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au milieu des ruines (2)

Publié le par Christocentrix

L'époque dans laquelle nous avons le courage de vivre doit faire penser à une nouvelle époque critique. Sinon, comment expliquer que les vieux consentent à brûler ou mutiler joyeusement leurs idoles de toujours, tandis que les jeunes foulent aux pieds toutes les croix qu'on leur présente et souillent tous les ciboires. Une fois encore, Nietzsche a parlé vrai : « Il semble que tout soit décadence. » Et il a montré l'issue de cet état de déchéance : « Il faut donc diriger ce déclin de telle sorte qu'il rende possible pour les plus forts une nouvelle forme d'existence. » Ailleurs, à propos du nihilisme européen, Nietzsche a vu que la dernière période ne pouvait être marquée que par la catastrophe et l'avènement d'une doctrine passant les hommes au tamis, poussant les faibles et les forts à des résolutions.

C'est l'évidence même, les « petits fonctionnaires de la vingtième année », avec l'indécence de leur jeunesse apprivoisée, ne pourront jamais donner le départ à une révolte sacrée. Réussir dans la vie, tel est leur but unique. Réussir à vivre dans ce monde de la profanation, au milieu des morts-vivants, tel est leur inconnu. Ils n'ont pas compris que la jeunesse, par nature, est une dissidence. Ils ne se rendent pas compte qu'ils sont les faillis de la vie, qui est énergie, audace, sacrifice.

Lorsqu'il s'agit de condamner cette attitude conformiste, ce « suivisme » méprisable, la fausse et la vraie contestation se rejoignent. Mais elles divergent dès qu'il est question de définir le contestataire. Si elles peuvent réprouver toutes deux les hommes clos, elles conçoivent différemment l'homme ouvert. Souvent, l'une met en avant l'homme du ressentiment alors que l'autre dresse en face de la société bourgeoise sur son déclin l'homme révolté. Le ressentiment est une position toute négative, « la sécrétion néfaste en vase clos d'une impuissance prolongée » - on peut trouver dans cette impuissance originelle l'explication des échecs successifs de la pseudo-contestation et les raisons de sa récupération totale ou de son aliénation totale. Par contre, un principe d'action profond fait l'homme de la révolte : à la source de son refus, il est aisé de découvrir une énergie surabondante, une offre de sacrifice. Contrairement aux rebelles sans cause qui ne font que prolonger les démocraties sans conséquence.

La raison d'être du ressentiment réside dans l'impossibilité de prendre ou de rendre, la révolte trouvant la sienne dans l'interdiction de donner ou de prêter. Le ressentiment conduit à se plaindre, la révolte à plaindre. De ce côté, on affirme : « Nous sommes tous des convives de pierre », par solidarité envers les aristocraties qui demandent à naître, envers l'intelligence, la force et la santé qui demandent à s'épanouir.

Les minorités qui opposent au système une contestation sans compromis, un front du refus intransigeant, doivent en réunir les victimes, celles qui l'ont été parce qu'elles avaient des capacités, parce qu'elles refusaient de se soumettre à la morne vie bovine de leurs contemporains. Le sens du slogan « Nous sommes tous des convives de pierre ! » pourrait être la nécessité d'une contestation faisant figure de coalition par le haut, très clairement puissante, dépassant et relayant la pseudo-contestation, qui n'apparaîtrait qu'une sorte de coalition par le bas, très nettement aboulique. Evola a eu les mots justes : « Seule compte la résistance silencieuse d'un petit nombre, dont la présence impassible de « convives de pierre » sert à créer de nouveaux rapports, de nouvelles distances, de nouvelles valeurs, et permet de constituer un pôle qui, s'il n'empêche certes pas ce monde d'égarés d'être ce qu'il est, transmettra pourtant à quelques-uns la sensation de la vérité - sensation qui sera peut-être aussi le début de quelque crise libératrice ».


Il faut tout de même préciser le sens de l'expression « convives de pierre ». On doit savoir que ces derniers ne peuvent que refuser la compagnie des « convives oisifs de la vie» (José-Antonio Primo de Rivera) qui, au tableau de l'existence, ne s'inscrit qu'avec les arabesques de la frivolité et au moyen de l'alphabet de la futilité.
S'ils partagent la vie des individus massifiés qui les entourent, c'est avec indifférence et distance. Ainsi, on peut espérer qu'à force d'assister au spectacle du désordre ambiant, ils s'affirmeront les acteurs de l'ordre renaissant. Du reste, ce qui les préserve de la lèpre matérialiste s'appelle l'antibourgeoisisme. Cet antibourgeoisisme prend pour cible aussi bien la bourgeoisie satisfaite et snobe que le prolétariat embourgeoisé. Le « convive de pierre » sait que le bourgeois se donne l'apparence d'être en révolte contre le pouvoir en place, mais qu'en fait il lui obéit civilement ; en d'autres termes, il est responsable de ce paradoxe : protester pour finalement consentir. Balzac avait compris que le bourgeois est, par ailleurs, une « créature faible en masse et féroce en détail », « essentiellement l'ami de l'ordre »(de l'ordre établi). II n'est pas insensé de prétendre que les bourgeois, parce qu'ils sont acquis aux convenances et parce qu'ils n'envisagent la vie que sous l'angle de la réussite matérielle, trouvent leurs vrais enfants dans toutes les pseudo-contestations.


