toute la poésie de la Renaissance, y compris, bien sûr, l'Érotokritos. Et par là, dans ce rapport maintenu, aussi médiat et insu qu'il puisse être à un monde de l'art et la présence qui a précédé celui de la philosophie et de la représentation, Cornaros devance aussi bien son temps, préfigurant ce qu'il est convenu d'appeler le romantisme, non seulement dans le choix d'un langage parlé par tous mais dans la mise en abyme critique, à l'intérieur même du poème, d'une poésie lyrique qu'il illustre néanmoins superbement et dont il défend, toujours avec humour et lucidité, le message qu'elle véhicule pour tous les mortels que nous sommes: un lyrisme, sans illusion lyrique, qui en appelle à un monde dont les poètes qui chantent l'amour continueraient d'être les législateurs reconnus, gardiens de ce qui demeure, contre le désenchantement du monde. Depuis Schiller, depuis Shelley et Keats, depuis Hölderlin, nous savons que c'est là, plus que jamais, un combat."

                                                                                                                     (extrait de la préface)

 

 

troubadours crétois (les frêres Spyridakis) chantent l'Erotokritos... http://fr.youtube.com/watch?v=oA7oqAG-SdQ&feature=related

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Drieu la Rochelle intime

Publié le par Christocentrix

Notes pour un roman sur la sexualité, suivi de Parc Monceau, par Pierre Drieu la Rochelle, Gallimard, 2008.

 

Ces notes très personnelles constituent un inédit intimiste où Pierre Drieu la Rochelle, l'auteur de Gilles ou du Feu follet, retrace son itinéraire amoureux et plus particulièrement sa vie sexuelle.

II apparaît que, étant adolescent, le futur homme couvert de femmes, quêteur d'absolu, épris de la beauté des corps, insatisfait permanent n'envisage de relations sexuelles, qu'avec des prostituées, qui ont à ses yeux l'avantage de ne rien demander d'autre que de l'argent. Aussi devient-il client régulier des maisons closes, jusqu'à se dégoûter, enfin, de son comportement mécanique.

 Dans ces notes, ce séducteur invétéré se croyant partiellement impuissant, cérébral et narcissique jusqu'à l'onanisme, hanté par le souvenir amoureux de sa mère à l'adolescence et en proie à un virtuel tourment homosexuel, ne s'épargne pas. Il en rajoute même, recherchant une perfection qui n'existe pas dans ce monde. « Sa confession dérangeante, âpre, sans concessions et sans apprêts, où Drieu abaisse sa garde pour se mettre à nu, avec cette sincérité brutale qui fait de lui, à ses moments d'extrême tension, un très grand écrivain vire au masochisme mortifier, écrit Julien Herbier, qui présente l'édition. Il se suicide à petit feu. Avant de mettre fin définitivement à ses jours, Drieu livre (à la troisième personne du singulier) cette conclusion testamentaire qui laisse un goût amer dans la bouche et une larme à l'oeil désolante : « Quand il était dans la rue, en quête de femmes, de femmes libres, propres, et non plus de femmes encloses et souillées, il rêvait d'amour, d'union, d'enchaînement profond avec tout ce qui était loin de lui et par moments paraissait si contraire à lui. Comme autrefois, il rôdait dans les quartiers élégants et tâchait d'aborder des personnes qui, à en juger par leurs toilettes, devaient porter des sentiments délicats qui l'auraient enlacé et retenu. » L'enfant Drieu se sent attiré par le délicieux parfum sucré, suave et entretenu d'une femme magique, aimante parfaite et épouse rassurante Trop tard, il reviendra également de cette illusion.

Un court inédit qui permet de mieux cerner l'homme avant la publication de l'intégralité de ses romans à la fin de l'année.

 

 

 

 

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théologie de la sexualité...un point de vue orthodoxe

Publié le par Christocentrix

pour lire cet essai de Marc-Antoine Costa de Beauregard, cliquer sur un de ces liens :

http://users.skynet.be/fb599330/doc/Essai_P_Marc_Antoine.pdf 

http://www.orthodoxie.com/2005/12/_essai_dune_int.html 

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florilège du Mont Athos

Publié le par Christocentrix

Un moine qui se prenait très au sérieux vint un jour rendre visite à Père Païssios en lui disant :
-Père, j'ai fais beaucoup de péchés.

