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la Grèce de Patrick Leigh Fermor

Publié le par Christocentrix

 -Mani, Travels in the Southern Peloponnese, 1958. Traduction en français : Mani, voyage dans le sud du Péloponnèse, Payot, 1999.





          

           ..." Il décide de se concentrer sur la région perdue du Magne, délaissant les sentiers où déjà piétinent les touristes, pour «situer et décrire les Grecs [...] en examinant les liens qu'ils entretiennent avec leur environnement et leur histoire, et d'aller les chercher dans les régions où les mauvaises communications et l'isolement ont maintenu ces liens relativement intacts».

Une aubergiste de village confie à Fermor que si par hasard un jour, à Londres, quelqu'un lui demande ce qu'est le Magne, il doit répondre que c'est un endroit très chaud où il n'y a rien d'autre que des pierres. C'est sur ce socle austère qu'il construit sa célébration. Le Magne, sa grandeur, sa sauvagerie, son peuple, sa pauvreté («Tout manque»), ses légendes comme moyen de saisir à coeur l'éternité de la Grèce.

Il marche dans les pas d'Homère, fraternise avec des gardiens de troupeau (c'est Ulysse à l'entrée d'une hutte de porcher). Là où il s'arrête, il y a toujours une jeune fille qui lui verse de l'eau sur les mains (la jeune fille ressemble à Nausicaa) et lui tend une serviette propre, toujours une chambre et une table dressée. Cette Grèce hospitalière, silencieuse et retirée, où les sources et les roches sont souvent plus bavardes que les hommes, est le pays de L'Odyssée.

La nuit, les esprits s'éveillent. C'est l'heure de l'ouzo et du vin, des langues déliées. L'ombre est vivante. Priam et ses aînés s'avancent à pas de colombe. Et toi, pêcheur, descends de ta barque et dis-moi comment tu t'appelles. Je m'appelle Paléologue, la grand-mère de mon arrière-grand-mère était une Cantacuzène, je descends des empereurs, et mon sang remonte jusqu'au trône d'Auguste sur le Palatin.

La Grèce va périr, et périr la vieille alliance du peuple et des dieux, piétinée par les légions du tourisme, qui s'approchent avec les bannières rouge et blanc de la force Coca-Cola, à l'abri du veau d'or vert. Fermor recueille le dernier souffle de cette éternité mourante. Dans Mani bat une fois encore le tambour du vieux pays. Extrasystoles d'un coeur divisé, comme si les hommes avaient souvent hésité au vent de l'Histoire entre l'Orient et l'Occident. A qui voulaient-ils confier leur destin? A l'ancienne Sparte? A Venise? A Rome? A Byzance? Aux capitales asiates? Avant de s'en remettre au Christ, à Zeus et à Platon, réconciliés par la foi de la montagne sur le bois des icônes."

( "la Grèce avant la ruée", extrait d'un article de Daniel Rondeau, publié le 20/05/1999 dans l'Express).

 "Le journal de marche de Patrick Leigh Fermor est à ranger au rayon des chefs-d'oeuvre de l'humanisme nomade... avant de remettre la clef sous la porte" (Nicolas Bouvier).



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