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Aujourd'hui s'accomplit à vos oreilles ce passage de l'Ecriture...

Publié le par Christocentrix

..."l'Esprit du Seigneur est sur moi, car il m'a consacré par l'onction. Il m'a envoyé porter la bonne nouvelle......

Il replia le Livre....Tous avaient les yeux fixés sur lui....

Aujourd'hui s'accomplit à vos oreilles ce passage de l'Ecriture". (Luc, 4, 16 et ss...)

C'est cette mission que décrivait Isaïe dans des termes que Jésus, nous l'avons vu, s'est appliqué à lui-même au tout début de sa vie publique (Is. 61,1 ss). Nous sommes mieux à même de comprendre maintenant pourquoi c'est ce texte là que Jésus voulut faire retentir pour commencer à dévoiler son identité messianique. En peu de mots, en effet, cette prophétie résume l'oeuvre du salut, tel qu'il a plu à Dieu de le faire advenir.

 Peut-être même tout est-il dit dans cette simple expression « consoler les affligés » (v. 2). A coup sûr, pour bien l'entendre, il faut la débarrasser des harmoniques d'hypocrisie, de larmoiement et de sentimentalité que nos habitudes de langage pourraient y mettre. L'homme biblique est un tempérament positif, sa vie est exposée et rude : il n'appelle pas consolation les bonnes paroles ou les caresses, mais qu'on lui fasse justice, qu'on le débarrasse de ceux qui l'oppriment, qu'on lui rende l'enfant qu'il a perdu, qu'on lui donne les moyens de vivre en homme libre et debout ! Ses afflictions, ce sont celles qui pèsent sur tous les hommes et toutes les générations d'hommes, et qui font de la Bible, en dehors même de toute question de Révélation, l'un des chants d'humanité espérante et souffrante les plus extraordinaires qui aient traversé les siècles.

Ce qu'a fait Dieu dans son peuple au long des siècles de l'Ancienne Alliance ? Rien d'autre, peut-être, que d'amener un certain nombre d'hommes à confesser ouvertement qu'ils attendaient une consolation. Non pas celle qui rend l'âme esclave et l'accule à la hideuse résignation qu'un Marx, qu'un Nietzsche ont dénoncée. Mais celle qui veut que les mots Justice et Paix, Amour et Fidélité, Bonheur enfin, deviennent vrais sur notre terre, une fois pour toutes ; et qui sait que cela n'adviendra que par un renouvellement d'alliance entre Dieu et les hommes, que par une coopération active du ciel et de la terre (cf. Ps. 85,11-13). Les hommes veulent y mettre la main, mais ils savent que si Dieu aussi ne bâtit la maison, « en vain peinent les bâtisseurs ! » (Ps. 127,1).

Il est capital de souligner qu'il s'agit de tout autre chose que de ce que nous appellerions un idéal. L'idéal n'est guère qu'une projection phantasmatique, d'aspirations dont la séduction n'est qu'au prix de l'impuissance. Notre mentalité critique lui a réglé son compte. L'idéal, en effet, ne peut tenir que par un certain oubli volontaire de la force des choses. L'attente messianique, elle, s'intensifie et se purifie par cette même force des choses, qu'elle éprouve à fond et qui l'accule à refuser tous les trompe-faim. L'attente messianique veut étreindre une réalité tangible et totale, qu'elle a appris à savoir (par un réalisme suprême), impossible à l'homme seul mais possible à ce Dieu-avec-les-hommes qui la dévoile et, par instants, la rend comme imminente et en donne des avant-goûts. Ainsi, dans l'oppression ou l'exil, les hommes de l'ancienne Alliance criaient qu'il y avait des choses inacceptables ; Job criait qu'il y avait des vies invivables, un mal injustifiable ; toute une race de psalmistes criaient que l'homme n'était pas fait pour succomber à la maladie, à la haine, à la guerre, à la mort. Même ceux que l'épreuve épargnait apprenaient à reprendre ces cris au nom des autres, au nom de tout un peuple : tel le vieillard Siméon, cette figure saisissante d'une humanité déjà blanchie par sa douloureuse expérience, mais tenant bon dans l'espérance d'une humanité nouvelle - « il attendait, nous dit saint Luc, la Consolation d'Israël » (Lc 2,25). Nous disons que ces cris et ces aveux ont été inspirés par l'Esprit de Dieu, parce qu'il devait y avoir une réponse et afin que la réponse trouve des coeurs préparés à la recevoir.

