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le Dieu-Homme (suite et fin)

Publié le par Christocentrix

Le sacrifice de Jésus réalise l'éternel dessein du Père : unir l'humanité à la divinité, vivifier, déifier les profondeurs de l'homme, de l'univers, de l'être. De sorte que nous ne soyons plus jamais seuls, plus jamais exclus ou perdus : à travers la honte ou le désespoir apparemment sans issue, le Christ nous attend dans le silence de son amour. Et il nous permet de dire : Abba, Père, un mot d'une enfantine tendresse. La « passion d'amour » du Fils est antérieure à son incarnation et la provoque. Elle est inséparable d'une mystérieuse « passion d'amour » du Père. Car le Père se donne en donnant son Fils. Et comment ne l'aurait-il pas donné à l'homme puisque l'homme, en la personne d'Abraham, s'est montré prêt à donner à Dieu son propre fils ? Cette « passion d'amour » divine, qui ne cessera qu'à l'avènement manifeste du Royaume, ne met nullement en cause la plénitude et la joie que ressentent le Père et le Fils dans la profondeur de la divinité (et cette joie même n'est pas impersonnelle, c'est l'Esprit saint). Un saint, tout en portant en lui l'immense joie de la présence divine, et justement parce qu'il porte en lui cette joie, partage sans retour la détresse des autres. Combien plus cela est-il vrai de notre Dieu et de son Christ, « visage du Père », modèle et lieu de toute sainteté.

S'il est descendu sur la terre, c'est par compassion pour le genre humain. Oui, il a souffert nos souffrances avant même d'avoir souffert la Croix, avant d'avoir pris notre chair. Car s'il n'avait souffert, il ne serait pas venu partager avec nous la vie humaine. D'abord il a souffert, puis il est descendu. Mais quelle est cette passion qu'il a ressentie pour nous? C'est la passion de l'amour. Et le Père lui-même, le Dieu de l'univers, « lent à la colère et riche en miséricorde » (Ps. 103, 8), ne souffre-t-il pas lui aussi avec nous, d'une certaine manière ? Ignorerais-tu qu'en gouvernant les choses humaines il compatit aux souffrances des hommes? En effet, « le Seigneur ton Dieu a supporté ta conduite comme un père supporte son fils »(Deut.1, 31). De même que le Fils de Dieu « a porté nos souffrances », de même Dieu supporte « notre conduite ». Le Père, lui non plus, n'est pas impassible [...], il a pitié, il connaît quelque chose de la passion d'amour, il a des miséricordes que sa souveraine majesté semblerait devoir lui interdire". ORIGÈNE, Sixième Homélie sur Ezéchiel, 6, 6 (GCS 8, 384-385).

Rien de tout cela n'aurait de sens si l'on ne comprenait, avec l'intelligence de la foi, que Jésus, parce qu'il est, sans la moindre opacité, la Personne en communion (car le sujet de son humanité est une Personne divine, donc parfaite), n'est séparé de rien, de personne, mais porte en lui la totalité de l'humanité et de l'univers. La notion de « nature humaine », chez les Pères, n'est pas philosophique mais mystique, elle désigne cette unité d'être de tous les hommes, cet Homme Unique brisé par la chute et réunifié en Christ, au sens le plus réaliste.

"Le Verbe en prenant chair s'est mêlé à l'homme et a pris en soi notre nature afin que l'humain soit déifié par ce mélange avec Dieu : la pâte de notre nature est sanctifiée tout entière par le Christ, prémices de la création". GRÉGOIRE DE NYSSE, Contre Apollinaire, 2 (PG 45, 1128).

L'humanité entière « forme pour ainsi dire un seul être vivant » : en Christ nous formons un seul corps, nous sommes tous « membres les uns des autres ». L'humanité s'étant enfermée dans la mort, il fallait que Dieu, s'incarnant, se laissât saisir par la mort pour détruire son règne et ouvrir à toute chair la voie de la résurrection. Car la chair unique de l'humanité et de la terre, « mise en contact », en Christ, « avec le feu » de la divinité, est désormais secrètement, sacramentellement, déifiée.

