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scandaleuse vérité (Cardinal Jean Daniélou)

Publié le par Christocentrix

"Etre chrétien, c'est donc croire qu'il y a au milieu de nous des œuvres divines et que ces œuvres divines sont ce qu'il y a de plus grand dans le monde. Être chrétien, c'est croire qu'une Thérèse de Lisieux dans son Carmel est plus importante dans la hiérarchie des valeurs que le plus grand politique ou le plus grand des savants. Parce que c'est d'un autre ordre, et qui est plus grand.

Et être chrétien, c'est croire que ces événements divins ne sont pas seulement passés, mais que nous vivons en pleine histoire sainte, que nous vivons dans un monde où Dieu continue d'agir et que, selon la très belle formule de l'exégète protestant Cullmann, les sacrements sont la continuation dans le temps de l'Église des grandes œuvres de Dieu dans l'Ancien et le Nouveau Testament. C'est la proclamation magnifique qui est la nôtre.

La seule chose que nous disons aux marxistes, aux humanistes athées, c'est qu'il leur manque de percevoir la dimension la plus profonde de l'existence humaine, et qui est ce que Dieu accomplit en l'homme ; et ce que finalement nous leur reprochons, c'est d'être superficiels, c'est-à-dire de n'atteindre de l'homme que la surface et de ne pas descendre dans les abîmes de l'existence.
[...]

Croire, c'est croire que le Verbe de Dieu s'est incarné dans le sein de Marie. Vous voyez l'insolence d'une telle affirmation. En présence d'un marxiste, d'un athée, d'un scientiste, nous voyons ce qu'elle engage. Nous imaginons ce qu'ils commencent à nous dire. Si nous n'osons pas assumer notre foi dans son paradoxe, si nous laissons entendre qu'elle pourrait n'être qu'une représentation plus ou moins mythologique de je ne sais quel événement intérieur, nous commençons à jeter du lest, et à partir de ce moment nous sommes déjà sur la voie des trahisons.

Être chrétien, c'est au contraire affirmer que cette irruption divine dans l'existence de l'homme est précisément la nouvelle joyeuse, magnifique, splendide que nous proposons. Mais encore faut-il que, cette affirmation, nous soyons capables de la justifier à nos propres yeux et à ceux des autres, que nous ayons le droit de la porter.

Je voudrais dire enfin, en ce qui concerne l'objet de la foi que, dès lors qu'elle porte sur un événement divin, elle ne saurait être qu'une et universelle. Elle n'est pas l'expression de la sensibilité religieuse d'un peuple ou d'une race. Il n'y a pas de pire trahison de l'Évangile que d'accepter d'en faire la religion de l'Occident.

Le christianisme n'est pas une certaine vision du monde. Il n'est pas un système que nous acceptons parce qu'il nous convient. L'unique problème est de savoir si quelque chose est arrivé. Il n'y a pas d'autre question. Est-ce que le Christ est ressuscité ou non? S'il est ressuscité, ceci intéresse absolument tous les hommes. Il ne s'agit pas d'une représentation, mais d'un événement réel. Et il s'agit de savoir si cet événement est réel. Si je ne suis pas persuadé que cet événement est réel, je n'ai pas la foi.

Je peux avoir une sensibilité chrétienne, je peux désirer que les valeurs spirituelles qui sont celles de l'Évangile restent celles du monde libre, que la civilisation s'inspire plutôt des principes libéraux que j'appelle mystique chrétienne que de la doctrine socialiste des démocraties populaires. Mais à partir de ce moment, ce que je défends, ce n'est pas la foi, c'est je ne sais quelle liberté qui ne vaut pas cher d'ailleurs, dont je sais qu'elle ne vaut pas cher et dont, comme beaucoup de mes contemporains, je profite avec le sentiment confus qu'elle ne vaut pas la peine d'être défendue. "

                      Extrait de "Scandaleuse vérité", Cardinal Jean Daniélou.

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