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le Bataillon Sacré

Publié le par Christocentrix

Le "Bataillon Sacré" grec, qui s'illustra durant la 2ème Guerre mondiale, d'abord en Afrique, puis dans la reconquète les îles de l'Égée, présente un cas unique dans les annales de l'Histoire. Unité de commandos entraînés à toutes les disciplines (guerre des sables, parachutisme, raids amphi­bies, alpinisme, sabotage et close-combat) sa tradition remonte à l'Hellade d'Épaminondas. Dans l'histoire grecque, plusieurs unités se transmettront ce titre de "Bataillon Sacré".

 

- Celui créé au IVè siècle avant notre ère par les thébains Epaminondas, Pélopidas et Gorgidas comme unité spéciale d'hoplites. Cette unité s'est illustrée à Leuctres (371) et à Mantinée (362), l'emportant notamment sur les farouches Spartiates. Les "Immortels" du Bataillon sacré ne plieront que devant Alexandre et seront décimés à la bataille de Chéronée, en 338.

 

- Celui dit d' Iaşi, créé le 22 février 1821 par Alexandre Ypsilántis (1792-1828), un officier grec au service du Tsar de Russie qui combattit pendant les campagnes napoléoniennes de 1812 à 1814 où il perdit un bras. Il leva une troupe composée de 500 étudiants grecs de l’étranger. Le 7 juin, ils furent défaits par les troupes turques près de Drăgăşani actuelle ville de Roumanie.

( voir :  http://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Ypsil%C3%A1ntis).

 

- Le Bataillon Sacré des Grecs de l’Épire du Nord formé le 14 février 1914 par Spyridon Melios ou Spyromelios, pour gagner leur indépendance. Ils défirent les Albanais à la bataille de Premet le 23 février.

 

- Après l'occupation allemande de la Grèce en 1941, le gouvernement grec s’exila en Égypte, où résidait une communauté de plus de 200.000 grecs. Devant le nombre important d’officiers présents, il fut créé le 15 septembre 1942 un bataillon de 200 hommes, composés uniquement d'officiers, sous les ordres du Major Antonios Stephanakes, et le commandement opérationnel du colonel Christodoulos Gigantes. Ce bataillon prit le nom de Bataillon Sacré. Rattaché aux Forces Grecques Libres, il fut entraîné par le SAS de David Stirling et participa un temps, à la guerre en Lybie, puis l'Archipel de la mer Egée devint son théatre d'opérations. Ce régiment fut à l’origine des Forces spéciales grecques actuelles.

 

 

Thèbes, IVe siècle avant Jésus-Christ le premier commando de l'Histoire.

Au IVème siècle avant notre ère, Épaminondas de Thèbes, en vue de secouer le joug lacédémonien, confie à Pélopidas le recrutement de trois cents guerriers « entretenus et instruits aux frais de la cité, et unis les uns aux autres par la plus étroite amitié », indiquent en général les sources (...unis par de puissants liens d'amour et de loyauté (selon d'autres traductions). Plutarque commente aussi « certaines de ses sources » quant à l'origine du binôme... (mais celà n'entre pas dans le cadre de cet article).

Toujours selon Plutarque, « Le Bataillon Sacré avait été, dit-on, créé par le commandant thébain Gorgidas. Il l'avait composé de trois cents hommes d'élite dont la cité prenait en charge l'entrainement et l'entretien, et qui campaient dans la Cadmée : c'est pourquoi on l'appelait le bataillon de la cité ». (Plutarque (vers 46/vers 125), Vie de Pélopidas, XVIII, extrait de la traduction d'A.-M. Ozanam pour les éditions Gallimard, 1991.). Il note aussi que: « Gorgidas disposa d'abord le Bataillon sacré tout au long de la ligne de bataille thébaine, utilisant ces soldats d'élite pour renforcer la résolution des autres. Mais après que le Bataillon se fut distingué à Tégyres, Pélopidas l'utilisa comme une sorte de garde personnelle. Pendant trois décennies, ce corps d'élite continua de jouer un rôle important ».

