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Les partis contre Jésus (1)

Publié le par Christocentrix

Comme annoncé pour ces jours du Jeudi Saint et du Vendredi Saint, je reprends le dossier du "procès" Jésus.

Dans des articles précédents, j'ai développé comment Notre Seigneur Jésus-Christ avait adopté des attitudes ou fait des déclarations lorsqu'au cours de sa prédication il s'est heurté aux préjugés et au messianisme nationalitaires de ses contemporains. Nous allons voir maintenant comment ces différents partis se sont coalisés contre Lui en poursuivant le but de le faire périr.

Afin de ne pas alourdir ces textes de notes et de citations, j'évoquerais simplement des références ou quand des précisions s'imposeront je les placerais dans les commentaires comme textes annexes.

 

                                                                     ***

 

En refusant de plier sa puissance thaumaturgique aux exigences du messianisme national, Jésus se condamnait à passer pour un imposteur et, par conséquent, décrétait sa propre mort s'il ne parvenait pas à persuader ses frères en Israël, que sa mission de Christ ne comportait pas la réalisation de leurs ambitions terrestres.

Mais l'obstination de la nation tout entière dans ses préoccupations de liberté était telle que, malgré le rayonnement de ses divines vertus, malgré sa méthode si prudemment progressive de révélation du véritable messianisme, malgré la valeur démonstrative de ses éclatants miracles, Jésus ne put lever le voile qui cachait au peuple juif la vérité céleste et que, suivant l'expression de saint Paul, « la chair et le sang » appesantissaient sur ses yeux.

Le Christ rencontra sur son chemin quelques rares âmes capables de comprendre, au moins en partie, un messianisme aussi pur; mais ces âmes isolées se trouvaient impuissantes à fixer la pensée collective de la nation dans le sens d'une adhésion à l'Évangile.

Il eût fallu pour cela conquérir à la vérité du Père la secte des pharisiens qui tenait, pour ainsi dire, dans ses mains l'âme de la nation. Parmi eux, le Maître trouva parfois des sympathies; six fois dans le récit évangélique nous en trouvons l'indice. Mais ces rares amis, que pouvaient-ils? Hélas! au-dessus d'eux, il y avait la secte et son organisation.

Car il faut tenir compte de la force des partis, souvent décisive dans la vie des peuples. Nous pensons que s'il n'y eût pas eu des partis en Israël, l'Évangile eut rencontré peu ou point d'opposition. Les âmes, gagnées individuellement, retombaient bientôt en puissance de leur milieu. La déviation nationalitaire de l'attente messianique, nous l'avons déjà montré, était commune à tous les partis et c'est leur force même de parti qui la rendit si funeste.

Leur organisation et leur discipline multiplièrent la puissance de leur sectarisme, paralysèrent les bonnes volontés individuelles et rendirent possible la condamnation à mort du Prophète favori des foules galiléennes.

Il nous reste à montrer comment cette coalition des sectes contre le Messie de Dieu se fit principalement autour des préjugés et des ambitions d'une forme de nationalisme, qui constituait, nous l'avons vu, leur « levain » commun.

 

- Le conflit avec les pharisiens.

L'antagonisme entré le pharisaïsme et l'Evangile paraît avoir été violent dès le début. L'opposition ne portait pas spécialement sur des points de doctrine. Le « point de friction », qui rendait impossible toute conciliation entre les deux tendances, c'était la manière fort différente d'envisager la question nationale et ses rapports avec la religion du Père.

Nous allons considérer cet antagonisme sur sa double face des reproches adressés par Jésus aux pharisiens et de ceux que les pharisiens retournaient contre le Maître.

 

Reproches de Jésus aux pharisiens:

Les blâmes infligés par le Maître aux adhérents de la secte visent une triple déviation du sentiment religieux : le légalisme exagéré ou formalisme, le particularisme doctrinal ou ésotérisme, l'attachement servile aux traditions de la secte ou un traditionalisme obscurantiste.

On connaît les invectives dans lesquelles le Maître, à la fin de sa vie publique, dénonce ce qu'il appelle l'hypocrisie des pharisiens : « Ils font toutes leurs actions pour être vus des hommes... vous paraissez justes aux yeux des hommes, mais au dedans vous êtes pleins d'hypocrisie et d'iniquités... Vous payez la dîme de la menthe, de l'aneth et du cumin, et vous négligez l'essentien de la Thora, la justice, la miséricorde et la fidélité..., » et tant d'autres maximes semblables.

