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de la Parole aux textes

Publié le par Christocentrix

Jésus n'a pas écrit : il a transmis un message oral.
Les textes qui définissent le Christianisme ont été rédigés par des hommes, d'où la liberté qu'ils offrent de les analyser et de s'en distancier pour mieux avancer dans sa spiritualité. Mais quels sont-ils?
Toutes les grandes religions se réfèrent à des textes qu'elles tiennent pour fondamentaux. Le christianisme ne fait pas exception. Ce trait commun autorise à parler de religions du Livre pour les trois religions qui procèdent d'Abraham. Judaïsme et christianisme ont en commun la Bible et, dans le dernier demi-siècle, sous l'impulsion du renouveau biblique, les confessions chrétiennes ont pris une conscience plus vive de leur enracinement hébraïque. Elles y ajoutent le Nouveau Testament.
L'Islam voit dans le Coran le livre qui achève la révélation que Judaïsme et Christianisme auraient commencé à dévoiler. Là s'arrête la parenté, la relation avec ces textes fondamentaux n'étant pas identique pour les religions.
Les Églises chrétiennes ne se satisfont pas de leur définition de religions du Livre : elles préfèrent celle de religion de la Parole. C'est qu'elles n'ont pas la même idée de leur origine et ces divergences sont de grande conséquence sur leur relation aux textes. Pour les musulmans, le Coran a été dicté à Mohammed. Cette origine commande une lecture littérale, impossible de prendre quelque distance pour l'interpréter. La vision est différente pour les textes fondamentaux du Christianisme : les Évangiles n'ont pas été écrits sous la dictée de Dieu lui-même ou de quelque créature archangélique, mais par des hommes qui, quelques années après les événements, ont transcrit les souvenirs que les premiers disciples gardaient de leur existence partagée avec Jésus et de ses enseignements ; d'où les différences entre leurs récits. Ces textes n'inspirent pas moins de révérence, mais la distanciation ouvre un espace au travail de l'intelligence sur le texte et sa signification qui a permis le développement des sciences religieuses et dissuadent d'entreprendre une lecture purement fondamentaliste.

Dès les origines, les communautés chrétiennes ont associé la lecture de ces textes à leur pratique et c'est la fonction de l'Église, sous la conduite de l'Esprit par le ministère de ses docteurs, d'éclairer leur sens : les interprétations successives constituent la tradition qui se transmet de génération en génération.
C'est dans le Catholicisme romain et les Patriarcats d'Orient que l'association a été la plus étroite entre Écriture et Tradition.

Les Églises de la Réforme ont voulu réduire le poids de la tradition : sola scriptura fut leur mot d'ordre. Ceux qui s'appellent aujourd'hui les évangélistes entendent revenir à une lecture littérale qui récuse toute intervention extérieure par des autorités compétentes et fait confiance à la conscience personnelle, éclairée par l'Esprit, pour pénétrer le sens de ces textes.


Les religions produisent des textes. Elles ne cessent d'en concevoir qu'elles proposent à la dévotion des fidèles ou à leur intelligence. Entre tous ces textes, comment donc déterminer ceux qui doivent être tenus pour fondamentaux?

Pour le christianisme, la question concerne en premier lieu ceux qui évoquent ses origines : fondamentaux, parce qu'attestant sa fondation. Elle est d'autant plus essentielle que le christianisme est la plus historique des religions, celle qui entretient la relation la plus étroite avec l'histoire, en se référant à des événements dont l'historicité est matière de foi. Être chrétien, c'est croire que Dieu est entré dans l'histoire de l'humanité en se faisant homme. C'est croire aussi que Jésus est ressuscité. Les deux grands mystères de l'Incarnation et de la Rédemption ont été des événements historiques. D'où l'importance du choix des textes qui concernent les origines. Ils n'ont pas tous été retenus. L'Église a dressé une liste des Évangiles dits canoniques, jugés dignes de foi, et écarté les autres réputés apocryphes, ce qui ne voulait pas dire que ce fussent des faux, mais qu'ils n'offraient pas de suffisantes garanties sur les circonstances de leur rédaction ou les conditions de leur transmission pour concourir à l'instruction du peuple chrétien.

De ces textes, les Églises chrétiennes font quotidiennement mémoire, suivant la recommandation de leur fondateur. Les cérémonies du culte font une grande place à la proclamation des textes fondateurs. La prédication s'attache à commenter ces textes.

La nomenclature des textes réputés fondamentaux du christianisme n'est pas close avec ceux de la première génération qui traitent des commencements. Non pas que le christianisme considère que la révélation comporterait des aspects qui n'auraient pas été dévoilés d'emblée : aucune religion n'est plus réfractaire à l'idée d'une révélation distillée ou réservée à des initiés. L'essentiel a été annoncé par Jésus. Mais la tradition chrétienne est aussi trop consciente du décalage irréductible entre la réalité de Dieu et sa formulation par le langage humain pour ne pas laisser ouvert un champ à la recherche de nouvelles expressions. Ainsi, pour la définition de la foi, le credo de Nicée est un texte fondamental que les fidèles continuent de réciter dix-sept siècles après son adoption. Les écrits des Pères de l'Église d'Orient et d'Occident font aussi partie des fondamentaux. La notion de Pères de l'Église inclut un millénaire de la vie du christianisme, jusqu'à saint Bernard de Clairvaux et le renouveau patristique du dernier demi-siècle a remis à l'honneur ces grands textes dont la collection «Sources chrétiennes» (« Sources chrétiennes » a été créée en 1942 par les futurs archevêques de Lubac et Daniélou. C'est aujourd'hui une unité de recherche rattachée au CNRS ) a publié plus de cinq cents volumes.


Pour les Églises de la Réforme, les confessions de foi élaborées au XVIè siècle sont aussi des textes fondamentaux. L'une de ces Églises, celle qui procède de Luther, ne se dénomme-t-elle pas par la référence à la Confession dite d'Augsbourg?
Et pour l'Église de Rome, les grands textes du Magistère sont aussi des fondamentaux.


Ces textes ne sont pas restés lettre morte : on s'y réfère régulièrement, on s'en inspire. À force d'avoir été récités, médités, ils font partie du patrimoine de l'Europe. Que de citations de la Bible passées dans le domaine commun sans qu'on se souvienne toujours de leur provenance! Que de versets évangéliques devenus proverbiaux! Ces textes ne sont pas seulement fondamentaux pour les Églises et leurs fidèles : ils le sont aussi pour notre civilisation qu'ils ont contribué à fonder. Les mieux connaître, c'est aussi mieux nous connaître nous-mêmes.


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Philippe 03/02/2009 19:59

Pour cette série d'articles, je te soumets l'axiome réflexion suivant :
- le christianisme est une religion et une religion doit avoir un "commencement" ; faute de quoi, cette religion ne pourrait être distinguée d'entre les autres religions. Pour nous, elle n'existerait donc pas et l'on ne saurait rien en dire.
- ce qui a un commencement a aussi une fin. Cette inéluctabilité est insupportable et nous sommes toujours en quête d'un commencement d'une... éternité.

Je pense que les hérésies gnostiques chrétiennes, en spéculant sur une "raison de la foi", voulaient inscrire le christianisme dans l'éternité (et pas surtout pas dans le judaïsme).
Pareillement, chercher les "origines" du christianisme, dans une démarche de foi, c'est chercher ab intra la place de celui-ci dans l'éternité.
Car qu'est-ce que l'origine d'une chose, sinon l'éternité de son commencement.

Je vois là encore, à ce sujet comme sur beaucoup d'autres, que nous avons les mêmes centres d'intérêts.
Je suivrai donc ton travail attentivement.