Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

le Christ et le larron (fin)

Publié le par Christocentrix

Le témoignage du larron
Lors de son procès, personne n'a défendu Jésus ; aucun disciple, ni personne ne s'est levé pour plaider en sa faveur. Seuls des faux témoins se sont présentés pour déverser leurs mensonges. Jésus lui-même ne s'est pas défendu. Sur la croix, il ne se défend toujours pas, ne répond pas. Alors, le larron prend la parole, après avoir entendu le blasphème sur l'autre croix. Il est le premier à témoigner en faveur de Jésus. Le procès est clos, mais peu importe, il n'est jamais trop tard pour dire la vérité : « Celui-ci n'a rien fait de mal ! »
Comment le larron sait-il cela du Christ ? Serait-il un de ses disciples ? Il parle en tout cas comme auraient dû parler les disciples, mais comme aucun n'a osé le faire, par peur de la mort. Lui, le larron, n'a pas peur ; il est libre ; il témoigne !
Satan a fait tomber Pierre, en le faisant renier. Il a fait blasphémer le malfaiteur, mais il ne parvient pas à faire tomber le bon larron. Si quelque servante avait posé au larron les questions auxquelles Pierre a répondu « non », il aurait répondu « oui » : oui, je connais cet homme ; il n'a rien fait de mal...
Ce premier vrai témoignage, c'est du baume sur le coeur du Christ. Enfin quelqu'un qui dit la vérité...
D'où vient que ce larron dise la vérité sur Jésus alors que, la veille encore, il ne le connaissait pas ? Comment sait-il que Jésus n'a rien fait de mal ? Il le sait par une conviction intérieure que seul l'Esprit Saint peut lui donner. Le larron confesse ici sa foi de néophyte : « je crois qu'il n'a rien fait de mal ».

Le sermon du larron
Non seulement le larron témoigne, mais encore il prêche, il évangélise. Il « reprend » le blasphémateur, nous dit Luc. Voilà que le larron fait des reproches à un malfaiteur, pour lui faire prendre conscience de son erreur sur Jésus, de son blasphème, et pour l'inviter à la crainte de Dieu. C'est là, en quelques mots, un vrai sermon pour conduire à la repentance dans la crainte de Dieu. Les malfaiteurs n'ont peur de personne, c'est bien connu ! Ils se moquent de la crainte, certes, mais devant Dieu ne serait-il pas bon de connaître la crainte ?

La justice des hommes nous a condamnés au supplice de la croix, et c'est justice, nos méfaits le méritent bien, dit le larron. Mais qu'en sera-t-il de la justice de Dieu à l'heure de son verdict ? Pour le moment, Jésus intercède et demande pour nous le pardon. Tais-toi ! Le Père va peut-être répondre à sa prière et donner son verdict ? Fais silence ! L'heure de notre mort approche ! Nous allons bientôt comparaître devant Dieu ! Ne crains-tu pas Dieu ?
Nous n'avons pas la réaction de l'autre malfaiteur à cette prédication. Luc nous laisse devant son silence. Dans ce silence il va entendre le bon larron se tourner vers le Christ pour lui adresser une prière. Il va aussi entendre la réponse du Christ. Il va assister, en silence, à la mort du Christ... Ce silence est son secret avec Dieu. Il ne nous appartient pas de percer ce secret. Nous ne savons qu'une chose, c'est que le Fils intercède pour lui auprès du Père : « Père, pardonne-lui, car il ne sait pas ce qu'il a fait ».
 

La prière du larron
« Jésus, souviens-toi de moi, quand tu viendras dans ton royaume »: peut-être est-ce la toute première fois que le bon larron se met à prier ? C'est aussi la dernière, unique et superbe prière que tant d'hommes et de femmes dans l'Eglise adopteront pour la prier à leur tour. Cette prière toute simple est la dernière parole du larron : il mourra en prière, porté par la promesse que lui a faite Jésus en retour. Unique et superbe prière qui déjà reçoit son exaucement dans la réponse de Jésus.
C'est avec tout le poids d'une existence de malfaiteur que le larron s'adresse à Jésus. Il ne met rien de sa vie en avant, aucune bonne oeuvre, aucun mérite ; il ne cherche même pas ce qui dans ses années passées aurait pu plaire à Dieu. Il se livre au Christ tel qu'il est aujourd'hui sur sa croix, à l'heure de sa mort ; il se livre à la grâce seule : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton règne ».


