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musique d'Eleni Karaindrou

Publié le par Christocentrix

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Grèce éternelle ... Αιώνια ελλάδα, η καρδιά μου χτυπούν για εσένα

Publié le par Christocentrix

Η χοντρομπαλού  (La grosse)-  Στίχοι Paroles : Νίκος Γκάτσος Nikos Gatsos (photo ci-dessous)
Μουσική : Σταύρος Ξαρχάκος Musique : Stavros Xarhakos -  interprété par  : ΔΗΜΗΤΡΑ ΓΑΛΑΝΗ Dimitra Galani

Μια Κυριακή στην Κοκκινιά
Un dimanche à Kokkinia
στην παιδική μου γειτονιά
Au quartier de mon enfanceGatsos-Nikos.jpg
είδα μια γριά χοντρομπαλού
Je vis une énorme vieille
που ο νους της έτρεχε αλλού
Qui avait perdu l'esprit
Την κοίταξα με κοίταξε
Je la regardai, elle me regarda
σαν κουκουβάγια σε μπαξέ
Comme une chouette dans un jardin
και μου ‘'πε με φωνή θολή
Et elle me dit d'une voix rauque
που μάνα θύμιζε τρελή:
Rappelant celle d'une mère folle
Σε χώμα φύτρωσα ζεστό
J'ai grandi dans la terre chaude
αιώνες πριν απ' τον Χριστό.
Des siècles avant le Christ
Ζούσα καλά κι ευχάριστα
Je vivais tranquille et heureuse
κι έπαιρνα μόνο άριστα.
Et j'avais tout juste.
Μα σαν προχώρησε ο καιρός
Mais à mesure que le temps avançait
έγινε ο κόσμος μοχθηρός
Le monde est devenu mauvais                                                                  
και με βατέψανε, που λες,
Et elles m'ont alors prise,
αράδα βάρβαρες φυλές
A tour de rôle les tribus barbares
Σελτζούκοι Σλάβοι Ενετοί
Seltdjouks, Mercenaires, Vénitiens
λες κι ήταν όλοι τους βαλτοί
On dirait que tous étaient volontaires
Τότε κατάλαβα γιατί
Je ne comprenais pas alors pourquoidrapeau grec
καμένο ήμουνα χαρτί
J'étais une carte brûlée
δίχως χαρά δίχως γιορτή
Sans joie sans fête
Σιγά σιγά και ταπεινά
Peu à peu et humblement
μ' αγώνες και με βάσανα
A force de combats et d'épreuves
καινούργια έβγαλα φτερά
J'ai retiré de nouvelles ailes
μα ήρθαν τα χειρότερα
Mais les pires choses sont arrivées
Είδα το ίδια μου παιδιά
J'ai vu mes propres enfants
να δίνουν σ' άλλους τα κλειδιά
Donner les clés aux autres
και με χιλιάδες ψέματα
Et avec des milliers de mensonges
με προδοσίες κι αίματα
De trahisons et de sang versé
να μου σπαράζουν την καρδιά
Me déchirer le coeur
Γι' αυτό μια νύχτα σκοτεινή
C'est pourquoi par une sombre nuit
θ' ανέβω στην Καισαριανή
à Kaisariani je monterai
με κουρασμένα βήματα
De mes pas fatigués,
να κλάψω για τα θύματα
Pleurer pour les victimes
στ' αραχνιασμένα μνήματα
Près de leurs tombeaux pleins de toiles d'araignées
Κι εκεί ψηλά στον Υμηττό
Et la haut sur le Mont Hymette
αντίκρυ στον Λυκαβηττό
Face au Lycabette
μικρό κεράκι θα κρατώ
Je garderai une petite bougie
να φέγγει χρόνους εκατό»
Pour qu'elle brille pendant 100 ans.

 

 

 

et puis cette chanson : Ne lachez-pas, tenez bon! les enfants...

 

 

 

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sur le chemin d'Akrogiali...

Publié le par Christocentrix

Quelques vidéos sur les environs de la baie de Lycos : la montagne de Sfakia, Anopoli, les Gorges d'Aradena, les routes vertigineuses qui descendent d'Aradena ou d'Imbros à Hora Sfakion...sur le chemin d'Akrogiali et sa taverne.

 

 

 

 

 

 

   

 

 

 

  

 

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ΜΙΧΑΛΗΣ ΤΖΟΥΓΑΝΑΚΗΣ (Michalis Tzouganakis)

Publié le par Christocentrix

 
une autre version de "Pali-pali"  (again-again) - μη άλλη έκδοση "Pali-pali"
και γεια σε όλους φίλους Κρήτη !

 

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le Bataillon Sacré

Publié le par Christocentrix

Le "Bataillon Sacré" grec, qui s'illustra durant la 2ème Guerre mondiale, d'abord en Afrique, puis dans la reconquète les îles de l'Égée, présente un cas unique dans les annales de l'Histoire. Unité de commandos entraînés à toutes les disciplines (guerre des sables, parachutisme, raids amphi­bies, alpinisme, sabotage et close-combat) sa tradition remonte à l'Hellade d'Épaminondas. Dans l'histoire grecque, plusieurs unités se transmettront ce titre de "Bataillon Sacré".

 

- Celui créé au IVè siècle avant notre ère par les thébains Epaminondas, Pélopidas et Gorgidas comme unité spéciale d'hoplites. Cette unité s'est illustrée à Leuctres (371) et à Mantinée (362), l'emportant notamment sur les farouches Spartiates. Les "Immortels" du Bataillon sacré ne plieront que devant Alexandre et seront décimés à la bataille de Chéronée, en 338.

 

- Celui dit d' Iaşi, créé le 22 février 1821 par Alexandre Ypsilántis (1792-1828), un officier grec au service du Tsar de Russie qui combattit pendant les campagnes napoléoniennes de 1812 à 1814 où il perdit un bras. Il leva une troupe composée de 500 étudiants grecs de l’étranger. Le 7 juin, ils furent défaits par les troupes turques près de Drăgăşani actuelle ville de Roumanie.

( voir :  http://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Ypsil%C3%A1ntis).

 

- Le Bataillon Sacré des Grecs de l’Épire du Nord formé le 14 février 1914 par Spyridon Melios ou Spyromelios, pour gagner leur indépendance. Ils défirent les Albanais à la bataille de Premet le 23 février.

 

- Après l'occupation allemande de la Grèce en 1941, le gouvernement grec s’exila en Égypte, où résidait une communauté de plus de 200.000 grecs. Devant le nombre important d’officiers présents, il fut créé le 15 septembre 1942 un bataillon de 200 hommes, composés uniquement d'officiers, sous les ordres du Major Antonios Stephanakes, et le commandement opérationnel du colonel Christodoulos Gigantes. Ce bataillon prit le nom de Bataillon Sacré. Rattaché aux Forces Grecques Libres, il fut entraîné par le SAS de David Stirling et participa un temps, à la guerre en Lybie, puis l'Archipel de la mer Egée devint son théatre d'opérations. Ce régiment fut à l’origine des Forces spéciales grecques actuelles.

 

 

Thèbes, IVe siècle avant Jésus-Christ le premier commando de l'Histoire.

Au IVème siècle avant notre ère, Épaminondas de Thèbes, en vue de secouer le joug lacédémonien, confie à Pélopidas le recrutement de trois cents guerriers « entretenus et instruits aux frais de la cité, et unis les uns aux autres par la plus étroite amitié », indiquent en général les sources (...unis par de puissants liens d'amour et de loyauté (selon d'autres traductions). Plutarque commente aussi « certaines de ses sources » quant à l'origine du binôme... (mais celà n'entre pas dans le cadre de cet article).

Toujours selon Plutarque, « Le Bataillon Sacré avait été, dit-on, créé par le commandant thébain Gorgidas. Il l'avait composé de trois cents hommes d'élite dont la cité prenait en charge l'entrainement et l'entretien, et qui campaient dans la Cadmée : c'est pourquoi on l'appelait le bataillon de la cité ». (Plutarque (vers 46/vers 125), Vie de Pélopidas, XVIII, extrait de la traduction d'A.-M. Ozanam pour les éditions Gallimard, 1991.). Il note aussi que: « Gorgidas disposa d'abord le Bataillon sacré tout au long de la ligne de bataille thébaine, utilisant ces soldats d'élite pour renforcer la résolution des autres. Mais après que le Bataillon se fut distingué à Tégyres, Pélopidas l'utilisa comme une sorte de garde personnelle. Pendant trois décennies, ce corps d'élite continua de jouer un rôle important ».

Ces hoplites, ne tardent pas à devenir l'école d'héroïsme de la jeunesse thébaine. Leur exceptionnelle valeur incite Pélopidas à créer une phalange bien distincte de l'armée régulière, et chargée des opérations les plus dangereuses.  Ainsi naît, vers 380 avant Jésus-Christ le premier commando de l'Histoire.

En 371, les troupes de Thèbes affrontent l'armée de Sparte, supérieure en nombre, dans la plaine de Leuctres. Inaugurant la tactique de la « phalange oblique », qui sert encore d'exemple aux stratèges modernes, Épaminondas enfonce un coin de guerriers marchant sur cinquante rangs de front dans les lignes de Cléom­brotos. En même temps, la cavalerie thébaine s'élance sur les esca­drons lacédémoniens. Au moment critique, Pélopidas fait donner ses trois cents Immortels. C'est alors qu'en plein feu de l'action, les béotarques du Bataillon Sacré « ayant goûté l'exil, estiment préférable de périr au combat ». Ils prêtent le fameux serment  : « Vaincre ou mourir », puis s'élan­cent, taillant les Spartiates en pièces. Leur bravoure triomphe du grand nombre. Thèbes est libre, et, sous le gouvernement d'Épa­minondas, aspire à l'hégémonie, menaçant la suprématie panhellé­nique d'Athènes.