Jean-Baptiste n'a été envoyé que pour ranimer ce cri au moment où les temps allaient « s'accomplir », c'est-à-dire où la réponse allait être dévoilée. Il n'a pas eu d'autre rôle que de rallier ceux qui se reconnaissaient affligés et justiciables de la consolation, de quelque bord ou par quelque chemin qu'ils vinssent. Tout un peuple accourait : des publicains, des soldats, des pécheurs. Seuls demeuraient à distance ceux pour lesquels la richesse, le pouvoir ou l'orgueil tenaient lieu de consolation. C'est dans ce bouillon de culture de l'espérance messianique que descend Jésus. On devrait dire : qu'il s'enfonce, car cela se passe aux bords du Jourdain, non loin de Jéricho, dans un des lieux les plus bas du monde, les plus pauvres et les plus grandioses aussi. C'est là que Jean-Baptiste commence à laisser filtrer le secret dont il est dépositaire (Jn 1,29 s) et que, guidés par le geste de sa main, ceux qui allaient devenir les premiers disciples de Jésus soupçonnent la vérité. André s'en va trouver son frère Simon - le futur Pierre, chef des Apôtres - et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie ! » (Jn 1,41).

 A cette heure, la vie dite publique de Jésus est commencée. Le processus de l'accomplissement messianique est déclenché. Rien ne peut plus l'arrêter. Entre le moment où Jésus se présente devant le Baptiste et lui dit: « II nous convient d'accomplir toute justice » (Mt. 3,15), et l'instant où il murmure sur la Croix: « Tout est achevé » (Jn 19,30), il ne se sera guère écoulé plus de trente mois. Trente mois qui, pour nous chrétiens, ont transformé sinon déjà la face du monde, du moins son coeur, et le sens du destin humain. Trente mois d'action messianique dont l'actualité demeure intacte, dont l'énergie continue à nous travailler. Car après vingt siècles, la confession de foi des disciples demeure la nôtre : "Tu es le Christ" !...

Il nous reste cependant à exprimer quelle signification aussi moderne que traditionnelle elle a pour nous. J'y reviendrai...

 

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christocentrix 02/05/2010 15:52



Il est aisé de remarquer l'énorme distance culturelle qui nous sépare des contemporains de Jésus - leur univers religieux, social, économique et politique est si éloigné du nôtre que nous
avons de la peine à comprendre ce langage où l'on parle de Royaume de Dieu et d'accomplissement des temps, de repentance et de rémission des péchés, d'Alliance Nouvelle et éternelle ou de culte
en esprit et en vérité, de salut ou de nouvelle naissance. Mais plus on se rend familier de ce langage, plus on s'aperçoit que, sous la variété des thèmes et des concepts, un unique message,
infiniment simple, est véhiculé, proclamé, expliqué. Ce message est celui-ci : Jésus est le Messie ou le Christ, c'est-à-dire celui qui a établi l'humanité dans une structure nouvelle de destin ;
celui en qui se joue notre destin à tous, aussi bien notre destin le plus personnel que le destin collectif de l'humanité.


Dans notre foi chrétienne, il y a donc cette certitude, reçue de Dieu, que l'humanité n'est pas une simple succession linéaire de générations, disparaissant les unes derrière les autres, dont la
cohésion et la réussite dépendraient uniquement des liens « de la chair et du sang », où des personnalités individuelles ou collégiales émergeraient selon des lois complexes mais purement
socio-biologiques, pour en « conscientiser » le mouvement, ou même en infléchir l'aventure dans un sens ou dans un autre, et de toute manière vers un néant final. L'humanité est centrée,
c'est-à-dire qu'elle a un centre, un « chef » au sens où saint Paul emploie le mot, et qui est précisément le Christ (cf. Ep. 1,10).


