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Jésus face au messianisme nationalitaire (1)

Publié le par Christocentrix

Si Jésus ne fut pas le prophète que son peuple eût aimé entendre, il fut encore moins le Messie qu'il attendait; il a violemment déçu les espérances politiques que ses compatriotes fondaient sur la venue de cet envoyé de Dieu. Dans tout son enseignement et par toute sa conduite, il a montré combien peu elles répondaient à sa véritable mission

- soit en ne révélant sa messianité qu'avec une grande prudence;

- soit en prêchant les caractéristiques de son « royaume » qui n'avait rien de ceux de ce monde;

- soit en menaçant ses frères en Israël d'être exclus de ce royaume;
- soit en se refusant à tout geste auquel on aurait pu donner une portée politique et temporelle;

- soit, enfin, en renonçant formellement à la royauté, malgré les droits certains qu'il tenait de son origine davidique.


I. - La discrétion messianique.

Pour ses contemporains, se disant le Messie de Dieu, notre Sauveur eut dû mettre au premier rang de ses préoccupations le don de la souveraineté nationale à son peuple, non seulement en l'affranchissant de la domination romaine, mais aussi en lui obtenant l'empire universel.

Au contraire, nous le voyons prendre toute sorte de précautions pour voiler sa qualité de Messie comme s'il craignait de donner un aliment aux espérances populaires sous leur forme politique; il évite avec soin tout ce qui pourrait leur laisser croire qu'il est le libérateur national après lequel ils soupirent.


Injonctions de silence.

Les esprits étaient alors tellement tournés vers l'espérance messianique que, dès ses premiers miracles, Jésus est soupconné d'être le Sauveur attendu. Or, voilà que plusieurs récits du début de la vie publique nous le montrent s'efforçant d'empécher la proclamation de son titre de Messie.

A certains possédés du démon qui « savent qu'il est le Christ », il impose silence « avec de grandes menaces ».

D'autres fois, nous voyons le Maître interdire de publier ses miracles comme s'il avait intérêt à ce que son pouvoir divin soit ignoré; lui qui dira bientôt aux apôtres : « Tout pouvoir m'a été donné au Ciel et sur terre »; il ordonne d'un ton sévère à ce qu'il a guéris : « Prenez garde que personne ne sache. »

On retrouve de ces injonctions de silence jusqu'au jour où, à Césarée de Philippe, Simon-Pierre proclame sa foi en la messianité de Jésus, « Fils du Dieu vivant ».

Ce fait indéniable de la « réserve messianique », pendant les premiers mois du ministère public, demande une explication. Saint Matthieu nous dit qu'elle avait pour but d'accomplir la prophétie d'Isaïe annonçant le caractère discret de l'avènement d'un Messie spirituel qui sera l'espérance des Goym (Mat., XII, 14-21, citant Isaïe, XIII, 1-4.) Et il serait difficile d'en trouver une autre raison.

Si donc Jésus ne veut pas que l'on proclame ses premiers miracles ni surtout qu'on l'acclame comme Messie c'est que, voulant réaliser un messianisme purement spirituel et supranational, il craint d'exciter la fièvre des espérances "nationalistes" et de détourner ainsi les esprits du véritable salut qu'il leur apporte.

Inévitablement, en effet, si Jésus eût dévoilé brusquement et publiquement son titre de Messie, surtout en appuyant ses déclarations de nombreux miracles, ce titre eût été compris dans son sens national et les foules auraient attendu de lui, non le Message d'amour, d'humilité et de charité, mais les exploits militaires d'un Athrongès ou d'un Barcocébas.

Un jour, les « proches » de Jésus (quelques parents qui le suivaient comme disciples et qui partageaient peut-être les illusions messianiques de la masse), pressèrent le Maître de cesser sa tactique de discrétion : « Allez en Judée pour que là aussi l'on voie les oeuvres que vous faites, car personne ne fait une chose en secret quand il aspire à un grand rôle. Puisque vous faites ces choses (miracles), montrez-vous au monde. »

Ces proches de Jésus n'ont pas compris les raisons de sa réserve messianique. Il leur répond : « Le temps n'est pas encore venu pour moi », ce qui prouve bien le caractère provisoire et « pédagogique » de cette méthode.

Et de fait, il monte à la capitale, mais « en secret », c'est-à-dire sans proclamer ni laisser proclamer sa qualité de Messie, comme il le fera le jour des Rameaux.

Plus tard, quand les motifs de discrétion auront disparu, devant Caïphe et le Sanhédrin, il proclamera hautement qu'il est le Christ, le Fils de Dieu et il l'annonce déjà. « Il n'y a rien de caché qui ne se dévoile, rien de secret qui ne doive être connu. Ce que je vous dis dans les ténèbres, vous le direz au grand jour, vous le publierez sur les toits. »

Après le Calvaire, rien n'empêchera, en effet, de parler de la Rédemption universelle par le Christ et personne n'attendra plus du Messie crucifié un triomphe militaire ou un bouleversement politique. Le Messie ressuscité ne pourra plus être qu'un Messie spirituel.

 


La dénomination « Fils de l'Homme ».