"Il fallait rappeler de la mort à la vie notre nature entière. Dieu s'est donc penché sur notre cadavre afin de tendre la main, pour ainsi dire, à l'être qui était là, gisant. Il s'est approché de la mort jusqu'à prendre contact avec notre dépouille et à fournir à la nature, au moyen de son propre corps, le principe de la résurrection, en ressuscitant l'homme entier par sa puissance. [...]

Dans notre corps, l'activité d'un seul des sens répand une sensation dans tout l'organisme, lié à ce membre. Il en est de même pour l'humanité tout entière, qui forme pour ainsi dire un seul être vivant : la résurrection d'un membre s'étend à l'ensemble et, de la partie, se communique au tout, en vertu de la cohésion et de l'unité de la nature humaine". GRÉGOIRE DE NYSSE, Grande Catéchèse, 32 (PG 45, 80).

"L'homme sur la terre, subjugué par la mort, comment pouvait-il revenir à la plénitude ? Il était nécessaire de rendre à la chair morte la participation à la force vivifiante de Dieu. Or la force vivifiante de Dieu c'est le Verbe, le Fils unique. C'est donc celui-ci qu'il nous envoya comme Sauveur et Libérateur [...]. Vie par nature, il prit un corps sujet à la pourriture afin de détruire en celui-ci la puissance de la mort et de le transformer dans la vie. Comme le fer, mis en contact avec le feu, prend aussitôt la couleur de celui-ci, de même la chair, après avoir reçu en elle le Verbe vivifiant, est libérée de la pourriture. Ainsi il a revêtu notre chair pour la libérer de la mort". CYRILLE D'ALEXANDRIE, Homélie sur Luc, V, 19 (PG 72, 172).

Inséparable de la descente aux enfers, de la résurrection, de l'ascension à la droite du Père, la Croix apparaît fondamentalement comme vivifiante. Ses dimensions font du Christ le véritable Homme cosmique qui transfigure l'univers : « Désormais, tout est rempli de lumière, le ciel, la terre et même l'enfer », dit la liturgie pascale au rite byzantin. Etre crucifié en Christ, c'est mourir à sa propre mort pour entrer dans le sacrifice de réintégration et comprendre, comme dit Paul, « la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur » de l'amour (Eph 3, 18-19).

«Que vous receviez la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu'est la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur » (Eph. 3, 18). La croix du Christ possède toutes ces dimensions ; par elle, en effet, « il s'est élevé dans les hauteurs, emmenant captive la captivité » (Ps. 68, 19), par elle « il est descendu au plus profond des enfers »; car la croix a une « hauteur » et une « profondeur ». Et elle s'étend sur toute l'immensité de l'univers, déployant ainsi sa « largeur » et sa « longueur ». Et celui qui est « crucifié avec le Christ », qui connaît la tension de cette crucifixion, c'est celui-là qui comprend « la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur ». ORIGÈNE, Fragment d'un Commentaire sur l'Épître aux Ephésiens (Gregg p. 411-412).

Ces thèmes sont repris et développés dans une très ancienne homélie pascale toute remplie de l'ardeur du combat livré par le grand athlète de la Vie, toute vibrante d'une allégresse de victoire. La croix est le véritable arbre de vie, le rétablissement de l'axe du monde par lequel la création trouve une nouvelle stabilité. L'homme est infiniment attendu, accueilli, personne n'est exclu du banquet des noces. Le fruit de l'arbre de vie est offert à tous, le Sang et l'Eau jaillis du flanc transpercé de Jésus sont les éléments d'un immense baptême, un baptême de Feu et d'Esprit. Le corps du Crucifié-Ressuscité est rempli en effet des souffles et des feux de la Pentecôte. Et la terre désormais s'identifie secrètement à ce Corps. Il n'y a plus de séparation, « la vie est répandue sur toutes choses ».

