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glaive purificateur

Publié le par Christocentrix

Les traditionalistes "évoliens" (Julius Evola) dénient volontiers au christianisme toute référence à une quelconque forme d'éthique héroïque de l'action. Ils soulignent certes l'idéal guerrier d' « impersonnalité active » tel qu'il apparaît par exemple dans la devise de l'Ordre du Temple : Non nobis, Domine, non nobis, sed nomini tuo da gloriam, chez ces moines-soldats dont Saint-Bernard écrit dans De Laude Novae Militiae : « On dirait que toute cette multitude n'a qu'un seul coeur et qu'une seule âme, tant chacun s'empresse, non de suivre sa volonté propre, mais d'obéir à celui qui commande ». Mais cet héroïsme leur apparaît davantage comme une survivance de l'ethos aryo-romain, assimilé bon gré mal gré par le christianisme, que comme un produit intrinsèque de celui-ci.

Il ne manque pourtant pas de preuves textuelles du contraire, depuis la parole de l'Apocalypse selon laquelle « le Seigneur vomit les tièdes » jusqu'à l'Evangile de saint Matthieu où il est dit : « Je ne suis pas venu apporter la paix sur la terre, mais le glaive», en passant par l'imprécation de Jérémie : « Maudit qui fait mollement l'oeuvre du Seigneur. Maudit qui refuse le sang à son épée. » Ceux qui condamnent le christianisme au nom d'une « spiritualité » païenne  de type héroïco-guerrier aiment à mettre en exergue des citations comme celle qui enjoint d' «aimer ses ennemis comme soi-même». Mais ils omettent de prendre une telle citation dans son sens profond. L'injonction ainsi faite au chrétien est de ne pas utiliser contre l'adversaire des moyens indignes de la cause pour laquelle il lutte et de rester accessible à une forme de miséricorde et d'humilité. 

Au sein d'une certaine frange de la « droite » antichrétienne, où se mêlent parfois traditionalistes "évoliens" et partisans de la « nouvelle école », on cultive un curieux paradoxe : on reproche à la fois au christianisme de promouvoir une vision anti-héroïque du monde et de s'être imposé dans l'histoire par la violence. Sans doute la violence n'est-elle pas héroïque par définition. Elle ne l'est que lorsqu'elle rétablit l'ordre métaphysique nécessaire contre les injustices de l'ordre social contingent, la « juste inégalité », reflet politique du premier, au détriment de l'élitisme prédateur qui caractérise le second. Et telle est la violence du christianisme, comme celle de toute révolution-restauration oeuvrant dans la direction traditionnelle. Le glaive apporté sur la terre par Jésus est un glaive purificateur qui balaye les ferments de décadence spirituelle et à l'abri duquel les « hommes de bonne volonté » peuvent reconstruire quelque chose qui ressemble à un "'âge d'or" spirituel.
                                     
D'une main le chrétien combat le règne du Mal. De l'autre il édifie le Royaume de Dieu. C'est pourquoi, pour reprendre la belle image utilisée dans la Règle des Chevaliers de Notre-Dame, la vigueur du lion qui anime son bras n'a d'égale que la douceur de l'agneau qui lui inonde le coeur. L'exigence de justice postule la vigueur du lion. L'impératif de la paix appelle la douceur de l'agneau. Paix et justice : ce sont les deux grands idéaux du chrétien et, d'une manière plus générale, du traditionaliste. Paix et justice : ce sont les deux grands attributs de Melchissédec, selon l'ordre duquel nous avons vu que le Christ a été consacré. C'est pourquoi le Christ est aussi appelé « Prince de la Paix » et « Juge des vivants et des morts ».

La Paix, au sens chrétien et traditionnel du terme, n'est pas l'éphémère et fragile coexistence d'intérêts et d'appétits divers où se limite le pacifisme profane et qui n'est le plus souvent que la sournoise légalisation du triomphe du plus fort. Elle est au contraire synonyme d'unité primordiale retrouvée et aucune aristocratie autre que celle de l'esprit ne saurait en être la ratification politique. Voilà le sens de la parole de Jésus : « Je vous laisse ma Paix, je vous donne ma Paix, je ne la donne pas comme la donne le monde ».
Le regretté Jean-Claude Cuin écrit : « Ainsi l'apparent bouleversement apporté par l'application du Nomos n'est pas véritablement un changement ; mettant fin au changement, abrogeant le devenir, il semble changer quelque chose, alors qu'il est la stabilité en toutes choses : ainsi le Christ apportant apparemment la guerre donne-t-il la Paix, et laisse-t-il la Paix. Son type rayonne chez tous les souverains guerriers conformes à la justice, rétablissant, ou plutôt remanifestant l'ordre par la guerre sainte.»

Transitoire et purificatrice, la violence chrétienne - et, partant, toute violence s'exerçant au nom de la Tradition - ne s'explique et ne se légitime que par la Paix et la Justice qu'elle est cherche rétablir à long terme, conformément à l'ordre véritable subverti par le « péché originel », de plus en plus occulté au fur et à mesure de la décadence, et appelé à se remanifester au point de contact du cycle finissant et du nouveau.

 

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