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une leçon d'Histoire Grecque (Daniel-Rops)

Publié le par Christocentrix

écrit par Daniel-Rops en 1949.

L'Histoire est-elle vraiment ce dangereux produit de la chimie de l'intelligence qu'a dénoncé Paul Valéry ? On se résoudrait à le croire en voyant l'obstination avec laquelle les peuples s'accrochent à des positions politiques que ne justifient plus leurs intérêts, que la nette vision de l'avenir devrait leur faire abandonner d'urgence, mais qu'étayent seulement leurs plus secrètes passions. Pourtant, avouons-le, ce qui frappe l'historien, bien plus que la malfaisance des héritages historiques, c'est la stérilité des exemples. Il est bien vrai que, selon l'axiome biblique, « parce que les pères ont avalé du verjus, les dents des fils en sont agacées ». Il est vrai encore davantage que l'expérience des aînés n'apprend rien à leurs successeurs sur la Terre et que, dans la courbe des destinées humaines, les civilisations, l'une après l'autre, refont les mêmes erreurs et courent au même abîme.

L'histoire grecque offre à nos méditations, un champ d'observations, dont l'actualité est sans doute plus grande qu'un vain peuple ne le penserait. Et surtout cette Grèce admirable du Vème siècle avant notre ère, d'où nous sont venues quelques-unes des bases de notre civilisation. Cette Grèce heureuse et fière où Eschyle, Sophocle et Euripide donnent à l'art dramatique ses premiers chefs-d'oeuvre, où Périclès administre Athènes dans la sagesse, où sur la colline sainte de l'Acropole se dresse la petite cage fauve où l'on pense avoir enfermé la Raison vigilante, le Parthénon, aux colonnes parfaites.

En ce temps, le monde hellénique vient d'échapper, au péril des Barbares. Deux fois de suite, la menace perse a été écartée, miraculeusement. Marathon, Salamine, deux noms de victoire, semblent assurer aux hommes d'Europe des lendemains de bonheur pacifique. Et cependant, au sein de cette Grèce florissante, le germe existe et prolifère qui la tuera...

C'est la division de ses petits pays, leur insurmontable jalousie, leur incapacité à voir plus loin que leurs rivalités mesquines. A peine ont-elles réussi à s'entendre lorsque le Perse frappait à leur porte de son poing menaçant. Chacune a ses torts à la mesure de ses responsabilités. Athènes qui représente tout ensemble une grande puissance et une grande pensée, n'a pas compris que le seul fondement de la paix est la justice... On l'accuse de trop exploiter sa victoire en vue de ses intérêts impérialistes. Ses anciens alliés de la Ligue de Délos lui en veulent, comme la jalouse Corinthe, sa concurrente maritime, comme la hait Sparte, sa rivale en puissance sur la terre. Vingt-huit ans après la victoire de Salamine, une guerre nouvelle éclate : la race la plus civilisée du monde va s'entretuer.
Cette guerre sera atroce. Les combattants useront de leurs moyens jusqu'à l'extrême. Tout sera bon pour annihiler l'ennemi. Athènes, aux mains des démagogues, dont Alcibiade est le plus notoire, s'engage dans les aventures les plus folles. Sparte, dans sa volonté de vaincre, s'alliera aux pires ennemis du nom grec, les Perses. Aux raisons nationales de haine s'ajoutent des motifs idéologiques qui rendent pire encore l'affrontement. A l'intérieur des nations, les doctrines opposent cruellement les partis. A Sparte même, tenus par les Aristocrates, il y a des adversaires du régime au sein du peuple, comme, dans Athènes démocrate, les tenants de l'autoritarisme souhaitent la défaite de leur propre pays. Ce n'est plus seulement l'équilibre politique des cités qui est en jeu, mais leur armature interne. Aussi la guerre prend-elle un caractère inexpiable. La Grèce entière se dénonce elle-même partie contre partie, comme traître et infidèle...

Mais qui voit le vrai sens de ce drame, l'épuisement terrible de la race grecque, cette fatalité de destruction qui hypnotise le plus intelligent des peuples ? Qui pense aux dangers de l'avenir ? aux races ignorées et demain redoutables ? Qui songe que tous ces Grecs qui meurent, Athéniens dans les carrières de Syracuse, Spartiates sur l'îlot de Sphactérie, demain la Grèce entière les regrettera avec des larmes de sang ? Quand après soixante-dix ans, la dernière bataille se livrera, il ne restera plus, sur la péninsule enténébrée, que des moribonds pleurant sur des ruines. La mort d'Epaminondas, sur les champs de Mantinée, aura valeur de signe : « le dernier des Grecs », dira-t-on. Et tant de sang aura coulé pour rien.

