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de l'aristocratie (Nicolas Berdiaev) (1- début)

Publié le par Christocentrix

(chapitre extrait du livre de Nicolas Berdiaev "de l'Inégalité" 1918-1923)

 

"En votre siècle démocratique, aimer l'idée aristocratique est devenu le partage du petite nombre. Avoir des sympathies aristocratiques, c'est manifester soit un instinct de classe, soit un esthétisme sans aucune importance pour la vie. En réalité, l'aristocratie a un sens et des fondement plus profonds et plus essentiels. Ils sont aujourd'hui couverts d'ombre et l'on s'est mis à les oublier. Or celui qui s'intéresse à l'essence de la vie, et non à sa surface, devra reconnaître que ce n'est pas l'aristocratie, mais la démocratie qui est privée de bases ontologiques, que c'est justement la démocratie qui ne contient rien de nouménal et dont la nature est purement phénoménologique.
L'idée aristocratique exige la domination réelle des meilleurs; la démocratie, la domination formelle de tous. En tant que gouvernement des meilleurs, qu'exigence d'une sélection qualitative, l'aristocratie reste à jamais un principe supérieur de la vie sociale, la seule utopie digne de l'homme. Et toutes vos clameurs démocratiques, dont vous assourdissez les places et les bazars, ne vont pas déraciner du coeur noble de l'homme le rêve du règne des meilleurs, des élus, elles ne vont pas étouffer cet appel qui monte des profondeurs pour que ceux-ci se manifestent, pour que l'aristocratie entre dans ses droits éternels.

Il convient de rappeler à notre basse époque les paroles de Carlyle dans son livre admirable sur Les Héros et le culte du héros : « Tous les processus sociaux que l'on puisse observer dans l'humanité conduisent vers une seule fin (une autre question est de savoir s'ils l'atteignent ou non). Cette fin consiste à découvrir son Ableman, « son homme capable », et à le revêtir des symboles de la capacité : de grandeur, de vénération, ou de ce que vous voudrez, pourvu qu'il ait la possibilité réelle de gouverner les hommes selon sa capacité. Les discours électoraux, les motions parlementaires, les lois sur les réformes, la Révolution française, tout cela tend essentiellement à cette fin que j'indique; dans le cas contraire, ce n'est plus qu'un parfait non-sens. Trouvez l'homme le plus capable dans un pays donné, placez-le aussi haut que vous le pourrez, respectez-le avec constance, et vous acquerrez un gouvernement tout à fait parfait, et aucun scrutin, aucune rhétorique parlementaire, les votes, les institutions constitutionnelles, en général aucune mécanique ne peuvent plus améliorer d'un iota la situation d'un tel pays ». 

Il convient aussi de rappeler Platon à notre temps. Il y a, dans son utopie aristocratique, quelque chose d'éternel, encore que son enveloppe eût été provisoire. On ne saurait surpasser son principe aristocratique même. Il avait séduit le Moyen Age et il séduira encore les temps à venir. Tant que l'esprit de l'homme est encore vivant et que son image qualitative n'est pas définitivement écrasée par la quantité, l'homme aspirera au règne des meilleurs, à l'aristocratie authentique.
Et que pourriez-vous opposer à ce haut rêve de l'homme, à cette seule utopie valable ? La démocratie, le socialisme, l'anarchie. Je m'en vais analyser ces songes et ces fantasmes qui sont les vôtres. Le principe aristocratique est ontologique, organique, qualitatif. Tout vos principes, démocratiques, socialistes, anarchiques, sont formels, mécaniques, quantitatifs; il sont indifférents aux réalités et aux qualités de l'être, au contenu de l'homme.

