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à propos d'Impérialisme païen...et des néo-païens.

Publié le par Christocentrix

L'Eglise a reçu les promesses de la vie éternelle, et non celles de l'empire du monde. Sa mission n'était pas d'assurer à Rome ou à Byzance la force, la puissance, les richesses, qui firent autrefois l'orgueil de la Grande Babylone, mais d'y faire briller lumineusement comme sur un phare la croix du Christ, en attendant de s'enfuir au désert devant les menaces du Dragon. « Mon royaume n'est pas d'ici-bas », a proclamé le divin Maître ; et ce que ses disciples doivent chercher par-dessus tout, c'est la justice de Dieu, non l'empire qu'il a accordé un moment aux vertus naturelles des vieux Romains, par un dessein gratuit de sa Providence, « comme un présent de vil prix », selon la grande parole de Bossuet.

Jamais l'univers n'a donc attendu de l'Eglise je ne sais quel doctrinarisme, quel formulaire de sociologie, destiné à assurer l'avenir à ses disciples. Personne n'est en droit de réclamer d'elle autre chose que les paroles du salut. Le reste, - c'est-à-dire la paix et quelque fois le bonheur et la gloire, - dépend d'abord de notre fidélité à cette base unique et nécessaire.


Ouvrez l'Evangile de saint Mathieu, le plus spécifiquement juif des quatre exemplaires primitifs de la Bonne Parole, celui de tous par conséquent qui devrait se ressentir davantage de ce Messianisme temporel qu'un Evola plagie tout en vitupérant contre ces sources asiates du christianisme : "En vérité, je vous le dis, y proclame Jésus, si votre justice n'est pas plus abondante que celle des Scribes et des Pharisiens, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux ", (V, 17). C'est-à-dire, si vous ne visez plus haut que la terre, à l'instar de ce grossier impérialisme judaïque, c'est alors qu'échouera fatalement votre expérience pseudo-chrétienne de la vie et de l'histoire, car vos réussites elles-mêmes ne vaudraient pas mieux que celle de l'antique animal raisonnable. C'est par la porte étroite de l'Épreuve que passe le chemin royal des futures résurrections, non par l'arc de triomphe trop humain des victoires terrestres.


Le seul triomphe assuré de l'Eglise consiste précisément en ce que, contre Dieu et contre son Christ, jamais plus la Bête ne restaurera son formidable empire ; plus jamais, contre l'Eglise, ne prévaudront les portes de l'enfer : et quiconque, tribun, prince ou dictateur, école, église ou secte, catholique, orthodoxe ou renégat, élève des plans à l'encontre de ce plan divin, verra tôt ou tard renverser tous ses espoirs :« Quiconque aura entendu mes paroles et ne les mettra pas en pratique ressemble à l'homme qui construit sa maison sur le sable. Les pluies viennent, les rivières débordent, le vent souffle, et tout s'en va croulant à la dérive ». (VII, 26).


Ainsi le christianisme, malgré tant de beaux siècles nouveaux, a pu ne pas susciter, sur les ruines de l'Empire romain, une République chrétienne plus puissante encore, plus étendue, plus tranquille, plus prospère, plus assurée de sa durée et de son hégémonie universelle. Eternellement la zizanie sera mêlée au bon grain dans le champ du Père de famille, jusqu'à ce que vienne l'heure de la récolte définitive. Chaque jour le filet du Pêcheur ramène sur la rive toutes sortes de poissons, gros et petits, bons et mauvais. Plus d'un intrus se glisse sans robe nuptiale au banquet du Roi. Les élus, même aux meilleurs temps, peuvent rester le petit nombre et la terre, jamais plus, ne sera le ciel. La mort, la douleur, le péché, la guerre, les révolutions seront jusqu'au dernier jour le lot de l'humanité chassée du Paradis, dévorée d'ignorance et de concupiscences. Mais nulle part non plus, ni jamais, personne n'obtiendra mieux des hommes ou pour eux, en dehors de l'Eglise ou contre elle.

Il n'y aura pas, en dépit de la transcendance chrétienne, d'humanité meilleure ou plus heureuse que celle qui engendre les saints.

L'apostolat restera le sel de la terre, et l'Eglise la grande éducatrice du genre humain. Jamais plus, même au temps de la grande apostasie, sa mission divine ne sera rapportée, atténuée ou partagée, pour passer à la Démocratie ou à un nouvel Impérialisme païen : « On entendra alors parler de guerres et de rumeurs de guerre. Ne vous troublez pas. Il faut que ces choses arrivent d'abord...» ; mais lointaine est peut-être encore la fin du monde. Longtemps «les peuples se soulèveront auparavent, nation contre nation, Etat contre Etat. Il y aura des pestes et des famines, des tremblements de terre ici et là ; mais tout cela n'est qu'un début des grandes calamités. On vous persécutera, et on vous fera mourir. Toutes les nations vous haïront comme chrétiens. Alors beaucoup succomberont au scandale, et trahiront et se haïront les uns les autres. Il s'élèvera des faux prophètes qui séduiront la multitude. Et parce qu'aura abondée l'immoralité, la charité s'attiédira chez le grand nombre, mais celui qui persévèrera jusqu'à la fin sera sauvé» (XXIV).


