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"Paréa" crétoise....

Publié le par Christocentrix

Vie communautaire, enracinement, traditions, musique...raki et ouzo de l'amitié.

Authenticité...simplicité...

Je reviens !.....

 

 

 

 

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du Baptème à Cana (Jean I,19 - 2,11)

Publié le par Christocentrix

"Ce livre est une suite au Prologue de Saint Jean, paru dans cette même collection ("Lectio Divina"). Nous l'avons écrit dans le même esprit et avec le même dessein : mettre à la portée des prêtres et des laïcs cultivés les richesses de l'exégèse biblique. Comme dans le livre précédent, nous n'avons pas hésité à développer assez longuement le détail de certaines discussions, persuadé qu'il est nécessaire d'avoir peiné sur les difficultés d'un texte pour en saisir le sens et les moindres nuances. Mais nous avons essayé de le faire en utilisant un langage simple, accessible même à ceux qui ne sont pas familiarisés avec ce genre de discussions exégétiques.

Certaines solutions adoptées dans ce livre sont en étroite relation avec la conception que l'on se fait de la composition littéraire du quatrième évangile. Indiquons rapidement deux des points les plus importants. Tout d'abord, nous sommes persuadé que le quatrième évangile fut écrit en araméen, puis traduit en grec. Aux arguments apportés par de nombreux auteurs en faveur de cette thèse on peut ajouter le fait suivant : le quatrième évangile présente un certain nombre de variantes qui s'expliqueraient très bien comme des traductions différentes d'une même expression araméenne. Un cas isolé pourrait être l'effet du hasard ; mais nous en avons relevé plus d'une dizaine. Il faudrait alors supposer qu'une première traduction grecque a été révisée, après publication, sur des documents araméens originaux, de façon à obtenir une traduction moins littérale mais mieux en accord avec le génie de la langue grecque. Ces diverses corrections se retrouveraient dans les variantes actuelles de l'évangile.

D'autre part, depuis longtemps nombre d'auteurs ont fait remarquer le manque de composition de certaines parties de l'évangile. Les chapitres 5 et 6 semblent avoir été intervertis. La parole du Christ rapportée en 7, 19-24 devrait former la conclusion normale de la guérison du paralytique (5, 1-16) dont elle est maintenant séparée par deux chapitres entiers. Les chap.7 et 8 contiennent un ensemble de discours du Christ et d'épisodes qui ont été rassemblés de façon assez artificielle ; de plus, toute la section qui va de 8, 14 à 8, 22 est une reprise de ce qui a été dit dans la section qui va de 7, 28 à 7, 36. Le chap. 10, difficilement intelligible dans son état actuel, a sans doute lui aussi subi des remaniements. Au chap. 12, les trois petits logia qui forment les vv. 24-26, de portée très générale, s'expliquent difficilement dans leur contexte actuel où le Christ exprime son angoisse personnelle devant la mort (vv. 23, 27 ss.). Au même chapitre, le discours du Christ constitué par les vv. 44-50 se concilie difficilement avec la mise en scène du v.36 (le Christ s'échappe et se cache des juifs) et avec la conclusion des vv. 37-43, qui vaut pour toute la première partie du livre. On pourrait faire une remarque analogue pour le discours de 3, 31-36, dont on ne sait s'il faut le placer dans la bouche du Christ ou dans celle de Jean-Baptiste. On notera de plus que les mêmes idées sont exprimées en 3, 12 ss., 3, 31 ss. et 12, 44 ss., mais une fois à la première personne, une autre fois à la troisième personne. Après la conclusion du discours d'adieu, en 14, 31, on est étonné de lire un nouveau discours du Christ (chap.15-16), d'autant que le discours du chap.16 reprend presque intégralement les idées exprimées au chap.14. Le chap.21 est un appendice ajouté après la conclusion primitive de l'évangile (20, 30-31) et dont certaines particularités de style dénotent une main étrangère au reste de l'évangile, même si le fond reste essentiellement johannique d'inspiration et, dans une large mesure, de rédaction.

On a parfois essayé d'expliquer ces difficultés par le recours à l'hypothèse suivante : avant la publication de l'évangile, certains feuillets auraient été accidentellement retournés, provoquant ainsi les dérangements actuels. Mais une telle hypothèse est assez peu vraisemblable, outre qu'elle ne rend pas compte de toutes les difficultés. Beaucoup plus juste nous semble être la solution adoptée par le P. Mollat, dans son introduction à l'évangile de saint Jean (« Bible de Jérusalem », p.26 s.) : « Les anomalies que présente le texte pourraient provenir de la façon dont l'évangile a été composé et édité. Notre évangile n'est peut-être pas d'une seule venue. On a de plus en plus tendance à y voir le résultat d'une lente élaboration et comme "un reflet du ministère johannique ", comportant des éléments d'époques différentes, des retouches, des additions, des compléments, des reprises, des rédactions diverses d'un même enseignement... On peut d'ailleurs admettre que l'auteur n'a peut-être pas mis lui-même la dernière main à son ouvrage. Après la mort de l'évangéliste, ses disciples publièrent sans doute l'ouvrage tel qu'il l'avait laissé. Mais ils ont pu maintenir ou insérer dans la trame de l'évangile des fragments johanniques qu'ils ne voulaient pas laisser perdre, et dont la place n'était pas rigoureusement déterminée. Ainsi s'expliquerait un passage comme 12, 44-50, qui ne contient aucune indication de temps, de lieu ni d'auditoire ; de même 3, 31-36 ». Nous ferions volontiers nôtres ces paroles, en remplaçant même les « peut-être » par des « probablement ». Il faut tenir compte aussi du fait que nous avons mentionné en premier lieu : saint Jean écrivit son évangile en araméen, et c'est un disciple (ou des disciples) qui l'a traduit en grec. Il est dès lors difficile de déterminer la part exacte du ou des disciples dans la rédaction finale de l'évangile. Les remarques que nous ferons dans le premier chapitre de ce livre montreront que cette part est peut-être assez grande. Il n'en faut pas moins maintenir que le quatrième évangile, dans son état actuel, nous offre un reflet fidèle de la prédication et de l'enseignement de saint Jean.

Cet enseignement johannique diffère sensiblement de celui des évangiles synoptiques. Mais que l'on ne s'y trompe pas ; la différence porte sur la façon de présenter les faits beaucoup plus que sur la christologie elle-même. On a souvent voulu opposer le Christ johannique au Christ des Synoptiques ou à celui de la première prédication chrétienne, mais à tort ; le lecteur qui aura eu la patience de suivre nos développements jusqu'au bout emportera la conviction, au contraire, que le Christ johannique est celui que prêchaient les apôtres, celui que le peuple juif attendait : le Serviteur de Yahvé, le Fils de l'Homme, la Sagesse, le Prophète, le Roi-Messie ; c'est même pour le montrer que saint Jean a entrepris d'écrire son évangile. Il n'en demeure pas moins vrai que saint Jean a sa façon à lui de raconter les faits, en ce sens qu'il s'attache moins aux détails pour eux-mêmes qu'à l'enseignement théologique qu'il découvre en eux, à leur valeur symbolique.