En vérité, les hommes nouveaux devraient répondre aux critères présentés par Evola : antibourgeois parce qu'ils dédaigneront la vie commode ; antibourgeois parce qu'ils auront une conception supérieure de la vie, héroïque et aristocratique ; antibourgeois parce qu'ils ne suivront pas ceux qui promettent des avantages matériels, mais ceux qui exigent tout de soi-même ; antibourgeois parce qu'ils n'auront pas la préoccupation de la sécurité, mais parce qu'ils aimeront une union essentielle entre la vie et le risque, faisant leur l'inexorabilité de l'idée nue et de l'action précise, parce qu'ils n'auront qu'intolérance pour toute forme de rhétorique et de faux idéalisme, pour tous ces grandes paroles qui s'écrivent avec une majuscule, pour tout ce qui est seulement geste, phrases à effet, scénographie.

 


«Nous sommes nés dans les ruines. Quand nous sommes nés, l'or s'était changé en pierre» (P. van den Bosch). Le déclin de l'Occident laisse notre monde en ruines et pétrifie ce qui était aurifié : c'est la grande leçon à tirer de toutes les protestations ou révolutions de l'après-guerre. Mais on aurait tort de croire qu'il n'existe qu'une seule génération des ruines. En fait, il y a celle qui pille les restes de notre civilisation et il y a celle qui essaie de construire un ordre nouveau au sein du désordre, de réintroduire le cosmos à l'intérieur du chaos. Dans ce sens, la première contestation apparaît comme celle des êtres déchus qui vivent leur perte dans l'inconscience de leur salut. L'autre contestation appartient aux hommes qui acceptent de se tenir debout au milieu des ruines, avec la certitude que quelque chose prend fin et que quelqu'autre chose demande à naître : il y a un enfant vivant dans le corps moribond de la société libérale.


Les années qui viennent verront se dessiner l'alternative au système, qui repoussera dans le néant les sous-produits de la société bourgeoise. Avant même que la contre-culture underground soit définitivement remontée à la surface, la culture véritablement souterraine aura pris forme. Malgré l'esthétisation progressive des pseudo-contestations et contre le dépérissement de l'Etat se produira une restauration politique. La métaphysique de l'histoire, annonciatrice d'un nouvel âge d'or, remplacera le sens et la physique de l'Histoire. La plus profonde libération sexuelle partira de la Femme et de l'Homme absolus, éclipsant ainsi l'actuelle dégradation du sexe. Un front antibourgeois aristocratique et héroique naîtra de l'extinction de l'antibourgeoisisme populiste et massifiant. Le mal démocratique sera attaqué à la racine, non plus aux fruits. Peut-être qu'une nouvelle spiritualité, au-delà de l'intégrisme catholique et du néo-paganisme, l'emportera sur la « seconde religiosité » (Spengler). Les divers réductionnismes laisseront la place à la totalité de l'homme. La jeunesse de l'esprit vaincra la jeunesse des corps. La solidarité de quelques-uns tiendra en échec la lutte des classes ou celle des nations.


Le « non » de "l'anarchisme de droite" est lucide, souverain et absolu. II témoigne en faveur d'une orientation existentielle précise, à laquelle vient s'ajouter le désir aigu de reconstruire : c'est un « oui » domestiqué qui vient de loin. C'est le « oui » de la mémoire la plus longue et de l'ambition la plus grande : celui de l'affirmation absolue. Nous voulons : moins de prêches, plus d'exemples ; moins de démagogie, plus d'ontologie ; moins de féminisme, plus de féminité ; moins de soldats, plus de guerriers ; moins de rhétorique, plus d'enseignements ; moins d'érudition, plus de Connaissance ; moins de guelfes, plus de gibelins. Notre radicalisme de la reconstruction (Evola) sera une révolution pour l'Europe, contestant le système dans son entier, reprenant à son compte les valeurs de la Tradition et rejetant celles de la Subversion. Ce sera la révolte d'une génération, non celle d'une classe sociale ; celle d'une communauté d'esprit, non celle d'une quelconque Commune. Elle conviera à une révolution silencieuse et aura le privilège antidémocratique d'unir l'esprit militaire et la contestation étudiante, la force spirituelle et la résistance aux impérialismes. Elle agira en milieu urbain avec les vertus paysannes.



Ces textes sont des extraits d'un opuscule rédigé en 1977, par un cercle "évolien" dirigé par G.G.  Elle contient nombre de citations de Julius Evola.
                                                                            En toute impersonnalité active.......
 
 
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