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mourir pour Tombouctou ?

Publié le par Christocentrix

 

 drapeau francais tombouctou-
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 De la fondation à l'apogée :

La fondation de Tombouctou vers l'an 1100 est attribuée à des touaregs qui établirent, sur la rive gauche du Niger, un camp de huttes de paille où ils revenaient, chaque été, faire paître leurs troupeaux.. A leur départ, dès l'arrivée des pluies, ils laissaient en place leurs paillottes et une partie de leur matériel de campement. Ils en confiaient la garde à une vieille esclave bella (vieille femme au gros nombril). Ce nom serait à l'origine de celui de la ville de Tombouctou. Peu à peu, le lieu attira les caravanes qui commencèrent à y faire halte. Puis les commerçants de Djenné et de Gao vinrent y ouvrir des succursales. Tombouctou devint, ainsi une ville qui se développa et où furent édifiées mosquée et école coranique. Vers l'an 1300, Tombouctou était une petite cité prospère où les chefs et notables Sonrhaï et Bambarras construisirent d'importantes mosquées, de riches demeures et autres édifices. C'est ainsi que la grande mosquée de Djinguirey Ber aurait été construite, en 1425, à son retour d'un pèlerinage à La Mecque, par l'Empereur du Mali, Kankan Moussa, sur sur les plans d'un architecte de Grenade.

Les touaregs, fondateurs du premier établissement, continuaient cependant à se manifester par des raids violents et des pillages. Vers 1496, l'Askia Sunni Ali, empereur des Sonrhaï, alors à l'apogée de leur puissance, installa à Tombouctou une solide garnison. La paix assurée, s'ouvrit pour Tombouctou une ère de gloire légendaire qui s'étendit sur plus d'un siècle. Aux environs de 1500, l'université de Sankoré, dont il reste aujourd'hui la grande mosquée du même nom, étendit sa réputation à l'ensemble du monde arabe, attirant une foule de savants étrangers du Maroc, d'Egypte, d'Arabie, etc. Sankoré possédait alors la plus grande collection de manuscrits arabes connue. Parmi ceux-ci, mention particulière doit être faite du Tarik es Sudan d'Abderahman ben Abdallah, l'une des sources les plus recherchées pour tout ce qui concerne l'histoire de l'Afrique de l'Ouest.

Moins de cinquante ans plus tard, le Sultan du Maroc montait une expédition militaire contre Tombouctou et l'Empire Sonrhaï qui tomba rapidement sous la domination des maures et fut ruiné par leurs rapines. Les désordres qui suivirent encouragèrent, dès la fin du XVIIIème siècle, les touaregs à rétablir leur domination et à exercer leurs pillages sur les populations noires de la ville et des villages du fleuve. Cette situation perdura jusqu'à l'arrivée des Français.

                                                              

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Les explorateurs, puis la conquête :

Tombouctou, qu'on appelait jadis "la mystérieuse", a longtemps exercé sur l'Europe une véritable fascination, à laquelle ont cédé, au siècle dernier, plusieurs explorateurs : le major Laing qui, en août 1828, paya de sa vie son passage à Tombouctou, René Caillé, en avril 1828, plus chanceux grâce à la discrétion de sa visite, sous son déguisement en humble voyageur arabe, puis, une trentaine d'années plus tard, le géographe allemand Barth. Il reste du passage de chacun, une plaque apposée sur la maison où ils auraient séjourné.

C'est seulement le 10 janvier 1894 que le premier détachement français, commandé par le colonel Bonnier, arrivé par le fleuve à Kabara, entra à Tombouctou. Le 15 janvier, en marche vers Goundam, Bonnier établit son camp près de Taoulec. Durant la nuit, attaqué par surprise, il fut massacré par les touaregs avec ses onze officiers, deux sous-officiers et soixante-quatre hommes de troupe sénégalais. A la même époque, l'enseigne Aube était à son tour tué dans la forêt de Kabara. Un mois plus tard, le 12 février, la colonne Joffre, alors jeune officier du Génie, arrivait pour procéder au nettoyage de la région, identifier les restes des victimes et construire les forts de Tombouctou, les forts Bonnier et Huguenny, afin de mettre la ville à l'abri des raids touaregs.

La création d'unités méharistes et de goums permit de consolider la paix en milieu nomade et d'ouvrir avec les tribus une ère de développement pacifique : forages de puits, campagnes de vaccination du bétail, écoles nomades dont la fréquentation par les enfants de touaregs blancs resta, il est vrai, toujours problématique. Seules pâtirent de cette paix les fractions de tradition guerrière.

                                                                

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Le moine blanc de Tombouctou et sa légende :

L'une des personnalités les plus marquantes de Tombouctou fut le Père Blanc Auguste Dupuy, dit Yakouba. Sa figure, haute en couleurs, a excité la curiosité et suscité l'admiration de ses contemporains. Plusieurs écrivains lui ont consacré des récits, ne fût-ce que quelques pages et même des livres. Parmi ces écrivains, l'américain William Seebrok, auteur d'une bibliographie « Le moine blanc de Tombouctou. »

Tombouctou 3

Dès leur arrivée à Tombouctou, en mai 1895, le Père Hacquard et le Père Yakouban - brillant arabisant - établirent d'excellentes relations avec la population de la ville et les notables, notamment avec le Cadi Ben Labas. Leur première tâche fut d'installer une chapelle, Sainte Marie de Tombouctou, et un dispensaire, puis, un peu plus tard, une école, où le Père Yakouba enseigna l'arabe classique. Le Père Yakouba acquit rapidement un bonne maîtrise des langues Sonrhaï, Tamachek, Peul et Bambara. Ses connaissances linguistiques et ses excellentes relations avec les populations lui permirent d'accéder à la connaissance de bien des secrets de la vie locale, ce qui devait lui conférer un rôle de conciliateur. Toutefois, sa prédilection naturelle pour les femmes africaines et la boisson défrayèrent la chronique et arrivèrent aux oreilles de Mgr Hacquard, ancien supérieur de la mission, devenu évêque, en résidence à Ségou et qui, nonobstant ce détail, avait pour lui la plus grande estime.

En octobre 1900, le Père Yakouba reçut de celui-ci l'ordre de quitter temporairement Tombouctou et de partir pour Fada N'Gourma (alors partie du Nord Dahomey) où il fut chargé de procéder à la remise en ordre de la mission de cette localité. Un an plus tard, s'étant parfaitement acquitté de cette tâche délicate, le Père Yakouba reprit le chemin de Tombouctou, en faisant un détour à Ségou, où il comptait rencontrer Mgr Hacquard, mais à son passage à Dédougou, il apprit que celui-ci s'était noyé dans le Niger en nageant au clair de lune. A Ségou, à sa grande surprise, on lui annonça officieusement qu'il était sur le point d'être désigné comme le successeur de son ami sur le siège épiscopal. Cette perspective, qui ne l'enchantait nullement, ne se réalisa pourtant pas. Le siège des Pères Blancs à Maison Carrée, près d'Alger (devenu El Harrach) avait été secrètement informé des relations coupables du Père Yakouba avec des femmes à Tombouctou et de son goût immodéré pour certaine liqueur de jujube, il fut donc invité à quitter sa mission et à venir s'expliquer devant les supérieurs de l'Ordre.

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Après une longue journée de réflexion, il sortit de la Mission, dépouillé de sa soutane et de son crucifix et, après une nuit dans un abri de fortune, on le vit occupé à pêcher des mollusques pour sa nourriture. Il avait quitté l'Eglise parce qu'il ne voulait ni s'éloigner de Tombouctou, ni renoncer aux femmes. Il avait surtout décidé de vivre en homme et non en évêque... A Kabara, où il envisageait de se faire pêcheur, il rencontra une jeune femme africaine, Salama, qui l'accueillit dans sa maison de Tombouctou et le prit solidement en main. Il allait avoir 40 ans, il l'épousa. Peu après le début de leur vie commune, il fit l'acquisition d'une demeure, sorte de "palais" en terre crue dans le quartier central de la ville, où ils s'établirent pour la vie. Elle n'eut pas de mal à dissuader Yakouba de donner suite à son projet de devenir pêcheur. A l'instigation de celle-ci, il alla offrir ses services au commandant de la place qui lui obtint un emploi d'interprète. C'est à ce titre que, quelques mois plus tard, il suivit une colonne militaire à Araouane à environ six jours de marche au nord de Tombouctou. A son retour, Salama mettait au monde leur première fille, Diarah. Elle devait encore lui donner de nombreux enfants, Youssoufou, Paul, Marcelle, Henri, Louis, Adah, etc... Il saisit, peu après, l'occasion d'accompagner un détachement méhariste aux salines de Taoudéni, à quelque huit cents kilomètres au Nord de Tombouctou, pour y escorter l'azalaï, la grande caravane d'hiver partant assurer le transport des barres de sel. Il en rapporta une description du site et du travail de la main d'oeuvre employée par les salines.

Vers 1908, Yakouba fut nommé commandant de Goundam, à environ 80 kilomètres à l'Ouest de Tombouctou, où il resta deux ans. Salama ne s'y installa pas mais lui fit, avec ses enfants, de nombreuses visites. Vers 1928, il participa -faisant fonction d'officier du service des renseignements - à une colonne envoyée en renfort contre une bande Senoussis venus de Tripolitaine et se dirigeant vers Agadès, mais avec laquelle le contact ne fut jamais établi. -Il devint le plus ancien fonctionnaire blanc et le plus vieux citoyen français de Tombouctou. Tous le respectaient et l'admiraient. Il finit en patriarche dans la ville qu'il avait tant aimée, entouré de sa femme et de leurs nombreux enfants.

                                                               

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Le charme caché de Tombouctou :

Les impressions que laisse Tombouctou à ceux qui y ont vécu ou qui y sont passés sont curieusement contradictoires. Certains n'y voient qu'une petite ville africaine sale et, dans l'ensemble, assez banale, dont la population, en majorité sonrhaï, rappelle celle d'autres villes de la Boucle du Niger. Qu'ils en aient trop attendu, ou qu'ils n'aient pas su ou pas eu l'occasion de s'imprégner de son ambiance particulière, ils expriment surtout leur déception.

