Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

les partis contre Jésus (suite) (2)

Publié le par Christocentrix

II. - L'alliance des partis contre le Sauveur.

Dans les dernières semaines de la vie publique du Christ, une lecture sommaire des quatre évangiles suffit pour constater une fusion étroite des divers partis contre lui. Pharisiens, sadducéens, hérodiens paraissent également acharnés à sa perte, notamment dans l'incident du Denier de César et dans tout le procès.

Pourtant, leurs doctrines respectives étaient foncièrement opposées, comme leurs traditions et leurs intérêts de partis. Même, en ces derniers jours, les sadducéens ayant engagé une discussion doctrinale avec le Maître, les pharisiens le félicitent de leur avoir bien répondu.

Quel est donc le mobile qui pouvait faire cesser momentanément leurs rivalités et les unir contre le Sauveur? Nous ne saurions en trouver de plus puissant que leur commun attachement aux biens de la nationalité juive que, pensaient-ils, l'Évangile mettait en péril.

Sans aucun doute, ce sont les pharisiens qui ont pris l'initiative de la lutte contre Jésus; dès la Galilée, il les trouve sur son chemin et, désormais, ils constitueront le noyau de l'opposition autour duquel les autres groupes viendront peu à peu coaguler leur hostilité.

 

Les Zélotes.

Parmi les premiers obstructionnistes, n'y avaint-il pas des zélotes? L'Évangile ne mentionne jamais ce parti, à moins que le surnom de l'apôtre Simon le Zélote ne veuille rappeler qu'il fut adhérent du zélotisme avant son appel par le Maître.

Cependant, ils étaient très nombreux en Galilée et ils durent probablement réagir contre la prédication nouvelle qui contrariait si fort leurs principes et leurs ambitions. Si l'Évangile ne les nomme pas spécialement, c'est peut-être parce que dans le langage courant le terme de pharisien suffisait à les désigner.

Il n'est pas, en tout cas, douteux que le Maître en rencontrait sur ses pas dans tous les villages de Galilée. Les enthousiastes trop pressés qui veulent le proclamer roi à la suite de la multiplication des pains, étaient très certainement des zélotes. Que devaient penser les zélotes de l'assistance lorsque Jésus proclamait bienheureux les doux et les pacifiques (ce dernier mot devant être pris dans le sens actif de « faiseur de paix ») - lorsqu'il prêchait la guerre non contre Rome, mais contre Satan - lorsqu'il défendait de se refuser au « réquisiteur » et de riposter à l'oppresseur - lorsqu'il allait jusqu'à demander le paiement du tribut à César - lorsqu'il sentenciait : « Quiconque se servira de l'épée, périra par l'épée » et prononçait tant d'autres maximes semblables?

Irrités par cette prédication de pardon et d'amour, ils ne pouvaient que soutenir l'effort haineux des pharisiens contre le Maître. Et peut-être est-ce à eux qu'il faut appliquer la parole de Jésus contre les violents : « Le Royaume de Dieu est emporté de force et les violents s'en emparent. »

 

Les Sadducéens.

Les sadducéens se trouvent moins souvent en face du Maître. Ces grands personnages habitaient rarement loin de la capitale et, de plus, ils aimaient peu se mêler aux foules que Jésus groupait autour de lui.

Les évangélistes ne nous ont pas gardé des paroles du Sauveur blâmant expressément les sadducéens. Toutefois, ils pouvaient se sentir atteints par les malédictions contre les riches et les rassasiés.

Ils paraissent être restés indifférents envers Notre-Seigneur jusqu'au jour où son intervention au Temple, pour en chasser les vendeurs et les trafiquants, leur parut une menace pour leurs privilèges et pour tous les avantages qu'ils retiraient de leur situation dans le sanctuaire national.

Nous les trouvons, dès la Galilée, unis aux pharisiens pour demander au Christ un « signe dans le ciel ». Sans doute, scandalisés par l'autorité qu'il a prise dans le Temple, leur domaine réservé, surpris par le prodige de la multiplication des pains dont ils se demandent s'il n'est pas un gage de la libération prochaine, veulent-ils se rendre compte par eux-mêmes si le jour du Seigneur n'est pas enfin arrivé. Car eux aussi, autant que les pharisiens, comme nous l'a dit Josèphe, ils ont des espérances de liberté. Avant de se lancer dans la grande aventure contre Rome, ils veulent « éprouver » la puissance du Christ, désirant être certains que le Seigneur est bien avec lui. Leur démarche ne saurait avoir une autre signification.

Après la seconde purification du Temple, ils viennent de nouveau trouver Jésus. Ils ne lui reprochent pas un geste violent; ils lui demandent seulement « de quel droit et en vertu de quelle autorité » il l'a accompli, et de nouveau « quel signe » il montre qu'il peut agir ainsi.

