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l'Apocalypse de la Modernité (Emilio Gentile)

Publié le par Christocentrix

Emilio Gentile, L'Apocalypse de la modernité - La Grande Guerre et l'homme nouveau. Aubier, l'homme nouveau. Aubier, 2011, 415 p.

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(Emilio Gentile, né en 1946, est professeur d'histoire contemporaine à l'université de Rome "La Sapienza". Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur le fascisme, le totalitarisme et l'histoire des idées : Quand tombe la nuit. Origines et émergence des régimes totalitaires en Europe (1900-1934). (L'Âge d'homme, 2001), La Religion fasciste. (Perrin, 2002), Qu'est-ce que le fascisme ? Histoire et interprétation. (Gallimard, 2004), Les Religions de la politique. Entre démocraties et totalitarismes (Éditions du Seuil, 2005).
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Présentation de l'éditeur : 
Le 11 novembre 1918, lorsque prennent fin les quatre années de combats, de sacrifices et de massacres qui ont bouleversé l'Europe, les hommes, hébétés, contemplent les ruines. Ces ruines, ce sont celles d'une époque: celle de la modernité triomphante. où les maîtres mots étaient progrès, science, culture, et où l'on avait foi en l'avenir de l'humanité. Beaucoup, alors, diagnostiquent le déclin de la civilisation européenne, et s'interrogent avec angoisse sur la destinée de l'homme moderne. Ces réflexions, révèle Emilio Gentile, étaient cependant loin d'être nouvelles: elles étaient en germe déjà, dans les années précédant la Grande Guerre. L'Europe de la " Belle Epoque", que l'on se représente resplendissante, sûre d'elle, conquérante, était minée par des courants sombres: isolées d'abord, puis de plus en plus nombreuses, des voix s'étaient fait entendre, qui prophétisaient la fin de la civilisation et appelaient à la régénération de l'homme par la guerre. En nous invitant à les écouter, l'historien italien dévoile pour la première fois une Belle Epoque traversée de cauchemars, rongée par l'angoisse, et entraînée malgré elle dans la spirale apocalyptique de l'autodestruction.
 
