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sentinelle du matin

Publié le par Christocentrix


Ce texte est extrait du bulletin de la paroisse catholique que mes enfants fréquentent. Le jeune prêtre qui a en charge cette paroisse, assure sur l'ordre de son évêque et dans le cadre de l'obéissance, l'application du motu proprio pour une poignée de fidèles attachés à la Tradition. Il a dû apprendre ce à quoi il n'était pas préparé. C'est un homme de bonne volonté...et voyez ce qu'il écrit :

"Nous sortons souvent fatigués, vidés, stressés de ces mois où la lumière décline. Tout devient triste, le froid entre dans notre coeur autant qu'il traverse notre corps. Nous devons nous battre en permanence dans notre travail, pour nos enfants, courir à droite et à gauche, tout gérer... et cela alors même que tout semble si fragile: la crise financière et la pauvreté, les drames autour de nous, les familles éclatées, les enfants parfois sacrifiés, le manque de repères et surtout de certitudes...

Notre génération doit livrer des combats que nos prédécesseurs n'avaient pas eu à mener...


Le poids de la souffrance.

Beaucoup font le dos rond, baissent la tête et tentent d'éviter au maximum le combat... A force de ne pas faire face, à force d'indifférence, ils finissent par subir leur vie et d'une certaine manière, ils perdent ce combat avant même de l'avoir mener...

D'autres s'écroulent. Ils ajoutent leur défaite à tous ces drames dont nous entendons les échos autour de nous...

Le chrétien, lui, veut être une personne profondément lucide sur son temps...

pas de naïveté, pas de voile sur les yeux. Mais comment regarder en face toute cette misère? Comment porter le poids de la souffrance? En étant un saint! Un saint greffé au Christ, capable d'avoir un regard de prophète, c'est à dire un regard qui passe par le prisme du regard de Dieu.

Le regard de prophète.

Ce regard, c'est celui de la sentinelle qui, alors que la ville est endormie, écrasée sous la charge, ne se résigne pas.

Cette sentinelle, elle sait que « quand on veut du beau, du grand dans sa tête, il faut se mettre du beau dans les yeux. » alors, elle scrute, elle scrute l'horizon à la recherche de la lumière, à la recherche de la première lueur qui annonce l'aurore... Elle porte l'espérance de tous. Elle a la certitude invincible que bientôt, elle pourra crier la joie du Salut à tous ceux qui pensaient avoir perdu. Voilà ce que ce temps de l'Avent doit être pour nous.

Si le fardeau est trop lourd pour toi, pense à ceux qui te seront confiés ; Si tu ralentis, ils s'arrêtent ; Si tu faiblis, ils flanchent ; Si tu t'assois, ils se couchent ; Si tu doutes, ils désespèrent ; Si tu critiques, ils démolissent. Mais si tu marches devant, ils te dépasseront; Si tu donnes ta main, ils donneront leur peau ; Et si tu pries... alors, ils seront des saints."


                                                                                                                                                      Abbé de Leffe +

 

 

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de la Foi (Aldous Huxley)

Publié le par Christocentrix


Le mot « foi » possède des significations diverses qu'il importe de distinguer. Dans certains contextes, il est employé comme synonyme de « confiance », comme lorsque nous disons que nous avons foi au diagnostic du Dr X... ou en l'intégrité de l'avocat Y... De nature analogue est notre « foi » en l'autorité, - la croyance que ce que disent certaines personnes sur certaines questions a des chances, en raison de ce qu'elles sont particulièrement qualifiées, d'être vrai. A d'autres moments, la « foi » représente la croyance à des propositions que nous n'avons pas eu l'occasion de vérifier par nous-mêmes, mais dont nous savons que nous pourrions les vérifier si nous en avions le désir, l'occasion et les capacités nécessaires. C'est en ce sens que nous avons la « foi » quand bien même nous ne serions jamais allés en Australie, qu'il existe une créature telle que l'ornithorynque à bec de canard; nous avons « foi » en la théorie atomique, quand bien même nous n'aurions jamais effectué les expériences sur lesquelles repose cette théorie, et serions incapables de comprendre les mathématiques sur lesquelles elle se fonde. Et enfin, il y a la « foi », qui est une croyance à des propositions que nous savons ne pouvoir vérifier même si nous désirions le faire, - propositions telles que le Symbole de saint Athanase, ou celles qui constituent la doctrine de l'Immaculée Conception. Ce genre de « foi » est définie par les Scolastiques comme un acte de l'intellect mû à l'assentiment par la volonté.

La foi, dans ces trois premiers sens, joue un rôle fort important, non seulement dans les activités de la vie quotidienne, mais encore dans celles de la science pure et appliquée. Credo ut intelligam, - et aussi, devrions-nous ajouter, ut agam et ut vivam. La foi est une condition préalable de toute connaissance systématique, de toute action dirigée vers un but, et de toute vie convenable. Les sociétés se maintiennent, non pas primordialement par la crainte, chez la masse, du pouvoir coercitif d'une petite minorité, mais par une foi largement répandue en la bienséance du voisin. Une telle foi a tendance à créer son propre objet, alors qu'une méfiance mutuelle largement répandue, due, par exemple, à la guerre ou aux dissensions domestiques, crée l'objet de la méfiance. Passant maintenant du domaine moral à l'intellectuel, nous voyons la foi à la racine de toute pensée organisée. La science et la technologie ne pourraient pas exister, si nous n'avions pas foi en la véracité de l'univers, - si, selon les paroles de Clerk Maxwell, nous ne croyions implicitement que le livre de la Nature est véritablement un livre et non un magazine, une oeuvre d'art cohérente et non un pot-pourri de miettes sans rapport entre elles. A cette foi générale au caractère raisonnable et digne de confiance du monde, le chercheur de vérité doit ajouter deux catégories de foi spéciales, - la foi en l'autorité d'experts qualifiés, suffisante à lui permettre de les croire sur parole en ce qui concerne les exposés qu'il n'a pas vérifiés personnellement; et la foi en ses propres hypothèses explicatives, suffisante à l'inciter à vérifier ses croyances provisoires au moyen d'actes appropriés. Il se peut que ces actes confirment la croyance qui les a inspirés. Par contre, il se peut qu'ils apportent la preuve que l'hypothèse explicative originale était infondée, auquel cas elle devra être modifiée jusqu'à ce qu'elle puisse être rendue conforme aux faits, et passe ainsi du domaine de la foi à celui de la connaissance.