Alors du Nord lointain où ses montagnes lui auront permis de conserver intactes ses forces, un peuple surgira, barbare encore, mais puissant. Ses chefs se mettront à l'école de la Grèce juste assez pour lui dérober ses méthodes, Philippe, Alexandre... Ce que les cités helléniques n'auront pas voulu faire de gré, le Macédonien l'accomplira de force. Il y aura une unité grecque à l'heure précise où, en réalité, il n'y aura plus de Grèce du tout.

Je ne sais si les Représentants des Nations qui, en maintes conférences, décident de nos destins, ont parfois présents à l'esprit, cette terrible leçon de l'Histoire. Je souhaiterais que quelqu'un la rappelât très haut. Ils avaient d'excellentes raisons, ces Athéniens, ces Spartiates pour se haïr opiniâtrement et se combattre. Il n'empêche que si nous considérons, dans le recul du temps, leur destin à tous, le seul mot adéquat qui vienne à nos lèvres est celui de suicide collectif.
Et nous nous demandons s'il ne convient pas de dédier ces pages à l'historien futur, jaune ou nègre sans doute, qui, dans quelques millénaires, considérant un autre épisode de l'éternelle Histoire, écrira à son tour, avec commisération et tristesse : « Aux environs de l'an 2000, les Européens d'Occident, collectivement, se sont suicidés...»

                                                                               DANIEL-ROPS.(1949)

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le Rivage des Syrtes (Julien Gracq)

Publié le par Christocentrix

Ce roman évoque les derniers moments de la principauté d'Orsenna , avant sa destruction par le Farghestan, l'adversaire de toujours.... Aldo, un jeune aristocrate de la principauté d'Orsenna souhaite quitter cette ville moribonde. Il demande et obtient un poste d'observateur dans une garnison lointaine. Il se retrouve dans la province éloignée et côtière des Syrtes. La mission, à laquelle le destinent son origine aristocratique et son éducation, consiste en la surveillance du rivage des Syrtes. De l'autre côté de la mer se trouve le Farghestan, un pays dont la principauté d'Orsenna est en guerre depuis trois siècles. Du rivage, Aldo aperçoit presque la capitale du Farghestan , le port de Rhages.... Depuis longtemps , les hostilités se sont enlisées dans une sorte de trêve tacite. Aldo personnifie cette attente. Sa vie de garnison se déroule lentement, dans une atmosphère pesante... Il passe ses journées à rêver ou à monter à cheval. Mais rien n'arrive jamais. Son regard reste braqué sur le rivage adverse. Tout distille l'ennui et la solitude. Pour tenter d'échapper à cet ennui, Aldo consulte les cartes, ce qui semble effrayer les autres officiers. Ils craignent que toute initiative puisse rompre cette trêve incertaine.... Au cours d'une sortie en mer, Aldo s'approche trop près des côtes du Farghestan. Il va franchir la ligne fatidique et provoquer ainsi la rupture du cessez-le-feu tacite et la reprise des hostilités. En cédant à ce désir, Aldo choisit inconsciemment le cataclysme plutôt que la lente asphyxie. Il perce ainsi l'abcès qui immobilise la principauté. « Orsenna accèlère son destin et se saborde pour échapper à son destin ».


"Ce que j'ai cherché à faire, (explique Julien Gracq) entre autres choses, dans Le Rivage des Syrtes, plutôt qu'à raconter une histoire intemporelle, c'est à libérer par distillation un élément volatil "l'esprit-de-l'Histoire", au sens où on parle d'esprit-devin, et à le raffiner suffisamment pour qu'il pût s'enflammer au contact de l'imagination. Il y a dans l'Histoire un sortilège embusqué, un élément qui, quoique mêlé à une masse considérable d'excipient inerte, a la vertu de griser. Il n'est pas question, bien sûr, de l'isoler de son support. Mais les tableaux et les récits du passé en recèlent une teneur extrêmement inégale, et, tout comme on concentre certains minerais, il n'est pas interdit à la fiction de parvenir à l'augmenter.
Quand l'Histoire bande ses ressorts, comme elle fit, pratiquement sans un moment de répit, de 1929 à 1939, elle dispose sur l'ouïe intérieure de la même agressivité monitrice qu'a sur l'oreille, au bord de la mer, la marée montante dont je distingue si bien la nuit à Sion, du fond de mon lit, et en l'absence de toute notion d'heure, la rumeur spécifique d'alarme, pareille au léger bourdonnement de la fièvre qui s'installe. L'anglais dit qu'elle est alors on the move. C'est cette remise en route de l'Histoire, aussi imperceptible, aussi saisissante dans ses commencements que le premier tressaillement d'une coque qui glisse à la mer, qui m'occupait l'esprit quand j'ai projeté le livre. J'aurais voulu qu'il ait la majesté paresseuse du premier grondement lointain de l'orage, qui n'a aucun besoin de hausser le ton pour s'imposer, préparé qu' il est par une longue torpeur imperçue." (Julien Gracq, En lisant, en écrivant, p.216)