Ces hoplites, ne tardent pas à devenir l'école d'héroïsme de la jeunesse thébaine. Leur exceptionnelle valeur incite Pélopidas à créer une phalange bien distincte de l'armée régulière, et chargée des opérations les plus dangereuses.  Ainsi naît, vers 380 avant Jésus-Christ le premier commando de l'Histoire.

En 371, les troupes de Thèbes affrontent l'armée de Sparte, supérieure en nombre, dans la plaine de Leuctres. Inaugurant la tactique de la « phalange oblique », qui sert encore d'exemple aux stratèges modernes, Épaminondas enfonce un coin de guerriers marchant sur cinquante rangs de front dans les lignes de Cléom­brotos. En même temps, la cavalerie thébaine s'élance sur les esca­drons lacédémoniens. Au moment critique, Pélopidas fait donner ses trois cents Immortels. C'est alors qu'en plein feu de l'action, les béotarques du Bataillon Sacré « ayant goûté l'exil, estiment préférable de périr au combat ». Ils prêtent le fameux serment  : « Vaincre ou mourir », puis s'élan­cent, taillant les Spartiates en pièces. Leur bravoure triomphe du grand nombre. Thèbes est libre, et, sous le gouvernement d'Épa­minondas, aspire à l'hégémonie, menaçant la suprématie panhellé­nique d'Athènes.

La querelle se vide en 362 à Mantinée. D'une part, Thèbes et ses alliés. De l'autre, la coalition d'Athènes et de Sparte. Grandiose bataille ! Épaminondas commande trente mille hoplites et trois mille cavaliers. Ses adversaires déploient vingt mille fantassins et deux mille centaures casqués dans la plaine. Quand ils en viennent aux mains, la contrée entre en éruption, de Mantinée à Tégée. La phalange oblique opère à nouveau son miracle. C'est alors qu'Epaminondas, combattant au plus fort de la mêlée, est frappé d'une blessure mortelle. On le porte à l'écart. Un médecin extrait le fer planté dans sa poitrine. Un flot de sang s'écoule. Il expire, et c'en est fait à tout jamais de l'expansion béotienne. Cependant, ainsi que le grand Thébain en exprime le voeu en rendant le souflle, l'union des Grecs se réalise, cimentée par la menace venue du nord : élargissant son royaume de Pella, Philippe de Macédoine entreprend de conquérir l'Hellade entière. Ses armées ravagent le pays en tous sens, subjuguant les petites cités, brûlant les campagnes. Démosthène s'efforce de négocier. Mais tel l'oiseau de proie, Philippe est insatiable. Et c'est Chéronée, l'an 338. Philippe aligne trente mille fantassins et deux mille cavaliers. Démosthène commande à trente-cinq mille confédérés. La bataille se déroulant en Béotie, Théagène, le général thébain revendique la place d'honneur, l'aile droite. Les Athéniens sont à gauche, sous Stratocle. Au centre : leurs alliés. La lutte s'engage. Les phalanges macédoniennes armées de longues piques, s'avancent en ordre serré. Parmi les cavaliers qui char­gent sur leur flanc caracole un jeune prince à ses premières armes. Il se nomme Alexandre, et afin d'éprouver sa valeur, le roi, son père le lance contre les braves des braves, les trois cents du Bataillon Sacré. Impavides, les Immortels rendent coup pour coup. Mais Phi­lippe se révèle un stratège de classe. Appliquant la tactique d'Horace contre les Curiaces, il tolère que son centre plie. Puis, lâchant ses cavaliers sur les confédérés échelonnés dans la poursuite, il les décime. Fidèle à sa devise, le Bataillon Sacré résiste jusqu'à la mort. Selon les uns, Alexandre et sa cavalerie exterminent les trois cents jusqu'au der­nier. Selon les autres : " 254 des 300 soldats furent alors tués et tous les autres blessés". Selon la tradition, Philippe II de Macédoine, s'arrêtant devant l'endroit où le Bataillon avait péri, et apprenant qu'il s'agissait du bataillon des érastes et des éromènes, s'écria : « Maudits soient ceux qui soupçonnent ces hommes d'avoir pu faire ou subir quoi que ce soit de honteux ».

