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Porter témoignage à la vérité

Publié le par Christocentrix

Quand on se penche sur un berceau, pour y regarder un nouveau-né, ce petit corps froissé et frileux qui bouge drôlement et qui contient une âme immortelle encore assoupie dans l'inconscience, une question surgit instantanément à l'esprit : Que sera cet enfant? Quelle destinée l'attend? Quelle est sa mission en ce monde?

Voici qu'au jour de Noël, un chant éclate dans les églises, qui convie les chrétiens près d'une crèche d'étable, où dort sur de la paille, entre le boeuf et l'âne, un tout petit enfant ; Puer natus est nobis. Un enfant est né pour nous. Or cette naissance au milieu de la nuit d'un Enfant-Dieu, pose une tout autre question que la naissance des autres fils des hommes. Dans les moments de désespoir et comme une suggestion mauvaise de l'Ennemi, un cri surgit des profondeurs de notre désolation : « Après tout, ce n'est pas moi qui ai demandé de naître et de vivre ».

Eh! bien, regardons le petit Jésus dans sa crèche : le voici parmi nous comme l'un de nous, livré à la souffrance, à l'angoisse, aux larmes, à la mort; mais lui, il a demandé à naître et à vivre. Dieu, il ne lui manquait rien, il eût pu ne jamais venir : il n'en eût pas été moins heureux; il n'était pas obligé de naître dans cette vallée de larmes : c'est bien lui qui l'a choisi et qui a tout préparé pour naître : et le temps, et le lieu, et sa race, et sa mère. La question que nous pose cet enfant n'est pas : que deviendra-t-il? mais, puisqu'il a choisi de naître parmi nous, pourquoi?

A cette question, Jésus lui-même a répondu. Pour donner à sa déclaration un caractère plus solennel, il a choisi le moment de sa condamnation à mort, au tribunal de Pilate, pour expliquer officiellement sa naissance et sa venue en ce monde : « Je suis né pour ceci, et je suis venu au monde exprès pour ceci : porter témoignage à la vérité ».enfant Jésus crêche

Dès sa mystérieuse naissance, ce petit enfant entre les bras de sa mère, une pauvre jeune fille éclatante de pureté, ce petit enfant est un témoin et il n'est là, parmi les enfants des hommes, que pour rendre témoignage à la vérité.

Qu'est-ce qu'un témoin? C'est une personne, parfaitement informée d'une chose que les autres ignorent, qui révèle cette chose cachée et qui en fournit la preuve par l'autorité de sa parole. Rien n'est plus juste que de dire de l'Enfant-Jésus qu'il est un témoin et que sa nativité temporelle a pour effet de le mettre à même de rendre son témoignage. La vérité cachée naturellement à nos esprits et dont il est venu rendre témoignage, c'est Dieu même, Vérité subsistante dans l'excellence de sa nature intime, l'ineffable société du Père et du Fils et de l'Esprit-Saint, égaux en puissance et en majesté dans l'unique substance divine, et se révélant à nos intelligences dans la foi, et se donnant à nos âmes par la charité, et nous associant éternellement à leur béatitude, Dieu avec nous, Dieu pour nous, dans l'adhésion définitive de tout ce que nous sommes à ce que Dieu est.

On exige d'un témoin trois qualités:

La première est que le témoin connaisse bien ce dont il parle. Qui peut témoigner de Dieu, retiré dans une lumière inaccessible et dans l'inviolable secret de son silence, ce Dieu inconnu dont saint Jean a dit :« Nul ne l'a jamais vu » ? Mais il ajoutait :« Le Fils lui-même nous en a parlé ». Pour connaître Dieu et pour en parler, il faut être Dieu. Ce petit enfant est Dieu même, par nature, Dieu dans sa révélation substantielle, le Roi des Anges qui subjuguera par ses miracles, le ciel, la terre et les enfers, qui pardonnera aux hommes leurs péchés et qui ressuscitera du tombeau par sa puissance propre. Ce petit enfant qui dort dans une mangeoire de bestiaux, ce n'est pas seulement un messager de Dieu, on son représentant, ou son Prophète, c'est son Fils; non pas un fils inférieur et adoptif, mais le Fils de nature, égal au Père, lui-même substantiellement Dieu et il n'y a pas de Dieu en dehors de lui : Dieu, dans la plénitude et le riche écoulement de sa gloire. Tous les anges ne suffiraient pas à m'apprendre ce qu'est Dieu, tous les philosophes non plus; et pour une si haute vérité, je ne voudrais croire ni les anges ni les philosophes, c'est ce petit enfant qui me touche et qui me convainc de la vérité et de l'amour de mon Dieu. Il est à lui seul la preuve de ce qu'il vient affirmer; que dis-je, il est lui-même l'inéluctable affirmation de l'amour de Dieu, du don de Dieu et de sa révélation. Jésus est la manifestation de Dieu, son épiphanie, Dieu nous aimant et se découvrant à nous, Dieu devenu nôtre. Ce n'est plus cet être immense et comme abstrait des philosophes. Ce n'est plus ce dur législateur des Juifs qui écrivait ses commandements sur la pierre et courbait sous son joug inflexible des nuques rebelles. Notre Dieu chrétien est un Dieu fait homme, né innocent d'une vierge innocente, terrible aux démons, mais secourable aux pécheurs, un Dieu tout proche et familier par ses sacrements et par l'Eucharistie, et qui a consommé le témoignage de sa vérité divine en versant tout son sang sur la croix.