Tout a déjà été dit à propos du chef-d’œuvre de Gracq. Porté aux nues par certains, violemment décrié par d’autres, ce roman qui fut joliment qualifié par Antoine Blondin « d’imprécis d’histoire et de géographie à l’usage des civilisations rêveuses » se situe dans la droite ligne de ses deux premiers opus, « Au château d’Argol » et « Un beau ténébreux ». La fascination qu’il provoque chez d’innombrables lecteurs depuis sa publication en 1951 trouve difficilement une explication satisfaisante. Mais comment résister à la tension et à la densité qui habitent chacune des pages de ce livre au déroulement envoûtant ? Comment ne pas céder aux charmes de l’évocation de cette civilisation en quête de la grâce ultime de son propre effondrement ? Comment ne pas goûter le drapé précieux et aérien de cette langue classique, musicale et éminemment charnelle ?


Ce roman est par ailleurs souvent comparé au Désert des Tartares de Dino Buzzati dont la traduction française a été publiée quelques temps auparavant mais Julien Gracq réfutera le fait qu'il ait pu être influencé par le roman de l'écrivain italien, et évoquera comme source d'inspiration La Fille du capitaine de Pouchkine. Par contre la lecture de Sur les Falaises de Marbre de Ernst Jünger aura un profond retentissement : il racontera dans Préférences (« Symbolique d'Ernst Jünger », 1959) quel bouleversement a été pour lui la découverte de ce « livre emblématique ». Les deux hommes se rencontreront à Paris en 1952, et deviendront amis.

-extraits de la Revue de presse provenant du site des Editions Corti :


«Avec Le Rivage des Syrtes Julien Gracq a écrit un imprécis d'histoire et de géographie à l'usage des civilisations rêveuses. Ce récit ajoute aux prestiges d'un pays de légende, ceux d'une leçon d'histoire, non moins inventée. Dans une époque comme la nôtre, où les événements, leurs causes, leur enchaînement, leur répétition sont, non sans quelques raisons d'ailleurs, considérés avec une ferveur déférente, l'Histoire est un domaine tabou. Avec une désinvolture audacieuse, M. Gracq en a décidé autrement. Il étonnera plus d'un esprit curieux ; il choquera les plus objectifs.» (Antoine Blondin, Rivarol, 6 décembre 1951)


« Il se passe ici quelque chose de bizarre. Alors qu'on n'a pas cru un instant à la réalité de l'histoire, ni à l'existence des personnages, on souhaite la catastrophe, mieux, on est convaincu de sa nécessité. Oui que soit détruite Orsenna, envahie Maremma, prise la forteresse, que les nomades du désert se répandent dans les rues dallées, dans les hautains palais moisis, que les habitants soient renfoncés en terre. Leur sauvegarde est bien là, leur rachat si l'on préfère. Pourquoi ? Ah! c'est plus difficile. On ne voit qu'une raison : dans l'univers de Julien Gracq, les pierres sont plus vraies, plus justes, plus vivantes que les hommes. " Un pur esprit s'accroît sous l'écorce des pierres : rejoindre l'univers minéral, c'est accéder à l'éternel. [...] "
C'est un paysage de fin du monde, les pierres y sont les ossements de la terre, l'homme ne peut souhaiter que se coucher sur elle, se mêler en elle aux immenses strates des siècles. La terre est rendue à son destin de planète les hommes tremblent sans le savoir du besoin de se fondre en elle l'aveugle à l'obscur. Voilà ce que sans jamais le dire explicitement, laisse entendre Julien Gracq. Si soigneusement qu'elle soit voilée, il y a dans le Rivage des Syrtes, plus encore que dans ses premiers romans, une grandeur insidieuse et sauvage. Où il a passé, l'herbe non plus ne repousse pas. » (Dominique Aury, Combat, 6 décembre 1951).