Or, ce formalisme exagéré et absorbant qui étouffe le véritable sentiment religieux, paraît ne pas être sans quelque sympathie psychologique avec un certain chauvinisme. Les pharisiens voient dans la justice (ou sainteté) un bien qui affecte et intéresse principalement la collectivité nationale; dès lors, ils ont tendance à la confondre avec l'honneur extérieur, car celui-ci joue trop souvent, par rapport à la communauté ethnique, le rôle de la conscience dans l'individu. Voilà pourquoi ils réduisent la moralité à des questions de contact, de distance, de formalités, etc., qui suffisent à garantir la pureté de la race, l'honneur judaïque.

D'autre part, n'appréciant la moralité qu'en fonction de l'honneur, ils s'appliquaient à faire resplendir ce dernier en se glorifiant de tout ce qui rehaussait la gloire nationale, si appréciée parmi les hommes.

En un mot, la sainteté pharisienne était très peu chose individuelle, elle était « racique » dans son principe, la descendance d'Abraham, et aussi dans son terme, la gloire et le salut d'Israël. Le zèle pour procurer la gloire de Yahvé aboutissait tout naturellement à glorifier le judaïsme et à exalter les sentiments nationaux.

En condamnant leur formalisme étroit, Jésus indirectement, mais réellement, atteignait ce point sensible de l'âme pharisienne, la tendance à n'envisager la moralité que du point de vue israélitique.

 

Un reproche moins remarqué, parce que rapporté une seule fois dans l'Évangile, est celui de se réserver pour eux seuls jalousement la connaissance de la loi : « Malheur à vous, Docteurs de la Loi, parce que vous avez enlevé la clef du palais de science. Vous-mêmes n'y êtes point entré et vous avez empêché ceux qui y entraient. »

L'association pharisienne avait un certain caractère d'occultisme. Si le peuple en appelait les membres les « Séparés » (c'est le sens du mot « pharisien »), entre eux ils s'appelaient les « Compagnons » (habérim). Ils passaient par plusieurs degrés d'initiation, comme dans les Sociétés secrètes. S'ils instruisaient le peuple dans les synagogues, c'était seulement d'une science élémentaire, surtout des prescriptions qu'ils avaient , forgées eux-mêmes et qu'ils appelaient halakah, (mot qui signifie : voie, chemin), la présentant comme aussi divine que la Thora, et gardant pour eux seuls la science proprement dite, cachant même soigneusement certaines notions à la multitude. La kabbale n'a pas d'autre origine.

Tout cela ne paraît pas avoir d'autre but que de constituer une sorte de caste privilégiée; et ils tenaient d'autant plus à garder la supériorité sur Israël qu'ils espéraient pour celui-ci la domination sur les autres peuples. De même qu'Israël était le roi des peuples, les « Séparés » voulaient être chefs et princes en Israël. Tout Juif excluait de la dignité humaine complète les membres des autres nations; pareillement les "Compagnons" limitaient la nationalité parfaite, avec ses mérites et ses avantages, aux seuls membres de la secte-caste.

Jésus, au contraire, prêche sa Loi à tout venant, de préférence aux pauvres (am-ha-aretz méprisés par les pharisiens), « les pauvres sont évangélisés » ; il ne veut pas que la lampe allumée par Dieu soit mise sous le boisseau, mais sur le chandelier afin qu'elle puisse éclairer toute la maison. Il proclame qu'il est lui-même la « halakah » dont personne n'est exclu : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie... Venez à moi, vous tous qui ployez sous le fardeau » trop lourd des observances pharisiennes.

Il y avait, nous l'avons déjà montré, quelque attache entre l'ésotérisme pharisien et certaines déformations du sentiment national. On a même dit qu'il avait souvent servi à la poursuite de buts politiques; en particulier M. Cohen, savant israélite, en fournit quelques preuves que nous avons mentionnées dans les articles précédents.