La querelle se vide en 362 à Mantinée. D'une part, Thèbes et ses alliés. De l'autre, la coalition d'Athènes et de Sparte. Grandiose bataille ! Épaminondas commande trente mille hoplites et trois mille cavaliers. Ses adversaires déploient vingt mille fantassins et deux mille centaures casqués dans la plaine. Quand ils en viennent aux mains, la contrée entre en éruption, de Mantinée à Tégée. La phalange oblique opère à nouveau son miracle. C'est alors qu'Epaminondas, combattant au plus fort de la mêlée, est frappé d'une blessure mortelle. On le porte à l'écart. Un médecin extrait le fer planté dans sa poitrine. Un flot de sang s'écoule. Il expire, et c'en est fait à tout jamais de l'expansion béotienne. Cependant, ainsi que le grand Thébain en exprime le voeu en rendant le souflle, l'union des Grecs se réalise, cimentée par la menace venue du nord : élargissant son royaume de Pella, Philippe de Macédoine entreprend de conquérir l'Hellade entière. Ses armées ravagent le pays en tous sens, subjuguant les petites cités, brûlant les campagnes. Démosthène s'efforce de négocier. Mais tel l'oiseau de proie, Philippe est insatiable. Et c'est Chéronée, l'an 338. Philippe aligne trente mille fantassins et deux mille cavaliers. Démosthène commande à trente-cinq mille confédérés. La bataille se déroulant en Béotie, Théagène, le général thébain revendique la place d'honneur, l'aile droite. Les Athéniens sont à gauche, sous Stratocle. Au centre : leurs alliés. La lutte s'engage. Les phalanges macédoniennes armées de longues piques, s'avancent en ordre serré. Parmi les cavaliers qui char­gent sur leur flanc caracole un jeune prince à ses premières armes. Il se nomme Alexandre, et afin d'éprouver sa valeur, le roi, son père le lance contre les braves des braves, les trois cents du Bataillon Sacré. Impavides, les Immortels rendent coup pour coup. Mais Phi­lippe se révèle un stratège de classe. Appliquant la tactique d'Horace contre les Curiaces, il tolère que son centre plie. Puis, lâchant ses cavaliers sur les confédérés échelonnés dans la poursuite, il les décime. Fidèle à sa devise, le Bataillon Sacré résiste jusqu'à la mort. Selon les uns, Alexandre et sa cavalerie exterminent les trois cents jusqu'au der­nier. Selon les autres : " 254 des 300 soldats furent alors tués et tous les autres blessés". Selon la tradition, Philippe II de Macédoine, s'arrêtant devant l'endroit où le Bataillon avait péri, et apprenant qu'il s'agissait du bataillon des érastes et des éromènes, s'écria : « Maudits soient ceux qui soupçonnent ces hommes d'avoir pu faire ou subir quoi que ce soit de honteux ».

Les soldats tués furent enterrés plusieurs jours après la bataille dans une sépulture collective (πολυάνδρειον / polyandreion). Ceux de Chéronée élevèrent aux héros thébains un monu­ment sur le champ de bataille, un lion de marbre énigmatique, (découvert en 1818, lorsque des archéologues creusèrent et  trouvèrent 254 squelettes placés en 7 rangées, ce qui vient corroborer l’Histoire écrite). Le lion a été perdu et restauré à plusieurs reprises, mais il existe toujours, réplique du polyandreion de Thespini,  qui de nos jours encore, campé sur le bord de la route, suit du regard les passants. Pour les abattre il avait fallu rien de moins que le futur conquérant du monde. Philippe étant assassiné, Alexandre s'empare du sceptre et achève de dompter la Grèce. Puis, il s'élance à la conquête de l'Asie, balayant l'Empire des Perses jusqu'en Inde. Sous les sabots de Bucéphale, la Cappadoce, l'Égypte, la Mésopotamie, la Parthie et la Bactriane apprennent l'hellénisme dont l'épanouissement atteint les marches du Tibet, en même temps que la mère patrie, drainée de ses forces vives, s'affaiblit.

A l'occident, Rome grandit et l'heure vient où ses légions entre­prennent à leur tour la marche vers l'orient. L'Hellade, conquise, conquiert ses conquérants. César et Auguste : l'apogée. Ensuite, la décadence. A l'ouest, l'Empire romain s'écroule sous les coups des barbares. A Byzance l'Empire d'Orient survit quelques siècles encore, hellénisé. Les Turcs apparaissent alors, venant des confins de l'Asie. Le tourbillon des croisades franques achève d'émietter la puissance byzantine, et en 1453 le dernier empereur chrétien succombe, l'épée à la main, sous les murs de Constantinople asser­vie.

 

1821 : la première résurrection du Bataillon Sacré.

L'occupation de l'Hellade dure près de cinqBS-Lion-et-Dragestani.jpg cents ans. Cepen­dant, le Turc ne peut assimiler le Grec, ni le musulman convertir l'orthodoxe chrétien, et quand la sénilité des empires frappe le conglomérat ottoman, le feu qui n'a cessé de dormir sous la cendre se ranime. En 1821, l'archevêque de Patras, Germanos, exalte le drapeau de l'indépendance, et l'insurrection éclate, enflammant l'enthousiasme des philhellènes européens. La répression est atroce, la devise des Turcs : « fer, feu, escla­vage ». Mais de toutes parts les secours affluent. Un général patriote, Ypsilantis, enrôle autour d'un drapeau les jeunes volontaires de la millénaire colonie grecque d'Odessa, et l'unité fait sienne l'appel­lation venue du fond des âges, ressuscitant ainsi le Bataillon Sacré. La devise est la même : « ayant goûté l'exil... ». Un officier valeureux prend le commandement : Georges Cantacuzène. A Byzance des empereurs ont glorifié ce nom. Au coeur de l'été 1821, le second Bataillon Sacré de l'Histoire campe à Rimtsikon. L'armée de Kara Feyz approche. Elle bloque les passes montagneuses, cerne les volontaires en route pour la Grèce. Le 7 juin, le commandant du Bataillon tente de se dégager. Kara Feyz contre-attaque. Cavalerie et janissaires fondent sur les trois cents en terrain découvert. La mêlée affecte des dimensions épiques. Les volontaires sont jeunes. Pour la plupart c'est le baptême du sang. Ils se forment en carré. Le feu roulant des Turcs les fauche comme des épis. La cavalerie du sultan déferle en vagues successives, défonçant leurs rangs. Écrasé sous le piétinement des chevaux, blessé à mort, le porte-drapeau s'écroule. Une poigne saisit au vol l'emblème qui flotte, un instant encore, sur le charnier. A la nuit, deux cents héros sont tombés. Trente-sept autres, prisonniers des Turcs, subissent les pires tortures. Le second Bataillon Sacré a vécu. Cependant, l'holocauste n'a pas été vain. Dragatsani galvanise l'esprit de résistance des jeunes Grecs. Les Immortels se sont montrés dignes de la tradition, garante impérissable de tout destin national. Leur exemple rejoint le geste des femmes souliotes qui se jettent au bas de la falaise plutôt que subir le harem ou le viol. Il s'ajoute à celui des preux de Missolonghi qui chantent, barri­cadés dans une poudrière, puis se font sauter quand les troupes de la Porte submergent les remparts éventrés. (ce même Missolonghi, où est venu mourir Lord Byron, après un dernier poème enflammé).

Intéressées au démembrement de l'Empire turc, France, Angle­terre et Russie apportent leur aide aux insurgés. Les escadres coa­lisées pénètrent en rade de Navarin et anéantissent la flotte du sultan sans coup férir. Dès lors, l'issue victorieuse de l'insurrec­tion libératrice est acquise. En 1832, la Grèce moderne voit le jour. Le nouveau royaume ne comporte encore que le Péloponnèse des Spartiates, l'Attique de Démosthène, la Béotie d'Épaminondas, l'Etolie et l'archipel des Cyclades. Mais, en 1864, les îles Ioniennes regagnent le giron ancestral. En 1878, c'est la Thessalie. On notera à ce propos, qu'en 1877, dans la Thessalie encore occupée par les turcs, un professeur thébain et deux jeunes officiers prêtèrent le serment de vaincre ou mourir et levèrent un bataillon de volontaires, se réclamant à leur tour de la tradition sacrée. Cette petite troupe harassa l'occupant et contribua à réchauffer la flamme de l'irrédentisme.

En 1913, après les guerres balkaniques, l'Épire du Sud, la Macédoine, la Thrace sont réunies au territoire libéré... l'Hellade reprend tournure. Au cours de la première Guerre Mondiale, le Crétois Vénizélos range la Grèce du côté des pays de l'Entente. Le roi, Constantin Ier, d'avis contraire, abdique. Les Alliés débarquent à Salonique. En 1918, c'est la victoire.Venizelos gouverne le pays et fera en sorte qu'en 1922 la Crète puisse réintégrer le territoire national. Les îles du Dodécanèse (avec Rhodes) restent encore aux mains des Italiens, qui les occupent depuis 1912.

