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racheter la France par le sang...

Publié le par Christocentrix

"Nous savons que tout se réverse et que notre âme n'est pleine que des vertus des autres"... "racheter la France par le sang"... (Ernest Psichari).

CENTURION.jpg 

"Racheter la France par le Sang..."    Tel est donc le dernier mot de ce message, celui qu'on ne reçoit qu'avec le coeur serré. Ce n'est pas seulement Psichari qui, par delà sa mort, nous le livre, mais des millions de jeunes victimes dont il fut le porte-parole le plus conscient. Et, encore une fois, le parallélisme entre le drame de l'histoire et le drame de l'homme éclaire d'une lumière surnaturelle la plus douloureuse des énigmes. C'est un fait que toute guerre, malgré les destructions qu'elle entraine, malgré des ruines qui atteignent les âmes comme les corps, offre pourtant, à l'heure où elle se dénoue, des occasions uniques, la chance d'une nouvelle création. On dirait que le sacrifice de ceux qui sont tombés, décrasse la diplomatie et la politique, permette de repenser le monde avec ingénuité. Ainsi, au sortir du combat spirituel, l'âme retrouve-t-elle dans la victoire une innocence qui lui ouvre des champs sans limites ; mais le chrétien ne sait-il pas que cette innocence lui est restituée par la Grâce et que cette Grâce il ne la reçoit que par l'effusion d'un Sang divin? C'est le sacrifice qui efface et qui rédime : les calvaires des nations ont aussi leur signification.

Il est horrible qu'à un tel prix on doive acheter les chances nouvelles. Mais non moins horrible, pour le croyant, la mise en croix d'un innocent pour la rédemption du monde. Et dans les deux cas, admirable autant qu'atroce, ce sacrifice ne trouve sa portée que dans les conclusions que l'homme en tire. « C'est une chose cruelle et contraire à la nature (écrivait Jacques Maritain en 1921), que des jeunes gens se trouvent chargés de réparer les destructions opérées par leurs pères, et sentent sur leurs épaules le poids du monde à refaire et doivent mourir pour cela ».   Le sacrifice des innocents pour racheter les erreurs et les fautes des autres, est, en effet, « contraire à la nature », et n'a de sens que surnaturel ; mais, plus cruelle encore, l'évidence d'un sacrifice inutile : rien ne désespère plus une âme chrétienne que la seule pensée que le Christ serait mort pour rien...

...Les occasions qui sont perdues pour la Grâce sont gagnées par le mal : ce n'est pas vrai seulement dans la conscience de chacun. Mais le témoignage des héros survit aux abandons des politiques : la terre qu'ils ont ensemencée germe, quand l'heure est venue et, après des années d'oubli, ce sont les forces mêmes qu'ils ont laissées dans la conscience nationale qui redeviennent efficaces et s'affirment d'une autre façon. Chaque génération a son sillon à creuser, chacune ses problèmes à résoudre. Le monde où il nous appartient de travailler maintenant ne ressemble pas à celui qu'a connu le Centurion. Les tâches qui nous attendent sont autres que celles qu'il accomplît. Mais la paix difficile exige des vertus qui ne sont pas indignes des combats.

Ce n'est pas en rêvant de nouvelles hécatombes que nous suivrons l'exemple d'un tel aîné. Car s'il fallait mesurer aux résultats historiques qui en sortirent la grandeur de son sacrifice, de quelle affreuse rancoeur ne nous sentirions-nous pas emplis ! La leçon qu'il nous plaît d'entendre est celle de ses vertus. Celles qu'il pratiqua trouveront sans doute moins leur application dans les conflits des armes que dans l'effort patient et le don fraternel qu'exigera un monde réconcilié. Abnégation, esprit de discipline et de renoncement, obéissance et amour. Ces vertus, qui furent celles de Psichari, n'ont pas changé de sens ; elles ne sont pas moins nécessaires, car, quel que soit le but qu'il s'assigne, l'homme n'a jamais connu, ne connaîtra jamais d'autre méthode que celle de cette lutte contre soi, de cette fidélité héroïque dont le Centurion offrit le parfait exemple.   ... Ainsi une nation entière, devant les pressantes interrogations du temps, peut retrouver en soi ses réponses essentielles ; après une heure d'obscurité et de misère, elle peut se dépouiller de tout ce qui lui faisait le coeur amer et l'âme trouble. C'est après de telles crises que le Centurion a découvert sa route. L'Histoire aussi permet de graves conversions...."

(DANIEL-ROPS, extrait de son livre sur Psichari, 1942)

 

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christocentrix 23/02/2012 01:49

Les ""Eclaircissements sur les Sacrifices" qui terminent les "Soirées de Saint-Pétersbourg" de Joseph de Maistre sont tout entiers consacrés à la méditation de cette idée "universelle et
fondamentale : la rédemption par le sang" . La dernière phrase du livre dit tout : " Il n'y a rien qui démontre d'une manière plus digne de Dieu ce que le genre humain a toujours confessé, même
avant qu'on le lui eût appris : sa dégradation radicale, la réversibilité des mérites de l'innocence payant pour le coupable, et le salut par le sang. "

Les ""Eclaircissements sur les Sacrifices" qui terminent les "Soirées de Saint-Pétersbourg" de Joseph de Maistre sont tout entiers consacrés à la méditation de cette idée "universelle et
fondamentale : la rédemption par le sang" . La dernière phrase du livre dit tout : " Il n'y a rien qui démontre d'une manière plus digne de Dieu ce que le genre humain a toujours confessé, même
avant qu'on le lui eût appris : sa dégradation radicale, la réversibilité des mérites de l'innocence payant pour le coupable, et le salut par le sang. "

"La guerre change le soldat en hostie" (Lacordaire).