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Tebessa (antique Théveste)

Publié le par Christocentrix

"Perdue en un coin de la terre algérienne, en marge et comme en retrait du monde civilisé, Tebessa s'élève au coeur d'une région semblant peu attrayante. Pourtant, ces immensités hostiles, furent, dès l'aurore du Monde, habitées par des peuplades nombreuses. Il n'y a pas une source active ou tarie, un marécage ou un lac aujourd'hui desséchés qui ne voisinent avec une ou plusieurs stations préhistoriques (gisements de Négrine, de Bir-el-Ater, de Sbaïkia, du Bled Oum-Ali, d'El-Ma-El-Abiod...gisement de l' « homme du Chacal » ), puis, qui n'aient vu les peuples de l' « Histoire Ancienne » pour retrouver de nos jours un peuplement toujours vivace. Il y eut aussi ceux qui, plus près de nous dans la chronologie fantastique des âges, nous léguèrent les énigmatiques tombeaux ronds ou « chouchets » du Mistiri, - les Dolmens de Castel, du Dyr, du Djebel Osmor, et les émouvantes gravures des rochers du Saf-Saf, du Tazbent, du Relilaï : « Fragiles messagers qui nous portent, fidèles, le salut frémissant de nos lointains aïeux ». Les peuples de l' « Histoire Algérienne » ont tous lentement déferlé sur ce sol. allee-vers-basilique-Tebessa.jpg

 

La légende prétend que la ville fut fondée par Héraclès, qui daigna s'y reposer dans une de ses courses vagabondes. C'est bien de la gloire !

Au IIIème siècle avant notre ère, bénéficiant d'une grossière analogie phonétique, sans doute avec Thèbes d'Égypte, Théveste fut appelée « Hécatompyle - la Ville aux Cent Portes » ! (S. Gsell). Dans ce passé un peu brumeux, un épisode jette une documentation plus sûre. Après la Ière guerre punique, les mercenaires de Carthage en révolte avaient été dirigés sur Sicca. Le Suffète Hannon, chargé de les réduire, les poursuivit jusqu'à Hécatompyle. « La grande ville des indigènes libyens » dut fournir 3.000 otages. La domination carthaginoise aurait duré une cinquantaine d'années. Quelques témoignages resteraient encore sur le versant Nord-Est du djebel Osmor, non loin de la ville, des tombes creusées dans le roc, - bien démantelées aujourd'hui. - seraient d'origine punique. Dans le lit d'un oued à Bir-el-Ater, en amont du village, fut trouvé quelques restes de tombes absolument semblables. L'histoire du pays devient confuse dans les IIème et IIIème guerres puniques il est certain que la contrée a vu défiler toutes les armées en conflit. Théveste connut ensuite une période noire sous les rois berbères. Passée d'une domination à l'autre, tour à tour envahie par des hordes avides, elle retombe rapidement dans la ruine.

Il faudra l'arrivée des Romains pour la faire revivre. arc-de-Caracalla.jpg

On signale une première occupation de Théveste par des troupes romaines, quelques années avant notre ère. Après la guerre contre les Musulames, le camp légionnaire est établi à Haïdra, - d'où, plus tard, en 75, sous Vespasien, la fameuse IIIème Légion transportera son quartier général à Théveste. Et l'Armée, sauvegarde du pays, sera très rapidement la cause d'un nouvel essor de l'humble bourgade. Le camp primitif n'a pas été exactement déterminé. Les casernements romains semblent avoir occupé, du moins en partie, les emplacements des actuels bâtiments militaires. On connaît l'importance de la IIIème Légion : plus de 5.000 hommes de troupe romains, un pareil nombre d'auxiliaires d'infanterie, de cavalerie et de services accessoires recrutés en bonne part dans les territoires d'Afrique, un gros apport de consommateurs en toutes branches, par conséquent susceptibles de relever très vite une ville dépérissante. Ajoutons-y les travaux d'aménagement et d'édilité qui s'imposèrent, que la Légion sut accomplir partout et dont il est possible de voir l'étendue.

Arc-caracalla.jpgDès l'époque de Claude, en 42 après J.C., Théveste est déjà prospère. Le pays est réorganisé. La paix règne, et rapidement notre centre prend une importance toujours accrue. Sous Vespasien, la ville est érigée en municipe. Elle s'embellit, on construit l'amphithéâtre et le forum. A l'avènement de Trajan, le pays est largement pacifié, la majeure partie de la IIIème Légion s'est installée à Timgad, puis à Lambèse. L'arrière-pays est colonisé avec méthode : de vastes domaines s'étendent sur les Hauts-Plateaux. Des cultures arbustives prennent de plus en plus d'étendue, les plantations d'oliviers sont nombreuses. On trouve partout des ruines souvent grandioses, d'énormes huileries ; la région d'El-Ma-El-Abiod, Brisgane, a vu certainement une des plus belles installations de ce genre. Des routes partent en étoile sur Gabès, Haïdra, Carthage, Mascula et le Sud. Le limes descend au large de Négrine ; Ad-Majores est fondée, colonie et poste puissant à la porte du désert. Le développement agricole et industriel se continue sous Hadrien. La ville s'accroît et s'embellit encore : elle compte plus de 50.000 habitants. On construit un théâtre, des thermes ; de luxueuses maisons étalent leur magnificence. Sous Septime-Sévère, Théveste arrive à l'apogée de sa splendeur. L'Empereur l'érige en Colonie, et Caracalla, son successeur, accordera plus tard la citoyenneté romaine à tous les habitants temple-dit-de--Minerve.jpgsans distinction d'origine. C'est l'époque où l'on élève l'arc de triomphe, le temple païen improprement dénommé " temple de Minerve ". De grands quais bordent la rivière, et sept ponts font communiquer le faubourg de l'Est avec la ville. La région, très riche, se couvre de nombreux centres agricoles. Elle fournit la majeure partie de l'Annone. Cette prospérité va subir une nouvelle éclipse. La guerre civile éclate sous les Gordiens, et Théveste est pillée.