Les soldats tués furent enterrés plusieurs jours après la bataille dans une sépulture collective (πολυάνδρειον / polyandreion). Ceux de Chéronée élevèrent aux héros thébains un monu­ment sur le champ de bataille, un lion de marbre énigmatique, (découvert en 1818, lorsque des archéologues creusèrent et  trouvèrent 254 squelettes placés en 7 rangées, ce qui vient corroborer l’Histoire écrite). Le lion a été perdu et restauré à plusieurs reprises, mais il existe toujours, réplique du polyandreion de Thespini,  qui de nos jours encore, campé sur le bord de la route, suit du regard les passants. Pour les abattre il avait fallu rien de moins que le futur conquérant du monde. Philippe étant assassiné, Alexandre s'empare du sceptre et achève de dompter la Grèce. Puis, il s'élance à la conquête de l'Asie, balayant l'Empire des Perses jusqu'en Inde. Sous les sabots de Bucéphale, la Cappadoce, l'Égypte, la Mésopotamie, la Parthie et la Bactriane apprennent l'hellénisme dont l'épanouissement atteint les marches du Tibet, en même temps que la mère patrie, drainée de ses forces vives, s'affaiblit.

A l'occident, Rome grandit et l'heure vient où ses légions entre­prennent à leur tour la marche vers l'orient. L'Hellade, conquise, conquiert ses conquérants. César et Auguste : l'apogée. Ensuite, la décadence. A l'ouest, l'Empire romain s'écroule sous les coups des barbares. A Byzance l'Empire d'Orient survit quelques siècles encore, hellénisé. Les Turcs apparaissent alors, venant des confins de l'Asie. Le tourbillon des croisades franques achève d'émietter la puissance byzantine, et en 1453 le dernier empereur chrétien succombe, l'épée à la main, sous les murs de Constantinople asser­vie.

 

1821 : la première résurrection du Bataillon Sacré.

L'occupation de l'Hellade dure près de cinqBS-Lion-et-Dragestani.jpg cents ans. Cepen­dant, le Turc ne peut assimiler le Grec, ni le musulman convertir l'orthodoxe chrétien, et quand la sénilité des empires frappe le conglomérat ottoman, le feu qui n'a cessé de dormir sous la cendre se ranime. En 1821, l'archevêque de Patras, Germanos, exalte le drapeau de l'indépendance, et l'insurrection éclate, enflammant l'enthousiasme des philhellènes européens. La répression est atroce, la devise des Turcs : « fer, feu, escla­vage ». Mais de toutes parts les secours affluent. Un général patriote, Ypsilantis, enrôle autour d'un drapeau les jeunes volontaires de la millénaire colonie grecque d'Odessa, et l'unité fait sienne l'appel­lation venue du fond des âges, ressuscitant ainsi le Bataillon Sacré. La devise est la même : « ayant goûté l'exil... ». Un officier valeureux prend le commandement : Georges Cantacuzène. A Byzance des empereurs ont glorifié ce nom. Au coeur de l'été 1821, le second Bataillon Sacré de l'Histoire campe à Rimtsikon. L'armée de Kara Feyz approche. Elle bloque les passes montagneuses, cerne les volontaires en route pour la Grèce. Le 7 juin, le commandant du Bataillon tente de se dégager. Kara Feyz contre-attaque. Cavalerie et janissaires fondent sur les trois cents en terrain découvert. La mêlée affecte des dimensions épiques. Les volontaires sont jeunes. Pour la plupart c'est le baptême du sang. Ils se forment en carré. Le feu roulant des Turcs les fauche comme des épis. La cavalerie du sultan déferle en vagues successives, défonçant leurs rangs. Écrasé sous le piétinement des chevaux, blessé à mort, le porte-drapeau s'écroule. Une poigne saisit au vol l'emblème qui flotte, un instant encore, sur le charnier. A la nuit, deux cents héros sont tombés. Trente-sept autres, prisonniers des Turcs, subissent les pires tortures. Le second Bataillon Sacré a vécu. Cependant, l'holocauste n'a pas été vain. Dragatsani galvanise l'esprit de résistance des jeunes Grecs. Les Immortels se sont montrés dignes de la tradition, garante impérissable de tout destin national. Leur exemple rejoint le geste des femmes souliotes qui se jettent au bas de la falaise plutôt que subir le harem ou le viol. Il s'ajoute à celui des preux de Missolonghi qui chantent, barri­cadés dans une poudrière, puis se font sauter quand les troupes de la Porte submergent les remparts éventrés. (ce même Missolonghi, où est venu mourir Lord Byron, après un dernier poème enflammé).