-Sur Julien Gracq (Bio-bibliographie) :
http://www.jose-corti.fr/auteursfrancais/gracq.html




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de l'amitié spirituelle (Aelred de Rievaulx)

Publié le par Christocentrix

 

L'AMITIE SPIRITUELLE (Aelred de RIEVAULX).


 

Ce traité, "De spirituali amicitia" (l'amitié spirituelle) de Aelred de Rievaulx, auteur monastique de la famille de St Bernard, s’offre à nos cœurs tant par la douceur qu'il y a à en savourer la hauteur de vue que la poésie.

Le bref prologue du traité est écrit avec une simplicité désarmante qui permet au lecteur de le suivre et d'en goûter le charme dès les premiers instants de la lecture. Aelred nous invite à entrer dans l'intimité de ses jeunes années et à partager avec lui les expériences d'où devaient naître ses réflexions et ses écrits sur l'amitié. Il nous fait là des confidences, qu'il doit avoir livrées à plus d'un ami, car le lecteur est averti du privilège qui lui est ainsi donné dès la première phrase : "je n'étais alors qu'un écolier". Combien d'écrivains de cette période ont-ils un incipit aussi émouvant que celui-ci ? peu, il faut le dire. Et combien ont-ils présenté les troubles émotionnels de l'adolescence avec une sincérité et une bienveillance aussi grandes? Combien d'auteurs ayant écrit sur le sujet de l'amitié ont-ils su composer leur ouverture avec un art aussi maîtrisé ?
La tonalité nettement augustinienne de l'oeuvre est perceptible dès le début : quelle que soit la dette qu'il montrera envers Cicéron dans la suite de l'ouvrage, ses premiers accents ont la franchise vibrante de l'expérience vécue de l'auteur des Confessions.
Ensuite, ce prologue est un des rares auto-portraits que nous a laissé le Moyen-Age. Nous devons en être reconnaissants à son auteur, car ce cours texte nous montre, en termes simples, bien choisis et colorés, comment il voyait retrospectivement le cours que son adolescence et sa jeunesse avaient suivi. C'est un morceau littéraire chaleureux, personnel, direct et dépourvu de toute fade sentimentalité, écrit dans le style d'un homme habitué à montrer sa nature intérieure sans affectation, fausse modestie ou indulgence envers lui-même. Et c'est aussi un morceau parfaitement adapté à son but, qui est d'introduire Aelred lui-même (sans se nommer) comme l'auteur des trois dialogues avec des frêres conventuels et comme la voix principale dans les discussions concernant la nature de l'
amicitia spiritualis.

..."Je n'étais encore qu'un écolier ; déjà la gentillesse de mes camarades exerçait sur moi un charme puissant ; entrainé par l'exemple et les inclinations vicieuses - dangers de cet âge, - mon coeur s'abandonna tout entier à ses affections et se consacra à l'amour ; rien de plus doux, de plus suave, de plus profitable me semblait-il, qu'être aimé et aimer. Flottant au gré des amours et des liaisons amicales, mon âme était ballottée çà et là ; dans son ignorance de la loi de la véritable amitié, elle se laissait souvent prendre à ses apparences. Enfin me tomba un jour entre les mains ce beau livre qu'écrivit Cicéron sur l'amitié ; à peine ouvert, il m'apparut aussi interessant par la profondeur des idées que par les agréments du style. sans doùte, je ne me sentais pas capable de réaliser l'idéal qu'il proposait ; mais je me félicitais néanmoins d'avoir trouvé une espèce de formule d'amitié où ramener les détours de mes amours et de mes affections...."


Le prologue nous laisse entendre que les idées du De amicitia de Cicéron vont jouer dans le dialogue un rôle grosso modo comparable à l'inspiration qu'Aelred lui-même y trouva dans sa jeunesse (aucun auteur médiéval n'a jamais indiqué sa source avec autant de délicatesse). En même temps, il suggère que l'amicitia dont l'essence et les avantages vont être développés dans les pages qui suivent sera différente de l'idéal païen, tout autant que la façon de vivre d'Aelred dans le cloître diffère de la vie qu'il menait dans le monde quand il n'était encore qu'un courtisan du roi. Bref, le prologue annonce tout à la fois une manière chrétienne de cultiver l'amitié, une transformation de l'idéal ancien de cette vertu, et une réponse au défi lancé à l'universalité de la vérité et des valeurs chrétiennes. En d'autres termes, nous avons là comme la proclamation d'un humaniste chrétien, affirmant que tout ce qui est humainement noble survivra dans l'économie de la grâce et recevra là une forme lumineuse que la raison et l'affection naturelle ne sauraient jamais lui apporter à elles seules.