Le vocatif : « Jésus »
Le premier mot que le larron prononce dans cette prière est le nom même de Jésus. Dans tout le reste de l'Evangile de Luc, ceux qui s'adressent au Christ en prononçant son nom au vocatif, ajoutent toujours un titre en signe de respect. Le larron sent le Christ si proche de lui qu'il s'adresse à lui avec la plus grande simplicité : « Jésus ». C'est la simplicité de ceux qui partagent le même sort, la même peine, le même supplice... Mais le larron ne manque pas de respect pour autant. Il sait bien en lui parlant de son « règne » qu'il s'adresse à un roi. Le nom propre que prononce le larron est celui d'un roi. L'absence de titre souligne la grandeur de ce nom. Aucun titre n'est assez grand pour l'adjoindre à ce nom qui à lui seul dit tout : « Jésus ».
Le larron se souvient-il que « Jésus » signifie « Dieu sauve » ? S'il ne s'en souvient pas, sa demande est pleine de cette réalité, car c'est rien de moins que le salut qu'il demande à Jésus. Les chefs, les soldats se sont moqués du nom de Jésus en disant: « sauve-toi toi-même ». Le larron est le seul à dire en vérité ce pour quoi Jésus s'appelle Jésus. Il n'aurait dit que ce seul mot, sa prière gardait tout sa pertinence : « Jésus ».

Durant toute la Passion, personne ne s'est adressé à Jésus en l'appelant par son nom. Personne ne l'a honoré en l'appelant par son nom. Le larron est le premier à le faire et ce sera le dernier. C'est là encore comme un baume répandu sur les plaies du Christ : quelqu'un à côté de lui l'appelle par son nom : « Jésus ».
Le ciel et la terre attendaient cette prière pour se prosterner. Le cosmos entier pour se mettre à genoux attendait que quelqu'un prononce le nom qui est au-dessus de tout nom, comme le chante l'apôtre. (Ph 2.9)
Lorsque le larron prononce sur la croix le nom de Jésus, le ciel se prosterne, l'enfer s'arrête de blasphémer et se met à trembler, la terre cesse de déverser ses moqueries et se tait. Le cosmos fait soudain silence. Il n'y a plus que le larron qui se met à dire, à genoux dans son coeur :« Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton règne ».
Dans sa prière, le larron n'a pas dit « abba » ; il a seulement dit « Jésus », mais à ce seul nom le coeur blessé du Père trouve sa consolation. Bienheureux larron à qui l'Esprit consolateur a donné de trouver le mot qui monte vers le Père comme un parfum d'une infinie douceur.

« Souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton règne »
Prière étonnante que celle du larron. Celui-ci est en train de mourir, mais il ne demande rien pour l'heure présente de son agonie, rien pour l'aider à franchir le seuil redoutable de la mort. Ce n'est pas la peine. Il sait qu'il va mourir à côté du Roi, avec lui. Cela suffit. Il ne peut pas espérer plus belle mort qu'une mort partagée avec celle du Roi. Dans sa prière, le larron se situe déjà au-delà de la mort, lorsque le Roi entrera dans son royaume. Déjà dans sa prière le larron a dépassé la mort.
Peut-être que plus tard, lorsque le Roi sera pris par les affaires de son royaume, il oubliera ce pauvre larron, son compagnon d'infortune. Le larron sait bien qu'à l'heure de la gloire on oublie vite les moments de disgrâce. C'est pourquoi il juge important de prononcer maintenant cette prière.
« Souviens-toi de moi » : le larron ne demande rien de plus, sans préciser comment il voudrait que se concrétise ce souvenir. Souviens toi de moi en me faisant siéger à ta droite ou à ta gauche, ont osé demandé certains ! Le larron n'espère même pas ce que des disciples ont pu rêver ! Il n'est qu'un malfaiteur et non un proche. C'est déjà beaucoup pour un malfaiteur de demander ce qu'il demande ; il n'ose pas demander plus : « Jésus, souviens-toi de moi... ». Le larron laisse au Roi le soin d'exercer sa grâce comme il l'entend !
Dit-il « Souviens-toi que j'ai prononcé ton nom sans me moquer ! Souviens-toi que j'ai fait taire un blasphémateur?.. Le larron ne met absolument rien en avant de ce qu'il a pu faire en faveur de Jésus ; il s'en remet totalement à la grâce du Roi. Jean Baptiste était indigne de délier la courroie des sandales du Christ, le larron sait bien qu'il est indigne d'être crucifié à côté du Roi. Il sait bien qu'il est indigne de s'adresser au Roi, mais l'amour qu'il a découvert en Jésus crucifié l'invite à oser. L'amour dont est rempli le Christ libère la prière du larron, le rend digne et lui permet d'espérer : Jésus, toi qui pries pour tes ennemis, je suis indigne d'être autre chose que ton ennemi, mais dans ta bonté, ne m'oublie pas.

La foi du larron
« Quand tu viendras » : parler au futur à l'heure de la mort est le fait d'une foi magnifique. Le larron est animé d'une telle foi. Son regard dépasse déjà la mort. Le larron ne nie pas la mort ; il la dépasse, parce qu'il meurt avec Jésus.
Pour le larron, le futur au-delà de la mort se résume en une seule chose : la venue de Jésus. L'au-delà se concentre sur Christ seul et sa venue dernière. Dans cette prière, le larron confesse non pas la première venue du Christ sur la terre, mais sa venue dernière, sa venue dans son royaume. Le verbe « venir » est le verbe par excellence lié à l'attente messianique. Les prophètes ont annoncé cette venue. Jean Baptiste a été le dernier à l'annoncer. La foi du larron est la foi de tout Israël et la foi de l'Eglise, réunies dans la venue dernière.
« Sauve-toi toi-même et nous aussi », disait en se moquant le malfaiteur. Le bon larron, même sans se moquer, ne demande rien de cela. Il n'espère pas être épargné de la mort et descendre de la croix. Il se prépare à mourir, et, dans la prière, s'en remet à celui-là seul qui tient en main le mystère de l'au-delà. Il accepte sa mort parce qu'elle est juste aux yeux des hommes, et il s'en remet à la justice de Jésus.
C'est au Roi que le larron s'adresse, c'est-à-dire à quelqu'un qui exerce la justice. Toi qui es Roi, tu seras donc mon juge, quand tu viendras dans ton royaume. Tu es Roi comme je suis malfaiteur. Les hommes m'ont condamné à mort et je l'accepte. Ceux qui m'ont condamné ont écrit sur la croix que tu es Roi et je crois que tu l'es. Je voudrais donc comparaître devant ton tribunal quand tu viendras dans ton royaume. Je remets mon jugement entre tes mains ; j'accepterai ton verdict quel qu'il soit ; j'ai tellement confiance en toi, toi que j'ai vu demander à ton Père de pardonner à tous tes bourreaux. Je m'en remets à ta grâce...
Ami lecteur, s'il t'arrive d'accompagner un mourant, aie l'audace de prier avec lui en regardant au-delà de la mort, même si le mourant ne vaut guère mieux qu'un larron ! Aie l'audace de croire que le Christ est présent et qu'il reçoit la prière de ceux qui se tournent vers lui, qui meurent avec lui, en lui.
Le larron sur la croix nous apprend à prier : point n'est besoin de prière longue et compliquée pour se tourner vers le Christ. Point n'est besoin de titres ronflants et de superlatifs : il suffit d'une prière toute simple, avec les mots de tous les jours et une foi inébranlable.
Le larron sur la croix nous apprend à mourir en priant, le coeur tourné vers le Christ silencieux. Car le Christ fait silence lorsque le larron s'adresse à lui. Son silence est toujours celui de l'écoute, lorsqu'un être, fut-il larron, s'adresse à lui en prononçant son nom avec confiance : « Jésus ».

