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mourir pour Tombouctou ?

Publié le par Christocentrix

 

 drapeau francais tombouctou-

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 De la fondation à l'apogée :

La fondation de Tombouctou vers l'an 1100 est attribuée à des touaregs qui établirent, sur la rive gauche du Niger, un camp de huttes de paille où ils revenaient, chaque été, faire paître leurs troupeaux.. A leur départ, dès l'arrivée des pluies, ils laissaient en place leurs paillottes et une partie de leur matériel de campement. Ils en confiaient la garde à une vieille esclave bella (vieille femme au gros nombril). Ce nom serait à l'origine de celui de la ville de Tombouctou. Peu à peu, le lieu attira les caravanes qui commencèrent à y faire halte. Puis les commerçants de Djenné et de Gao vinrent y ouvrir des succursales. Tombouctou devint, ainsi une ville qui se développa et où furent édifiées mosquée et école coranique. Vers l'an 1300, Tombouctou était une petite cité prospère où les chefs et notables Sonrhaï et Bambarras construisirent d'importantes mosquées, de riches demeures et autres édifices. C'est ainsi que la grande mosquée de Djinguirey Ber aurait été construite, en 1425, à son retour d'un pèlerinage à La Mecque, par l'Empereur du Mali, Kankan Moussa, sur sur les plans d'un architecte de Grenade.

Les touaregs, fondateurs du premier établissement, continuaient cependant à se manifester par des raids violents et des pillages. Vers 1496, l'Askia Sunni Ali, empereur des Sonrhaï, alors à l'apogée de leur puissance, installa à Tombouctou une solide garnison. La paix assurée, s'ouvrit pour Tombouctou une ère de gloire légendaire qui s'étendit sur plus d'un siècle. Aux environs de 1500, l'université de Sankoré, dont il reste aujourd'hui la grande mosquée du même nom, étendit sa réputation à l'ensemble du monde arabe, attirant une foule de savants étrangers du Maroc, d'Egypte, d'Arabie, etc. Sankoré possédait alors la plus grande collection de manuscrits arabes connue. Parmi ceux-ci, mention particulière doit être faite du Tarik es Sudan d'Abderahman ben Abdallah, l'une des sources les plus recherchées pour tout ce qui concerne l'histoire de l'Afrique de l'Ouest.

Moins de cinquante ans plus tard, le Sultan du Maroc montait une expédition militaire contre Tombouctou et l'Empire Sonrhaï qui tomba rapidement sous la domination des maures et fut ruiné par leurs rapines. Les désordres qui suivirent encouragèrent, dès la fin du XVIIIème siècle, les touaregs à rétablir leur domination et à exercer leurs pillages sur les populations noires de la ville et des villages du fleuve. Cette situation perdura jusqu'à l'arrivée des Français.

                                                              

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Les explorateurs, puis la conquête :

Tombouctou, qu'on appelait jadis "la mystérieuse", a longtemps exercé sur l'Europe une véritable fascination, à laquelle ont cédé, au siècle dernier, plusieurs explorateurs : le major Laing qui, en août 1828, paya de sa vie son passage à Tombouctou, René Caillé, en avril 1828, plus chanceux grâce à la discrétion de sa visite, sous son déguisement en humble voyageur arabe, puis, une trentaine d'années plus tard, le géographe allemand Barth. Il reste du passage de chacun, une plaque apposée sur la maison où ils auraient séjourné.

C'est seulement le 10 janvier 1894 que le premier détachement français, commandé par le colonel Bonnier, arrivé par le fleuve à Kabara, entra à Tombouctou. Le 15 janvier, en marche vers Goundam, Bonnier établit son camp près de Taoulec. Durant la nuit, attaqué par surprise, il fut massacré par les touaregs avec ses onze officiers, deux sous-officiers et soixante-quatre hommes de troupe sénégalais. A la même époque, l'enseigne Aube était à son tour tué dans la forêt de Kabara. Un mois plus tard, le 12 février, la colonne Joffre, alors jeune officier du Génie, arrivait pour procéder au nettoyage de la région, identifier les restes des victimes et construire les forts de Tombouctou, les forts Bonnier et Huguenny, afin de mettre la ville à l'abri des raids touaregs.

La création d'unités méharistes et de goums permit de consolider la paix en milieu nomade et d'ouvrir avec les tribus une ère de développement pacifique : forages de puits, campagnes de vaccination du bétail, écoles nomades dont la fréquentation par les enfants de touaregs blancs resta, il est vrai, toujours problématique. Seules pâtirent de cette paix les fractions de tradition guerrière.

                                                                

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Le moine blanc de Tombouctou et sa légende :

L'une des personnalités les plus marquantes de Tombouctou fut le Père Blanc Auguste Dupuy, dit Yakouba. Sa figure, haute en couleurs, a excité la curiosité et suscité l'admiration de ses contemporains. Plusieurs écrivains lui ont consacré des récits, ne fût-ce que quelques pages et même des livres. Parmi ces écrivains, l'américain William Seebrok, auteur d'une bibliographie « Le moine blanc de Tombouctou. »

Tombouctou 3

Dès leur arrivée à Tombouctou, en mai 1895, le Père Hacquard et le Père Yakouban - brillant arabisant - établirent d'excellentes relations avec la population de la ville et les notables, notamment avec le Cadi Ben Labas. Leur première tâche fut d'installer une chapelle, Sainte Marie de Tombouctou, et un dispensaire, puis, un peu plus tard, une école, où le Père Yakouba enseigna l'arabe classique. Le Père Yakouba acquit rapidement un bonne maîtrise des langues Sonrhaï, Tamachek, Peul et Bambara. Ses connaissances linguistiques et ses excellentes relations avec les populations lui permirent d'accéder à la connaissance de bien des secrets de la vie locale, ce qui devait lui conférer un rôle de conciliateur. Toutefois, sa prédilection naturelle pour les femmes africaines et la boisson défrayèrent la chronique et arrivèrent aux oreilles de Mgr Hacquard, ancien supérieur de la mission, devenu évêque, en résidence à Ségou et qui, nonobstant ce détail, avait pour lui la plus grande estime.

