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le Christ et le larron (suite 2)

Publié le par Christocentrix

Sur son chemin de conversion, le larron silencieux voit s'abattre sur Jésus des vagues redoutables de violence, des flots de violence verbale, qui vont mugir en crescendo contre Jésus. Luc décrit ce crescendo avec précision.
Les premiers à prendre la parole contre le Christ sont les chefs, qui ricanent. Ce verbe « ricaner » (au sens premier : « chasser l'air de ses narines ») exprime la dérision dont Jésus est l'objet.
Après ces ricanements viennent des moqueries plus cinglantes, dans la bouche des soldats. Le verbe choisi par Luc pour « se moquer », signifie plus précisément « traiter d'enfant », ce qui est franchement méchant quand cela concerne quelqu'un qui vient de prier son Père. Traiter d'enfant un adulte qui vient de dire « papa », c'est le blesser profondément.
La troisième vague de violence vient du supplicié qui, d'après Luc, « blasphème ». Les paroles du malfaiteur sont en gros les mêmes que celles des soldats, qualifiées elles de moqueries. Pourquoi maintenant le choix du verbe « blasphémer », sous la plume de l'évangéliste ? Un blasphème est une injure adressée à Dieu. Si le malfaiteur « blasphème Jésus » , comme dit Luc, c'est donc que Jésus est ici touché dans sa divinité, au plus profond du mystère de son être. Avec le blasphème du malfaiteur, le crescendo de la violence arrive à son sommet.

Ce crescendo est accentué encore par une proximité grandissante par rapport à Jésus. D'abord les ricanements viennent des chefs, situés à une certaine distance de Jésus. Les soldats, ensuite, se tiennent plus près de la croix, dans la mesure où ils « s'approchèrent », comme le précise Luc (v 36). La proximité est plus grande aussi dans le fait que les soldats ne s'en tiennent pas à la troisième personne utilisée par les chefs (« qu'il se sauve lui-même ») et passent à la deuxième, ce qui touche forcément Jésus de plus près : « sauve-toi toi-même »). Le blasphémateur enfin est encore plus proche de Jésus, sur la croix d'à côté ; lui aussi parle à Jésus en le tutoyant.
A ces déversements de violence verbale s'ajoutent des gestes dont la violence est encore manifeste. D'abord il est question de partager les dépouilles de l'agonisant, comme un héritage dont on prend possession avant même que la mort soit passée par là. Ensuite, vient le vinaigre, proposé comme une moquerie de plus envers celui que l'agonie assoiffe...

L'intervention du bon larron
Ces vagues de violences convergent vers le Christ et vers lui seul. Le larron n'est en rien concerné par cela ; il est seulement témoin, comme il est également témoin de l'absence de réactions de Jésus à cette violence. Qu'aurait-il fait, lui, le larron, s'il avait reçu tant de violence ? Il aurait réagi par la violence, bien sûr, comme fait tout malfaiteur qui se respecte !
Devant l'absence de réaction de la part de Jésus, le larron se permet d'intervenir. Il le fait après la troisième vague de violence, celle de l'autre malfaiteur. Il réagit pour prendre la défense de Jésus, pour cet innocent que tout le monde accable et qui ne se défend pas. Ce qui fait réagir le larron à ce moment-là, c'est de voir un malfaiteur faire chorus avec des chefs et des soldats ! Entre compagnons de supplice on se respecte ; entre crucifiés on se soutient ; on fait front commun contre les bourreaux ! Comment se peut-il qu'un malfaiteur abonde dans le sens des chefs et des soldats ? Devant cette énormité, le bon larron réagit et réprimande le traître pour le faire taire, mais d'une manière qui va au-delà d'une simple solidarité entre compagnons de misère.
« Ne crains-tu pas Dieu, toi qui subis la même condamnation que lui ? » : qui donc désigne ce « lui » dans la bouche du larron ? Jésus ou bien Dieu ? Tout ce que dit le larron s'applique aussi bien à Jésus qu'à Dieu. La communion entre le Fils et le Père est telle que pour le larron ils ne font qu'un. Oui, ce que dit le malfaiteur est un vrai blasphème contre Jésus, contre Dieu, car ce Jésus en croix est le Fils de Dieu...
Jusqu'où va la communion d'amour entre Jésus et Dieu, entre le Père et le Fils ? Le mystère est trop grand pour le larron... Il n'empêche que pour le larron cette communion est hors du commun.
Ce que le bon larron ne perçoit peut-être pas non plus, c'est que l'autre malfaiteur est tout simplement manoeuvré par le prince des ténèbres, qui s'est saisi de lui pour le faire blasphémer comme un possédé. Le larron ignore que Satan s'est approché de la croix.

