Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Jésus face aux préjugés nationaux (1)

Publié le par Christocentrix

La pensée de sa nationalité, de sa noblesse et de ses droits, absorbe tellement l'âme d'Israël qu'elle rendra particulièrement difficile la tâche du divin Prédicateur de l'Évangile. Pour faire comprendre à ses compatriotes l'idée des rapports tout spirituels entre Dieu et ses enfants, il devra détourner leurs préoccupations de l'objet le plus cher et le plus habituel. A côté des droits d'Israël, il leur présentera ceux de l'universalité des âmes créées; plus haut que la gloire de la race, il s'appliquera à leur faire estimer la justice individuelle parfaite. Mais les préjugés nationaux s'opposeront d'une manière presque invincible à cet élargissement des esprits, car le Sauveur Jésus, en regard de ces préjugés, est la dernière espèce de prophète qu'attendait cette « génération perverse et adultère ».


Le Prophète galiléen.

Les princes d'Israël, aussi bien les prêtres sadducéens que les scribes pharisiens, ne peuvent que regarder avec mépris cet homme du peuple( am-ha-aretz), fils de charpentier, qui se fait indûment appeler Rabbi puisqu'il n'a pas étudié et qui, par surcroît, vient de Galilée, province éloignée du Temple où réside le Seigneur et souillée par la présence de nombreux païens. (Galilée signifie, en effet, cercle des Goym. ) Que peut-il en sortir de bon et spécialement de ce village de Nazareth où l'on dit qu'il a vécu jusqu'ici?

Et si un jour, devant le Sanhédrin, conseil suprême de la nation, le pharisien Nicodème veut le défendre, on lui répliquera : « Toi aussi, es-tu galiléen? Etudie avec soin, et-tu verras qu'il ne sort pas de prophète de Galilée. »

Ce sont, sans nul doute, les Ecritures qu'il faudrait étudier. Or, précisément, l'un des plus beaux oracles messianiques présente le futur Sauveur comme la gloire de la Galilée des Gentils. (Isaïe,VIII, 23 à IX, 6.), « En ce temps-là (Yahvé) couvrira de gloire la route de la mer... le district des Nations. Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière... Un enfant nous est né, un fils nous a été donné, etc... »

Ici encore intervenait une déviation du sentiment national due à l'orgueil. Car dans la prééminence native des enfants d'Israël, il y a des degrés : la race s'élève en noblesse et en gloire à mesure que l'on s'approche de Jérusalem, la Ville Sainte par excellence. « La Judée est le grain, dit le Talmud, la Galilée la paille, et le pays transjordan, la balle du froment. »

Jésus ignore ces préjugés et sa conduite va les condamner, puisque, Galiléen lui-même, il va choisir ses apôtres presque exclusivement parmi les Galiléens. Le seul dont l'origine judéenne soit à peu près certaine est le trop célèbre Judas.

Et dans toute sa prédication, Jésus ne tient aucun compte de la dignité racique d'Israël. Même ce nom, si souvent écrit dans la Bible, ne vient presque jamais sur ses lèvres et les auditeurs les moins avertis peuvent aisément se rendre compte que les préoccupations du nouveau prophète n'ont rien de proprement national. Jésus parle à l'homme et non au Juif. Il prêche la pureté des cœurs, la droiture d'intention, le mépris des richesses, l'abandon à la Providence du Père... mais nulle part il ne parle de la gloire de la maison d'Israël; nulle part de la pureté légale qui faisait la sainteté et l'honneur de son peuple, sauf pour en condamner les excès dans ses Vae aux pharisiens.

Un Juif moderne, le célèbre rabbin Klausner, croit pouvoir résumer l'enseignement de Hillel, le rabbin dont la doctrine passe pour la plus rapprochée de celle du Christ, dans ces mots : « Sers ta nation avec joie: » « Quant à Jésus, continue M. Klausner, le reste de l'humanité est tout pour lui, tandis que son propre peuple, son groupe national n'était absolument rien pour lui. »  Absolument rien, c'est beaucoup trop dire et mal le dire, mais il est certain qu'il y avait une différence totale de position entre le Christ et les « sages » de son temps en ce qui concerne la manière d'envisager le problème national. Ainsi le nom d'Israël, qui revenait sans cesse sur les lèvres des rabbins, que la seule prière des Dix-Huit (Shemoné-Esré) cite plus de dix fois, que les Juifs lisaient plus de dix mille fois dans la Bible et qui orne toutes les pages du Talmud, se lit seulement trois fois dans l'Evangile, dans des paroles qui ne soient pas un reproche.