La présence vivante de Saint Augustin dans le prologue devrait suffire à orienter le lecteur vers la véritable intention d'Aelred, qui était, nous semble-t-il, de composer le traité systématique de l'amitié chrétienne que les Pères avaient omis de produire (malgré la richesse et la fréquence de leurs références à ce sujet dans leurs sermons, lettres et conférences), mais qu'Augustin avait ébauché en posant le principe directeur de l'établissement de la véritable amitié entre les âmes : "Car l'amitié n'est point vraie si vous ne la liez vous-même entre ceux qui s'attachent à vous par l'agapé, que répand dans nos coeurs l'Esprit qui nous est donné " (Confessions, IV, IV, 7). Aelred trouva donc son inspiration chez l'évêque d'Hippone et intégra les principaux éléments de l'amitié classique dans un horizon augustinien. L'Ecriture lui procura les fondations, Cicéron, les matériaux, et Augustin, le style architectural ; mais c'est lui-même qui en réalisa le plan et la construction, et qui doit donc être crédité de l'un comme de l'autre. Ce prologue est donc l'histoire, racontée avec un art consommé, des premières étapes du pèlerinage que fut sa vie. Ce pèlerinage commence au stade irréfléchi, insouciant, "esthétique" de l'enfance et de l'adolescence, quand la beauté et son charme dominaient encore en lui. Aelred présente sa conversion à un idéal moral, comme un changement de niveau, un développement en termes de vie intérieure et de maîtrise de soi. Cependant, le sursaut de foi qui le hissa au niveau spirituel, lui fit regarder ces niveaux d'existence antérieurs et inférieurs dans une nouvelle perspective, tout en lui procurant - ce qui n'était pas moins important - une plénitude de vie dans laquelle l'amour de la beauté et du bien n'était pas perdu, mais au contraire intensifié et abondamment satisfait. Bien qu'Aelred ne connût guère Platon, on ne saurait s'empêcher de songer ici au Banquet du philosophe athénien et, particulièrement au discours de Socrate, où celui-ci vante pareillement la supériorité incomparable de l'amour intellectuel et spirituel des belles âmes et du Beau en soi sur l'amour charnel des beaux corps.

Le traité comprend trois livres. Dans le premier, Aelred dégage, après l'avoir analysée, la notion d'amitié. A la recherche d'une définition, il commence par examiner celle de Cicéron puis dans le second, il entreprend d'expliquer la nature de l'amitié en distinguant la vraie de ses contrefaçons et sa liaison avec la Sagesse. Enfin, il montre que l'amitié est susceptible de devenir pour nous une montée vers la perfection. Dans le troisième livre, il établit les quatre stades par lesquels doit passer toute amitié digne de ce nom : l'élection, la probation, l'admission et la fruition. Un chapitre est consacré aux cinq dissolvants de l'amitié : l'insulte, l'outrage, l'arrogance, la divulgation d'un secret confié, le coup de traitrise. Enfin, La sublimité de l'amitié spirituelle trouve son achèvement dans la félicité.

 

                  (Le traité est disponible aux éditions de l'Abbaye de Bellefontaine) 

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L'Avant-guerre civile (Eric Werner)

Publié le par Christocentrix

"L'ordre par le désordre", tel est selon la démonstration lumineuse d'Eric Werner, le moyen choisi par le pouvoir pour n'apparaître aux yeux des populations déstabilisées, anesthésiées, que comme le seul repère immuable.