L'allusion que fait le Maître au caractère semi-clandestin de la secte pharisienne atteint donc indirectement son particularisme ethnique et ses ambitions politiques.

 

Et de même lorsqu'il lui reproche son traditionnalisme excessif : « Vous mettez à néant le précepte divin par votre tradition » et le Sauveur d'appliquer aux pharisiens ces mots d'Isaïe : « C'est en vain qu'ils m'honorent en donnant des préceptes qui ne sont que des commandements d'hommes. »

En effet, la secte présentait au peuple sa tradition (halakah) comme ayant une origine et une autorité divines; ils allaient jusqu'à la donner pour supérieure à la Thora. Si la Thora était bonne comme l'eau, la tradition rabbinique équivalait au vin ou même à une liqueur aromatique. C'était la divinisation de l'humain et sa substitution au divin.

Pareille déformation du jugement était encore un résultat de l'orgueil ethnique. Pour lui, tout ce qui vient des générations antérieures est sacré; c'est un legs des ancêtres, une gloire de la race.

Lorsque le Christ reprochait aux pharisiens d'anéantir la Thora par leurs traditions halakiques, il leur reprochait, au fond, de faire passer ce qui était un bien national et de caste avant les éléments moraux et religieux de la révélation mosaïque dont, lui, voulait faire bénéficier tout homme venant en ce monde.

Une légende rabbinique démontre bien ce caractère « nationaliste » du traditionalisme pharisien : La loi orale, ou halakah, dit cette légende, fut révélée à Moïse en même temps que la Thora; le grand prophète demanda à Dieu de lui laisser écrire l'une comme l'autre. Mais le Seigneur lui répondit que la Thora serait un jour traduite dans toutes les langues; si la Halakah était, elle aussi, écrite, tous les peuples pourraient la traduire et alors ils pourraient se prévaloir des mêmes faveurs d'Israël .... « Et quelle différence y aurait-il alors entre Israël et les autres peuples? » Tandis que s'ils possèdent seulement la Thora, Dieu pourra leur dire : Non, vous n'êtes pas mes fils au même titre qu'Israël.

La raison véritable de la supériorité attribuée à la tradition sur la loi écrite est, on le voit, l'intention de garder intacts les privilèges, non seulement de la classe rabbinique, mais de toute la maison d'Israël.

Et ainsi sous la triple déviation dénoncée par Jésus  dans le pharisaïsme, nous retrouvons le même levain corrupteur, ce que le pharisien Saül, devenu l'apôtre Paul, appellera le phronèma tès sarkos (fanatisme de la race) et qui n'est autre chose qu'un nationalisme jaloux et mesquin.

 

Objections des pharisiens contre Jésus.

On peut envisager le conflit entre les représentants de la tradition juive et le Prédicateur du Message nouveau du point de vue inverse, et, dans les reproches que les pharisiens adressent à Jésus, nous trouvons le même principe d'aveuglement.

A part le reproche de blasphème pour le titre de Fils de Dieu (mentionné seulement dans le quatrième Évangile), toutes les critiques formulées par les pharisiens contre le Sauveur se ramènent à une seule : « Il est un pécheur et un ami des pécheurs; il se souille en fréquentant les publicains et les « gens de la terre » (am-ha aretz) ; il méprise la Thora, puisqu'il guérit le jour du Sabbat et qu'il supprime l'autorisation du divorce accordée par Moïse ».

Au fond, celui que les "Compagnons" poursuivent, c'est l'adversaire de la Halakah. De même que Jésus leur reproche de trop exalter la Halakah comme valeur nationale et bien exclusif du Judaïsme, de leur côté, ils voient en lui le contempteur et l'adversaire de cette valeur nationale qui élève Israël au-dessus des autres peuples, celui qui ouvre à tout venant le palais de la connaissance et de l'amour du Père des cieux. Ne semble-t-il pas vouloir l'ouvrir à la Gentilité maudite? « Se fera-t-il docteur des Gentils » se demandent-ils un jour. (Jo., VII, 35.).

 

 C'est donc leur vraie et profonde pensée que les pharisiens expriment de façon plus explicite lorsqu'ils lancent contre le Maître l'injure suprême : Samaritain! Pour eux, elle comprend toutes les autres, puisque le pieux auteur des Testaments des douze Patriarches appelle les habitants de la province ennemie : « idolâtres. querelleurs, orgueilleux, débauchés et pécheurs contre nature. » Elle implique surtout l'idée de mauvais Juif et d'ennemi de la patrie.