Intéressées au démembrement de l'Empire turc, France, Angle­terre et Russie apportent leur aide aux insurgés. Les escadres coa­lisées pénètrent en rade de Navarin et anéantissent la flotte du sultan sans coup férir. Dès lors, l'issue victorieuse de l'insurrec­tion libératrice est acquise. En 1832, la Grèce moderne voit le jour. Le nouveau royaume ne comporte encore que le Péloponnèse des Spartiates, l'Attique de Démosthène, la Béotie d'Épaminondas, l'Etolie et l'archipel des Cyclades. Mais, en 1864, les îles Ioniennes regagnent le giron ancestral. En 1878, c'est la Thessalie. On notera à ce propos, qu'en 1877, dans la Thessalie encore occupée par les turcs, un professeur thébain et deux jeunes officiers prêtèrent le serment de vaincre ou mourir et levèrent un bataillon de volontaires, se réclamant à leur tour de la tradition sacrée. Cette petite troupe harassa l'occupant et contribua à réchauffer la flamme de l'irrédentisme.

En 1913, après les guerres balkaniques, l'Épire du Sud, la Macédoine, la Thrace sont réunies au territoire libéré... l'Hellade reprend tournure. Au cours de la première Guerre Mondiale, le Crétois Vénizélos range la Grèce du côté des pays de l'Entente. Le roi, Constantin Ier, d'avis contraire, abdique. Les Alliés débarquent à Salonique. En 1918, c'est la victoire.Venizelos gouverne le pays et fera en sorte qu'en 1922 la Crète puisse réintégrer le territoire national. Les îles du Dodécanèse (avec Rhodes) restent encore aux mains des Italiens, qui les occupent depuis 1912.

Dans les années entre les deux guerres mondiales, la Grèce connaîtra plusieurs modifications de ses frontières (et de nombreux soubresauts (luttes politiques entre Monarchistes et Républicains, guerre avec la Turquie, catastrophe d'Asie mineure avec 1.200.000 réfugiés, de graves problèmes internes, plusieurs coups d'Etat, Républiques et Restaurations monarchiques, dictature de Métaxas). Bien des crises menaçèrent son unité nationale ou son intégrité territoriale. Cette unité elle saura la retrouver le jour du "Non" (28 octobre 1940)...le "Non" laconique que Métaxas opposera à l'ultimatum du Duce.

 

Du "Jour du Non"... au 15 septembre 1942

Face à l'envahisseur, la Grèce est unanime dans sa volonté de résistance patriotique. L'héroïsme des grecs tint en échec les armées de Mussolini et passèrent même à la contre-offensive en repoussant celles-ci de 60 kms au-delà de la frontière albanaise. Durant 6 mois, 16 divisions grecques tiennent en échec 27 divisions italiennes pourtant mieux équipées. Une terrible vague de froid (-30) fige le front et les deux camps endurent le martyr du gel ; vingt à trente mille amputés dans chaque camp. Mussolini envisage une demande d'armistice... (Mémoires de Ciano). Seule l'intervention allemande du 6 avril 1941 sauva Mussolini de l'humiliation militaire et permit l'occupation de la Grèce après la capitulation de son armée le 23 avril. Le gouvernement grec se transporte d'abord en Crète (qui résistera jusqu'en mai 1941) puis en Egypte, à Alexandrie, où la communauté grecque comptait dejà deux cents mille personnes et où l'aviation et la marine grecque, ont aussi trouvé refuge. Puis les évadés de la Grèce occupée affluent, notamment de nombreux officiers. Une première brigade des Forces Libres Grecques (F.L.G) ne tarde pas à se former, sous les ordre du général Bourdaras. C'est dans ce contexte que germera l'idée de la reconstitution d'un bataillon d'élite. Ce bataillon de 200 hommes sélectionnés fut créé le 15 septembre 1942, composé uniquement d'officiers, sous les ordres du Major Antonios Stephanakis et le commandement opérationnel du colonel Christodoulos Gigantès ( un ancien de la Légion Etrangère). Il sera d'abord nommé "Bataillon des Immortels" mais après discussions, sur proposition du chef d'état-major Maravéas, il prendra le nom de "Bataillon Sacré".

