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les partis contre Jésus (3 - fin)

Publié le par Christocentrix

Le procès juif.

Le Sanhédrin est convoqué à la hâte, la nuit, pour juger le Sauveur. Pour les divers éléments qui composent l'Assemblée, nous le savons déjà, un mobile important de leur haine contre Jésus était leur attachement aux intérêts nationaux qu'il leur paraissait méconnaître. Nous en trouvons de nouveaux indices dans le motif invoqué pour porter la sentence de mort.

Comme les faux témoins qui formulent l'accusation de blasphème contre le Temple n'arrivent pas à se mettre d'accord et qu'il n'est pas possible de trouver un prétexte juridique, tant soit peu plausible, Caïphe recourt au procédé qui lui a si bien réussi quelques jours plus tôt : il fait appel au sentiment national de ses collègues, et il pose la question précise : « Es-tu le Christ? », c'est-à-dire en langage juif : Prétends-tu avoir mission de par Dieu de gouverner son peuple et de le délivrer du pouvoir étranger?

 Et, comme Caïphe s'y attendait et le souhaitait, Jésus répond affirmativement.

 Comment! ce petit ouvrier d'un village de Galilée, les mains liées à la merci des valets des Princes des Prêtres, ose assumer la dignité suprême du Roi-Messie! Comment accomplira-t-il la première fonction de son rôle, la délivrance d'Israël? Ne sait-on pas d'ailleurs qu'il s'en désintéresse? Si on ne le lui reproche pas en face, c'est sans doute parce que les oreilles ennemies écoutent et qu'il faudra tout à l'heure affirmer le contraire chez Pilate, précisément pour faire expier à ce faux messie sa trahison.

Caïphe et ses assesseurs ne peuvent pas ignorer les raisons pour lesquelles le peuple des rues, quelques jours auparavant, l'a acclamé pour Messie et même, dans le tribunal, quelques-uns le vénèrent en secret; mais parce qu'il ne veut pas, lui qui a fait tant de miracles, faire celui de «...sauver » sa patrie, qu'il périsse ! Son sort est d'ailleurs fort clair : puisqu'il revendique le titre de Christ-Roi, Pilate ne pourra que ratifier la sentence de Caïphe.

 Mais avant de demander au procurateur de l'approuver, il faut la prononcer. Or, ni la Thora de Moïse, ni même la Halakah ne défendent de se dire le Christ, et la tradition veut que le soin de châtier les faux prétendants soit laissé à Dieu lui-même : c'est la thèse de Rabbi Gamaliel dans le procès des Apôtres rapporté au chapitre cinquième du livre des Actes.

 Aussi Caïphe, scandalisé, ou feignant de l'être, par la revendication de l'autorité suprême au jour du grand jugement de Dieu, pose au Sauveur une deuxième question « Es-tu donc le Fils de Dieu? »

La réponse affirmative fournira le prétexte de blasphème, puni de mort par la loi de Moïse, et l'Assemblée tout entière, sauf l'exception de Nicodème, accordera son approbation à la décision de son président.

 

Le procès romain.

Comment faire ratifier une sentence capitale pour crime de blasphème par un idolâtre, un sceptique, un polythéiste tel que Pilate? Aussi de ce véritable motif légal de la condamnation, on décide de ne pas souffler mot devant le procurateur. La revendication du titre de Messie, dont Pilate ne peut connaître que l'aspect politique, va servir à créer un nouveau grief, celui de lèse-majesté et de rébellion contre César.

Dans le récit du procès romain, les évangélistes ne mentionnent guère que les Princes des Prêtres sadducéens et la populace qu'ils excitent contre le divin prévenu. Les pharisiens, dont le loyalisme est trop suspect pour ne pas éveiller la méfiance de Pilate, se tiennent dans l'ombre.

Caïphe et ses collègues présentent leur condamné comme le Christ-Roi dans le sens le plus politique puisque, contre toute apparence de réalité, ils l'accusent de pousser la nation à la révolte et de défendre à ses disciples le paiement du tribut.

Pilate interroge Jésus « Es-tu le roi des Juifs? ». Là où Caïphe a dit le Christ, Pilate traduit le roi des Juifs; mais les deux expressions sont synonymes.

La réplique du Sauveur « Dis-tu cela de toi-même? » nous laisse entendre que Pilate n'eût jamais soupçonné en lui un prétendant au trône, un chef de rébellion, sans l'accusation formulée par les sanhédrites.

Mais leur manoeuvre a échoué : Pilate ne retient pas l'invraisemblable crime; et les Princes des Prêtres craignent d'être tout à fait désavoués par le gouverneur. Or, celui-ci, dans l'espoir de sauver le Juste, propose à la foule le choix entre Barabbas le séditieux et Jésus le doux prophète. Le sentiment national ne fut sans doute pas étranger à la préférence accordée à Barabbas, le sicaire souillé de sang, mais de sang romain.

Pilate, répugnant toujours à l'injustice, annonce qu'après avoir fait flageller Jésus, il le renverra. Alors seulement, en désespoir de cause, les sanhédrites avouent le motif légal de leur sentence : « Nous avons une loi et d'après cette cette loi, il doit mourir, car il s'est dit le Fils de Dieu ».