 C'est à la suite de la longue discussion avec les pharisiens sur la filiation d'Abraham, au chapitre huitième de saint Jean. « Les Juifs lui répondirent : N'avons-nous pas raison de dire que vous êtes un Samaritain et un possédé du démon? » Ces Juifs dont il est question, ce sont les mêmes que dans tout le chapitre, c'est-à-dire « les scribes et les pharisiens ».

 C'est la seule fois que cette injure est formulée dans l'Évangile, contre le Maître; mais la façon dont parlent ses adversaires indique qu'elle leur était habituelle; elle se présente là comme une opinion reçue, une façon courante de parler. Nous pouvons donc supposer qu'elle fut prononcée maintes fois pour détourner du Sauveur le peuple qui l'écoutait.

Un exégète classique, Corneille de la Pierre, comprend comme nous la signification de cette injure : « Ils lui reprochent, dit-il, d'être un transfuge et de Juif s'être fait Samaritain...

Chose remarquable, Jésus répond à l'accusation de possession démoniaque ; mais le récit sacré ne mentionne pas de réplique à celle d'hostilité envers sa nation. Une parabole où un Samaritain est proposé comme modèle, quelques miracles accomplis en faveur de ces demi-frères doivent-ils faire oublier tout le reste de son activité consacrée aux brebis d'Israël et les innombrables miracles accomplis pour elles? Et pour aimer ses frères, devra-t-il haïr leurs voisins?

En tout cas, c'est là ce que semblent exiger les adversaires du Sauveur, pour eux; il n'est qu'un complice de l'étranger, un anti-patriote, dirait-on de nos jours.

Par conséquent, lorsque les pharisiens défendent leurs traditions contre l'Évangile, ils pensent à protéger, non pas tant l'esprit de soumission au Père du ciel, la vraie religion ou la vraie morale, mais ces traditions en tant qu'elles sont ordonnées à la gloire et au salut de leur nation.

Leurs successeurs modernes, lorsqu'ils analysent leurs sentiments à l'égard du plus illustre enfant de leur race, ne trouvent pas d'autre reproche fondamental à lui adresser. « Est-ce qu'il avait vraiment conscience d'être de notre nation, se demande M. Joseph Jacobs. Nous n'arrivons pas à le savoir... Dans tout son enseignement, il nous traite comme des hommes et non comme des Juifs ».

Et M. Klausner d'ajouter : « Jésus ne savait pas voir l'aspect national des lois cérémonielles... Il déprécie leur valeur religieuse et morale. Dès lors, les pharisiens se demandent s'il n'enseigne pas une nouvelle loi morale pour toutes les nations pareillement, et même s'il ne souhaite pas que la maison de Jacob soit supplantée par les autres nations ». 

 

                                                                                   (à suivre...)

 

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christocentrix 02/04/2010 11:11



- L'irrédentisme et l'impérialisme juifs. (suite)


Mais tandis que le messianisme des prophètes bibliques contenait des éléments de l'ordre spirituel, faisant du Messie le modèle des serviteurs de Yahvé, prédicateur de justice et d'amour, guidant
son peuple dans les voies de la sagesse et même (dans Isaïe) rachetant les péchés des siens par ses souffrances et par sa mort, le messianisme des rabbins méconnaît totalement l'activité
spirituelle et vivifiante du Messie en faveur des âmes. Grâce à leurs prédications, lorsque Jésus paraît l'idée du Messie attendu est liée, dans l'esprit du populaire, à l'espérance d'une
libération politique de la nation juive. Le grand bienfait que l'on attend de l'envoyé de Dieu, c'est l'abolition de la souveraineté romaine et la substitution de l'empire des justes à celui des
Goym. L'heure approchait, les temps étaient accomplis; le lieutenant de Yahvé allait établir son règne, et comment le ferait-il sans chasser de son royaume l'envahisseur idolâtre?