En fait, on ne peut même pas opposer la démocratie à l'aristocratie. Ce sont là des notions
incommensurables, de qualités complètement différentes.
La démocratie représentative peut se donner pour but une sélection des meilleurs et l'établissement du règne de l'aristocratie véritable. On peut l'entendre comme l'institution de conditions favorables à un choix qualitatif, à la distinction de l'aristo-cratie. Et son objectif peut consister à rechercher l'aristocratie réelle et non pas formelle, c'est-à-dire à écarter celle qui ne représente pas le règne des meilleurs et à laisser la voie libre à l'authentique. Toutes les démocraties que vous inventez servent mal ces fins, elles les oublient au nom d'intérêts misérables du jour présent. La démocratie devient facilement un instrument formel pour l'organisation des intérêts. La recherche des meilleurs est remplacée par celle des gens qui correspondent le mieux aux intérêts donnés et qui les servent plus efficacement. Par elle-même, la démocratie n'a pas de contenu intérieur, ontologique, et c'est pourquoi elle peut se mettre au service des fins les plus contradictoires. Par cela même, elle se distingue essentiellement de l'aristocratie qui est idéal de noblesse, de race, de qualité.


Ne vous laissez pas tromper par les apparences, ne cédez pas à des illusions trop indigentes. Depuis la création du monde, c'est toujours la minorité qui a gouverné, qui gouverne et qui gouvernera. Cela est vrai pour toutes les formes et tous les genres de gouvernement, pour la monarchie et pour la démocratie, pour les époques réactionnaires et pour les révolutionnaires. On ne saurait échapper au gouvernement de la minorité, et vos efforts démocratiques pour créer le règne de la majorité représentent en fait une pauvre autosuggestion. La seule question qui se pose est de savoir si c'est la minorité la meilleure ou la pire qui gouverne. Une minorité en remplace une autre, c'est tout. Les plus mauvais renversent les meilleurs, ou bien c'est l'inverse. Il ne peut tout simplement pas y avoir de pouvoir ou de gouvernement direct par les masses, ce n'est possible qu'au moment où déferlent les forces de la révolution ou de l'insurrection. Très tôt, une différenciation s'établit et une nouvelle minorité se forme qui s'empare du pouvoir.
Aux époques révolutionnaires, c'est en général une poignée de démagogues qui gouverne en utilisant habilement les instincts des masses. Les gouvernements révolutionnaires qui se prétendent populaires et démocratiques sont toujours la tyrannie d'une minorité, et bien rares ont été les cas où celle-ci était une sélection des meilleurs. La bureaucratie révolutionnaire est généralement d'une qualité encore plus basse que celle que la révolution a renversée. La masse révolutionnaire ne sert jamais qu'à créer le climat favorable à l'instauration de cette tyrannie de la minorité.
Le triomphe de la démocratie n'est-il pas toujours illusoire autant qu'éphémère? Tout aussi fantomatique serait celui du socialisme, s'il était en général possible. Affranchissez-vous du pouvoir des mots et des apparences, scrutez plus attentivement l'essence même de la vie.
Dans la vraie réalité, la question qui se pose invariablement est de savoir si c'est l'aristocratie ou l'ochlocratie qui l'emporte. En réalité, il n'y a que deux types de pouvoir l'aristocratie et l'ochlocratie, le gouvernement des meilleurs ou celui des pires. Mais c'est toujours le petit nombre qui prévaut. La domination de tous ne signifie rien de réel, sinon le chaos obscur, indifférent et indistinct. Le diriger suppose qu'un élément, aristocratie ou oligarchie, se distingue et se met en avant. La tendance à former une noblesse est invincible. Celle-ci demeure pour les siècles le modèle d'un état qualitativement supérieur, d'une race différenciée et choisie.
La bourgeoisie a imité la noblesse; le prolétariat fera de même. Tous les parvenus veulent être des nobles. Dans le socialisme, le prolétariat veut constituer une aristocratie nouvelle. Il appert qu'une minorité à la situation privilégiée est nécessaire dans le monde. La destruction d'une hiérarchie et d'une aristocratie historique ne signifie pas que le principe en soit aboli. Il s'en forme de nouvelles.