D'autres en reviennent complètement charmés et conquis. Ils ne tarissent pas d'éloges sur cette ville phare, cette ville port, à la lisière sud du Sahara, point de contact entre les lettrés sonrhaï ou maures et le monde nomade, entre le fleuve et ses pirogues, le désert et ses caravanes. Ils sont captivés par ses deux grandes mosquées de terre qui défient les siècles et que la population recrépit chaque année au cours de grands rassemblements, ils s'extasient devant la richesse des bibliothèques arabes des principaux lettrés, ils se laissent impressionner par l'allure majestueuse de Mohammed Mahmoud, Cadi des Ahel Araouane, par son grand boubou brodé et son long bâton incrusté d'argent, par son langage habile à interpeller et à séduire les personnalités de passage... Ils vont jusqu'à évoquer, au sujet de Tombouctou, une ville où souffle l'esprit ! une des rares villes au monde où ils accepteraient de rester vivre...

                     

                Henri Leroux (administrateur de la France d'Outre-mer)

                                                                 

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On trouve aussi sur le sujet :

 

  

 

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vers un nouvel âge héroïque ?

Publié le par Christocentrix

dédié à un ami au milieu des ruines...

 

..."Et nous, qui essayons d'être chrétien, sans renoncer à une foi politique, qu'oserons-nous proposer, indiquer à l'horizon du désir, qui ne soit objet premier du mirage? La réflexion sur Foucault nous a, bizarrement, conduit à l'idée, ou au mythe d'une légitimité révolutionnaire, d'une révolution pour instaurer l'ordre légitime et profond. Ce n'est pas que nous n'éprouvions du dégoût pour le mot de révolution. Nous savons d'expérience, comment elles se terminent toutes, et nous n'envions pour nous ni pour nos fils, les prestiges de leur commencement.

Il y aurait pire que l'usage - indirect ou adjectif - de ce mot : ce serait l'illusion que la société par nous héritée, puis empirée, est compatible avec une légitimité quelconque, qu'un État légitime peut être greffé ou plaqué sur cette désolante pourriture. Mais, si corrompue qu'elle soit par le mal universel de l'usure (plus encore que par la pornocratie et l'alphabétisme idiot), chaque enfant d'une race et d'une langue, chaque nouveau-né recommence l'énorme aventure, retrouve la chance de tous les saluts ; le tissu premier de la politique, la source et l'objet du pouvoir sauveur, c'est la naissance. Chaque naissance dans une famille est le modèle idéal et réel des renaissances nationales ; l'apparition effective d'une telle renaissance exige la conjonction (pas plus invraisemblable, certes, que celle dont la révolution marxiste ne peut théoriquement se passer : une concentration du prolétariat dépossédé, et une volonté révolutionnaire) d'un état de la corruption ploutocratique avec une décision, le rétablissement de la nature politique et du droit naturel. Que cette conjonction doive être héroïque, cela résulte de l'extrême contrainte exercée, à l'âge moderne, par l'extrême artifice, et par les techniques d'avilissement. Le noyau naturel de notre présence terrestre est attaqué de telle sorte que la nature même ne peut plus être que l'objet d'une reconquête. Que cette reconquête puisse demeurer pacifique est probablement une illusion dont les écologistes sérieux ne soutiennent pas la vraisemblance. Lorsque « l'âge de l'homme » décrit - nous l'avons vu, de manière ambiguë - par Vico, tombe, à l'occasion de l'un des ricorsi, bien au-dessous des Lumières, et produit la société d'usurpation et de mensonge que nous connaissons, il n'y a plus qu'à attendre et préparer activement le nouvel âge héroïque. Cela malgré les surprises que nulle prévision ne nous épargnera, malgré la difficulté liée à l'existence d'un autre type de corruption dans d'autres sociétés ou nations concurrentes, malgré la perte d'énergie considérable que les systèmes sociaux, comme les systèmes physiques, éprouvent au cours de tous leurs changements majeurs. Une théorie du pouvoir associée à une foi politique doit prévoir quelle entropie elle peut supporter et risquer, et quelle « néguentropie » elle apporte avec elle, comme toute décision vivante. Il doit - on est tenté de dire il va - y avoir un moment où survivre dans cet état de pourriture apparaîtra, dans un éclair comme indigne et impossible. Cette prévision ne diffère de celle des marxistes que par les sujets de l'impossibilité vécue : là où les marxistes les délimitaient comme prolétariat victime du salariat, nous reconnaissons en eux les Français (et les diverses nations d'Europe selon une modalité particulière), en tant qu'hommes empêchés de vivre naturellement, soumis à des objectifs étatiques tantôt fous, tantôt criminels. Quelques-uns parmi eux, sont capables de guetter la conjonction libératrice, mais, à l'instant élu la communauté tout entière, par l'effet de l'universelle agression qu'elle a subie, peut être capable de consentir à la décision d'initier un nouvel âge héroïque. Il ne sera certes pas celui des philosophes, nouveaux ni anciens. Les philosophes, s'ils se délivrent de leur préjugé que l'Esprit doit être sans puissance et que tout pouvoir est mauvais y pourront jouer un rôle moins absurde, finalement que celui de Platon à Syracuse. Quant aux spirituels, c'est l'un d'eux, Martin Buber, qui prophétisait la bonne modification du pouvoir en un nouvel âge : « Je vois monter à l'horizon avec la lenteur de tous les processus dont se compose la vraie histoire de l'homme, un grand mécontentement qui ne ressemble à aucun de ceux que l'on a connus jusqu'ici. On ne s'insurgera plus seulement, comme dans le passé, contre le règne d'une tendance déterminée, pour faire triompher d'autres tendances. On s'insurgera pour l'amour de l'authenticité dans la réalisation contre la fausse manière de réaliser une grande aspiration de l'aspiration à la communauté. On luttera contre la distorsion et pour la pureté de la forme, telle que l'ont vu les générations de la foi et de l'espoir. » Un « nouveau Moyen Âge » comme l'ont entrevu Berdiaeff et Chesterton ? Les ricorsi ne sont pas de pures répétitions ni même de simples renouvellements. Sûrement : une manière de rendre vaine l'opposition de l'individualisme et du collectivisme, telle qu'en usent, pour leurs courtes ambitions, les barbares et les freluquets. L'âge des héros rebâtira un pouvoir ; il n'est pas de grand siècle du passé qui ne se soit donné cette tâche : même aux âges simplement humains, où les familles, lassées de grandeur, confiaient à quelque César leur destin, à charge de maintenir le droit commun, le pouvoir reconstruit gardait quelque saveur du monde précédent. Notre société n'a que des banques pour cathédrales ; elle n'a rien à transmettre qui justifie un nouvel « appel aux conservateurs »; il n'y a, d'elle proprement dite, rien à conserver. Aussi sommes-nous libres de rêver que le premier rebelle, et serviteur de la légitimité révolutionnaire, sera le Prince chrétien."

            

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Pierre Boutang, Reprendre le pouvoir, Sagittaire, 1977.



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vanité de l'impuissance, impuissance de la vanité.

Publié le par Christocentrix

Les infidèles déclarent la guerre au Seigneur du Ciel et de la Terre, telles des feuilles sèches contre le vent des montagnes.

Contre qui déclarez-vous la guerre, insensés ? Contre Celui qui par Sa pensée allume le soleil, et de Son bâton mène les troupeaux de soleils et d'étoiles ? En vérité, moins risible est la guerre que les saules déclarent aux tonnerres, et les carpes aux terrifiants condors !  Vous avez forgé des armes avec lesquelles vous vous exterminez les uns les autres, et vous vous êtes soulevés avec les mêmes armes pour Le combattre. Mais voyez, Il peut, Lui, marcher sur vos épées comme sur une mousse tendre. Il ne craint pas davantage vos citadelles et vos tombeaux.

Vous avez créé d'infimes paroles avec lesquelles vous vous injuriez et vous humiliez les uns les autres, et vous pensez qu'avec vos toutes petites paroles vous allez humilier Celui qui seul sait ce qu'une parole veut dire et d'où elle vient ? Voyez, Il vous a créé une glotte dans la gorge, Il vous a élargi les poumons sous la glotte, et Il vous a ouvert la bouche et vous a lié la langue dans la bouche. En vérité, moins risible est le soulèvement des flûtes contre leur maître dans la boutique où il les vend, et celui des cordes sur la harpe contre la main qui les pince.

Vous faites la guerre non à Dieu mais à vous-mêmes, et Dieu, avec compassion, regarde votre suicide. Les feuilles sèches proclament la guerre contre les roues de bronze ! Et plus votre guerre dure contre Lui, plus Il se retire de vous sans tarder. Le Seigneur retire de vous Sa force, Sa beauté, Sa santé, Sa sagesse et Sa félicité. C'est ainsi que le Seigneur Très Haut mène la guerre contre Ses adversaires. Que reste-t-il de vous, combattants acharnés, quand le Seigneur vous retire ce qui est à Lui ? Ne reste-t-il donc pas impuissance, laideur, maladie, absurdité et malheur ? Le Seigneur ne vous reprendra rien de ce qui est à vous. Or ce qui est à vous, c'est l'impuissance. Et quand Il retirera Sa puissance, dont vous avez mésusé, il vous restera seulement votre impuissance mortelle, dont on ne peut ni user ni mésuser.

Le Seigneur arrachera de vous Sa beauté et les grenouilles s'enfuiront la tête la première loin de votre laideur. Le Seigneur arrachera de vous Sa santé, et votre sang se transformera en sanie, et vous serez une odeur agréable aux vers, une odeur à qui les villes fermeront leurs portes. Le Seigneur vous reprendra Sa sagesse, et dans votre insanité vous parcourrez les marais, et vous vous querellerez avec les grottes. Sa félicité et Sa paix, le Seigneur les rappellera à Lui, et les sources auront peur et s'enfuiront de votre tourment ; et la vigne sur la colline sèchera de votre malheur, et dans le champ la terre restituera son fruit à la terre. C'est ainsi que le Seigneur Très Haut fait la guerre à Ses adversaires.