La quatrième catégorie de foi est la chose qu'on appelle communément « foi religieuse». Cet usage se justifie, non pas parce que les autres catégories de foi ne sont pas fondamentales en matière de religion comme elles le sont pour les questions séculières, mais parce que cet assentiment voulu à des propositions que l'on sait être invérifiables se présente dans la religion, et uniquement dans la religion, comme un supplément caractéristique à la fois en tant que confiance, à la foi en l'autorité, et à la foi en des propositions non vérifiées mais vérifiables. C'est là la catégorie de foi qui, selon les théologiens chrétiens, justifie et sauve. Voici, par exemple, un passage d'une lettre de Luther. Esto peccator, et pecca fortiter; sed fortius crede et gaude in Christo, qui victor est peccati, mortis et mundi. Peccandum est quam diu sic sumus; vita haec non est hahitatio justitiae. (Sois pécheur, et pêche fortement; mais crois encore plus fortement en Christ et jouis de lui, qui est le vainqueur du péché, de la mort et du monde. Tant que nous serons ce que nous sommes, il faudra qu'il y ait du péché; cette vie n'est point la demeure de la vertu.) A ce danger que la foi en la doctrine de la justification par la foi puisse servir d'excuse et même d'invitation au péché, il convient d'ajouter un autre danger, savoir : que la foi qui est censée sauver soit une foi en des propositions non pas simplement invérifiables, mais répugnant à la raison et au sens moral, et entièrement en désaccord avec les constatations de ceux qui ont rempli les conditions de la pénétration spirituelle de la Nature des Choses. "Voici le summum de la foi "; dit Luther dans son De Servo Arbitrio :
"Croire que Dieu, qui en sauve un si petit nombre et en condamne un si grand, est miséricordieux; que Celui-là est juste qui, à son bon plaisir, nous a créés destinés nécessairement à la damnation, de sorte qu'il semble se complaire aux tourments des malheureux, et mériter plutôt la haine que l'amour. Si, par quelque effort de la raison, je pouvais concevoir comment Dieu, qui manifeste tant de colère et de sévérité, pouvait être miséricordieux et juste, il n'y aurait point besoin de foi " .

La révélation (qui, lorsqu'elle est authentique, est simplement la trace de l'expérience immédiate de ceux qui sont assez purs de coeur et pauvres en esprit pour être à même de voir Dieu) est absolument muette sur toutes ces doctrines hideuses, auxquelles la volonté force l'intellect (qui, tout naturellement et à juste titre, y répugne) à donner son assentiment. Les idées de ce genre sont le produit, non pas de la pénétration obtenue par les saints, mais de l'imagination active de juristes, qui sont si éloignés d'avoir transcendé le moi et les préjugés de l'éducation, qu'ils ont eu la folie et la présomption d'interpréter l'univers dans le langage de la législation hébraïque et romaine, avec laquelle ils se trouvaient familiarisés.
                               « Malheur à vous, hommes de loi », a dit le Christ.

Cette dénonciation était prophétique et reste valable pour toute époque.


Le noyau, le coeur spirituel de toutes les religions supérieure, est la Philosophia Perennis; et l'on peut donner son assentiment à la Philosophia Perennis, et agir en conséquence, sans recourir à cette catégorie de foi dont traitait Luther dans les passages qui précédent. Il faut qu'il y ait, bien entendu, la foi en tant que confiance -car la confiance en ses semblables est le commencement de la charité envers les hommes; et la confiance en la sécurité non seulement matérielle, mais encore morale et spirituelle, de !'univers, est le commencement de la charité ou amour-connaissance par rapport à Dieu. Il faut qu'il y ait aussi foi en l'autorité, - l'autorité de ceux dont le renoncement au moi les a qua!ifiés pour connaître le Fondement spirituel de tout être, par accointante directe aussi bien que par ce qu'on en rapporte. Et enfin, il faut qu'il y ait foi en les propositions relatives à la Réalité, telles qu'elles sont énoncées par les philosophes à la lumière de la révélation authentique, - propositions que le croyant sait qu'il pourra, s'il est prêt à remplir les conditions nécessaires, vérifier par lui-même. Mais, pourvu qu'on accepte la Philosophia Perennis dans sa simplicité essentielle, point n'est besoin d'assentiment ordonné par la volonté à des propositions qu'on sait d'avance être invérifiables. Il est nécessaire d'ajouter ici que de semblables propositions invérifiables peuvent devenir vérifiables dans la mesure où la foi intense affecte le substratum psychique et crée ainsi une existence dont l'objectivité dérivée peut effectivement être découverte « là-bas ». Rappelons-nous, toutefois, qu 'une existence qui tire son objectivité de l'activité mentale de ceux qui y croient intensément, ne peut absolument pas être le Fondement spirituel du monde, et qu'un esprit assidûment occupé de l'activité volontaire et intellectuelle qui est la « foi religieuse » ne peut absolument pas être dans l'état de renoncement au moi et de passivité vigilante qui est la condition nécessaire de la connaissance unitive du Fondement. Voilà pourquoi les bouddhistes affirment que « la foi aimante mène au ciel; mais que l'obéissance au Dharma mène au Nirvana ». La foi en l'existence et en la puissance de toute entité surnaturelle moindre que la Réalité spirituelle ultime, et en toute forme de culte qui n'atteint pas à l'anéantissement du moi, aura certainement pour résultat, si l'objet de la foi est intrinsèquement bon, une amélioration du caractère, et probablement une survie posthume dans des conditions "célestes" de la personnalité améliorée. Mais cette survie personnelle dans ce qui est encore l'ordre temporel n'est pas la vie éternelle de l'union, en dehors du temps, avec l'Esprit. Cette vie éternelle "réside en la connaissance" de la Divinité, et non en la foi en une chose quelconque moindre que la Divinité.

Quant à la notion d'une Cause Première, ou d'une Causa Sui, il nous faut, d'autre part, garder en l'esprit que nous nous réfutons nous-mêmes en essayant de l'établir par extension de l'application de la catégorie causale, car la causalité, quand elle est universalisée, renferme une contradiction; et, d'autre part, nous souvenir que le Fondement ultime "est", sans plus." C'est seulement quand l'individu, lui aussi, "est", sans plus, en raison de son union, par l'amour-connaissance, avec le Fondement, qu'il peut être question de libération complète et éternelle.