Dans les années entre les deux guerres mondiales, la Grèce connaîtra plusieurs modifications de ses frontières (et de nombreux soubresauts (luttes politiques entre Monarchistes et Républicains, guerre avec la Turquie, catastrophe d'Asie mineure avec 1.200.000 réfugiés, de graves problèmes internes, plusieurs coups d'Etat, Républiques et Restaurations monarchiques, dictature de Métaxas). Bien des crises menaçèrent son unité nationale ou son intégrité territoriale. Cette unité elle saura la retrouver le jour du "Non" (28 octobre 1940)...le "Non" laconique que Métaxas opposera à l'ultimatum du Duce.

 

Du "Jour du Non"... au 15 septembre 1942

Face à l'envahisseur, la Grèce est unanime dans sa volonté de résistance patriotique. L'héroïsme des grecs tint en échec les armées de Mussolini et passèrent même à la contre-offensive en repoussant celles-ci de 60 kms au-delà de la frontière albanaise. Durant 6 mois, 16 divisions grecques tiennent en échec 27 divisions italiennes pourtant mieux équipées. Une terrible vague de froid (-30) fige le front et les deux camps endurent le martyr du gel ; vingt à trente mille amputés dans chaque camp. Mussolini envisage une demande d'armistice... (Mémoires de Ciano). Seule l'intervention allemande du 6 avril 1941 sauva Mussolini de l'humiliation militaire et permit l'occupation de la Grèce après la capitulation de son armée le 23 avril. Le gouvernement grec se transporte d'abord en Crète (qui résistera jusqu'en mai 1941) puis en Egypte, à Alexandrie, où la communauté grecque comptait dejà deux cents mille personnes et où l'aviation et la marine grecque, ont aussi trouvé refuge. Puis les évadés de la Grèce occupée affluent, notamment de nombreux officiers. Une première brigade des Forces Libres Grecques (F.L.G) ne tarde pas à se former, sous les ordre du général Bourdaras. C'est dans ce contexte que germera l'idée de la reconstitution d'un bataillon d'élite. Ce bataillon de 200 hommes sélectionnés fut créé le 15 septembre 1942, composé uniquement d'officiers, sous les ordres du Major Antonios Stephanakis et le commandement opérationnel du colonel Christodoulos Gigantès ( un ancien de la Légion Etrangère). Il sera d'abord nommé "Bataillon des Immortels" mais après discussions, sur proposition du chef d'état-major Maravéas, il prendra le nom de "Bataillon Sacré".

« Fort d'un assentiment pareillement unanime, j'émis alors l'opinion qu'une appellation telle que "Bataillon d'élite des Immor­tels" ne manquerait pas de sel au cas où nous nous ferions rosser du premier coup. "Bataillon d'officiers" me paraissait plus conve­nable et pour tout dire, plus prudent. En définitive ce fut Mara­véas, le chef d'état-major, qui prononça le nom du Bataillon Sacré.  Là, c'était parfait. On pouvait se faire massacrer sans com­plexes, étant donné les antécédents de Dragatsani et de Chéronée. Seulement, et à moins que l'humour grec ait souffert au Moyen-­Orient, j'étais bon pour le sobriquet de Pélopidas. Mieux valait ne pas y penser... » (Gigantès).BS-insigne.jpg

Mais Gigantès y pense, au contraire et celà éveille en lui des réminiscences; lui revient en mémoire en particulier le mot d'un ami français, Jacques Bainville, un jour qu'ils se pro­menaient ensemble à Thèbes. Contemplant le modeste périmètre de l'antique cité, l'académicien lui dit : "Le miracle grec, c'est qu'ils réussirent à faire l'Histoire avec des querelles de villages". 

-Vrai ! Combien étaient-ils ceux du Bataillon de Leuctres, de Mantinée, de Chéronée ? Trois cents, et les volontaires d'Ypsilantis ne dépassaient pas ce nombre infime. Qu'est cela par rapport aux milliers de soldats restés sur le carreau de Verdun, ou plus récem­ment du front russe ? Souvent de tels holocaustes ne figuraient même pas au communiqué. En guise d'épitaphe : "rien à signaler", comme l'ont si bien souligné Erich Maria Remarque, Henri Bar­busse et Roland Dorgelès. Pourtant, nos enfants apprennent encore à révérer la mémoire d'Épaminondas et du carré des sacrifiés à Dragatsani. Est-ce parce que ces hommes combattaient vrai­ment pour la liberté ? Ou alors ils avaient une manière à eux de tomber, pour que ça y ressemble... (Costa de Loverdo).

Et Gigantès de se souvenir : « dans ce bureau de l'état-major, pendant que Maravéas s'entretenait avec les autres, je songeais : Que Dieu tout puissant et notre sainte mère Marie nous préservent de ridiculiser le "procédé". Les slogans de l'ancien temps me prenaient à la gorge : " Pour qui a goûté l'exil, mieux vaut mourir en combat­tant...". Point d'autre alternative. " Vaincre ou mourir "... J'étais coincé ».

 

Costa de Loverdo, auteur d'un ouvrage intitulé "le Bataillon Sacré, 1942-1945", édité en 1968, à partir d'archives, relate en détail, les faits d'armes accomplis par ce Bataillon Sacré durant la reconquète de son indépendance par la Grèce; comment ce Bataillon passa des combats de Lybie et Tunisie, dans lesquels il fut mêlé, à la mission de reconquète des îles du Dodécanèse. Il raconte comment ces commandos, après une préparation spéciale et une conversion amphibie, se transformeront en "pirates de l'Archipel", dans une guerre de harcèlement et de "coups-de main" concernant plusieurs îles de la mer Egée, occupées par les Italiens et les Allemands. Raids qui frappèrent l'ennemi de stupeur. Notamment la neutralisation des canons de Navarone (Milo).  Tous les détails de la reconquète du Dodécanèse et de la prise de Rhodes y sont rapportés, et comment fut obtenue la capitulation des forces allemandes de toute la mer Egée. Empruntant la substance de son ouvrage aux archives inédites du grand état-major héllenique, Costa de Loverdo l'anime du souffle épique qui émane des témoignages des survivants.

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Au milieu des récits purement militaires, j'ai relevé un passage d'une teneur différente que je livre tel quel. La scène se passe lors d'une période d'entrainement du Bataillon dans les montagnes du Liban.

« Les chefs druzes se plaisent à recevoir la fine fleur du Bataillon Sacré. Le cheik du canton voisin, un noble au profil d'aigle, convie Zaharakis et Papageorgopoulos à un méchoui nocturne : scène fantasmagorique,  la vaste tente à demi envahie par l'ombre extérieure, le brasier dont les flammèches sculptaient les traits burinés des Druzes accroupis, l'air cristallin, le ciel constellé, le givre...

« Notre hôte parla :

- Les Grecs sont frères et ne devraient pas s'entre-dévorer. J'exprime cette opinion car je suis l'un des vôtres. Ne croyez pas qu'il s'agisse d'une simple figure de style. Comment cela se fait ? Je vais vous le montrer...

« Il se leva, plein d'une majesté innée, et nous le suivîmes à travers les ruelles escarpées du village, vers une espèce d'abri aux murs de pierre sèche à demi enterrés. Nous y pénétrâmes à la lueur des torches. De gros blocs s'y trouvaient alignés. O surprise ! Ils étaient couverts de bas-reliefs et d'inscriptions rongés par l'intempérie.

- Ce sont les  "pierres grecques".  Elles marquaient l'emplacement d'un abreuvoir construit par les cavaliers d'Alexandre quand ils conquirent nos vallées. L'an dernier nous avons craint que les Allemands n'arrivent jusque dans le Liban et ne les enlèvent. Elles font partie de notre patrimoine. Alors, nous les avons cachées...».(récit du commandant Papageorgopoulos) .

 

Costa de Loverdo raconte les dernières heures du Bataillon, à la fin de la guerre, et sa dissolution au Caire, en Juillet/Août 1945, au cours d'une cérémonie en présence du Prince héritier Paul des Grecs entouré de la colonie grecque d'Egypte et des autorités civiles et militaires. Puis le Bataillon se transporte à Athènes pour une dernière cérémonie au Champ-de-Mars. Le colonel Gigantès présente le drapeau du Bataillon Sacré à l'archevêque Damaskinos primat de Grèce et régent du royaume, qui le bénit. Une stèle commémorative est dévoilée. l'Unité défile au long de l'allée des Héros, bordée des statues des héros de l'Indépendance. A l'issue de la cérémonie le drapeau du Bataillon Sacré est remis solennellement à la garde des élèves officiers pour être déposé au musée des Elvépides. (équivalent grec de Saint-Cyr).

Auréolé de gloire, le dernier Bataillon sacré de l'Histoire, quitte la scène, entrant de plain-pied dans la légende, en héritier prestigieux de ses prédécesseurs. benediction-drapeau-BS.jpg

 

 

J'ai déjà présenté Costa de Loverdo sur ce blog : http://christocentrix.over-blog.fr/article-costa-de-loverdo-54849199.html  et comment dans son ouvrage, "La Crypte du Perse" il indique que la dernière caisse d'or du trésor du Mont-Athos servit à armer le dernier Bataillon Sacré. Cet or du Perse, ce trésor caché après le naufrage de la flotte perse, dans lequel les Grecs ont pû puiser chaque fois qu'ils eurent à lutter pour la liberté de leur patrie.

"La Crypte du Perse" est née en 1954, d'oeuvres et de travaux commencés bien avant Jésus-Christ. Elle est la plus merveilleuse histoire que l'auteur ait ouï conter, une chanson de geste s'étalant sur bientôt trois millénaires et demeurée vivante jusqu'à nos jours. Darius Premier, Alexandre le Grand, Saint Athanase l'Athonite, les héros de l'Indépendance grecque y défilent, leurs destinées liées entre elles par ce fabuleux trésor qui coula au pied du Mont Athos avec la flotte perse de la première guerre médique.