"Jésus a montré en sa personne toute la plénitude de la vie offerte sur l'arbre [la croix]. [ ...]. Cet arbre m'est une plante de salut éternel ; de lui je me nourris, par ses racines je m'enracine et par ses branches je m'étends, sa rosée fait ma joie et son souffle me fertilise. [...] Je jouis librement de ses fruits qui m'étaient destinés dès l'origine. Il est ma nourriture quand j'ai faim, ma source quand j'ai soif, mon vêtement car ses feuilles sont l'Esprit de vie [...]. Cet arbre aux dimensions célestes s'élève de la terre aux cieux, se fixant, plante éternelle, au coeur du ciel et de la terre, soutien de toutes choses, fondement de l'univers, rassemblant toute la diversité de l'humanité, cloué par les chevilles invisibles de l'Esprit, afin qu'ajusté au divin, il n'en soit plus détaché. [...].

Puisque le combat sans merci que (Jésus) menait était le combat de la victoire, il fut d'abord couronné d'épines pour effacer toute malédiction de la terre en extirpant par sa tête divine les épines nées du péché. Puis, après avoir épuisé le fiel amer du Dragon, il nous ouvrit tout entières en échange les sources de douceur qui jaillirent de lui [...]. Il a ouvert son propre flanc, d'où ont coulé le Sang et l'Eau sacrés, signes des noces spirituelles, de l'adoption et de la nouvelle naissance mystique. Il est dit en effet : « Lui vous baptisera dans l'Esprit saint et dans le feu » (Mat 3, 11) : l'eau comme « dans l'Esprit », le sang comme « dans le feu ». [...]

Quand prit fin le combat cosmique [...], il resta fixé sur les confins de l'univers, montrant triomphalement en sa personne un trophée de victoire. Alors, devant sa longue endurance, l'univers fut bouleversé [...]. Peu s'en fallut que le monde entier ne fût anéanti [...] si le grand Jésus n'avait exhalé le divin Esprit en disant :« Père, je remets mon Esprit entre tes mains » (Luc 23, 46). Et quand monta l'Esprit divin, l'univers vivifié et affermi trouva une nouvelle stabilité.

Oh, divine extension en tout et partout, oh, crucifixion qui s'étend à travers toutes choses ! O unique des uniques devenu vraiment tout en tout, que les cieux aient ton esprit, le paradis ton âme, - car il dit : « Aujourd'hui je serai avec toi dans le paradis » (Luc 23, 43) -, mais que ton corps soit à la terre. L'indivisible s'est divisé pour que tout soit sauvé, afin que même les lieux inférieurs connaissent l'avènement divin. [,..] C'est pourquoi il s'est donné complètement à la mort, afin que la bête vorace soit secrètement détruite. Dans son corps sans péché, elle cherchait partout sa nourriture [...]. Mais lorsqu'elle n'eut rien trouvé en lui qu'elle puisse manger, emprisonnée en elle-même, affamée, elle fut à elle-même sa propre mort [...].

O Pâque divine, [...] par toi la mort ténébreuse a été détruite et la vie répandue sur toutes choses, les portes des cieux ont été ouvertes, Dieu s'est montré homme, et l'homme est monté devenant Dieu, grâce à toi les portes de l'enfer ont été brisées [...]. Grâce à toi, la salle immense des noces a été remplie, tous portent la robe nuptiale et personne ne sera jeté dehors parce qu'il n'a pas la robe des noces. [...] Grâce à toi, le feu de l'amour brûle en tous, dans l'esprit et dans le corps, nourri par l'huile même du Christ".

Homélie pascale anonyme inspirée du Traité sur la Pâque d'Hippolyte. 49, 50, 51, 53, 55, 56, 57, 61, 62 (SC n° 27, p. 175-191).

Dans le Crucifié, le pardon est offert, la vie donnée. Pour l'homme, il ne s'agit plus de craindre le jugement et de mériter le salut, mais d'accueillir l'amour dans la confiance et l'humilité. Car Dieu s'est laissé assassiner pour offrir sa vie même aux assassins.

La mort du Christ sur la croix est un jugement du jugement". MAXIME LE CONFESSEUR, Questions à Thalassius, 43 (PG 90, 408).

"Celui qui suspendit la terre est suspendu, Celui qui attacha les cieux est attaché.

Celui qui fixa l'univers est fixé sur le bois. Dieu est assassiné [...].