Que l'on lise les Oracles sibyllins (vers 150 av. J.-C.), le Livre des Jubilés, les Testaments des Douze Patriarches (même époque), partout le premier soin du Messie
est d'écraser les peuples qui haïssent Israël. Les Psaumes de Salomon (40 à 50 av. J.-C.) nous montrent le Messie chassant l'homme impie (le Romain) et « purifiant Jérusalem des Goym qui
la foulent en la ruinant ». Le Livre d'Hénoch, dans une de ses sections qui est probablement de la même époque, reflète le même état d'esprit :« Le Fils de l'Homme... rompra les reins
des forts, renversera les rois de leurs trônes... Il livrera les Goym aux justes » (Israélites) qui leur infligeront mille tourments. Le livre apocalyptique de l'Assomption de Moïse est
à peu près contemporain de la vie publique du Christ. Il respire un messianisme qui n'est pas davantage affranchi de l'obsession politique. L'Oint du Seigneur n'y a guère d'autre rôle que de
vaincre les ennemis d'Israël et de venger le peuple élu. On y lit une sorte de psaume où c'est Dieu lui-même qui pourvoit à ce soin: « Car il se lève, le Dieu suprême, seul éternel, Et il se
manifestera pour punir les Goym, Et il détruira toutes leurs idoles. Alors tu seras heureux, Israël, Et tu monteras sur la nuque et les ailes de l'aigle (romaine), Et Dieu te haussera et te
fixera au ciel des étoiles...Et tu verras tes ennemis sur la terre et tu te réjouiras, Et tu rendras grâce et hommage à ton Créateur ».


Lorsque Jésus eut passé dans l'histoire du peuple de Dieu, la littérature visionnaire ne chôma pas; elle continua de chanter les épreuves et les espérances d'Israël. La rénovation religieuse
n'est pas tout à fait insoupçonnée, mais elle apparaît comme conditionnée par le relèvement national et celui-ci n'est guère envisagé séparé de la domination universelle. Quand le Messie viendra,
tous les peuples de la terre seront humblement soumis à Israël, sinon tourmentés ou même anéantis par sa vengeance. Dans la prière de la Shemonè-Esrè, récitée quotidiennement par les Juifs
fidèles, la libération politique d'Israël est l'objet principal de la supplication adressée à l'Éternel : « Tu enverras un libérateur à tes enfants pour glorifier ton nom... Fais retentir la
trompette de la délivrance, élève l'étendard qui ralliera nos dispersés... Rends leur place à nos juges comme autrefois, à nos magistrats comme au temps jadis... Seigneur, fais germer le rejeton
de David ton serviteur et rétablis en nos jours sa royauté. Règne sur nous, toi seul, ô Éternel !». A propos de cette dernière formule, le R.P. Lagrange fait remarquer que le « toi seul » n'était
pas tout à fait sincère chez la plupart, car « tout bon Israélite espérait bien régner avec Dieu sur les nations châtiées et asservies ».


Alimenté par cette liturgie quotidienne, le désir d'un libérateur devenait la principale préoccupation de l'âme juive, même dans la Diaspora, puisque Philon lui-même attendait un Messie
politique. « Ce penseur, cet hellénisant, dit le P. Lagrange, ce conciliateur et cet universaliste n'attribuait au Messie qu'un rôle militaire épisodique ». Rien d'étonnant, dès lors, que de cet
état d'esprit, de cette conception étroitement nationale du rôle du Messie, nous trouvions des témoignages dans l'Évangile. Autour de Jésus, personne ne s'étonne qu'un homme prétende au titre de
Messie, mais on se scandalise de ce que Jésus comprenne si mal les devoirs d'un vrai Messie. « Heureux, dit-il lui-même, après avoir expliqué aux disciples de Jean-Baptiste la nature de sa
messianité, heureux celui qui ne sera pas scandalisé à mon sujet! » (Math., XI, 6).