Tout ordre vital est hiérarchique, il a son aristocratie. Seul un amas de décombres n'est pas hiérarchisé et aucune qualité aristocratique ne s'en dégage. Si la hiérarchie véritable est violée et l'aristocratie anthentique détruite, il en apparaît de fausses. Une bande d'escrocs et d'assassins, laissés-pour-compte de la société, Peut former une pseudo-aristocratie et représenter quelque principe hiérarchique dans l'ordre social. Telle est la loi de tout ce qui est vivant et qui possède les fonctions de la vie.
Seul un tas de sable peut exister sans hiérarchie ni aristocratie. Et votre négation rationnelle de leurs principes entraîne toujours un châtiment immanent. Au lieu d'une hiérarchie aristocratique, l'on obtient une hiérarchie ochlocratique. Le règne de la tourbe engendre sa propre minorité élue, sélectionne les meilleurs et les plus forts dans la muflerie, les princes des voyous au royaume de Cham. Dans le domaine religieux, le renversement de la hiérarchie du Christ met en place celle de l'antéchrist.
Sans une pseudo-aristocratie, une aristocratie inverse, vous ne pourriez vivre un seul jour. Tous ceux qui sont de la plèbe voudraient entrer dans le cercle de l'aristocratie, envers laquelle l'esprit de la plèbe nourrit haine et jalousie. L'homme du peuple, le plus simple, peut ne pas être plébéien dans ce sens. Le paysan peut avoir des traits de la noblesse véritable, laquelle ignore l'envie, les traits hiérarchiques de sa propre race divinement prédestinée.

 

L'aristocratie est une race au fondement ontologique, aux caractères propres qu'elle n'emprunte à personne. Elle a été créée par Dieu et c'est de Lui qu'elle a reçu ses qualités.
Quand une aristocratie historique tombe, une autre cherche à s'établir. Tant la bourgeoisie, représentant le capital, que le prolétariat, représentant le travail, ambitionnent d'être l'aristocratie. Les prétentions aristocratiques du prolétariat dépassent même celles de toutes les autres classes, car selon la doctrine de ses idéologues, il doit se considérer comme l'élite, comme la classe-messie, comme la seule humanité véritable et la race supérieure. Or tout désir d'entrer dans l'aristocratie, de s'élever jusqu'à elle à partir d'un état inférieur n'est pas aristocratique par essence. Le seul aristocratisme possible est naturel, inné, celui qui vient de Dieu. La mission de l'aristocratie authentique ne consiste pas tant à accéder à des états supérieurs, qu'elle n'aurait pas encore atteints, qu'à condescendre à des états inférieurs.
L'aristocratisme intérieur aussi bien que l'extérieur est inné et non acquis. Son caractère est la générosité et non l'avidité. L'aristocratie véritable peut servir les autres, l'homme et le monde, car elle ne se préoccupe pas de s'élever elle-même, elle est située suffisamment haut par nature, dès le départ. Elle est sacrificielle. C'est en cela que réside la valeur éternelle de son principe.
Dans la société humaine, il faut qu'il y ait des gens qui n'ont pas besoin de s'élever et que ne chargent pas les traits sans noblesse de l'arrivisme. Les droits de l'aristocratie sont inhérents, non procurés. Il faut qu'il y ait dans le monde des gens aux droits innés, un type psychique qui ne soit pas plongé dans l'atmosphère de la lutte pour l'obtention de droits. Ceux qui en acquièrent par le travail et le combat n'en sont pas moins sujets au ressentiment, à la vexation, souvent à la haine; ils portent le fardeau de leur passé peu éminent. Je ne parle certes pas des hommes exceptionnels qui sont au-dessus de la loi, j'entends le niveau moyen.