La démonstration se double d'ailleurs de développements d'une grande érudition sur des questions politiques et stratégiques. Sur un sujet aussi sensible, l'auteur n'a voulu laisser échapper aucun aspect de la grande crise et, pêle-mêle, les phénomènes démographiques, d'insécurité, de désinformation, d'inversion des valeurs, d'invasion de populations musulmanes extra-européennes, etc., sont abordés pour nourrir la réflexion du lecteur et indiquer qu'ils confirment l'analyse de l'ouvrage. Comme l'écrit Eric Werner, "le pouvoir encourage le désordre, le subventionne même, mais ne le subventionne pas pour lui-même, mais pour l'ordre dont il est le fondement, au maintien duquel il concourt. Désordre politique mais aussi moral, social, culturel [...]. Autant que possible, le pouvoir s'emploie à brouiller les cartes, à priver les individus de leurs repères coutumiers. L'objectif est de les rendre étrangers à leur propre environnement. La réalité les fuit, leurs sens sont anesthésiés. Ils igorent d'où ils viennent et où ils vont, ne savent même pas bien souvent de quoi l'on parle. Parfois aussi c'est l'émeute, les casseurs entrent en scène, mais là encore, qu'y faire?  Sus à l'obcession sécuritaire. Un même mouvement entraîne ainsi toute chose, seul le pouvoir échappe à l'universelle dissolution. L'individu se raccroche donc à lui comme à une bouée miraculeuse. C'est son son seul recours, l'unique point fixe émergeant encore dans la tourmente.
L'ordre se défait, tout est d'ailleurs mis en oeuvre pour qu'il se défasse, mais le désarroi même qui en résulte débouche paradoxalement dans une re-légitimation du pouvoir"...

Un chapitre très instructif sur le jeu de "pompiers-pyromanes" auquel  se livre "nos" dirigeants....
                                       l'Avant-guerre civile (Eric Werner). éditions l'Age d'Homme.

Le développement continu de zones de "non-droit", les émeutes ou actes de guérilla urbaine qui se développent en France en sont la parfaite illustration.

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Ap. J.-C.

Publié le par Christocentrix

 Athènes, de nos jours. Nausicaa, une dame de quatre-vingt-neuf ans, demande à un étudiant en philosophie qu'elle héberge d'enquêter sur le mont Athos, cette république monastique » où les femmes ne sont pas admises. Nausicaa songe-t-elle à laisser sa fortune aux moines ? Espère-t-elle retrouver son frère disparu il y a cinquante ans ? Au hasard de lectures et de rencontres singulières, le jeune homme va découvrir une communauté richissime, qui pèse d'un poids considérable sur la vie politique du pays, et dont personne ne prend le risque de contester les privilèges ni de dévoiler les secrets... Vassilis Alexakis nous livre une exploration aussi captivante que troublante, jouant des références érudites avec humour, tissant, au fil des pages, un véritable éloge de la philosophie, une célébration du doute en somme.

           
Vassilis Alexakis.  Ap. J.-C. ( Stock, 2007 puis édition "folio", 2009)



(Ce livre a été récompensé par le Grand Prix du roman de l'Académie française en 2007)


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inauguration d'un séminaire orthodoxe en France

Publié le par Christocentrix

L'ouverture d'un séminaire orthodoxe en France, hier, à donné lieu à divers commentaires : 

http://www.egliserusse.eu/blogdiscussion/Message-du-patriarche-Cyrille-a-l-occasion-de-l-inauguration-du-seminaire_a515.html


http://www.egliserusse.eu/blogdiscussion/LA-CROIX-Un-seminaire-orthodoxe-russe-en-terre-francaise_a513.html?com#com_1054651

Rappelons qu'en Mai dernier, les orthodoxes ont aussi inauguré une église à Rome : http://www.egliserusse.eu/blogdiscussion/Inauguration-d-une-eglise-orthodoxe-russe-a-Rome-Agence-France-Presse_a221.html

Les différents patriarcats continuent un lent et discret développement dans tous les pays de l'Europe occidentale.

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ouverture de la chasse (D. de Roux)

Publié le par Christocentrix

L'Ouverture de la Chasse ...

Le visage des temps qui sont nôtres, et dont nous ne sommes déjà plus, visage à jamais mutilé par la mélancolie de la fin d'un monde, est celui de l'interrègne déchirant d'une saison où ce qui était n'est plus et ce qui sera n'est pas encore. Le regret de ce qui n'est plus, la juste et sereine attente de ce qui sera.

Tout cela veut dire que nous sommes absolument seuls.

Seuls, absolument, par rapport à ce passé, seuls absolument, par rapport à un présent qui n'est plus fait que de notre mort, de notre écartèlement, seuls, et misérablement, par rapport aussi à un avenir dont le projet et la décision résolue, comme le dirait Heidegger, viennent ...........