« Fort d'un assentiment pareillement unanime, j'émis alors l'opinion qu'une appellation telle que "Bataillon d'élite des Immor­tels" ne manquerait pas de sel au cas où nous nous ferions rosser du premier coup. "Bataillon d'officiers" me paraissait plus conve­nable et pour tout dire, plus prudent. En définitive ce fut Mara­véas, le chef d'état-major, qui prononça le nom du Bataillon Sacré.  Là, c'était parfait. On pouvait se faire massacrer sans com­plexes, étant donné les antécédents de Dragatsani et de Chéronée. Seulement, et à moins que l'humour grec ait souffert au Moyen-­Orient, j'étais bon pour le sobriquet de Pélopidas. Mieux valait ne pas y penser... » (Gigantès).BS-insigne.jpg

Mais Gigantès y pense, au contraire et celà éveille en lui des réminiscences; lui revient en mémoire en particulier le mot d'un ami français, Jacques Bainville, un jour qu'ils se pro­menaient ensemble à Thèbes. Contemplant le modeste périmètre de l'antique cité, l'académicien lui dit : "Le miracle grec, c'est qu'ils réussirent à faire l'Histoire avec des querelles de villages". 

-Vrai ! Combien étaient-ils ceux du Bataillon de Leuctres, de Mantinée, de Chéronée ? Trois cents, et les volontaires d'Ypsilantis ne dépassaient pas ce nombre infime. Qu'est cela par rapport aux milliers de soldats restés sur le carreau de Verdun, ou plus récem­ment du front russe ? Souvent de tels holocaustes ne figuraient même pas au communiqué. En guise d'épitaphe : "rien à signaler", comme l'ont si bien souligné Erich Maria Remarque, Henri Bar­busse et Roland Dorgelès. Pourtant, nos enfants apprennent encore à révérer la mémoire d'Épaminondas et du carré des sacrifiés à Dragatsani. Est-ce parce que ces hommes combattaient vrai­ment pour la liberté ? Ou alors ils avaient une manière à eux de tomber, pour que ça y ressemble... (Costa de Loverdo).

Et Gigantès de se souvenir : « dans ce bureau de l'état-major, pendant que Maravéas s'entretenait avec les autres, je songeais : Que Dieu tout puissant et notre sainte mère Marie nous préservent de ridiculiser le "procédé". Les slogans de l'ancien temps me prenaient à la gorge : " Pour qui a goûté l'exil, mieux vaut mourir en combat­tant...". Point d'autre alternative. " Vaincre ou mourir "... J'étais coincé ».

 

Costa de Loverdo, auteur d'un ouvrage intitulé "le Bataillon Sacré, 1942-1945", édité en 1968, à partir d'archives, relate en détail, les faits d'armes accomplis par ce Bataillon Sacré durant la reconquète de son indépendance par la Grèce; comment ce Bataillon passa des combats de Lybie et Tunisie, dans lesquels il fut mêlé, à la mission de reconquète des îles du Dodécanèse. Il raconte comment ces commandos, après une préparation spéciale et une conversion amphibie, se transformeront en "pirates de l'Archipel", dans une guerre de harcèlement et de "coups-de main" concernant plusieurs îles de la mer Egée, occupées par les Italiens et les Allemands. Raids qui frappèrent l'ennemi de stupeur. Notamment la neutralisation des canons de Navarone (Milo).  Tous les détails de la reconquète du Dodécanèse et de la prise de Rhodes y sont rapportés, et comment fut obtenue la capitulation des forces allemandes de toute la mer Egée. Empruntant la substance de son ouvrage aux archives inédites du grand état-major héllenique, Costa de Loverdo l'anime du souffle épique qui émane des témoignages des survivants.

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Au milieu des récits purement militaires, j'ai relevé un passage d'une teneur différente que je livre tel quel. La scène se passe lors d'une période d'entrainement du Bataillon dans les montagnes du Liban.