Voilà le fond de l'histoire chrétienne, au cours de laquelle aucune âme vraiment surnaturelle ne sera jamais sérieusement tentée de voir avec étonnement certains redoublement d'iniquité pareils à celui que nous traversons. Seul, l'animalis homo se trouble et voudrait que déjà l'Eglise militante d'ici-bas soit l'Eglise triomphante de l'éternité. Inguérissable utopie de l'Adam charnel, contre laquelle proteste l'exemple de tous les saints : ceux-ci savent qu'il ne saurait y avoir ici-bas de persévérance sans épreuves, d'épreuves sans combats, de récompenses enfin pour les tièdes et les pusillanimes.


Libre donc à Evola de peindre l'Eglise en ennemie, non seulement de l'Impérialisme païen, mais d'une sorte de superfascisme gibelin. En un sens il a raison. L'Eglise n'a cessé d'être en butte, à Rome, à travers les âges, à ces sourds accès de révolte contre le nouvel ordre providentiel du monde. Mais l'heure est passée de ressusciter ces vieilles querelles entre le Sacerdoce et l'Empire et ce n'est pas par la voix d'un Impérialisme païen à la Evola que pourra se résoudre la crise présente.

Même à l'époque où se livre paru et au simple point de vue de l'opportunité politique, "l'Impérialisme païen" reste un essai vain et plutôt médiocre. Jugeons-en : "Prise en soi", est-t-il écrit, "avec son subtil bolchévisme et son mépris pour tout souci de ce monde, la prédication de Jésus ne pouvait aboutir qu'à une chose : rendre impossible, non seulement l'Etat, mais la société même (page 19).

Le temps n'est plus d'agiter, comme un spectre, ce fantôme d'un Jésus doucement anarchiste, en révolte contre tout l'ordre national ou international du monde, au profit des "damnés de la terre". Ce Christ de fantaisie, trop vite adopté par la démagogie chrétienne de Tolstoï et du " Sillon", en dépit de ses origines maçonniques, est historiquement et dogmatiquement un mythe.

Jésus est né pauvre, mais il est né fils de David. Il a reçu l'hommage à la fois des bergers et des Mages. Jésus-Ouvrier est aussi le Christ-Roi et le Christ-Pentocrator. Aucun de ses véritables disciples ne l'a jamais appelé : "Camarade", mais : "Maître" et "Seigneur".


Quant à l'Église, c'est une vieille rengaine, renouvelée de Bayle et de Montesquieu que d'en faire, non seulement la religion des humbles, selon le mot de Bruno Bauer en 1850, mais une religion d'humbles, autant dire au seul usage de la pègre romaine qui se serait fait un Dieu de ce légendaire vagabond ; c'est un contre-sens et une niaiserie que de ressasser avec Beulé, dans Le Sang de Germanicus que "Le christianisme s'adresse aux pauvres, aux esclaves, aux désespérés". Non, Monsieur : il s'adresse à tous, pour être la religion de tous : des pauvres et des affligés comme des illustres et des puissants, voire des néo-pythagoriciens tout gonflés de l'aristocratisme de leurs faux systèmes, vieux comme le monde. C'est vouloir ignorer et dédaigner tous les documents relatifs à la prédication chrétienne que de nous la peindre même aux origines, restreinte à une pittoresque assemblée où s'empressent seulement les esclaves la chaîne aux pieds, les prostituées en quête de réhabilitation et les veuves en peine de consolation, les tire-pieds et les tire-laine, le bancal et le bossu, le Gavroche et l'assassin. Rien ne nous donne moins l'idée d'une synaxe des Catacombes que cette caricature de Cour des Miracles.


Où donc Evola a-t-il lu dans les Logia du Sauveur : «Que tout sera enlevé à ceux qui possèdent et donné à ceux qui n'ont rien» (page 106).