Le Christ désaltéré
Au moment de l'agonie de Jésus, et au milieu des insultes, quelqu'un s'est approché de lui en lui proposant du vinaigre : nouvelle moquerie qui accentue la souffrance du crucifié (cf. Ps 69.22 : quand j'avais soif ils m'ont donné du vinaigre).
Luc ne dit rien de la soif de Jésus sur la croix, parce qu'il considère qu'il a trouvé dans le larron ce qui le désaltère : cette prière dite avec amour et confiance est plus qu'un verre d'eau. Elle coule du coeur du larron comme une source à laquelle Jésus se désaltère. Oui, cela lui est donné par le Père ; il n'est pas abandonné...

La réponse du Christ
Jusqu'à présent sur la croix, Jésus n'a répondu à personne. Mais cette fois, il répond. Miracle pour le larron qui a osé s'adresser au Roi, le Roi lui répond ! Et le fait est que la réponse de Jésus est une réponse de roi, dite avec l'autorité d'un roi. « En vérité, je te le dis » : une parole introduite ainsi sonne comme un décret. Dans la bouche du Roi, c'est un serment royal.
Jésus ne tarde pas à répondre ; il répond tout de suite, avant que la mort fasse son oeuvre, pour que le larron soit porté à travers la mort par cette réponse. La réponse de Jésus ne nie pas la mort, elle la dépasse.
Jésus ne peut bien sûr pas oublier celui qui lui a donné à boire alors qu'il avait soif. C'est sur l'amour de petits gestes et de petites paroles que portera son jugement quand il sera sur son trône (cf. Mt 25.31s). J'avais soif d'amour, soif de la confiance d'un proche, tu as su par ta prière désaltérer ma soif : « Aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis ».
Devant un coeur qui s'est ouvert à lui, Jésus ouvre la porte du paradis. Il est plus facile d'ouvrir la porte du paradis que d'ouvrir la porte du coeur de ceux qui blasphèment. Toi, qui m'ouvres ton coeur, voici j'ouvre devant toi une porte que personne ne pourra fermer (Ap 3.8).
Au baptême, le ciel s'est ouvert devant l'humilité du Christ en prière ; maintenant le paradis s'ouvre devant l'humble prière d'un larron. La mort n'est pas contournée, elle est mise en brèche et dans cette brèche Jésus ouvre une porte sur le paradis.

« Aujourd'hui »
Ce mot est à prendre à la lettre. C'est l'aujourd'hui de la mort du larron, l'aujourd'hui que vit cet homme dans toute sa réalité. Mais c'est aussi un aujourd'hui éternel, l'aujourd'hui de Dieu, qui n'a ni soir ni matin. Dans la réponse de Jésus se rejoignent l'aujourd'hui des hommes et l'aujourd'hui de Dieu. Aussi mystérieux que cela puisse être Jésus va, le même jour, descendre en enfer et entrer dans le paradis. Il va descendre en enfer avec celui qui a blasphémé et entrer dans le paradis avec celui qui a prié avec confiance. Ainsi accompagne-t-il chacun dans la mort, comme lui seul sait accompagner un mourant. Il meurt avec chacun.
Dans sa réponse, Jésus met au présent ce qui dans la bouche du larron est au futur. C'est aujourd'hui même, lui dit-il, que j'entre dans mon royaume. Je suis roi, en effet, un roi crucifié, bafoué, blasphémé, mais un roi tout de même et c'est avec mon autorité royale que je te dis : « Aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis. Aussi vrai que tu es aujourd'hui avec moi sur la croix, tu seras aujourd'hui avec moi dans le paradis ».