Comme un enfant, Il est incapable de faire du mal. Et Il ne rend pas le mal pour le mal, car Il est dépourvu de mal. Mais Il rassemble seulement Ses bonnes offrandes et quitte avec elles celui qui grince des dents contre Lui. Et le Seigneur abandonne les infidèles à eux-mêmes. Et ils se décomposent comme un arbre vermoulu, d'où la sève est sortie et où les vers courent en quête de nourriture comme dans une maison abandonnée. Il est en ainsi du peuple qui déclare la guerre au Donateur de Vie.

À mon peuple, j'ai dit :« Souviens-toi de cela : telle est la victoire du Donateur de Vie et telle est la défaite des impies. » 

                                        saint Nicolas de Jitcha et d'Ohrid 

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Nicolas Vélimirovitch (1880-1956), le "Chrysostome serbe" a été canonisé en 2003. Il est aussi l'auteur d'une oeuvre écrite impressionnante. Le texte présenté ici est extrait de "Prières sur le Lac", traduit et édité aux éditions l'Age d'Homme, 2004. 

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souvenirs du député Léon Daudet

Publié le par Christocentrix

"Le 16 novembre 1919 j'ai été élu, au scrutin de liste, député du troisième secteur de Paris. Entendons-nous bien, député ROYALISTE, et au cri de « Vive le roi ». Ce fut, chez les républicains, une stupeur générale. On n'imaginait pas qu'un tel événement fût possible. Le pauvre cardinal Amette, respectueux serviteur des décisions de Clemenceau, alors président du Conseil et de son entourage, avait recommandé à ses ouailles de voter « sagement », c'est à dire pour la liste Millerand, dite d'union nationale, mais d'où les royalistes, ces pestiférés, étaient exclus. Fidèle interprète des désirs gouvernementaux, le cher Alfred Capus, alors directeur d'un Figaro encore influent, nous avait laissé tomber, mes amis et moi, dans un entrefilet assez perfide qui lui valut, de ma femme, cette remarque sévère : « Capus, je vous croyais un ami, vous n'êtes qu'un convive. » Comme bien d'autres, Capus, causeur incomparable, dramaturge amusant, écrivain délicat, était fourvoyé dans la politique; et sa collaboration directoriale au Figaro, non encore saboté par le falot parfumeur François Coty, s'en ressentit. Mon élection, après une campagne électorale des plus vives, fut saluée par les cris de fureur de la presse du gauche, notamment de L'Oeuvre de Gustave Téry, ancien normalien, tombé dans la crotte, aujourd'hui crevé, lequel ne me pardonnait pas d'avoir dénoncé ses louches allures du temps de guerre. À entendre ces aimables garçons, je ne pourrais siéger au Parlement, où mes collègues me couperaient la parole et me rendraient la vie impossible. Or, non seulement je siégeai sans discontinuer, au Palais-Bourbon, pendant quatre ans et demi, mais encore je dis à la tribune, et de ma place, exactement tout ce que je voulais dire, sans me laisser arrêter par aucune autre considération que l'intérêt primordial de la patrie. En outre, j'appris à connaître incomplètement encore, mais de près, ces larves parlementaires que sont un Millerand, un Poincaré, un Barthou, qu'était un Briand ; ces êtres éloquents et gentils, mais inconsistants, dénués de caractère à un point inimaginable, que sont un Tardieu, un Boncour, un Herriot ; l'impossibilité où ils se trouvèrent et se trouvent les quelques hommes de valeur entre 600, un Mandel, un Léon Bérard, un André Lefevre, un Maginot, un Marin, un de Seynes, un Provost de Launay, un Magne, de frayer un chemin à des lois utiles concernant la Défense nationale, le Budget, etc. Je pus constater le néant inouï de la Constitution, dénommée « La femme sans tête », si bien décrite par Charles Benoist, aujourd'hui royaliste, et des prétendus travaux parlementaires. Je me rendis compte que deux principes commandent aux assemblées démocratiques : l'ignorance et la peur. Or cette Chambre dite « bleu horizon » et qui, par nombre de ses membres, sortait de la fournaise de quatre années d'une guerre atroce, était bien disposée, pleine de bonne volonté ; les députés des provinces recouvrées lui apportaient un élément d'enthousiasme, qui eût pu donner des fruits admirables. La plupart de mes collègues, sur tous les bancs, étaient d'honnêtes gens, assez bêtes, mais bons. Qu'en conclure, sinon que le régime républicain lui-même, dans sa formule et dans les faits, est incompatible avec la prospérité, la conservation, le salut de la France. À l'heure où j'écris, tout homme de bonne foi doit conclure à l'antinomie fondamentale de la Patrie et de la démocratie.

Cavour a dit, dans une formule fameuse, qu'il préférait une Chambre à une antichambre. Il signifiait par là son mépris des courtisans, chambellans et autres parasites de la monarchie. Or l'antichambre, si insupportable qu'on la suppose, n'a pas empêché Sully, Richelieu, Mazarin, Colbert, Louvois, Talleyrand, Villèle, et Cie . Elle leur a mis des bâtons dans les roues. En fin de compte, elle a dû leur céder. Au lieu que la Chambre ne peut supporter aucune supériorité au gouvernement, ne peut tolérer aucune continuité dans les déterminations graves, portant, au-dedans comme au-dehors, sur quarante, cinquante, soixante ans. À peine est-on entré dans ce club, matériellement amusant et bien tenu, qu'est le Palais-Bourbon, que l'on s'en rend compte. 

Le 7 décembre 1919 donc, il faisait un joli temps d'hiver, gris et sec. Je me dirigeai vers la Chambre en suivant le boulevard Saint-Germain. Comme j'arrivais rue de Bourgogne, je vis passer à toute allure l'automobile du Père la Victoire. Il était rose et replet, sûr de soi, tel que trente-quatre ans auparavant, dans les bureaux de la Justice, entre Pelletan, Müllem, Martel et Geffroy. Ce souvenir de ma jeunesse me poursuivit jusqu'à mon vestiaire, où je déposai réglementairement mon paletot, ma canne et mon chapeau. Il contenait, à l'intention de son destinataire, deux gros livres brochés en bleu : le règlement de M. Eugène Pierre, présent inestimable que je me promis de lire avec soin. La plupart de mes nouveaux collègues m'étaient inconnus. Le cher et naïf Barrès vint à moi et me dit de sa voix profonde : « Il s'agit, Léon, de mettre en commun ce que nous avons de plus excellent. » Car il croyait encore - et dru - au parlementarisme et il s'imaginait qu'à peine en séance j'allais pousser, more antiquo, des « Vive le roi » à n'en plus finir. Telle n'était pas mon intention, mais je n'avais pas celle non plus de me tenir sagement à ma place, conformément au voeu de Son Éminence, le cardinal Amette.

J'avais retenu cette place à droite, bien entendu, parmi ceux de ma conviction ou du moins réactionnaires, qui étaient une trentaine environ. Je fis la connaissance de Xavier Vallat, grand blessé de la guerre, de Ruellan, de Le Cour Grandmaison, du Dr Molinié, du général de Maudhuy, du général de Castelnau, de Coucoureux. Provost de Launay me présenta Taittinger, qui avait la mine ouverte, rose et timide comme une jeune fille. Puis je serrai les mains d'Engerand, député du Calvados, esprit aimable, érudit et fin, de Méritan d'Apt en Provence, du poète exquis Xavier de Magallon, de maître Guibal, agréables et même charmants. Je retrouvai avec plaisir Eugène Magne, l'éloquent Nîmois, avec lequel je devais me lier d'amitié. Au milieu du brouhaha, des exclamations, des estrambords, je vis venir à moi un petit homme en soutane, replet à la mine alerte, aux yeux rieurs, aux lèvres minces, qu'il humectait constamment de sa langue pointue : l'abbé Wetterlé. Il s'était détaché du groupe de ses copains, où il y avait deux autres prêtres : l'abbé Müller, rond et glabre comme une pomme de terre, que l'on sentait farci de méfiance, et l'abbé Hackspill, jeune, brun, aux yeux pleins de feu. L'abbé Wetterlé me dit confidentiellement, avec un fort accent alsacien : « Glemenceau va, paraît-il, nous vaire une atmonestation... enfin, oui, un petit laïus. Ce sera le glou de la zéance. » Par la suite je devais converser souvent avec ce chic bonhomme, qui avait siégé au Reichstag, connaissait les Boches à merveille et comparait les parlementaires de Paris à ceux de Berlin : « Brind, mais c'est Pülow, c'est exactement Pülow », répétait-il en croisant ses petits bras derrière son dos.

À ce moment, je me trouvais debout dans l'hémicycle et Paul Deschanel, président de la Chambre précédente, passa. Je l'avais souvent blagué, sans méchanceté et appelé Poldéchanelle, l'ayant connu dans les milieux républicains, où il avait joué les Chérubin, puis les Don Juan : « Bonjour Daudet », me dit-il en me tendant la main. Derrière lui venait François Arago, chef de l'Entente, c'est-à-dire de la majorité, influent, très brave type, conscient de son importance et qui m'expliqua qu'il s'était foulé le pied quelques jours auparavant. Puis, soudain, un silence. Clémenceau venait de faire son entrée. Il avait ses gants gris et, dans l'allure, de la grandeur. Il ne s'imaginait certes pas que, quelques mois plus tard, il entrerait dans l'obscurité par la porte large ouverte de l'ingratitude de ce peuple français qu'il avait sauvé. Il salua, en termes excellents, les représentants d'Alsace et de Lorraine.