Sur ce point encore, et c'est heureux, l'exégèse moderne tend à se libérer d'une servitude qui l'a trop longtemps entravée. Il fut un temps, en effet, où l'on jugeait inconciliables histoire et symbolisme ; comme il était difficile de nier le caractère symbolique du quatrième évangile, on en profitait pour nier son caractère historique. Aujourd'hui, même chez les exégètes non chrétiens, la tendance est à souligner au contraire la valeur historique du quatrième évangile, et l'apport inappréciable qu'il représente pour donner une idée complète sur la personne et l'enseignement de Jésus. Histoire et symbolisme ne s'excluent pas, ils se complètent dans la mesure où le symbolisme permet à l'évangéliste de souligner la valeur théologique et sotériologique des faits concrets de la vie du Christ. « Ce symbolisme n'est donc pas l'allégorisme irréel qu'on a prétendu. C'est le symbolisme des faits eux-mêmes. Il sort de l'histoire, il s'y enracine, il en exprime le sens et n'a de valeur pour le témoin privilégié du Verbe fait chair, qu'à cette condition. Nier le caractère historique des faits à cause de leur sens symbolique est donc aussi injustifié que d'en nier le symbolisme sous prétexte de mieux défendre l'histoire. De part et d'autre on fausse et on mutile dans son dessein essentiel une oeuvre, qui est évidemment unique en son genre, puisqu'elle raconte un fait unique : la vie du Verbe de Dieu incarné ; vie dont tous les actes et tous les gestes sont significatifs et efficaces de salut et donnent son sens à l'histoire humaine tout entière. » (Mollat, op, cit., p.49 s.). Il reste cependant que, pour souligner précisément la signification théologique et sotériologique des actes du Christ, l'évangéliste ne craint pas de styliser et de schématiser ses récits ; il ne veut pas nous donner une chronique biographique sur Jésus de Nazareth, il veut prouver que « Jésus est le Christ, le Fils de Dieu »(20, 31), afin que les hommes puissent croire en lui et obtenir ainsi la vie éternelle."....

"....Tant de minutie dans des descriptions incite le lecteur à penser qu'il se trouve devant le récit d'un témoin oculaire.......Même ceux qui refusent d'attribuer à l'apôtre Jean la paternité du quatrième Evangile sont forcés de reconnaître qu'au moins pour certains récits l'évangéliste a dû utiliser des documents rédigés par un témoin oculaire. Et cependant, l'observateur attentif peut déceler d'autres faits qui, sans ruiner totalement les conclusions précédentes, leur donnent une certaine relativité. Par delà les détails concrets, la trame des différents récits de Jean, (I ,19-2, et II) laisse transparaître un schématisme rigide qui ne le cède en rien à celui que l'on peut remarquer dans les récits de saint Matthieu ou dans certains récits de saint Marc, et qui fait penser à des formes stéréotypées pour les besoins de la catéchèse orale plus qu'à des mémoires d'un témoin oculaire. Il importe de noter ce fait avec soin car il sera d'une grande importance pour l'intelligence même de l'évangile."

La division en 7 jours.

On le reconnaît de plus en plus aujourd'hui, l'évangéliste a voulu répartir sur une durée de sept jours les événements qu'il raconte au début du ministère du Christ. Le témoignage rendu par le Baptiste devant les prêtres et les lévites envoyés par les juifs de Jérusalem se place au premier jour (I, 19-28). « Le lendemain »(I, 29) Jean-Baptiste désigne Jésus comme le Messie annoncé par le prophète Isaïe (I, 29-34) : « le lendemain » encore (v. 35), Jean renouvelle son témoignage devant deux de ses disciples, qui s'attachent alors aux pas de Jésus (I, 35-39). La vocation de Simon-Pierre (I, 40-42) n'est pas datée, à moins qu'on ne suive la leçon donnée par certains manuscrits : "Au matin" (cf. p. 84) ; mais de toute façon, la scène précédente ayant eu lieu le soir, peu de temps avant le coucher du soleil (v. 39), celle-ci doit être placée le jour suivant, c'est-à-dire le quatrième jour. « Le lendemain »(v. 43), Jésus se met en route pour retourner en Galilée et c'est alors qu'il rencontre Philippe et se l'attache comme disciple (I, 43-44) ; nous sommes au cinquième jour. Quant au miracle de Cana, il eut lieu « le troisième jour »(2, I), ce qui doit s'entendre sans doute du troisième jour après la vocation de Philippe, donc le septième jour du comput général. Il n'y a aucune mention explicite du sixième jour, et nous verrons plus loin (cf. p.106) que c'est intentionnel ; mais, pour la plus grande clarté des explications ultérieures, nous appellerons « sixième jour » le jour où se produisit la vocation de Nathanaël, plus précisément le jour de sa rencontre avec le Christ : v. 47-51. On obtient alors la division suivante :

Jour 1: témoignage de Baptiste devant les Juifs (I, 19-28).

Jour 2: « Voici l'Agneau de Dieu »(I, 29-34).

Jour 3: vocation d'André et de son compagnon (I 35-39).

Jour 4: vocation de Simon-Pierre (I, 40-42).

Jour 5: vocation de Philippe (1, 43-46).

Jour 6: vocation de Nathanaël (1, 47-51).

Jour 7: les noces de Cana (2, 1-11).

"Une telle division en sept journées est en partie artificielle; Jean l'a adoptée comme cadre des premiers événements de la vie du Christ dans un but symbolique : il veut souligner le parallélisme théologique qui existe entre la première création du monde, en sept jours, effectuée par le Verbe de Dieu (cf. Jean, I, 1-5) et l'oeuvre du salut messianique considérée comme une création nouvelle dans le Christ (cf. Jean, I, 3, 17). (Comme Moïse avait représenté étendue sur sept jours la création de l'univers matériel, ainsi Jean a tenu, très consciemment à notre avis, à présenter aussi en une semaine l'introduction dans le monde de la "nouvelle création" prêchée par saint Paul... Pourtant, entre l'annonce solennelle que fait Jean-Baptiste devant les délégués juifs et la première manifestation publique de ce divin transformateur, ou le changement symbolique de l'eau en vin aux noces de Cana, que l'on calcule bien, et l'on verra qu'il se passe exactement sept jours. Le choix de ces deux termes, pour l'introduction de son récit, est évidemment dicté par des raisons symboliques : la deuxième création, celle de la Grâce, correspond à celle de la Nature, pour montrer que c'est bien une création. » En ce sens, voir aussi le parallélisme voulu entre les vv. 3 et 17 du Prologue, et les allusions au récit de la Genèse en I, 1-5.).

 En conséquence, il ne faut pas trop presser le détail de la chronologie ; inutile de se demander, par exemple, comment Jésus a pu se rendre en moins de deux jours de Béthanie (située de l'autre côté du Jourdain, en face de Jéricho) jusqu'à Cana, près de Nazareth. Le raccourci est pédagogique et le temps réel mis par le Christ a effectuer ce voyage importait moins, aux yeux de l'évangéliste, que le temps « théologique » qui va servir à constituer la première « semaine » de la vie publique du Christ."

[l'auteur consacre dans ce livre un chapitre par "journée", comme indiqué plus haut et qui se termine par les "noces de Cana".]

Le schématisme des récits.

"Depuis longtemps les commentateurs ont souligné combien les récits des Evangiles Synoptiques sont racontés selon des formes stéréotypées qui en facilitaient la transmission orale et l'utilisation catéchétique. Ce schématisme est particulièrement sensible dans l'évangile de saint Marc, au moins pour les récits qui n'ont pas été influencés par la prédication plus vivante de saint Pierre. Quelques exemples nous aideront à mieux comprendre ce fait que l'on constatera tout à l'heure dans l'évangile de saint Jean. Comparons la guérison du sourd-bègue (Mc., 7, 32-36) avec celle de l'aveugle de Bethsaïde (Mc., 8, 22-26) ; il est facile de remarquer que les deux récits se déroulent exactement selon le même schéma....... On retrouve ce parallélisme même lorsqu'il s'agit de récits de nature aussi différente que l'exorcisme d'un possédé et l'action d'apaiser une tempête (Mc., I, 25-27 et 4, 39-41)..... On pourra comparer encore la première prédication à Capharnaüm (Me., I, 21-22, 27) avec la prédication à Nazareth (6, I-2) ; la mission des deux disciples pour aller chercher l'âne sur lequel. Jésus veut entrer à Jérusalem (II, I-6) avec la mission des deux disciples pour préparer le Cénacle où Jésus veut célébrer la Cène (I4, I3-I6) : l'évangéliste brode des détails divers sur un canevas identique.