« Les chefs druzes se plaisent à recevoir la fine fleur du Bataillon Sacré. Le cheik du canton voisin, un noble au profil d'aigle, convie Zaharakis et Papageorgopoulos à un méchoui nocturne : scène fantasmagorique,  la vaste tente à demi envahie par l'ombre extérieure, le brasier dont les flammèches sculptaient les traits burinés des Druzes accroupis, l'air cristallin, le ciel constellé, le givre...

« Notre hôte parla :

- Les Grecs sont frères et ne devraient pas s'entre-dévorer. J'exprime cette opinion car je suis l'un des vôtres. Ne croyez pas qu'il s'agisse d'une simple figure de style. Comment cela se fait ? Je vais vous le montrer...

« Il se leva, plein d'une majesté innée, et nous le suivîmes à travers les ruelles escarpées du village, vers une espèce d'abri aux murs de pierre sèche à demi enterrés. Nous y pénétrâmes à la lueur des torches. De gros blocs s'y trouvaient alignés. O surprise ! Ils étaient couverts de bas-reliefs et d'inscriptions rongés par l'intempérie.

- Ce sont les  "pierres grecques".  Elles marquaient l'emplacement d'un abreuvoir construit par les cavaliers d'Alexandre quand ils conquirent nos vallées. L'an dernier nous avons craint que les Allemands n'arrivent jusque dans le Liban et ne les enlèvent. Elles font partie de notre patrimoine. Alors, nous les avons cachées...».(récit du commandant Papageorgopoulos) .

 

Costa de Loverdo raconte les dernières heures du Bataillon, à la fin de la guerre, et sa dissolution au Caire, en Juillet/Août 1945, au cours d'une cérémonie en présence du Prince héritier Paul des Grecs entouré de la colonie grecque d'Egypte et des autorités civiles et militaires. Puis le Bataillon se transporte à Athènes pour une dernière cérémonie au Champ-de-Mars. Le colonel Gigantès présente le drapeau du Bataillon Sacré à l'archevêque Damaskinos primat de Grèce et régent du royaume, qui le bénit. Une stèle commémorative est dévoilée. l'Unité défile au long de l'allée des Héros, bordée des statues des héros de l'Indépendance. A l'issue de la cérémonie le drapeau du Bataillon Sacré est remis solennellement à la garde des élèves officiers pour être déposé au musée des Elvépides. (équivalent grec de Saint-Cyr).

Auréolé de gloire, le dernier Bataillon sacré de l'Histoire, quitte la scène, entrant de plain-pied dans la légende, en héritier prestigieux de ses prédécesseurs. benediction-drapeau-BS.jpg

 

 

J'ai déjà présenté Costa de Loverdo sur ce blog : http://christocentrix.over-blog.fr/article-costa-de-loverdo-54849199.html  et comment dans son ouvrage, "La Crypte du Perse" il indique que la dernière caisse d'or du trésor du Mont-Athos servit à armer le dernier Bataillon Sacré. Cet or du Perse, ce trésor caché après le naufrage de la flotte perse, dans lequel les Grecs ont pû puiser chaque fois qu'ils eurent à lutter pour la liberté de leur patrie.

"La Crypte du Perse" est née en 1954, d'oeuvres et de travaux commencés bien avant Jésus-Christ. Elle est la plus merveilleuse histoire que l'auteur ait ouï conter, une chanson de geste s'étalant sur bientôt trois millénaires et demeurée vivante jusqu'à nos jours. Darius Premier, Alexandre le Grand, Saint Athanase l'Athonite, les héros de l'Indépendance grecque y défilent, leurs destinées liées entre elles par ce fabuleux trésor qui coula au pied du Mont Athos avec la flotte perse de la première guerre médique.

 

Au lointain souvenir du marathonomaque, des marins qui chantaient le jour de Salamine, des fondations immenses d'Alexandroplis, des héros magnifiques du haut Missolonghi, des femmes sacrifiées aux falaises de Souli, des soldats acharnés des campagnes d'Albanie, vint s'ajouter l'écho des déserts de Lybie, et l'épopée sanglante des plages de Rimini. Aidant à tout celà depuis deux mille ans, vivifiant la Grèce comme s'il était son sang, nourissant les combats que livraient ses fils, le Trésor s'épuisa dans la Crypte du Perse.

 

 

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