Donc ce messie prédicateur d'humilité et d'amour ne les intéresse pas; mais s'il leur promettait avec des signes évidents l'extension du judaïsme à la multitude des peuples de la terre, et par conséquent une affluence plus considérable de pèlerins et d'offrandes au sanctuaire de Sion, ils n'hésiteraient certainement pas à le soutenir dans ses entreprises.

Au contraire, il semble menacer leurs privilèges et ceux de leur nation; ce messie ressemble très peu à celui qu'ils consentiraient à accepter, et puisqu'il se laisse proclamer tel le jour des Rameaux, il ne saurait être qu'un dangereux imposteur.

C'est là le seul élément qui pouvait opérer la jonction des sadducéens avec leurs adversaires de la secte pharisienne.

 

Le rôle des hérodiens

Dès la Galilée, nous voyons des pharisiens venir prendre conseil auprès des hérodiens, leurs grands adversaires, au sujet de Jésus, « afin de le perdre » parce qu'il a guéri une main desséchée le jour du Sabbat. C'est donc que les pharisiens sont certains des sentiments hostiles des courtisans d'Hérode envers le Maître. Pourquoi déjà ces libertins le détestaient-ils?

Nous retrouvons des hérodiens dans la délégation envoyée par le Sanhédrin afin de tendre à Jésus le piège du denier de César. Si l'on avait pu porter une dénonciation à la police romaine, ils eussent été tout qualifiés pour ce rôle. En tout cas, dans cet incident, ils paraissent être d'accord avec leurs adversaires sur le principe de l'illégitimité du tribut aux Romains.  Quant aux sentiments personnels d'Hérode Antipas à l'égard de Jésus, nettement hostiles, il est peut-être possible de les attribuer aux rêveries messianiques héritées de son père et lui montrant dans le Christ un rival dynastique.

 

La fusion des partis.

Après le triomphe des Rameaux, il apparaît que tous les partis sont unanimes à vouloir la mort ou du moins l'arrestation du Sauveur. C'est le Sanhédrin qui agit après délibération officielle, et sauf le cas individuel de Nicodème, tous les membres de la Haute Assemblée sont d'accord. Or, il y a parmi eux des représentants des diverses sectes; la Chambre des Princes des Prêtres, dont Caïphe est le chef, est composée de sadducéens; celle des scribes est inféodée au pharisaïsme et parmi les Anciens du Peuple on trouvait des pharisiens et des hérodiens. Et sans doute si nous pouvions lire au fond des coeurs, nous y verrions d'autres sentiments que ceux ouvertement affichés. Car, très probablement, si en reconnaissant Jésus comme Roi-Messie, on eut été certain de vaincre la puissance de Rome, Caïphe et tout le Sanhédrin n'eussent pas hésité à se proclamer ses disciples. S'ils avaient eu le moindre espoir d'une possible libération par le fils du charpentier et ses adeptes, ils auraient feint d'ignorer le mouvement jusqu'à son plein succès: Connaît-on un seul faux messie ou un patriote révolté que le Sanhédrin ait sommé de comparaître devant lui et livré au pouvoir romain? On sait au contraire qu'il voulut châtier le jeune Hérode pour avoir réprimé le mouvement insurrectionnel d'Ezéchias le Galiléen.

Les uns et les autres, lorsque leurs satellites se sont refusés à arrêter le Christ, se vantent de rester incorruptiblement fidèles aux vieilles traditions : « Est-ce que quelqu'un des princes ou des pharisiens a cru en lui? », et tous traitent de maudit le bas peuple qui continue à écouter le Rabbi galiléen : « Mais la populace qui ne connaît pas la loi, ce sont des maudits».

Donc, sauf la foule, plutôt sympathique encore, tous les partis confusément et indistinctement, concourent à préparer le procès et la mort du Sauveur, et le ciment de leur alliance semble bien être ce levain d'hypocrisie que Jésus a dénoncé comme le ferment corrupteur commun aux divers partis.

 

III. - Le procès du Christ.

Et c'est toujours ce même « ferment » qui ralliera aux chefs et aux guides d'Israël la masse du peuple, du moins la foule mélangée des rues de Jérusalem en temps de Pâques.

Maintenant nul ne peut en douter, le Rabbi galiléen n'est pas venu à Jérusalem pour y prendre la tête du mouvement libérateur; il se laisse appeler Christ ou Fils de David, mais de toute manière, il affirme son désintéressement de la grande angoisse de son peuple. Comme il a une puissante emprise sur la foule, ne peut-on pas craindre qu'il tue dans l'âme populaire l'espérance sacrée? A tout prix, les princes de la nation la délivreront de ce « séducteur » qui « déçoit » et « égare Israël », comme parle le Talmud.

