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Les notions peuvent s'oublier, les impressions ne s'effacent pas (Abel Bonnard)

Publié le par Christocentrix

Au hasard d'une brocante, retrouvées dans une anthologie, quelques récitations de mon enfance.... celles qu'il fallait écrire avec les pleins et les déliés, orner d'un dessin, et réciter "par coeur", "avec le ton"....

Des auteurs dont on n'oublie pas le nom : Maurice Carême, José-Maria de Hérédia, Emile Verhaeren, L.Delarue-Mardrus, M. Rollinat, etc....

A côté de celles qui chantaient les saisons ou les forces de la nature, faisaient parler les animaux ou décrivaient vie champêtre et métiers... il y a celles qui ont touché quelque chose au fond de nous... ont suscité des images fortes à nos imaginations, se sont faites l'écho de nos peurs ou de nos rêves... émotions indélébiles que je retrouve en les redécouvrant.

 

Ma Bohème  d'Arthur Raimbaud, ("Comme des lyres je tirais les élastiques de mes souliers blessés....")

 

Les Conquérants de J-M de Hérédia : ("Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,...routiers et capitaines partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal. Ils allaient conquérir le fabuleux métal....penchés à l'avant des blanches caravelles, ils regardaient monter en un ciel ignoré, du fond des océans des étoiles nouvelles...")  

 

Hérédia encore :  Soir de bataille : ("c'est alors qu'apparu tout hérissé de flèches, rouge du flux vermeil de ses blessures fraiches, sous la pourpre flottante et l'airain rutilant, au fracas des buccins qui sonnaient leur fanfare, superbe, maîtrisant son cheval qui s'effare, sur le ciel enflammé, l'Impérator sanglant"...)

 

Oceano Nox, de V.Hugo ( "Oh, combien de marins, combien de capitaines....")

 

Le Pélican d'A. de Musset. ("le sang coule a longs flots de sa poitrine ouverte"..."ivre de volupté de tendresse et d'horreur, fatigué de mourir dans un trop long supplice...").

 

La Biche "brame au clair de lune...." de M.Rollinat.

 

Le Cor, de Vigny : ("Dieu que le son du cor est triste au fond des bois... tous les preux étaient morts mais aucun n'avait fui, Roland reste seul debout, Olivier près de lui...")

 

et enfin celui-ci, de Musset, "la Nuit de Décembre", que je citerai tout entier... car sans doute comme dit Abel Bonnard : "les notions peuvent s'oublier, les impressions ne s'effacent pas".

 

Du temps que j'étais écolier,

Je restais un soir à veiller

Dans notre salle solitaire.

Devant ma table vint s'asseoir

Un pauvre enfant vêtu de noir,

Qui me ressemblait comme un frère.

Son visage était triste et beau ;

A la lueur de mon flambeau,

Dans mon livre ouvert il vint lire.

II pencha son front sur ma main,

Et resta jusqu'au lendemain,

Pensif, avec un doux sourire.

 

Comme j'allais avoir quinze ans,

Je marchais un jour à pas lents,

Dans un bois, sur une bruyère.

Au pied d'un arbre vint s'asseoir

Un jeune homme vêtu de noir,

Qui me ressemblait comme un frère.

Je lui demandai mon chemin ;

Il tenait un luth d'une main,

De l'autre un bouquet d'églantine.

Il me fit un salut d'ami,

Et se détournant à demi,

Me montra du doigt la colline.

 

 A l'âge où l'on est libertin,

Pour boire un toast en un festin,

Un jour je soulevai mon verre.

En face de moi vint s'asseoir

Un convive vêtu de noir,

Qui me ressemblait comme un frère,

Il secouait sous son manteau

Un haillon de pourpre en lambeau,

Sur sa tête un myrte stérile.

Son bras maigre cherchait le mien,

Et mon verre en touchant le sien,

Se brisa dans ma main débile.

 

Un an après, il était nuit,

J'étais à genoux près du lit

Où venait de mourir mon père.

Au chevet du lit vint s'asseoir

Un orphelin vêtu de noir,

Qui me ressemblait comme un frère.