-Ce n'est pas grave mon fils.

Le moine est revenu quelques temps plus tard :

-Père Païssios, je pèche toujours énormément.

-Ce n'est pas grave mon enfant.

Et chaque fois le Père Païssios lui redisait la même chose, jusqu'à ce qu'un jour, très décontenancé, le moine lui demandât :
-Mais enfin Père, pourquoi me dis-tu que ce n'est pas grave de faire des péchés ?

-Parce que, mon enfant, la fleur des vertus a besoin d'énormément de fumier pour s'épanouir.


                            
http://fr.youtube.com/watch?v=fktl_lUwz7M&feature=related

                            http://fr.youtube.com/watch?v=Aw_n8kOhQ88


                                                                         *********


"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."

                                                            P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

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du mariage...(archimandrite Aimilianos)

Publié le par Christocentrix

"La vie n'est pas une fête, comme certains le croient, et après qu'ils se soient mariés, ils retombent du ciel sur terre.
Le mariage est un vaste océan, et vous ne savez pas où il va vous faire toucher terre.. D'aller penser que ce serait un chemin vers le bonheur, ce serait pour nous dénaturer le mariage, comme si c'était un déni de la Croix. La joie du mariage est pour l'époux et l'épouse de s'atteler tous les deux ensemble à la même roue, et ensemble d'arpenter et gravir le chemin montant de la vie. Un poète disait "vous n'avez pas souffert? Alors vous n'avez pas aimé." Seuls ceux qui souffrent savent vraiment aimer. Et c'est pourquoi la tristesse est un élément nécessaire du mariage. Un ancien philosophe en disait : "Le mariage est un monde rendu magnifique par l'espoir, et renforcé par les épreuves."

 Archimandrite Aimilianos, ancien Higoumène du monastère de Simonos Petra (Mont Athos)

 

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Eros

Publié le par Christocentrix

Notre culture distingue et nomme plusieurs façons d'aimer : L'ancienne sagesse des Grecs avait distingué Erôs (désir) et Philia (amitié). L'Evangile ajoute Agapè ( bonté généreuse ou charité).

Brièvement, l'éros désigne l'amour sensible et instinctif ; la philia, l'amour spirituel et personnel (prédilection) ; l'agapè, la participation à l'amour divin. L'homme n'aime complètement que lorsque l'amour d'amitié purifie l'amour de désir, et qu'à son tour celui-ci est assumé dans l'amour divin. Mais les trois degrés restent indispensables ; c'est seulement par leur compénétration que chacun d'eux, à sa manière propre, conduit à la totalité de l'amour. L'amour de désir sans l'amitié, et tous deux sans l'amour de charité, tendent à dégénérer. Inversement, l'amour de charité ne peut se développer sans l'amour de désir et d'amitié. Ils lui préparent le terrain, offrent une matière à son souffle de vie ; l'agapè qui se détache d'eux, ne peut que se dessécher, devenir anémique et froid. L'agapè incluant essentiellement ce qui le précède.

 

L'EROS

C'est Platon qui a étudié l'éros en détail. Il voit dans l'amour sensible et instinctif, qui chez l'homme éclate sous forme de passion et le surprend souvent comme un destin inéluctable. L'éros est attiré par la beauté : il est une inclination irrépressible vers l'union avec ce qui nous attire, et ainsi nous révèle à nous-mêmes, car quelque chose en nous répond à l'appel. Il s'agit d'abord de la beauté sensible, mais, par une puissante dialectique d'ascension, le désir est entraîné au-delà du domaine des sens et de l'instinct. A partir de la beauté sensible, surtout celle du corps humain, il s'élève à la beauté du savoir et de la vertu, aussi bien que de l'âme humaine qui s'y extériorise, jusqu'à ce qu'enfin, au terme de son ascension, éclate le rayonnement du Beau en soi, de la Beauté originelle et éternelle, qui contient toute beauté et qui est la cause première de tout ce qui est beau. La Beauté originelle coïncidant avec la Bonté originelle. Le point de départ de l'amour de désir est dans la perception sensible de la beauté, il appartient d'abord au domaine corporel et visible : l'éclat rayonnant des formes et des couleurs, les figures harmonieusement développées. Tout celà emporte l'éros et procure à l'homme un profond bonheur. Mais comme c'est le Bien qui brille dans le Beau, c'est vers lui qu'en fin de compte tend l'éros.