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- Autres présentations :
"La critique de la modernité née de la Révolution française et des Lumières, n'a pas attendu la fin du XIXème siècle pour se développer. Antoine Compagnon et ses "antimodernes", de même que Zeev Sternhell avec ses "anti-Lumières", ont montré que modernité et réaction cheminent ensemble. Ce qui est nouveau avec les critiques de la modernité fin de siècle, c'est l'introduction du thème de l'apocalypse. Le monde moderne, l'homme et ses droits, la démocratie seraient des injures faites à Dieu et à la nature humaine qui, de plus, conduiraient l'humanité à sa perte. C'est l'heure de gloire des thèmes de la dégénérescence et du déclin. Même si l'ouvrage qui condense ces idées, Le déclin de l'Occident d'Oswald Spengler, est postérieur à la Première Guerre mondiale, c'est avant le cataclysme qu'elles ont été professées. Emilio Gentile montre à partir d'exemples tirés des mondes des idées, de la science ou des arts, combien cette perception d'une modernité qui conduit au désastre est une idée dominante de la "Belle Epoque"... C'est l'écrivain hongrois Max Nordau qui rencontre un succès retentissant avec son livre sur la décadence occidentale. En France, c'est Gustave Le Bon qui annonce, pour le pire, l'ère des masses et la corruption de la civilisation...La guerre sera rédemptrice et d'elle naîtra l'homme nouveau...Le mythe d'un homme régénéré dans les tranchées, sous les Orages d'acier d'un Ernst Jünger, prospérera". 
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- L'exposition Universelle de Paris dressa le bilan extraordinaire d'un siècle de progrès. Durant le XIXème siècle, en quelques générations, les Européens étaient parvenus à dompter les forces de la nature. Qui aurait pû prévoir au siècle précédent "qu'en l'espace de cent ans, autant de choses auraient été accomplies, que la face de la terre aurait été transformée de façon aussi prodigieuse", écrivait alors le sociologue Gugliano Ferrero. "Sans précédent" fut l'expression la plus utilisée... "Nombreux étaient ceux qui partageaient la prévision optimiste d'un âge d'or imminent pour le nouveau siècle"... Mais ce concert était troublé par quelques esprits moins allègres. Dès la "Belle Epoque" l'inquiétude apocalyptique de la destruction de la modernité s'exprime, même si personne ne prévoit la réalité de ce qui survint entre 1914 et 1945. 
Dans sa présentation de l'ouvrage, Dominique Venner  dans la Nouvelle Revue d'Histoire n° 53, de mars 2011) pose la question suivante : "Devant le tableau saisissant dressé par Gentile, une question se faufile dans la pensée du lecteur. Le triomphe des machines, du commerce et de la technique est-il constitutif de la civilisation européenne? Bien entendu ce triomphe est issu de l'esprit européen, de sa part "prométhéenne" ou "faustienne" comme disait Spengler. Cette part devenue obsédante ne contient pourtant pas la totalité de l'esprit européen. L'autre part, une part essentielle, que l'on peut appeler "appolinienne", s'est trouvée masquée par les prodiges de la modernité. Dès lors que ces prodiges tournent au cauchemar, ne serait-il pas imaginable que les Européens soient tentés de retrouver la part appolinienne de leur civilisation afin d'équilibrer la démesure prométhéenne ? La question est pour l'heure sans réponse." http://www.lanrh.fr/NR_1./ANCIENS_NUMEROS.html 
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La question est peut-être pour l'heure sans réponse mais il ne manque pas d'auteurs ayant pensé et écrit sur la question. Depuis les germes étudiés par Emilio Gentile dans cette époque d'avant la Première Guerre mondiale, plusieurs moissons ont passé; celles d'après la "Première" et d'avant la "Seconde". Puis celles d'après la "Seconde"... pour en arriver à la situation actuelle. Outre Spengler cité plus haut, ce blog a plusieurs fois présenté des auteurs aussi divers que Paul Valery, (la Crise de l'Esprit), Daniel-Rops (Chant pour les abîmes), Marcel de Corte (La fin d'une civilisation), Bertrand de Jouvenel, Nicolas Berdiaev,  ou que René Guénon (La Crise du Monde moderne), Julius Evola (Révolte contre le Monde moderne).... Plus près de nous, je pense encore aux essais d'un Alain Besançon (La falsification du Bien) ou d'un Eric Werner (la Maison de Servitude), d'un Dominique Venner, (le Choc de l'Histoire), et même à un Jean Raspail, etc....  Ils sont nombreux ceux qui nous ont fait ressentir le vertige de l'abîme et par un réflexe heureux nous porte aujourd'hui à entendre mieux cette voix au milieu de l'âme qui retentit non pour notre consolation mais pour nous mettre en garde contre de faux espoirs et nous encourager à ne pas baisser les bras. Mais, ce faisant, ne comptons jamais absolument sur nos propres forces. Agissons comme si tout dépendait de nous en sachant que Dieu secondera nos pauvres efforts. Cette espérance s'alimente à la voix intérieure qui nous dicte les renoncements et les initiatives; accrochés à la Source de Vie nous pouvons croire en l'Histoire.
A l'écoute de Clio, dans "Chant pour les abîmes", Daniel-Rops s'interroge : "serait-il vrai que chaque forme de civilisation eût, biologiquement, son temps mesuré ? (Un millénaire en gros, répond Spengler...)...Une telle vue laisse à rêver. Ainsi donc, serait-ce par le jeu de forces intérieures que les sociétés iraient à la mort ? la loi biologique, plus forte que les volontés humaines, les condamneraient-elles à disparaître, leur temps accompli ? Et les évènements extérieurs qui dans l'Histoire, semblent déterminants, seraient-ils, en définitive, aussi épisodiques et déterminés que le sont, pour chacun de nous, les causes hasardeuses qui nous mènent tous à notre inéluctable fin ? Si l'on songe à ce que représente vraiment le drame de notre monde, à cette immense somme de trahisons dont l'homme moderne s'est, envers lui-même rendu coupable, une telle hypothèse ne paraît pas du tout inacceptable et la loi de biologie historique rejoint, au fond de notre conscience, un sentiment de désespoir et de dégoût de vivre que nous connaissons bien."
Paul Valéry, dans son livre "Regards sur le monde actuel" nous livre son "ultima verba" : 
ARRÊTE! ARRÊTE-TOI! VAINQUEUR, SUR CE MOMENT SI HAUT DE LA VICTOIRE. PRENDS UN TEMPS DE SILENCE ET TE DEMANDE CE QU'IL TE FAUT PENSER SUR CE SOMMET, CE QU'IL TE FAUT PENSER QUI NE SOIT PAS SANS CONSÉQUENCE. C'EST UN VŒU, UN SERMENT, UN ACTE SANS RETOUR, UN MONUMENT DE L'AME ET COMME UNE PRIÈRE SOLENNELLE, QUE TU DOIS, SUR LES MORTS ET SUR LES VIVANTS PRONONCER ET INSTITUER, AFIN QUE CE MOMENT SILENCIEUX SI BEAU NE PÉRISSE PAS COMME UN AUTRE. DÉCLARE EN TOI ET GRAVE DANS TON COEUR :
QUE LE JOUR NE LUISE JAMAIS OU LE SOUVENIR DE CE JOUR DE VICTOIRE PUISSE APPORTER UNE AMERTUME ET UN RETOUR FUNESTE VERS LA PRÉSENTE JOIE; QUE JAMAIS REVIVANT CE QUI EST AUJOURD'HUI NE TE VIENNE A L'ESPRIT CETTE LOURDE PAROLE : A QUOI BON?

 

 

 

 

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