Or, dans les récits de la première semaine de la vie du Christ, qui abondent par ailleurs, on l'a vu, en détails concrets et en précisions topographiques ou chronologiques, saint Jean semble procéder de la même façon. Comparons par exemple le récit de la vocation de Simon-Pierre avec celui de la vocation de Nathanaël. Si les détails changent, le schème général reste le même André d'une part, Philippe de l'autre, suivent Jésus ; puis vient une explication servant à montrer le lien entre André ou Philippe et Simon-Pierre ; puis André rencontre Pierre, et Philippe rencontre Nathanaël ; ils déclarent avoir trouvé le Messie ; ils provoquent l'un et l'autre une rencontre entre leur compagnon et Jésus ; Jésus voit (ou regarde) Simon et Nathanaël, puis il prononce à leur sujet une parole qui caractérise leur valeur religieuse. L'évangéliste a donc schématisé les deux épisodes en les adaptant l'un à l'autre. Comparons encore les deux récits du témoignage de Jean-Baptiste sur Jésus (deuxième journée, I, 29-34) et de la vocation de Nathanaël (I, 47-51 ; sixième journée) ; ils offrent entre eux des ressemblances étroites qui ne peuvent être fortuites. Tous deux commencent par une phrase semblable"....

..."Tous ces rapprochements ne sont pas le fait du hasard. Ils indiquent que l'évangéliste a voulu raconter la scène de la sixième journée en la conformant à celle de la deuxième journée, parce qu'il voyait entre elles une correspondance théologique qu'il a soulignée par ce moyen.... [Je ne reproduis pas le développement des exemples par l'auteur afin d'alléger mon texte...]

Les analyses précédentes nous ont amené aux constatations suivantes. D'une part, le récit johannique abonde en détails concrets, vécus, qui font penser aux souvenirs d'un témoin oculaire ; mais d'autre part, il présente un schématisme très poussé, destiné à mettre en relief les thèmes théologiques essentiels et à souligner le parallélisme qui existe entre des situations différentes. Ce double caractère des récits johanniques n'est que l'expression d'une dualité de portée plus générale. D'une part, comme l'a parfaitement noté le Professeur C. H. Dodd, l'évangéliste a certainement conscience de rapporter des faits réels touchant la vie de ce Jésus de Nazareth qu'il affirme être le Messie, le Fils de Dieu (Cf. Jean, 20, 30-31), et sa démonstration perdrait toute valeur si on pouvait le soupçonner d'inventer les faits qu'il raconte ; mais d'autre part, on est bien forcé de reconnaître que l'évangéliste attache une valeur spéciale au symbolisme des faits qu'il rapporte. Plus exactement, par delà le fait concret, il perçoit une réalité plus profonde : la portée théologique de l'événement, sa signification sotériologique, son insertion dans l'économie du salut. Si donc l'évangéliste veut ne rapporter que des faits qui se sont réellement passés, il reste assez libre vis-à-vis des détails, se réservant le droit de les modifier de façon à mieux mettre en valeur l'enseignement théologique et sotériologique qu'il a reconnu dans l'événement qu'il raconte.

Ceci étant admis, on peut proposer deux solutions pour expliquer le double caractère des récits johanniques de la première semaine.

1) L'évangéliste est bien le témoin oculaire des faits qu'il raconte, d'où les détails concrets qu'il peut donner ; mais il schématise volontairement ses récits pour en mieux faire ressortir la portée théologique.

2) Si l'on tient compte des passages où plusieurs documents semblent avoir été utilisés (Cf. Intr., p. 8), on dira avec plus de vraisemblance : l'évangéliste reprend en les schématisant les récits d'un témoin oculaire (ici : l'apôtre Jean), récits qu'il a pu connaître selon plusieurs traditions parallèles."

"Saint Jean terminait son évangile par ces mots : « Jésus a fait en présence de ses disciples encore bien d'autres miracles, qui ne sont pas relatés dans ce livre. Ceux-là l'ont été pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant vous ayez la vie en son nom » (20, 30-31). Ces paroles reprennent en le résumant tout le message évangélique, tel qu'il avait été annoncé déjà dans le déroulement de la première semaine de la vie du Christ.

L'évangéliste dit : « Pour que vous croyiez que Jésus est le Christ », l'Envoyé de Dieu ; non pas n'importe quel Messie, non pas un Messie qui serait apparu brusquement sur la scène du monde, sans aucune préparation, mais très précisément celui que le peuple juif attendait et qui avait été promis par Dieu pour le salut du monde dès les temps les plus reculés. Dans la première semaine, saint Jean place le Christ au centre d'un faisceau de lignes convergentes qui proviennent des principaux sommets de l'attente messianique au sein du peuple juif. Jésus de Nazareth, cet homme que ni sa naissance humaine ni son apparence extérieure ne semblaient distinguer des autres hommes, le fils du charpentier Joseph (I, 45), c'est lui le Serviteur de Yahvé que le prophète Isaïe avait annoncé comme devant venir apporter la connaissance de Dieu sur la terre et abolir ainsi le péché ; Jean-Baptiste le reconnaît officiellement comme tel devant les messagers des juifs de Jérusalem (I, 29-34 ; cf. Is., 42, I-5). Aux deux disciples qui s'attachent à ses pas, il apparaît comme la Sagesse dont il était écrit :« Mande-la des cieux augustes, envoie-la de ton trône de gloire, pour qu'elle me seconde et qu'elle peine avec moi et que je sache ce qui te plaît » (Sag., 9, 10 ; Jean., I, 35-39). Philippe affirme à Nathanaël qu'il est le Prophète par excellence, celui que Dieu avait promis d'envoyer à son peuple pour transmettre ses paroles, comme un nouveau Moïse (Deut., 18, 18 ; Jean, I, 45). Nathanaël confesse qu'il est le Roi d'Israël, Fils de Dieu, dont le Psaume deuxième décrivait l'intronisation solennelle sur Sion, la sainte montagne (Ps., 2, 7 ; Jean, I, 49). Jésus lui-même se donne comme accomplissant en sa personne la figure de ce mystérieux Fils de l'Homme que le prophète Daniel avait vu venir sur les nuées du ciel pour accomplir le jugement sur la terre (Dan., 7, 13 ; Jean, I, 51). En un mot, comme l'affirme André à son frère Simon, il est le Christ, le Messie qu'attendait Israël (I, 41).

Mais d'où vient aux hommes cette certitude ? A quels « signes » a-t-on pu le reconnaître ? Qui nous garantit qu'il est bien l'envoyé de Dieu, et non un vulgaire imposteur comme il y en eut tant au cours de l'histoire du peuple juif (Cf. 10, 8) ? Puisque rien, dans son apparence extérieure, ne le distinguait des autres hommes, comment fut-il « manifesté » à Israël ? Sans doute, puisqu'il était la Sagesse de Dieu, son enseignement devait surpasser en sagesse toute parole humaine et entraîner par là-même la confiance des hommes (Cf. Jean, 15, 22) ; puisqu'il était le Prophète, le don qu'il possédait de pénétrer jusqu'au plus intime des coeurs révélait sa mission particulière (I, 48-49). Mais parmi tous les signes il en est deux qui dépassèrent en importance tous les autres, au commencement et au terme de sa vie publique.

Le premier de ces deux signes s'accomplit lorsque l'Esprit descendit et reposa sur lui, au moment du baptême dans le Jourdain, à Béthabara. Le Prophète Isaïe avait annoncé en effet que l'Esprit reposerait sur le Roi messianique (II, 2), sur le Serviteur de Yahvé (42, 1), et qu'il pourrait ainsi établir sur la terre la « connaissance » de Dieu et fonder un royaume de justes. Lorsque l'Esprit descend et repose sur Jésus, c'est le signe et la preuve que ce Jésus de Nazareth est bien le Serviteur de Yahvé annoncé par Isaïe. C'est la preuve aussi qu'il est le Roi de l'Israël nouveau : il a reçu l'onction royale en recevant l'Esprit, comme son ancêtre David (I Sam., 16, 13 ; Cf. Is., 61, I; Act., 10, 38), et Nathanaël a raison de confesser : « Tu es le Fils de Dieu, tu es le Roi d'Israël »(I, 49). La théophanie du Jourdain a manifesté que Jésus de Nazareth est le Messie, l'Oint par excellence, envoyé par Dieu pour délivrer Israël de son péché.