Une autre qualité exigée d'un témoin est qu'on puisse le comprendre. A quoi vous servirait-il que je sois bien informé si je ne parle pas la même langue que vous? Jusqu'ici Dieu avait choisi des intermédiaires pour parler aux hommes. Les Juifs disaient à Moïse : « Toi, parle-nous, mais que Dieu ne nous parle pas, de peur que nous mourrions. » Si, pour bien connaître Dieu, il faut être Dieu, pour savoir bien parler aux hommes, il faut être l'un d'entre eux. Et c'est ce qui est arrivé. Dieu s'est fait homme pour se faire le plus saisissable possible. Ce petit enfant nous suggère Dieu absolument, en cachant sous le voile de sa faiblesse l'éclat redoutable de sa majesté. Dieu s'est humanisé, il a pris une nature humaine complète, corps et âme, un corps en chair et en os, non l'apparence d'un fantôme; une âme intelligente et libre, comme chacune de nos âmes. Cet enfant est bien de notre race: il le prouve en naissant d'une femme, vierge il est vrai; il le prouvera en souffrant et en mourant pour nous faire comprendre ce qu'est Dieu et comme il nous aime. Principium, qui loquor vobis. Oui, ce petit enfant est né tout exprès pour nous raconter Dieu, et dans son babil, c'est Dieu qui se met à notre portée. En cet enfant plein de grâce et de vérité, c'est notre misérable nature humaine qui se hausse jusqu'à témoigner Dieu, d'un témoignage fidèle jusqu'à la présence réelle de ce qui est affirmé, au point que ce petit qui dort entre les bras de la Vierge Marie, c'est la Vérité divine elle-même.

Mais ce qui fait l'importance d'un témoin, c'est la dignité et l'autorité de sa personne : c'est proprement cela qui fait la vérité du témoignage, qui ajuste, dans l'esprit de celui qui écoute, ce qui est dit à ce qui objectivement existe. Accorderons-nous tant d'importance à ce témoignage? Tous les tribunaux du monde récusent l'autorité d'un enfant. Mais la personne de cet enfant-ci n'est pas, comme celle des autres enfants, enfouie dans l'obscure imprécision de l'inexpérience, elle est déjà ce qu'il y a de plus parfaitement formé au monde, ce qu'il y a de plus digne et de plus élevé : elle est d'une excellence infinie parce que divine et il y aurait blasphème à la récuser. Jésus est Dieu en personne. Pour donner du poids à son témoignage, quelqu'un donne sa parole que ce qu'il dit est vrai, et aux yeux des hommes d'honneur, cette parole l'engage tout entier. Pour corroborer son témoignage, Dieu nous a donné sa Parole, et il est impossible de concevoir à quel point il s'est engagé ainsi jusqu'aux plus extrêmes limites du don de lui-même, car cette parole elle-même est divine. La Parole de Dieu est le Fils même de Dieu et c'est ce Verbe éternel qui possède à la fois, dans l'absolue simplicité de sa personnalité, la nature divine et la nature humaine; il s'unit substantiellement ces deux natures, sans les amoindrir ni les confondre, mais à la perfection de chacune. enfant JésusLe noeud du mystère du Christ est dans cette unité foncière, malgré l'infinie diversité des natures. Cette unité vient tout entière de l'excellence du Moi divin qui peut s'approprier une nature créée et en gérer réellement toutes les fonctions. Au point que cet enfant qui rit et pleure comme tous les enfants des hommes, et qu'une toute jeune maman au regard indiciblement pur nourrit de son lait, c'est la parole de Dieu inscrite dans une chair humaine, Dieu se livrant et s'exprimant dans une confidence substantielle de lui-même. Nous n'avons besoin ni de Moïse, ni des tables de pierre de l'Ancienne Alliance : comment ne comprendrions-nous pas désormais le langage de Dieu?

Dans le christianisme il n'y a pas, d'un côté le Christ, né il y a deux mille ans à Bethléem, mort en croix à Jérusalem, ressuscité et monté aux cieux; et puis d'un autre côté les chrétiens qui vont à la messe le dimanche et qui paient le denier du culte. Non, le christianisme est tout entier en Jésus, absolu, achevé, complet dans ce petit enfant que la Vierge Marie nous présente. On ne devient et on n'est chrétien que dans la mesure où on s'incorpore, d'une manière mystique mais très réelle, à la vie unique et suffisante de Jésus. Pour une raison grave on peut être dispensé de l'assistance à la messe le dimanche ou de l'abstinence le vendredi, mais le Pape lui-même ne pourrait dispenser un chrétien de croire en Jésus, d'espérer en Jésus et d'unir son coeur au Coeur Roi et Centre de tous les autres. Si nous n'avons pas demandé à naître, du moins nous savons bien ce pour quoi nous sommes nés, ce pour quoi nous vivons et pourquoi nous mourrons. Que l'Enfant-Jésus nous délivre à jamais des pensées absurdes et du désespoir : lui qui a voulu naître et vivre et mourir pour rendre témoignage à la vérité divine qu'il incarne, il nous apprend que nous avons à rendre le même témoignage, et cela peut-être jusqu'au sang, car témoignage veut dire martyre. Notre vie et notre mort sont entre nos mains : ou bien nous pouvons les dissiper en pure perte, sans utilité ni but; et que nous servirait de gagner l'univers, si nous négligeons de connaître, d'aimer et de mériter Dieu en Jésus? La vie et la mort nous ont été données pour nous conformer à ce mystère central du christianisme, qui est la vie et la mort du Seigneur Jésus.

Une grande clarté a éclaté dans la nuit pour ceux qui ont le coeur droit. Vivons et mourons dans la clarté de ce témoignage, clarté même de Dieu resplendissant sur la face adorable de Jésus.2600176464_31c21400eb_m.jpg

 

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