 

                                      extrait de "Philosophia Perrenis" de Aldous Huxley

 

 

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parole, témoignage, confiance, foi

Publié le par Christocentrix


C'est sur la parole d'abord que reposent les rapports humains. Car un monde où l'on ne croit plus à la parole est un monde où il n'y a plus de confiance possible. Et on peut se demander si cet esprit de méfiance n'empoisonne pas aujourd'hui les relations personnelles entre les hommes? N'y a-t-il pas une maladie du doute qui travaille dans les profondeurs des âmes et qui détruit même la possibilité de la communication. Et au niveau même de notre foi, ne subsiste-t-il pas en nous un fond non totalement assaini de doute, en sorte que nous pouvons nous demander si nous avons jamais fait un acte de foi théologal au sens plein du mot, c'est-à-dire dans lequel notre intelligence s'est engagée en éliminant totalement toute réticence, toute position de repli. Non pas je ne sais quel pari, mais un acte engageant totalement notre intelligence sur la Parole du Christ, sans rien nous réserver. Et n'y a-t-il pas, dans cette réserve ultime que nous gardons si souvent à l'égard de la foi elle-même, une certaine volonté de notre intelligence de ne dépendre que d'elle-même, une certaine difficulté à nous donner, en particulier, sous la forme de ce don éminent qu'est le don de l'intelligence. Ce don, nous devons le faire difficilement, mais n'y a-t-il pourtant pas des cas où nous avons le droit de le faire. Nous touchons ici l'arrière-fond de ce qui rend si difficile à l'homme d'aujourd'hui de comprendre comment l'acte de foi est possible et, même s'il l'admet comme possible, de le faire au sens plein du mot. L'idée même qu'on puisse parler de vérité absolue sur un témoignage apparaît comme inacceptable.

Or, en restant sur un plan humain, sans parler encore ici directement du témoignage même de l'Évangile, nous devons dire que le témoignage est une voie d'ascension à la certitude aussi valable, dans son ordre, que le sont dans le leur les démonstrations et les expérimentations scientifiques. Plus encore, cette voie est la seule qui donne accès à un certain ordre de réalité. Cet ordre de réalité est précisément celui des personnes. Or, si l'univers des personnes l'emporte infiniment sur celui du monde naturel, nous devons dire qu'à mesure que nous montons dans la hiérarchie des êtres, c'est de plus en plus le témoignage qui devient le moyen de la connaissance, et non pas l'expérimentation. Je précise les choses. L'expérimentation relève essentiellement de l'ordre des choses qui sont inférieures à l'homme. Elle porte sur les objets. Mais la personne de l'autre est quelque chose dont nous ne pouvons jamais faire un objet. Nous ne pouvons la connaître, l'autre, que dans la mesure où elle veut bien se révéler à nous. Et elle ne peut se révéler à nous que par la parole. C'est-à-dire que finalement c'est seulement sur la parole de l'autre que nous pouvons nous appuyer pour le connaître. Et par conséquent, à ce niveau, le témoignage de la parole est la seule voie de communication entre les personnes. Comment alors, si Dieu est personnel dans un sens éminent et si déjà nous ne pouvons connaître le secret de la personne des autres que dans la mesure où ils veulent bien nous le révéler, pourrions-nous connaître le secret de Dieu autrement que dans la mesure où Dieu veut nous le révéler?

Le témoignage apparaît donc comme le mode de connaissance qui correspond aux objets supérieurs, et d'autre part comme un moyen de connaissance qui est susceptible dans son ordre d'une rigueur aussi grande que les démonstrations d'ordre physique ou mathématique dans le leur. Ceci est évident pour les sciences historiques. Personne ne songerait à mettre en question l'existence de Napoléon ou de Jules César. Or, nous ne les connaissons que par des témoignages. Il y a donc dans l'ordre historique des certitudes absolues qui ne reposent que sur des témoignages. Dans l'ordre des relations humaines, je ne connais l'amour de l'autre qu'à travers l'affirmation qu'il m'en donne. Le problème est de savoir si je peux faire confiance à sa parole. Or, il y a des cas où non seulement j'ai le droit, mais encore le devoir, de faire confiance à cette parole et où il serait absurde de ne pas le faire. L'impuissance à faire confiance est une des maladies de l'intelligence contemporaine.

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deux ou trois réflexions sur la foi

Publié le par Christocentrix


Ce que nous affirmons dans la foi, nous pensons donc que nous avons le droit de le dire; nous avons le droit de le dire à tous; et en particulier nous avons le droit de la dire à nos camarades athées; et, si nous en avons le droit, nous en avons nécessairement le devoir. Car, si nous le disons, ce n'est pas comme une opinion personnelle, que nous pourrions avoir scrupule à vouloir imposer aux autres, mais comme un fait qui s'impose à nous, qu'il nous arrange ou qu'il nous dérange, qu'il nous gêne dans les habitudes de notre raison ou qu'il aille dans le sens de notre pensée, que nous y trouvions une consolation ou qu'au contraire il nous contrarie dans notre volonté d'organiser notre vie à notre guise. Pour moi, une des moins bonnes preuves de l'existence de Dieu est celle-ci : " J'ai le désir du bonheur. Or, ce désir, aucun objet terrestre ne le satisfait. Donc, Dieu existe. "  Si j'étais un incroyant, ce raisonnement me mettrait aussitôt en défiance. J'aurais trop l'impression que Dieu est seulement la projection à l'infini d'un certain besoin de ma sensibilité et que c'est moi qui le fabrique à mon image. J'éprouve qu'il existe parce que je me heurte à Lui et que, si jamais c'était moi qui l'avais fabriqué, je l'aurais sûrement fabriqué autrement. Mais je suis obligé de m'arranger de Lui. Je suis obligé de Le prendre comme tel qu'Il est. Ce n'est pas moi qui le fabrique à mon image. C'est moi qui suis obligé de rentrer finalement dans Ses voies. Et c'est là que je sens que je touche du réel, c'est-à-dire que je sens quelque chose qui me résiste, dont je ne dispose pas et au contraire à quoi je suis obligé finalement de m'adapter et de céder et de me rendre, à contrecoeur, en rechignant. Mais il n'y a pas moyen de faire autrement. C'est comme cela et il faut bien que je passe par là. Alors je sais, en effet, que je suis en présence de quelque chose de réel et non d'une création de mon imagination ou de ma sensibilité.