Il n'y a de possible et de justifiée que l'aristocratie de grâce divine, par l'origine et la vocation spirituelles, et aussi par l'extraction noble, par la relation avec le passé. Ce que vous considérez comme injuste et révoltant dans la position de l'aristocrate est précisément la justification de son existence dans le monde, le privilège de ses origines, de sa naissance, non de ses mérites personnels. Seul est aristocrate celui qui l'est indépendamment de ses mérites et de son industrie. Et il convient qu'il en soit ainsi dans le monde. Le génie et le talent relèvent de l'aristocratie spirituelle parce qu'ils sont gratuits, qu'ils ne sont pas mérités ni obtenus par le travail. Ils sont reçus de naissance, dès l'origine et par héritage spirituel. L'aristocratie spirituelle a la même nature que l'aristocratie sociale, historique, c'est toujours une race privilégiée qui a reçu en don ses avantages. Et une telle race spirituellement et physiquement privilégiée doit exister dans le monde afin que les caractères nobles de l'âme puissent s'exprimer. La noblesse est bien le fondement psychique de tout aristocratisme. Elle ne s'acquiert pas, elle est un don du sort, elle est une propriété de la race. La noblesse est une espèce de grâce psychique. Elle est directement opposée à toute susceptibilité et à toute envie, elle est conscience du fait que l'on appartient à la hiérarchie véritable, à ce que l'on s'y trouve dès l'origine et par naissance. Celui qui est noble sait qu'il y a des degrés qui lui sont hiérarchiquement supérieurs, mais cela ne provoque chez lui aucune amertume, ne l'humilie pas, n'affecte pas sa dignité. Le sentiment de sa dignité représente également une base psychique de l'aristocratisme, elle n'est pas non plus acquise, elle est donnée. Telle est la dignité des fils dont le père est noble. L'aristocratisme est une filiation, il suppose le lien ancestral. Ceux qui n'ont pas d'origine, qui ne connaissent pas leur père ne peuvent être des aristocrates.


L'aristocratisme de l'homme, qui est le plus haut degré hiérarchique de l'être, c'est celui de la filiation divine, celui des fils de Dieu qui sont nés noblement. Voilà pourquoi le christianisme est une religion aristocratique, celle des libres fils de Dieu, celle de la grâce donnée gratuitement par Dieu. La doctrine de la grâce est un enseignement aristocratique.
Toute psychologie de l'offense ou de la revendication n'est pas aristocratique, c'est une psychologie plébienne. Aristocratique est la psychologie de la faute, celle des libres enfants de Dieu. Il est plus propre à l'aristocrate de se sentir coupable que vexé. Le christianisme est pénétré de cette psychologie-là. La conscience chrétienne des enfants de Dieu et non pas des esclaves du monde, celle des fils de la liberté et non pas de ceux de la nécessité est la conscience aristocratique. Ceux qui se sentent les rejetons illégitimes de Dieu, offensés par le sort, perdent leurs traits de noblesse. L'aristocrate doit avoir le sentiment que tout ce qui l'élève est reçu de Dieu et tout ce qui l'abaisse est l'effet de sa propre faute. Cette attitude est absolument opposée à la psychologie plébéienne qui considère tout ce qui élève comme un bien acquis et tout ce qui abaisse comme une insulte et comme la faute d'autrui. Le type de l'aristocrate s'oppose à celui de l'esclave et du parvenu. Il s'agit là de races psychiques différentes. Un ouvrier peut avoir une tournure aristocratique de l'âme, alors qu'un noble peut n'être qu'un laquais.


