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Portez mon joug (suite)

Publié le par Christocentrix

Porter sa croix

L'image du joug proposée aux disciples est extrêmement proche d'une autre image proposée elle aussi par Jésus à quiconque veut devenir son disciple: « Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il porte sa croix et qu'il me suive » (Mt 16.24). La croix, dans le message évangélique, est aussi incontournable que le joug pour le disciple. Dans les deux cas, il s'agit pour le disciple de « porter », et c'est exactement le même verbe grec qui est utilisé : porter sa croix et porter le joug.

 Cependant, la première différence entre le joug et la croix, c'est le possessif qui les qualifie : « mon » joug et « votre » croix. La seconde différence, c'est que le joug se porte à deux, alors que la croix se porte seul ; cela fait même partie du supplice que de porter seul sa croix jusqu'au bout. Nous faut-il donc renoncer au merveilleux compagnonnage du Christ lorsqu'il est question de la croix ? Y aurait-il pour nous d'abord le joug avec lui, puis la croix tout seul ?

Il est frappant de noter que l'invitation à porter sa croix se trouve dans Matthieu (16.24), Marc (8.34) et Luc (9.23) et que ces trois mêmes Évangélistes sont d'accord pour dire que Jésus n'a pas réussi à porter lui-même sa propre croix ! Il n'y est pas arrivé ! Il a flanché en cours de route...

Comment cela Seigneur ? Me demanderais-tu de faire ce que tu n'as pas réussi à faire ? jamais, Seigneur, tu n'as exigé d'un disciple de faire plus que ce que tu as toi-même fait ! Voudrais-tu maintenant que je porte ma croix, quand tu n'as pas porté la tienne... ?

Au moment où Jésus a ployé sous la charge, l'autorité romaine a eu pitié ; elle a mobilisé un certain Simon de Cyrène pour porter la croix du Christ. Et Luc précise alors que Simon s'est placé « derrière Jésus » pour porter avec lui sa croix (23.26). Ils l'ont portée ensemble. Le Christ a bénéficié d'une grâce. Lorsqu'il a fléchi sous sa croix, il a senti que quelqu'un venait à son aide. Il a certainement perçu derrière lui le silence de sa présence, le silence de son effort. Et il a éprouvé le merveilleux soulagement d'une aide inattendue. Sans rien demander il a pourtant bénéficié d'une incroyable pitié, celle de ses impitoyables bourreaux ! Crois-tu, pourrait nous dire le Christ, que je ne sais pas ce que c'est que de ployer sous une croix, d'être écrasé, accablé, et de flancher ? Crois-tu que ma pitié est moindre que celle d'un tyran et que je ne te ferai pas grâce... ?

Faisons silence et portons notre croix ! Les fidèles disciples du Christ qui ont porté leur croix sont unanimes pour rendre le même témoignage : au moment où la charge devient trop lourde et même insupportable, au moment où l'on tombe, voilà que soudain la charge se fait plus légère, voilà qu'une présence inattendue se manifeste dans le silence de l'effort. Quelqu'un est là, derrière nous, à la place de Simon de Cyrène. Le moment venu, tu reconnaîtras bien qui est là, derrière toi, en silence, portant avec toi ta croix... Tu le reconnaîtras au bruit de son pas, pour l'avoir entendu avec toi sous le joug...

Que veut-il que nous apprenions de lui ?

Revenons à l'image du joug, au pas à pas du quotidien avec le Christ, à cette école qui nous est proposée pour devenir disciple.  Qu'allons-nous donc apprendre du Christ ? Lui-même donne la réponse : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur ». Voici deux vertus du Christ : la douceur et l'humilité ; deux vertus parmi toutes celles qui sont les siennes, et qu'il veut nous enseigner pour que nous les fassions nôtres. Pourquoi donc mettre en avant ces deux-là plus particulièrement ? Tout simplement, me semble-t-il, parce que ces deux vertus sont par excellence celles qui sont les plus indispensables lorsqu'on porte un joug, afin que cet engin de travail ne devienne pas un engin de supplice. Plus une bête est douce et humble et plus son joug lui devient doux et léger, et devient aussi doux et léger sur les épaules de l'autre. La douceur et l'humilité : deux qualités essentielles pour le compagnonnage avec le Christ. Être sous le joug avec le Christ, c'est découvrir combien il est doux et humble ; c'est expérimenter cette douceur et cette humilité, l'expérimenter concrètement, en en étant le premier bénéficiaire. Plus on chemine dans la foi, au quotidien de l'existence, et plus on mesure à quel point le Seigneur est doux et humble envers nous, à quel point c'est une bénédiction d'avoir un tel maître à son côté ; et plus on s'efforce alors de devenir soi-même doux et humble, pour marcher en meilleure harmonie avec lui.Jean Cassien a noté que seuls les doux et les humbles savent vraiment aimer. Il a certainement raison. L'enseignement du joug au quotidien le confirme.