 

Séance préliminaire du Sanhédrin.

La chose est d'ailleurs décidée par le Grand Conseil, comme nous l'avons dit. Le miracle de la résurrection de Lazare avait provoqué un tel mouvement d'adhésion autour du Sauveur que le Sanhédrin avait cru devoir tenir une réunion extraordinaire pour en délibérer. Le président, Joseph, fils de Caïapha, qu'on appelle tout court Caïphe, proposa la peine capitale au nom de l'intérêt national : « Si nous laissons libre cet homme qui fait tant de « signes », tous croiront en lui et les Romains viendront et ils détruiront la ville et la nation».

Le mot « signes » nous indique que ces chefs du peuple voyaient dans les miracles de Jésus une présomption de sa messianité. Mais comme tout en se faisant passer pour le Christ, il ne veut rien faire pour sauver son peuple, il met d'autant plus la patrie en danger puisqu'il paralyse à l'avance l'élan d'un soulèvement populaire.

Mais les craintes affichées d'une répression violente de la part de Rome sont-elles sincères? En tout cas, l'on voit bien que le problème du Messie, pour les sanhédrites, n'est pas un problème religieux, mais politique. Le Grand Conseil ne se demande pas si la doctrine de Jésus est conforme ou non à celle de Moïse et des Prophètes, mais il juge son cas d'après les répercussions politiques que son succès pourrait entraîner. Et sans doute si nous pouvions lire au fond des coeurs, nous y verrions d'autres sentiments que ceux ouvertement affichés. Car, très probablement, si en reconnaissant Jésus comme Roi-Messie, on eut été certain de vaincre la puissance de Rome, Caïphe et tout le Sanhédrin n'eussent pas hésité à se proclamer ses disciples. S'ils avaient eu le moindre espoir d'une possible libération par le fils du charpentier et ses adeptes, ils auraient feint d'ignorer le mouvement jusqu'à son plein succès: Connaît-on un seul faux messie ou un patriote révolté que le Sanhédrin ait sommé de comparaître devant lui et livré au pouvoir romain? On sait au contraire qu'il voulut châtier le jeune Hérode pour avoir réprimé le mouvement insurrectionnel d'Ezéchias le Galiléen.

 Plus tard, après l'ascension du Sauveur, Eléazar, fils de Dinée, suscita une révolte vouée à l'insuccès. Les grands de Jérusalem, au lieu de livrer les rebelles au procurateur Cumanus, se revêtirent de cilices et se couvrirent de cendres pour supplier les révoltés de se soumettre « parce que la patrie allait être détruite, dit Josèphe, si Eléazar persistait dans sa rébellion ».

Quelle différence entre l'attitude des Grands de la Ville Sainte envers le prétendu rebelle Jésus et envers le vrai révolutionnaire Eléazar !

 C'est après cette séance du Sanhédrin que se place chronologiquement la retraite du Sauveur à Ephraïm; son temps n'est pas encore venu, il s'éloigne. Bientôt, la Pâque approchant, il remonte vers la capitale et c'est le triomphe des Rameaux. Dans l'attitude des disciples et de la foule, il semble bien qu'on doive voir une protestation contre la décision du Sanhédrin qui ne pouvait pas être ignorée. Au lieu de lui conduire le prévenu, on lui fait une escorte d'honneur et on l'acclame comme l'envoyé du Seigneur.

C'est pourquoi sans doute le Sanhédrin hésite à mettre à exécution son arrêté, par crainte d'une émeute. Mais voilà que le bruit court dans la ville que Jésus a prophétisé la ruine de la maison de Dieu : « Il n'en restera pas pierre sur pierre qui ne soit renversée ». Cette rumeur met fin aux hésitations de Caïphe, car il pense bien que la foule prendra à côté du Sanhédrin le parti du sanctuaire menacé, ce palladium de la nation élue. Toutefois, la prudence commande encore d'agir avec précaution.

 

La trahison de Judas.

C'est ici qu'intervient l'homme de Kérioth, Judas ben Simon. Désespérant du succès de Jésus, lequel ne cesse d'ailleurs d'annoncer des épreuves pour lui et ses amis, il va spontanément trouver les sanhédrites et se propose pour leur faciliter l'arrestation du Maître à l'insu de la foule.

Depuis longtemps, l'enthousiasme du début de sa vocation a baissé; maintenant, sa conviction est faite que ce messie ne veut ni ne peut délivrer sa nation et établir le Royaume de Dieu tel qu'il le conçoit. Lorsque Jésus s'est laissé solennellement acclamer comme Messie, Judas a sans doute repris espoir : son Maître va chasser les cohortes romaines qui foulent le sol de la Ville Sainte comme il a délivré de la souillure des trafiquants le parvis du Temple, et il rendra à Israël sa gloire antique désormais éternelle.