Alors il y eut des ténèbres sur toute la terre
Avec les ténèbres, c'est Satan qui s'approche. La puissance de Satan (Ac 26.18), c'est la puissance des ténèbres. Jésus savait que cette heure allait être redoutable et l'a annoncée la veille à ceux qui venaient l'arrêter: « C'est ici votre heure et la puissance des ténèbres » (Lc 22.53).
Redoutables ténèbres, où tout peut basculer de la foi naissante du larron. Redoutables ténèbres qui vont s'installer pendant trois heures ! Le soleil se voile la face. La nuit soudaine en plein midi impose silence. Les moqueurs se taisent ; les insultes cessent. Il y a dans ce silence comme un apaisement dans le vacarme. Mais pour le larron, c'est aussi de redoutables ténèbres, car il ne voit plus Jésus. Et le silence est aussi celui de Dieu ! Il ne reste plus que la foi dans toute sa fragilité, assaillie par la puissance des ténèbres. Croire et ne plus voir. Croire et ne plus entendre. Croire seulement...
En même temps que les ténèbres, la mort approche. Il va falloir mourir dans la nuit, mourir dans le silence de toute la terre, dans le silence de Dieu...
La mort approche, mais Jésus et le larron sont encore côte à côte. Ils vont mourir ensemble, en silence. Jésus est porté par la prière du larron qui résonne encore dans son coeur. Le larron est porté par la réponse de Jésus qui résonne encore dans son coeur. Tous deux sont enveloppés de ténèbres. Que fait Dieu dans ces ténèbres silencieuses ?
Le silence est si grand qu'il est possible d'entendre un bruit inattendu, surprenant ! Le larron a pourtant bien entendu : le voile du Temple a été déchiré... Nul doute qu'il y a dans cette déchirure un geste de deuil. Quelqu'un dit dans ce geste sa souffrance devant la mort d'un proche. Personne d'autre ne déchire son vêtement ! Qui donc est là, seul, en deuil dans les ténèbres ?
Alors Jésus élève la voix pour être sûr que le larron entende ; il élève la voix pour l'éclairer sur cette présence et sur l'identité de l'endeuillé : « Père ! »

La dernière prière de Jésus
« Père, entre tes mains je remets mon Esprit » : ce que le larron entend là dans la bouche de Jésus est presque un psaume ; mais le larron ne le sait peut-être pas. Le psalmiste a dit aussi à Dieu « entre tes mains je remets mon esprit » (Ps 31.6), mais sans jamais appeler « Père » celui auquel il s'adresse. Il l'appelle seulement « Seigneur » (31.2,6,10,15,18). Avec Jésus cette prière est autre, d'une autre profondeur. Le larron entend ici le Fils prier le Père.
« Père, entre tes mains je remets mon Esprit » : cette prière du Christ, son ultime prière, est un moment d'une grande intensité trinitaire, d'un amour qui dépasse tout amour : le Fils remet l'Esprit au Père...
Au baptême le Père a remis l'Esprit au Fils dans une phrase d'une grande profondeur d'amour intime : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi j'ai mis toute mon affection ». Maintenant le Fils remet l'Esprit au Père, il « expire » ainsi dans une prière d'une égale profondeur d'amour.
Pendant que Jésus priait au baptême, le ciel s'ouvrit. Maintenant qu'il prie sur la croix, le paradis s'ouvre. Satan vaincu n'a pu briser la communion d'amour trinitaire ; le larron lui échappe et va suivre le Christ...
Par sa dernière prière, le Christ enseigne au larron comment mourir et par cet enseignement il l'accompagne encore dans la mort. On peut mourir en remettant librement son esprit à Dieu. Pour le larron c'est une découverte, la découverte d'un chemin de liberté. La mort ne prend rien. Le larron peut librement donner à Dieu son esprit : suprême liberté qui dépossède la mort de son emprise.