La nuque raide

Le contraire, manquer de douceur et d'humilité, c'est avoir une « nuque raide », et donc être particulièrement inapte à porter un joug. Avoir la nuque raide, est une expression fréquemment employée dans l'Ancien Testament pour décrire l'orgueilleuse insoumission d'Israël devant Dieu, son refus d'être enseigné par Dieu. Le premier emploi de cette expression est plein d'humour de la part de Dieu. Lorsqu'elle apparaît, en effet, pour la première fois, c'est dans la bouche de Dieu, au moment où celui-ci informe Moïse que le peuple s'est fabriqué un veau en or (Ex 32.9). Au dire d'Israël ce veau représente l'image de Dieu qui a fait sortir le peuple d'Égypte. Un veau, dans le métal le plus précieux : voilà de quoi faire honneur à Dieu ! Mais pour Dieu, ce veau n'est qu'une caricature, non pas de lui, mais du peuple, car en fin de compte Israël a une nuque aussi raide que celle d'un veau en or ! Un peuple indocile et orgueilleux, sur lequel aucun joug ne peut être posé : voilà bien ce que nous sommes en vérité !

La douceur

Sous un joug, la douceur est un immense bienfait pour le compagnon d'attelage, car elle évite maintes souffrances. Le moindre geste brusque, en effet, entraîne des à-coups violents qui font que le joug engendre des souffrances. Le moindre écart soudain, la moindre rebuffade fait mal à l'autre, aussi bien qu'à soi-même, d'ailleurs, car le joug blesse les deux nuques. Heureusement pour nous, le Christ est admirablement doux et nous bénéficions à tout moment de cette douceur. C'est bien sous le joug, au pas à pas du quotidien que nous découvrons et vérifions cette douceur, et non dans des livres de spiritualité ou des discours théologiques. L'apprentissage de la douceur du Christ est dans l'apprentissage de la vie à son côté. Que peut nous enseigner le Christ dans sa douceur, sinon à devenir nous-mêmes doux, à son image, à son contact ? Si par sa douceur le Christ nous évite bien des souffrances, il est bon de nous épargner aussi des souffrances, en devenant nous-mêmes doux. En effet, la moindre de nos brusqueries, de nos rebuffades, de nos réactions violentes, nous blesse et blesse le Christ par la même occasion. Ces blessures que nous nous infligeons à nous-mêmes, à cause de notre manque de douceur, ne sont pas une punition infligée par le conducteur de l'attelage, ni même par le Christ. Elles sont le fruit de notre propre attitude ; elles découlent de notre manque de douceur, de nos révoltes, de notre insoumission. Nous nous faisons mal à nous mêmes par notre insoumission, notre désobéissance à Dieu. C'est un aspect de la souffrance dont il est bon d'avoir conscience. Plutôt que d'accuser Dieu de nous punir, reconnaissons que par notre insoumission à Dieu nous nous faisons mal à nous-mêmes.

La docilité

Le mot grec traduit par « doux » (praüs) signifie aussi « apprivoisé », en parlant d'un animal, c'est-à-dire « docile ». Les deux sens du mot grec donnent en français deux mots aux sonorités proches, comme en latin : dolcis et docilis ; mais restons-en au grec et gardons ensemble les deux sens du même mot.  Sous un joug, le principal bénéficiaire de la douceur est le voisin d'attelage, alors que la docilité est avant tout orientée vers le bouvier, à savoir Dieu, en ce qui nous concerne. Autant le Christ est doux envers nous, autant il est docile envers son Père, obéissant à sa parole, entièrement soumis à ses commandements, à sa volonté. « Père, non pas ma volonté, mais que ta volonté soit faite » (Lc 22.42).