L'autre signe, d'origine céleste comme le premier, sera l'exaltation de Jésus dans la gloire (I, 5I). Déjà les miracles accomplis par Jésus durant sa vie terrestre étaient autant de preuves, de « signes » que Dieu demeurait en lui et agissait par sa gloire toute puissante (II, 40 ; 10, 38 ; 14, I0-11) ; et comme Jésus et son père ne sont qu'un, les miracles étaient par la fait même une manifestation de la gloire du Christ (2, 11), un reflet avant-coureur de sa manifestation ultime. Car le « signe » par excellence, ce fut l'exaltation du Christ dans la gloire (2, I8-I9), par son mystère de mort sur la croix et de résurrection. Puisque « nul ne monte au ciel sinon celui qui est descendu du ciel » (3, II), l'exaltation de Jésus dans la gloire céleste était bien la preuve irréfutable qu'il n'avait pas une origine purement humaine, mais qu'il était descendu du ciel sur la terre. Il avait donc été réellement envoyé par le Père, comme cette Sagesse mystérieuse dont avaient parlé les Scribes inspirés (Sag., 9, I0 ; Jean, 6, 35) ; bien mieux, il est ce Fils de l'Homme que le prophète Daniel avait vu venir sur les nuées du ciel pour exercer le jugement sur la terre (Dan., 7, 13 ss.). Au moment même où les juifs « élèvent » le Christ sur la croix (8, 28 ; 12, 32 ; 3, 14), ils inaugurent le « signe » par excellence ; car Jésus ne s'arrêtera pas entre terre et ciel, il montera jusqu'auprès du trône de gloire du Père afin d'être pour tous les peuples le « signe » du grand rassemblement salvifique. Désormais, Jésus est « élevé » dans la gloire du Père ; le Fils de l'Homme a retrouvé la gloire « qu'il avait dès avant le devenir du monde » (17, 5), et c'est la preuve irréfutable, valable jusqu'à la fin des temps, qu'il avait été envoyé par le Père pour accomplir le salut de l'humanité.

Tel est donc le mystère du Christ que saint Jean décrit en un raccourci saisissant, dans le cadre de la première semaine. Mais ce mystère ne peut pas être restreint à la seule personne de Jésus. Le Christ est le chef du peuple nouveau des sauvés ; son mystère doit inclure tout le peuple des rachetés. Jésus est le nouveau Moïse annoncé par Dieu en Deut., 18, 18 (I, 45 : Cf. 6, 30-31) ; s'il remonte vers le Père, dans la gloire, il ne peut le faire qu'en prenant la tête du nouvel Exode qui va arracher les hommes à la servitude du péché pour les conduire dans la liberté du Royaume. Le mystère du Christ, c'est aussi le mystère de son peuple.

Le Christ est le Fils de l'Homme, l'archétype de l'humanité nouvelle, « en qui il n'y a pas de péché »(I, 47). S'il peut monter au ciel, c'est parce qu'il est descendu du ciel, car « nul ne monte au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'Homme » (3, 11). Cette condition vaut aussi pour tous les individus du peuple nouveau : « Nul, s'il ne naît d'en-haut, ne petit entrer dans le Royaume de Dieu »(3, 3) ; pour monter vers le Père, dans la gloire, il faut être né à nouveau, par le baptême, dans l'Esprit (3, 5). Et c'est pourquoi le Serviteur de Yahvé a pour mission essentielle de « baptiser dans l'Esprit »(I, 32-33), ayant lui-même, en premier, reçu l'Esprit. Cet Esprit est, pour tout homme, le principe qui lui permettra un jour de « remonter » vers le Père, dans la gloire, à la suite du Christ.

Ce mystère du « retour » de l'humanité nouvelle vers Dieu a donc été inauguré au jour du baptême du Christ, et, pour chaque homme, au jour de son propre baptême. Mais ce n'est là qu'un début. Avant de remonter vers le Père, les hommes ont un long chemin à parcourir sur la terre. Comment prendre la bonne route ? Comment savoir quel est le chemin qui conduit au Père ? Le Christ lui-même nous répond qu'il est « le Chemin, la Vérité et la Vie »(14, 6) ; et c'est pourquoi, lui, la Sagesse incarnée, dès son premier contact avec les hommes, il les invite à se mettre à son école, à le chercher, à le suivre, afin d'arriver un jour là où il demeure, dans la gloire (I, 37-39).

D'une façon plus précise, le Christ est le Chemin qui conduit au Père en tant qu'il manifeste le Père aux hommes : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; nul ne va au Père que par moi. Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant, vous le connaissez et vous l'avez vu... Qui m'a vu a vu le Père » (14, 6-10). « La vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. Je t'ai glorifié sur la terre, j'ai achevé l'oeuvre que tu m'avais donnée à faire... J'ai manifesté ton nom aux hommes » (17, 3-6). Le monde, lui, n'a pas connu Dieu ; il ne l'a pas vu (17, 25 ; cf. I Jean, 3, 6) ; il continue la ligne de conduite de l'Israël ancien : « Mon peuple n'a pas d'intelligence, il refuse de me connaître ». Au contraire, le peuple nouveau est celui qui « voit » le Père dans le Christ ; il est le « véritable Israël », le véritable « Voyant Dieu » (I, 47). Dans les miracles accomplis par Jésus il sait reconnaître la puissance de Dieu à l'oeuvre, la gloire divine qui se manifeste (2, 11). Les miracles sont des « signes » qu'il est capable de discerner, des manifestations de la gloire divine à l'oeuvre dans le Christ. Bien mieux, dans le « signe » par excellence qu'est le mystère du Christ élevé sur la croix, puis à la droite du Père, il « voit » tout le mystère de l'amour de Dieu pour l'humanité. Puisque Jésus, envoyé par le Père, remonté au ciel parce qu'il était descendu du ciel, d'auprès de Dieu, est bien le Fils-Unique, n'est-ce pas la preuve que Dieu aime le monde, puisqu'il a envoyé son Fils pour le sauver (3, 16-17 ; I Jean, 4, 9-10) ? S'il n'est pas possible, pour l'instant, de « voir » Dieu tel qu'il est (Jean, I, 18 ; I Jean, 4, 12), cependant, dans la contemplation du Christ « exalté » nouveau « voit » que Dieu est amour (I Jean, 4, 8, 16) et c'est cette reconnaissance de l'Amour, cette foi au Dieu sauveur qui est la condition même de son salut (Jean, 3, 14-16).

Un jour alors, ayant suivi le Christ par delà la croix jusque dans la gloire, le véritable Israël pourra voir Dieu tel qu'il est (I Jean, 3, 2), dans la gloire du Fils (Jean, 17, 24). A l'homme terrestre, déchu, qui lui demandait : « Fais-moi contempler ta gloire », Dieu avait répondu : « Il n'est mortel qui me puisse contempler et demeurer en vie » (Ex., 33, 18, 20) ; pour l'Israël nouveau, au contraire, c'est « voir » Dieu qui constitue la vie éternelle et l'assimilation suprême à Dieu : « Nous lui serons semblables parce que nous le verrons tel qu'il est ». En ce jour-là, le peuple nouveau répondra parfaitement à la définition de son nom : « Israël-Voyant Dieu »; il ne pourra plus pécher, puisqu'il verra Dieu parfaitement ; il n'y aura plus de « dol » en lui (I, 47) ; Cf. I Jean, 3, 2-6. Le mystère du Fils de l'Homme et de l'humanité nouvelle créée en lui sera achevé, dans le banquet céleste dont celui de Cana n'était que la figure (2, 1 ss.) : les hommes ne pourront se rassasier de voir le Père, dans la gloire du Fils, par la puissance de l'Esprit."