Chez l'homme l'attirance instinctuelle est l'acte d'une personne spirituelle, informée par une perception qui va au-delà des formes sensibles comme telles. C'est par l'éros que nous sommes attirés et portés à l'admiration par la majesté des montagnes, l'immensité de la mer, la splendeur du ciel étoilé....notre vie serait infiniment plus pauvre sans la sensibilité de l'éros à la beauté.

Mais l'éros s'accomplit tout particilièrement dans la rencontre avec l'homme ; c'est là que la beauté sensible atteint son achèvement. De la forme corporelle de l'homme rayonne une telle beauté que les plus grands artistes de tous les temps n'ont jamais pu l'épuiser. La raison en est que le corps ne se réduit pas à ce qui est animal, il porte l'empreinte de la vie spirituelle qui l'informe. La richesse et la profondeur de l'esprit rayonnent du corps de l'homme. Voilà pourquoi l'homme, plus que tout être, attire l'éros. La diversité des sexes n'entre pas encore en jeu. L'amour sensible et instinctif des hommes entre eux ne coïncide pas avec l'amour sexuel, ou l'amour des deux sexes entre eux.

L'éros est quelque chose de beaucoup plus dominant dans la vie humaine, dont il imprègne la plupart des activités. Quand les hommes tissent un lien profond, l'éros présent, vibrant, les délivre de l'isolement figé et les porte l'un vers l'autre par un courant vivant et vivifiant. Alors naît le vrai dialogue qui dépasse le bavardage vide pour devenir un riche échange mutuel.

Un lien particulièrement profond caractérise l'amitié dont la chaleur enveloppante provient de l'éros. Dans un autre registre mais de façon semblable, la relation entre le maître et le disciple est portée par l'éros, sans lequel il ne saurait y avoir d'étincelle, malgré toute la bonne volonté de l'éducateur. C'est grâce à l'éros qu'un enseignement passe, qu'un discours saisit les auditeurs, qu'un spectacle empoigne les spectateurs, qu'un concert soulève l'enthousiasme. L'éros est également à l'oeuvre dans l'élan créateur de l'artiste : Eros cosmogonique, puissance mystérieuse, voix de la nature, se situant souvent à une grande distance du sexe, dans la soumission de l'artiste à la sévère ascèse des formes. Il vibre même dans la religion, jusque dans ses élévations les plus sublimes, surtout mystiques. Dans le don de soi religieux, il arrive que l'éros glisse jusqu'à l'amour sexuel ; c'est ce qui explique la prostitution sacrée, ou les accents troubles de certains textes mystiques...

 

EROS ET SEXE

L'éros et le sexe ne sont pas la même chose; cependant, ils sont reliés l'un à l'autre par une sorte de proximité intérieure. Ainsi, dans le langage actuel, le mot "érotique", qui vient du mot "eros" mais n'embrasse nullement toute l'étendue de ce dernier, est-il limité au domaine sexuel. Le sexe étant cette réalisation de l'éros dans l'amour entre les sexes.

Les Grecs essayaient d'expliquer l'attrait entre l'homme et la femme par un mythe selon lequel l'homme, originellement unique, androgyne, fut partagé en deux moitiés, l'une féminine, l'autre masculine, de sorte que ces deux moitiés cherchent, avec une force primitive, à reconstituer l'unité originelle.

Dans le récit de la Genèse, la femme est faite à partir d'une côte tirée de l'homme, et Dieu la donne à ce dernier comme compagne et aide.

Il est certain que l'homme et la femme sont, de part leur constitution physiologique et psychologique, ouverts et complémentaires l'un pour l'autre. On retrouve cette complémentarité dans d'autres traditions cosmogoniques, comme par exemple le Yin et le Yang, qui précise en outre, que rien n'est tout à fait Yin ou Yang et que chacun possède une "trace" de l'autre, renforçant ainsi cet entrelassement complémentaire.