L'obéissance n'a pas toujours bonne presse, aujourd'hui, même dans l'Église, car elle connote pour nous la servilité, l'avilissement. L'obéissance que nous découvrons en Jésus envers son Père n'a rien de servile, elle est une obéissance pleine d'amour, une soumission volontaire, libre, dictée par le seul amour. C'est le contraire même de la nuque raide. Ce que le Christ attend de nous, notre docilité à la parole de son Père, à sa volonté, nous la découvrons non pas simplement dans des livres, mais dans le quotidien, quand nous nous appliquons à vivre à son côté. La docilité dont parlent les Évangiles, nous l'assimilons vraiment en essayant d'en vivre, dans le compagnonnage du Christ. C'est l'école du joug qui nous enseigne à devenir nous-mêmes obéissants à Dieu. C'est du Christ que nous apprenons vraiment l'obéissance. La docilité à Dieu est affaire d'abandon. Non pas l'abandon de ce que nous avons, mais l'abandon de ce que nous sommes. Il s'agit moins d'abandonner quelque chose que de nous abandonner nous-mêmes à Dieu, nous abandonner par amour. L'abandon au Père se vit dans l'obéissance confiante et aimante, au côté du Christ qui, dans sa docilité, vit lui-même parfaitement cet abandon. Cela aussi est l'affaire de toute une vie...

Douceur et docilité ne font qu'un ; c'est un même mot grec, et ce n'est pas pour rien ! Si tu veux tout savoir de ce qu'ont transmis les Pères, et si dans ta sagesse tu veux être doux avec tes frères, sache que c'est en étant docile à Dieu que tu deviendras véritablement doux avec les autres. Et c'est bien vrai ! Ce que les Pères disent là, ils l'ont appris du Christ dans leur compagnonnage avec lui sous le même joug.

D'où vient notre manque de docilité envers Dieu ? De notre orgueil, assurément ! De notre prétention à vouloir nous diriger nous-mêmes, à vouloir nous passer du conducteur d'attelage, à savoir mieux que lui ce qu'il nous convient de faire ! L'orgueil nous rend insoumis à Dieu et violents envers nos frères. L'orgueil est si perfide et subtil qu'il nous fait croire que nous pouvons aimer Dieu sans lui obéir. Aimer Dieu en se permettant de lui désobéir, c'est tomber dans le piège de l'illusion tendu en secret par l'orgueil.

Si l'orgueil est ainsi la source de l'indocilité, alors on comprend pourquoi Jésus, en plus de la douceur, est amené à parler de l'humilité, non pour se mettre en avant dans son humilité (ce qui serait une subtile marque d'orgueil !), mais pour nous faire comprendre tout simplement d'où vient sa douceur, quelle en est la source, pour l'éclairer, nous la faire découvrir, nous l'enseigner et nous montrer ainsi le véritable chemin de la docilité à Dieu.

L'humilité du coeur

Être humble, c'est une chose, mais être humble de coeur en est une autre, infiniment plus extraordinaire. Les Pères ont finement noté qu'il y a, en réalité, plusieurs degrés d'humilité. Selon l'analyse de Nicétas Stéthatos, par exemple (au XIIè siècle), il y a d'abord l'humilité du langage : c'est le premier degré de l'humilité, le plus facile, le plus accessible pour celui qui veut bien s'en donner la peine, avec l'aide de Dieu bien entendu, car sans Dieu tout effort d'humilité ne fait que produire l'orgueil. A force de combat spirituel, de détermination humaine et de secours divin, l'humilité de la parole est assez aisément accessible.

Le deuxième degré, moins fréquent, moins accessible, plus difficile, c'est l'humilité du comportement. On peut, en effet, être humble dans ses propos, sans être encore humble dans son attitude. On peut avoir un discours humble et un comportement orgueilleux, ce qui révèle combien l'orgueil arrive encore à se cacher derrière des paroles humbles. Parvenir à l'humilité du comportement est le fruit d'un long combat spirituel de tout instant, demandant un effort acharné sur soi-même et une totale collaboration de la grâce de Dieu.

Le troisième degré d'humilité est proprement inaccessible à l'homme et pure grâce de Dieu : c'est l'humilité du coeur. S'il y a un fossé entre l'humilité du langage et l'humilité du comportement, il y a un abîme entre l'humilité du comportement et l'humilité du coeur ! Nul parmi les humains n'a pu franchir cet abîme, sinon le Christ et ceux qu'il a rendus semblables à lui par sa grâce. L'humilité du coeur est en premier lieu l'humilité de Dieu lui-même, du Père, du Fils et de l'Esprit Saint.