 

Au lointain souvenir du marathonomaque, des marins qui chantaient le jour de Salamine, des fondations immenses d'Alexandroplis, des héros magnifiques du haut Missolonghi, des femmes sacrifiées aux falaises de Souli, des soldats acharnés des campagnes d'Albanie, vint s'ajouter l'écho des déserts de Lybie, et l'épopée sanglante des plages de Rimini. Aidant à tout celà depuis deux mille ans, vivifiant la Grèce comme s'il était son sang, nourissant les combats que livraient ses fils, le Trésor s'épuisa dans la Crypte du Perse.

 

 

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Raymond Radiguet

Publié le par Christocentrix

Carqueiranne, 1920... Carqueiranne, 1970... Carqueiranne aujourd'hui.... (je ne parle pas de la station balnéaire qu'est devenue cette commune de la côte varoise, mais des nombreuses criques, difficilement accessibles, qui s'étalent entre les Oursinières et la plage de Carqueiranne). Ceux qui savent ou qui connaissent les lieux se s'étonneront pas du lien que j'établis...

Mais pourquoi aborder Raymond Radiguet par ce biais ? Il est évident que c'est un rapport personnel...qui me permettra de tout dire, tout en taisant tout....Vais-je donc parler de moi, en prenant en otage Radiguet ? Certes non rassurez-vous, je vais bien vous parler de Radiguet... mais il faut bien que j'explique pourquoi j'aime Radiguet et que j'essaie de dire quelque chose qui soit digne de l'admiration que je lui porte. Et ceci je le continuerai plutôt dans le cadre d'un commentaire....

 

Cette présentation de Radiguet sera sans prétention ; des éléments d'information sur Raymond Radiguet qui conduiront peut-être à le découvrir pour certains ou aller plus loin pour d'autres...

Beaucoup de choses ont été écrites sur Raymond Radiguet, dont certaines de très belles. Je ne vais donc pas rivaliser mais simplement les indiquer. Des documents photographiques aussi... çà aide à comprendre... sans parler des adaptations cinématographiques...

 

Radiguet-romans.jpg

Radiguet-oeuvre-poetique.jpgRappelons d'abord que si Raymond Radiguet est l'auteur de "le Diable au Corps" et de "le Bal du Comte d'Orgel", il est aussi, ne l'oublions pas, un auteur d'une extrême diversité : théatre, poésie, contes, articles, essais, romans. L'ensemble a été écrit entre l'âge de 15 et 20 ans. (soit entre 1918 et 1923). Raymond Radiguet fut un météore pour notre monde. Il est  mort à l'âge de 20 ans, non sans avoir été reconnu comme quelqu'un de très original et de très marquant dans l'histoire des lettres françaises. (Pour les éléments biographiques, on se reportera à d'autres sites ou à la bibliographie).

 

Parmi ce que j'ai pû lire à propos de Radiguet, j'ai retenu quelques titres que je mettrai en valeur de façon visuelle au milieu de la bibliographie. Mais c'est plutôt Henri Massis que j'ai choisi pour introduire le sujet car comme disait Barrès : "les jeunes alouettes gauloises s'élèvent avec ardeur dans les airs et planent au-dessus de ce qu'elles voient de brillant".

Massis, Barrès..., ce n'est pas innocent....

 

D'abord cet extrait d'un texte de Nimier : "les oeuvres complètes de Radiguet désignent assez clairement quels furent les deux principaux interêts de sa vie : l'amour et l'intelligence".

Et celui d'un texte de Jacques de Lacretelle : "L'indépendance, le dédain des préjugés, l'anarchie même, sont pour lui des moyens de parvenir au sérieux et de tout remettre en ordre...ne se refuser à rien et goûter aux contrastes pour mieux faire l'ordre en soi-même, voilà j'imagine, la règle secrète de sa vie".

 

 Dans un petit ouvrage écrit en 1927, intitulé "Réflexions sur l'art du roman", Henri Massis consacre un chapitre entier à Raymond Radiguet : Un jeune romancier d'esprit classique Raymond Radiguet. En voici l'intégralité  :  massis-l-art-du-roman.jpg

"Le roman classique, dont nous avons tant de fois formulé l'exigence et qui semblait obstinément nous échapper, Raymond Radiguet l'a donné aux jeunes écrivains de sa génération, en leur laissant le Bal du comte d'Orgel, ce « livre sans date », mais tout vivant de sa beauté propre, plus convaincante qu'aucune théorie. Ces qualités, cette technique, cette psychologie, cette mesure, et aussi cette pénétration du réel - que toute une école critique dissociatrice et savante avait remises à l'honneur, en restaurant la tradition qui va de Mme de Lafayette à Stendhal, à travers les moralistes français - on sentait bien que rien ne vaudrait comme une oeuvre pour les manifester. On peut en démonter le mécanisme, s'émerveiller de sa structure, de la finesse de ses rouages, en admirer le métier, l'ériger en méthode ou le proposer en exemple - reste que la merveille, c'est encore une montre qui marche. La doctrine était bonne, utile à méditer. Sa fécondité créatrice pouvait être contestée ; elle l'était.

Fallait-il en conclure que les écrivains de la Nouvelle Revue française, qui joignaient au précepte des oeuvres, fussent les seuls représentants du vrai classicisme - ainsi que le prétend Gide? Une sorte de malaise révélait l'équivoque, la dissociation que ce classicisme hypocrite introduit entre l'art et l'humain qu'il a charge de manifester. Pour le critique, un des rares mérites de Radiguet sera de dissiper une telle équivoque, - et cela par l'éclosion soudaine d'une oeuvre parfaite, surgie à l'extrême point de la jeune littérature, dans cette province rimbaldienne où on ne l'attendait guère et dont les artifices semblent n'avoir servi qu'à lui mieux découvrir la déficience comme s'il ne s'était laissé distraire que pour reconnaître plus sûrement sa route.

Que cette oeuvre ait contrarié - par l'émouvante pureté qui en émane, autant que par sa filiation traditionnelle avec les grands maîtres de la psychologie - les doctrinaires de la Nouvelle Revue française, il fallait s'y attendre.

Le tort de Radiguet aux yeux des écrivains de ce groupe, c'est de ne pas partager leur croyance qu' « avec les beaux sentiments on ne saurait faire que de la mauvaise littérature ». Radiguet n'était dupe ni des beaux, ni, à plus forte raison, des mauvais sentiments : il voulait la vérité, il avait la passion de voir clair. De là vient qu'il ne soit pas tombé dans les pièges de l'immoralisme et du « psychologisme » à la mode parmi les garçons de son âge ; et entre toutes les niaiseries qui sont l'invention de notre siècle, il n'en connaissait pas de pire ni de plus inhumaine que ce goût du pervers, de l'anormal, de l' « aberrant », où se complaisent les disciples de Gide et de Proust.

C'est qu'il n'était sensible qu'aux qualités profondes. « Que l'amour est d'une étude délicate », dit-il, traduisant ainsi tout ensemble l'ingénuité de son coeur et le scrupule de son art. L'inconnu, comme tel, ne lui semblait pas plus attirant que l'habituel, car il savait que, lorsqu'on s'applique aux réalités concrètes et plastiques de l'âme, l'inconnu est partout, que la connaissance seule lui donne valeur et nouveauté, et que l'art a précisément pour objet de délivrer ce que toute réalité contient proprement d'ineffable. Le plaisir même - cette délectation qui est la fin de toute oeuvre créée - il le décelait dans les sentiments ordinaires, car c'est « dans l'habitude que nous trouvons nos plus grands plaisirs ». Il cherchait à pénétrer ceux qui font les hommes pareils, bien plutôt que ceux par où ils se singularisent. La singularité, il la discernait là où elle est vraiment, dans les illusions, les erreurs, les mensonges que nous entretenons sur le monde et sur nous-mêmes. Il n'était pas de ceux qui se laissent prendre au masque, et les pires masques sont ceux où nous cherchons à nous celer ce que nous sommes. Il ne haïssait rien tant que les duperies de la sincérité : son regard - étonnamment lucide - avait discerné que « les moments où on ne peut pas mentir sont précisément ceux où on ment le plus et surtout à soi-même ». A de tels traits reconnaissez le moraliste.

