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évolution du paganisme antique (VIIè au Ier siècle av. J.C)

Publié le par Christocentrix

A partir des VIIème et VIème siècles avant notre ère chrétienne, en Grèce, le culte commence à évoluer de façon très sensible. En marge du renouveau de la religion civique que l'on enregistre au lendemain des guerres médiques, le culte de Dionysos, encouragé à des fins démagogiques par les tyrans, prend une ampleur considérable. C'est également à la même époque que se développent les « mystères », qui vont commencer à répandre dans la péninsule grecque les germes de l'universalisme religieux : doctrine de rachat, promesses de salut, égalitarisme, notions d'âme et d'immortalité individuelles. Ces cultes touchent une foule bigarrée où se mêlent des hommes et des femmes de toutes les classes et, bientôt, de tous les pays. Liés à de véritables confréries ecclésiastiques (Corybantes, Courètes, Dactyles, Telchines, Cabires, etc.), ils semblent tirer leur origine - l'hypothèse est controversée - d'anciennes cérémonies initiatiques réservées aux adolescents. Beaucoup proviennent du monde oriental : mystères de Cybèle et d'Attis, de source phrygienne, d'Iris et d'Osiris, de source égyptienne, d'Adonis et de Mithra. Les mystères de Déméter, déesse de la fertilité et de la « terre féconde », étroitement associée à Perséphone et que les Romains assimileront à Cérès, seront célébrés dans le très renommé sanctuaire d'Eleusis. Au mont Ida, les mystères se relient aux mythes relatifs à l' « enfance crétoise » de Zeus.

Parallèlement, les sectateurs d'Orphée, qui soutiennent les tyrans contre l'ancienne aristocratie hellénique, trouvent une audience grandissante. L'orphisme, mouvement philosophico religieux qui inspirera aussi la gnose pythagoricienne, apparut au VIème siècle avant notre ère. Il fait une large part au culte de Dionysos-Zagreus. C'est une religion de salut, dont on attribut la création à un prêtre d'Apollon originaire de Thrace, Orphée. Son originalité est d'ajouter à l'idée d'immortalité bienheureuse déjà présente dans les mystères, celles d'une rédemption finale liée à un jugement concernant les actions commises durant l'existence. L'orphisme connut un grand succès à Athènes, mais se réfugia dans la superstition populaire après les guerres médiques : Platon raille ses adeptes au livre II de sa République. Parallèlement aussi, on voit se développer le culte de l'Hermes Trismégiste et divers autres courants à caractère ésotérique (auquel viendra s'ajouter l'alchimie hellénistique).

Viennent ensuite les philosophes. Platon fonde son école au début du IVè siècle avant notre ère. Aristote crée la sienne un - 335 : c'est le Lycée. En - 306, on voit apparaître la doctrine du Jardin, fondée par Epicure, qui se fonde sur l'atomisme : tout dans le monde consiste en une combinaison d'atomes, qui se font et se défont incessamment ; les dieux existent, mais ils ne se préoccupent pas du sort des hommes, le rôle de ces derniers se borne, dans un univers incertain, à rechercher le bonheur en éteignant en eux les passions, en supprimant le désir et en fuyant toute responsabilité. L'épicurisme débouche ainsi sur l'ascèse négative. (Ce sont ses adversaires qui, bien à tort, en feront une doctrine exaltant les plaisirs terrestres.)

Le stoïcisme ou école du Portique (du grec stoa, portique,) apparaît à peu près au même moment. Fondé par Zénon vers - 300, puis développé par Cléanthe et par Chrysippe sur une base syncrétique, il deviendra la doctrine caractéristique de l'Empire romain. C'est un mouvement de pensée extrêmement imposant. Louis Gernet et André Boulanger remarquent à son propos : « Nul système philosophique n'a jamais fait une part plus grande aux problèmes religieux. On peut dire que toute la conception stoïcienne de l'univers, de la nature et des destinées de l'homme dépend de sa théologie, que son idéal de sagesse, que sa morale pratique, aussi bien individuelle que sociale, ont un fondement théologique. » (Le Génie grec dans la religion, Albin Michel, 1970.)

La doctrine de Zénon est une sorte de panthéisme moniste. Les stoïciens considèrent qu'il existe un ordre du monde, qui prouve l'existence de Dieu. Mais cette divinité, loin d'être transcendante comme dans la métaphysique chrétienne, est immanente au monde. Dieu est l'« âme du monde ». Le cosmos est un « vivant plein de sagesse », que l'on peut appréhender par le moyen de la raison. C'est en faisant usage de la raison, et en pratiquant la sagesse, que l'homme réalise son identité avec le divin. Epictète lance à Dieu ces mots : « Je partage la même raison. Je suis ton égal !»(II, 16, 42.) Il ne s'agit donc nullement de justifier un « arrière-monde ». Toute eschatologie est étrangère à la pensée stoïcienne. C'est en ce monde que l'homme doit réaliser son idéal, qui conditionne son accession au bonheur. La sagesse et la vertu consistent à vivre selon sa nature, selon l'ordre harmonieux de l'univers. Etant donné qu'il comprend la totalité des êtres, le cosmos est en effet absolument parfait : rien n'existe en dehors de lui. Par suite, la loi morale la plus haute est celle qui assigne à l'homme la tâche de contempler le monde et de vivre en accord avec lui.