Mais il reste, avec tout cela, que l'affirmation de la foi demeure tout de même une affirmation insensée. Affirmer la résurrection des corps, de nos jours, affirmer l'Incarnation du Verbe dans le sein de Marie, de nos jours, tout ceci est singulièrement insolent. Ai-je le droit, en toute honnêteté intellectuelle, en toute rigueur de pensée, de le dire à tout homme?


La manière aujourd'hui dont beaucoup de chrétiens mettent leur christianisme dans leur poche et considèrent le Christ comme une matière à option est singulièrement illusoire. Car la question est de savoir si en fait le Christ est ressuscité. Et si c'est vrai, celà commande tout. Le christianisme ne relève pas de la vie privée. S'il y a quelque chose de public, d'officiel, c'est bien lui. Car il s'agit de quelque chose qui concerne les destinées ultimes de l'humanité tout entière et dont par conséquent tout homme a le devoir de tenir compte. C'est simplement cela que je dis.
Et c'est l'interrogation grave en présence de laquelle nous sommes. Et c'est pourquoi nous devons éprouver la solidité des bases qui fondent notre foi, afin qu'elle ne soit pas simplement chez nous l'héritage d'une tradition qui nous serait sentimentalement chère ou l'expression d'une certaine tendance de nos sensibilités, mais que, l'ayant passée au crible d'une critique impitoyable, nous constations qu'elle tient, en sorte que nous puissions l'assumer dans la plénitude d'une existence adulte.

Autrement, il y aurait toujours en nous je ne sais quelle mauvaise conscience. La foi, pour la plupart d'entre nous, a été reçue de nos familles, de notre milieu. Et c'est une grande grâce de l'avoir reçue de nos familles, de notre milieu. Et c'est une grande grâce de l'avoir reçue de cette tradition. Mais il y a un âge où elle doit être assumée d'une manière personnelle et affrontée à toutes les difficultés, confrontée à tous les dialogues. Elle ne doit pas redouter la critique. Celle-ci a une valeur très grande, à condition de se rappeler toujours que son objet n'est pas de détruire, de saper les bases comme se l'imaginent quelques-uns de nos contemporains, mais au contraire d'éprouver les choses, pour voir si elles tiennent. Ainsi, le propre de la critique est de consolider ce qui est solide et d'ébranler cc qui ne l'est pas; ou, pour prendre les choses d'une autre manière, la critique n'est utile que quand elle est l'expression de l'amour, c'est-à-dire quand elle n'est pas d'abord volonté de destruction, mais qu'elle est volonté de construire dans la vérité.     



Et puis, si on choisit de croire pour des raisons purement subjectives, ceci veut dire que l'on renonce à se justifier sa foi à ses propres yeux et à la justifier aux yeux des autres. Car si c'est seulement mon sentiment, je n'ai aucun droit d'imposer mon sentiment à autrui. Ce serait de l'impérialisme intellectuel! J'ai le droit simplement de proposer ce que je pense. Mais avoir la foi, ce n'est pas cela du tout. Avoir la foi ne consiste pas à dire : "Je crois, pour ma part, que je pense... enfin, c'est mon sentiment que le christianisme est la vérité..." Le Christ m'envoie dans le monde, non pas pour dire: 
" Mon sentiment est que...", mais pour annoncer la vérité, non pas notre vérité, mais la vérité tout court.


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Barbarie (Daniel-Rops)

Publié le par Christocentrix

"D'Oswald Spengler à Aldous Huxley, nombreux sont les observateurs de notre époque qui ont fait le rapprochement entre les années dramatiques où la Providence nous a fixé de vivre, et celles, vieilles de quinze siècles, où s'effondra dans le feu, le sang et les larmes, l'Empire que Rome avait su édifier. Alors, aux environs de 375-425 de notre ère, de terribles événements eurent lieu. Attaqué de partout, rongé par l'infiltration déjà ancienne des Germains, plus encore épuisé par les vices et les maladies sociales, l'antique Imperium, né des oeuvres de la Louve, s'effondra en d'affreux soubresauts. En cinquante ans, l'Occident tout entier fut la proie des flammes ; seul l'Orient byzantin réussit à tenir bon. Ce fut une époque de violences complexes, de tyrannie, de terreurs spasmodiques. Et quand nous prononçons le mot de Barbare, c'est à de tels faits que nous pensons.

Mais à y regarder de plus près, ce vigoureux et redoutable tableau ne nous fait saisir qu'une conséquence : il ne nous livre que partiellement le sens des événements. Nous regardons les Wisigoths ou les Vandales se ruer à l'assaut des cités romaines et se livrer à tant de brutalités, que leurs noms mêmes nous soulèvent encore traditionnellement d'horreur. Nous regardons Attila et ses hordes ravager les champs et les cultures, cet Attila dont nos livres d'enfants nous disaient "que l'herbe ne repoussait plus là où son cheval avait passé". Est-ce là l'essentiel ? Est-ce dans cette dramatique et sommaire imagerie de l'Histoire qu'il faut chercher à comprendre ce grand fait, cette mystérieuse rencontre qui voulut que les invasions barbares eussent lieu exactement au moment où la civilisation antique avait épuisé ses réserves vitales, où elle était littéralement à bout de souffle, à bout d'âme, et qu'en somme Alaric, Genséric, Euric, Attila et les autres eussent accompli une tâche providentielle ?

C'est qu'à la vérité la notion de Barbarie ne se réduit pas à des données purement extérieures, à ces apparences terribles sous lesquelles elle impressionne l'imagination ; le Barbare tue, incendie, torture et viole, et c'est par là qu'il se révèle au civilisé comme un ennemi irréductible. La vérité est bien plus profonde elle engage bien davantage le processus même de l'Histoire, celui par lequel les civilisations sont «mortelles», et doivent incessamment se renouveler.