L'union entre les sexes englobe l'homme tout entier et apporte une profonde béatitude. C'est pourquoi la plupart des hommes sont conduits à réaliser l'éros sous la forme de l'amour sexuel. Les deux personnes, désirant vaincre la solitude -solitude que nous portons tous en nous pour autant que nous sommes des individus libres-, peuvent prendre part à une relation où, surtout au moment de l'union sexuelle, chacun expérimente un partage profond au niveau de l'être -avant de se retrouver seul, peut-être plus seul que jamais. L'union sexuelle contient une promesse qu'à elle seule elle ne peut remplir. Son désir dépasse l'homme.

 

MASCULIN / FEMININ

Mais l'ancienne conception de l'homme androgyne touche à une autre vérité. Chaque personne, homme ou femme, a des caractéristiques masculines et féminines, bien que dans des proportions variables. (symbole du Yin/Yang). Ici, il faut faire une distinction entre le fait d'être homme ou d'être femme, déterminé par une différenciation au niveau biologique et physiologique, et notre masculinité-féminité, lesquels sont des stéréotypes culturels : des qualités que la culture ambiante attribue de préférence à l'homme ou à la femme. Ainsi attribue-t-on à l'homme force, agressivité, initiative, affirmation de soi, pensée objective, etc...à la femme tendresse, chaleur, intuition, sensibilité, patience, sympathie, pensée subjective, dons artistiques, etc...

Ces attributions sont très influencées par des données historiques, sociologiques et culturelles, de moins en moins acceptées de nos jours et remises en question tant par les hommes que par les femmes. C'est un fait. Le plein épanouissement de la personne humaine est recherché au-delà et  doit posséder toutes les qualités, "masculines"et "féminines", en quelque mesure; ce processus est décrit comme l'intégration de l'animus (principe masculin) et de l'anima (principe féminin) dans la totalité de la personnalité.

Celà est aussi vrai pour la contemplation. Le regard contemplatif sur des êtres et des personnes requièrent totalement l'intuition, la sensibilité, la tendresse, et la capacité d'une certaine passivité active que notre nature d'homme contient.

Par ailleurs, n'acceptons pas un image de l'homme préfabriquée par une culture coupée de beaucoup de ses sources profondes. Je ne sais pas par avance ce que c'est qu'être homme. Je découvre mon "être-homme" peu à peu, face à la vie et la mort, face aux autres personnes, face à la femme (une étape essentielle), et en fin de compte face au Divin.

 

LA FACE OBSCURE DE L'EROS

Pour les Grecs, l'éros était un démon : non au sens actuel d'esprit maléfique, mais comme démiurge, situé à mi-chemin entre l'humain et le divin, pouvant être bon ou mauvais pour l'homme, source d'immenses richesses, mais aussi risquant de détruire l'homme par sa puissance mystérieuse.

Car l'éros -le désir- plonge ses racines dans les profondeurs obscures du créé et, comme la vie elle-même, ne se réduit nullement à nos idées et à notre compréhension. Au contraire, il est capable de déferler sur l'homme et de renverser toutes ses résistances, se moquant du raisonnable et du sage.

L'éros inscrit dans le rythme du corps la soif métaphysique de l'autre : dilection incarnée. Elle vient du fond des âges, de l'origine même de la vie, lourde de l'histoire multiséculaire de l'humanité. Elle informe notre imaginaire, nos rêves, de ses formes, de ses archétypes, de ses mythes. Le désir le plus haut de l'esprit s'incarne dans la chair, pour ainsi dire, directement, sans passer par la médiation de l'intelligence claire.

Le corps est son lieu, son signe. Tout celà se condense dans la rencontre avec l'être aimé.

La sourde voix de la nature incoercible se fait entendre dans la passion des amants. L'acte charnel est un abandon, une extase, une sorte de mort. Chez certains animaux inférieurs, le mâle meurt dans l'acte de copulation. La vie naît de la mort, de la perte de soi. La mort et l'amour s'appellent mystérieusement.