La présence cachée de Satan
A la fin du récit de la tentation du Christ, Luc écrit une phrase qu'il est bon de se remémorer : « Après l'avoir tenté de toutes ces manières, le diable s'éloigna de lui jusqu'à un moment favorable » (4.13). Les derniers mots sont redoutables et nous interrogent : quand donc sera ce « moment favorable » que le diable choisira pour s'approcher à nouveau du Christ ? Cette approche n'est jamais signalée clairement par Luc dans la suite de l'Evangile. S'il ne s'est pas approché de manière franche, comme dans le désert, peut-être s'est-il approché en se dissimulant, par ruse et perfidie. Tout porte à croire que Satan s'est approché au moment de la croix, au moment où Jésus est le plus démuni, le plus affaibli.
Luc nous invite, en effet, à discerner ici la présence cachée de Satan. Les trois vagues de violence verbale apparaissent comme une triple tentation visant à faire descendre Jésus de la croix pour se sauver lui-même et renoncer ainsi à sa mission.
Pour nous aider à repérer la présence cachée du tentateur, Luc nous donne un bel indice dans la tournure de phrase utilisée par les soldats : « Si tu es le roi des Juifs... »

Lorsque le diable s'est approché au désert, sa tactique fut la suivante : mettre en avant une affirmation juste pour y glisser une suggestion tentatrice. Ainsi dit-il par deux fois « si tu es le Fils de Dieu » (4.3,9), ce qui est une affirmation vraie, tirée de ce que Dieu a dit juste avant, au baptême (3.22). Puis Satan ajoute à cette affirmation ses suggestions tentatrices : changer des pierres en pains, sauter du haut du temple. Sur la croix le procédé est le même : « Si tu es le roi des Juifs », telle est l'affirmation juste, tirée de l'inscription située au-dessus de Jésus et que Luc nous rapporte : « Celui ci est le roi des Juifs » (23.38). De cette affirmation juste, Satan, par la bouche des soldats, fait sa suggestion tentatrice : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ».
C'est donc clair : à travers les soldats, c'est Satan qui parle. Luc ne le nomme pas pour signifier qu'il se cache, mais il a tout fait pour que nous discernions sa présence. La prière de Jésus sur la croix devient alors beaucoup plus claire : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font ». Oui, Père, pardonne aux hommes, pardonne aux chefs, aux soldats, à tous, car ils ne savent pas qu'ils sont manipulés... Et Jésus ne nomme même pas le manipulateur, tant son nom est abject.

Au désert, Jésus a répondu à Satan qui s'est avancé sans se cacher. Sur la croix, Jésus ne répond même pas à celui qui se cache. Devant la dissimulation de l'ennemi, Jésus n'a qu'une riposte : la prière... Ne l'oublie pas, ami lecteur : devant le tentateur il n'y a pas meilleure arme que la prière ! Ne cherche pas à te mesurer à plus rusé que toi! Calque ton attitude sur celle du Christ et prie ! Tourne-toi vers le Père, avec le Fils et dans l'Esprit, et que tes seules paroles soient pour Dieu.

En ne répondant ni aux chefs, ni aux soldats, ni au malfaiteur, qui l'agressent verbalement, Jésus est sans mépris pour ces gens-là, mais il manifeste dans son attitude son refus de répondre au tentateur. Quant aux personnes manipulées par Satan, Jésus ne peut que les porter dans son intercession : « Père, pardonne-leur... »

Les violences verbales subies par le Christ sur la croix ne sont pas de simples violences humaines. En elles se trouve la violence de l'Adversaire. La croix est pour Jésus le moment d'un combat redoutable, un combat qui nous dépasse infiniment. Contre chaque assaut du tentateur, Jésus résiste grâce à la prière, une prière dont le contenu ne répond pas à l'attente du tentateur. Ce n'est pas « Père, sauve-moi », mais « Père, sauve-les, en leur pardonnant ».