La paix revenue, sous Dioclétien, une autre ère fortunée s'ouvrirait si de sanglants événements ne secouaient à nouveau le Monde. Le culte de l'Empereur, depuis longtemps, est battu en brèche. Un Dieu a surgi, une religion est née qui va révolutionner toute l'Antique Civilisation. Le Christianisme gagne de plus en plus de fidèles. Vers le début du IIIème siècle, Théveste connaît la nouvelle doctrine, et certains de ses enfants subiront le martyre. Un premier sanctuaire est érigé dans une crypte souterraine, et la religion du Christ progresse lentement. Puis, à l'aube du IVème siècle, s'ouvre de nouveau l'ère sanglante. En 305, une vénérable dame de Théveste, Crispine, est martyrisée - et combien d'autres, sans doute !  Enfin en 313, par son Edit de Milan, Constantin tolère la nouvelle religion. Et à Théveste, labasilique-chretienne-Tebessa.jpg première église chrétienne surgit du sol. Le pays sera troublé encore : le schisme donatiste éclate, violent ; une basilique donatiste s'édifie, un concile donatiste se tient à Théveste. La bataille est âpre entre les deux partis, est longue sera la lutte pour éliminer le Donatisme. Une période plus calme revient, et lorsqu'en 385, Théodose déclare le Christianisme religion officielle, c'est le triomphe, la plus grande explosion de ferveur religieuse. La communauté chrétienne de Tébessa érige la Grande Basilique, la plus belle, la plus importante de la Chrétienté Africaine. La région compte de nombreux édifices religieux : à Morsott, au Dyr, à Tlidjen, vers Chéria et Guentis...

escalier-basilique.jpgPlus tard, sous la domination vandale, cette communauté chrétienne subsistera. La Basilique est respectée. Nous avons retrouvé des tombes de Vandales chrétiens. Le Barbare spoliera les gros propriétaires mais gardera, du moins en partie, l'administration et l'ossature romaines. Le pays, cependant, se videra peu à peu de ses meilleurs éléments ethniques, et les riches Romains qui survivaient se retourneront vers la Métropole. Si l'administration habile et relativement douce de Genséric retarde la ruine du pays, les discordes de ses successeurs l'accélèrent... vue-generale.jpg

Les Byzantins arrivent : Justinien veut reconstituer l'Empire d'Occident ; Bélisaire attaque les Vandales, réduit les révoltes des Aurésiens. Son successeur, Solomon, continue l'oeuvre, délivre notre ville, et, dit une inscription laudative : « Après avoir chassé les Vandales et détruit la race maure, reconstitue Théveste " a fundamentis " ! ». Le vainqueur ne reconstruit pas la ville, mais il enferme le noyau principal dans la citadelle, - puis, par quartiers, établit des postes secondaires de défense. La Basilique lui doit une réfection de ses remparts. Solomon est tué sous les murs de Théveste, et son oeuvre pacificatrice dure bien peu.

arc-Caracalla-et-rempart-byzantin.jpgEnfin surgissent les envahisseurs qui, pour des siècles, plongeront la malheureuse cité dans la misère. La première incursion arabe est de 647. Désormais, pillages, assauts, révoltes des Maures, résistance de l'héroïne berbère La Kahéna... toute une sombre et douloureuse époque : La Kahéna, pour arrêter l'envahisseur, fera le désert derrière elle. Le pays ne se relèvera plus... Et, pour consacrer sa ruine, les hordes hillaliennes du onzième siècle s'abattront à leur tour, histoire trouble et combien enchevêtrée, qui déborderait notre cadre.

Il ne faut pas compter pour beaucoup la faible garnison turque logée dans les parages de l'Eglise actuelle à partir de 1573. Seul fait à noter : ces garnisaires turcs, unis à des femmes du pays, ont laissé une descendance qui persiste et dont les noms sont encore aujourd'hui bien significatifs.

L'arrivée des Français en 1842 fut ici toute pacifique : les notables du pays avaient d'ailleurs fait demander leur protection. L'occupation définitive n'eut lieu qu'à partir de 1851. Sous l'administration française, auront lieu les fouilles évoquées plus haut, la réhabilitation des ruines et la création du Musée.

 

Cet extrait est l'introduction de la plaquette écrite par Mr SEREE DE ROCH, Conservateur du Musée des Antiquités de Tébessa. Plaquette éditée sur ordre du Gouverneur Général de l'Algérie, par la Direction de l'Interieur et des Beaux-Arts, sur les presses de l'Imprimerie Officielle à Alger, en 1952.

 

basilique-byzantine-Tebessa.jpg

 

 

 

 

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