La séance proprement dite commença. On vit monter à la tribune un gnome, chevelu et bossu, de conte allemand, avec une barbasse noire énorme, court sur pattes, pareil à ces « puzemänner » qui, dans les légendes de Hartz, vont, la nuit, chargés d'une cruche aussi grande qu'eux, nettoyer les cabinets des fermiers bienfaisants. C'était Alexandre Varenne qui venait comme on dit, tâter l'eau. À peine avait-il posé son poil recourbé sur le marbre de la tribune qu'une voix de stentor, celle du prince Murat, s'éleva: « T'as pas fait la guerre. Fous le camp salaud ! » Interloqué, mon Alexandre tourna la tête et les capilles du côté de l'interrupteur grand, solide, au calme visage puis dégringola de son perchoir, au milieu des rires, sans demander son reste. Ça commençait bien! De mon côté je hurlais de toutes mes forces : « La parole n'est pas à vous. La parole est à la France. » Ce qui n'avait pas grande signification, mais ce qui plut. Le tapage devint infernal. Un nouveau gnome apparut à la tribune, pareil à un oursin à lunettes : Albert Thomas. Ce fut mon tour de le gauler comme une noix. « Bonnet rouge! » lui criais-je par deux fois. Il se tut, comme accablé, s'attendant à un étalage public de ses relations avec Almereyda. Pour la troisième fois je repris « Bonnet rouge! ». Alors Thomas fit son Varenne et descendit, sur ses petites guibolles, « grivelées comme saucisses », rejoindre les gaillards de gauche atterrés. Il prit le chemin de Genève aussitôt. Il y cueillit une prébende de 600 000 francs par an. Nous ne le revîmes plus parmi nous. Barrès me fit, en riant, des semblants de remontrances : « il ne faut pas gâcher nos positions. » Hélas, ces positions étaient nulles, et c'était l'étonnant Aristide Briand, broussailleux, pelliculaire, mais, à cette heure-là, furtif, qui avait raison quand il lui disait, en écendrant sa cigarette : « Nous gardons les cadres... Les cadres, c'est-à-dire la Sûreté générale et les préfets, ses émissaires et ses esclaves.»..."

                                                                  

                                                                         *

Léon Daudet, Souvenirs et polémiques.

Léon Daudet (1867-1942), député royaliste à la Chambre des députés.

 

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quatre lieutenants français

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Soutane noire, béret rouge

Publié le par Christocentrix

L'auteur de Soutane noire et Béret rouge, l'aumônier parachutiste Paul Jeandel est né le 11 mai 1921, à Vaudemont, en Lorraine. Sa vocation de prêtre, l'amène à entrer au petit séminaire de Bosserville. Son esprit scientifique et une vocation affirmée l'encouragent à choisir un ordre enseignant, l'Oratoire. Paul Jeandel fera le noviciat, puis le scolasticat de l'Oratoire, d'octobre 1940 à juillet 1948. Ses études théologiques se poursuivront, conjuguées avec celles qui lui apporteront sa licence de mathématiques, interrompues seulement par son service militaire au 25ème d'artillerie à Thionville en 1946-1947.

Paul Jeandel est ordonné prêtre le 5 juillet 1948.Soutane noire béret rouge

Après une année scolaire au collège St-Erembert, à St-Germain-en-Laye, en 1948-1949, le R. P. Jeandel, à qui les fonctions de professeur et d'économe n'apportent pas un rythme de vie assez actif, sollicite de son supérieur l'autorisation de devenir un aumônier militaire. Le 1/2/1950, il est aumônier de la division de Constantine et le 30 mai il est breveté parachutiste.

Quelques mois plus tard, c'est le départ pour l'Indochine.  Là, l'aumônier militaire Paul Jeandel donne la mesure de ses qualités d'homme et de prêtre. Il est avec les parachutistes dans tous les combats du Tonkin, étayant leur moral, transportant les blessés et assistant les mourants. Son courage souriant fait merveille à Hoa-Binh, en pays Thaï, dans le Ba-Vi, à Phat-Dien, à Vinh-Yen et à Viet-Tri.

Le 17 octobre 1952 il est parachuté avec le bataillon du Commandant Bigeard à Tu-Lê (Pays Thaï). A l'occasion de ce vingtième saut qui est aussi son troisième saut d'opération, l'aumônier Jeandel sera capturé par les Vietminhs, pour n'avoir pas voulu abandonner les blessés. Sa captivité durera jusqu'au début de septembre 1954.

Après de longs mois d'hôpital il reprendra son ministère d'aumônier militaire et en juin 1955 il sera aumônier principal des parachutistes et directeur de l'Entraide Parachutiste.

Trois citations pour le service de la France en Indochine. La dernière lui a valu la croix de chevalier de la Légion d'honneur :

Aumônier militaire qui a donné le plus bel exemple d'esprit de sacrifice au cours des combats menés par le 6ème R.P.C. le 20 octobre 1952 à Tu-lê (pays Thaï). Volontaire demeuré à l'arrière-garde de l'unité aux prises avec des forces adverses très supérieures en nombre, s'est dépensé sans compter auprès des blessés qu'il a secourus tant matériellement que spirituellement. S'est placé au premier rang des combattants parachutistes engagés à Tu-Lê et sur la Rivière Noire, du 16 octobre 1952 au 24 octobre 1952.

Le cas de conscience du prêtre-soldat prisonnier évoqué par l'aumônier Jeandel dans les chapitres qu'il consacre à sa vie de captif dans les geôles vietminh et les violents débats intérieurs dont il a dû triompher, fait de « Soutane noire et Béret rouge » un remarquable témoignage. (Editions de la Pensée Moderne, 1959).

 
soutane-noire-beret-rouge-2.jpg
                                                               
                                                                  *

une interview archives vidéos INA ici :

http://www.ina.fr/art-et-culture/litterature/video/CPF86644611/un-aumonier-parachutiste.fr.html#

 

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combat invisible

Publié le par Christocentrix

« Un intellect spirituel, écrit saint Jean Climaque, est toujours revêtu d'une sensibilité spirituelle. Comme elle est en nous et en même temps n'y est pas, nous ne devons jamais cesser de la rechercher. Et quand elle apparaît, les sens extérieurs cessent d'eux-mêmes leur propre activité. Il savait cela, le sage qui a dit : " Alors tu découvriras un sens divin " (Prov., 2, 5) 10. »

En disant qu'« elle est en nous et en même temps n'y est pas », Jean Climaque nous laisse entendre que cette sensibilité spirituelle, toujours présente dans l'homme, connaît cependant des modalités diverses et est appelée à se développer; elle se confond d'abord avec la conscience morale, qui est déjà une connaissance instinctive du bien et du mal; mais, à mesure que l'âme se purifie et qu'en elle l'image divine devient « ressemblance » sous l'action de l'Esprit-Saint, cette sensibilité s'éveille davantage et permet à l'homme de percevoir la saveur ou le parfum du bien, et, par contraste, la puanteur du mal; elle lui donne par là même l'élan et la force nécessaires pour agir. La citation du livre des Proverbes, d'après une ancienne version grecque, nous renvoie à la doctrine des « sens spirituels » élaborée par Clément d'Alexandrie et Origène, et reprise par Macaire d'Égypte, Grégoire de Nysse et Diadoque de Photicé. Ces maîtres spirituels, qui comptent parmi ceux qui ont eu le plus d'influence dans les Églises de langue grecque, enseignaient en effet que, de même que « l'homme extérieur » possède cinq sens corporels, l'« homme intérieur », l'« homme caché du coeur » (expression biblique, cf. 1 Pierre, 3, 4), qui s'identifie avec le noûs, appelé aussi dans ce contexte esprit (pneuma), intelligence (dianoia) ou faculté maîtresse (hégémonikon) de l'homme, est doué d'une sensibilité (aisthèsis) que l'Esprit-Saint éveille en lui et qui le rend réceptif à ses inspirations. L'âme, recueillie à l'intérieur d'elle-même par l'attrait divin, n'est plus atteinte alors par les bruits et les sollicitations du dehors; c'est en ce sens que, comme le disait Jean Climaque. « Les sens extérieurs cessent d'eux-mêmes leur propre activité. »

Une telle psychologie est évidemment fort éloignée des théories généralement reçues dans le monde contemporain. On ne saurait, certes, trouver illogique qu'un psychologue matérialiste et athée ne voie en chaque homme qu'un individu qui serait irrésistiblement dominé par ses pulsions de désir, surtout sexuel, et d'agressivité (qui, chez lui, ne bénéficient pas de la régulation de l'instinct comme chez les animaux), si les interdits posés de l'extérieur par son entourage humain ne le rendaient peu à peu sociable. Dans cette hypothèse, la conscience morale ne pourrait être par ses origines, comme on l'a dit, que « de l'angoisse sociale, et rien de plus ». Tout autre est, selon les Pères, l'origine de la conscience et la source de la morale. Certes, ils étaient conscients de la présence dans l'homme déchu des pulsions déréglées de désir et d'agressivité qui jaillissent de ces deux parties de l'âme qu'ils nommaient le concupiscible et l'irascible, et ils attribuaient à la partie supérieure de l'âme (noûs), lorsqu'elle est infectée par le péché, des vices comme la vaine gloire, l'orgueil ou l'insensibilité spirituelle. Mais ils savaient que, parce que l'homme est créé à l'image de Dieu, il existe toujours en lui, peut-être enfoui profondément au fond de son coeur et recouvert par la « rouille » des passions, un sens moral, une aspiration vers le bien que la grâce divine, si elle est appelée par le repentir, peut venir fortifier. C'est sur cette conviction qu'était fondé le solide optimisme de saint Antoine le Grand : « Ne craignez pas en entendant parler de vertu, ne vous étonnez pas du nom. Elle n'est pas loin de nous, elle ne se forme pas hors de nous, l'oeuvre est en nous, elle est facile, pourvu que nous voulions. Les Grecs voyagent et passent la mer pour étudier les lettres. Nous n'avons pas besoin de voyager pour le Royaume des cieux, ni de passer la mer pour la vertu. Nous devançant, le Seigneur a dit : Le Royaume des cieux est au-dedans de vous (Luc, 17, 21). La vertu n'a donc besoin que de notre bon vouloir, puisqu'elle est en nous et se forme de nous. Si l'âme conserve sa partie intelligente conforme à la nature, la vertu se forme. Elle est selon la nature quand elle demeure comme elle a été faite, car elle a été faite belle et droite. Pour l'âme, être droite, c'est avoir l'intelligence selon la nature, comme elle fut créée; mais lorsqu'elle dévie et se met en distorsion par rapport à la nature, alors on parle de vice de l'âme. La chose n'est donc pas difficile; si nous demeurons tels que nous avons été faits, nous sommes dans la vertu, mais si nous méditons des choses mauvaises, nous sommes jugés mauvais. Si la chose devait être cherchée au dehors, ce serait difficile, mais, puisqu'elle est en nous, gardons-nous des pensées impures et gardons notre âme au Seigneur comme ayant reçu un dépôt, afin qu'il reconnaisse son oeuvre, la trouvant telle qu'il l'a faite. » ...