Tandis que les docteurs et les scribes disaient : « Heureux ceux qui sont d'Israël, parce qu'ils sont appelés enfants de Dieu (Rabbi Aquiba) », Jésus répliquait : « Heureux les pauvres..., heureux les affligés..., heureux les pacifiques parce qu'ils seront appelés enfants de Dieu!... »

En somme les pharisiens ne pouvaient être que scandalisés du ton si peu israélitique des premiers discours de Jésus.


Le Sermon sur la Montagne.

Le Sermon sur la Montagne ne cherche nullement à dissiper cette impression; Notre-Seigneur semble s'y attaquer directement et expressément au particularisme de ses concitoyens. Le code de la morale nouvelle est celui d'un universalisme sans distinction ni limites, totalement opposé à l'esprit zélote et même à l'exclusivisme pharisien.

La prière par excellence du disciple de Jésus, le Pater, ignore absolument Israël, contrairement aux prières rabbiniques pleines de préoccupations nationales, et il est une sublime formule de la fraternité humaine. A quelque peuple qu'ils appartiennent, les hommes doivent se considérer comme frères, sinon il faut qu'ils renoncent à prier, ne pouvant appeler Dieu « Notre Père ».

Ainsi la relation étroite et exclusive qui unissait Yahvé à Israël est désormais brisée et dans tout son enseignement, le Sauveur ne cessera de présenter Dieu non plus comme le « Dieu de nos Pères », mais comme son Père à lui, à un titre unique, et ensuite comme le Père de toute créature. Plus de cent trente fois, dans les Evangiles; nous trouverons le nom de Père appliqué à Dieu, sans compter les passages des paraboles où le père de famille représente le Père du Ciel. La paternité universelle de Dieu, inconnue des scribes et des docteurs de la Loi qui réservaient au peuple saint les faveurs divines, sera la base même de la Loi nouvelle.

Pour en saisir la véritable portée il suffit de constater qu'elle aboutit à exiger la charité même pour les ennemis. « Vous savez, dit Jésus, qu'il a été dit aux Anciens : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Et moi je vous dis : « Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, etc... »

Parmi ces « ennemis » qui nous haïssent et nous maltraitent, bien des indices laissent supposer que le Sauveur place même les ennemis nationaux, spécialement les Romains oppresseurs; il est du moins certain qu'ils ne sont pas exclus. A bien peser les mots, d'ailleurs, pour un Juif, l'ennemi ne saurait être un autre Juif. Notre-Seigneur demande donc à ses frères en Israël d'aimer les non-Juifs, seraient-ils des persécuteurs du peuple de Dieu. Que les disciples de Jésus imitent donc le Père céleste qui fait tomber la pluie ou lever le soleil aussi bien sur ceux qui l'aiment que sur ceux qui l'offensent. Rien de plus opposé à l'idée juive de la justice!

« Si vous n'aimez que ceux qui vous aiment, quel mérite avez-vous? Les païens en font autant. » Donc la charité que prêche le Christ est bien supérieure à celle qui naît de la solidarité de la famille ou de la race, des liens de sang, des intérêts communs dans la nation.

Il faut pardonner les offenses sept fois soixante dix fois sept fois, et il est évident qu'il faut les pardonner même si l'offenseur est un étranger. Le Maître ne le dit pas expressément, du moins, dans le Sermon sur la Montagne, mais on peut le déduire de sa façon de s'exprimer quand il condamne la loi du talion. La tradition juive disait : «Œil pour oeil, dent pour dent. » Jésus, au contraire, défend de rendre le mal pour le mal, de riposter au méchant; car c'est ainsi qu'il faut traduire, pensons-nous, la fameuse maxime qu'on traduit d'ordinaire :
« Et moi je vous dis de ne pas résister au mal. » La non-résistance au mal est une notion bouddhique, non chrétienne. Jésus n'interdit pas de faire tout effort pour empêcher le mal et l'injustice; sa pensée véritable est qu'il ne faut pas se venger de celui qui nous fait du mal en lui répliquant de même : il condamne la loi du talion et en désapprouve la pratique.
  Et la preuve qu'il l'interdit même contre les ennemis d'Israël, c'est qu'il parle de
« réquisitions » et de « mille pas » qui sont des expressions de l'administration romaine. Qui pouvait réquisitionner un Juif pour faire mille pas, sinon un officier romain?

Tout cet enseignement, on en conviendra facilement, condamne l'esprit de revanche du zélotisme, esprit qui procédait de la notion de justice par le talion et qui était directement opposé à cette plénitude de pardon que Jésus réclame instamment de ceux qui veulent le suivre. 

 

(suite ici :  http://christocentrix.over-blog.fr/article-jesus-face-aux-prejuges-nationaux-2-46046963.html

                                                                              

Commenter cet article