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mêmes erreurs, vues d'un autre point de vue

Publié le par Christocentrix

En faisant passer le christianisme pour une « révolution sociale » plutôt que pour une révolution spirituelle, la « nouvelle école » de « droite » cherche une mise en garde historique contre le "bolchévisme". Dans sa préface à un livre de Louis Rougier, Alain de Benoist écrit : « M. Rougier, en nous montrant ce qui a eu lieu, décrit du même coup ce qui nous attend ». Phrase révélatrice, comme l'est d'ailleurs la totalité de cet ouvrage, préface y comprise. On y accuse le christianisme de procéder directement du judaïsme, et en particulier de la « vieille tradition biblique de détestation des puissants ». Les prophètes y sont dénoncés comme les promoteurs pré-marxistes d'une « exaltation systématique des humbles » et d'une « revanche des pauvres ». On y blâme les psalmistes d'avoir ébauché le principe de la lutte des classes. Derrière cet amas d'anachronismes, nous devinons sans peine le frisson typique de l'intellectuel conservateur, la réaction apeurée du privilégié devant le « grand feu » qu'apporte « sur la terre » toute forme de révolution véritable, celle qui, loin d'instaurer un égalitarisme, rétablit au contraire la « juste inégalité » chère à Aristote.


Tout comme la Révolution de gauche, la Révolution de droite postule, certes, le combat contre les « riches » et le triomphe des « pauvres », mais à cette capitale différence près que richesse et pauvreté sont envisagées moins au sens social qu'au sens spirituel. A cette dernière condition seulement peuvent être parfaitement comprises des formules comme :  « Les derniers ici-bas seront les premiers dans mon Royaume » , ou encore « Heureux les pauvres, car ils entreront dans le  Royaume des Cieux »
et, d'une façon générale, les affirmations paradoxales sur lesquelles est construit le Sermon sur la Montagne.
Pour le traditionaliste - chrétien ou non, et qui est politiquement le révolutionnaire de droite -, la richesse ne se définit pas en termes d'appartenance à une certaine classe économique, comme une certaine position sur l'échelle des salaires. Elle est plutôt une attitude devant la vie, une certaine manière d'utiliser les avantages matériels - économiques, mais aussi biologiques -, en l'occurrence à des fins de jouissance et de domination, en une vaine quête des biens de ce monde qui s'avère incompatible avec la recherche essentielle de l'unité intérieure. Aussi la richesse matérielle est-elle synonyme de pauvreté spirituelle, et la pauvreté matérielle synonyme de richesse spirituelle (schématisation).


« Celui qui frappe par l'épée périra par l'épée. » Cette prédiction évangélique, dont René Guénon rappelle le sens profond, peut s'appliquer à la pseudo-Droite d'aujourd'hui et illustre à merveille cette « antiogenèse des fins » à laquelle se ramènera finalement son action. En accusant le christianisme de « divorce avec le monde », la pseudo-Droite prouve son inaptitude à distinguer, conformément à la doctrine traditionnelle des deux natures, le monde et ce monde. Pour elle, le monde se limite au monde d'ici-bas, à l' « infra-monde ». Elle ne peut dès lors concevoir que les traditions, chrétienne et hindoue par exemple, l'assimilent à une
« vallée de larmes » et sa traversée à un « voyage de nuit ». Mais cette négation de l'ordre métaphysique ne saurait constituer, dans l'économie générale du cycle actuel, un aboutissement. Elle alimente à court terme la « spiritualité à rebours » de la contre-tradition et prépare à longue échéance, par une sorte de justice immanente, de légitime choc en retour, la révolution inauguratrice d'une nouvelle humanité.


