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au milieu des ruines (1)

Publié le par Christocentrix

...."choisir d'opposer un front du refus à ce système ignoble né de la révolution du Tiers-Etat et menacé par celle, ascendante, du Quatrième-Etat. Cette forme de constestation dispose d'une stratégie de la rupture qui lui commande de ne pas retenir ce qui vacille, de ne pas restaurer ce qui s'effrite et de ne pas relever ce qui tombe. Proposer un radicalisme de la reconstruction, en s'affiliant au monde de la Tradition. Il n'est possible de trouver une solution à la crise du monde moderne qu'en se rattachant à des valeurs traditionnelles surnaturellement impérissables. Comme pour tout soulèvement digne de ce nom, il y a des écueils à éviter, une digue à ouvrir et un port d'attache à rejoindre. La barbarie, telle est la solution qu'il faut rejeter. La décadence, tel est le problème qu'il faut résoudre. La Tradition, telle est la solution qu'il convient d'accepter.

Cela est désormais acquis ;  un petit nombre d'individus, perdus dans la masse des êtres anonymes, souffre dramatiquement de « l'exil des âges scélérats » (Stefan George). Pour eux, le monde moderne - le monde de la Grande Blessure - se trouve dans un état critique, donc décisif. Ils n'ont plus à cacher leur Grand Dégoût devant la pantomine qui se joue sous leurs yeux.

Leur indifférence au romantisme révolutionnaire, leur haine pour tout ce qui est passivité de l'âme ou abandon spirituel, leur classicisme de l'action et de la domination, leur volonté de catharsis héroïque les font pencher du côté de la révolte, à la fois profonde et brutale. Dans le même temps qu'ils rejettent le harnachement des conventions petites-bourgeoisies, le corset des habitudes émasculantes, ceux-ci cherchent, conformément au mot d'ordre du futurisme italien à « tuer le clair de lune ». Puisqu'ils ont à combattre le système capitaliste collectivisant, ils doivent se garder de toute réaction instinctive, irréfléchie, se méfier des rébellions sans motivations franches et pénétrées de conformisme quand elles ne sont pas le fruit du ressentiment.

La contestation de ce petit nombre peut être anarchiste parce qu'elle a des propositions à faire, parce qu'elle est féconde en projets et riche en enseignements, parce qu'elle est grosse d'un monde nouveau alors que la Droite conservatrice ou les diverses Gauches ne font appel qu'au porc qui sommeille en l'homme. Aujourd'hui plus que jamais, il faut réunir les conditions d'un sursaut élitaire, articuler un refus éloquent, projeter une conspiration exemplaire. L'ordre, la hiérarchie, l'autorité, la communauté, l'action et la contemplation, telles sont les valeurs "subversives" qu'offre aux hommes différenciés l'anarchisme tourné vers la renaissance européenne. En lui, rien de construit, mais aussi rien de spontané:  c'est l'univers de la maîtrise et de l'être. De la sorte, contrairement aux réactions des pseudo-contestataires provoquées sans nul doute par la situation existante, celles d'un tel anarchisme témoignent d'un détachement véritable et d'un incivisme exemplaire. Ce genre d'anarchiste fait en sorte que chaque jour soit comme le dernier jour, tandis que le commun des mortels se débat dans les problèmes de la veille en attendant de trouver une solution le lendemain.

L'anarchiste traditionaliste est persuadé que c'est seulement à travers une certaine sévérité soldatesque que l'on peut fuir le destin de devenir bourgeois », sachant pertinemment que sont bourgeois, le rebelle chevelu qui a besoin de la société pour se faire remarquer... bourgeois l'anarchiste narcissique, individualiste, profondément incapable de se donner une discipline », étant finalement convaincu que « l'antithèse à l'esprit bourgeois n'est pas le salon ou le bar existentialiste, n'est pas la place d'Espagne ou Saint-Germain des Prés, c'est le camp, la palestre, la solitude, la montagne - Insensible au narcissisme, répondant à la nécessité d'une impersonnalité active consacrant plus l'oeuvre que l'individu, discipliné et indifférent aux modes, "l'anarchiste de droite" donne un sens à sa vie en contemplant le non-sens de la vie moderne, de type utilitaire et fatalement impuissante. Il suit tranquillement une orientation précise.

Combien Jünger avait raison lorsqu'il écrivit :« Mieux vaut être un délinquant qu'un bourgeois » ! Toutefois, si le ton est donné, l'indication reste vague : il est impossible de suivre à la lettre cette phrase paradoxale. Il faudrait compléter : Mieux vaut être un "anarchiste de droite" qu'un délinquant.

Avec sa légalité et ses magistrats, que peut le système contre la légitimité de notre anarchiste, inspirée par la dimension de la transcendance ? L'homme de la résistance n'aura de cesse de se maintenir à l'aide de la vision du monde qui lui appartient en propre. Son autodiscipline devrait suffire, de plus, à l'écarter de toute morale sociale contemporaine, née du Siècle des Lumières. Il sera convaincu qu' « il existe la vulgarité, la méchanceté, la bassesse, l'animalité, la perfidie, tout comme il existe la pratique imbécile de la vertu, le bigotisme, le respect conformiste de la loi » et que la première chose vaut aussi peu que la seconde » (F. Thiess).

Cette nouvelle forme de contestation ne doit pas tomber dans le vice inhérent à tout rejet, même positif : « l'euphorie du naufragé » et « le désir frénétique de créer et de détruire » qui lui fait écho. Aucune frénésie ou exubérance : la sérénité seule, seule indestructible, seule inaccessible au vulgaire. Aucune superficialité : l'unique preuve par soi-même. Ayant pour flèche la restauration de l'humain et pour cible le système bourgeois, "l'anarchisme de droite" peut mener à bien la reconquête de la spiritualité vraie. Face au « règne de l'on » (Heidegger) de plus en plus absolu, il saura lever une bannière et ne combattra pas sans cause.

Persuadé qu' « il faudrait une catharsis totale, une dénudation qui n'épargne rien, capable de dégager l'homme contemporain de ses concrétions, de son « moi », de ses orgueils et de ses oeuvres, de ses espérances et de ses angoisses », l'anarchiste de droite se tient debout au milieu des ruines, dans une impassibilité totale. Il sait que grâce aux ruines, la vue s'aiguise et la voix porte plus loin..."


                                                                           (suite message suivant) 

 

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christocentrix 29/11/2009 15:57


La raison d'afficher ce texte est la même que pour "assaut de la vraie culture"...

@daredevil : j'ai aussi pensé à toi....