Sous le joug, au pas à pas du côte à côte avec le Seigneur, l'Esprit Saint nous donne de découvrir petit à petit l'extrême humilité du Christ jusque dans la profondeur de son coeur. Et c'est merveilleux de pouvoir découvrir en même temps, petit à petit, dans les récits évangéliques combien est grande cette humilité. Merveille, car avec elle se révèle aussi, en même temps, la profonde humilité du Père et du Saint Esprit. L'humilité du coeur, c'est la profondeur du mystère de l'amour divin.

Découvrir petit à petit, sous le joug, combien le Christ est doux et humble de coeur plonge notre propre coeur dans un silence contemplatif. Découvrir l'humilité du coeur du Christ, c'est pénétrer dans le mystère du coeur du Christ, dans la profondeur inaccessible de son coeur... Cela relève du miracle, bien sûr ! Qui peut, en effet, sonder la profondeur du coeur du Christ, sinon celui qui « sonde les profondeurs de Dieu » (1 Co 2.10), à savoir le Saint Esprit ? Découvrir donc petit à petit, sous le joug, l'humilité du coeur du Christ, c'est être conduit par l'Esprit Saint, façonné lentement par lui, transfiguré petit à petit. Seul un regard transfiguré, un coeur transfiguré, peut entrer dans le mystère du coeur du Christ et le suivre sur le chemin de l'humilité.

Ce passage de l'Évangile a ceci d'unique qu'il est le seul de toute la Bible à parler du coeur de Jésus. Personne d'autre que Jésus n'a parlé du coeur de Jésus. Seul le Père le connaît et seul l'Esprit peut nous le révéler, car lui seul peut aussi venir à bout de notre orgueil, qui nous rend aveugles et sourds à ce sujet.

Cheminer sous le joug, c'est donc, en fin de compte, être habité par le Saint Esprit, à côté du Fils, sous la conduite du Père. Ce pas à pas dans le mystère trinitaire conduit dans le silence de l'émerveillement...

La synergie

« Sans moi vous ne pouvez rien faire »: cette parole du Christ rapportée par l'Évangile de Jean (15.5) rejoint parfaitement l'image du joug. L'image du joug est sans doute la meilleure manière de parler de la synergie, c'est-à-dire de la collaboration d'effort, de la mise en commun des énergies en une seule qui en est la résultante. Quand deux bêtes de somme sont sous un joug, ce qui est mesurable ce n'est pas l'énergie de l'une ou de l'autre, mais l'énergie des deux ensemble, non pas le travail effectué par l'une ou par l'autre, mais celui des deux ensemble.

En nous invitant à prendre son joug, le Christ nous invite à une vie en synergie avec lui, une vie telle qu'il ne nous est plus possible de savoir ce qui vient de lui ou de nous. Sous ce joug d'amour et d'humilité, personne ne va faire des comptes, mais chacun va humblement attribuer l'essentiel à l'autre.

Sous le joug il n'existe donc plus aucune oeuvre propre, aucune oeuvre personnelle, mais une oeuvre commune. C'est la seule école où il n'est pas possible d'apprendre l'individualisme. La seule école où la première personne du singulier cède le pas à la première du pluriel, en sorte que le disciple ne pourra plus jamais dire : « voilà ce que j'ai fait », mais seulement « voilà ce que nous avons fait, nous deux ensemble... ». Et, s'émerveillant devant ce constat, il fera humblement silence sur lui-même, sans cesser de rendre gloire au Seigneur.

A regarder de plus près encore, le travail effectué par un attelage est non pas l'oeuvre des bêtes attelées, mais l'oeuvre du bouvier qui conduit l'attelage, car sans lui plus rien n'est possible ; les bêtes, livrées à elles-mêmes, seraient incapables de mener à bien leur ouvrage. C'est lui qui réalise tout, dans sa manière de mettre au travail, de faire travailler. Quand un travail est bien fait, ce n'est pas l'attelage que l'on admire et glorifie, mais celui qui l'a conduit de sa main experte, avec tout son art

La synergie parfaite est dans l'obéissance commune au conducteur de l'attelage, dans l'harmonie, dans une sorte de complicité avec lui. Alors, la fatigue ne compte plus ; elle disparaît même, tant le joug est doux et le fardeau léger.

