Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

polythéisme...paganisme...polydémonisme...(Berdiaev)

Publié le par Christocentrix

 

"...Quant à l'aspect religieux du problème, voici en quoi il consiste : le nationalisme est un polythéisme, une forme, avons-nous dit, de paganisme naturel, tandis que l'universalisme, qui affirme l'unité spirituelle de l'humanité, est un monothéisme, qui représente en même temps une incarnation du divin dans l'humain. Voici pourquoi, il ne peut y avoir d'autre universalisme que l'universalisme chrétien.
Cette catégorie spirituelle suppose une illumination et une transfiguration de l'élément naturel individualisé, et dans le cas qui nous préoccupe, de l'élément national. L'histoire présente des tendances universalisatrices et des tendances individualisatrices, toutes deux sont légitimes et ne doivent pas s'exclure mutuellement. Mais l'évolution humaine oscille continuellement entre ces deux pôles, et l'une de ces tendances triomphe tour à tour. La nationalité, en tant que degré individualisé de l'être naturel et historique, se dresse entre la personne et l'humanité, qui est une réalité et une valeur spirituelle. Lorsque l'humanité est conçue non comme quelque chose de positif, de concret et d'universel, mais comme quelque chose de négatif, de général et d'abstrait - elle devient hostile à la personne humaine, elle l'absorbe et la dépersonnalise. De même, lorsque la nationalité est considérée non comme une individualité naturelle devant être spiritualisée et illuminée, capable d'enrichir l'existence humaine personnelle, - mais comme une valeur suprême et absolue, comme une idole, alors elle absorbe et dépersonnalise cette existence. La nation est un degré placé entre la vie humaine personnelle et l'existence d'une humanité intégrale, un degré qui enrichit cette vie personnelle ; mais il peut faire éclater des éléments naturels et irrationnels, qui s'opposent aussi bien à la personne en tant qu'esprit qu'à l'humanité en tant qu'esprit. Cette révolte, c'est le nationalisme."...

 

..."le christianisme n'est pas seulement une victoire sur le particularisme païen, mais aussi sur le messianisme judaïque.

Le Christ fut crucifié par le nationalisme, un nationalisme non seulement juif (ainsi qu'on le prétend souvent), mais par tous les nationalismes, qu'ils soient russe, allemand, français, anglais. La personne humaine a été spirituellement libérée du lien mystico-racial, son attitude envers Dieu n'est plus déterminée qu'à travers la société spirituelle, c'est-à-dire l'Église. Les attaches naturelles sont remplacées par des attaches spirituelles.

D'autre part, le christianisme affirme l'universalisme. Il n'y a ni Juif, ni Grec. C'est là une conscience entièrement nouvelle, étrangère au paganisme et au judaïsme. Et par cela même, le christianisme proclame l'existence spirituelle de l'humanité. C'est le déclin des dieux innombrables du clan, de la tribu, de la famille, du foyer, de la cité. Dans la conscience antique juive, Jahvé fut d'abord un Dieu particulariste de la tribu ; il devint ensuite le Dieu de l'univers. Mais il demeura lié au peuple juif, imbu d'une conscience messianique. Le christianisme éleva définitivement la conscience humaine jusqu'au monothéisme et l'universalisme, qui lui sont profondément inhérents, l'unité de l'humanité n'existant que parce qu'un seul Dieu existe".....
..."le judaïsme qui lie la religion au sang de la race, ne fut pas un particularisme païen uniquement grâce à son messianisme qui est toujours d'essence universelle. Bien que l'antique conscience juive biblique ne soit pas du racisme, et porte un caractère spirituel et non naturaliste, le racisme relève néanmoins de la plus pure idéologie juive. Ce furent les Juifs qui précisément conservaient la pureté du sang, interdisaient les mariages mixtes, identifiaient la religion à la race. Mais les tendances actuelles racistes représentent l'idéologie juive détachée de ses racines spirituelles et ayant adopté les formes naturalistes grossières, presque matérialistes ; elles définissent spirituellement l'homme selon la forme de son crâne, la couleur de ses cheveux, etc. Ainsi, l'esprit se transforme en épiphénomène de l'anatomie et de la physiologie héréditaires. C'est un déterminisme encore plus grossier et plus extrême que la théorie du matérialisme économique, car l'économie relève quand même du milieu psychique et reconnaît que la situation des hommes dépend de la transformation de la conscience"...