                                                                          ***

 [A partir de larges extraits de l'introduction et de la conclusion, j'espère avoir réussi à vous présenter ce livre et l'utilité de s'y référer... il me reste à préciser les références : "Du Baptème à Cana", M.-E. Boismard, O.P. édité en 1956, édit. du Cerf, collection Lectio Divina, n°18. M.E. Boismard est l'auteur de différents ouvrages de cette collection ou édités chez Cerf. Si la collection Lectio Divina existe toujours, cet ouvrage, comme celui sur le "Prologue de Jean" (n°11 de 1953), par le même auteur, sont épuisés mais on peut facilement les trouver d'occasion par internet. D'autres titres de cet auteur restent disponibles....Marie-Emile Boismard (1916-2004) était un dominicain, licencié en théologie et en sciences bibliques, fut successivement professeur de Nouveau Testament à l'École biblique de Jérusalem (1948-1950), puis à l'Université de Fribourg en Suisse (1950-1953), et de nouveau à l'École biblique de Jérusalem (1953-1993).]

 

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Eleni Karaindrou & Théo Angelopoulos

Publié le par Christocentrix

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Το Μετέωρο βήμα του Πελαργού - le pas suspendu de la cigogne (theo angelopoulos)

Publié le par Christocentrix

 

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musique d'Eleni Karaindrou

Publié le par Christocentrix

voir d'abord une superbe vidéo  (Memories, Eleni Karaindrou) sur :  
 
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Pour les albums d'Eleni Karaindrou.....les amateurs peuvent écouter et télécharger ici :  http://www.musicme.com/#/Eleni-Karaindrou/albums/Karaindrou:-Ulysses%27-Gaze-8888880002530.html

 

 

 

 

 

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Astra mi me malonete (Manolis Lidakis)

Publié le par Christocentrix

une des plus belles chansons de là-bas... "astra mi mé malonété"...admirablement interprétée ici par Manolis Lidakis.

 

Άστρα μη με μαλώνετε
Astra mi me malonété
Stars don’t scold me


Άστρα μη με μαλώνετε
Astra mi mé malonété
Stars don’t scold me
που τραγουδώ τη νύχτα
pou tragoudo ti nikta
that I’m singing at night

Ω, γιατί 'χα πόνο στην καρδιά
o, giati ‘ha pono stin kardia
oh, because I had pain in the heart
γιατί 'χα πόνο στην καρδιά
giati ‘ha pono stin kardia
because I had pain in the heart
ψηλό μελαχρινάκι μου
psilo melahrinaki mou
my tall dark-skinned girl
γιατί 'χα πόνο στην καρδιά
giati ‘ha pono stin kardia
because I had pain in the heart
και βγήκα και τον είπα
ke vgika ke ton ipa
and I went out and I said it

Άστρα μη με μαλώνετε
astra mi me maloneté
stars don’t scold me
που τραγουδώ τη νύχτα
pou tragoudo ti nikta
that I’m singing at night

Στα άστρα θα πω τον πόνο μου
sta astra tha po ton pono mou
I’ll tell my pain to the stars
που δεν τον μαρτυρούνε
pou den ton martirouné
that they don’t tell it to someone else

Ω, που έχουνε κι υπομονή
o, poy ehoune ki ipomoni
oh, that they have patience
που έχουνε κι υπομονή
pou ehoune ki ipomoni
that they have patience
αχ πως με κατάντησες
ah pos me katantises
ah, how you’ve made me
που έχουνε κι υπομονή
pou ehoune ki ipomoni
that they have patience
ώρες και με ακούνε
ores ke me akoune
and they listen to me for hours

Στα άστρα θα πω τον πόνο μου
sta astra tha po ton pono mou
I’ll tell my pain to the stars
που δεν τον μαρτυρούνε
pou den ton martirouné
that they don’t tell it to someone else

Ρώτησε τ' άστρα τ' ουρανού
rotise t’ astra t’ ouranou
ask the stars of the sky
κι εκείνα θα σου πούνε
ki ekina tha sou pouné
and them they will tell you

Ω, πώς κλαίνε τα ματάκια μου
o, pos klene ta matakia mou
oh, how my little eyes cry
πώς κλαίνε τα ματάκια μου
pos klene ta matakia mou
how my little eyes cry
κοίτα πώς με κατάντησες
kita pos me katantises
look how you’ve made me
πώς κλαίνε τα ματάκια μου
pos klene ta matakia mou
how my little eyes cry
όταν σε θυμηθούνε
otan se thimithouné
when they remember you

Ρώτησε τ' άστρα τ' ουρανού
rotise t’ astra tou ouranou
ask the stars of the sky
κι εκείνα θα σου πούνε
ki ekina tha sou pouné
and them they will tell you                                                                                     
                                                                                          
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on peut retrouver Manolis Lidakis dans cette vidéo :

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J'habiterai en eux

Publié le par Christocentrix

..."Dieu est absolument incompatible avec toute autre chose que lui-même. C'est un feu qui dévore tout ce qui n'est pas lui. Il demeure inaccessible à la chair et au sang. C'est une présomption insupportable pour une créature de vouloir aimer Dieu en lui-même. Pour voir ou pour aimer Dieu, il faut être Dieu déjà, soit par nature, soit par une adoption réelle, qui scelle en notre âme une aptitude à la divinité. Cette participation à la nature divine, c'est la grâce, plus précieuse que l'univers entier. « Moi, le Seigneur, je suis ton Dieu, ton Sauveur. Voici que tu as pris de l'honneur à mes yeux et de la gloire. Moi, je t'ai aimé.... Ne crains pas. Je suis avec toi » . Pour Dieu, il n'y a que Dieu qui compte. Si nous commençons à prendre du prix à ses yeux, c'est que nous sommes de lui. Voilà pourquoi la grâce nous est une nouvelle naissance, introduisant une vie toute neuve. « En vérité, en vérité, je te le dis, affirmait Jésus à Nicodème, nul, s'il ne naît d'en haut, ne peut voir le Royaume de Dieu... Ce qui est né de la chair est chair; ce qui est né de l'Esprit est esprit... Et personne n'est monté au Ciel, si ce n'est celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme qui est dans le ciel... ».

Pauvres hommes, tout à coup investis par l'Esprit, enfermés dans une mystérieuse gestation qui les travaille, les répare, les restaure de fond en comble, leur infuse un sang mystique. L'éternité s'écoule en ces âmes et s'y déploie en de vastes régions qu'elles-mêmes ne se connaissaient pas et avec une énergie miraculeuse. Le Royaume de Dieu est encore semblable au levain qu'une diligente ménagère enfouit en trois mesures de farine jusqu'à ce que tout ait fermenté : la grâce divine est un ferment qui accapare toute la pâte et la soulève, pénètre les facultés, les féconde, les exhausse à une vie surnaturelle qui est la vie même de Dieu. Car en ces trois mesures, les Pères reconnaissaient volontiers l'âme humaine, image naturelle de la sainte Trinité.

Image, oui. Mais image naturellement obscure, image encore défigurée par la tare du péché. Miroir vivant, mais plongé dans les ténèbres de l'ignorance. Ah! que se lève le matin éternel et que surgisse dans sa force le soleil de justice! Pour soutenir l'éclat d'une telle splendeur, le misérable miroir créé devra se purifier de toute poussière terrestre : « Il est nécessaire, dit Ruysbroeck, que l'esprit soit toujours semblable à Dieu par le moyen de la grâce et des vertus, ou qu'il en soit dissemblable par le fait du péché mortel. Car si l'homme est fait à la ressemblance de Dieu, cela veut dire qu'il est fait pour sa grâce, puisque la grâce est une lumière déiforme qui nous pénètre de ses rayons et nous rend semblables à Dieu. Sans cette lumière qui nous donne la ressemblance, nous ne pouvons pas nous unir à Dieu surnaturellement. Bien que l'image qui est en nous et l'unité naturelle avec Dieu ne puissent se perdre, si nous perdons la ressemblance divine qui vient par la grâce, nous serons damnés. Ainsi donc, dès que Dieu trouve en nous une disposition à recevoir sa grâce, il est porté par sa gratuite bonté à nous vivifier, à nous rendre semblables à lui... Il imprime en nous son image et ressemblance s'épanchant lui-même avec ses dons. Il nous délivre de nos péchés, nous affranchit et nous rend semblables à lui. Puis sous cette même action divine qui efface nos péchés et nous donne ressemblance et liberté dans la charité, l'esprit s'immerge lui-même en amour de fruition. Alors se fait sans intermédiaire et surnaturellement, une rencontre et union, où réside notre plus haute béatitude ».