Aussi bien sa psychologie n'est-elle pas celle de l'homme seul. Par un instinct merveilleux, si contraire aux entraînements de son âge, il savait que cet homme-là n'existe pas, car la réalité ne le lui avait fait découvrir nulle part - si ce n'est en des coins hideux - et il ne se laissait enseigner que par elle. Mais l'ordre humain, telle que la moralité le révèle, celui-là, par contre, il l'avait discerné, et au coeur même du réel, où il avait poussé d'aventureux dévergondages. S'il avait eu « le diable au corps », le vice était pour lui sans prestige : c'était le vice, et il l'appelait par son nom qui traduit la privation, le manque de certaines qualités positives de l'âme. Le devoir, au contraire, lui semblait « une réalité qui n'est insipide que pour ceux qui n'ont pas de goût ». « Plus que nos manières dont le public est juge, dit-il encore, importe la politesse du coeur et de l'âme dont chacun de nous a le contrôle. Pourquoi ne serait-on pas envers soi de bonne compagnie? »

Voilà qui suffirait à le classer dans une autre famille que celle de l'Immoraliste. C'est assez pour qu'on doute qu'il ait pu jamais avancer vraiment dans la connaissance du coeur humain, pour qu'on lui dénie le don de pénétrer dans aucun « fourré », d'y faire des coupes, des éclaircies, et qu'on nous montre sa jeune perspicacité en « tutelle ». Pour ceux-là, un psychologue qui s'intéresse à autre chose qu'au monstrueux ne saurait avancer qu'entre d'étroites lisières. On reconnaît que ce sont les directions traditionnelles de la psychologie française. Mais c'est précisément le grief qu'on fit à Radiguet ; c'est d'avoir eu le bonheur, en dépit de ses propres désordres - dirai-je enseigné par ses désordres mêmes? - de nous découvrir un coeur bien né et une tête bien faite. Radiguet.jpg

Cette gravité, ce sérieux qu'il portait devant la vie, bien qu'il parût vivre assez déraisonnablement, voilà ce qui m'avait surtout frappé chez Radiguet - et cela dès le Diable au corps. On le rencontrait alors dans ces bars - dont parle Mauriac, -- parmi « ces enfants lamentables qui sont revenus de la guerre et du rivage de la mort avec un air gavé, inassouvi », et pour qui « tout est occasion de se perdre et de s'anéantir ». Radiguet passa au milieu d'eux, vécut peut-être de leur vie : il n'était pas des leurs. Derrière son monocle qu'il n'arrivait pas à fixer, quel étrange regard dur, un peu myope, tourné vers le dedans, et secrètement irrité, il posait sur ses compagnons, tout livrés à cette atmosphère confuse, à « cette musique dont les rythmes divisent l'être, le dispersent, à ces alcools qui tuent la conscience ». Sur son visage - ce visage enfantin où la sévérité mettait une moue si gentille -, on lisait une sorte d'impatience qui était moins faite du dégoût de la frivolité que de ce qui s'y cache d'imposture. Mais pour peu qu'on l'interrogeât davantage, on y voyait passer un imperceptible frémissement où se trahissait une sorte de dépit pour le temps qu'il perdait, pour le temps qu'on lui faisait perdre - car, déjà, il se hâtait comme les gens qui doivent mourir jeunes. On sentait, dans ses gestes, dans son allure distante, un peu crispée, une sorte de rancune et presque de la colère contre « ces amis qui croient nous rendre service en nous détournant de notre route ». Qu'il leur en a voulu ! 

Mais, à la vérité, Radiguet ne s'est laissé détourner par personne ni par rien. De l'oisiveté même où de moins frêles se fussent amoindris, il a su faire une vertu active : « Si la jeunesse est niaise, dit-il, c'est faute d'avoir été paresseuse... Pour un esprit en marche, la paresse n'existe pas ». Son esprit fut dans une chasse incessante, et il semble que de tout, finalement, il ait fait son profit. Dans le désordre, il ne s'est pas égaré, il n'a jamais perdu conscience, car l'ordre habitait en lui les régions les plus hautes, la zone claire de l'intelligence et celle plus secrète où se motivent les raisons d'un coeur qui avait la pureté du cristal. Cette lucidité qu'il puisait à deux sources également limpides, c'était la fine pointe, la pierre de touche où il éprouvait tout ensemble les sentiments, les hommes, ses amis et lui-même. En art, elle l'a gardé non seulement du confus, de l'informe, mais encore de ces bizarreries, de ces affectations dont il avait tant d'exemples sous les yeux et qui sont si propres à ravir un novice (« En une époque d'extrême complication, comme la nôtre, disait-il, écrire comme tout le monde, quand chacun s'efforce d'écrire comme personne, est considéré comme une insolence »). 

Radiguet-portrait.jpgAverti par un obscur pressentiment, Radiguet semblait savoir qu'il n'avait pas le temps de se tromper : il sacrifiait l'inutile pour, en tout, ne garder que l'exquis. La mode, ses piperies et les sottises qu'elle fait faire, le désir d'éblouir, de donner le change, tout cela lui était étranger, ou plutôt éveillait en lui de la méfiance, une sorte d'effroi. Lisez, dans le Bal, ce portrait du jeune diplomate, Paul Robain, où déjà vous pourrez goûter sa manière, cet impeccable ton : « Paul croyait s'être réussi une figure ; en réalité, il s'était contenté de ne pas combattre ses défauts. Cette mauvaise herbe, l'avait peu à peu envahi et il trouvait plus commode de faire penser qu'il agissait par politique, alors que ce n'était que faiblesse. Prudent jusqu'à la lâcheté, il fréquentait divers milieux ; il pensait qu'il faut avoir un pied partout. A ce jeu, on risque de perdre l'équilibre. » Une clairvoyance si aiguë peut passer pour sécheresse, absence de sympathie, d'entraînement vers les êtres. Disons plutôt qu'elle est le fait de ces âmes tendres et chastes, dont la sensibilité se révèle à ce qu'elles n'en abusent point.

Radiguet redoutait la faiblesse - et, entre toutes, celle qui consiste à mésuser de son coeur ou à le gaspiller. Mais là encore, il a su tout aussitôt se garder de l'excès et discerner l'écueil où il allait buter : « Ne pas vouloir être dupe, c'était la maladie de Paul Robain, » dit-il dans cette page que je viens de citer, et il ajoute : « C'est la maladie du siècle. Elle peut parfois pousser jusqu'à duper les autres. Tout organe se développe ou s'atrophie en raison de son activité. A force de se méfier de son coeur, Paul Robain n'en possédait plus beaucoup. Il croyait s'aguerrir, se bronzer, il se détruisait. Se trompant complètement sur le but à atteindre, ce suicide lent était ce qu'il goûtait le plus en lui-même. Il croyait que ce serait mieux vivre. Mais on n'a encore trouvé qu'un seul moyen d'empêcher son coeur de battre, c'est la mort. » Ici le trait s'achève sur une pensée où toute l'âme se livre.

Son coeur, Radiguet l'avait d'abord caché. Plutôt que de se livrer sans prudence, cet enfant avait affecté une sorte de cynisme, préférant se noircir que de s'apitoyer. « On a voulu voir en mon livre des confessions, a-t-il écrit du Diable au corps. Quelle erreur ! Les prêtres connaissent bien ce mécanisme de l'âme, observé chez les jeunes gens et chez les femmes, de fausses confessions, celles où l'on se charge de méfaits non commis, par orgueil. » Nul, moins que Radiguet, ne glissa dans ce qu'on a pu nommer le « romantisme de l'adolescence ». Il n'avait pas la religion de ses troubles, cette soumission aveugle à tout ce qu'il nous arrive de sentir de moins opportun. Ni le tumulte des sens, ni les impulsions du désir ne pouvaient l'abuser ; il y portait un regard clair, un regard qui ne déforme rien et qui met à nu les passions sans tenter de les anoblir ni de les exalter, - car il ne confondait pas connaissance de soi-même et abandon à soi-même. Aussi ne s'est-il pas raconté, comme à l'ordinaire les jeunes gens se racontent, pour nous faire partager les illusions qu'ils entretiennent sur leurs propres aventures ; mieux encore, il ne s'est pas expliqué, car ces explications, où nos premiers livres s'ingénient, ressemblent à ces mensonges de l'enfance dont il disait : « L'enfance cherche des prétextes. Toujours appelée à se justifier devant les parents, il est fatal qu'elle mente. » Radiguet n'a jamais essayé de se justifier.

A ce don de dépister les mensonges que nos passions inconsciemment nous suggèrent, nous devons le seul livre vrai que nous ayons sur l'adolescence, et ce livre est celui d'un enfant. La part faite à cette forfanterie que j'ai dite et qui est dans le caractère du héros, jamais les expériences d'un jeune garçon livré à la sensualité de son âge, et que ne retiennent ni les contraintes de l'éducation ni les scrupules d'une foi vivante, n'ont été plus tragiquement décrites ni plus affreusement ressenties que dans le Diable au corps -ce « drame de l'avant-saison du coeur », Radiguet n'a pas voulu s'attendrir et nous abuser sur l'innocence de tels jeux. Dans le réel, par le réel, il dégagea ce sens de la responsabilité, cette conséquence des actes que les arrangements de la vie peuvent bien recouvrir ou celer, mais dont l'âme reste informée, marquée. Rappelez-vous, vers la fin du livre, ce couple d'enfants lamentables « oubliant sa beauté, sa jeunesse, honteux de soi comme un couple de mendiants », et qui erre sous la pluie glaciale, dans le voisinage d'une gare, à la recherche d'un abri. « Cette nuit des hôtels, dit-il, fut décisive, ce dont je me rendis mal compte après tant d'autres extravagances. Mais si je croyais que toute une vie peut boiter de la sorte, Marthe, elle, dans le coin du wagon de retour, épuisée, atterrée, claquant des dents, comprit tout... Peut-être même vit-elle qu'au bout de cette course d'une année, dans une voiture, follement conduite, il ne pouvait y avoir d'autre issue que la mort. » C'est ainsi que les choses se passent : la chair étale ici sa misère, sa détresse ; voilà le jeune animal humain, et « c'est déprécier les choses et les méconnaître que de les vouloir autres qu'elles sont, même quand on les veut plus belles » (Les Joues en feu : avant-propos). Serait-ce l'absence d'hypocrisie qui, dans un tel livre, a choqué?

