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Divine Liturgie, expérience anticipée du Royaume.

Publié le par Christocentrix

"Les Pères grecs font parfois dériver le mot Dieu (théos) du verbe qui signifie "brûler" (athein). La sainteté divine est un feu dévorant, qui consume toute impureté. Redoutable sont les mystères, redoutable l'autel que seuls peuvent toucher les prêtres protégés par leurs vêtements sacerdotaux, symboles d'une pureté fonctionnelle. Devant cette transcendance consumante, une seule attitude pour l'homme : se prosterner.

C'est justement ce caractère inaccessible et redoutable du Tout Autre qui donne à la célébration liturgique de la "philantropie divine" son caractère de jubilation inlassablement émerveillée. Que volontairement l'Illimité se limite, que l'Inaccessible se laisse saisir, que le Suressentiel se fasse petit enfant, que le Verbe qui contient tout meure sur une croix, que le Supracéleste descende aux enfers et qu'ainsi, à travers sa chair déifiée, le feu destructeur se métamorphose pour nous en nourriture d'éternité, la liturgie ne cesse de glorifier cette condescendance, cette grande Miséricorde, tout aussi inconcevable que les profondeurs de la transcendance. Image de Dieu restaurée dans sa beauté première, l'homme se redresse pour chanter gloire.

Et la gloire rejaillit sur le monde : par la liturgie, le Royaume de Dieu prend possession des arrhes de la création, ramenée ainsi à sa structure véritable, eucharistique (car eucharistie, au sens propre, signifie action de grâce). Ainsi, l'action liturgique, dans le rayonnement de l'eucharistie, use lentement le voile de péché qui masque encore le cosmos transfiguré.

La liturgie apparaît en définitive comme une expérience anticipée du Royaume, "sous voile" et par la foi, mais combien prégnante. Le souvenir de la Première venue et l'attente de la Seconde ne sont pas ici purement psychologiques : à travers eux, l'Esprit actualise d'une manière voilée mais réelle, le corps glorieux du Sauveur. Tous les moments de l'économie du Christ, y compris l'Ancien Testament comme "préparation" évangélique, ont été éternisés par l'Ascension : l'Esprit de Pentecôte nous les manifeste baignés de gloire, anticipant ainsi la Parousie. Le mouvement perpétuel de la liturgie, et plus précisément des "mystères", sera donc de montée et de descente, d'Ascension et de Pentecôte, de mémorial ou anamnèse christique devenant présence (parousie) grâce à l'épiclèse qui demande le Saint-Esprit. La liturgie identifie notre offrande au sacrifice éternel du Grand Prêtre de l'Ascension; tous cieux ouverts, elle s'unit alors à la liturgie des armées angéliques chantant le Trisagion (Saint Dieu, saint Fort, saint immortel...), et le Royaume vient parmi nous, dans une Pentecôte sacramentelle. Ce Royaume, c'est la participation à la Trinité : c'est pourquoi, de l'action divine commémorée, la liturgie byzantine s'élève toujours à la contemplation de la Trinité.

Cette contemplation « sous voile » est vécue par l'être entier de l'homme, elle a le caractère immédiat de la sensation. La conception orthodoxe de la liturgie est inséparable des grandes certitudes de l'ascèse sur la transfiguration du corps ébauchée ici-bas, et sur la perception de la lumière thaborique par les sens corporels spiritualisés, c'est-à-dire non point dématérialisés mais pénétrés et métamorphosés par le Saint-Esprit. La liturgie en effet sanctifie toutes les facultés de l'homme, les rend capables d'entrevoir l'invisible à travers le visible, le Royaume à travers le Mystère. C'est pourquoi la liturgie byzantine exige la célébration solennelle dont tous les aspects sont, au sens le plus réaliste, des symboles du monde à venir. L'expérience liturgique est une expérience de sainte beauté qui résorbe mystérieusement les sens dans la paix : En paix prions le Seigneur..."

 

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