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parole, témoignage, confiance, foi

Publié le par Christocentrix


C'est sur la parole d'abord que reposent les rapports humains. Car un monde où l'on ne croit plus à la parole est un monde où il n'y a plus de confiance possible. Et on peut se demander si cet esprit de méfiance n'empoisonne pas aujourd'hui les relations personnelles entre les hommes? N'y a-t-il pas une maladie du doute qui travaille dans les profondeurs des âmes et qui détruit même la possibilité de la communication. Et au niveau même de notre foi, ne subsiste-t-il pas en nous un fond non totalement assaini de doute, en sorte que nous pouvons nous demander si nous avons jamais fait un acte de foi théologal au sens plein du mot, c'est-à-dire dans lequel notre intelligence s'est engagée en éliminant totalement toute réticence, toute position de repli. Non pas je ne sais quel pari, mais un acte engageant totalement notre intelligence sur la Parole du Christ, sans rien nous réserver. Et n'y a-t-il pas, dans cette réserve ultime que nous gardons si souvent à l'égard de la foi elle-même, une certaine volonté de notre intelligence de ne dépendre que d'elle-même, une certaine difficulté à nous donner, en particulier, sous la forme de ce don éminent qu'est le don de l'intelligence. Ce don, nous devons le faire difficilement, mais n'y a-t-il pourtant pas des cas où nous avons le droit de le faire. Nous touchons ici l'arrière-fond de ce qui rend si difficile à l'homme d'aujourd'hui de comprendre comment l'acte de foi est possible et, même s'il l'admet comme possible, de le faire au sens plein du mot. L'idée même qu'on puisse parler de vérité absolue sur un témoignage apparaît comme inacceptable.

Or, en restant sur un plan humain, sans parler encore ici directement du témoignage même de l'Évangile, nous devons dire que le témoignage est une voie d'ascension à la certitude aussi valable, dans son ordre, que le sont dans le leur les démonstrations et les expérimentations scientifiques. Plus encore, cette voie est la seule qui donne accès à un certain ordre de réalité. Cet ordre de réalité est précisément celui des personnes. Or, si l'univers des personnes l'emporte infiniment sur celui du monde naturel, nous devons dire qu'à mesure que nous montons dans la hiérarchie des êtres, c'est de plus en plus le témoignage qui devient le moyen de la connaissance, et non pas l'expérimentation. Je précise les choses. L'expérimentation relève essentiellement de l'ordre des choses qui sont inférieures à l'homme. Elle porte sur les objets. Mais la personne de l'autre est quelque chose dont nous ne pouvons jamais faire un objet. Nous ne pouvons la connaître, l'autre, que dans la mesure où elle veut bien se révéler à nous. Et elle ne peut se révéler à nous que par la parole. C'est-à-dire que finalement c'est seulement sur la parole de l'autre que nous pouvons nous appuyer pour le connaître. Et par conséquent, à ce niveau, le témoignage de la parole est la seule voie de communication entre les personnes. Comment alors, si Dieu est personnel dans un sens éminent et si déjà nous ne pouvons connaître le secret de la personne des autres que dans la mesure où ils veulent bien nous le révéler, pourrions-nous connaître le secret de Dieu autrement que dans la mesure où Dieu veut nous le révéler?

Le témoignage apparaît donc comme le mode de connaissance qui correspond aux objets supérieurs, et d'autre part comme un moyen de connaissance qui est susceptible dans son ordre d'une rigueur aussi grande que les démonstrations d'ordre physique ou mathématique dans le leur. Ceci est évident pour les sciences historiques. Personne ne songerait à mettre en question l'existence de Napoléon ou de Jules César. Or, nous ne les connaissons que par des témoignages. Il y a donc dans l'ordre historique des certitudes absolues qui ne reposent que sur des témoignages. Dans l'ordre des relations humaines, je ne connais l'amour de l'autre qu'à travers l'affirmation qu'il m'en donne. Le problème est de savoir si je peux faire confiance à sa parole. Or, il y a des cas où non seulement j'ai le droit, mais encore le devoir, de faire confiance à cette parole et où il serait absurde de ne pas le faire. L'impuissance à faire confiance est une des maladies de l'intelligence contemporaine.

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