Dans le stoïcisme, la divinité est symboliquement représentée par le feu. Dieu, principe actif qui meut toutes choses, est à la fois la Nature, la Providence, la Destinée, la Loi générale du monde. Cette conception, assez abstraite, fait néanmoins une large part à la foi populaire : beaucoup de stoïciens admettent la représentation anthropomorphique des dieux ; en outre, en dehors du principe harmonieux représenté par Dieu, ils admettent l'existence d'une foule d'autres esprits jouant un rôle, bon ou mauvais, dans l'existence quotidienne. Face aux dieux et aux déesses du paganisme classique, les philosophes stoïciens se bornent à en donner des interprétations symboliques, allégoriques, voire historicisantes. Ils expliquent, par exemple, que Zeus est une représentation du principe éternel par lequel toutes choses existent et deviennent, et font des autres dieux des attributs particuliers de ce principe. De même, ils ne récusent pas la divination, mais s'efforcent plutôt de la dégager de la superstition populaire et de la rattacher à des sciences ou des pseudo-sciences comme l'analogisme et l'astrologie.

L'homme tel que le conçoivent les stoïciens est un. Il est impensable de séparer son corps, son âme et son esprit. L'homme est un composé dont seule la mort prononce la dissolution. L'âme possède un caractère divin, mais elle n'est pas pour autant immortelle. Plus exactement, l'immortalité n'est le lot que des meilleurs : Chrysippe limite la survie des âmes à celles des sages. S'ajoute à cela une croyance en un Eternel Retour. Le stoïcien Némésius déclare : « Toutes choses seront restaurées éternellement» (De natura hominis).

Polémiquant avec les épicuriens, les auteurs stoïciens montrent que l'existence d'une fatalité n'est pas un fait qui prive l'homme de toute liberté. Le De fato de Cicéron et le Traité du destin d'Alexandre d'Aphrodise nous donnent un aperçu de leur argumentation. Les stoïciens distinguent, en particulier, les « causes antécédentes », sur lesquelles nous ne pouvons rien, et les « causes immanentes », principales,, qui ne dépendent que de nous. « Les choses qui dépendent de nous, dit Epictète, sont libres par leur nature, rien ne peut ni les arrêter, ni leur faire obstacle » (Pensées). En fait, dans le stoïcisme, la liberté équivaut à la découverte du caractère invulnérable de l'âme. Le destin gouverne le monde, explique Sénèque, mais la liberté intérieure de l'homme n'est jamais atteinte par l'adversité dont la Fortune est éventuellement responsable. L'homme a toujours la possibilité de déterminer le sens de ses actions. C'est pourquoi la valeur des hommes se révèle surtout dans les épreuves qu'ils traversent. Enfin, s'ouvrant - dans un second temps --aux nécessités de la vie collective, le stoïcisme déclare que le sage, s'il a, certes, le devoir d'assurer sa propre perfection, ne doit pas pour autant tomber dans le détachement qui caractérise l'épicurisme : la notion même de devoir conduit à prendre conscience des exigences sociales et de l'utilité de l'action.

Après la mort de la religion populaire classique, le stoïcisme a probablement constitué l'alternative la plus élaborée que la pensée antique ait sécrétée face à la montée des métaphysiques orientales. En raison peut-être de son élévation, il ne parvint cependant jamais à s'implanter en profondeur et resta cantonné dans les élites. II fut donc incapable de résister aux poussées successives des cultes orientaux, des cultes à mystères et du christianisme. A l'époque impériale, il aboutit à une philosophie purement romaine, avec Sénèque (suicidé sur l'ordre de Néron), Epictète et Marc-Aurèle.

A partir du IIIème siècle, on constate à Rome divers faits historiques où l'intérêt individuel commence à prendre nettement le pas sur la fides et la pietas. C'est aussi à ce moment-là que se répand toute une littérature d'influence grecque ou imitée des lettres grecques. Le doute se généralise avec l'oeuvre d'Ennius (239-169), un Messapien de la région de Tarente, installé à Rome après la seconde guerre punique, dont les Annales exposent l'idée que les dieux et les déesses ne sont que d'anciens rois ou princesses que les peuples ont divinisés. En -186, éclate le célèbre scandale des Bacchanales, rapporté par Tite-Live, qui amène le Sénat à réprimer durement le culte de Dionysos. A la fin du IIème siècle, l'habitude se généralise soit de donner aux jeunes gens des précepteurs d'origine grecque, soit de les envoyer en Grèce pour y achever leurs études. La nobilitas romaine se trouve ainsi rapidement imprégnée de l'esprit hellénique. Au Ier siècle, avec Lucrèce et Cicéron, la philosophie grecque envahit complètement la pensée latine.

Alain de Benoist (extrait d'un chapitre de l'ouvrage intitulé "l'Europe païenne", collectif sous la direction de Marc de Smedt, Seghers, 1980). De Benoist signe ce texte, extrait des chapitres consacrés au domaine grec et romain du paganisme)

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christocentrix 23/12/2008 15:50

Je savais que ce texte te plairait. C'est Noël, lol.

christocentrix 23/12/2008 14:58

je me suis aperçu que j'ai oublié d'indiquer l'auteur et les références. Je rajoute sur le message lui-même.

Ivane 23/12/2008 11:15

Très bonne présentation des paganismes latins... qui montre que la pression de l'Orient commence très tôt dans notre histoire et que ,non, le chrsitianisme ne s'est pas imposé sans raisons...