En octobre 1900, le Père Yakouba reçut de celui-ci l'ordre de quitter temporairement Tombouctou et de partir pour Fada N'Gourma (alors partie du Nord Dahomey) où il fut chargé de procéder à la remise en ordre de la mission de cette localité. Un an plus tard, s'étant parfaitement acquitté de cette tâche délicate, le Père Yakouba reprit le chemin de Tombouctou, en faisant un détour à Ségou, où il comptait rencontrer Mgr Hacquard, mais à son passage à Dédougou, il apprit que celui-ci s'était noyé dans le Niger en nageant au clair de lune. A Ségou, à sa grande surprise, on lui annonça officieusement qu'il était sur le point d'être désigné comme le successeur de son ami sur le siège épiscopal. Cette perspective, qui ne l'enchantait nullement, ne se réalisa pourtant pas. Le siège des Pères Blancs à Maison Carrée, près d'Alger (devenu El Harrach) avait été secrètement informé des relations coupables du Père Yakouba avec des femmes à Tombouctou et de son goût immodéré pour certaine liqueur de jujube, il fut donc invité à quitter sa mission et à venir s'expliquer devant les supérieurs de l'Ordre.

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Après une longue journée de réflexion, il sortit de la Mission, dépouillé de sa soutane et de son crucifix et, après une nuit dans un abri de fortune, on le vit occupé à pêcher des mollusques pour sa nourriture. Il avait quitté l'Eglise parce qu'il ne voulait ni s'éloigner de Tombouctou, ni renoncer aux femmes. Il avait surtout décidé de vivre en homme et non en évêque... A Kabara, où il envisageait de se faire pêcheur, il rencontra une jeune femme africaine, Salama, qui l'accueillit dans sa maison de Tombouctou et le prit solidement en main. Il allait avoir 40 ans, il l'épousa. Peu après le début de leur vie commune, il fit l'acquisition d'une demeure, sorte de "palais" en terre crue dans le quartier central de la ville, où ils s'établirent pour la vie. Elle n'eut pas de mal à dissuader Yakouba de donner suite à son projet de devenir pêcheur. A l'instigation de celle-ci, il alla offrir ses services au commandant de la place qui lui obtint un emploi d'interprète. C'est à ce titre que, quelques mois plus tard, il suivit une colonne militaire à Araouane à environ six jours de marche au nord de Tombouctou. A son retour, Salama mettait au monde leur première fille, Diarah. Elle devait encore lui donner de nombreux enfants, Youssoufou, Paul, Marcelle, Henri, Louis, Adah, etc... Il saisit, peu après, l'occasion d'accompagner un détachement méhariste aux salines de Taoudéni, à quelque huit cents kilomètres au Nord de Tombouctou, pour y escorter l'azalaï, la grande caravane d'hiver partant assurer le transport des barres de sel. Il en rapporta une description du site et du travail de la main d'oeuvre employée par les salines.

Vers 1908, Yakouba fut nommé commandant de Goundam, à environ 80 kilomètres à l'Ouest de Tombouctou, où il resta deux ans. Salama ne s'y installa pas mais lui fit, avec ses enfants, de nombreuses visites. Vers 1928, il participa -faisant fonction d'officier du service des renseignements - à une colonne envoyée en renfort contre une bande Senoussis venus de Tripolitaine et se dirigeant vers Agadès, mais avec laquelle le contact ne fut jamais établi. -Il devint le plus ancien fonctionnaire blanc et le plus vieux citoyen français de Tombouctou. Tous le respectaient et l'admiraient. Il finit en patriarche dans la ville qu'il avait tant aimée, entouré de sa femme et de leurs nombreux enfants.

                                                               

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Le charme caché de Tombouctou :

Les impressions que laisse Tombouctou à ceux qui y ont vécu ou qui y sont passés sont curieusement contradictoires. Certains n'y voient qu'une petite ville africaine sale et, dans l'ensemble, assez banale, dont la population, en majorité sonrhaï, rappelle celle d'autres villes de la Boucle du Niger. Qu'ils en aient trop attendu, ou qu'ils n'aient pas su ou pas eu l'occasion de s'imprégner de son ambiance particulière, ils expriment surtout leur déception.

D'autres en reviennent complètement charmés et conquis. Ils ne tarissent pas d'éloges sur cette ville phare, cette ville port, à la lisière sud du Sahara, point de contact entre les lettrés sonrhaï ou maures et le monde nomade, entre le fleuve et ses pirogues, le désert et ses caravanes. Ils sont captivés par ses deux grandes mosquées de terre qui défient les siècles et que la population recrépit chaque année au cours de grands rassemblements, ils s'extasient devant la richesse des bibliothèques arabes des principaux lettrés, ils se laissent impressionner par l'allure majestueuse de Mohammed Mahmoud, Cadi des Ahel Araouane, par son grand boubou brodé et son long bâton incrusté d'argent, par son langage habile à interpeller et à séduire les personnalités de passage... Ils vont jusqu'à évoquer, au sujet de Tombouctou, une ville où souffle l'esprit ! une des rares villes au monde où ils accepteraient de rester vivre...

                     

                Henri Leroux (administrateur de la France d'Outre-mer)

                                                                 

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Tombouctou 1 

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