Les Barbares ne sont qu'une manifestation d'un certain état de fait, celui d'un temps, d'une époque, d'une forme de vie qui porte en soi la nécessité inéluctable d'un changement. A la fin du IVème siècle, c'était le monde méditerranéen entier, l'Empire romain dans son ensemble qui se trouvait en état de barbarie. Du côté de ceux qui se croyaient civilisés, il y avait, en réalité, un état de déséquilibre profond, un porte à faux tragique. Toutes les valeurs morales et spirituelles sur lesquelles s'était édifiée la Romanité étaient ruinées. Les vieilles vertus latines n'existaient plus. Les cadres de la société, ceux du travail et ceux de la famille, n'apparaissaient plus que comme des trompe-l'oeil. Une plèbe abrutie par la paresse, qui, durant près de trois siècles, avait pris son plaisir à assister à des exécutions publiques et à voir dévorer des hommes par des fauves, était exactement aussi barbare que la pire brute germanique ou asiatique. Le Barbare n'est pas seulement le fait des éléments neufs qui aspirent à bouleverser à leur profit l'Histoire ; elle est aussi celui des sociétés agonisantes qui s'apprêtent à recevoir le coup mortel.
Quant aux Barbares eux-mêmes, ce sont  en sens inverse,    des hommes qui n'ont pas encore assimilé les valeurs de civilisation. Il leur arrive d'en faire usage, - Théodoric avait des conseillers érudits et Attila parlait bien latin, - mais ils n'en ont pas encore absorbé les substances. Les principes moraux qui sont la base d'une société civilisée, ils les ignorent ou les dédaignent. Eux aussi sont, en un sens, placés en équilibre instable, en porte à faux.


On commence à comprendre peut-être le sens de la comparaison à laquelle nous nous référions tout à l'heure. Notre société est, incontestablement, en Barbarie, en ce sens qu'elle est en porte à faux sur l'Histoire, qu'elle ne repose plus sur l'équilibre dont vivaient les hommes depuis environ un millénaire et qu'elle n'en a pas encore retrouvé un nouveau. Les valeurs sur lesquelles vivait la civilisation blanche, sont toutes menacées, quand elles ne sont pas définitivement brisées. Des trois éléments fondamentaux qu'on discernait aux origines de l'Occident, aucun n'est indemne. La grande idée grecque d'une certaine hiérarchie de la personne basée sur le culte des valeurs de l'esprit, qu'en reste-t-il en un temps fasciné par l'utile et qui ne connaît que le rendement ? Le principe romain d'une certaine conception du droit intangible, contre lequel rien, même pas l'Etat, ne pouvait prévaloir, qu'est-il devenu au jour des propagandes, des tyrannies collectives, en ces temps noirs où l'idée même d'innocence et de culpabilité n'a plus de signification ? Et quant à la leçon la plus haute que l'Occident ait jamais entendue, celle que les Apôtres du Christ nous firent connaître aux origines de notre Histoire, il suffit d'en prononcer la formule pour qu'elle paraisse dérisoire aux hommes de notre siècle de haine : "Aimez-vous les uns les autres".



C'est tout cela, c'est ce complexe affreux de démission et de trahison qui définit la Barbarie, notre Barbarie. C'est parce que notre société tout entière s'est trahie, parce qu'elle a laissé dissoudre les principes qui l'avaient fait vivre, parce que sa morale, sa justice, sa foi se sont effritées, que les Barbares la menacent. Pour nous aussi, hommes du XXème siècle, comme pour les Romains du Vème, la Barbarie est une conséquence, [....] La Barbarie, nous la portons en nous.

N'y a-t-il donc rien à faire et les Barbares sont-ils inéluctables ? Nous n'osons pas les reconnaître, mais déjà ils sont parmi nous. Comme au temps où les premiers empereurs romains, croyant bien faire, installaient des tribus germaniques à l'intérieur des frontières, la pénétration des Barbares est commencée. Une nouvelle race d'hommes existe, mêlée aux cadres d'une société agonisante, et prêts à opérer par le fer et par le feu, la relève de l'Histoire. Déjà a commencé ce que le grand philosophe espagnol Ortega y Gasset, dans son essai prophétique, La Révolte des masses, a parfaitement appelé « l'invasion verticale des Barbares ». Un monde meurt parmi nous, un autre s'efforce à naître ; il est de règle naturelle que la mort et la naissance se fassent également dans la douleur.


Mais, pour quiconque sait dépasser le cadre des contingences personnelles, le devoir est tout tracé. Quand une époque est « en Barbarie », il existe en elle, simultanément, des valeurs permanentes destinées à survivre et des éléments éphémères qui sont comme la crasse des événements. Lorsque les cataclysmes du Vème siècle eurent labouré la vieille terre d'Europe jusqu'au roc, on vit germer de nouveau, lentement, des principes de civilisation qui allaient peu à peu grandir et s'épanouir. Des longues années d'horreur et de violence qui constituent le Haut Moyen Age, ce qui est sorti, en définitive, c'est un des chefs d'oeuvre de l'évolution humaine, la civilisation du Moyen Age, celle de saint Louis et de saint François d'Assise, celle des Cathédrales et de saint Thomas d'Aquin.


Ainsi, dans le monde qui nous entoure, bien des éléments ne sont qu'illusions, faux-semblants, peut-être déjà pourriture. Mais il en est aussi qui portent en eux le germe des valeurs éternelles, sur lesquelles le monde futur s'édifiera. Il ne s'agit pas de préserver les premiers, sous prétexte de sauvegarder les seconds. Au contraire, il s'agit de choisir à temps. Il s'agit de rejeter tout ce qui ralentit la marche de l'humanité vers un avenir plus harmonieux et plus juste, et de défendre avec une extrême vigueur, - même si en apparence, c'est en pure perte, - ces valeurs fondamentales qui font que l'homme est l'homme ; le respect de la personne, le souci de la justice, un certain idéal de vérité et de charité. Notre rôle, à nous qui essayons de penser notre temps et de le juger selon certains principes, sera, peut-être, au coeur des déchaînements de la force et de la haine, assez semblable à celui de ces moines du Haut Moyen Age qui, environnés par la violence et menacés sans cesse, firent front aux pires tempêtes, et, en définitive, sauvèrent l'Esprit".