Dans ce combat d'une violence inouïe, Jésus combat seul, mais avec une aide surprenante que le Père lui donne de manière merveilleuse. A Gethsémani, dans son combat contre l'adversaire, un ange lui a été donné pour le fortifier (22.43). Sur la croix, ce n'est pas un ange qui lui est donné pour le fortifier, mais le bon larron ! Sans le savoir, le bon larron dans sa conversion est un cadeau du Père au Fils pour le soutenir dans son combat.
Satan a mis la main sur les chefs, sur les soldats, sur un des malfaiteurs, et s'est ainsi avancé, de proche en proche, jusque sur la croix voisine, mais il n'a pas pu mettre la main sur le bon larron, que Dieu préserve en le remplissant d'un humble amour pour le Christ : « Jésus, souviens-toi de moi... ». Et Jésus ne s'y est pas trompé : il ne répond à personne, sinon au larron auquel il parle comme un ami parle à un ami : « je te le dis vraiment : aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis ».

Libre ou esclave ?

Face au déferlement de violence dont il est témoin, sans en mesurer sans doute la profondeur spirituelle, le bon larron pouvait se sentir comme chez lui : le monde de la violence, il le connaît. Toute sa vie de malfaiteur a été marquée par la violence. Sur la croix, le larron pourrait entrer dans le jeu de la violence et se laisser aller à elle. Certes, il est empêché de s'adonner à la violence physique ; ses mains clouées ne peuvent frapper. Mais sa langue est libre. Il est encore libre d'insulter tout le monde, y compris Dieu si le coeur lui en dit. Il peut cracher sa haine jusqu'à son dernier souffle... Mais il n'en fait rien ! Il le sait bien : la mort aura le dernier mot. Et la mort d'un supplicié, c'est la victoire de ceux qui l'ont condamné. La mort du larron sera la victoire des autres ; il sera vaincu, « exécuté », comme le dit fort justement Luc à son sujet (v 32). La victoire de la mort, c'est le point final du cycle de la violence, dans lequel le larron a toujours vécu ; un cycle dont il n'est pas libre, en fin de compte, mais esclave. Sa liberté d'insulter qui s'offre à lui sur la croix est une liberté illusoire, un soubresaut d'une liberté déjà vaincue. La mort a le dernier mot : c'est la loi du péché qui conduit à la mort, la loi de Satan.

Sur la croix, le bon larron se tait. Il n'entre pas dans le jeu de la violence. C'est sans doute la première fois ! Et cela à cause de la prière de son voisin ! Sa vie est en train de basculer, entraînée par cet homme qui n'est à aucun moment entré dans le cycle de la violence. Le monde de la violence ignore une chose essentielle que le Christ vient de mettre en avant : le pardon. Si la vengeance et la haine sont le moteur qui alimente la violence, si elles sont au coeur de la logique de Satan, le pardon et l'amour désamorcent la violence et sont au coeur de la logique de Dieu. Jésus se situe complètement en dehors du cycle de la violence et le larron le remarque bien : Jésus ne répond à personne, n'insulte personne, n'use d'aucune violence verbale, n'accuse personne... Son silence n'est pas celui d'un homme vaincu, désemparé, impuissant. Son silence, au contraire, est chargé d'une autre puissance : celle de la prière, du pardon, de l'amour... En silence, Jésus ne cesse d'aimer ; c'est un silence actif, fort d'une étonnante puissante, dont prend conscience le larron. Le silence du Christ est plus fort que toutes les vagues de violence qui déferlent sur lui...