Saint Paul veut dire tout d'abord que le Christ récapitule en lui le destin de tous et de chacun, jouant ainsi le rôle de « nouvel Adam » (Rm. 5, 18 s. ; 2 Co. 5,14). La chance de l'humanité
s'est jouée et définitivement gagnée dans le Christ, par sa victoire sur la haine, le péché, la mort. Ce faisant, il n'a pas confisqué le destin humain : il en a révélé les dimensions, l'horizon,
l'enjeu. Il rend à ceux qui reçoivent cette révélation le plein usage de leur liberté. II les associe à son combat. Mais, que nous le sachions ou non, sa simple existence, à plus forte raison
tous ses actes, nous concernent tous. D'une manière qui demeure en beaucoup de cas infiniment mystérieuse à nos yeux, il est le point de passage obligé de tout homme vers l'accomplissement de son
destin. Ce qu'a vécu Jésus fait parti intégrante de l'histoire personnelle de chacun d'entre nous, ou, si l'on préfère, de notre préhistoire, mais qui a marqué chaque homme à jamais. Cette
solidarité est établie une fois pour toute depuis que Jésus a achevé le moment charnel de son oeuvre, c'est-à-dire depuis qu'il est mort et ressuscité. Un jour, nous le croyons, « chacun le
verra, même ceux qui l'ont transpercé » (Ap. 1,7).


Mais que ces certitudes sont délicates à tenir et à manier, et comme les chrétiens y peuvent y être maladroits ! (moi le premier). Car, d'une part, il leur revient de les annoncer,
parce qu'elles sont « Bonne Nouvelle », qu'elles ont la vérité d'un état de fait, et qu'elle communiquent à ceux qui les reconnaissent l'abondance de la vie même du Christ. Et, d'autre part ils
ne doivent jamais oublier que le Christ ne peu plus être un inconnu ni un étranger absolu pour qui que ce soit ; or il y a des manières de parler de lui qui créent de terribles malentendus et
empêchent justement la rencontre qu'elles prétendent favoriser. L'Évangile nous montre le Christ particulièrement proche de toutes sortes de gens que l'ont eût pu croire très éloignés d'être
concernés par lui. Instruit de ces épisodes évangéliques, tout chrétien doit respecter en chaque homme le mystère de sa relation au Christ, y compris en respectant la liberté de celui qui la nie
: car ce n'est pas ailleurs que du sein de cette liberté qu'il pourra la reconnaître s'il plaît au Christ de se manifester, et cette relation est pour nous trop certaine pour que nous cherchions
à en discourir avec l'âpreté qu'on met à défendre de mauvaises causes.



christocentrix 01/05/2010 14:03



Notre mot français "messie" est la transxription du mot hébreu "maschinah" qui signifie "oint". Le mot "Christ" est la transcription de la traduction grecque du précédent, "Christos".


A la dynastie de david, Dieu se lie par un serment et une promesse solennelle qui dépasse l'horizon de la royauté palestinienne et fait surgir le thème messianique; l'attente d'un "roi" oint par
Dieu pour opérer un salut aux dimensions de la Création. Cette attente se prolongera même après la ruine de la royauté davidique et la continuité de "l'onction" plus tard sur la personne du Grand
Prêtre. Les Prophètes, eux, ne cesseront de porter leur regard sur l'accomplissement de la promesse faite à David et peu à peu se précisera les traits de ce Messie qui devra être revêtu de la
plénitude de l'Esprit de Dieu. (Cf. Isaïe...). Une telle onction est au-delà d'un simple rituel mais signifie la "prise de possession" par Dieu de son Messie pour sa mission d'accomplissement de
la promesse. Tel se présentera Jésus....



