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Henry de Montherlant : pages catholiques

Publié le par Christocentrix

 
Pages catholiques de Henry de Montherlant, recueillies et présentées par Marya KASTERSKA.
Plon, 1947. (209 pages)
pages catholiques

table des matières :

PRÉFACE de l'auteur.

LETTRE DE H. DE MONTHERLANT (1947)

LA CHAMBRE DES PROMESSES. (La Relève du matin) 1916

UN COLLÈGE CATHOLIQUE HUMANISTE. (La Relève du matin) 1916

PÂQUES DE GUERRE AU COLLÉGE. (La Relève du matin) 1918

LES ATLANTES. (La Relève du matin) 1916

TROIS JOURS AU MONTSERRAT. (Pour une Vierge noire) 1929

LE DERNIER RETOUR. (Pour une Vierge noire) 1929

FRAGMENT D'UNE SCÈNE DE DON FADRIQUE. (Pour une Vierge noire) 1929

LA FETE A L'ÉCART. (Service inutile) 1933

L'AME ET SON OMBRE. (Service inutile) 1935

LETTRES DE PIERRE COSTALS A THÉRÈSE PANTEVIN.(Les Jeunes filles) 1935

FILS DES AUTRES. (Fils de personne) 1939

LA PRÉSENTATION DU CAPITAINE ROMERO. (Croire aux âmes) 1939

SUR PORT-ROYAL. (Croire aux âmes) 1944

LA CHARITÉ. (Le Maître de Santiago) 1944

LA PAUVRETÉ. (Le Maître de Santiago) 1945

SCÈNE DU RAVISSEMENT. (Le Maître de Santiago) 1945

(Les dates indiquées sont celles de l'année où le texte a été écrit.)


LETTRE DE H. DE MONTHERLANT à l'auteur.


Chère Madame,

On a publié de moi, jadis, un livre de Morceaux choisis intitulé Pages de tendresse. On aurait pu aussi bien réunir un choix intitulé, par exemple, Pages de dureté. Une autre anthologie, plus récente, portait en sous-titre : « Pages choisies à l'usage des jeunes gens. » Je pense qu'on pourrait faire de même :« pages à l'usage des femmes », « pages à l'usage des académiciens », etc... C'est très, bien ainsi. Écrivant pour tous, sinon pour moi seul, j'accepte qu'on présente mon oeuvre sous divers éclairages, chacun d'eux en isolant tel aspect à l'intention d'un public particulier. A condition qu'il me soit permis de rappeler que le projecteur peut toujours être incliné de manière différente, et jusqu'à éclairer la face opposée à la face qu'il éclairait auparavant.

Ce rappel - et mes remerciements - suffisaient en tête de votre intéressant travail. Mais voici qu'un mot de votre préface me donne un peu de vivacité, avec l'envie de la produire. Il m'est pénible que, à propos de Fils de personne, vous parliez de « sévérité et de manque de charité jansénistes ». J'y vois combien, après trois cents ans, certains préjugés, nés de la calomnie, ont pris racine, et pour toujours. Aujourd'hui encore, la plupart des gens, et quelquefois des chrétiens mêmes, ne savent rien du jansénisme, que ceci : que jansénisme est synonyme de rigueur. Et pourtant, quel florilège, quelle légende dorée ne ferait-on pas avec les traits de charité de ceux et celles de Port-Royal! Je m'y étendrais sur des pages, si c'en était le lieu ici.

Deux citations, toutefois, qui me forcent la main.

L'une parce qu'elle est sublime. Le janséniste abbé Grégoire termine ainsi ses Ruines de Port-Royal : « Les sacrificateurs de Port-Royal léguèrent leur fureur au siècle suivant ; les victimes, en tombant sous le glaive de l'iniquité, léguèrent leur douceur inaltérable. Les hommes qui continuent d'outrager la vérité et ses défenseurs doivent être l'objet spécial de notre tendresse et de nos prières. »

L'autre parce que son auteur, en même temps qu'il marque la place éminente qu'occupe selon lui le jansénisme dans l'histoire de la foi chrétienne, le lie, tout comme l'abbé Grégoire, à une impression de douceur : « L'entretien de Pascal avec Jésus est plus beau que n'importe quel passage du Nouveau Testament. C'est la plus mélancolique douceur qui ait jamais été exprimée par des paroles. Depuis lors, cette image de Jésus n'a pas trouvé de poète pour la continuer; c'est la raison pour laquelle, depuis Port-Royal, le christianisme est partout en décadence. » Nietzsche. Œuvres Posthumes. (Mercure de France, p. 82.)

Contre le catholicisme des Jansénistes (comme contre le catholicisme du « Maître de Santiago »), on ne peut porter d'autre accusation que celle que portait contre Port-Royal, en 1674, l'archevêque de Paris, Harlay. Il disait à l'abbé Feydeau « que ce n'était pas assez que d'avoir les sentiments de l'Église, qu'il falloit parler comme l'Église parloit aujourd'hui » (Mémoires de Feydeau). Et c'est bien cela. Il n'y avait rien contre le jansénisme;. il n'était pas une hérésie, puisqu'il était parfaitement conforme à la doctrine de saint Paul et de saint Augustin; il n'y avait rien, fors qu'il n'était pas au ton du jour; il était au-dessus. C'est hénaurme, n'est-ce pas? Mais c'est ainsi.

Et, si le jansénisme fut sévère, il me semble aussi que saint Augustin, accusé de tendre, avec tels principes, à l'anéantissement du monde terrestre, s'exclamait : « Utinam ! citius impleatur civitas Dei ! »

Il me semble que Fénelon a écrit, dans les Lettres spirituelles : « L'oeuvre de Dieu est une oeuvre de mort et non de vie.»

Et il me semble que le Christ, à l'heure des paroles les plus lourdes, quelques instants avant qu'on l'arrêtât, et « sachant tout ce qui devait lui arriver », a prononcé : « Non pro mundo rogo. »

Cette lettre n'est qu'un bouquet de citations. C'est tout ce que peut se permettre un homme aussi incompétent que moi en ces matières.

Croyez, chère Madame, à mes sentiments dévoués.

                                                   Henry DE MONTHERLANT, Juillet 1947.



 

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christocentrix 12/03/2010 11:41


et en effet, il existe bien un livre sur "Montherlant et les femmes", de Jeanne Sandelion, paru chez Plon en 1950. (avec 45 lettres inédites (à l'époque ?) de Henry de Montherlant). 260
pages. 
Dans l'avant-propos l'auteur relate un dîner avec Montherlant. A noter aussi un chapitre sur "Montherlant et l'amitié".