L'amour et le pardon font sortir du cycle de la violence ; ils font échapper à l'emprise de Satan et sont le signe de la vraie liberté. Le pardon que Jésus demande à son Père ne sera pas vaincu par la mort. Le pardon donné par Dieu subsistera au-delà de la mort. Ce Jésus qui pardonne est en train de mourir, certes, mais il meurt libre. Mourir en insultant les autres, c'est mourir en étant esclave de la violence des autres. Mourir en pardonnant, c'est mourir libre, en paix... Le larron est en train de voir quelqu'un mourir libre. Cet homme-là, Jésus, ouvre une porte... Avec lui apparaît une évidence : on peut mourir sans haine, sans maudire, sans blasphémer ; on peut mourir en aimant Dieu et les autres ; on peut mourir libre, proche de Dieu, en Dieu...

Le larron dans son silence est en train de rejoindre le Christ dans son silence ; il est prêt à suivre le Christ dans sa manière de mourir, dans sa mort, sur ce chemin de l'amour qui pardonne, ce chemin qu'il ouvre de manière souveraine. C'est cela une conversion : le larron se convertit.

Dans les propos qu'il entend déblatérer contre Jésus, le larron entend des mots comme « Christ », « roi », « élu », « Christ de Dieu »... Certes, tout le monde se moque en disant cela. Mais si c'était vrai ? Si c'était vrai ce qui est écrit en toutes lettres au-dessus de sa croix : « Celui-ci est le Roi des Juifs »?
  Ce roi-là est libre de l'emprise de la violence, libre devant les moqueries, les blasphèmes, les injures et toute autre manifestation de haine. La prière de ce roi est pleine d'amour et connaît le pardon. Et s'il y avait, à côté de la justice humaine, la justice de ce roi-là ? S'il y avait pour ce roi un autre royaume que ceux de la terre ? Après tout, ce roi-là doit bien avoir un royaume ! A voir ce roi dans sa manière d'être, ce royaume-là ne doit connaître que l'amour...
Du haut de sa croix, le larron voit deux mondes se côtoyer : l'un en Christ qui prie et qui pardonne, l'autre qui injurie et qui blasphème. Le larron se tourne alors vers le roi qu'il découvre : « Jésus, souviens-toi de moi, quand tu viendras dans ton royaume ».
Sur une croix, un homme est en train de basculer dans la foi, aux dernières heures de sa vie. Cela est l'oeuvre du Saint Esprit en lui. Pendant que l'autre malfaiteur hurle avec les loups dans le royaume des loups, le bon larron ouvre en silence son coeur au Roi pour qu'il fasse de ce coeur une parcelle de son royaume. Pendant que Satan enchaîne un malfaiteur dans le blasphème, le Saint Esprit libère l'autre pour le Royaume du Christ.

Le larron peut maintenant comprendre l'attitude de Jésus devant les assauts de la violence. Pourquoi garde-t-il le silence? Que fait-il donc dans son si profond silence ?