 

                                                                 *

Par le baptème, l'homme a été délivré de la captivité du démon. L'inclination vers le mal, les tentations, n'ont plus pour lui le caractère nécessitant de ce que l'apôtre Paul appelait la "loi du péché" (cf. Rom., 8, 2), qui, malgré les remords de sa conscience, l'entrainaient irrésistiblement vers le mal. L'Esprit-Saint qui désormais habite dans son coeur éveille en lui une attirance efficace vers Dieu et les choses qui plaisent à Dieu, attirance qui le fortifie contre les séductions du mal et le rend capable, s'il y consent, d'y résister victorieusement. Néanmoins, ces séductions demeurent, et le baptisé continue à en ressentir l'attrait. Son coeur demeure ainsi le lieu d'un combat redoutable entre les sollicitations de l'Esprit-Saint et les « pensées » (logismi) mauvaises, le terme de logismos désignant dans le vocabulaire des Pères les mouvements intérieurs, les attraits et les pensées qui entraînent vers le mal. Il se déroule en nous un combat spirituel plus ardu que la guerre visible, disait Philothée le Sinaïte. Macaire d'Égypte nous révèle les dimensions de ce combat redoutable : « Celui qui renonce véritablement au monde, qui s'est arraché aux vaines convoitises, aux plaisirs charnels, à la gloire, au pouvoir, aux honneurs humains, qui s'en éloigne de tout son coeur, celui-là découvre en lui-même des ennemis secrets, des passions cachées, des attaches invisibles, une guerre occulte, une lutte et un combat dissimulés. Alors il implore le Seigneur et reçoit du ciel les armes de l'Esprit, comme le dit le bienheureux Apôtre : " La cuirasse de justice, le casque du salut, le bouclier de la foi, le glaive de l'Esprit " (Eph., 6, 14 s.). Ainsi armé, il pourra résister aux manoeuvres secrètes du Malin (Eph., 6, 11). »

« La plupart des hommes qui veulent pourtant plaire à Dieu, par défaut de connaissance véritable, ne fatiguent que leur chair. Mais c'est par l'esprit, par les pensées et par les vouloirs intimes et secrets, qu'il faut que l'homme de Dieu combatte. C'est là le vrai combat selon Dieu de l'âme contre les multiples suggestions invisibles des puissances mauvaises. " Nous n'avons pas, est-il écrit, à combattre contre le sang et la chair, mais contre les Principautés et les Puissances "(démoniaques) (Eph., 6,12). Or ces esprits du mal, invisibles et incorporels, l'emportent sur les ennemis visibles autant que l'âme invisible et incorporelle l'emporte sur l'épaisseur des corps. Il doit donc y avoir dans l'homme intérieur un combat et une lutte invisibles et incorporels. Ce combat, nos Pères l'ont mené dès l'origine, bien qu'ils aient paru extérieurement semblables au reste des hommes. » (Saint Macaire d'Egypte, Homélies spirituelles, L'Homme créé à l'image de Dieu).

                                                                  -     

extrait de "Corps, Ame, Esprit" par le Père Placide Deseille. (Mercure Dauphinois, 2004).

 

 

 

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Racines, origines et identité des Européens

Publié le par Christocentrix

 "Aussi antique soit-elle, la culture du bronze n'est pas la première en Europe. Elle a été précédée sur notre espace géographique par une autre culture beaucoup plus ancienne encore, celle des gravures et peintures « préhistoriques », enfantée par des peuples qui sont nos ancêtres les plus éloignés dans le temps.

Illustrée par le bestiaire magique de la grotte Chauvet, au bord de la vallée de l'Ardèche, cette première grande culture européenne a plus de 30 000 ans. Ses représentations pariétales les plus nombreuses et les plus étourdissantes de beauté sont localisées du Rhône aux monts cantabriques, mais on en voit les manifestations partout, en Allemagne, en Bohême, jusque dans l'Oural avec les peintures de la grotte de Kapova. Par son ancienneté et son homogénéité dans la peinture ou les gravures de toute sorte, cet art animalier d'inspiration religieuse est spécifique à l'Europe et à elle seule. La production d'objets de même facture esthétique, armes en silex taillé, propulseurs de harpons en os ou en bois de cervidé gravés, s'étend, elle aussi, des Pyrénées à l'Oural, sur ce qui sera l'aire originelle des futurs Indo-Européens.

L'étonnant dans cette première culture européenne, ce n'est pas seulement son étendue spatiale, mais aussi sa durée, au moins deux cents siècles, une éternité. Elle s'est manifestée d'environ 32 000 à 12 000 ans avant notre siècle, et ne s'est éteinte que voici une douzaine de milliers d'années.

histoire et traditions des européens

La culture des chasseurs artistes des grottes ornées se serait maintenue au moins pendant 20 000 ans. La cause de sa disparition s'expliquerait par la fin de la dernière période glaciaire, par d'importantes modifications du climat, donc de la flore, de la faune et du mode de vie. Sur les territoires de l'Europe occidentale, la taïga arbustive allait céder peu à peu devant les forêts de feuillus et les prairies naturelles. Mais elle ne disparut pas. Au cours des millénaires de réchauffement, elle migra vers le nord de l'Europe, pour se maintenir dans l'actuelle Iakoutie sibérienne et la Laponie scandinave. Une partie des peuples chasseurs de rennes aurait suivi cette lente migration vers le nord. D'autres se seraient maintenus sur leurs anciens habitats, s'adaptant aux changements du climat, du biotope et de la faune. Abandonnant la chasse du renne, ils ont peu à peu inventé l'élevage, la domestication des animaux et l'agriculture, se faisant les acteurs de la « révolution néolithique ». Très lentement, au cours d'une transition de plusieurs millénaires, ils échangèrent peu à peu leurs anciennes croyances et leurs rites religieux liés à la chasse pour de nouvelles représentations liées à la terre, aux troupeaux, aux récoltes et à la fécondité saisonnière. Mais les divinités chasseresses ont cependant survécu, laissant des traces jusqu'aux périodes historiques..

Nous qui sommes des hommes « historiques », imprégnés jusqu'à la moelle par la constance et la rapidité des changements au cours des quatre derniers millénaires, il nous est difficile d'admettre que nos très lointains ancêtres aient pu traverser des millénaires sans connaître apparemment de changements notables. Quinze mille ans au bas mot séparent les dessins de la grotte Chauvet et les fresques géantes de Lascaux. Or, ce que représentent ces figurations est, pour l'essentiel, analogue. Le réalisme puissant de leurs artistes est apparenté. Certes, on peut relever des différences de style ou de choix dans les représentations animales. Mais les analogies sont beaucoup plus évidentes que les différences. Cela signifie que des peuples frères se sont maintenus sur place pendant des millénaires, reproduisant la même culture artistique, elle-même reflet direct d'une certaine âme collective, d'une même vision du monde, d'une même relation à la nature, d'une même conscience religieuse. On ne peut exclure cependant que ces peuples aient vécu des cycles passant par la naissance, l'apogée et la décadence d'une culture dont Chauvet serait l'expression, alors que Lascaux pourrait être celle d'une renaissance ou d'un cycle ultérieur.

Si l'on en croit les paléontologues, ces peuples sont frères de l'homme de Cro Magnon, lequel ne présente aucune différence morphologique notable avec l'Européen actuel. Même si les informations manquent pour rattacher précisément les chasseurs de cette époque à aucun groupe présent, une partie de leur descendance s'est vraisemblablement maintenue en Europe après la fin de la période glaciaire, formant le substrat de son peuplement. Malgré tous les changements entre cette période et la nôtre, quelque chose d'essentiel s'est pourtant maintenu, ainsi que l'a dit à sa façon Ernst Jünger dans Le Nœud gordien : « Si l'art des chasseurs des premiers âges nous émeut tant et nous parle un langage plus fort que celui de l'Orient ancien ou même récent, c'est sans doute un signe qu'y vivent l'esprit de notre esprit, la liberté de notre liberté... »


origines-Europe.jpg

«....la datation au radiocarbone 14 , associée à d'autres instruments, a entraîné une révision par le haut des anciennes chronologies établies jadis par comparaison avec celles de l'Égypte ancienne et de la Mésopotamie. On a découvert par exemple que le néolithique (agriculture) dans les îles Britanniques n'avait pas commencé comme on le croyait après -2000, mais dès le début du IVème millénaire. Ainsi, l'origine du sanctuaire mégalithique de Stonehenge III est apparue plus ancienne d'un millénaire (vers -2200) qu'on ne le pensait. Dans un ouvrage retentissant qui synthétisait ces nouvelles approches, Colin Renfrew écrivait : « Ce que l'on considérait comme des innovations de l'Orient méditerranéen, transmises à l'Europe par diffusion, se révèle aujourd'hui de date plus ancienne en Europe qu'en Orient. Tout le cadre diffusionniste s'écroule et, avec lui, les hypothèses qui ont fondé l'archéologie préhistorique depuis près d'un siècle » (Le diffusionnisme postulait que la « civilisation », née dans l'Orient ancien, s'était diffusée ultérieurement en Occident ...). De nombreux phénomènes que l'on avait attribués à des influences extérieures se sont révélés être autochtones. L'obligation de reculer de 1000 à 2000 ans la datation de la plupart des sites de la protohistoire occidentale a totalement modifié l'idée que l'on se faisait des premières vagues de l'expansion indo-européenne. Elle contraignait aussi à réviser la chronologie des cultures auxquelles ces migrations avaient donné naissance. Depuis la « révolution » du carbone 14, on a fortement reculé dans le temps, au-delà du Vème millénaire, l'époque du dernier habitat commun des Indo-Européens.