Ses yeux étaient noyés de pleurs ;

Comme les anges de douleurs,

Il était couronné d'épines ;

Son luth à terre était gisant,

Sa pourpre de couleur de sang,

Et son glaive dans sa poitrine.

 

Je m'en suis si bien souvenu,

Que je l'ai toujours reconnu

A tous les instants de ma vie.

C'est une étrange vision,

Et cependant, ange ou démon,

J'ai vu partout cette ombre amie.

Lorsque plus tard, las de souffrir

Pour renaître ou pour en finir,

J'ai voulu m'exiler de France ;

Lorsque impatient de marcher,

J'ai voulu partir, et chercher

Les vestiges d'une espérance ;

Partout où, sans cesse altéré

De la soif d'un monde ignoré,

J'ai suivi l'ombre de mes songes ;

Partout où, sans avoir vécu,

J'ai revu ce que j'avais vu,

La face humaine et ses mensonges ;

Partout où j'ai voulu dormir,

Partout où j'ai voulu mourir,

Partout où j'ai touché la terre,

Sur ma route est venu s'asseoir

Un malheureux vêtu de noir,

Qui me ressemblait comme un frère.

 

 

 

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témoignages et documents sur l'histoire des Balkans

Publié le par Christocentrix

dernier "lien" ajouté dans le module liens. (thème : histoire contemporaine des Balkans)
http://de-construct.net/e-zine/?page_id=42



Sur ce sujet...rappel : http://www.youtube.com/watch?v=tZSYYnFPYE4  (une série de vidéos sur la guerre en Serbie)
 

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saint Yevgeny Rodionov

Publié le par Christocentrix

 rodion150
 

Mille cinq cents prêtres et moines ont été canonisés par l’Église orthodoxe ces dix dernières années. Son synode a posé, à cette occasion, un principe : pour être considéré comme un martyre de la foi contemporain, il faut être décédé de persécutions ayant eu cour durant la révolution bolchevique ou la période stalinienne. Seule exception à cette règle : la canonisation, le 20 août 2002, du soldat Yevgeny Rodionov.

Né, à Moscou, en 1977, le jeune Yevgeny fut appelé sous les drapeaux de la Fédération de Russie en 1995 et envoyé en Tchétchénie. Là, il fut capturé, moins d’un an plus tard, quand un groupe de rebelles s’empara du fortin où il était en poste. Gardé captif durant trois mois, ses geôliers espérant en tirer une rançon, Yevgeny Rodionov fut finalement décapité le jour de son dix-neuvième anniversaire car il refusait de se convertir à l’islam et de se séparer de sa croix de baptême.

Le récit de son décès, que ses meurtriers monnayèrent à sa mère (qui dut aussi les payer pour connaître le lieu où ils avaient inhumé son fils), fit une grande impression en Russie et Yevgeny Rodionov reçut, de manière posthume, la médaille du courage. Peu de temps après une souscription publique permit de lui édifier dans son village natal un mausolée surmonté d’une grand croix sur lequelle fut inscrit « Le soldat russe Yevgeny Rodionov est enterré ici. Il a défendu sa patrie et n’a pas trahi sa foi. » La tombe devint bientôt un lieu de pèlerinage, une prière invoquant l’intercession du jeune soldat fut imprimée et largement répandue, des icônes le représentant furent peintes et des miracles se produisirent à leur contact. En 2002, son hagiographie « Un nouveau martyre du Christ, le soldat Yevgeny » fut publiée par le pope Alexander Shargunov et la télévision réalisa un reportage sur sa vie. Le synode orthodoxe déclara, le 20 août 2002 Yevgeny Rodionov saint et martyr. Une église portant son nom fut, peu de temps après, édifiée à Hankala, près de Grozniy. C’est, à ce jour, le seul lieu de culte orthodoxe de Tchétchénie.