"Le Fatum du sang est, bien entendu, incompatible avec le christianisme, qui dépasse l'idée antique du Destin inéluctable et révèle la liberté de l'esprit. Le racisme est un retour au paganisme, au polythéisme, et son pathos du Fatum du sang qui pèse sur l'humanité est un romantisme naturaliste.

Le christianisme libère la personne humaine de ce destin écrasant, du joug de l'espèce et de la race, de l'empire des démons de la nature. Il affirme autant l'universalisme que le personnalisme, et il est seul à proclamer ce dernier non pas comme une abstraction, mais comme une valeur spirituelle, embrassant tous les degrés de l'être individualisé. Il surmonte en principe la conception païenne de la nationalité et de l'État, en traçant des limites entre ce qui est à Dieu et ce qui est à César, jusqu'au jour de la transfiguration finale du monde. Le nationalisme et l'étatisme exigent une divinisation du royaume de César. Le christianisme assure l'émancipation spirituelle de l'homme de ce joug, il n'admet des valeurs nationales et étatistes que comme valeurs inférieures (ou secondaires), soumises à l'esprit. Dans ce monde le christianisme est dualisme, et non monisme"....

 


"Le christianisme ne saurait se confondre avec la souveraineté d'une nation, il reconnaît les droits sacrés de la personne humaine, indépendante de la volonté nationale et enracinée dans un ordre spirituel, et non social. Mais tel est, bien entendu, le christianisme à l'état pur, et non pas ses formes défigurées et obscurcies, qui trop souvent sont apparues dans l'histoire.

L'universalisme était inhérent au Moyen âge - c'était le double universalisme de l'Église et de l'Empire"...

 


"La lutte entre le national et le social - lorsqu'elle se déroule sur les cimes, lorsqu'elle est dépouillée des instincts et des intérêts vils - peut être conçue comme une lutte entre l'Ethos et l'Eros. Le nationalisme veut ignorer la vérité et la justice, la fraternité des hommes - il ne veut connaître que le choix érotique et la répulsion érotique, ou, ainsi que s'exprime l'idéologue du national-socialisme Karl Schmitt, la politique ne s'occupe que des « catégories d'ami et d'ennemi ». Aussi l'affirmation de l'élément national au sein du nationalisme même signifie toujours la déshumanisation et la démoralisation de la politique, l'affirmation du polythéisme contre le monothéisme"...


..." le christianisme affirme précisément aussi bien le principe d'universalisme que celui de personnalisme, d'un personnalisme indépendant de toute considération de race, de nationalité ou de rang social. Voici pourquoi la seule forme de socialisme correspondant au christianisme et à l'éthique humanitaire, n'est ni le socialisme international de classe, ni le socialisme national de race, ni le socialisme d'Etat totalitaire, mais le socialisme personnaliste, syndicaliste, combinant la valeur de la personne et celle de la communauté ; cette doctrine symbolise l'humanisation et l'éthisation de la vie et des relations sociales"...

 

"...la soif de la domination se heurtent violemment aux normes chrétiennes ; il s'agit donc de prendre conscience de ce fait essentiel. Les tentatives opportunistes faites par des chrétiens en vue d'une adaptation sont ignominieuses, et le désir d'utiliser le christianisme comme une arme en vue de la consécration du pouvoir de l'Etat est infiniment pire que la persécution ouverte contre la religion"...

 

"...La volonté de puissance n'est pas un mal en soi, on ne saurait considérer comme un bien la faiblesse et l'impuissance. La plénitude positive de l'être est une force, une puissance, vers laquelle il s'agit de tendre. Toute la question est de savoir ce que nous entendons par force. Le goût moderne de la virilité n'est nullement le désir d'une plénitude de l'être, il en est le rétrécissement, la mutilation, et la volonté qui meut le nationalisme représente précisément cette diminution. La plénitude de l'être signifie toujours que chacun de ses degrés individualisés possède un contenu universel, en tant que valeur positive"....


quelques extraits de l'article dont l'intégralité se trouve à cette page : Nationalisme....."Polythéisme et nationalisme" (Berdiaev) (3) écrits de 1934.

Commenter cet article