Et vous, vous voudriez rabaisser la qualité de la race humaine, éliminer les traits aristocratiques de l'image de l'homme. La noblesse vous répugne. Vous bâtissez votre royaume sur la psychologie plébéienne, celle de la vexation, de la jalousie et de la haine.Vous prenez ce qu'il y a de plus mauvais chez l'ouvrier et le paysan, chez la bohème intellectuelle, et vous voulez créer avec cela la vie future. Vous en appelez aux instincts vindicatifs de la nature humaine. Votre bien naît du mal, vous voulez faire briller votre lumière à partir des ténèbres.
Votre Marx a enseigné que la nouvelle société devait naître du mal et dans le mal, et le soulèvement des sentiments humains les plus sombres et les plus laids était pour lui le moyen d'y parvenir. Au type psychique de l'aristocrate, il a opposé celui du prolétaire. Or celui-ci est bien l'homme qui ne veut pas connaître son origine et qui n'honore pas ses ancêtres, pour lequel il n'existe ni race ni patrie. La conscience prolétaire place la susceptibilité, l'envie et la vengeance au rang des vertus de l'homme nouveau. Elle voit une libération dans la révolte et l'insurrection qui constituent le plus terrible esclavage de l'âme, son asservissement aux choses extérieures, au monde matériel. Le prolétaire est rejeté à la surface, l'aristocrate doit vivre à une profondeur plus grande, en sentant des racines et des liens plus profonds. La conscience prolétaire déchire la relation des temps, elle détruit le cosmos. Une telle psychologie ne doit pas être inévitablement celle de l'ouvrier, de l'homme qui se trouve aux degrés inférieurs de l'échelle sociale. L'esclave peut sentir lui aussi son rapport filial avec Dieu, avec sa patrie, son père et sa mère. Il est capable d'éprouver dans son âme le sentiment profond de sa liaison avec le grand tout national et cosmique, de sa place dans la hiérarchie.
J'ai connu de simples ouvriers qui étaient plus aristocratiques que bien des nobles. Mais vous ne voulez pas que l'ouvrier se trouve dans cet état de noblesse, vous voulez en faire un vrai prolétaire et un plébéien par conviction. A la base de votre royaume qui nie tout aristocratisme, vous placez le soulèvement de l'esclave et l'insurrection du plébéien. Or il y a dans la révolte quelque chose de servile. Le noble qui a conscience de sa dignité supérieure, qui maintient en lui-même la haute image supérieure de l'homme, l'aristocrate, par l'âme ou par le sang, s'il n'a pas dégénéré et s'il n'a pas déchu, trouvera d'autres moyens pour défendre la vérité et la justice, pour confondre l'iniquité et le mensonge.
Une vie nouvelle et meilleure peut naître de l'aristocratisme intérieur quand l'âme est rendue noble. Mais elle ne naîtra jamais de la serviture insurgée ni d'un vil refus de toute sainteté et de toute valeur. Votre type de prolétaire est une négation incarnée de l'éternité, une affirmation de la corruption et du temporel. Le type de l'aristocrate véritable vise l'éternel.

Il y a dans l'aristocratisme une injustice, un caprice, un arbitraire divins sans lesquels la vie cosmique et la beauté de l'univers sont impossibles. La plate exigence plébéienne et prolétarienne d'une équité nivelante, qui consiste à rendre à chacun selon la quantité de son travail, est une atteinte à l'épanouissement de la vie, à l'abondance divine. A une profondeur plus grande encore, c'est un attentat contre le mystère de la grâce : on réclame qu'il soit entièrement rationalisé. Seulement, dans un tel luxe injuste de Dieu, il peut y avoir un sens caché, supérieur, de la vie du monde, sa fleur.
Dans l'histoire, l'aristocratie peut déchoir et dégénérer et c'est ce qui arrive habituellement. Elle peut facilement se cristalliser, se scléroser, se clore sur elle-même et se fermer aux mouvements créateurs de la vie. Elle a tendance à former une caste. Elle commence alors à s'opposer au peuple, elle trahit sa vocation, et au lieu de servir, elle exige des privilèges. Or l'aristocratisme est non pas un droit, mais une obligation. La vertu aristocratique donne, elle ne prend pas. L'aristocrate est celui auquel il est donné davantage et qui peut partager son surcroît.

Par nature, la lutte pour le pouvoir et pour des intérêts n'est pas aristocratique. Le pouvoir des meilleurs et des plus nobles, des plus forts selon leurs dons, est non pas un droit, mais un devoir, non pas une prétention, mais un service. Les droits des meilleurs sont innés. La lutte qu'ils mènent et le travail qu'ils accomplissent visent à remplir une mission. De par son idée même, l'aristocratie est sacrificielle. Mais elle peut trahir son idée. Alors, elle s'accroche par trop à ses avantages extérieurs et elle tombe.
Cependant, il convient de se rappeler toujours que les masses populaires sortent de l'ombre et qu'elles communient avec la culture par l'intermédiaire de l'aristocratie qui s'en est distinguée et qui remplit sa tâche. Elle est sortie la première des ténèbres et elle a reçu la bénédiction de Dieu. A un certain degré du développement historique, elle doit renoncer à quelques-uns de ses droits pour continuer à jouer un rôle créateur dans l'histoire.
S'il y a encore en Russie une aristocratie authentique, elle doit renoncer par sacrifice à lutter pour ses privilèges foulés aux pieds. L'aristocratie n'est pas une classe, elle est un principe spirituel, invincible par nature, et qui agit dans le monde sous différentes formes et dans diverses formations.       
                                                                         (suite de l'article dans la deuxième partie...)

    

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