Dieu a revêtu l'homme, il a souffert pour un souffrant,

il a été jugé pour un condamné, il a été enseveli pour un enseveli.

Mais il est ressuscité des morts et il clame :

Qui plaidera contre moi? J'ai délivré le condamné,

j'ai rendu la vie à celui qui était mort, je relève l'enseveli.

Qui me contestera? J'ai aboli la mort, j'ai écrasé l'enfer,

j'ai enlevé l'humanité aux plus hauts des cieux,

oui, moi, le Christ.

[...]

Je suis votre pardon, je suis la Pâque du salut,

je suis votre lumière. Je suis votre résurrection".

MÉLITON DE SARDES, Homélie pascale (SC n° 123, p. 116, 120, 122).

"Qui peut comprendre l'amour sinon celui qui aime? Je m'unis à l'aimé, mon âme l'aime. Dans sa paix c'est là que je suis.

Je ne suis plus un étranger car il n'y a pas de haine près du Seigneur.

Parce que j'aime le Fils je deviendrai Fils.

Adhérer à celui qui ne meurt plus, c'est devenir immortel.

Celui qui se complaît dans la Vie sera vivant.

ODES de SALOMON, 3 (éd. Harris-Mingana, II, p. 215-216).

 

"Hier, j'étais crucifié avec le Christ, aujourd'hui je suis glorifié avec lui ; hier j'étais mort avec lui, aujourd'hui je suis associé à sa résurrection ; hier, j'étais enseveli avec lui, aujourd'hui je m'éveille avec lui du sommeil de la mort. GRÉGOIRE DE NAZIANZE, Discours 1, Pour la Pâque, 4 (PG 35, 397).

La victoire sur la mort est victoire sur la mort biologique, désormais transformée en « passage » dans un grand dynamisme de résurrection qui doit aboutir à la manifestation du Royaume, à la transfiguration non plus secrète et sacramentelle mais évidente et glorieuse du cosmos. Dans cet univers métamorphosé, les personnes, les « âmes », puiseront une corporéité lumineuse, analogue à celle du Christ lors de sa transfiguration sur la montagne, ou après sa résurrection.

La victoire sur la mort est donc aussi et surtout victoire sur la mort spirituelle dont nous faisons quotidiennement l'expérience et dans laquelle, abandonnés à nous-mêmes, nous risquerions de nous enfermer pour toujours. C'est la victoire sur l'enfer, c'est la certitude désormais que personne ne sera séparé de Dieu, mais que tous seront - sont déjà mystérieusement - plongés dans son amour. Et c'est ce message prodigieux - la victoire sur l'enfer - que l'Église ancienne n'a cessé de proclamer.

"J'ai ouvert les portes cadenassées, j'ai brisé les verrous de fer, et le fer est devenu rouge et s'est liquéfié devant moi ; et plus rien n'a été fermé parce que je suis la porte pour tous les êtres. Je suis allé délivrer les prisonniers, ils sont à moi et je n'abandonne personne... [...] J'ai semé mes fruits dans les coeurs et je les ai changés en moi. [...] Ils sont mes membres et je suis leur tête. Gloire à toi, ô notre tête, Seigneur Christ, Alléluia !  Odes de Salomon, 17 (Ed. Harris-Mingana, p. 289-290).

"J'ai étendu les mains et me suis offert au Seigneur, l'extension des mains en est le signe, extension du bois où a été pendu, sur la route, le Juste. [... ]

Je suis ressuscité, je suis avec eux, je parle par leur bouche, [... ] j'ai jeté sur eux le joug de mon amour. [... ]

L'enfer m'a vu, et il a été vaincu, la mort m'a laissé partir et beaucoup avec moi.

J'ai été pour elle fiel et vinaigre. Je suis descendu avec elle en enfer, autant qu'il a de profondeur.

La mort [...] n'a pu supporter mon visage. J'ai fait des morts une assemblée de vivants,

je leur ai parlé avec des lèvres vivantes, pour que ma parole ne soit pas vaine.