.....l'ouverture de la chasse...
Toute chasse est mystique. Toute chasse est désespérée. Toute chasse est inutile.......

Là où l'aventure historique a échoué, la littérature l'emportera.

Quand rien n'est plus rien, nous sommes quelques-uns, en cet obscur occident du monde, qui pensons que dans l'avènement du rien universel, quelque chose comme un effacement de tous les effacements persiste encore, et que c'est à partir de l'humilité de celui-ci qu'un risque de recommencement peut à nouveau s'annoncer.

Autrement dit, seule reste la littérature. Mais quelle littérature ?

 

extrait de la présentation du "Cahier de l'Herne" consacré à Georges Bernanos, éditions Belfond, 1967.

 

                                                                                     Dominique de Roux...

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Ernest Psichari

Publié le par Christocentrix

Ernest PSICHARI (1883-1914)

Jeune écrivain mort parmi les premiers officiers de la Grande Guerre (un des représentants de cette génération de la revanche décimée en 14-18) Psichari est une figure étonnante et paradoxale des milieux intellectuels du début de XXème siècle. Petit-fils d'Ernest Renan, fils du fondateur de la Ligue des Droits de l'Homme pendant l'affaire Dreyfus; issu d'un milieu irreligieux et anti-militariste il grandit dans le monde qui enfanta l'intelligentsia de gauche. Pourtant il fera partie de ces jeunes brillants intellectuels convertis ou revenus à la religion catholique après une grave crise morale comme Claudel, Péguy, Maritain, et bien d'autres...

Né à Paris, où il fera ses études et obtiendra sa licence de Lettres en 1903, sa jeunesse se formera dans une atmosphère familiale totalement agnostique, teintée du socialisme utopique de l'époque. Très jeune, avec son père et Jacques Maritain, il participe activement aux universités populaires et milite en faveur de Dreyfus.

En 1903, après une maladie et semble-t-il une déception amoureuse, il traverse une crise intérieure et abandonne la vie facile qu'il menait dans une famille aisée et connaît une période d'errance, de misère et de faim. Il décide de s'engager dans l'Armée où il trouve le cadre de vie rigide et la discipline qu'il souhaitait ainsi que l'activité physique et l'idéal d'ordre et d'autorité qu'il recherchait après cette évolution. Il participe au projet d'expédition au Congo préparé par le Commandant Lenfant, colonial expérimenté. En 1906, il est versé dans l'artillerie coloniale comme maréchal des logis de l'expédition du Cdt Lenfant dans le Haut-Logone (Congo français) et au sud du Tchad. (découverte des grandes sources du centre africain). De retour en France en 1908, il publie les souvenirs de sa mission dans un premier ouvrage : Terres de soleil et de sommeil qui lui vaut un prix de l'Académie française. (Ce n'est qu'en 1948 que seront édités ses Carnets de route pour cette même période). Médaillé militaire et sous-lieutenant en 1909, tout en s'attachant à ses fonctions d'officier, il commence à rassembler les éléments de l'Appel aux armes, à la fois roman autobiographique et méditation sur l'état militaire (qui ne sera publié qu'en 1913). Envoyé en Mauritanie en 1910, il participe à la pacification de l'Adrar en prenant le commandement d'un peloton méhariste et nomadise jusqu'à fin 1912. Durant ce séjour au désert, il approfondit ses réflexions morales puis religieuses sur le Christianisme face à l'Islam. Il y acquiert la foi catholique. Sa vie nomade et son évolution spirituelle sont relatées dans le Voyage du Centurion (qui paraîtra en 1915, après sa mort) ainsi que dans Les Voix qui crient dans le désert (paru en 1920). En 1913, Psichari se convertit et reçoit le baptème catholique. Peu après, il est admis dans le tiers-ordre dominicain. Réaffecté au 2ème Rgt d'artillerie à Cherbourg sous les ordres du Colonel Lenfant, il y termine ses écrits.

 

Mobilisé en première ligne dès le début de la Guerre, il y fera le sacrifice de sa vie, le 22 août 1914. Ses écrits qui paraîtront après sa mort, qui sont une contribution à l'histoire coloniale française, relatent aussi le dernier cheminement de sa conscience religieuse et de sa réponse à l'appel de la grâce. Il y avait écrit qu'il considérait que sa mission était de racheter la France par le sang et évoqué son désir de mourir pour la patrie. La dimension religieuse est décisive dans ce désir de sacrifice.

