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avant-guerre civile et après-démocratie (Eric Werner)

Publié le par Christocentrix

L'avant-guerre civile, Eric Werner, L'Age d'Homme, coll. "Mobiles géopolitiques", Lausanne, 117 p., 1999.

 

 "L'ordre par le désordre", tel serait, selon la thèse lumineuse d'Eric Werner, le moyen choisi par le pouvoir pour n'apparaître aux yeux des populations déstabilisées, anesthésiées, que comme le seul repère immuable. Cet essai, l'auteur a dû le porter en lui longtemps avant de se décider à l'écrire, tant on perçoit à la lecture la profondeur de l'analyse philosophique qui se dégage de l'observation minutieuse des faits et idéologies du siècle ; la démonstration se double d'ailleurs de développements d'une grande érudition sur des questions politique et stratégique. Sur un sujet aussi sensible, l'auteur n'a voulu laisser échapper aucun aspect de la grande crise et, pêle-mêle, les phénomènes démographiques, d'insécurité, de désinformation, d'inversion des valeurs, d'invasion de populations musulmanes extra-européennes, d'"humanisation" de la guerre, etc., sont abordés pour nourrir la réflexion du lecteur et indiquer qu'ils confirment l'analyse de l'ouvrage. Comme l'écrit Eric Werner, "le pouvoir encourage le désordre, le subventionne même, mais ne le subventionne pas pour lui-même, [mais] pour l'ordre dont il est le fondement, au maintien duquel il concourt. Désordre politique mais aussi moral, social, culturel [...]. Autant que possible, le pouvoir s'emploie à brouiller les cartes, à priver les individus de leurs repères coutumiers. L'objectif est de les rendre étrangers à leur propre environnement [...]. Un même mouvement entraîne ainsi toute chose, seul le pouvoir échappe à l'universelle dissolution. L'individu se raccroche donc à lui comme à une bouée miraculeuse. C'est son seul recours, l'unique point fixe émergeant encore dans la tourmente" ; ou encore : "l'ordre se défait, tout est d'ailleurs mis en place pour qu'il se défasse, mais le désarroi même qui en résulte débouche paradoxalement dans une re-légitimation du pouvoir". A noter la très intéressante annexe "guerres clausewitziennes et non-clausewitziennes". Un livre d'autant plus passionnant qu'il ouvre à chaque question soulevée et étudiée, la perspective de développements ultérieurs aussi stimulants pour l'intellect .

 

 

L'Après-démocratie , Eric Werner, éditions l'Age d'Homme,  coll. "mobiles politiques", 2001.

Dans l'Avant-guerre civile, paru en 1998, Eric Werner décrivait les relations ambiguës qui se sont progressivement instituées, ces dernières décennies, entre le pouvoir et le désordre. Il reprend ici ce même thème en l'enrichissant de considérations nouvelles. Le présent ouvrage rassemble un certain nombre d'études, certaines inédites, les autres ayant déjà fait l'objet d'une première publication, mais reprises et retravaillées, toutes centrées sur la question de l'évolution actuelle du régime occidental et de sa nature profonde.

S'appuyant sur les principaux éléments de la théorie totalitaire, telle qu'elle a été formulée il y a une cinquantaine d'années par Hannah Arendt et d'autres, Eric Werner observe que nombre de ces éléments sont aujourd'hui directement applicables au régime occidental. Il souligne par ailleurs la corrélation entre le déclin actuel de la démocratie et celui de l'État-nation. La démocratie moderne est apparue en Europe à l'époque même où les États-nations commençaient à prendre forme, rien d'étonnant dès lors à ce que la fin de l'État-nation coïncide avec celle de la démocratie. Un autre type de régime s'est aujourd'hui substitué à la démocratie, peut-être mieux adapté aux exigences d'une société qu'on pourrait qualifier d'éclatée. La transition s'est d'ailleurs faite en douceur, sans heurts excessifs, grâce à l'inlassable travail d' « explication », tendant à l'anesthésie collective, des dirigeants et de leurs « communicateurs ». Résultat de cette pédagogie : aujourd'hui, au-delà des problèmes de confort et de survie au jour le jour, personne ne s'inquiète plus de rien. La réflexion de l'auteur se prolonge en fin de volume par trois études respectivement consacrées à Proust et Ernst Jünger, au travers desquelles il essaye de dessiner quelques voies de résistance pratiques.

 

 

l'auteur :

Eric Werner est diplômé de l'Institut d'Études politiques de Paris et docteur ès Lettres. Il a déjà publié, à L'Age d'Homme, Mystique et politique (1978), De la Misère intellectuelle et morale en Suisse romande (1981, avec Jan Marejko), Le système de trahison (1986), Montaigne stratège (1996) et L'Avant-guerre civile (1998).

Il a récemment publié la Maison de Servitude (2006), et tout dernièrement Ne vous approchez-pas des fenêtres (2008).

 

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C
Là est l'inconnue....<br /> <br /> "L'un de tes livres s'intitule L'Avant-guerre civile, et l'autre l'Après-démocratie......ne dirait-on pas qu'ils se font écho l'un à l'autre ? Le sujet est le même, dit l'Auteur. L'avant-guerre civile, c'est l'après-démocratie. Les deux livres traitent de l'époque actuelle, autrement dit décrivent les transformations en cours. En revanche la perspective n'est pas la même. Quand on parle de l'après-démocratie, on éclaire le présent par le passé. C'est le passé, en l'occurrence, qui sert de référence. Car la démocratie, c'est le passé. Il en subsiste encore certains vestiges, mais c'est le passé. Quand on parle en revanche de l'avant-guerre civile, on éclaire le présent par l'avenir. C'est l'avenir, ici, qui sert de référence. Car la guerre civile, c'est l'avenir. On en voit déjà certains signes avant-coureurs. Des signes seulement, mais assez clairs par eux-mêmes. Hier la démocratie, demain la guerre civile. Nous sommes donc dans l'entre-deux, à mi-chemin, si tu préfères. On pourrait aussi parler d'étape de transition. Le vrai problème est le suivant. Nous savons très exactement d'où nous venons, approximativement aussi vers où nous allons, en revanche nous ne savons pas combien de temps durera le trajet. Nous ne savons pas de combien de temps encore nous aurons besoin pour aller où nous allons. Là est l'inconnue. Ça peut être très rapide, comme ça peut aussi prendre beau­coup de temps. A la limite, même, ça pourrait prendre une éternité. Dans ce dernier cas, nous ne connaîtrons jamais réellement la guerre civile, nous en resterons toujours au stade de l'avant­guerre civile. C'est ce que souhaitent peut-être, assez probablement même, les dirigeants. Mais une fois qu'un processus est mis en route, il est très difficile de l'arrêter. Quelle est la différence entre l'avant-guerre civile et la guerre civile proprement dite, demanda le Double? La fron­tière n'est pas clairement délimitée, dit l'Auteur. Simplement, à un moment donné, on se rend compte qu'elle est franchie."<br /> <br /> Eric Werner " Ne vous approchez pas des fenêtres " éditions Xénia, 2008.