 Ces avancées intéressantes ne permettent pas pour autant de localiser avec certitude le foyer formateur de la langue mère ni l'habitat commun ayant précédé les différentes dispersions. Retenons donc pour ce qu'ils valent les acquis de la paléontologie, de l'archéologie, de la linguistique et des sciences annexes. Ils prouvent une grande stabilité du type anthropologique des populations européennes sur 30 ou 40 000 ans, c'est-à-dire depuis l'homme de Cro Magnon. Les Européens d'aujourd'hui ne diffèrent pas sensiblement de ces lointains ancêtres. À une époque très ancienne, remontant vraisemblablement à plus de 10 000 ans, quelque part dans le vaste espace entre Rhin et Volga, au sein d'une population spécifique et nécessairement homogène, s'est cristallisée la langue que les linguistes appellent pré-indo-européenne et qu'ils ont reconstituée. Au fil du temps, cette langue a gagné de proche en proche un cercle de populations de plus en plus vaste. Bien qu'il n'y ait pas unanimité sur ce point entre spécialistes, l'analyse linguistique permet de penser qu'une première dispersion s'est produite vers le Vème millénaire, par la migration de peuples indo-européens vers le sud-est, l'Asie Mineure et au-delà. Les migrateurs conquérants seraient à l'origine d'un groupe oriental de plusieurs langues indo-européennes attestées historiquement, hittite, indo-iranien (hindi, sanscrit), tokharien, etc. Simultanément, un groupe occidental aurait évolué de façon autonome, donnant également naissance à plusieurs langues historiques : italique (latin ancien), grec ancien, germanique, celte, balte, slave, etc.

Dans l'avenir, découvertes et travaux apporteront certainement des correctifs importants aux schémas et thèses élaborés par les archéologues à la fin du XXème siècle....»

                                                                    *

 (extraits de " Les Origines de l'Europe ", par Colin Renfrew ( Flammarion 1983) et de "Histoire et traditions des Européens, 30.000 ans d'identité ", par Dominique Venner, édit. du Rocher 2002).                                                

                                                                   -

Sur la question on peut aussi consulter :

 
origines-ethniques-europeens.jpg
 
 
racines-europeens.jpg
 

liens :

http://www.arbre-celtique.com/etude/01-origines/origines.php

http://www.eupedia.com/europe/origines_haplogroupes_europe.shtml

 

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les Indo-Européens

Publié le par Christocentrix

Depuis la parution des premières éditions des travaux de Jean Haudry dans la collection "Que sais-je?" en 1979 (L'Indo-Européen) et 1981 (Les Indos-Européens), au dernier ouvrage de Georges Sokoloff (Nos ancêtres les nomades, l'Epopée des Indo-Européens) édité chez Fayard en 2011, 30 ans ont passé... Plusieurs études ont été éditées et traduites en français sur la question Indo-européenne. Thèses et hypothèses se succèdent, ranimant un vieux débat ou des polémiques, sans que le sujet semble encore épuisé. Notre propos n'est pas ici de prendre parti pour l'un ou l'autre mais seulement de faire le point sur la bibliographie en français de ces 30 dernières années...

Avant ces 30 dernières années, la bibliographie était riche en allemand, en anglais...mais relativement réduite en français. Bien-sûr paraîtront à partir des années 40 et jusqu'aux années 80 la publication des travaux de mythologie comparée de Georges Dumézil, ceux du linguiste Emile Benveniste, d'Albert Cuny ou de l'archéologue Pedro Bosch-Gimpera, qui ont leur importance. Auparavant, il y a eu les études linguistiques et ethnologiques du prof. Georges Poisson, les Aryens (1934), le Peuplement de l'Europe (1939).

La question des langues Indo-européennes est pourtant fort étudiée depuis le XIXème siècle; le terme "indo-européen" est d'ailleurs fabriqué à cette époque pour désigner une langue disparue dont nos parlers européens sont issus. La démonstration de la parenté des langues indo-européennes (donc incluant l'Iranien et l'Indo-aryen) s'est trouvée définitivement prouvée par le philologue et linguiste allemand Frantz Bopp en 1816. L'édition française de sa Grammaire comparée des langues indo-européennes, s'étale de 1866 à 1874. Dans les années 1850, la reconstruction effectuée à partir des correspondances devient un enjeu central en linguistique. Passant d'une acception qui fait d'indo-européen un adjectif, appliqué à des langues ayant certaines caractéristiques en partage, à la conviction qu'une langue unique en serait le principe, est ensuite inféré un peuple, les "Indo-Européens", dont les archéologues rêvent de découvrir le berceau. Deux éléments ont déterminé l'assignation de l'origine. Comme les langues indo-européennes sont arrivées tardivement vers l'Atlantique, leur point de départ se trouverait quelque part vers l'Est. Et puisqu'à aucun moment, l'indo-européen n'a correspondu à un empire, une explication est requise concernant son exceptionnelle diffusion. Diverses spécialités ont tenté d'inférer : l'archéologie, la paléontologie linguistique, (localisation que désignerait le recoupements des indices fournis par les termes communs désignant la faune, la flore, le relief, etc...), la prolongation de ces études par celles concernant la domestication des espèces, le développement de la métallurgie, la mythologie comparée, les structures narratives, les formations sociales (M.Müller, E.Beneviste, G.Dumézil, C.Watkins, etc...). En dépit d'efforts renouvellés, la détermination d'un peuple indo-européen primitif reste plutôt inaccessible, a fortiori, celle de son foyer d'émergence. Pourtant certains acquis sont définitifs et considérables, particulièrement l'apport de G.Dumézil.

Depuis, l'anthropologie biologique s'est invitée au débat, confortant telle ou telle hypothèse mais soulevant de nouvelles questions....

Actuellement deux grandes théories coexistent, d'une part celle de l'archéologue Marija Gimbutas, reprise et perfectionnée par J.P Mallory, et celle de C. Renfrew. La première a associé la diffuson de l'indo-européen à toute une série de cultures steppiques réunies au sein d'une même tradition culturelle des "Kourganes", caractérisée par ses rites funéraires sous tumulus, le rôle du cheval, du chariot, une structure politique hiérarchisée de type guerrière, etc...Selon cette théorie, le berceau initial se situerait entre l'Ukraine méridionale et le sud de la Russie, tandis que pour J.P Mallory, il serait dans l'aire "pontico-caspienne". C. Renfrew, de son côté, a associé la diffusion de l'indo-européen à celle du Néolithique depuis son foyer "anatolien". Depuis, les données de l'ADN ancien permettent de nouvelles approches et produira à terme une carte génétique des populations à différentes périodes, depuis le lac Baïkal, et passant par les steppes de l'Asie centrale, jusqu'à l'Europe orientale.

La bibliographie en français est devenue ainsi plus accessible, avec des essais synthétiques. Vous la trouverez ci-après par ordre chronologique puis thématique.

                                                                        

                                                                     *

 

Nos ancêtres les nomades, l'Epopée indo-européenne de Georges Sokoloff, édit. Fayard, 2012. L'idée indo-européenne bute sur un grand mystère : comment des bandes éparses de pasteurs nomades ont-elles pu imposer leur lexique et leurs moeurs à des "indigènes" si éloignés et sans doute bien plus nombreux et souvent aussi ou plus évolués que leurs envahisseurs. C'est sur ce mystère que G.Sokoloff enquète ici, se référant aux travaux les plus récents.

                                                                           

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Les Indo-Européens; faits, débats, solutions de Iaroslav Lebedynsky. Edit. Errance 2006. Réédit. en 2011.  Une première partie est consacrée aux données linguistiques, qui sont à l'origine de toute l'affaire : comment a-t-on décelé la parenté des langues indo-européennes. Quelles sont ces langues et comment se situent-elles par rapport à leur ancêtre commune ? Peut-on reconstituer cette dernière, et avec quel degré de vraisemblance ? On passe ensuite aux locuteurs de la langue-mère, et à ce que les éléments linguistiques peuvent nous apprendre de leur culture. Une large place est faite aux théories de Georges Dumézil sur la structure "trifonctionnelle" de la pensée indo-européenne. La troisième partie de l'ouvrage présente le débat archéologique sur l'identification des vestiges matériels des Indo-Européens. (Iaroslav Lebedynsky, spécialiste des peuples de la Steppe et du Caucase , enseigne l'histoire de l'Ukraine à l'Institut national des langues et civilisations orientales à Paris. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages dans la thématique indo-européenne ( "Les Cimmériens", "Les Scythes", "Les Sarmates", "Les Alains", "les Saces" , etc...).

                                                                        

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Les Indo-Européens, dossiers d'Archéologie n° 338, mars/avril 2010.

                                                                        

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Homosexualité et initiation chez les peuples indo-européens de Bernard Sergent. Payot (2005), (Ière édit.1996). Les éditions Payot & Rivages ont eu l'initiative de réunir dans ce gros volume et sous un titre commun deux ouvrages complémentaires de B. Sergent publiés respectivement en 1984 et en 1986, L'homosexualité dans la mythologie grecque et L'homosexualité initiatique dans l'Europe ancienne. Fulgurants, ces travaux ont suscité en leur temps un très grand nombre de comptes rendus et ont valu à leur auteur force louanges (surtout en France où la pratique de la mythologie comparée n'était pas considérée comme scandaleuse) et force volées de bois vert (plus particulièrement en terres anglo-saxonnes souvent très allergiques à toute approche des mythes et des rites grecs plus ou moins inspirée par les travaux de C. Lévi-Strauss).Il convient donc d'accorder lors de la relecture d'une œuvre aussi « fracassante » une très grande attention à la « postface générale » qui accompagne sa seconde publication. Certes l'auteur (p. 626-627) affirme qu'il a « bien peu de choses à reprendre » et qu'il maintient « la quasi totalité des thèses qui y sont soutenues », mais il entend toutefois remettre sur l'établi « quelques discussions soulevées par les auteurs des comptes rendus » (p. 624) et apporter un certain nombre de « compléments » suggérés par des recherches ultérieures menées personnellement. Ces retouches, car retouches il y a, l'amènent à préciser ses interprétations et à les nuancer.

                                                                             

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De l'origine des Indo-Européens de Lothar Kilian. Edit. du Seuil (2001). Edition originale : Zum Ursprung der Indogermanen, Dr. Rudolf Habelt, GmbH, Bonn, 1983). L'origine paléolithique de l'ethnie indo-européenne, attestée par l'existence, entre - 40 000 et - 15 000, en Europe et dans les régions périphériques du sud, d'une grande unité linguistique l'européen primitif (« Ureuropäisch ») est la thèse que développe cet ouvrage devenu un classique des études indo-européennes. Bien que sa traduction en français soit récente, il reflète une vision assez datée de la question indo-européenne. Son intérêt est de défendre des thèses totalement opposées à celles des ouvrages précités de J. P. Mallory et B. Sergent : unité indo-européenne repoussée jusqu'au Paléolithique, foyer nord-européen...