L'esprit constitue dans l'univers un ordre original. Il a la faculté, tout en demeurant le même en substance, de devenir autre chose, de s'assimiler à un objet extérieur à lui, d'exister, au-delà de son existence physique, d'une existence autre qui lui fait éprouver comme sienne, s'approprier, une nature différente de lui, sans en violer la diversité. L'esprit devient l'autre en tant qu'autre. Tout est à lui. Il est capable de tout refléter en sa transparence, avec une si totale intensité que sa perfection spécifique d'esprit est d'être identifié absolument à l'objet connu, comme dévoré par lui. Cette assimilation est donc une véritable présence de l'objet au centre de l'intelligence connaissante. Nous disons volontiers d'une chose que nous avons comprise - comprehendere, prise avec nous, chez nous --- je l'ai tout à fait présente à l'esprit. Non plus une juxtaposition de deux natures essentiellement diverses, mais une compénétration mutuelle dans l'ordre propre de l'activité de l'esprit, une intime fusion, l'écoulement de celui qui est connu et aimé en l'esprit de celui qui connaît et qui aime. Le propre de l'esprit étant de pouvoir s'abandonner pour se livrer à autre chose que soi, de pouvoir projeter sa vie dans un autre être en qui il s'épanouit lui-même et dont il adopte le dynamisme et la nature, il réalise ainsi avec son objet une unité spéciale, unité proprement spirituelle, plus grande que l'union de l'âme et du corps, l'identité absolue dans l'ordre intentionnel.

Mais ici le privilège consiste en ce que Dieu, objet de connaissance, est en même temps cause première, racine ontologique du sujet connaissant. Comme tel il existe déjà en l'âme par sa présence d'immensité, créatrice et conservatrice de tout. Mais cette immensité nous rattache à Dieu, bien qu'au plus intime de nous-mêmes, d'une manière seulement extérieure à lui : elle nous fait graviter dans son universelle attraction. Tout ce qui est à nous est d'abord à Dieu : l'immensité de Dieu par rapport à nous n'est rien autre que cette servitude qui nous oblige naturellement à lui et que ce titre de propriété divine sur tout ce que nous sommes. Mais, si grand philosophe que l'on soit, cette présence d'immensité ne nous apprend rien des secrets de la vie divine.

Et Jésus disait : « Je ne vous appelle plus des serviteurs parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître; mais je vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j'ai entendu de mon Père ».

Cependant la grâce, si on ne la considère que comme un effet brut et créé, ne nous apporte aucune présence de Dieu autre que l'immensité, consécutive à la causalité. Mais, considérée dans sa tendance essentielle, dans son effort irrésistible, dans sa divine impétuosité, la grâce force les portes d'airain et brise les verrous de fer qui gardaient les secrets de Dieu. Parce qu'elle est pour Dieu, elle débouche joyeusement en Dieu, elle nous installe au sein même de la Trinité : et c'est là son effet propre, cette pénétration jusqu'au centre de Dieu, cette amitié qui introduit l'âme à l'intime de Dieu comme chez elle, cette aptitude à sonder Dieu même qui nous donnent comme nôtres les trois Personnes divines, au point que nous en jouissons parce qu'elles sont à nous et que nous disposons de leur vie. Leur vie est notre vie. Notre fréquentation est avec elles toute entière constituée dans les cieux. Notre âme d'homme est une fontaine d'amour qui jaillit dans le coeur de Dieu. « Or le dernier jour, le plus solennel de la fête, Jésus se tenait debout et il s'écria : « Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi! Qu'il boive! Celui qui croit en moi, des fleuves d'eau vive s'écouleront de son sein ». Et saint Jean ajoute : « Il a dit cela de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui ».

Tout à l'heure Dieu nous touchait de partout dans un contact dominateur qui, en épuisant notre être, préservait Dieu de nous et l'isolait en sa gloire. Dès que la grâce est infusée, voici que Dieu s'ouvre à nous et qu'il nous fait confidence de lui-même. L'esprit illuminé devine avec émerveillement au fond des eaux profondes de sa vie celui de qui il tient tout, ce toujours présent qu'il ignorait, ce Dieu jusque-là immense et distant qui, non content de lui accorder consistance et action, s'offre encore à lui comme objet de jouissance, comme pain de vie surnaturelle, pour l'assimiler à lui et le faire devenir Dieu même, participant de la nature divine. C'est bien une connaissance et par conséquent avec Dieu un contact et une pénétration d'ordre intentionnel, mais ici l'objet divin n'est plus connu comme séparé, mais comme présent, nouvellement présent en ami au centre de l'âme qu'il vivifie. Car pour qu'on puisse jouir d'un objet, il le faut déjà posséder. Cette connaissance de Dieu comme non distant et comme possédé et la jouissance que nous en propose la grâce, sont donc un nouveau mode de présence divine greffé sur la présence d'immensité. Dieu essentiellement présent mais caché se révèle soudain à nos yeux. Nous pouvons désormais le contempler, ou plutôt le savourer obscurément, discerner au toucher pour ainsi dire les linéaments de sa vivante réalité; et lui-même nous donne la fruition de sa face qui crée. Dieu, disions-nous, est trop grand, trop loin, trop élevé au-dessus des cieux; mais non! Dieu est là! Sa grandeur est une présence qui nous imprègne. Son éloignement est une sublimité qui nous gouverne. Sa prodigieuse élévation est une profondeur d'amour. Et ce Dieu, au centre de l'âme, s'offre à l'expérience amoureuse du croyant. En vérité ce lieu de notre âme est terrible! C'est bien ici la maison de Dieu et la porte du ciel. Certainement le Seigneur habite ce lieu, il y verse sa gloire et nous ne le savions pas.

Quel sens inouï prennent donc les promesses d'Isaïe : « Je te donnerai les trésors cachés et la clef des secrets scellés, pour que tu saches que je suis le Seigneur et que je t'appelle par ton nom ». Et ce mot d'une précision resplendissante : Assimilavi te! Je t'ai assimilé, je te porte en moi, tu vis de ma vie, je suis l'âme de ton âme, je t'ai renouvelé en moi, tu es en moi et de moi, comme un enfant porté par sa mère. « Celui qui était assis sur le trône dit : voici, je fais toutes choses nouvelles. Et il ajoute : crois, car ces paroles sont sûres et véritables. Puis il me dit : c'est fait, je suis l'alpha et l'omega, le commencement et la fin. A celui qui a soif, je donnerai gratuitement de la source de l'eau de la vie. Celui qui vaincra possédera, ces choses : je serai son Dieu et il sera mon fils ».

« Celui qui vaincra possédera ces choses ». C'est sous cet éclairage qu'il faut juger les exigences de la prière et la patience des saints. Quelles qu'elles soient, les tribulations de ce monde sont hors de proportion avec la gloire à venir qui sera révélée en nous et qui vaut bien de soutenir ici-bas un combat spirituel plus brutal que toutes les batailles d'hommes. Ce Royaume de Dieu au-dedans de nous est pour les violents. On peut toujours s'approcher plus près de Dieu « à pas d'amour », pénétrer toujours plus avant le secret de sa face ardente, nous cacher toujours plus profond en sa lumière, comme les cigales dans le soleil.

« Dominus vobiscum! » Dieu renaît en nous de sa vie propre. La parole du prêtre comme celle de l'Ange à la sainte Vierge, est une annonciation en même temps qu'une invite, une assurance de présence mystique mais réelle, comme à Nazareth ce fut la promesse d'une incarnation inouïe et miraculeuse. Le corps mystique du Christ se conçoit aussi par le Fiat de l'amour, et la vertu du Saint-Esprit le couvre de son ombre. « Vous êtes, vous, le temple du Dieu vivant, selon ce que Dieu lui-même a dit : j'habiterai en eux et je marcherai au milieu d'eux et je serai leur Dieu et ils seront mon peuple... Puisque nous avons de telles promesses, poursuivait l'Apôtre, purifions-nous de toute souillure de la chair et de l'esprit, et consommons notre sanctification dans la crainte de Dieu ».