                                                                                                                   DANIEL-ROPS (1949)


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le feu du Christ

Publié le par Christocentrix


"Jadis, dans l'Église orthodoxe, existait un très vieux rite qui ne cessa qu'avec la première guerre mondiale. Au soir du Samedi-Saint, dans la Basilique du Saint-Sépulcre à Jérusalem, en ce lieu même où gît le corps du Crucifié, le Patriarche allumait une torche et en communiquait le feu à des milliers de cierges, de bougies et de lampes ; l'assistance tout entière devenait un océan de lumière. [ce rite a été rétabli].
Puis cette flamme était emportée au galop de quatre chevaux, qu'on remplaçait en maints relais, jusqu'aux quatre sanctuaires principaux de l'orthodoxie : Athènes, Byzance, Kiev et Moscou. Ainsi le feu même allumé au tombeau du Messie servait-il à rendre vie à toutes les flammes liturgiques des basiliques qui en gardaient le souvenir toute l'année.
Le symbole était beau. Il évoque maintes choses dont le sens n'a pas cessé de nous être proche : cette descente aux Enfers où le Christ apporta la lumière aux âmes ; cette flamme de la Vérité dont il fut dit qu'elle ne doit pas être mise sous le boisseau, et surtout ce mot profond de Jésus, d'une actualité toujours indiscutable : « Je suis venu apporter le feu à la Terre, et que désirè-je, sinon qu'il brûle ! »
Et cependant, faut-il l'avouer ? toutes ces leçons que nous recevons à travers le symbole du vieux rite ont quelque chose de douloureux pour nous et de désespérant. Ce feu, que le Christ alluma sur la terre, brûle-t-il encore sur le monde qui est le nôtre ? Cette lumière qu'il porta aux âmes enténébrées, qu'en avons-nous fait au coeur de nos ténèbres ? Pouvons-nous dire, en toute conscience, que nous n'avons pas mis la lumière sous le boisseau ?

II y a, pour un chrétien, dans le spectacle de l'univers humain de ce siècle, un perpétuel sujet de honte. Que depuis deux mille ans, le message sublime de l'Evangile n'ait pas eu plus d'efficacité, que notre société moderne soit aussi brutale, aussi injuste, - et pire peut-être, en un sens, par la volonté de négation et de refus, - que la société de l'Empire romain au temps où Jésus apparut ; ce devrait être pour nous tous un constant sujet de méditation pénible. Les adversaires du Christianisme n'ont pas tort quand ils lui opposent ses propres principes, quand ils observent cette carence des chrétiens, leur secrète démission en face de l'injustice et le mot du vieux Clemenceau est de ceux qu'on devrait avoir présents à l'esprit, dès que, chrétiens, on juge des faits sociaux et politiques : « La Révolution serait faite le jour où tous les Chrétiens se mettraient à vivre leur Christianisme. »

Nous croyons que cette flamme jaillie du Coeur divin, cette flamme de vérité, d'amour et de justice, est la seule qui puisse purifier ce monde souillé qui est le nôtre. Nous croyons que la lumière de Pâques peut seule montrer aux hommes leur chemin. Mais l'effort est immense à accomplir pour que la lumière triomphe, et nous avons du travail plein les bras. Un chrétien n'est rien, s'il n'est pas ce porte-flamme, ce témoin de la Lumière. Quand donc tous les chrétiens oseront-ils être ce qu'ils sont ?

Nous savons tous que nous vivons dans un monde injuste ; nous savons que l'amour, le désintéressement, la charité véritable suffiraient déjà à harmoniser ces relations sociales et internationales que nous voyons de jour en jour devenir plus désaccordées, plus grinçantes. Nous savons que, près de nous, la vérité et l'équité sont bafouées, que nous sommes environnés d'imposture. Et nous nous taisons! Ah! comme on comprend la colère, la sainte fureur d'un Bloy, d'un Bernanos, fouaillant impitoyablement, un certain conformisme et une certaine lâcheté chrétienne !

Le monde moderne se trouve, de plus en plus évidemment, placé devant un dilemme. L'anarchie, l'incohérence où il est ne pourront plus durer. - Un ordre s'établira - Dieu sait peut-être après quelles catastrophes ! Il s'agit de décider si cet ordre sera celui qui repose sur les principes de renoncement et d'amour, sur la morale évangélique, ou s'il sera celui, inhumain autant que rigoureux, qu'on voit aux sociétés d'insectes.

Déjà la flamme est là qui luit dans les ténèbres, et demain pourra tout dévorer. Il s'agit de savoir, en définitive, si ce sera celle qui jaillit au Sépulcre, la nuit où Dieu appela les hommes à la Résurrection, ou si ce sera celle qui, du fond des abîmes, surgit, éternellement aussi, brandie par l'esprit de haine et de négation".

Daniel-Rops (Chants pour les abîmes, 1949)
 

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vous les samouraïs

Publié le par Christocentrix


Par la prière, je purifie la vue de ma foi,
pour ne pas Te perdre dans le brouillard,
mon Étoile la plus radieuse !


« Qu'en ferait-Il, Dieu, de ta prière ? »,
me demandent les laboureurs ténébreux de la terre.


Vous dites vrai, fils de la terre.
Qu'en ferait-elle, l'étoile polaire,
de la longue-vue du navigateur,

puisqu'elle voit le navigateur même sans longue-vue ?
Mais ne me demandez pas - puisque vous le savez déjà -
ce que le navigateur ferait de la longue-vue !

La prière m'est utile, à moi, pour que je ne perde pas de vue l'Étoile salutaire
et non pas pour que l'Étoile ne m'égare.
Qu'en serait-il de ma vue intérieure,
si je cessais de l'entraîner avec ma prière ?

Ne s'entraînent-ils pas, les soldats terrestres, longuement et péniblement,
afin de voir les éléments plus éloignés ?

Ne s'entraînent-ils pas les tisserands de soie, longuement et péniblement,
pour distinguer le fil le plus fin ?

Comment n'entraînerais-je pas la vue de ma foi,
afin que je puisse voir, plus nettement encore, mon unique trésor ?

Pris au piège des illusions, j'ai à peine entr'aperçu une ouverture vers le dehors,
et dois-je donc la perdre de vue ?


Mettez-vous bien dans la tête, chers compagnons,
que ce n'est pas peu de chose que de voir Dieu.

Vous qui sacrifiez les richesses,
afin de voir la magnificence de l'équateur et la lumière boréale,

soyez prêts à payer plus cher la vision de Celui
en comparaison duquel la magnificence de l'équateur est une misère

et la lumière boréale une bougie en suif.

Quand bien même vous donneriez aussi votre vie entière pour Le voir, Lui,
vous n'aurez donné que peu de chose.

Mais Il est noble et bienveillant, et Il ne vous demande pas davantage.

Vous les entraîneurs du corps, qui n'oubliez aucun matin pour entraîner vos bras
et vos jambes, et votre tête et votre cou,

êtes-vous, en réalité, des êtres pensants, vous les samouraïs ?