                                                          

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Indo-Européens de Bernard Marillier. Edit. Pardès (1999). Un B. A. BA pour nous présenter cette grande et puissante communauté qui peupla la quasi totalité de notre continent, à laquelle nous devons notre civilisation et nos parlers. Exposé des différentes hypothèses.

                                                          

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A la recherche des Indo-Européens de J. P Mallory. Edit. du Seuil, (1998). (édition originale : In Search of the Indo-Europeans, Thames & Hudson, Londres, 1989). Ce livre fait une présentation nuancée et équilibrée du problème, assaisonnée de pointes d'humour bienvenues. L'auteur adhère pour l'essentiel à la théorie des Kourganes, tout en signalant les failles qu'il croit y déceler. Contrairement au principe général, nous conseillons l'édition française, munie en postface d'une mise à jour, plutôt que l'édition originale anglo-américaine, à laquelle manquaient... tous les signes diacritiques.

Les ressemblances frappantes qui existent entre les langues romanes, germaniques, celtiques, slaves, iraniennes et indiennes, font supposer qu'il a existé autrefois une langue unique, ancêtre de tous ces idiomes et que les spécialistes nomment le " proto-indo-européen ". Mais, au-delà de ces données linguistiques, peut-on identifier et dater la population qui la parlait ? Quelle était sa situation géographique et quelle était sa culture ? Pour le savoir, il faut comparer les données linguistiques aux faits historiques et archéologiques : c'est ce que fait J.P. Mallory dans ce livre, qui est déjà un ouvrage de référence. L'auteur tente de comprendre l'héritage culturel des Indo-Européens, leurs croyances religieuses, et de reconstituer quel a pu être leur foyer originel, ainsi que le trajet de leurs migrations à travers l'Europe et l'Asie. Il n'esquive pas le rôle qu'ont pu jouer les études indo-européennes dans la création du mythe de la supériorité aryenne, auquel il oppose ce qui lui paraît être le véritable héritage des peuples indo-européens.

                                                             

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Mythes et dieux des Indo-Européens de Georges Dumézil, Hervé Coutau-Bégarie. Flammarion (1999). Un des ouvrages essentiels sur les Indo-Européens. Ces textes de Dumezil sont extrêmement rigoureux et instructifs et ce livre est l'un des piliers de la recherche dans ce domaine. Après des décennies d'ignorance, l'oeuvre de Georges Dumézil est aujourd'hui reconnue comme l'une des références majeures à laquelle doivent se reporter les historiens, les ethnologues, mais aussi "l'honnête homme" désireux de mieux comprendre la fantastique aventure des mythes et des religions des Indo-Européens, ces peuples qui se sont répandus à partir d'un foyer central, des rives de l'Atlantique Nord aux plaines de l'Inde et aux montagnes du Caucase. Se repérer dans cette oeuvre immense, dispersée à travers de nombreux livres, n'est pas facile. Georges Dumézil, peu avant sa mort, avait approuvé le principe d'un recueil destiné à servir d'initiation. Celui-ci, sans prétendre à l'exhaustivité, s'efforce de présenter les grands thèmes de la recherche dumézilienne et de dégager une leçon de méthode qui intéresse l'ensemble des sciences sociales.

De Georges Dumézil encore : Mythe et épopée I, II et III, Gallimard, 1995. (Ières édit. de 1968 à 1975), -Heur et malheur du guerrier, Aspects mythiques de la fonction guerrière chez les Indo-Européens, Flammarion, 1996. [Ière édit. PUF, 1969], -Les Dieux souverains des Indo-Européens, Gallimard, 1993.[Ière édit.1977].

                                                            

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Les Indo-Européens. Histoire, langues, mythes de Bernard Sergent,  Payot (1995). (Bernard Sergent est agrégé d'histoire, docteur en histoire ancienne et archéologie, certifié d'anthropologie biologique, chercheur au CNRS et président de la Société de mythologie française. II a publié chez Payot Les Indo-Européens (1995), Homosexualité et initiation chez les peuples indo-européens (réédition en 1996), Genèse de l'Inde (1997), Celtes et Grecs I (1999) et II (2004).

Ce livre contient le résumé des connaissances de l'époque sur l'indo-européen et les Indo-européens. Ouvrage de fond, il permet de faire le tour d'horizon de la question et regroupe des données qu'il faut sinon aller chercher dans les revues scientifiques spécialisées. L'approche est scientifique: en plus des faits établis, les hypothèses sont présentées comme telles et non comme des vérités acquises. Le mérite de cette synthèse épaisse mais passionnante est de pulvériser les âneries, approximations et fantasmes sur les indo-européens. Dans ce livre vous trouverez pour chaque problème une analyse des hypothèses en présence et une conclusion lumineuse et anti-polémique : qui sont les Tokhariens? d'où viennent les Grecs? les Celtes sont-ils apparentés aux Germains? quel nom se donnaient les Indo-européens? qui sont les Etrusques? comment les Indiens sont-ils arrivés là où ils sont?
Une réponse prudente mais sans embage est donnée à toutes les questions qui hantent les amateurs.  Les pistes de recherche récentes sont passionnantes et donnent vraiment envie de savoir où on en est aujourd'hui: le livre date de 1995, ça commence à faire un peu long. Espérons que B. Sergent trouvera le temps de réactualiser le contenu. Seul vrai défaut: la quasi absence de cartes, qui rend la compréhension parfois laborieuse même quand on connait bien l'histoire antique et qui oblige à se munir d'un (bon) atlas. Le livre s'adresse aussi bien aux chevronnés (quelle bibliographie!) qu'aux simples amateurs pour qui tout est compréhensible, sans jamais tomber dans le lieu commun ou l'anectode. Un livre de référence sérieux, pour ceux qui veulent vraiment s'informer sur la question indo-européenne. La connaissance des anciens Indo-Européens, ces hommes qui parlaient la langue d'où sont issus les différents langages constituant la vaste famille linguistique dite indo-européenne, a grandement progressé au cours des dernières décennies : leur localisation géographique et chronologique, longtemps problématique, a reçu un éclairage décisif par la prise en compte des découvertes archéologiques faites en Europe orientale et dans la Russie méridionale. L'étude de leur religion, de leurs rites, de leur culture a bénéficié de l'avancée considérable due à l'oeuvre de Georges Dumézil, aujourd'hui poursuivie par le grand nombre d'auteurs que ses travaux ont inspirés. Enfin, la linguistique elle-même ne cesse de progresser, moins par la découverte de nouvelles langues indo-européennes que par l'attention toujours plus précise portée à l'étude de langues mal connues (mycénien, vénète...) ou en cours d'exploration (langues anatoliennes, ari et kuôi...), et par la formation de nouvelles hypothèses sur l'évolution interne de l'indo-européen, sur son phonétisme, sa grammaire, sa poétique. Ces données ont amené un renouvellement partiel du classement des langues indo-européennes. L'ouvrage retrace les différents acquis dans ces divers domaines et, pour mieux les situer, pour en évaluer les enjeux dans une discipline qui a été soumise parfois à une forte politisation, présente un historique du dossier indo-européen, des origines aux derniers développements du moment. L'ouvrage a une dimension encyclopédique qui le rend précieux. Il fait une large place à la reconstitution, qu'il pousse très loin, de la culture indo-européenne primitive par la méthode comparative. L'auteur est également partisan de la théorie des Kourganes, et le lecteur notera qu'il la présente comme une certitude, y compris en ce qui concerne les rapports contestés entre cultures de la steppe et cultures d'Europe centrale et du Nord.

                                                            

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Les Indo-européens, revue Nouvelle Ecole n°49 (édit. le Labyrinthe 1997).  A la recherche du foyer d’origine (Alain de Benoist) ; « Indo-Européens », « Indo-germains », « Aryens » (encadré) ; Les « momies » européennes du Sinkiang (encadré) ; Chronologie bibliographique des études indo-européennes depuis 1930 (encadré) ; Quatre remarques finales ; Bibliographie Dumézil (Alain de Benoist) ; L’habitat originel des Indo-Européens au regard de la linguistique (Jean-Haudry) ; Les Indo-Européens et le Grand Nord (Jean Haudry) ; Chronologie de la tradition indo-européenne (Jean Haudry) ; Indo-européens et « mentalité indo-européenne » (Jean Haudry).

                                                           

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Des steppes aux océans de André Martinet. Edit. Payot (1994). Cet ouvrage est un classique des études indo-européennes. Martinet est l'un des maîtres dans ce domaine et une bonne partie de ce livre est la retranscription de ses cours sur le sujet. Deux aspects sont particulièrement bien traités dans cet ouvrage: comment s'est faite l'expansion des langues indo-européennes? Martinet expose clairement, en s'appuyant parfois sur des exemples simples et compréhensibles pour chacun, comment a pu se dérouler cette expansion et la réponse est pour lui toute crue: Il y a eu peu de migrations, les langues indo-européennes se sont répandues petit à petit, victoire après victoire, soumission après soumission, métissage après métissage. La réalité est toujours plus complexe que l'on veut bien la voir. L'exemple de la France de ces dernieres 2500 années, bien connues pourtant, laisse rêveur sur les mélanges qui se sont produits dans des époques ou des pays moins bien documentés: un substrat déjà composite de l'âge du Bronze, que les Gaulois viennent dominer et organiser pour finalement adopter la langue latine d'envahisseurs et laisser d'autres envahisseurs germaniques -les Francs- donner leur nom au pays !! Alors pour savoir d'où sortent les Phrygiens, les Hittites, les Philistins, les Etrusques, on imagine le sable sur lequel sont bâties les hypothèses...
Le deuxième domaine bien couvert par le livre est l'aspect purement linguistique de l'évolution des langues indo-européennes: chaque point de grammaire (déclinaisons, genres, nombre, structure...) ou de vocabulaire/prononciation est épluché dans le détail à un niveau que je n'avais jamais vu, et je dois dire que même si par moment c'est ardu, cela reste accessible à l'amateur.
L'auteur ne perd pas de temps à rechercher l'origine des indo-européens, il part sur l'hypothèse consensuelle d'une origine ukrainienne, point.
Ce livre est un trésor, à prolonger par "les Indo-européens" de Bernard Sergent, qui travaille plus les hypothèses en présence (y compris pour l'origine de chaque peuple!), mais rend moins intelligible le mécanisme d'expansion des langues. Les deux ouvrages se complètent à merveille.