Dieu accomplit ses promesses en rendant à l'âme juste d'incessantes visitations. Il y renouvelle l'avènement de sa sublime génération et le riche écoulement de son amour infini. La génération divine, qui se termine à la Personne du Verbe, se termine dans le temps à la mission de ce même Verbe dans une âme en grâce. La procession, qui constitue l'Esprit-Saint dans sa personnalité éternelle, a un terme temporel dans la sanctification des âmes. En sorte qu'une âme en état de grâce connaît Dieu par son Verbe et l'aime par son Esprit. A chaque instant nouveau, Dieu naît en elle et de cette naissance s'écoule le Saint-Esprit avec tous ses dons. L'âme est plongée, submergée dans le fleuve de la vie divine. Elle s'y évade elle-même en une sagesse et un amour qui n'ont plus rien de terrestre : elle habite Dieu, elle en jouit, elle le savoure, elle s'en nourrit avec délices. En cette intimité familiale avec Dieu et parmi ces mystérieux échanges de la vie divine entre les Trois Personnes, l'âme éprouve une étroite union au Verbe incarné, elle se sent obscurément, mais avec réalité, la fille bien-aimée du Père, le temple du Saint-Esprit. Merveilleuse filiation, mystiques épousailles, dédicace totale de l'âme à l'Esprit-Saint, qui exhaussent le chrétien à la vertigineuse altitude de la Trinité.

De telles délices sont essentiellement imperceptibles à une sensibilité naturelle. Elles sont elles-mêmes dans la vie de la foi. Elles peuvent coexister dans le même coeur avec la désolation et l'angoisse. Et qu'ai-je besoin d'un Dieu à ma taille, avec lequel je serais naturellement de plain-pied, un Dieu à mon niveau, aussi infirme que moi? Dieu est pure lumière et c'est précisément pour cela qu'il aveugle nos yeux. « Nous prêchons une sagesse de Dieu, mystérieuse et cachée, que Dieu avant les siècles avait destinée pour notre glorification. Cette sagesse, nul des princes de ce siècle ne l'a connue... Ce sont des choses que l'oeil n'a point vues, que l'oreille n'a point entendues, et qui ne sont pas montées au coeur de l'homme, des choses que Dieu a préparées pour ceux qui l'aiment. C'est à nous que Dieu les a révélées par son Esprit, car l'Esprit pénètre tout, même les profondeurs de Dieu. Car qui d'entre les hommes connaît ce qui se passe dans l'homme si ce n'est l'esprit de l'homme qui est en lui? De même, personne ne connaît ce qui est en Dieu, si ce n'est l'Esprit de Dieu. Pour nous, nous avons reçu, non l'esprit du monde, mais l'Esprit qui vient de Dieu, afin que nous connaissions les choses que Dieu nous a données par sa grâce ». Une telle connaissance, incomplète et obscure, n'est qu'une maigre et provisoire suppléance à la nourriture purement spirituelle qui rassasie les Anges et dont nous avons faim. Cette âme famélique supporte un grand labeur d'amour qui augmente sa faim, tout en lui donnant un appât plus concret du grand banquet de la patrie. Consolation, paix, joie, richesses, beauté, tout ce qui fait naître l'allégresse, apparaissent en Dieu sans mesure, devant les yeux illuminés du coeur croyant. 

Ce goût de Dieu fait désirer la mort, pour voir. « Celui qui ne désire pas mourir n'est pas chrétien », dit Bossuet.

Il faudrait pouvoir mesurer Dieu pour évaluer la perfection d'une âme qui a su disposer en son coeur de telles ascensions. Il convient d'interroger ici le témoignage de ceux qui ont ces expériences. « L'âme, dit Ruysbroeck, est perdue a soi-même en une absence de modes et en une ténèbre où tous les esprits contemplatifs sont engloutis fruitivement, incapables de jamais se retrouver eux-mêmes selon le mode de créatures. C'est dans l'abîme de cette ténèbre où l'esprit aimant est mort à lui-même que commencent la révélation de Dieu et la vie, éternellement... Toute la richesse qui est en Dieu par nature, nous la possédons en lui par amour, et Dieu la possède en nous par le moyen de l'Amour immense qui est l'Esprit-Saint, car en cet amour on goûte tout ce que l'on peut souhaiter ». De même que Dieu n'est ni sagesse, ni vérité, ni bonté, ni ceci, ni cela, mais qu'il identifie absolument toutes perfections en sa simplicité éminente et infiniment souveraine, ainsi le saint n'est ni magnanime, ni humble, ni doux, ni fort, ni juste, ni miséricordieux : il est tout cela mais dans une manière à lui, une manière divine, infiniment libre, imprévue et paradoxale. Toutes les vertus chrétiennes se jouent en son âme et se fondent exquisement en charité... Ce que l'on devine, c'est qu'une telle âme, ainsi absorbée du monde, extasiée au sein même de la Trinité, est possédée par Dieu, au point qu'elle est oublieuse de tout le reste et d'elle-même, plus retranchée de tout l'univers qu'un mort, un cadavre habité par une immense lumière. L'impétuosité de la grâce ressemblerait en elle à une capricieuse impulsivité si elle n'était une obéissance effrénée à l'Esprit, et qui ne peut être jugée par personne. Ezéchiel en eut l'effarante vision : « Chacun de ces êtres allait, face en avant, où les poussait l'Esprit. Et ils ne se retournaient pas en marchant. Leur aspect était comme le feu des charbons ardents. C'était comme l'aspect des lampes. Et il y avait une vision qui circulait au milieu d'eux, une splendeur de feu, et de ce feu sortait la foudre. Et ces êtres allaient et venaient comme la foudre éclatante ».

Il n'est pas inutile de remarquer que cette doctrine est au rebours de tout panthéisme. Dieu n'est pas fabriqué par l'âme qu'il habite. Il n'est pas le résultat d'une religiosité naturelle. Si intelligent, si raffiné, si compréhensif que l'on soit, si favorisé que l'on puisse être des dons de l'esprit et du coeur, si généreuse noblesse que l'on ait, jamais de tels privilèges n'introduiront de droit en la présence et en l'amitié de Dieu, si Dieu ne fait pas la première avance à cette âme, ne lui ouvre pas d'abord le chemin vers lui, en accordant son pardon et sa grâce. En toutes circonstances, c'est lui, Dieu, qui aime le premier et qui donne accès à ses familiarités. A tous les moments, la présence de Dieu dans l'âme garde le caractère d'une rencontre libre de la part de Dieu. Sans injustice à notre égard, Dieu eût pu se clore en sa joie et c'est plutôt de l'effroi qu'on ressentirait de le voir condescendre avec tant d'amour à notre misère. Il n'y a jamais absorption de deux essences en une. Au ciel, l'intelligence béatifiée s'épanouira immédiatement dans le Verbe et l'Esprit-Saint sera le fruit de notre béatitude. La substance de Dieu n'en demeurera pas moins infiniment distincte et séparée de toute créature, entitativement intouchée. Elle sera révélée aux bienheureux sans qu'elle en subisse la plus fugitive vicissitude. Cela est facile à comprendre. Même dans l'ordre sensible, de voir un arbre, cela ne change rien à l'arbre, mais il est très réel qu'on le voit. Les Bienheureux verront Dieu tel qu'il est et cette vision les transformera sans anéantir leur nature : elle la complétera au contraire merveilleusement. Mais ce que Dieu était au commencement, il le demeurera dans les siècles des siècles. Il sera la joie de ses élus, sans que sa béatitude infinie en soit amoindrie ou augmentée. Océan de paix, de lumière et de bonheur, ô radieuse et toujours tranquille Trinité!

Nous connaîtrons Dieu à plein, comme il se connaît. Nous serons semblables à lui. Comme dans la simplicité de son acte, il est identiquement sujet connaissant et objet connu, dans une absolue transparence à lui-même, ainsi il sera à la fois objet de notre vision et lumière qui nous fera voir. Il sera encore, aux racines de notre être, cause totale de notre nature intellectuelle et de son opération. L'image aura fleuri en réalité. Dieu sera tout en tous. Ce doux pays sera rempli de la connaissance du Seigneur comme le fond des mers par les eaux qui le couvrent. L'Église consommera son unité : «deux natures en un seul esprit », et, comme la reine Esther, ayant passé par ordre tous les seuils, elle contemplera le Roi en sa beauté....