Ce goût impitoyable de la vérité, cet acharnement à voir les choses comme elles sont, recouvre une sorte d'austérité morale, dont, seul entre les écrivains de cette génération, Radiguet me semble avoir été avide. Nulle part il ne glisse dans cet érotisme où ceux-ci se dissolvent. Le désir de pureté qui le travaille ressemble, par certains côtés, à cet instinct que Proust, si indifférent à la moralité, reconnaissait en lui-même : « La foi en un monde différent, fondée sur la bonté, le scrupule, le sacrifice, en un monde entièrement différent de celui-ci. » Ce monde, Radiguet était impatient de le découvrir, de le reconnaître. Mais quand il écrira le Bal du comte d'Orgel, il ne se laissera pas prendre à la montre : « Roman d'amour chaste, dit-il, aussi scabreux que le roman le moins chaste. » Rien ne pouvait l'empêcher de voir clair, ni le décor du monde, ni cette fausse chaleur dont il donne le spectacle. A ce disciple de Stendhal, il manquait peut-être le sens de cette « faiblesse sacrée » où se reconnaît une âme naturellement chrétienne ; il y a, dans sa réserve, quelque chose d'un peu janséniste et comme une absence de grâce. Pas le moindre romantisme, de ce romantisme où M. Bremond voit la marque du mysticisme. C'est que rien ne lui était plus suspect que le faux dans les sentiments. Cette place vide, cette absence qu'on discerne au centre de son premier livre, il ne l'eût pas comblée par une infidélité au vrai ; il la réservait comme un manque, mais n'y installait pas de faux dieux. Sa conscience d'écrivain le lui eût interdit ; elle informait en quelque sorte sa conscience morale et lui servait de probité. Par la recherche de la clarté intellectuelle, de la pureté, de la simplicité des moyens, il parvient à l'élégance de l'âme.

Aussi bien son art est-il d'un moraliste ; il tend d'instinct à la maxime, il intègre, dans une phrase courte et pleine, ce résidu d'expérience humaine que le réel aussitôt lui découvre. Art où l'observation et la réflexion fonctionnent étroitement agencées l'une à l'autre, où l'analyse de qualité intellectuelle se condense en réflexions, en préceptes, et découpe dans la réalité les linéaments d'un art de vivre. D'où le reproche qu'on lui a fait d'intervenir sans cesse, de ne pas assez respecter le mystère de ses personnages et cette sorte d'inconscience où ils vivent, comme séparés d'eux-mêmes. Mais cette subtilité qu'il apporte dans la découverte des sentiments et qui nous fait soudain trouver logique, parce qu'elle est la seule vraie, l'explication imprévue qu'il propose, - cette clairvoyance nous révèle le classicisme de son art. Puisqu'il nous faut construire - et d'abord nous construire nous-mêmes pour atteindre notre être -c'est à l'intelligence que Radiguet en remet le soin, à la partie la plus élevée du moi et non à la partie basse où il n'y a qu'enlisement et perte pour l'artiste comme pour l'individu.

Comparez les héros du Bal et ceux d'Ouvert la nuit, par exemple, ces êtres incoordonnés, aux actes décousus, qui nous semblent vides d'âme parce que « les cadres religieux, familiaux, ethniques ne les soutiennent plus (François Mauriac : La Vie et la mort d'un poète). Que l'art de Paul Morand et de ses émules « exprime fidèlement la confusion du monde qu'il nous peint », je ne le conteste pas ; n'empêche, comme le dit Mauriac, que le romancier ni son lecteur ne se résignent à ne pas dépasser un tel désordre. Jamais l'esprit de Radiguet n'abdique devant la confusion. Si l'incohérence de ses créatures le tourmente, c'est dans la mesure où il veut découvrir « les pôles de ces mondes mystérieux ». Aussi bien a-t-il senti que pour conduire une juste analyse, il faut d'abord placer les êtres dans le cadre social auquel ils appartiennent, non point par souci du pittoresque, mais pour motiver leurs réactions, ces résistances qui se prolongent si avant à l'intérieur de nous-mêmes. (note : Du Diable au corps, il disait : « Ce drame naît davantage des circonstances que du héros lui-même. On y voit la liberté, le désoeuvrement dus à la guerre, façonner un jeune garçon et tuer une jeune femme. Ce petit roman d'amour n'est pas une confession, et surtout au moment où il semble en être une. C'est un travers trop humain de ne croire qu'à la sincérité de celui qui s'accuse ; or, le roman exigeant un relief qui se trouve rarement dans la vie, il est naturel que ce soit justement une fausse auto-biographie qui semble la plus vraie »).

S'il peint le « monde », dans le Bal du comte d'Orgel, c'est comme « atmosphère utile au déploiement de certains sentiments ; mais non pas peinture du monde ». « Différence avec Proust, dit-il ; le décor ne compte pas. » Et l'on songe au mot de Pascal : « Quelle vanité que la peinture! » Ici encore reconnaissez le précepte classique.

La composition d'un tel livre, cette adaptation profonde de l'imagination aux exigences de l'art et du métier, cette technique parfaite, voilà ce qui, chez cet enfant, nous émerveille, nous cause un étonnement sans fin. Dans ce métier d'essence et de structure classiques, dont il avait médité la leçon chez les maîtres, Radiguet sut intégrer l'apport le plus neuf de la recherche moderne : le meilleur de Proust, de Gide, et, plus près encore, de Cocteau, y est assimilé, choisi, filtré. C'est par cette « modernité » que le Bal a séduit les jeunes gens, qu'il agit sur eux ; mais il a des éléments plus durables. D'autres adolescents ont, en effet, montré plus de génie, d' « originalité », révélé quelque chose d'étrange, une fulguration qui n'était qu'en eux-mêmes. Radiguet aura réalisé quelque chose de plus difficile : il aura atteint d'un coup à cette banalité qui est le secret des plus grands. « Tout artiste qui compte étant forcément original, dit-il, un effort constant de banalité sera pour lui la meilleure discipline »."

                                                                     

                                                                                          Henri MASSIS (1927)

 

 

Bibliographie succinte :

 

 

Radiguet---Noakes.jpgRadiguet-Classiques-Univer.--Borgal.jpg Radiguet -avec une canne- Bott

 

-OEuvres complètes de Raymond Radiguet, établie par Chloé Radiguet et Julien Cendres. Editions Stock, 1993.

-Radiguet Chloé, Julien Cendres : Raymond Radiguet, un jeune homme sérieux dans les années folles. Éd. Mille et une nuits, 2003. 216 p. Photos.

-Nemer Monique : Raymond Radiguet. Fayard, 2002. 508 p. Photos et notes bibliogr. Index.

-Movilliat Marie-Christine : Raymond Radiguet ou La jeunesse contredite [1903-1923], 

Bibliophane, 2000. - 350 p. Photos et documents. Bibliogr. des oeuvres de et sur R. Radiguet. Index.

-Bott François : Radiguet : l'enfant avec une canne. Flammarion, 1995 puis Gallimard, 2003.  220 p. - (Collection Folio ; 3888).

-Goesch Keith John : Raymond Radiguet : étude biographique, bibliographie, textes inédits, avant-propos de Jean Cocteau. La Palatine, 1955.

-Noakes David, Raymond Radiguet / une étude avec un choix de poèmes, 60 ill., une chronologie bibliographique "Raymond Radiguet et son temps". Seghers, 1968, 192 p.(Poètes d'aujourd'hui ; 181).

-Borgal Clément, Radiguet. Editions Universitaires, 1969.(Classiques du 20e siècle ; 103)

-Borgal Clément, Raymond Radiguet: la nostalgie.Presses universitaires de France, 1991, 223 p.

-Boillat Gabriel, Un maître de dix sept ans : Raymond Radiguet. La Baconnière, 1973. 118 p.

-Odouard Nadia, Les années folles de Raymond Radiguet.  Seghers, 1973.  315 p.

-Massis Henri,  Réflexions sur l'art du roman. Plon, 1927. (un chapitre entièrement consacré à Radiguet).

-Massis Henri,  Raymond Radiguet,  textes inédits de R. Radiguet ; deux portraits par Jean Cocteau. Paris, Ed. des cahiers libres, 1927 ?.

-Fraigneau André, A propos du "Diable au corps", les deux élèves de l'écolier (Cocteau et Grasset), Cahiers Jean Cocteau, 1973, 4, p. 35 -39.

-de Lacretelle Jacques,  Raymond Radiguet, Nouvelle revue française, 1924, 22 p.

 

Radiguet---Cendres.jpgRadiguet---la-nostalgie.jpg

Radiguet---Movilliat.jpgRadiguet---Nemer.jpg

 

 

-sites sur Raymond Radiguet :

http://www.scd.univ-paris3.fr/Bibliogr/Radiguet/V_radig.htm

http://www.denecessitevertu.fr/tag/andrefraigneau/"http://www.denecessitevertu.fr/tag/andre-fraigneau/

http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/raymond_radiguet/index.html

 

 

 

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Henri Massis

Publié le par Christocentrix

(reprise des archives du blog)

 

Le 16 avril 1970 disparaissait Henri Massis (1886-1970) écrivain et académicien français. Son nom, qui avait été mêlé, pendant plusieurs décennies, à presque toutes le joutes intellectuelles, ne disait rien à la génération de mai 68. Et ses livres ne se lisaient plus où pourtant "la volonté militante, la mise en question des idées admises et des valeurs acceptées par l'idéologie officielle et par l'opinion commune" tenaient une si grande place qu'ils auraient dû lui valoir, chez quelques uns au moins des adversaires du désordre libéral, un retour de fortune. Depuis, du temps a passé encore, et qui peut voir se réveiller de profitables curiosités.

Massis fut d'abord et surtout un écrivain d'idées - non point d'ailleurs philosophe ou érudit polisseur de concept - mais plutôt propagateur et missionnaire, soldat des idées.