                                                              

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L'énigme indo-européenne de C.Renfrew. Flammarion (1993), (édition originale : Archaeology and language : the Puzzle of Indo-European Origins, Cambridge University Press, 1988). Examine les rapports anciens entre l'archéologie et le langage : il se penche en particulier sur l'"énigme" que présente la similarité des langues indo-européennes. Il opère la synthèse entre la linguistique historique et la nouvelle archéologie du développement culturel en affirmant que les premiers éléments de la langue indo-européenne furent utilisés à travers toute l'Europe plusieurs millénaires avant l'époque communément admise aujourd'hui.

                                                              

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La Religion cosmique des Indo-Européens de Jean Haudry. Archè (1987). Professeur à l’Université Lyon III, dont il a fondé, en 1981, l’lnstitut d’Études Indo-Européens, l’auteur dirige actuellement le Centre de Linguistique Appliquée de cette Université. Il est également directeur d’études de grammaire comparée des langues indo-européennes à la 4ème section de l’École Pratique des Hautes Études. Il est également l'auteur du "que sais-je" sur les indo-européens (n°1965) P.U.F, 1992.

« Un ensemble cohérent de représentations issues d’une réflexion sur les trois principaux cycles temporels, le cycle quotidien du jour, de la nuit, de l’aurore et du crépuscule; le cycle annuel et le cycle cosmique, l’un et l’autre conçus sur le modèle du cycle quotidien» : telle est, en son principe, la «religion cosmique des Indo-Européens». Religion dont les dieux sont des «célestes diurnes», ayant à leur tête le Ciel diurne. Un Ciel nocturne noir et un Ciel auroral et crépusculaire rouge alternent avec le Ciel diurne blanc. Une homologie relie aux couleurs de ces trois Cieux les trois castes de la société humaine et les trois dispositions naturelles de l’âme individuelle. La place que tiennent les cycles temporels dans cette conception du monde et surtout l’homologie établie entre le cycle annuel et le cycle quotidien s’expliquent aisément par l’ex-périence vécue de la longue nuit hivernale des régions circumpolaires, berceau du peuple indo-européen.

                                                               

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Les Indo-européens de Jean Haudry. P.U.F, Que sais-je? n° 1798 ( 1979, 3ème éd., 1994). Consacré à la reconstitution de la culture indo-européenne, avec quelques éléments sur l'archéologie. C'est un aide-mémoire utile, même si l'auteur, après avoir présenté la théorie des Kourganes et l'avoir approuvée, lui préfixe bizarrement, dans un paragraphe de conclusion, la théorie « polaire » de Tilak.  Une édition revue et augmentée est parue en 2010 aux édit. de la Forêt.

                                                              

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L'indo-européen de Jean Haudry. P.U.F, Que Sais-je ? n° 1965, (1981, 3ème édit.1992).

                                                              

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Les Indo-Européens, problème archéologique de P. Bosch-Gimpera. Payot (1980). Cette synthèse sur l'origine et la formation des peuples indo-européens a paru originellement en 1960. P. Bosch-Gimpera fonde son travail sur l'archéologie plutôt que sur la linguistique parce qu'elle permet de remonter beaucoup plus loin dans le temps. Il tient largement compte des travaux archéologiques effectués du côté du bloc soviétique dont l'apport est neuf et important. La première partie de l'ouvrage fait le point des solutions proposées par les historiens, les archéologues, les linguistes, les ethnologues et les anthropologues. La seconde est une synthèse des connaissances actuelles de l'histoire du monde indo-européen, depuis le Mésolithique jusqu'aux grandes invasions du Haut Moyen Age. Synthèse ancienne, encore utile par sa présentation presque exhaustive des théories formulées jusque vers 1960 sur l'origine des Indo-Européens. Le lecteur prendra garde aux datations périmées (excessivement « rajeunies ») des cultures archéologiques évoquées.

                                                           

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biblio. par thème :

 

 - L'indo-européen et les langues indo-européennes:

Parmi une littérature abondante, on trouve les travaux très accessibles de W. B. Lockwood, Indo-European Philology et A Panorama of Indo-European Languages (Londres, 1969 et 1972). La publication dirigée par Françoise Bader, Langues indo-européennes (éditions du CNRS, 1998), ne couvre malheureusement pas toutes les branches de l'indo-européen, mais contient quelques bonnes contributions.En français, l'Introduction à l'étude comparative des langues indo-européennes d'Antoine Meillet (Hachette, Paris, 1922), est naturellement vieillie ; l'ouvrage d'André Martinet, Des steppes aux océans (Payot, 1986), avance des propositions intéressantes, notamment en ce qui concerne les laryngales. Le « Que Sais-je » de Jean Haudry, L'indo-Européen (P.U.F, Paris) contient les données essentielles sous un format pratique. A côté des grands dictionnaires classiques comme celui de J. Pokorny, Indogermanisches etymologisches Wörterbuch, Berne, 1959, il existe des ouvrages plus simples mais plus maniables, comme le Vocabulaire indo-européen de Xavier Delamarre (Adrien Maisonneuve, Paris, 1984). Pour replacer la question indo-européenne dans un contexte plus vaste, on tirera profit de l'ouvrage collectif dirigé par J.-M. Hombert, Aux origines des langues et du langage (Fayard, Paris, 2005).

                                                               

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- Culture, comparatisme religieux :

Le Vocabulaire des institutions indo-européennes d'Emile Benveniste (Editions de Minuit, Paris, 1969) demeure un ouvrage de référence.

Pour la mythologie comparée et la théorie dumézilienne, le mieux est évidemment de lire les oeuvres de Georges Dumézil lui-même, en particulier les grandes synthèses qu'il a rédigées à l'apogée de sa carrière (tout en sachant que comme tout vrai chercheur, il n'a cessé jusqu'à la fin de sa vie de modifier et de remettre en cause certains de ses propres points de vue). On peut citer : Mythe et épopée I, II et III (Gallimard, Paris, 1995) ; Les Dieux souverains des Indo-Européens (Gallimard, Paris, 1993) ; Heur et malheur du guerrier, aspects mythiques de la fonction guerrière chez les IndoEuropéens (Flammarion, Paris, 1996) ; Mariages indo-européens, suivi de Quinze questions romaines (Gallimard, Paris, 1988) ; La Religion romaine archaïque (Payot, 2000) ; Romans de Scythie et d'alentour (Payot, Paris, 1988). Pour ceux que découragerait l'ampleur de l'oeuvre du maître, il existe un excellent ouvrage introductif Mythes et dieux des Indo-Européens, réalisé par Hervé Coutau-Bégarie à partir d'extraits de textes essentiels (Flammarion, Paris, 1999). On peut aussi lire, à propos du mauvais procès fait à Georges Dumézil, le plaidoyer de Didier Eribon Faut-il brûler Dumézil ? (Flammarion, Paris, 1992).

                                                              

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-Archéologie, génétique :

L'information archéologique relative au problème indo-européen est dispersée dans une foule de livres et d'articles traitant du Néolithique et du Chalcolithique en Europe et Asie occidentale. On trouvera cependant un matériel abondant dans J. P. Mallory and D.Q. Adams, The Encyclopaedia of Indo-European Culture (Fitzroy & Dearbom, Londres-Chicago, 1997). Pour le reste, voir les bibliographies des manuels généraux.

Il n'existe pas d'ouvrage de synthèse rédigé par Marija Gimbutas elle-même sur sa théorie des Kourganes. On peut se référer à ses articles dans le Journal of Indo-European Studies, et aussi - avec les réserves qu'impose leur caractère indirect - aux présentations faites dans tous les ouvrages généraux traitant des Indo-Européens.

La théorie « anatolo-transcaucasienne » de Tomas Gamkrelidzé et Viatcheslav Ivanov est exposée dans Indo-European and the Indo-Europeans (Mouton de Gruyter, Berlin-New York, 1995).

Pour les données génétiques récentes, les travaux de Luigi Luca Cavalli-Sforza ont été traduits en français : Gènes, peuples, et langues, Odile Jacob, Paris, 1996. L'application de la génétique aux problèmes d'histoire des langues et des peuples fait l'objet d'un chapitre de L. Quintana-Murci et J-M. Hombert dans l'ouvrage collectif précité (Aux origines des langues...).                                                           

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-Périodique : Le prestigieux Journal of Indo-European Studies, publié à Washington, est le principal organe de recherche et de liaison des Indo-européistes.

 

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liens :  

http://www.youtube.com/watch?v=aAhRWSORYss

http://indoeuro.bizland.com/project/chron/chronn.html

 

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Histoire de l'Atlantis et de l'Atlas primitif (E.F. Berlioux)

Publié le par Christocentrix

L'intégralité du chapitre 1 est achevé d'être reproduit ici :

http://christocentrix.over-blog.fr/pages/Les_populations_primitives_de_lAtlas_EF_Berlioux-8453225.html

Rappelons que ce livre date de 1883. La méthode suivie par l'auteur est le contrôle de textes anciens en les comparant à la carte du pays dont ils parlent. Après avoir soumis les textes à cette épreuve, il en reste un assez grand nombre pour tenter de reconstituer, dans son ensemble, l'histoire de l'Atlas, depuis l'arrivée des premiers hommes qui ont occupé ce pays (selon ces textes), jusqu'à l'époque où il a été envahi par les Phéniciens... Il ne s'agit donc pas de la "préhistoire" mais de la "protohistoire" jusqu'à "l'histoire antique" de l'Atlas... et qui interesse autant l'Afrique que l'Europe.

L'auteur ne bénéficiait pas de tout ce que les sciences et méthodes d'investigations modernes ont depuis amené au sujet. Cet ouvrage reste passionnant et d'une très grande érudition. Je trouve dommage que sa rareté et son prix en fasse quelque chose d'assez inaccessible, c'est pourquoi je veux le partager par ce blog. Le chapitre reproduit ici ne concerne que 20 pages du livre qui en compte 166. Avis aux amateurs qui pourront de temps en temps cliquer sur la "page" qui sera sans doute régulièrement réactualisée...

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