La mort du Christ
Des trois crucifiés, Jésus est le premier à mourir, comme nous le fait comprendre Jean (19.32-33). Le larron est donc là présent, encore vivant pour accompagner en silence la mort du Roi : indicible moment pour le larron ; intense moment...
Alors, « tous ceux qui assistaient en foule à cette scène, ayant vu ce qui était arrivé, s'en retournèrent en se frappant la poitrine ». Le Golgotha se vide. Pour le larron, la solitude grandit ! Cependant, il lui reste une parole à laquelle se raccrocher encore. La promesse que Jésus lui a faite ne peut que le rassurer. Le larron ne se sent pas abandonné : il sait que le Roi est parti le premier pour aller lui préparer une place dans son royaume (cf. Jn 14.2).
Il ne se sent pas abandonné par Dieu : il sait que le Père est là, le vêtement déchiré, pour écouter sa prière, prêt à recueillir son esprit quand viendra le moment de le lui remettre.
Il ne se sent pas abandonné par l'Esprit Saint : juste après la mort de Jésus, le larron entend au pied de la croix un homme dire ces simples mots « certainement, cet homme était juste » (v 47). Cette parole rejoint tellement ce que pense le larron ! Cette confession du centenier jette du baume sur le coeur du larron. Seul l'Esprit Saint peut faire dire cela à un soldat...


La mort du larron
Tous ceux qui étaient là sur le Golgotha s'en retournèrent donc en se frappant la poitrine... Personne ne va assister à la mort du larron.
Les quelques femmes qui se trouvaient au loin gardent le silence et partent finalement. Quelqu'un est revenu, avant la tombée de la nuit. Constatant que le larron n'était pas encore mort, il lui a brisé les jambes, puis il est reparti...
Personne n'était là pour la mort du larron. Il meurt dans le secret de Dieu....
Nul ne sait s'il a prié. Nul ne sait s'il a remis son esprit entre les mains du Père. Nul ne sait s'il s'est écrié « Abba » ou « Jésus » dans son dernier souffle. Nul ne le sait, sinon Dieu...
Il nous reste seulement cette merveilleuse parole que le Fils lui a laissée en viatique pour le conduire auprès du Père : « Aujourd'hui, tu seras avec moi dans le paradis ».

                                                                    

                                                                       ***

L'auteur de cette méditation : Daniel Bourguet, est un pasteur de l'Eglise réformée de France. Le texte est extrait du titre "Des ténèbres à la lumière", dans lequel se trouve aussi un commentaire très inspiré du psaume 88, psaume de la descente aux enfers. Ce livre est édité par les éditions Olivétan, qui édite aussi d'autres titres de Daniel Bourguet. Voir ici : http://www.editions-olivetan.com/index.chtml
page=listecata&id=54446ecf67f0268c79&pagenum=1&lacategorie=1326000219
  ou ici pour la liste de ses ouvrages : www.xl6.com/auteurs/daniel_bourguet.php

Commenter cet article

christocentrix 09/02/2010 19:46


le pasteur Daniel Bourguet offre un profil atypique dans le calvinisme français.Ermite aux Abeillères, hameau proche de Saint-Jean-du-Gard, au cœur des Cévennes camisardes, il est aussi le prieur
de la Fraternité spirituelle des Veilleurs, fondée en 1923 par le pasteur Wilfred Monod encouragé par son fils, le célèbre Théodore.
Daniel Bourguet est l'auteur de "l'Evangile médité par les Pères" qui intègre aussi des références à des spirituels contemporains des trois confessions chrétiennes (protestante, catholique romaine,
catholique orthodoxe). Parmi les auteurs orthodoxes, on trouvera saint Séraphim de Sarov, saint Silouane du mont Athos, Mgr Kallistos Ware, le métropolite Antoine Bloom de Souroge, Lev Gillet. Du
côté catholique : Dom Augustin Guillerand....
Trois volumes sont parus (Mathieu, Marc, Luc) édités aux éditions Olivétan.

Tout ce que j'ai pu lire de cet auteur m'a tout simplement impressionné.