Mais voilà qu'au contraire Jésus se cache la nuit, il ne parle pas de grands projets et il a des paroles mystérieuses qui laissent prévoir les pires choses; au lieu de préparer le rayonnement mondial du Temple, est-ce qu'il n'en prédit pas la ruine? Non, le Seigneur des armées n'est pas avec ce pusillanime. Judas s'est laissé décevoir par son charme personnel; il retournera vers les chefs légitimes de son peuple contre lesquels Jésus est en rébellion; il obéira à l'ordre du Sanhédrin prescrivant que « si quelqu'un savait où il était, il le déclarât afin qu'ils le fissent arrêter ».

Les trente deniers ne furent donc pas le motif de la trahison; ils en furent seulement le salaire. L'Iscariote ne fut pas poussé par la haine; pourquoi en aurait-il éprouvé? Il a livré son Maître parce que la déception de ses espérances nationalistes lui a fait entrevoir l'obéissance au Sanhédrin comme un devoir patriotique.

Ses conceptions du royaume à venir sont probablement restées voisines de celles du zélotisme; son âme obscure considère dans l'avenir glorieux rêvé pour sa nation, autant la gloire et les intérêts de celle-ci que les avantages personnels qu'il en retirera. Il y occupera sans doute l'une des premières places et pourquoi pas celle-là même qu'il détient dans la petite communauté apostolique, celle de la trésorerie?

Aussi, à l'approche du tragique dénouement que tout laisse deviner, il ne comprend pas cette destinée de souffrance réservée au Christ et il voit lui échapper les rêves ambitieux qu'il a fondés sur son titre d'apôtre, de ministre du nouveau royaume.

Ce sont donc principalement les illusions du faux messianisme qui ont fait d'un intime du Maître un traître et un désespéré.

 

                                                                                   (à suivre)

 

Commenter cet article

christocentrix 02/04/2010 11:46



- Le fanatisme nationaliste des partis.


Les dirigeants, en Israël, se partageaient en groupes sociaux fort distincts et parfois nettement opposés. On donne souvent à ces groupes le nom de «
partis » quoique dans le monde antique la notion de parti n'ait jamais atteint le degré d'acuité qu'elle, a dans nos démocraties modernes. De fait, c'était tout autant des écoles philosophiques
ou des sectes religieuses que des partis politiques se disputant l'influence et les honneurs, surtout après la conquête romaine.


Josèphe mentionne quatre « philosophies » des Juifs : le pharisaïsme, le sadducéisme, l'essénisme et le zélotisme. Par l'Évangile, nous connaissons aussi le parti des hérodiens. Laissant de côté
les esséniens qui n'ont rien d'un parti politique et que le Sauveur ne trouve jamais sur son chemin, nous allons voir le même « ferment » nationaliste animer ces divers groupes, le zélotisme
étant une filiale du pharisaïsme et les hérodiens une branche du sadducéisme.


Ce mot « ferment » ou « levain » est de Jésus lui-même. S'il a passé au milieu des querelles de ses contemporains avec une sereine indifférence, il ne les a pas ignorées; il connaît les tendances
et les ambitions des diverses sectes, se contentant de recommander à ses disciples la méfiance à leur égard. Les Évangiles de Marc et de Matthieu nous rapportent cette parole du Maître :
Gardez-vous avec soin du levain des pharisiens et des saddûcéens. Au lieu de sadducéens, Marc porte « et du levain d'Hérode ». Matthieu précise qu'en parlant du levain, Jésus n'a pas voulu
désigner le levain du pain qu'ils mangent, mais là « doctrine » des pharisiens et des sadducéens.


Les doctrines des uns et des autres n'ont rien de commun, sinon les données essentielles de la Thora que Notre-Seigneur ne saurait mettre en question. Voilà pourquoi il est permis de se demander
si Jésus ne vise pas ce qui les caractérise indifféremment, c'est-à-dire, l'esprit de parti, l'esprit d'une politique mondaine qui les anime les uns et les autres, gonflant leurs ambitions et
leurs querelles, comme le levain gonfle la pâte, la poursuite exclusive des fins terrestres auxquelles ils sacrifient les grandes lois de la justice et de la miséricorde. Et puisque, dans le
contexte précédent, il est question d'un « signe du ciel » qu'un groupe de pharisiens et de saduccéens a demandé à Jésus, - « signe du ciel » dans le langage pharisien désignant toujours une
preuve de messianité et de préférence « prodige anti-romain » - nous pouvons penser que le Maître, de ce « ferment d'hypocrisie » n'exclut pas les visées du messianisme temporel et
révolutionnaire. En tout cas, il va nous être facile de constater que de ces sentiments et ambitions ni un parti ni l'autre ne furent exempts. (voir commentaire suivant....)