Or, les répliques du Sauveur achèvent d'ébranler le gouverneur, et les Pontifes, voyant leur proie leur échapper, recourent de nouveau à l'intimidation : « Si tu le délivres, tu n'es point l'ami de César; car quiconque se fait roi, se déclare contre César ».

Triste jeu de mots! Ils savent bien que Jésus ne s'est pas déclaré contre César, et précisément, dans le fond de leur coeur, ils le lui reprochent ! Et si en réalité, il s'était soulevé contre Rome, ce ne serait pas eux qui l'auraient conduit au tribunal de Pilate. Celui-ci, qui les connaît, est étonné de les voir déployer tant de zèle pour la grandeur romaine, il ne doute plus qu'ils le lui aient livré « par envie », et il hausse les épaules lorsqu'il entend les Pontifes protester : « Nous n'avons d'autre roi que César ».

Aussi c'est avec une pensée de moquerie pour leur hypocrite loyalisme et de dérision pour leurs ambitions messianistes qu'il rédige la brève formule du titre de la croix : « Jésus de Nazareth, roi des Juifs ». Caïphe perçoit l'ironie et demande une correction qui est refusée.

Un Juif moderne, a écrit : « Les Juifs, comme nation, furent moins coupables de la mort de Jésus que les Grecs, comme nation, ne furent coupables de la mort de Socrate ». Est-ce que cependant les faits que nous venons d'exposer très simplement, ne clament pas que la mort du Christ fut le crime national de tout le judaïsme? Le tableau final du procès du Sauveur dans l'Évangile de saint Matthieu en synthétise la véritable physionomie : d'un côté, Pilate se lave les mains du sang de ce juste; de l'autre, le peuple (le peuple entier, dit le, texte sacré) et ses meneurs, revendiquent toute la responsabilité du déicide : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants! ».

 

La foule du Prétoire et du Calvaire.

Reste précisément à résoudre ce problème troublant de la double attitude successive de la foule. Comment ces Juifs de la rue qui, aux Rameaux, acclamaient Jésus comme le Messie envoyé du Seigneur, peuvent-ils, trois jours après, vociférer contre lui la haine et la mort?

Disons tout d'abord que l'arrestation de Jésus et surtout sa condamnation, ont tué son prestige. Le Prophète acclamé n'est pas le Messie, puisqu'il est tombé entre les mains de ses adversaires juifs d'abord, puis des ennemis de sa nation. D'ailleurs, les décisions de la Haute Assemblée jouissent d'une certaine infaillibilité; la sentence de mort étant portée officiellement, nul Juif fidèle n'a le droit d'émettre un avis contraire.

De plus, le peuple est enfant et il n'aime pas être frusté dans ses espérances. Beaucoup qui avaient confiance de voir Jésus « rétablir le royaume d'Israël », ont maintenant l'impression d'avoir été déçus. « Quand on prétend sauver les autres, diront-ils au Calvaire, on commence par se sauver soi-même ». Et puisque Jésus est impuissant contre ses ennemis et contre les adorateurs d'idoles qui le clouent à la croix, c'est donc, comme disent les scribes, qu'il opérait ses prodiges par le pouvoir de Béelzébuth. Le condamné du Sanhédrin, le flagellé du prétoire ne peut être qu'un imposteur. C'est ce sentiment populaire de dépit que les Princes des Prêtres savent changer en colère sanguinaire. Et tout cela provient de cette déviation dans l'éxaltation fanatique du sentiment national subie par l'espérance messianique dans l'esprit des masses aussi bien que dans celui des dirigeants.

Comme toute le peuple juif, la population ramassée dans les rues par les sanhédrites, la nuit et le matin du Vendredi-Saint, est animée de ces ambitions charnelles et terrestres que dénoncera plus tard l'apôtre Paul comme le grand obstacle à la conversion des Israélites et comme source de mort et d'hostilité envers Dieu. « Ceux qui sont, selon la chair, écrira-t-il, aux Romains, sont partisans de la chair (égoïsme et ambitions du judaïsme) ; ceux qui sont selon l'esprit sont partisans des choses de l'esprit (charité et universalisme évangéliques) ; car les passions de la chair sont mort (phronéma tès sarkos, thanatos), et les désirs de l'esprit sont vie et paix. En effet, les passions de la chair sont hostilité contre Dieu, car elles ne se soumettent pas à sa loi et ne le peuvent même pas ». (« phronèma tès sarkos » : fanatisme de la race. Le mot « phronèma » est souvent employé dans le sens de : passion politique, attachement à une opinion, à un parti. Quant au mot « sarx », saint Paul n'en emploie pas d'autres pour dire : race. D'après tout le contexte de l'Epître aux Romains, il ne fait pas de doute que l'Apôtre reproche aux Juifs leur attachement exagéré aux choses du judaïsme. Le « fanatisme de la race » est bien une « passion de la chair », et c'est celle-là en particulier que vise saint Paul.

Jamais ces profondes pensées de l'Apôtre n'ont reçu plus frappante et plus profonde application que sur le Calvaire! Jésus, Fils de David et véritable roi des Juifs, est mort pour s'être refusé à relever le trône de ses ancêtres et n'avoir rien voulu dire ou faire en faveur des visées d'indépendance et d'impérialisme de sa race, tout en prévoyant que, dans ces conditions, la revendication de son titre de Messie le conduisait à la croix.

 

 

 

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