Pour nous, il nous est difficile de concevoir un prophète, un juste et un saint comme notre Sauveur, assumer la fonction de chef de guerre; mais pour ses contemporains, il n'y avait nulle
contradiction. Il ne répugnait nullement à un Juif de voir la justice et la sainteté s'imposer au monde par la force. Aussi, dans l'Évangile, nous trouvons des âmes croyantes et sincères, vivant
autour de Jésus, voyant en lui le vrai Messie de Dieu, et qui pourtant ne savent pas séparer le règne de Dieu du règne de son peuple Israël et attendent du Christ avant toute conquête
spirituelle, le renversement de l'empire romain et le don à Israël de la domination universelle. Quant aux adversaires de Jésus, c'était là chez eux un préjugé indéracinable et comme sacré; le
premier « signe » qu'ils attendaient du Messie, c'était l'affranchissement national, duquel devaient découler tous les autres bienfaits messianiques.


Voici, parmi cent autres, les indices les moins douteux que l'Évangile nous présente d'un messianisme politique. Hérode, entendant dire que le Messie est né, est convaincu que ce « roi » vient
lui disputer la couronne d'Israël. Après le miracle de la multiplication des pains, les Galiléens croient venu le moment de la libération nationale et de la prospérité messianique et veulent
faire Jésus roi. La mère de Jacques et de Jean, apôtres du Christ, demande pour eux les premières places dans le royaume que, pensent-elle, Jésus va fonder par quelque éclatant miracle. Devant
Pilate, le Sauveur est accusé de tendances politiques qu'il n'a point montrées mais très conformes à l'idée que l'on se faisait couramment du Messie : « Il se fait roi, et quiconque se fait roi,
s'insurge contre César ».


Les disciples d'Emmaüs sont déçus par sa mort, car ils espéraient que « ce serait lui qui délivrerait Israël ». Et jusqu'au matin de l'Ascension, il en est qui demandent à Jésus :« Seigneur,
est-ce dans ce temps que vous rétablirez le royaume d'Israël? ».


Un exégète protestant résume ainsi les témoignages de l'histoire : « A partir de l'époque néotestamentaire, l'opposition contre Rome domine l'attente messianique ».



christocentrix 02/04/2010 11:06



- L'irrédentisme et l'impérialisme juifs.


Le fils d'Israël méprisait l'étranger, le Goy; mais il espérait aussi s'en affranchir et le dominer. Du domaine des sentiments, le nationalisme était passé dans celui des espérances et des
ambitions. Ici encore, cette déviation du sentiment national avait un prétexte religieux. Il n'est pas douteux, en effet, que certaines paroles de l'Ecriture concernant les temps messianiques,
interprétées par des esprits qui donnaient la première importance à la question nationale, pouvaient faire naître ou favoriser des espérances de l'ordre politique. Les oracles les plus antiques
ne prédisaient-ils pas pour la postérité d'Abraham les plus brillantes perspectives? Et tous les prophètes postérieurs avaient entretenu ces espérances. Mais, en fait, l'exégèse des scribes avait
amplifié la signification nationale des prophéties, de sorte que les rêves de liberté et de suprématie politiques avaient fortement réduit, sinon totalement exclu, les éléments les meilleurs qui
composent le messianisme. Dans ces perspectives d'avenir, le royaume de Dieu, se confondait avec le royaume d'Israël. Puisque le Seigneur doit établir son règne sur toute la terre, pourrait-il le
faire autrement que par le ministère du seul peuple qui a jusqu'ici accepté sa domination? Il n'est pas possible que le peuple élu soit soumis aux gouvernements païens. La situation actuelle est
passagère. Une heure viendra où tout changera. Israël reconquerra son indépendance et étendra sa domination sur l'humanité entière, afin que par l'intermédiaire (le son peuple lieutenant, Yahvé
règne partout réellement à la gloire de son nom. Dans les descriptions enthousiastes de ce royaume futur, les sages d'Israël n'oublient pas les prospérités mondaines, les avantages matériels.
Dieu comblera son peuple de toutes les bénédictions. Ce sera une merveilleuse transformation de la nature, une sorte de retour à l'Eden primitif.


A propos de ces rêveries, le P. Lagrange parle de « débauches de l'esprit, de divagations sur l'île des plaisirs, ennuyeuses parce que sérieuses, pénibles au lecteur étranger parce que ce sérieux
vient (le l'immense orgueil qui rendait plausibles à Israël toutes les extravagances ordonnées à sa gloire ». On lit par exemple, dans les écrits de l'époque, que chaque juste aura une famille de
mille enfants; les champs du pays d'Israël produiront du pain tout cuit et des habits tout faits; ses vignes donneront des quantités fabuleuses, car chaque cep aura mille sarments, chaque sarment
mille grappes, chaque grappe mille grains et chaque grain fera un kor (400 litres) de vin. L'établissement de ce royaume chimérique se fera grâce à l'intervention du Roi-Messie. Fils de David, il
rétablira le royaume de son Père, et cela par des procédés qui tiennent du prodige : au souffle de sa bouche, tous ses ennemis seront anéantis.