La joie la plus intense s'accompagne, avec la même intensité, de la conscience de l'imminence de la mort. Il semble que l'une n'est pas possible sans l'autre. dans ce feu, l'homme, sorti de lui-même, ne possède plus aucune garantie de sécurité en lui-même. Cette loi de l'amour se vérifie aussi dans l'expérience mystique. Au fait, nous serait-il possible d'aimer, dans le sens le plus profond du mot, si nous n'étions pas mortels ? Sans le tragique de la mort inéluctable de l'aimé, et de notre mort ? Pouvons nous concevoir un amour sans souffrance, sans parfois, soif de souffrance, de sacrifice ?

Plus mystérieusement encore, y a t-il amour sans haine dans quelque recoin secret du coeur ?  La passion, au moins, éros dans son expression la plus "démoniaque" (au sens grec) mène parfois à la destruction de celui qu'elle investit.

L'amour passionnel pousse l'homme et la femme l'un vers l'autre avec une force primitive et aveugle. C'est seulement par une dure lutte pour incorporer la passion dans l'ensemble de l'amour, pour l'informer par l'amour d'amitié, basé sur la perception de la valeur spirituelle de la personne de l'aimé(e), que l'éros devient un amour humain et libre. Il faut que l'homme soit suffisamment capable de dominer son désir pour ne pas lui être soumis. Par là, l'éros n'est ni diminué ni écrasé; au contraire, il est libéré pour être conduit à son achèvement. L'éros nous influence de deux façons. Il est une force instinctuelle du désir, aveugle, non libre, prépersonnelle, parfois destructrice, qui nous pousse avec violence. Il est aussi l'attrait souverain des valeurs qui nous transcendent : le beau, le bien, l'amitié, le sacrifice, la vérité, qui nous attirent et nous font nous transcender vers ce qui est au-dessus de nous ; vers le Divin lui-même. Cet attrait éveille ce qui est le plus profond en nous ; notre réponse est l'oeuvre d'une perception spirituelle et fonction de notre liberté. Pour que ce soit possible, il faut que la force instinctive soit informée et ordonnée, dans la mesure du possible par notre liberté perceptive. L'éros, ainsi libéré, peut aller, paradoxalement, jusqu'au renoncement par amour, pour un plus grand amour. Le désir peut être vierge tout en brûlant de sa flamme la plus pure et la plus vraie.

 

Avant de quitter l'éros, ressaisissons d'un seul regard l'ampleur de son champ, du fond obscur prépersonnel de l'homme, à travers l'attrait et la création de la beauté, la rencontre entre des personnes, l'amour sexuel, et jusqu'à l'amour mystique de Dieu. L'élan de l'amour de désir ne meurt jamais, car il cherche, en vérité, non pas sa satisfaction mais sa propre intensification. " Qui me boira, aura toujours soif " (Si 24,29). Seule une source intarissable, infinie, peut désaltérer sa soif illimitée.

 

(larges extraits de "Le bonheur d'être chaste" par "un Chartreux" (Presses de la Renaissance, 2004). 

En parallèle avec ce texte, on peut chercher dans l'exposé  de Julius Evola le développement de données dites "traditionnelles" . Il serait inappropriée de les qualifiées "d'évoliennes" car ces doctrines existent sans Evola. Le mérite d'Evola fut de les commenter ou les interprêter pour nos mentalités modernes, les proposer à notre réflexion dans une époque où tous les repères sont brouillés. (Panséxualisme, psychologisme, matérialisme biologique, etc...). Un choix de textes sera sans doute proposé plus tard sur ce blog mais il est utile de rappeler la principale référence "évolienne" sur le sujet : "Métaphysique du Sexe" (plutôt la dernière édition chez "l'Age d'Homme" , qui contient des appendices inédits par rapport à la précédente édition "Payot" ).
En dehors du point de vue d'un auteur catholique cité plus haut, je rappelle la référence "orthodoxe" (Costa de Beauregard) mise en lien sur ce blog.
D'autres références sont bien-sûr importantes sur la question... depuis le Banquet de Platon jusqu'aux dernières études de l'anthropologie. L'opportunité d'y recourir se présentera ou pas....je ne suis pas un blog spécialisé sur la question. Je préfère aujourd'hui l'abord littéraire et autobiographique. J'aurais donc sans doute l'occasion de vous parler d'un essai d'André Fraigneau sur la sexualité humaine.

 

 

 

 

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