Même après la reconnaissance de sa messianité par ses disciples, même après la Transfiguration, le Sauveur continuera de prendre certaines précautions pour ne pas compromettre le caractère véritable de sa mission. Jusqu'à ce qu'il dira, les mains liées devant Pilate : « Mon Royaume n'est pas de ce monde », une méprise est toujours à craindre.

Ce n'est sans doute qu'en vertu de cette prudence qu'il désigne sa propre personne par le titre messianique le plus humble : « Fils de l'Homme », que nous lisons quatre-vingt-deux fois dans l'Evangile.

Cette expression pouvait servir à désigner le Messie, puisqu'elle est employée dans ce sens dans le livre biblique de Daniel et dans le livre apocryphe d'Hénoch. On a essayé de soutenir qu'en l'utilisant pour se désigner lui-même, Jésus reniait toute dignité messianique; au contraire, il l'affirmait.

Toutefois, ce titre modeste, qui était en somme l'équivalent du mot « homme », ne comportait pas par lui-même directement une revendication expresse de la messianité; ses auditeurs, en effet, lui demandèrent un jour : « Pourquoi dites-vous : Il faut que le Fils de l'Homme soit élevé? Quel est ce Fils de l'Homme? »

Jésus voulait donc, selon une expression de l'Evangile de saint Jean, « tenir les esprits en suspens » jusqu'à ce qu'il les ait préparés à la prédication du véritable royaume. Si Jésus s'était d'abord appelé Christ, il aurait « excité, dit le P. Lagrange, les espérances de libération, mêlées à des désirs moins purs de domination, de tueries et de pillage. Il fallait d'abord vider ce titre royal de son sens profane, l'épuiser, le spiritualiser et en même temps l'étendre à l'humanité tout entière ».

Dans ce but, il choisit de tous les titres donnés avant lui au Messie, celui auquel l'idée d'un roi national était le moins associée. La locution « Fils de l'Homme » contenait, avec un élément d'universalité, un élément d'humilité directement opposé aux préjugés courants d'un messie national et glorieux. Le nom de Mashiah (Messie, Oint, Christ), plus populaire, mais guère plus fréquent dans les prophètes bibliques, exprimait l'idée d'onction, évoquait la dignité royale et par conséquent il aurait encouragé les espérances communes.

Le caractère intentionnel de l'emploi de cette expression est souligné encore par le fait que Jésus l'utilise quand il parle de sa pauvreté (le Fils de l'Homme n'a pas où reposer sa tête), du caractère pénible et lent de sa mission, quand il prédit ses souffrances et sa mort; en un mot, toutes les fois qu'il affirme du Messie ce qui répugne au messianisme courant, par exemple dans cette maxime : « Le Fils de l'Homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir. »


Le voile des paraboles.

L'on dit quelquefois que le Christ aurait employé la parabole pour instruire le peuple comme un châtiment destiné à provoquer l'aveuglement total de ceux qui déjà fermaient volontairement les yeux à la lumière. Mais la plupart des exégètes pensent que ce fut seulement de sa part un procédé pédagogique et, au fond, miséricordieux, pour faire accepter des Juifs ce qui leur répugnait le plus dans le Message évangélique et particulièrement la doctrine du Royaume purement spirituel.

Pour ne pas heurter trop directement leur orgueil et leur égoïsme ethniques, comme leurs rêves de grandeur nationale, au lieu de leur présenter tout crûment la doctrine du Royaume, Jésus la couvrait du voile de la parabole, lequel était cependant assez transparent pour laisser saisir à chaque auditeur la part de la vérité totale dont son esprit était capable.

« A vous, disait-il à ses intimes, il a été donné de connaître les « secrets » (ou « mystères ») du Royaume, mais à eux, cela n'a pas été donné. » L'un de ces « secrets » n'était-il pas que le Royaume attendu était déjà arrivé, quoiqu'il n'y eût rien de changé dans la situation politique du pays. Le Semeur était déjà dans son champ, le grain de sénevé était dans le sol, le levain dans la pâte, le trésor enfoui dans sa cachette, et pourtant Israël était toujours « esclave »..

Ainsi les paraboles étaient un moyen d'amener les esprits à s'affranchir suffisamment de la conception du Messie terrestre pour qu'elle ne soit pas un obstacle à l'établissement du vrai Royaume de Dieu dans les âmes soucieuses de faire sa volonté. Elles constituaient le moyen le plus apte à guérir l'aveuglement des Juifs s'il eût été guérissable. Sans cet aveuglement, l'enseignement parabolique n'eût pas eu lieu ou il n'y aurait eu que de la clarté dans ces récits.

Le messianisme spirituel, en somme, n'est-ce pas cette « chose sainte » qu'il n'est pas permis de donner aux chiens, ou ces perles qu'il faut éviter de jeter devant les pourceaux « de peur que se retournant contre vous, ils ne vous déchirent » ?

Lorsque Jésus sera retourné à son Père, ses continuateurs pourront crier sur les toits sa messianité, car alors il n'y aura plus danger de la voir comprise dans le sens terrestre et politique, et le « signe » de sa résurrection contre-battra efficacement le scandale de son messianisme trop peu « de ce monde ».

       suite ici :
 http://christocentrix.over-blog.fr/article-jesus-face-au-messianisme-nationalitaire-2-46123059.html

 

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