 


 



christocentrix 01/04/2010 23:00



Un fruit naturel de l'orgueil, c'est l'égoïsme. Comment pratiquer la charité à l'égard de celui que l'on méprise? Une excessive exaltation du sentiment national aura pour conséquence
naturelle de diminuer ou même d'éteindre le sentiment de la fraternité, voire de la justice, envers celui qui- n'appartient pas à la nation, surtout si ses intérêts ou ses idées sont opposés
.Chez les Juifs de l'époque du Christ, cette déformation du jugement moral était si prononcée qu'elle était passée en proverbe chez les Romains, « advelsus omnes alios, hostile odium; envers les
autres peuples (ils professent) une haineuse hostilité,», a dit Tacite. Et de ce reproche, on ne peut pas dire que l'Évangile les lave; au contraire, il est une parole du Maître qui appuie celle
de l'historien romain. Dans le Sermon sur la Montagne, Jésus présente comme autorisée, sinon comme prescrite par l'enseignement traditionnel des écoles rabbiniques, ques, la détestation de
l'ennemi : Vous avez en tendu qu'il a été dit aux Anciens : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Cependant dans la bouche du Sauveur, ce n'est pas le mot « étranger » qui vient, mais
le mot « ennemi », et la nuance serait d'importance si dans l'esprit d'un Juif il y avait distinction profonde entre l'étranger et l'ennemi. Un exégète catholique classique, Corneille de La
Pierre, traduit le mot « ennemi » en cet endroit, par « tout homme d'une autre race et d'une autre religion ». Ce qui est certain, c'est que par le « prochain » qu'il fallait aimer, les Docteurs
de la Loi entendaient certainement le « congénère » seul et, non tout homme de la terre, même l'étranger, même l'ennemi, comme dans la bouche de Jésus. Le non-Juif était donc exclu de la loi de
charité. Il n'est guère douteux qu'il fût permis de le haïr. C'est du moins certain quand il s'agit du Romain, dominateur d'Israël. En vertu de la loi du talion (oeil pour oeil, dent pour dent)
qui était à la base de la notion juive de la justice, il était permis de rendre au vainqueur sa haine et le mal qu'il avait fait.


Les prosélytes : étrangers convertis au judaisme par le zèle des scribes n'en demeuraient pas moins sujets à un inexplicable mépris.


les publicains : fonctionnaires chargés de l'application des lois fiscales étaient assimilés aux voleurs et aux brigands, même juifs de naissance étaient excommuniés de
fait.


Les Samaritains: La fierté racique juive supportait mal le voisinage de ces demi-frères qui habitaient la Samarie. Ici encore, le puritanisme pharisien se
renforçait de l'égoïsme judéen pour accabler de mépris ce peuple chez qui le sang israélite était mélangé de races diverses à la suite du malaxage de tribus opéré jadis par les empereurs
assyriens. Ces sentiments d'antipathie avaient atteint un degré inouï au temps de Jésus. Nous en trouvons des témoignages multiples dans l'Évangile, dans l'historien Josèphe et dans le Talmud.
Dans tes « maisons de doctrine » (écoles rabbiniques), c'était un sujet de discussion s'il fallait assimiler en tout le Samaritain au Goy; les opinions différaient naturellement, mais la tendance
était de conclure à l'affirmative. Et tout le monde était d'accord pour déclarer interdit le mariage avec les Samaritains. A l'égard des demi-frères de Samarie comme à l'égard des Gentils, les
Juifs, loin de renverser le « mur de séparation et l'inimitié » naturelle, ne surent que les fortifier par la force du préjugé racique.



christocentrix 01/04/2010 22:56



Malgré la situation privilégiée, Israël n'était pas satisfait. La domination de Rome dans des conditions presque pacifiques, l'occupation du pays par les légions, des impôts par les
publicains, la substitution de la famille iduméenne des Hérode à la dynastie asmonéenne, tout cela a exaspéré au plus haut degré le sentiment national jusqu'à créer un
état d'esprit collectif (ce que l'on appelle maintenant une « mystique ») qui offre des analogies avec le nationalisme contemporain, voire avec le racisme.