Êtes-vous réellement des êtres pensants si vous considérez
que votre foi en Dieu deviendra
et restera clairvoyante sans entraînements ?

Tout le Ciel étoilé, qui regarde encore l'expérience de vos pères,
m'est témoin que votre foi deviendra aveugle,

si tant est qu'un jour elle ouvre les yeux.

Et sur les lieux du bien perdu,
seule une dénomination sournoise subsistera.

Maintenez trois jours seulement vos yeux bandés,
et vous sentirez que la lumière du soleil les blesse.

Rompez votre relation avec Dieu trois heures seulement,
et vous sentirez que vous avez du mal à regarder de nouveau Sa lumière.


Vous me demandez combien dure ma prière ?

Pouvez-vous me comprendre quand je vous dis :
elle est plus longue que mes jours ?

Car par ma prière, je dois entraîner votre foi aussi,
lui ouvrir la vue, et lui montrer la vision et Celui qui est vu.

En vérité, par ma prière, j'emplis et mes jours et les vôtres.
J'invoque sans cesse tous les cercles célestes
pour qu'ils me soutiennent dans la prière par leur recueillement éternel,

et que je sois digne de mûrir en moi cette Gloire, cette Splendeur,
dont ma prière attend le mûrissement.


Ô mes compagnons, comme est grandiose la vision de la foi !

Je vous en fait le serment : si vous saviez, votre prière ne connaîtrait ni repos ni fin.


                                                                Prières sur le Lac - Nicolas Vélimirovitch





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Le Patriarche Alexis II de Moscou est mort

Publié le par Christocentrix

RIA Novosti.
Le patriarche Alexis II, qui a dirigé l'Eglise orthodoxe russe pendant plus de 18 ans, est décédé vendredi à l'âge de 79 ans.

Moscou, 5 décembre 2008, 12h17, Interfax –Le patriarche Alexis II de Moscou est décédé à sa résidence à Peredelkino, dans la région de Moscou, "il y a une heure, une heure et demi d'ici," a déclaré le responsable des relations publiques du patriarcat de Moscou, le prêtre Vladimir Vigilyansky.







Paris le 5 décembre 2008 –– Rappel au Seigneur de Sa Sainteté Alexis II, patriarche de Moscou et de toute la Russie.

Un grand deuil s’est abattu sur le plérôme de l’Eglise orthodoxe dans le monde. Le Patriarche Alexis II de Moscou (né Alexeï Mikhailovitch Ridiger le 23 février 1929 à Tallinn en Estonie) est né au ciel en ce jour où l’Eglise orthodoxe commémore Saint Sabas le Sanctifié.
L’Eglise orthodoxe russe perd ainsi son primat et le plérôme de l’Eglise orthodoxe, une de ses grandes figures contemporaines. Le primat de l’Eglise russe, rappelé ce jour auprès de son Seigneur, est le 15ème patriarche de l’Eglise orthodoxe russe. Elu patriarche de Moscou en 1990, à une époque très charnière et sensible de la vie de cette Eglise, il conduisit avec dignité, courage et détermination la renaissance de cette éminente Eglise orthodoxe, riche en potentiel, longtemps et profondément martyrisée tout au long du XXème siècle.

Les évêques orthodoxes, membres de l’Assemblée des Evêques Orthodoxes de France, partagent la peine de l’Eglise orthodoxe russe. Ils s’associent à son deuil et adressent à Son Eminence l’Archevêque Innocent, aux fidèles orthodoxes du diocèse de Chersonèse ainsi qu’à tous les hiérarques, pasteurs et fidèles du Patriarcat de Moscou dans le monde, les plus vives et profondes condoléances fraternelles.
Les membres de l’AEOF demandent à tous les orthodoxes de France d’élever les prières pour le repos de l’âme de feu Sa Sainteté le Patriarche Alexis II de Moscou et de toute la Russie. Mémoire éternelle !





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Que feras-tu d'eux ?

Publié le par Christocentrix

Ceux qui éduquent n'éduquent pas mais aveuglent.
Que feras-Tu d'eux, Seigneur ?

Ils détournent Tes enfants de Toi et leur défendent d'approcher Ta sagesse,
car ils disent : « Le Seigneur est une vieille parole de vos grands-pères morts.
C'est un vieux talisman que vos grands pères portaient, et ils sont morts.
Nous allons vous enseigner à bêcher la terre,à bien nourrir le corps,
à forger l'or, qui brille plus fort que le Seigneur mort. »

Que feras-Tu des blasphémateurs de Tes enfants, Seigneur ?

 

« Je n'en ferai rien, car ils ont tout fait
pour la malédiction de leur descendance et de leur lignée.
En vérité, ils se sont préparés pour eux et pour leur peuple
un destin pire que celui des scribes et des sadducéens de Judée.
Car ils les ont eus pour exemples et n'en ont rien appris.

Dans leur vieillesse, ils entendront le tintement des épées sur leur seuil,
et ils mourront de faim, chauves et chassieux,
et ils n'oseront montrer leur nez dehors pour avertir leurs disciples.
De quoi les avertiraient-ils,
puisque mon nom a été banni de leur coeur de haïdouks ?
Et pourquoi les avertiraient-ils,
puisqu'ils les ont préparés à cela dans leur bêtise immense,
qui accompagne chacun de ceux que je n'accompagne pas ? »


Qu'adviendra-t-il d'eux, Seigneur ?

 

« Il leur adviendra pire qu'aux Babyloniens,
quand dans leur puissance ils se prosternaient devant le sang et l'or
et enseignaient à leurs enfants à en faire autant.

La faim viendra d'abord, telle que Babylone même ne la connut jamais.
Puis la guerre pour le pain, d'où ils reviendront vaincus.
Puis un massacre mutuel et la mise à feu des villes et des villages.
Puis les maladies, que la main des médecins n'osera pas toucher.
Et les instituteurs seront fouettés et poursuivis
pour être les fossoyeurs de leurs élèves,
à cause desquels toutes les routes empesteront. »


Ceux qui dirigent le peuple ne le dirigent pas mais le leurrent.
Que feras-Tu d'eux, mon Seigneur ?

 

« Ils ont soulevé le peuple à cause de leurs intérêts,
et quand le peuple s'est révolté et s'est soulevé,
ils se sont retirés du pouvoir
et ont mangé tranquillement le bien qu'ils ont détourné.
Ils rejettent la faute sur leurs adversaires,
mais empruntent leurs sentiers.
A cause de leur vacarme, le sage n'a pas accès à la parole.
Ils flattent le sot et l'oppresseur uniquement pour accéder aux premières loges.
Tout le jour, ils écrivent des lettres et propagent le mal que font leurs semblables,
afin de cacher le leur.