                                                                  

                                                                 R.-M. BRUCKBERGER

                                                          (extrait de "Rejoindre Dieu", 1939)

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livre récent : "la presqu'île interdite"... (Mont Athos)

Publié le par Christocentrix

presqu'ile iterditevous pouvez lire une recension de ce livre par J.Cl Larchet sur : Orthodoxie.com.

Alain Durel, « La presqu’île interdite. Initiation au Mont-Athos », Albin Michel, 2010, 241 p.

Il n’était pas nécessaire d’utiliser pour le titre un cliché éculé (l’inaccessibilité du Mont-Athos aux femmes) ni de faire appel à un sous-titre ambigu (afin de laisser entendre qu’il s’agirait d’une introduction générale au Mont-Athos, alors qu’il s’agit d’une initiation personnelle) pour rendre cet ouvrage attractif : le récit vivant, souvent beau et toujours sympathique de trois séjours que l’auteur fit à la Sainte Montagne dans les années 90 (dont une année entière comme novice) suffit à retenir l’attention du lecteur.....suite de l'article :

http://www.orthodoxie.com/2010/05/recension-alain-durel-la-presqu%C3%AEle-interdite-initiation-au-montathos-.html#more

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Plus haut que l'aigle....

Publié le par Christocentrix

 

plus haut que l'aigleNée à Constantine, Noëlle Negroni-Colonna de Leca est retournée dans son pays natal en janvier 2007 à l’occasion du démantèlement du cimetière de Sidi Mérouane, où reposaient encore des Corses partis de Cargèse. L’expérience de ce retour aux sources, d’une grande intensité, a donné naissance à ce roman, plein de souvenirs, mais exempt de nostalgie. Dans la Corse des années 1870, la vie du village est rythmée par la rudesse des travaux des champs. La communauté grecque de l’endroit se voit "offrir" des concessions dans une Algérie conquise depuis peu. De nombreuses familles choisissent de tenter l’aventure coloniale. A travers le destin croisé de deux enfants, l’un parti pour un pays d’accueil plein de promesses, l’autre resté sur son île en rêvant d’un "ailleurs", s’écrit l’histoire vraie, à peine romancée, des ancêtres des Cargésiens d’aujourd’hui qui vivent comme autrefois, regroupés autour de leurs deux églises.

 

-où se procurer le livre : http://www.edilivre.com/doc/5447

 

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Sur une route en corniche, dans le vent froid, le col relevé, les mains dans les poches j’avance. Il me semble que je rêve, mais un petit caillou que je serre dans ma main me dit que je ne rêve pas, du moins que je ne rêve plus. Cette route en corniche, le gouffre à mes pieds, les chutes d’un fleuve tumultueux, l’horizon immense ont fait partie de mes songes depuis quarante cinq ans. J’avance mettant mes pas dans ceux de mon passé. Mon coeur se soulage d’un poids immense qui l’oppressait et si j’étais seule je crois que je crierais de joie. Je suis revenue où la vie de mes parents m’a fait naître, je suis dans la ville de mon enfance qui est si belle et qui m’a tellement manqué. Le caillou dans ma poche, il vient d’un cimetière où je pensais ne jamais revenir, ce petit bout de pierre c’est toute une partie de mon histoire, c’est l’histoire de mes ancêtres maternels qui sont venus de Corse pour fonder un village, ici, en Algérie. La route en corniche c’est celle qui de Constantine descend vers ce village. Aujourd’hui je sais enfin d’où je viens et pourquoi je suis née ailleurs que chez moi. Mais en fait, où est-ce chez moi ?...

 

-l'article entier ici : http://www.litterature.tv/Livres-Plus-haut-que-l-aigle-744.html

 

 

 

 

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Paroles de Chartreux

Publié le par Christocentrix

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En 1951, paraissait sous le titre Amour et Silence (éditions du Seuil) un recueil de quelques Sermons capitulaires et une Introduction à la vie intérieure, écrit sous l'anonyme : "un Chartreux". Ce titre existe toujours en format de poche, ("livre de Vie", édit. Seuil). (Une édition de poche "Collection du Laurier" de 1994, sans les "Sermons capitulaires" et ne reprenant que "Introduction à la vie intérieure" est par ailleurs parue sous ce titre...).

 

Dans l'édition (Seuil) la plus récente d'"Amour et Silence" (comme dans celle de 1951), il est mentionné ceci : "le petit livre que voici est écrit par un Chartreux dont le nom ne nous est pas révélé. Il comprend une "Introduction à la vie intérieure" ainsi que dix sermons prononcés entre 1940 et 1943, par l'auteur à l'intention des moines de son abbaye....

 

Dans la présentation d'un autre titre: -coles-du-silence.jpgEcoles de Silence,  par "un Chartreux", (édité en 2001 par les éditions Parole et Silence) il est indiqué ceci : "l'auteur d'Amour et Silence, mort en 1987, donna les sermons qui sont ici présentés (dans Ecoles de Silence) à l'époque où il était vicaire de la Chartreuse de la Valsainte (Suisse), il y a soixante ans....". Il s'agirait donc du même auteur.

 

Après renseignement donné par un lecteur de ce blog, le véritable inspirateur d'"Amour et Silence " est Dom Gérard Ramakaers, maître des novices à la Valsainte. 

Jean-Baptiste Porion a mis par écrit ces conférences (1922-1925) après y être entré en 1921.

 

 

On peut aussi lire les écrits de Dom Augustin Guillerand, d'abord parus de manière anonyme ("un Chartreux") comme il est de règle dans son Ordre) puis sous le nom de Dom Augustin Guillerand. Parus d'abord sous forme d'opuscules anonymes en 1958 et 1959, ils furent ensuite réunis en volumes et furent édités par les Bénédictines de Priscilla à Rome dans les années 60 .

-Une édition (en français) de Au seuil de l'Abime de Dieu, élévations sur l'Evangile de Saint-Jean portant l'imprimatur et l'imprimi potest de 1961 parait sous  le nom d'Augustin Guillerand (éditions Bénédictines de Priscilla, Rome).

-Puis deux volumes réunis sous le titre de "Ecrits Spirituels" parurent en français, en 1966 et 1967, regroupant un traité sur l'oraison - la Prière,  Face à Dieu, et reprenant aussi Au seuil de l'Abîme de Dieu, Elévations sur l'Evangile de Jean, dans le volume 1. Le volume 2 regroupant des Sermons, des Méditations, et Liturgie d'Ame (édit. Benedettine di Priscilla, Roma, 1966/67). Cette édition (Bénédictines de Priscilla) est épuisée et quasiment introuvable.

-Une édition "format de poche" de "Au seuil de l'Abîme de Dieu " (partie du volume paru en  1966), est aussi tirée en 1985 sous le titre "Maître, où demeurez-vous"  - éditions des Ateliers Henry Labat, et diffusée à la Corrérie de la Grande Chartreuse.

-Plus récemment, les éditions "Parole & Silence" ont entrepris la réédition des écrits de Dom Augustin Guillerand : Face à Dieu (1999), Voix Cartusienne - Sermons et Méditations (2001), Vivantes Clartés (2002). Au Seuil de l'abîme de Dieu (2009).

 

Par ailleurs, l'éditeur "Parole et Silence" réédite par ailleurs plusieurs anciens écrits de chartreux, comme ceux de Denys le Chartreux, (Vers la Ressemblance, Chroniques de l'Extase )... Guigues le Chartreux, (L'Echelle du Paradis)... Ludolphe le Chartreux (Au commencement était le Verbe). etc...

Voir enfin sur ce blog l'article sur Dom Augustin Guillerand : http://christocentrix.over-blog.fr/article-24925254.html   

et un extrait sur le Prologue de Jean : http://christocentrix.over-blog.fr/article-24989966.html

 

 

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