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deux ou trois réflexions sur la foi

Publié le par Christocentrix


Ce que nous affirmons dans la foi, nous pensons donc que nous avons le droit de le dire; nous avons le droit de le dire à tous; et en particulier nous avons le droit de la dire à nos camarades athées; et, si nous en avons le droit, nous en avons nécessairement le devoir. Car, si nous le disons, ce n'est pas comme une opinion personnelle, que nous pourrions avoir scrupule à vouloir imposer aux autres, mais comme un fait qui s'impose à nous, qu'il nous arrange ou qu'il nous dérange, qu'il nous gêne dans les habitudes de notre raison ou qu'il aille dans le sens de notre pensée, que nous y trouvions une consolation ou qu'au contraire il nous contrarie dans notre volonté d'organiser notre vie à notre guise. Pour moi, une des moins bonnes preuves de l'existence de Dieu est celle-ci : " J'ai le désir du bonheur. Or, ce désir, aucun objet terrestre ne le satisfait. Donc, Dieu existe. "  Si j'étais un incroyant, ce raisonnement me mettrait aussitôt en défiance. J'aurais trop l'impression que Dieu est seulement la projection à l'infini d'un certain besoin de ma sensibilité et que c'est moi qui le fabrique à mon image. J'éprouve qu'il existe parce que je me heurte à Lui et que, si jamais c'était moi qui l'avais fabriqué, je l'aurais sûrement fabriqué autrement. Mais je suis obligé de m'arranger de Lui. Je suis obligé de Le prendre comme tel qu'Il est. Ce n'est pas moi qui le fabrique à mon image. C'est moi qui suis obligé de rentrer finalement dans Ses voies. Et c'est là que je sens que je touche du réel, c'est-à-dire que je sens quelque chose qui me résiste, dont je ne dispose pas et au contraire à quoi je suis obligé finalement de m'adapter et de céder et de me rendre, à contrecoeur, en rechignant. Mais il n'y a pas moyen de faire autrement. C'est comme cela et il faut bien que je passe par là. Alors je sais, en effet, que je suis en présence de quelque chose de réel et non d'une création de mon imagination ou de ma sensibilité.

Mais il reste, avec tout cela, que l'affirmation de la foi demeure tout de même une affirmation insensée. Affirmer la résurrection des corps, de nos jours, affirmer l'Incarnation du Verbe dans le sein de Marie, de nos jours, tout ceci est singulièrement insolent. Ai-je le droit, en toute honnêteté intellectuelle, en toute rigueur de pensée, de le dire à tout homme?


La manière aujourd'hui dont beaucoup de chrétiens mettent leur christianisme dans leur poche et considèrent le Christ comme une matière à option est singulièrement illusoire. Car la question est de savoir si en fait le Christ est ressuscité. Et si c'est vrai, celà commande tout. Le christianisme ne relève pas de la vie privée. S'il y a quelque chose de public, d'officiel, c'est bien lui. Car il s'agit de quelque chose qui concerne les destinées ultimes de l'humanité tout entière et dont par conséquent tout homme a le devoir de tenir compte. C'est simplement cela que je dis.
Et c'est l'interrogation grave en présence de laquelle nous sommes. Et c'est pourquoi nous devons éprouver la solidité des bases qui fondent notre foi, afin qu'elle ne soit pas simplement chez nous l'héritage d'une tradition qui nous serait sentimentalement chère ou l'expression d'une certaine tendance de nos sensibilités, mais que, l'ayant passée au crible d'une critique impitoyable, nous constations qu'elle tient, en sorte que nous puissions l'assumer dans la plénitude d'une existence adulte.

Autrement, il y aurait toujours en nous je ne sais quelle mauvaise conscience. La foi, pour la plupart d'entre nous, a été reçue de nos familles, de notre milieu. Et c'est une grande grâce de l'avoir reçue de nos familles, de notre milieu. Et c'est une grande grâce de l'avoir reçue de cette tradition. Mais il y a un âge où elle doit être assumée d'une manière personnelle et affrontée à toutes les difficultés, confrontée à tous les dialogues. Elle ne doit pas redouter la critique. Celle-ci a une valeur très grande, à condition de se rappeler toujours que son objet n'est pas de détruire, de saper les bases comme se l'imaginent quelques-uns de nos contemporains, mais au contraire d'éprouver les choses, pour voir si elles tiennent. Ainsi, le propre de la critique est de consolider ce qui est solide et d'ébranler cc qui ne l'est pas; ou, pour prendre les choses d'une autre manière, la critique n'est utile que quand elle est l'expression de l'amour, c'est-à-dire quand elle n'est pas d'abord volonté de destruction, mais qu'elle est volonté de construire dans la vérité.     



Et puis, si on choisit de croire pour des raisons purement subjectives, ceci veut dire que l'on renonce à se justifier sa foi à ses propres yeux et à la justifier aux yeux des autres. Car si c'est seulement mon sentiment, je n'ai aucun droit d'imposer mon sentiment à autrui. Ce serait de l'impérialisme intellectuel! J'ai le droit simplement de proposer ce que je pense. Mais avoir la foi, ce n'est pas cela du tout. Avoir la foi ne consiste pas à dire : "Je crois, pour ma part, que je pense... enfin, c'est mon sentiment que le christianisme est la vérité..." Le Christ m'envoie dans le monde, non pas pour dire: 
" Mon sentiment est que...", mais pour annoncer la vérité, non pas notre vérité, mais la vérité tout court.


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