Droiture, devoir, patriotisme, honneur, piété et pour finir sacrifice, Psichari a été tout celà. Sa mort prématurée lui conserve une éternelle jeunesse et sa vie s'offre en exemple. Sa mort marque son entrée dans le patrimoine historique de la France où il occupe une place de choix. Elle inaugure une nouvelle mythologie de la mort : celle-ci devenant le moment privilégié de l'héroïsme. Dans le cas du Lieutenant Psichari, cet héroïsme découle de deux sources intimement mêlées, celle de la gloire militaire et du sacrifice chrétien.

 

Bibliographie de l'auteur :

-Terres de soleil et de sommeil. (1908)

-l'Appel des armes. (1913)

-le Voyage du Centurion. (1916)

-les Voix qui crient dans le désert. (1920)

-Lettres du Centurion. (Correspondance publiée en 1933)

-Carnets de route. (publiés dans un des 3 volumes d'une réédition des Oeuvres complètes de Psichari aux éditions Louis Connard, 1948).

 -Tous les titres d'Ernest Psichari ont été publiés et réédités aux édit. Louis Connard, depuis l'origine jusque dans les années 40. Il existe une ancienne édition en Livre de Poche (1962) de "Voyage du Centurion". "Carnets de Route" ont été réédités aux éditions l'Harmattan en 2008. 

Bibliographie sommaire à propos d'Ernest Psichari :

-MASSIS (Henri) : Vie de Ernest Psichari (1916). Notre ami Psichari. (1936).

-DANIEL-ROPS : Psichari. (1922)

-PSICHARI (Henriette) : Ernest Psichari, mon frêre. (1933)

-GOICHON (A.M) : Ernest Psichari ; documents inédits. (1933)

-CHEVALIER (Irénée) : la Vocation de Psichari. (1937)

-LAUZIERE (A) : le Lieutenant Psichari. (s.d)

-DELHAYE (Philippe) : Ernest Psichari, soldat chrétien. (1944)

-QUINARD (Claude): Psichari, soldat d'Afrique (1944)

-PEYRADE (Jean) : Psichari, maître de grandeur. (1947)

-PEDECH (Paul) : Ernest Psichari ou les chemins de la grâce.(Téqui, 1988).

-NEAU-DUFOUR (Frédérique) : Ernest Psichari, l'ordre et l'errance. (Cerf, 2001). avec une bibliographie très détaillée. (revues, archives, thèses...).

-MOUTOUH (Hugues) : Ernest Psichari, l'aventure et la grâce. (éditions du Rocher, 2007). ( avec bibliographie détaillée).

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Pensées et Maximes de Sacha Guitry

Publié le par Christocentrix

"Sois de ton temps jeune homme - car on n'est pas de tous les temps, si l'on n'a pas d'abord été de son époque".

"Non, non - n'être jamais parmi ceux qui haïssent. Tâcher d'être plutôt parmi ceux que l'on hait - on n'y est en meilleure compagnie".

"Ce n'est pas assez que de dire à l'enfant : -Songe à ton avenir. Il faut lui dire encore : -prépare ton passé !".

"Qu'il accède au pouvoir - je n'en serais pas surpris. Il a quelques atouts dans son jeu, et même il se pourrait qu'il devînt populaire - mais je doute qu'il ait jamais pour lui la minorité"





















































mais c'est qu'il en prend de la place ce petit !



"Certes il y avait à Drancy le dessus du panier à salade - mais il faut avouer que tous n'étaient pas dignes de ce qu'il leur arrivait".

"Tandis qu'ils me palpaient -ceux qui m'ont arrêté - je me suis fait le serment d'être le spectateur des évènements qui allaient se produire.
Je n'ai pas l'habitude de jouer dans les pièces des autres."


Guitry et les femmes:

"Tu as un charme irrésistible - en ton absence - et tu laisses un souvenir que ton retour efface".

"J'imagine un cocu disant : - ce qui m'exaspère, c'est que ce monsieur sait maintenant de quoi je me contentais ! "

"A l'égard de celui qui vous prend votre femme, il n'est de pire vengeance que de la lui laisser". 

 
"Si la femme était bonne, Dieu en aurait une".

"Qu'est-ce que çà peut fiche qu'il ait une jolie femme ! Entre hommes on ne se complimente que sur ses maîtresses".

"-Tu m'a trompée avec cette femme!
 - Je te trahis bien davantage quand je suis seul "


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amitié franco-serbe (2009)

Publié le par Christocentrix

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