Devant la violence, Jésus ne réagit par aucune violence. Il ne rend pas coup pour coup, insulte pour insulte. Il se tait et ne sort pas de son silence. Sa seule parole a été une prière. Que fait-il donc maintenant dans son silence, depuis que la violence s'est déchaînée ? Que peut-il bien faire d'autre que de continuer de prier ? Tout s'éclaire alors pour le bon larron.
Si la première parole de Jésus sur la croix a été une prière, c'est parce qu'il est constamment en prière. Le premier auquel il s'est adressé est son Père, parce qu'il est toujours en communion avec lui dans la prière. Sa demande de pardon ne se limite pas à ce qui s'est passé jusqu'à la croix ; elle ne s'arrête pas, mais se prolonge. Cela ne fait aucun doute : Jésus continue de demander à son Père de pardonner le partage des vêtements, la présentation du vinaigre, les ricanements des chefs, les moqueries des soldats, le blasphème du malfaiteur... Dans son silence, le Christ intercède sans cesse : Père, pardonne-leur, car ils ne savent toujours pas ce qu'ils font ; ils ne savent pas ce qu'ils disent...
Le larron poursuit sur la croix sa méditation silencieuse : si Jésus est en train de prier pour tous ces gens, pour cette ordure qui blasphème, ne serait-il pas aussi en train de prier pour moi, son compagnon de supplice, pour moi qui suis aussi en train de mourir... Le larron devient alors encore plus silencieux, d'un silence qui se remplit d'amour et de reconnaissance... En silence, le larron laisse Jésus prier pour lui. Personne n'a jamais prié pour lui. Merveille que cet homme qui est en train de prier ! Merveille que ce Fils qui n'est qu'en prière devant son Père et qui intercède pour moi ! Les larmes de bonheur ne troublent pas le silence lorsqu'elles coulent...
Jusque là le larron se sentait exclu de la prière du Christ. Il s'aperçoit soudain qu'il n'en est rien. Le Christ intercède pour lui. Seul l'Esprit témoigne à notre esprit que nous sommes portés devant le Père par l'intercession du Fils (cf. Ro 8.34). Dans son silence, le larron s'abandonne à l'oeuvre du Trois fois Saint. Dieu est si proche : le Fils est là à ses côtés sur la croix ; le Père est là qui écoute en silence ; l'Esprit murmure au fond de son coeur...
Le larron serait-il pardonné par le Père sans l'avoir demandé, parce que le Fils l'en a prié ? Serait-il gracié par le Père à la demande du Fils ? l'Esprit le lui murmure au fond du coeur et fait déjà monter dans son silence un mot qu'il n'a jamais encore prononcé : « Abba ».
Et si le Père de Jésus était aussi son Père ? Et si Jésus était plus qu'un compagnon de supplice : un frère ? 1'Esprit Saint poursuit son oeuvre dans le coeur du larron...
Jésus prie en silence pour le larron ; c'est ainsi qu'il accompagne ce mourant. Ne l'oublie pas, ami lecteur : la prière silencieuse trouve place auprès d'un mourant. C'est une prière qui s'appuie sur l'intercession du Christ, qui ne cesse d'intercéder pour lui.

Depuis qu'il est en croix, le bon larron n'est que silence : pourquoi ne prierait-il pas en silence ? Pourquoi ne se tournerait-il pas comme Jésus vers le Père pour lui demander pardon pour tous ses méfaits ? Peut-être n'a-t-il jamais prié de sa vie ? Au moment de se tourner vers le Père, il ne peut que découvrir à quel point il est pécheur. Plus Dieu est proche et plus on se découvre pécheur, plus on se sent accablé par ses fautes conscientes et inconscientes. Si Dieu pardonne les fautes inconscientes, à la demande du Christ, pardonnera-t-il aussi les fautes conscientes ? Toutes ses fautes conscientes ne rendent-elles pas indignes de se tourner vers Dieu ? Le larron se découvre indigne de la proximité de Dieu, indigne de prier. Et le fait est que le larron ne prie pas le Père... Luc nous oriente vers une autre direction.
A côté du larron se trouve Jésus, qui prie. Si tant de gens indignes se permettent de parler à Jésus, lui le larron indigne ne pourrait-il pas aussi lui parler ? Il est là, à quelques mètres, à portée de voix. Même en parlant doucement, il entendra. Il n'a encore répondu à personne, mais il doit bien entendre ce qu'on lui dit...  Si le larron ne se permet pas de prier le Père, il va oser prier le Fils ; il se sent soudain libre de le prier...

De quoi sommes-nous donc témoins dans ce texte d'Evangile : de la mort du larron ou bien de son entrée dans la vie nouvelle ? De son agonie ou de sa naissance ? Merveilleux Evangile qui nous fait contempler la vie naissante d'un homme à l'heure de sa mort...
Nous pouvons même dire que nous sommes témoins de la résurrection du larron. Souvenons-nous qu'au début de son Evangile, Luc nous a rapporté la prophétie que le vieillard Syméon a prononcée devant Joseph et Marie, en parlant de Jésus : « Il est là pour la chute ou le relèvement de beaucoup en Israël » (2.34). Cette prophétie est en train de s'accomplir sur la croix : la chute est celle du blasphémateur, le relèvement est celui du bon larron. Le mot que Syméon, prononce pour dire « relèvement » est « anastasis », qui signifie aussi « résurrection ».
Mais avant d'écouter la prière du larron, écoutons-le tout d'abord s'adresser à l'autre malfaiteur pour découvrir dans le bon larron un véritable disciple, un témoin qui prend la défense de Jésus.

                                                             (fin dans le prochain message)

 

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