 
 

 
 
 

 

 

 


 

 

 

  yevgeni-Ridionov.jpg

 

 

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Sergei Nicholaevich KOURDAKOV

Publié le par Christocentrix

Sergei Kourdakov (1951-1973) connaît une enfance difficile et grandit dans un des plus sinistres orphelinats (Barysevo) de l’Union soviétique poststalinienne. Le personnel est haineux et cruel. Les pensionnaires sont livrés la plupart du temps livrés à eux-mêmes et vivent selon des codes brutaux et très hiérarchisés ("esclaves", "lieutenants" et "roi"). Sergei-Kourdakov-1.jpgSergei finit par devenir "roi" de Barysevo. Plus tard il fut recruté par la section locale de la Jeunesse Communiste.
Par son charisme et son intelligence, il s’élève vite dans l’échelle sociale communiste. Chef des Cadets de l'Académie Navale de Leningrad, Officier Cadet, lieutenant de la Marine Russe, Cadre de la Ligue de la Jeunesse Communiste et chargé "d'enseignement du communisme", auxiliaire du KGB avec pour mission : traquer et persécuter les "religiosniki". Ce persécuteur de "croyants" (150 "expéditions punitives" à son actif) sera pourtant terrassé par la grâce sur son chemin de Damas. Profitant d'une mission en mer près des côtes du Canada, il décide de tenter une évasion à haut risque et parvint à gagner la côte canadienne.Sergei-Kourdakov-2.jpg
Recueilli au Canada, il n’aura de cesse de témoigner de sa conversion. Les autorités soviétiques tentent plusieurs fois de le "récupérer". Le 1er janvier 1973, peu de temps après avoir écrit son histoire, il meurt d’une balle de pistolet. Après enquête, sa mort fut déclarée "accidentelle".

Le témoignage de Sergei Kourdakov existe en version française depuis 1976 sous le titre "Pardonne-moi Natacha". Ce livre est largement autobiographique mais aussi un témoignage détaillé du système soviétique. Sergei y relate bien-sûr sa conversion et sa rencontre avec Dieu.

Sergei-Kourdakov-3.jpg

 

 

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Vania MOISSEIEFF

Publié le par Christocentrix

Vania (Ivan) Moïsséieff (1952-1973) fut un jeune témoin du Christ dans l'univers soviétique.VANIA-MOISSEIEFF.jpg Né en Moldavie (rattachée à l'époque à l'URSS) il est appellé en 1970 a effectué son service militaire pour l'Union soviétique. Déjà jeune apôtre de l'Evangile avec un impact certain sur d'autres jeunes, il entend continuer naturellement son témoignage au sein même de l'armée soviétique. Assidu à la prière quotidienne, l'environnement hostile cherche à lui faire abandonner ses convictions chrétienne. Il est d'abord l'objet de sévères brimades (privation de nourriture, exposition au froid, travail de nuit, privation de repos, etc...). Non seulement son témoignage ne fut pas amoindri mais il fut à l'origine de conversions de quelques compagnons. Ce qui exaspéra ses supérieurs. Vania sera emprisonné dans un camp spécial où il subit plusieurs fois la torture pendant douze jours. Il meurt torturé à mort à l'âge de 21 ans.

 

Sergiu Grossu (philosophe roumain) a relaté l'histoire de ce jeune soldat du Christ qui voyait les anges. L'auteur trace un portrait à partir des lettres échangées avec parents et amis. Son témoignage passe par des documents authentiques. Pages magnifiques d'un portrait spirituel bouleversant. (Vania Moïsseieff, le jeune martyr de Volontirovka, éditions Catacombes, 1988).

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Barrès revisité

Publié le par Christocentrix

Barrès revisité

Sur cette toile d'Ignatio Zuloaga, la silhouette du modèle, décalée à l'extrémité gauche de la composition, laisse libre la vue de la ville de Tolède qui s'inspire nettement d'une œuvre du Greco (Vue et plan de Tolède, vers 1610, huile sur toile, Tolède, musée El Greco). Appuyé contre un rocher, Barrès semble avoir interrompu sa lecture pour contempler le paysage ; il tient dans sa main gauche l'un de ses ouvrages dont on peut deviner le titre grâce aux trois lettres visibles : Greco ou le Secret de Tolède.

Grand amateur de peinture, Barrès s'intéressait aux déracinés, à ceux qui, arrachés à leur province, transportaient leur héritage dans un milieu étranger. Pourtant, son ouvrage sur le Greco ignore totalement l'ascendance crétoise du peintre, ne voyant dans ses toiles que le reflet d'une Tolède « ardente et mystique ». En assimilant le peintre à la ville, Barrès subissait l'influence de la redécouverte du Greco au sein de son environnement artistique.

