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Poèmes du Sagittaire

Publié le par Christocentrix

 

Il y a plus de 25 ans, je croisais le chemin d'un poète...un vrai poète. Il me fit l'amitié de m'offrir et de me dédicacer un recueil de sa composition. Je le relis souvent... J'en connais certains passages par coeur...
Ce poète était aussi un homme de Dieu : un moine bénédictin. Il resta toujours fidèle à la messe de son ordination et à ses idées légitimistes.
Il s'est éteint récemment, fort avancé en âge. Je compte aujourd'hui un ami de plus au ciel... et c'est un honneur pour moi de vous faire connaître quelques uns de ses poèmes.
En son temps, ce recueil a obtenu un prix de l'Académie française (1970 ou 1971). Il a été édité avec un mot de François Mauriac que je reproduis ci-dessous.

Mon cher et révérend Père,

J'ai lu avec beaucoup d'émotion vos poèmes. Même si aucune lettre ne les avait accompagnés j'aurais senti à travers eux que nous sommes frères en Maurice de Guérin. C'est à travers moi que vous l'avez découvert et vous ne me séparez pas de lui dans votre coeur. Il est vrai que les Guérin continuent de vivre dans un petit nombre de coeurs, mais intensément. Et vous, vous vivez tout près du Cayla...
Je garderai précieusement ce manuscrit qui ne ressemble à aucun autre et je le relirai souvent.
Veuillez croire, mon cher et révérend Père, à mes sentiments très affectueux.

                                                                                              François Mauriac (le 16 juillet 1968)

                                                                                                           
 

Invisible dédale où s'égare mon âme,

Où sans chercher remède à me désespérer

Je me calme en secret et rêve d'une flamme

Fragile d'être humaine impossible à celer !


Dans la puissance ailée qui m'entraîne et m'élève,

Trop sûr de retomber dans mon infirmité

Je pressens et maudis cette ardeur que soulève

L'attirance d'amour qui me porte à vibrer.


Loin des yeux loin du coeur muré dans ma nature

Je me reproche en vain d'aimer ce que je fuis

Ignorant que se cache au vif de ma blessure

Le secret d'éblouir l'absolu de ma nuit.

                                                                                                           



L'expression concrète de la vie, en art, l'attirait ; non pour elle-même, mais pour une satisfaction intérieure toute gratuite, et sans qu'il pût faire autre chose, de prime abord, qu'abstraire, interpréter des signes soumis à leurs lois propres et s'ordonnant en une composition souverainement autonome, où le sujet, largement dépassé, n'était plus qu'un prétexte.....
...Et cependant, bien au-delà de l'analyse, bien au-delà des signes, par un retour au sujet, mais purifié, transfiguré, il avait bien la sensation d'entrer, suprême récompense, au coeur même de l'oeuvre.
Quelle poésie en effet, quel dépaysement !... L'arrière-plan était d'un bleu très pur, très profond, avec cette crudité et ces contrastes que, seule, la lumière atténuée de l'arrière-saison peut donner parfois aux couleurs. L'épais tapis vert invitait à atteindre le sommet de la falaise, pour abaisser, de là, un regard de contemplation sur l'agglomération châtelaine qui étincelait dans la même lumière bleue, et dont les tours, flèches et clochetons, au-dessus de la ligne ajourée des remparts, évoquaient une mélodie dont les notes, poussées à l'aigu, auraient échappé à la portée.
Au registre supérieur, spectralement immergé dans un camaïeu bleu de nuit, le char du Soleil paraissait d'autant plus figé dans sa course que les chevaux menaient, silencieusement, un train d'enfer. Le Scorpion, lui, se hâtait vers son terme, et le Sagittaire, immobilisé dans son galop, criblait l'éther de ses flèches.   (extrait)

                     
                                                                               

PSAUME DE L'EQUINOXE

 

Ta lumière éclatait alors
O terre de sang
Les automnes luisaient comme des armures
Ruisselaient d'or parmi les sables
Et les panoplies du sommeil
Irradiaient des braises de soie
Je cherchais mes amis
Dans des rêves de solitude
Ma nuit ardente enfantait des aurores de feu
Quand pourrai-je revêtir
La parure des oiseaux de fête
Reculer les limites des cieux
Laisser couler des fleuves d'albâtre
Dans la pureté de mes mains lucides
Anéantir les échos de la soif
Et grandir dans l'ombre démesurée
Nous marcherons haletait le cantique inspiré
A la clarté de tes flèches
A la lueur des éclairs de ta lance
Nous ravagerons le désert
L'angoisse me saisit
La terreur de l'espérance
Roulé vivant
Dans l'ouragan de ta chevauchée
Aveugle dans ton tourbillon
Jusqu'au jour où les coursiers
Atteindront les limites infranchissables
Se cabreront dans l'éparpillement de leurs crinières
Au déchaînement sourd des orgues des falaises
Devant la puissance en arrêt des flots
La chevelure rebroussée des vagues
Le rivage qui pèle
La mer seule est illimitée

 


CANTIQUE DU SOLSTICE

 

Pour toi Soleil unique mon amour
Ma joie ensorcelée s'éveille
Les nuages se lèvent comme un rideau de théâtre
Ta victoire m'empourpre le coeur
Comme elle est loin cette ferveur d'hiver
Emprisonnée dans sa brume de silence
Enchassée dans mon âme
Orient Soleil levant du déclin de décembre
D'un tel enfantement
Seulement la préfiguration
Mais maintenant serai-je jamais sûr
De la réalité de la nuit
Si mince pellicule entre deux crépuscules
Il gravit son triomphe pour un règne sans fin
Une éternité d'amour
Ses chevaux échevelés se fixent au zénith
Sa course est immobile
Il résume l'univers dans l'extase
L'obscurité se désintègre aux cuivres de son orchestre
Jamais plus l'univers en rupture d'équilibre
Bien loin des cieux d'où je partis
Je clame ma déshérence
La musique de sa lumière
Se répand dans ma chair s'écoule dans mes os
Je partirai je le rejoindrai
J'emporterai la terre dans mon coeur
Dans l'âme
Un océan de fidélité à la mesure de sa grâce
O Toi mon amour
Ma nuit enfin se déverse et fond dans ta lumière.

 

                                                                                        
                      Dom Hugues PORTES. Osb. (extraits de "l'horizon intérieur")


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