christocentrix 01/05/2010 13:41



On voit bien là encore que Jésus de Nazareth est une personnalité qui s'impose bien au-delà de tout ce qui a humainement contribué à la façonner. Il porte en lui seul la raison suprême et
suffisante de ce qu'il fait et de ce qu'il dit. Il ne se recommande de personne, sinon de Celui qu'il appelle son Père. De fait, s'il est passé par l'éducation normale d'un jeune de village
galiléen, il ne passe par aucune école de scribes : il n'a ni diplômes ni maîtres humains (cf. Jn 7,15). S'il a pu fréquenter certains milieux caractérisés, il est demeuré libre de toute
allégeance, il ne fait partie d'aucune secte, d'aucun parti et demeure inclassable. Il ne se prévaut d'aucune introduction humaine. A la différence des rabbis qui justifiaient leurs
interprétations des livres saints par des références aux opinions des Anciens, Jésus pose ses paroles comme un commencement absolu. Il précise que Moïse a parlé de lui (Jn 5,46), que toute
l'Ecriture, d'ailleurs, a parlé de lui. Il reconnaît en Jean-Baptiste celui qui était spécialement envoyé pour préparer les voies devant lui. Et pourtant, quand il parle à son tour, c'est quelque
chose d'absolument neuf. Il ne dément pas ceux qui parlaient de lui, il reprend à son compte maintes et maintes affirmations des Ecritures, ou de certaines traditions, mais il n'en dépend pas.
Même le Baptiste est à ses yeux un précurseur « inutile », en ce sens qu'il peut se passer de son témoignage (Jn 5,33 ss). C'est lui qui parle et qui prend l'initiative d'une parole dont l'«
autorité » a obscurément frappé dès le commencement tous les auditeurs (Mc 1,22): « Moi je vous dis! »(Mt. 5,22, etc.).


Ce faisant il se manifeste comme un homme libre, hardi. Avec une spontanéité parfaite, il interpelle, il répond, il rétorque. Sa parole est événement. Au point que la question ne pouvait pas ne
pas se poser chez un certain nombre de ses auditeurs : Jésus parle - mais qui donc parle? Or Jésus ne se contente pas de dire certaines choses, mais, parlant, il exprime sans cesse qui il est.
Son identité n'est pas une énigme dont le mot ne serait livré qu'à la fin du discours, par l'apport d'un élément nouveau, inattendu et extrinsèque, comme à la fin de certaines comédies on apprend
par un coup de théâtre, par une lettre, par un quelconque deus ex machina, que la servante est fille de prince ou que le gentilhomme ruiné hérite d'une fortune fabuleuse. L'identité de
Jésus est dévoilée, donnée en chaque geste ou parole : comme la lumière de l'étoile très lointaine touche la plaque sensible dès la première seconde, et cependant n'apparaît indubitablement qu'au
bout d'un certain temps d'exposition. Ainsi a-t-il fallu aux disciples (ainsi nous faut-il à tous) un certain temps d'exposition à la parole de Jésus pour percevoir de quelle source elle provient
et de quelle lumière elle témoigne. Il faudra même à saint Jean un temps d'exposition notablement plus long que celui qui fut imparti aux autres Apôtres - au cours d'une longue vie de chef
d'Église et d'évangéliste - pour percevoir que Jésus n'est pas seulement quelqu'un qui parle, comme personne n'a parlé, mais qu'il est la Parole même, le Verbe (Logos : Jn 1), le Donneur de sens.
Tout ce qui parle, et qui est parole intelligible adressée à quelqu'un, parle à partir de lui, parle pour lui, parle de lui.


Mais bien avant que ce sommet de la Révélation ne soit atteint, Jésus lui-même provoque ses disciples à lui répondre. II estime que le « temps d'exposition » a déjà été suffisant pour les
interpeller : "Qui suis-je, au dire des gens ? Ils lui dirent : Jean-Baptiste ; pour d'autres, Elie ; pour d'autres : quelqu'un des prophètes. Mais pour vous, leur demanda-t-il, qui suis-je?
Prenant alors la parole, Pierre lui répond : Tu es le Christ !" (Mc 8,27-29.)