Nous allons rapidement examiner les témoignages qui nous en restent en les classant sous trois chefs principaux :


- Le nationalisme. des sentiments (particularisme et exclusivisme) ;


- Le nationalisme des ambitions (irrédentisme et impérialisme);


- Le nationalisme des partis ou plutôt des sectes qui se partageaient alors l'opinion juive.


Le particularisme et l'exclusivisme national des Juifs:
Ce que l'on peut appeler le particularisme national c'est un attachement exagéré à tout ce qui est ou passe pour être un bien particulier de la nation : sol, langue, traditions, espérances,
biens économiques, etc... Lorsque cet attachement ne sort pas des limites normales, il n'est qu'un correct amour-propre, un patriotisme légitime. En devenant excessif, il provoque une déviation des
sentiments communs et de l'idéologie courante qui tiennent de l'orgueil et de l'égoïsme et sont comme une forme collective de ces deux travers. L'âme juive, au temps du Sauveur, ne sut pas
s'affranchir de ces façons de penser et de sentir. L'opposition entre Jésus et les chefs de son peuple s'explique principalement, par l'opposition entre leur conception trop exclusivement nationale
de la morale et de l'éthique sociale, et l'universalisme absolu de la prédication évangélique.

L'orgueil national des enfants d'Israël avait une cause, une base et comme une sorte de justification dans le rôle providentiel de ce peuple, le seul qui, dans l'antiquité, professât le
monothéisme et auquel furent confiées les espérances messianiques. La conquête romaine, pour beaucoup de peuples plus ou moins vite assimilés par le vainqueur, avait atténué ou même totalement
anéanti le particularisme ethnique au point que, par exemple, les Gallo-Romains et les Africains parlaient de Rome comme de leur propre patrie. Chez les Juifs, au contraire, elle l'avait
exaspéré. Chaque nation antique, Fustel de Coulanges l'a démontré, se considérait comme la fille unique de son Dieu. Les Juifs contemporains et compatriotes du Christ ne niaient pas que leur Dieu
ne fût le créateur et le souverain de l'univers tout entier et de toutes les nations; mais ils étaient convaincus que, dans l'univers, Yahvé ne s'intéraissait qu'à son peuple, le seul qui
l'adorât, et que pour lui il avait tout créé, même les autres races avec lesquelles il ne reconnaissait aucune fraternité. On peut se reporter pour trouver les traces de ce sentiment aux
Psaumes de Salomon écrits par un pharisien quelques années après la conquète romaine. Avec quelle éloquence ce sentiment s'exprime aussi dans la Quatrième Livre d'Esdras. La
littérarture talmudique postérieure de plusieurs siècles continue de refléter la même haute conscience des mérités et des destinées d'israël. Lorsqu'il s'agit de prouver ou décrire les privilèges
du peuple élu, l'exégèse rabbinique devient prodigieusement féconde. Le titre de "fils de Dieu" est appliqué avec orgueil et un exclusivisme farouche. Jusqu'au juif héllénisant Philon, à peu près
contemporain du Christ et qui passe pour un esprit large, mais dont la pensée reste imbue d'orgueil racique. Bossuet, dans son Discours sur l'Histoire universelle, traduit bien la réalité des
faits lorsqu'il nous parle de « l'orgueil et de la présomption » des Juifs. « Ils oublièrent que sa bonté (de Dieu) seule les avait séparés des autres peuples et regardèrent sa grâce comme une
dette. Race élue et toujours bénie.., ils se jugèrent les seuls dignes de connaître Dieu et se crurent d'une autre espèce que les autres hommes... Ils regardèrent les Gentils avec un
insupportable dédain. Etre sorti d'Abraham selon la chair leur paraissait une distinction qui les mettait au-dessus de tous les autres; et, enflés d'une telle origine, ils se croyaient saints par
nature et non par grâce ».