Ils ont couru vers moi, les morts. Ils ont crié : Aie pitié de nous, Fils de Dieu, [...]

fais-nous sortir des ténèbres qui nous enchaînent ouvre-nous la porte, que nous sortions avec toi.

Nous voyons que la mort n'a pas prise sur toi. Délivre-nous, nous aussi, car tu es notre Sauveur.

Et moi j'entendis leurs voix et je traçai mon nom sur leur tête.

Aussi ils sont libres et m'appartiennent. Alléluia !

ODES de SALOMON, 42 (p. 403-405).

 

Lorsqu'il apparaîtra, tu te diras : « Mon bien-aimé répond ; il dit : Lève-toi, viens, ma toute-proche » (Cant. 2, 10). Je t'ai frayé la voie, j'ai rompu tes liens, viens donc à moi ma toute proche. « Lève-toi, viens, ma toute proche, ma toute belle, ma colombe. » Pourquoi dit-il : « Lève-toi », pourquoi « Hâte-toi » ? J'ai enduré pour toi les rages des tempêtes, j'ai supporté les flots qui devaient t'assaillir; mon âme est devenue triste jusqu'à la mort à cause de toi. Je suis ressuscité des morts après avoir brisé l'aiguillon de la mort et dénoué les liens de l'enfer. C'est pourquoi je te dis : « Lève-toi et viens, ma toute belle, ma colombe, parce que voici que l'hiver est passé, la pluie s'en est allée, et les fleurs ont apparu sur la terre. » Ressuscité d'entre les morts j'ai réprimé la tempête, offert la paix. Et parce que, dans l'ordre de la chair, je suis né d'une vierge et de la volonté de mon Père, et parce que j'ai progressé en sagesse et en âge, « les fleurs ont apparu sur la terre... ». ORIGÈNE, Deuxième Homélie sur le Cantique des Cantiques, 12 (SC n° 37, p. 101).

 

"Aujourd'hui c'est le salut pour le monde... Le Christ est ressuscité des morts : dressez-vous avec lui. Le Christ fait retour à lui-même : revenez vous aussi. Le Christ est sorti du tombeau : soyez délivrés des chaînes du mal. Les portes de l'enfer sont ouvertes et l'emprise de la mort est détruite. Le vieil Adam est dépassé, le nouveau accompli. Une nouvelle création naît dans le Christ : renouvelez-vous." GRÉGOIRE DE NAZIANZE, Discours 45, Pour la Pâque, 1, 1 (PG 36, 624).

 

Tout se résume dans l'homélie de saint Jean Chrysostome, lue encore aujourd'hui au coeur même de la nuit de Pâques dans les églises orthodoxes.

"Que tout homme aimant Dieu jouisse de cette lumineuse fête.

Que le serviteur fidèle entre joyeux dans la joie de son maître.

Que celui qui a porté le poids du jeûne vienne toucher maintenant son denier

Celui qui a travaillé dès la première heure, qu'il reçoive à présent son juste salaire.

Celui qui est venu après la troisième heure, qu'il célèbre cette fête dans la gratitude.

Celui qui est arrivé seulement après la sixième heure, qu'il s'approche sans crainte : il ne sera pas lésé.

Si quelqu'un a tardé jusqu'à la neuvième heure, qu'il vienne sans hésitation.

Et l'ouvrier de la onzième heure, qu'il n'ait pas honte : le Seigneur est généreux.

Il reçoit le dernier aussi bien que le premier.

Il accueille dans sa paix l'ouvrier de la onzième heure aussi bien que celui qui, dès l'aube, a pris le travail.

Du dernier il a compassion, il comble le premier. A celui-ci il donne ; à l'autre il fait grâce.

Il ne regarde pas seulement l'oeuvre, il pénètre l'intention du coeur.

Tous entrez donc dans la joie de votre Maître. Premiers et derniers, recevez la récompense. [...)

Abstinents et paresseux, fêtez ce jour. Vous qui avez jeûné, réjouissez-vous aujourd'hui.

La table est garnie, venez tous sans arrière-pensée. Le veau gras est servi, que tous se rassasient.

Participez au banquet de la foi, puisez tous aux richesses de la miséricorde.