 

Né à Paris le 21 mars 1886, il publie à l'âge de vingt ans son premier essai (sur Zola). Présenté à Barrès, il confiera qu'il devait à ce dernier "le meilleur de lui-même". Collaborateur de différents journaux parisiens, puis secrétaire de rédaction à "l'Opinion", il s'entraine alors à utiliser l'évènement au service de ses idées. Exercice qui le conduit en 1910, à la célébrité, avec une enquête fracassante publiée avec Alfred de Tarde dans "Paris-Journal", sous le pseudonyme d'Agathon : "la Sorbonne contre la culture classique" (éditée l'année suivante au Mercure de France sous le titre : "L'esprit de la Nouvelle Sorbonne"). Attaque violente contre le scientisme et l'utilitarisme de l'enseignement supérieur, ce pamphlet provoqua un des plus beaux chambards d'avant 1914, le débat remontant jusqu'à la Chambre des députés. En 1912, nouvelle enquête d'Agathon, publiée cette fois dans "l'Opinion" : "les jeunes gens d'aujourd'hui". Définissant "le type nouveau de la jeune élite intellectuelle", les auteurs se font les interprètes des aspirations de leur génération : réalisme politique, foi patriotique, foi catholique, héroïsme, quête du sacrifice. Génération de ceux qui avaient alors entre vingt et trente ans et qui attendaient d'une guerre avec l'Allemagne une régénération morale et spirituelle. Barrès leur avait appris à réconcilier la pensée et l'action. Par sa rigueur logique, Maurras allait exercer sur eux une attraction grandissante. Maurras fut un des premiers à féliciter Massis lors de la première enquête d'Agathon. Toutefois, il faudra plusieurs années au théoricien du nationalisme intégral pour amener celui-ci dans son orbite. En effet, mettant l'accent sur la question morale, Massis lui reproche alors le "mécanisme" de sa pensée. Ce n'est qu'au terme d'une longue correspondance que Massis se laissera convaincre. pour s'opposer toujours à ceux qui "prétendent créer un ordre moral sans fondement naturel ou, pis, contre ce fondement ". Resté en dehors du mouvement néo-royaliste, il ne lui manifesta pas moins un soutien constant, notamment au moment de sa condamnation par le Vatican en 1926. Alors qu'au même moment, Maritain, puis Bernanos, quitteront l'Action Française avec fracas bour basculer dans la démocratie chrétienne. Henri Massis termine la première Guerre mondiale comme lieutenant à Alexandrie. Beaucoup de ses amis sont morts au combat (le poète Paul Drouot, Ernest Psichari...). Comme eux, il avait espéré que la guerre engendrerait une renaissance. Sa déception fut grande.

Terrible paradoxe que celui de cette jeunesse ardente et patriote qui, dans un supême élan d'héroïsme faisant appel à toutes les vertus européennes, devait contribuer par son sacrifice à sceller le déclin du continent européen.

 

Vers 1925, Lucien Dubech, critique dramatique et journaliste sportif réputé, traçait de lui un portrait qui l'exprimait à merveille : "on est entre camarades, on cause de n'importe quoi, sujets graves ou futiles. Arrive Henri Massis, jeune, élancé, sanglé dans son uniforme de sous-lieutenant aux Chasseurs à pied la première fois que nous le vîmes. Aussitôt la conversation monte, en trois coups d'aile, Massis l'a conduit sur une cime. Comme d'autres diminuent ou salissent ce qu'ils touchent, lui l'élève sans effort, par un tour naturel, car nul n'est moins poseur que lui...il vit en haut, dans les idées....il guette au tournant les idées dangeureuses, les idées fausses, les idées mortelles..." .

"Il faut éviter de vivre par reflets" disait à Massis son camarade Maurice Dusoller. Né parmi les docteurs, l'auteur d'Evocations les mit abondamment, largement à contribution dans la formation de son esprit. Il n'hésita pas à s'enquérir de ce que renfermaient leurs besaces. Ces hommes vivants - et celà avait pour lui une importance capitale - il les interrogea avec fièvre pour apprendre auprès d'eux le mot de son destin. Néanmoins, il ne leur sacrifia rien de lui-même et, au besoin, il sut les affronter et les contredire. C'est que la gratitude qu'il vouait à ses maîtres, dont plusieurs très aimés, ne se sentait prête à aucune concession quand ce qu'il estimait être la vérité était en jeu. Séduit par le Bergsonisme, il s'en détacha, en 1913, au moment de son retour à l'Eglise, pour suivre son ami Maritain sur les chemins de la scholastique. L'un des jeunes écuyers qui, au Quartier latin, portaient les couleurs de Barrès, il osera un jour, adresser à celui-ci des remontrances "dans un débat qui interessait l'essentiel". Au-delà de ces contestations, pourtant, il garda toujours, à l'égard de ces mêmes hommes qui avaient aidé à son accomplissement intellectuel, un sentiment de reconnaissance qui circule dans toute son oeuvre comme une sève bienfaisante.

"Je me demande, a remarqué Jean Madiran, s'il existe un seul écrivain qui ait composé l'héritage de Bergson, de Claudel, de Péguy, de Maurras, de Barrès, de Chesterton ; avec la moitié au moins de Maritain ; quelque chose même de Blondel ; et d'autres encore. Comme la pensée de Massis est tout le contraire d'un éclectisme, ou d'un syncrétisme, c'est un tour de force. Pourtant l'on n'apercoit aucune acrobatie ; aucune solution de continuité. C'est le premier signe, et de poids, auquel reconnaître l'originalité, dans tous les sens du terme, de la pensée d'Henri Massis."

 

Son engagement aux côtés de l'Action Française, à partir de 1920, n'effaca pas cette originalité, cette irréductibilité. S'il intégrait à sa réflexion la physique maurassienne, il restait lui-même, avec sa pente d'esprit à lui, avec son attirance pour les problèmes moraux, pour les questions d'éthique. Encore que sa fidélité à Maurras n'ait, de son propre aveu, "jamais bronché sur l'essentiel" , qu'il se soit assigné comme "devoir" de ne pas laisser altérer sa leçon, de ne pas permettre qu'on le "défigure", il s'abstint d'épouser des querelles ou des polémiques où il n'avait pas sa place, - et que peut-être il désapprouvait.

Non qu'il fût ennemi de la polémique. Ses attaques passionnées contre la Sorbonne rationaliste, la lutte opiniâtre qu'il mena contre Emmanuel Mounier et les "gens d'Esprit", sa mémorable empoignade avec Gide surtout, révèlent assez son constant souci de ne pas brûler à vide, de participer à l'évènement, de se porter aux "avant-postes". Dans tous les élans, les appels, les vérités entrevues auxquels, au temps de son adolescence, il s'était attaché, " pour surmonter son trouble ", pour "rectifier sa voie", il avait imprimé la marque de son impatience, le sceau d'une conviction incertaine mais qui se voulait déjà enseignante : "Avant même que j'eusse un dogme à formuler, expliquera t-il, on pouvait pressentir que je m'en ferai l'apôtre." De là qu'une fois assuré de ses certitudes, il n'hésita pas à s'en servir comme autant d'armes à pourfendre l'adversaire.

Sans doute Massis put-il faire l'effet, dans son rôle de critique, moins de comprendre l'oeuvre qu'il considérait que de "prononcer des arrêts du haut d'une chaise curule ou d'un banc d'inquisition ", moins de s'appliquer à scruter un auteur qu'à le "démonétisé" ou à renverser son piédestal. Mais c'est parce que ce "juge" croyait aux niveaux, aux perspectives, aux hiérarchies qui donnent signification à l'existence. Dans un si grave domaine, l'indulgence facile de celui qui ne tient à rien, la mansuétude d'autant plus généreusement consentie que nulle authenticité ne la commande, n'étaient à ses yeux, que d'assez pauvres procédés qui avilissent la littérature.

Jacques Vier l'a fort bien vu, la principale "ligne de force" de la critique de Massis, ce fut son extrême sensibilité à l'honneur des Lettres. Qu'il y ait gagné la réputation d'un contempteur de l'art, d'un "dogmatique" , çà n'est pas très surprenant. Ce dernier qualificatif, au demeurant, est-il si désobligeant ? Alain, qui l'avait eu pour élève dans sa classe de philosophie du lycée Condorcet, fera cette confidence : "j'aime Massis parce que c'est un dogmatique. Le dogmatisme l'a sauvé de la littérature qui n'est que littérature." De la part d'un homme que tout séparait, sur le plan intellectuel, des orientations monarchistes et néo-thomistes de l'auteur de Jugements, l'éloge n'est pas mince.

 

Ce qu'il faut souligner, en tout cas, c'est que cette réputation d'un Massis éternellement tendu dans son intransigeance, d'un Massis s'étant en quelque sorte composé un personnage conforme à son emploi, et tel que l'a décrit Robert Poulet, "le col raide, la manchette intraitable, le buste en butoir de locomotive", manque d'exactitude. Brasillach, dans une belle page de "Notre Avant-Guerre" louera son "extraordinaire gentillesse d'acceuil ", son "goût de la jeunesse". Rédacteur en chef de la Revue Universelle, ne l'avait-il pas spontanément ouverte au normalien inconnu qui, au début de 1930, lui adressait un texte sur Virgile ? Et ensuite à tous ses compagnons ?