« Qui n'est pas avec moi est contre moi. »
Selon Alain de Benoist, c'est « le mot d'ordre de tous les totalitarismes ». Ce n'est là qu'un anachronisme de plus. Une révolution ayant pour référence mythique l'âge d'or au sens traditionnel ne saurait être totalitaire. Le totalitarisme est un phénomène typiquement moderne. Il se produit lorsque la tension révolutionnaire a pour objet, non pas l'unité intégratrice des différences caractéristiques de la spiritualité primordiale, mais l'uniformité sous l'égide d'un élément matériel hypostasié : l'économie dans le marxisme, la race dans le national-socialisme. Cela dit, qu'elle soit totalitaire ou non, toute révolution établit nécessairement une distinction rigide entre ses partisans et ses adversaires, une ligne de démarcation spirituelle (dans le cas de la révolution traditionnelle) ou idéologique (dans le cas de la révolution totalitaire) devant laquelle s'effacent les appartenances d'ordre naturaliste à la patrie ou à la famille.

Ainsi s'éclaire le sens de ce passage de saint Paul : « Il n'y a plus ni grecs ou juifs, ni esclave ou homme libre ». Il n'y a plus que des chrétiens et des non chrétiens. A l'affirmation paulinienne que le christianisme est somme toute une patrie idéale transcendant les patries historiques et charnelles, fait écho ce passage de saint Matthieu remettant cette fois en question les liens familiaux : « je suis venu mettre la division entre le fils et son père, entre la fille et sa mère, entre la bru et sa belle-mère ; et l'on aura pour ennemis ceux de sa propre maison ». L'effroi que de tels propos suscitent chez les adeptes de la nouvelle « Droite » antichrétienne atteste combien ils demeurent prisonniers d'une « vue-du-monde » particulariste accordant la primauté à la contingence des liens sociaux et subordonnant les phénomènes culturels et religieux aux exigences du patriotisme et de la cohésion sociale. Face à la nécessité de prendre parti et à l'idée de ne pouvoir échapper, dans un contexte révolutionnaire, à l'étiquetage idéologique, la pseudo-Droite réagit avec une frayeur petite-bourgeoise qui la rend d'autant plus vulnérable devant une Gauche révolutionnaire qui a su, elle, nonobstant l'interprétation contre-traditionnelle du « mythe mobilisateur » des origines, réaffirmer, notamment par les voix du marxisme et de l'existentialisme sartrien, la notion de patrie idéale.


Pour terminer le présent paragraphe, une - trop - brève évocation du mythe biblique de Caïn et Abel tel qu'il a été respectivement interprété par René Guénon
et par l'éthologie moderne. Un des plus célèbres représentants de celle-ci, Robert Ardrey, a entonné,dans un livre significativement intitulé Les Enfants de Caïn, la louange de l'humanité bourgeoise et industrielle qui aurait mis au service du « progrès » son agressivité native, « cicatrice génétique » de son origine animale, « impératif biologique » devant régir toute l'organisation sociale. Le meurtre perpétré par Caïn sur Abel symbolise la « sélection naturelle », l'élimination du « bon sauvage » par la bête de proie, la victoire de l'humanité prédatrice, le triomphe de l'état de culture sur l'état de nature. Cette prétendue « évolution » se traduit, entre autres, par la fondation de la première ville, précisément attribuée à Caïn dans la tradition biblique. Dans cette naissance du sédentarisme citadin se substituant au nomadisme pastoral, l'exégèse traditionaliste voit au contraire une involution, dans la mesure où la fixation matérielle dans le cadre de la ville va de pair avec une dispersion spirituelle croissante, alors que la dispersion matérielle caractéristique de l'existence nomade a pour contrepartie la fixité spirituelle intérieure.

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P
Pour ce qui est de René Guénon et de sa compréhension du christianisme, je te renvoie à un abrégé de son étude(Christianisme et Initiation, Ed. traditionnelles, sept.-déc.1949) publié sur mon blog : http://palingenius.over-blog.org/categorie-10055631.html

L'intégralité du texte peut être lu dans "Aperçus sur l'ésotérisme chrétien", Paris, Editions Traditionnelles, pp. 21-40