[...] Que nul ne déplore ses péchés: le pardon s'est levé du tombeau.

Que personne ne craigne la mort: celle du Sauveur nous a libérés.

Il l'a terrassée, quand elle le tenait enchaîné.

Il a dépouillé l'enfer, celui qui est descendu aux enfers.

Il l'a détruit, pour avoir goûté à sa chair.

Isaïe l'avait prédit : l'enfer fut consterné quand il l'a rencontré.

Il fut consterné, parce qu'il fut écrasé. Il fut dans l'amertume, parce qu'il fut joué.

Il avait pris un corps, il s'est trouvé devant Dieu.

Il avait pris le visible, et l'invisible l'a renversé.

Mort, où est ton aiguillon? Où est ta victoire, enfer?

Le Christ est ressuscité et tu as été écrasé.

Le Christ est ressuscité et les démons sont tombés.

Le Christ est ressuscité et les anges sont dans la joie.

Le Christ est ressuscité et la vie règne.

Le Christ est ressuscité et les morts sont arrachés aux tombeaux.

Car le Christ ressuscité des morts est devenu prémices de ceux qui dorment.

A lui gloire et puissance dans les siècles des siècles. Amen.

JEAN CHRYSOSTOME, Homélie pascale (Office des matines pascales du rite byzantin).

 

"Par l'Ascension, le Corps du Christ, tissé de notre chair et de toute la chair de la terre est entré dans les espaces trinitaires. Désormais la création est en Dieu, elle est le véritable « buisson ardent », dit Maxime le Confesseur. En même temps elle reste ensevelie dans la mort, la séparation et l'opacité, par la haine, la cruauté, l'inconscience des hommes. Devenir saint, c'est écarter cette lourde cendre, et faire monter à la surface l'incandescence secrète, permettre, en Christ, à la vie d'absorber la mort. C'est anticiper la venue manifeste du Royaume en révélant sa présence secrète. Anticiper, donc préparer et hâter.  Le Christ, ayant achevé pour nous son action salvatrice, et monté au ciel avec le corps qu'il avait adopté, réalise en lui l'union du ciel et de la terre, des êtres sensibles et des êtres spirituels et démontre ainsi l'unité de la création dans la polarité de ses parties". MAXIME LE CONFESSEUR, Commentaire de l'oraison dominicale (PG 90, 877).

 

"Le Christ unit dans l'amour la réalité créée à la réalité incréée - ô merveille de l'amitié et de la tendresse divine pour nous! - et montre que, par la grâce, les deux ne sont plus qu'une seule chose. Le monde tout entier entre totalement dans le Dieu total et, devenant tout ce qu'est Dieu, excepté l'identité de nature, il reçoit à la place de soi le Dieu total". MAXIME LE CONFESSEUR, Ambigua (PG 91, 1308-1309).

 

Désormais un espace de non-mort troue le monde, l'homme peut dès maintenant entrer dans la résurrection, y inscrire ses oeuvres, il peut aller par l'humanité du Christ à sa divinité. Car nous avons tout dans le Christ, il est « le Chemin, la Vérité et la Vie ».

« Le Verbe s'est fait chair et a demeuré parmi nous » (Jean 1, 14). Par le Christ-homme tu vas vers le Christ-Dieu. Dieu est bien au-delà. Mais il s'est fait homme. Ce qui était loin s'est, par la médiation d'un homme, rendu tout proche. Il est le Dieu, où tu demeureras. Il est l'homme, par où tu dois venir. Le Christ est à la fois la voie que tu dois suivre et le but que tu dois atteindre. C'est lui « le Verbe qui s'est fait chair et qui a demeuré parmi nous ». Il a revêtu ce qu'il n'était pas, sans perdre ce qu'il était. En lui l'homme apparaissait et Dieu se cachait. L'homme fut assassiné et Dieu méprisé. Mais Dieu se manifesta et l'homme ressuscita. [...] Le Christ est lui-même homme et Dieu. [...] Toute la loi dépend de ces commandements :« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ton intelligence. » Et :« Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Sur ces deux commandements reposent toute la loi et les prophètes » (Mat 22, 37-39). Mais, dans le Christ, tu as tout : veux-tu aimer ton Dieu? Tu l'as dans le Christ. [...] Veux-tu aimer ton prochain? Tu l'as dans le Christ. AUGUSTIN D'HIPPONE, Sermon 261, 6 (PL 38, 1206).