 

"A quarante-cinq ans, a dit Thierry Maulnier, comme il nous parut jeune ! Plus jeune sans doute que tels d'entre nous, par la sveltesse nerveuse, l'étincelle dans l'oeil, la promptitude de la réplique et de la pensée, plus debout qu'assis, plus marchant qu'immobile, le corps, les mains, la pensée en perpétuel éveil." Et le coeur aussi ! car pour ne pas s'exhiber, pour ne pas se répandre à tout venant, ce coeur, qui avait " tellement l'air sacrifié à l'intelligence, aux certitudes doctrinales ", ce coeur connaissait la joie et la douleur, la tristesse et l'enthousiame. Il lui déplaisait, toutefois, d'usurper un rôle qui ne lui convenait pas."Les principes d'Occident sont inscrits à la racine de notre être, ils en sont la substance et nous ne saurions les renier sans commettre un véritable suicide moral et spirituel ". La vie, l'oeuvre et l'action d'Henri massis se déduisent de cet axiome qu'il n'eut de cesse de démontrer jusqu'à sa mort.

Le titre de son ouvrage le plus célèbre, publié en 1927, traduit ce qui fut sa préoccupation constante : "Défense de l'Occident " . Par "Occident", il entendait un certain nombre d' "idées mères", personnalité, unité, stabilité, autorité, continuité, reconnaissance d'une vérité pérenne, sublimées par le Catholicisme, et opposées à l'Orient "du panthéisme, du devenir et de l'immanence ". Par "défense", il entendait exhorter ses contemporains à résister aux "ferments de dissolution" qui préparent le triomphe de l'Orient : subjectivisme, psychologisme, individualisme, nihilisme.

Journaliste, critique, polémiste, Henri Massis fut le type même de l'écrivain engagé, mettant toujours ses actes en accord avec ses écrits. Ami de Maritain et de Psichari, il devait à la faveur de la Première Guerre mondiale, se rapprocher de Maurras. Cofondateur en 1920, avec Jacques Bainville, de la "Revue Universelle des faits et des idées", il se trouva mêlé à toutes les controverses de son temps. D'ancien disciple, il passa maître, entre les deux guerres, de toute une jeunesse maurrassienne et néo-thomiste. Figure de proue, entre les deux guerres, de la philosophie néo-thomiste, Henri Massis exerce un magistère prestigieux auprès de toute une nouvelle génération nationaliste. Les deux principales cibles de Massis : les "introspections épuisantes" d'André Gide ; le germanisme, allié naturel, selon lui, de l'Orient contre l'héritage latin. Contre la "menace allemande", il plaidera inlassablement la cause d'une union latine qui rassemblerait la France, l'Italie, l'Espagne et le Portugal. Multipliant les voyages dans ces trois derniers pays, il s'y entretiendra souvent avec ses dirigeants.

Reçu en juillet 1938 par Franco au grand quartier général de Burgos, il avait, deux ans auparavant, célébré avec Robert Brasillach le sacrifice des "Cadets de l'Alcazar" de Tolède. Mais c'est avec Salazar qu'il se sent le plus d'affinités, reconnaissant en lui "un art du raisonnement formé par les grandes disciplines de la scholastique médiévale". Le revoyant après la Seconde Guerre mondiale, il réunira les entretiens qu'il eut avec lui dans un volume intitulé : "Salazar face à face".

 

Mobilisé en 1939, appelé à l'état-major de la Deuxième armée, cité à l'ordre du jour en juin 1940, Henri Massis devient, après l'armistice, un conseiller discret du Maréchal Pétain. Membre, à partir de février 1941, du Conseil national du Gouvernement, il participe à l'élaboration des grands thèmes de la "Révolution nationale". C'est lui qui rédige, en août 1944, le dernier message aux français du Maréchal. Arrêté à Vichy, transféré à fresnes, libéré quelques mois plus tard, il fera l'objet d'un non-lieu en octobre 1946. Mais il ne devait jamais se remettre tout à fait de cette période. Il fustigera souvent "l'état d'esprit et l'ignorance d'une génération pour qui la france et l'histoire commencent en 1945".

En avril 44, il avait publié "Découverte de la Russie". Analyse de la nature du bolchévisme - présenté comme l'expression la plus achevée du panslavisme-, ce livre est aussi une méditation sur la nouvelle confrontation qui ne manquera pas de naître entre Russes et Américains. Quel que soit le vainqueur, se demandait Massis, "ce que nous appellons la civilisation ne risque-t-elle pas de disparaître ou d'être profondemment atteinte dans ses éléments essentiels ? ".

Il s'engagea avec ardeur contre l'abandon de l'Indochine et de l'Algérie, contre le régime gaulliste, et contre l'autodestruction de l'Eglise.

 

A la fin de sa vie, qui avait vu ses espérances saccagées et les causes qu'il soutenait moquées ou vilipendées, Massis ne songeait plus à être " bref et dur ". Mais la bienveillance, la charité qui émanaient de lui ne l'empêchaient pas, " vieillard pauvre, modeste, affable, accablé de misères physiques et de chagrins domestiques " de rester obstinément fidèle à ses idées. " Aussi longtemps qu'aura duré la lutte...(témoignera F. Mauriac, en 1957, dans ses Mémoires intérieurs)... je me serai tenu dans le camp opposé à celui de Massis, Dieu le sait ! Mais enfin, après toutes ces sombres années, le combat s'est déplacé, et Massis, je le vois immobile à la même place du champ de bataille maintenant presque désert, dans les ténèbres commençantes, debout près de la tombe de son maître vaincu".

 

Face aux "doctrines de dissolution et de mort", aux "idéologies désastreuses", dont il constatait la progression "dans le désarroi des esprits et des coeurs" et qui laissaient "le monde se décomposer sous prétexte qu'il y a des malheurs irreparables, des chutes définitives", Henri Massis ne renonçait pas à lutter pour "l'idéal classique et chrétien" qui était le sien. "Il s'agit, répétait-il, d'aller à contre-courant puisqu'aussi bien c'est au gouffre que mène le courant". Et d'ajouter : "tout est toujours à refaire, tout est à toujours recommencer : c'est le lot de la condition humaine, de toutes les naissances, de toutes les renaissances aussi". 

Ces paroles, adressées " à ceux qui viennent " sont parmi les dernières qui soient sorties de sa plume.

 

En humaniste, c'est l'avenir de l'homme qui l'inquiétait en dernier ressort lorsqu'il écrivait en forme de testament : "la frontière de la sauvagerie et de la civilisation n'est pas inscrite seulement sur le sol. Elle partage le coeur de chaque civilisé. Freud n'a eu qu'à les appeler par leur nom pour que jaillissent des abimes les monstres et les chimères, qu'en des temps plus sages, confesseurs et pédagogues refoulaient au-delà des barrières qui protégaient les mortels de leur démon nocturne. Chaque âme a besoin d'être, comme la Cité, couronnée de remparts ".

 

                                                                                                  ***

 

-Pour cette présentation, je me suis inspiré de deux articles : un article signé Christian Brosio dans "Valeurs Actuelles" (du 30 mars 1987) et un autre signé par Michel Toda dans "le Choc du Mois" (n°31, juillet 1990).

                                                                                                                            

                                                                                                                                                                             (Christocentrix)

 

-Michel Toda est d'autre part l'auteur d'un livre intitulé "Henri Massis, un témoin de la droite intellectuelle" paru en 1987, aux éditions de la Table Ronde. Autour de la vie et de l'oeuvre d'Henri Massis, Michel Toda, journaliste et historien, a évoqué dans ces pages une époque fiévreuse et passionnée. Tout un pan de l'histoire intellectuelle, politique et littéraire de la France. On y voit défiler presque toutes les grandes figures : Péguy et Barrès, Bergson et Maurras, Claudel et Bernanos...retracer des débats et des controverses qui constituèrent la vie culturelle française et européenne pendant plus de cinquante ans.

 

                                                                                                                               

 

voir aussi site  : http://robertpoulet.chez.com/robert_poulet/rp2_2.html

 

 

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Jour du Souvenir

Publié le par Christocentrix

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les symboles et les signes (Saint Nicolas de Jitcha)

Publié le par Christocentrix

Velimirovitch--symboles-et-signes-.jpg«Maintes fois vous m’avez demandé si le christianisme possédait sa propre philosophie. On vous a enseigné que, dans l’histoire de la philosophie, Descartes, Kant, Leibniz, Berkeley, James ou Soloviev sont considérés comme des philosophes chrétiens. Vous avez appris que les scolastiques catholiques avaient adopté Aristote comme leur philosophe officiel, bien que Tertullien eût déclaré que "les philosophes sont les pères de l’hérésie". Mais vous êtes troublés par les divergences de ces philosophes sur les questions essentielles. Comment peut-on les appeler philosophes chrétiens alors qu’ils ne possèdent pas la même notion de Dieu, de l’âme, de la nature ?

 J’ai répondu à votre question : le christianisme possède sa propre intelligence de la vie et du monde, organique et systématique, différente de toutes les philosophies humaines. Mettant ce petit livre à votre disposition, j'ai tenu ma promesse. »

 Ce court ouvrage, écrit en 1932 et dédié à l’origine aux étudiants de théologie de l’Université de Belgrade, est un abrégé pastoral destiné au travail quotidien des futurs prêtres orthodoxes. Tout en expliquant la différence entre les symboles et les signes, entre le monde matériel et la réalité spirituelle du Royaume de Dieu, saint Nicolas Vélimirovitch (1881-1956) y résume les grands thèmes de sa philosophie chrétienne dans un langage limpide.

 

Les Symboles et les Signes, Saint Nicolas Vélimirovitch (traduit du serbe par Marko Despot. Editions l'Age d'Homme, collect. Archipel slave, 2010.

 

 

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ELENI KARAINDROU

Publié le par Christocentrix

EURIPIDES - FEMMES TROYENNES : une ode de larmes. 

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