Ils n'enseignent pas la vérité au peuple,
mais le nourrissent de mensonges tout au long de l'année.

Ils sont impuissants à faire justice au peuple,
mais ils l'intimident en l'apeurant
avec l'injustice bien plus mauvaise des temps passés.
Ils pillent pour eux et pour leurs amis,
car ils savent qu'ils n'en ont pas pour longtemps. »


Que feras-Tu d'eux, juste Seigneur ?

 

« Eux, ils ont tout fait, et moi, je n'ai rien à faire
sinon les abandonner à eux-mêmes.
En vérité, ils ne mangeront pas en paix leur bien,
mais ils le dépenseront en offrandes à leurs proches qui sont morts.

Ils s'appauvriront, et des souris traverseront leurs chemises trouées.
Ils rêveront des révoltes de ceux qui ont été dupés et pillés,
et se lèveront à minuit, terrifiés et en sueur.
Leur vie sera longue pour que leur châtiment soit plus long.

Ils vivront pour voir leur maison en cendres,
et ils fuiront leur pays, affamés et malades,
et ils n'oseront dire leur nom devant personne.

Ils verront des étrangers dans leurs pays,
et ils leur quémanderont un morceau de pain.

Leur État sera pire que l'empire romain.
Car ils ont eu Rome pour exemple et n'en ont tiré aucune leçon.

Leur peuple, qui les a engendrés,
sera en bien plus mauvaise posture que le peuple juif.
Car ils ont eu le peuple juif en exemple,
et n'en ont tiré aucune leçon.

Ils entendront calomnier leur nom,
mais ils n'oseront pas montrer le bout de leur nez.

Ils verront leur peuple enchaîné et conduit en cortèges,
et ils auront peur pour eux-mêmes.

Et ils entendront, aussi bien en rêve qu'éveillés,
le blasphème de leur nom, et ils trembleront ;
ils trembleront mais ils ne pourront pas mourir. »


Seigneur Grand et Redoutable, tous Tes chemins sont clémence et vérité.
Que feras-Tu de ceux qui ont été aveuglés, abusés, trompés et pillés ?


« Si quelqu'un se souvient de mon Nom,
je me souviendrai aussi de lui et je le sauverai.

J'attends que quelqu'un m'invoque, et je répondrai à son appel.
Tant qu'il y aura un appel sur la terre, il y aura un écho au Ciel.

Je suis Celui, qui est le plus proche de tous et de tout.
Je me donne à celui qui me désire ;
je me retire de celui qui ne me connaît pas.
Sans moi le monde est cendre de cendres.
Et sans moi les hommes sont plus impuissants que la cendre !»



                                          Prières sur le Lac - Nicolas Vélimirovitch

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sur l'amour des ennemis

Publié le par Christocentrix

par Nicolas Vélimirovitch


Bénis mes ennemis, Seigneur ;
ainsi que moi-même je les bénis et ne les maudis pas.
Mes ennemis m’ont poussé vers toi plus que mes amis.
Car mes amis m’ont attaché à la terre,
alors que les ennemis m’ont libéré de la terre
et ils ont détruit toutes mes ambitions mondaines.
Mes ennemis ont fait de moi un étranger en ce monde
et un habitant superflu de la terre.
Ainsi qu’une proie trouve un abri plus profond que l’animal non traqué,
ainsi moi-même j’ai trouvé l’abri le plus sûr, étant réfugié sous ton Tabernacle,
là où ni amis ni ennemis ne peuvent tuer mon âme.


Bénis mes ennemis, Seigneur,
ainsi que moi-même je bénis mes ennemis et je ne les maudis pas.
Eux, plus que moi-même, ont confessé mes péchés au monde ;
ils m’ont puni, lorsque j’hésitais à me punir moi-même ;
ils m’ont tourmenté, lorsque je cherchais à fuir les souffrances ;
ils m’ont critiqué, lorsque je me flattais ;
ils m’ont craché à la figure, lorsque j’étais arrogant.

Bénis mes ennemis, Seigneur,
ainsi que moi-même je bénis mes ennemis et je ne les maudis pas.
Quand je me croyais sage, ils m’ont appelé stupide ;
quand je me croyais puissant, ils se sont moqués de moi ;
quand je prétendais diriger les gens, ils m’ont relégué à l’arrière-plan ;
quand je m’empressais de m’enrichir, ils m’en ont empêché de main forte ;
quand je souhaitais dormir paisiblement, ils m’ont réveillé de mon sommeil ;
quand je voulais me construire une maison pour une vie longue et tranquille,
ils l’ont démolie et m’en ont chassé.
Mes ennemis m’ont véritablement détaché de la terre
et ils ont tendu mes mains vers la frange de ton vêtement.


Bénis mes ennemis, Seigneur,
ainsi que moi-même je bénis mes ennemis et je ne les maudis pas.
Bénis-les et multiplie-les ;
multiplie-les et rends-les encore plus acharnés contre moi,
afin que ma fuite vers toi soit sans regard en arrière,
afin que toute ma confiance dans les hommes soit dispersée
comme fil d’araignée dans le vent ;
afin que la paix totale commence à régner sans partage en mon âme ;
afin qu’en mon cœur meurent mes fautes jumelles, l’arrogance et la colère ;
afin que je puisse amasser tout mon trésor dans le ciel ;
afin que je puisse être libéré de mon aveuglement,
qui m’a tant enlacé dans un effrayant tissu d’illusions.
Mes ennemis m’ont appris à connaître ce que peu savent :
nous n’avons d’autres ennemis que nous-mêmes.
Il haït ses ennemis, celui seul qui n’a pas reconnu
qu’ils ne sont pas des ennemis, mais des amis impitoyables.
Il m’est difficile à dire qui m’a fait le plus de bien ou de mal :
mes amis ou mes ennemis.


Ainsi, Seigneur, bénis et mes amis et mes ennemis.
L’esclave maudit les ennemis, car il ne comprend pas.
Mais le fils les bénit, car il comprend.
Car le fils sait que ses ennemis ne peuvent atteindre à sa vie ;
ainsi il marche libre au milieux d’eux et il prie Dieu pour eux.


    
 

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