Nous avons tout dans le Christ.[...]

Si tu veux guérir ta blessure, il est médecin.

Si tu brûles de fièvre, il est fontaine.

Si tu as besoin de secours, il est force.

Si tu redoutes la mort, il est vie.

Si tu fuis les ténèbres, il est lumière.

Si tu as faim, il est nourriture : « Goûtez et voyez combien le Seigneur est bon. Heureux l'homme qui espère en Lui » (Ps 34, 9). AMBROISE DE MILAN, De la virginité 16, 99 (PL 16, 305).

Ce chemin, l'homme est appelé à le parcourir dans l'Esprit-Saint car l'humanité du Christ est le lieu d'une Pentecôte perpétuée. En Christ, les hommes peuvent recevoir pleinement l'Esprit, boire l'« eau vive », l'« eau vivante pour l'éternité ».

Le Verbe s'est fait « porteur de la chair » pour que les hommes puissent devenir « porteurs de l'Esprit ». ATHANASE D'ALEXANDRIE, De l'incarnation et contre les ariens, 8 (PG 26, 996).

Un ruisseau a jailli. Il est devenu un torrent, [...]

il a inondé l'univers, il l'a emporté vers le Temple.

Obstacles et digues n'ont pu l'arrêter. [...]

il est venu sur toute la surface de la terre et l'a remplie entièrement.

Ils ont bu, tous les assoiffés, et leur soif a été étanchée car le Très-Haut a donné le breuvage. [...]

Ils vivent par l'eau vivante pour l'éternité. Alléluia !

Odes de Salomon, 6 (éd. Harris-Mingana, p. 232-233).

 

L'Esprit saint est inséparable de notre liberté. Dieu reste dans l'histoire le mendiant d'amour qui attend à la porte de chacun avec une patience infinie. Son silence, que nous lui reprochons parfois, exprime seulement son respect. La croix et la résurrection coexistent. « Le Christ sera en agonie jusqu'à la fin du monde », il souffrira, dit Origéne, jusqu'à ce que tous les hommes soient entrés dans le Royaume.

 Dieu s'est fait mendiant à cause de sa sollicitude envers nous, [...] souffrant mystiquement par sa tendresse jusqu'à la fin des temps, à la mesure de la souffrance de chacun. MAXIME LE CONFESSEUR, Mystagogie, 24 (PG 91, 713).

« Pour moi, je suis un mendiant et un pauvre » (Ps 70, 6). C'est le Christ qui dit ces paroles, lui qui, librement, s'est fait mendiant pour l'amour de l'homme, pour faire l'homme riche. ORIGÈNE, Commentaire des Psaumes, fragment 69, 5-6 (Pitra, Analecta sacra 3, 88).

Par là même, le Christ fonde notre liberté. Il a refusé au désert les tentations de la richesse, de la magie et de la puissance qui auraient attiré à lui les hommes comme des animaux subjugués. Il n'est pas descendu de sa croix. Il a ressuscité dans le secret, reconnu seulement par ceux qui l'aiment. Dans l'Esprit saint, il chemine à côté de chaque homme, mais attend sa foi aimante, ce oui analogue à celui de Marie et par lequel se libère notre liberté.

"Les apôtres donnaient un Testament nouveau de liberté à ceux qui avaient reçu par l'Esprit saint une foi nouvelle en Dieu". IRÉNÉE DE LYON, Contre les hérésies, III, 12, 14 (SC n° 211, p. 244).

"Dans son grand amour, Dieu n'a pas voulu contraindre notre liberté, bien qu'il eût le pouvoir de le faire, mais il nous a laissés venir à lui par le seul amour de notre coeur". ISAAC LE SYRIEN, Traités ascétiques, 81ème traité (éd. Spanos, Athènes, 1895, p. 307).

 

 

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