L'Evangile selon saint Matthieu proclame au contraire, d'ailleurs au sens tout spirituel à la fin de la parabole des talents : "Celui qui a sera comblé, et on enlèvera à celui qui n'a guère le peu qui lui reste" (MATT. XIII, 12, XXV, 29, LUC. XIX, 26). ( autre traduction : " car on donnera à celui qui a, quel qu'il soit, et il y aura pour lui surabondance; mais à celui qui n'a pas, on lui ôtera même ce qu'il a").
Et même aux premières agapes fraternelles des Catacombes, voire de l'Eglise communautaire de Jérusalem, il n'a jamais été question, ni de rançonner la noblesse romaine ou la ploutocratie juive au bénéfice des mendiants, ni au contraire de dépouiller de leur défroque les esclaves pour en revêtir de surcroît les riches matrones. L'Eglise, d'ores et déjà, formait sous ce rapport, à l'image de l'ordre civil, une société parfaite et complète, où régnaient et la générosité et la patience, comme deux formes de la même charité ; où les sesterces, les palais, les titres pas plus que les haillons, la maigreur ou les ulcères ne faisaient l'excellence des âmes, mais où comptait par dessus tout la grâce du Saint Esprit.
Non, ce ne sont pas les lieux communs humanitaires, que lui reproche Evola, qui ont attiré les foules à Jésus et à son Eglise. Les petits et les pauvres n'ont jamais attendu de lui la charte qui leur conquerrait la terre, mais seulement la clé qui leur ouvrirait le ciel. L'enseignement chrétien est étranger par principe à tout système du monde, non pas, certes, par suite d'une sorte de quiétisme, de fatalisme ou d'indifférentisme eschatologique, ou par sourde rébellion sociale, mais parce qu'il vise ailleurs et que toutes ses démarches essentielles divergent des bas intérêts temporels : «Serviteurs, écrit saint Pierre, soyez soumis à vos maîtres et redoutez de déplaire, non seulement, à ceux qui sont bons et raisonnables, mais aux pires » (I PETR., II, I8).
Et saint Paul : «Que chacun persévère dans l'état où Dieu l'a placé. As-tu été appelé à être esclave ? Ne t'en désole pas, mais au contraire, même si l'occasion t'était donnée de t'affranchir, choisis plutôt de servir. Car l'esclave mourant est libre aux yeux de Dieu ; et parallèlement, celui qui était libre ici-bas n'en meurt pas moins sujet du Christ » (I Cor., VII, 22). Aussi saint Polycarpe, avant d'être exposé aux bêtes, adressait-il de Rome à ses fidèles cette recommandation suprême : « Que les esclaves ne cherchent pas à se faire affranchir aux frais de la communauté, afin de ne paraître pas obéir servilement à leurs propres désirs ».
Et voilà tout le soi-disant miel des promesses de libération que le christianisme naissant agita sous les yeux des misérables :
« Soumettez-vous d'abord. Acceptez l'infortune, l'humiliation, la souffrance ; ajoutez-y de vous-même la mortification, afin de suppléer à ce qui manque encore à la passion du Christ. Ce n'est qu'à force de généreuse subordination aux volontés supérieures que vous rachèterez vos péchés et les péchés du monde ».

Quant au prétendu incivisme des premiers chrétiens, rebelles à l'Empereur; insoumis à la milice, c'est également une légende, pieusement entretenue par tous nos pacifistes, depuis les « objecteurs de conscience » jusqu'aux disciples aujourd'hui triomphants de l'ex-Père Hyacinthe Loyson et de Frédéric Passy. Ouvrons la lettre que Pierre écrivait de « Babylone » aux autres Eglises. Puisque Babylone est Rome, d'après Evola lui-même, nous allons entendre sans doute le Prince des Apôtres anathématiser la Ville éternelle, non seulement comme capitale de tous les vices maîtres de la terre et comme égout du monde, mais encore comme la cité des Césars, centre et noeud de l'Empire oppresseur de la conscience universelle ?
Eh bien, pas du tout ! Nulle part la moindre allusion à l'antagonisme entre les consuls et la canaille. Pierre, au point de vue moral prêche sans doute la lutte contre la débauche sensuelle qui est le péché par excellence de Rome païenne ; au point de vue social, il préconise la sainteté du mariage et de la famille et réclame la liberté : non une liberté civique qui serve de voile à la liberté du mal, mais seulement la liberté intérieure du bien, la liberté des enfants de Dieu. Car dans l'ordre politique, ce qu'il prône, c'est la docilité, c'est l'obéissance : «Soyez donc, à cause de Dieu, soumis aux pouvoirs établis, tant au Prince, comme maître de tous, qu'aux magistrats de tout ordre, comme délégués par lui pour assurer l'ordre contre les méchants à l'avantage des bons citoyens».
Est-ce donc là le langage d'un révolutionnaire, d'un ennemi des lois, avide d'une subversion totale de l'humanité ?


En réalité, loin d'être le virus qui devait infecter bientôt tout l'Empire de ses passions délétères, cette petite Eglise à peine née représente déjà la seule cellule vraiment saine qui survivra à toutes les catastrophes et deviendra le germe de la nouvelle Rome.

« Babylone » pour elle n'est nullement l'Etat : c'est le royaume du péché. Elle ne cherche pas à faire prévaloir contre la Cité terrestre un nouvel ordre de choses politiques, mais une mystique. Et c'est dans cette seule voie, depuis les Apôtres, qu'elle poursuit sa route et a réalisé toutes ses conquêtes.

 

 

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