Encore la synergie

Non seulement nous avons découvert que le temps de formation des disciples est un temps où s'apprend la synergie avec Jésus, à côté de lui, sous le même joug ; mais nous découvrons aussi dans l'Évangile que cette même synergie demeure, alors que les disciples cessent d'être disciples à proprement parler, et deviennent apôtres, envoyés en mission.

On pourrait penser que le joug convient très bien pour décrire la période d'apprentissage, les trois années passées par les douze disciples aux côtés du Christ et que cette image ne conviendrait plus pour leur envoi en mission. En effet, on imagine bien, alors, les apôtres volant de leurs propres ailes, mettant en application, sans le Christ, tout ce qu'ils ont appris de lui. Or, il n'en est rien ! Dans les deux derniers versets de l'Évangile de Marc, il nous est dit que le Ressuscité est élevé au ciel à la droite du Père et que les apôtres partent en mission sur la terre. Or, curieusement, dans ce passage qui rend compte de la séparation et de la dispersion, il est ajouté cette précision essentielle, paradoxale, mais combien vraie pour nous, aujourd'hui encore: « Le Seigneur était en synergie avec eux » (16.20).

La synergie du joug demeure et demeurera tant que les disciples seront en mission sur la terre, alors même que le Fils est assis à la droite du Père ! Car le Christ est tout à la fois au ciel et sur la terre, près du Père et près de nous. L'image du joug demeure et dit la collaboration incessante du maître avec ses disciples : « Je suis avec vous jusqu'à la fin du monde », dit le Ressuscité, au moment de rejoindre son Père (Mt 28.20).

Sur la croix, Christ seul est à l'oeuvre. De ce fait, nous ne participons en rien à l'oeuvre du salut. Cela n'est pas à remettre en cause. Mais si le Christ est seul à l'oeuvre dans notre salut, il n'y a pas de sanctification ni de mission sans notre participation. Dès lors qu'il s'agit de vivre le salut reçu du Christ, la synergie est indispensable.

Et je vous donnerai le repos

Le repos : telle est la perspective que Jésus envisage pour nous, sous forme de promesse. Dans la vie spirituelle, le repos n'a rien à voir avec l'oisiveté. Cela va de soi, mais il est bon peut-être de le préciser. L'oisiveté est la fille du relâchement et de la négligence ; elle écarte le travail, le fuit, le repousse, et fait tomber dans l'assoupissement, alors que le repos suit le travail et le couronne. Plus on a travaillé et plus on goûte le repos. Le repos révèle alors la beauté du travail effectué et donne aussi pour nous d'entrevoir déjà le bonheur du Royaume. La perspective envisagée par Jésus pour le temps d'apprentissage sous le joug, est donc bien le repos.

Que dire à ce sujet ? S'agirait-il simplement du repos éternel, à la fin des temps, quand le joug de la vie sera déposé ? C'est cela, en particulier, mais pas seulement. Sans voir si loin, et sans nier non plus cette perspective dernière, il est possible, dans un premier temps, d'envisager le repos reçu du Christ comme une réalité présente, ne serait-ce que dans le fait qu'il est plus reposant de travailler à deux que seul, et encore plus reposant de travailler avec un compagnon de joug particulièrement doux. Travailler avec le Christ, doux et humble de coeur, c'est éminemment reposant. La présence du Christ à nos côtés procure du repos, alors même que le joug est encore sur nos épaules. Travailler en synergie avec le Christ a quelque chose de reposant. C'est un don du Christ, lié au simple fait de sa présence.....

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Ce texte est un large extrait d'un commentaire de Daniel Bourguet, "Devenir disciple", édité aux éditions Olivétan, 2006, collection "veillez et priez".

(Ce passage est extrait du chapitre commentant le "venez auprès de moi", il est précédé d'un autre chapitre "Venez à ma suite..." et lui succède un autre commentaire sur "Demeurez auprès de moi...". Les trois chapitres forment une unité... ils sont à découvrir... l'ensemble forme un des meilleurs commentaires que j'ai trouvé sur ces passages de l'Evangile. Ceux qui trouvent que c'est spirituellement "nourrissant" et que l'auteur (dont j'ai déjà parlé) bénéficie d'un charisme particulier peuvent facilement se le procurer pour un prix modique).

 

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