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Bainville et le Kosovo

Publié le par Christocentrix

La revanche de Kosovo par Jacques Bainville

Soulevant un instant les lourds soucis de l’heure présente, la méditation doit s’arrêter sur ces champs de bataille de l’Orient où les armes prennent leur revanche, de désastres séculaires. Honte aux esprits obtus et aux imaginations pauvres qui nient que « les vivants soient de plus en plus gouvernés par les morts » ! Honte aux intelligences mesquines pour qui est invisible la chaîne qui relie les générations d’un même peuple ! En pénétrant dans Uskub reconquise, le dernier soldat de l’armée serbe savait qu’il entrait dans la ville qui, voilà six cents ans, était la capitale de ses aïeux. En battant les Turcs au Champs-des-Merles (Kosovo, en langue slave), le plus humble des fantassins de Serbie savait qu’il prenait la revanche d’une bataille perdue par les siens cinq cent vingt-trois ans plus tôt.

C’est ainsi que l’Histoire et le passé règlent la vie du monde moderne.

Seulement, si la nation serbe s’est réveillée après des siècles d’oppression et de sommeil, si elle s’est mise tout entière au service de l’idée de revanche, si le nationalisme est devenu sa règle de vie, il ne faudrait pas se figurer tout de suite que ces choses-là se sont faites toutes seules et par création spontanée. Comme à tous les grands mouvements de même nature qu’enregistrent les annales de l’espèce humaine, il a fallu d’abord les gardiens de la flamme, et puis des excitateurs qui furent des philosophes, des savants, des intellectuels, avant que le constructeur politique, puis le soldat, apportassent les conditions du succès définitif.

Aux nations qui prennent leur revanche, il faut d’abord des esprits nobles et désintéressés, mainteneurs de la tradition, qui ne laissent pas succomber l’idée. Il faut ensuite que des poètes, des écrivains capables de susciter cette élite enthousiaste qui arrache les peuples à leur torpeur, recueillent l’idée conservée dans les sanctuaires et lui rendent la vigueur de la nouveauté et de la jeunesse. Ni l’un ni l’autre de ces deux éléments n’a fait défaut à la Serbie.

Si brave soit-elle, la race serbe eût peut-être oublié qu’elle avait un jour été libre, glorieuse et prospère, et que l’Empire de son tsar Douchan avait été comparé à l’Empire de Charlemagne. Vaincue par le Turc, elle risquait d’être à jamais absorbée par le vainqueur. Sa noblesse n’avait-elle pas donné en grand nombre le signal du ralliement et de l’apostasie en se convertissant à l’Islam pour garder ses biens ? Mais le prêtre, affranchi des intérêts matériels, veillait. Il fut, durant des siècles, le dépositaire du patriotisme et de la foi.

Comme l’a très bien dit un historien enthousiaste, M. Jaffre du Ponteray : « Au temps où les vieux rois serbes couvraient le pays de monastères, ils ne se doutaient guère qu’ils élevaient des refuges aux débris de leur nation et qu’en assurant à leur dépouille mortelle un abri contre le vandalisme des siècles, ils assuraient aussi la survivance de leur race. À côté de la lampe qui devait brûler nuit et jour au-dessus de leurs tombeaux, l’Église serbe a pieusement entretenu le foyer d’où a jailli l’étincelle patriotique : sous son toit, la vie nationale, à l’abri de la tourmente, a pu se sauvegarder proscrite, mais intacte. C’est elle qui, malgré la servitude et l’ignorance obligatoire, a préservé la patrie serbe de la mort politique et morale. »

Alimentée à cette source, la poésie populaire des gouslars empêcha que le souvenir de la patrie pérît au cœur de ce pauvre peuple de paysans et de porchers. Souvent, même, elle le poussa à la révolte contre l’oppresseur. Et voilà qu’un jour, l’idée nationale passe des monastères à l’Université, des bardes rustiques aux philologues et aux historiens. Le patriotisme serbe s’instruit, s’illumine, acquiert une puissance de propagande et de propulsion invincible en devenant principe de pensée et de vie pour les classes éclairées.

Déjà l’érudition, la philologie et l’archéologie avaient été, en Allemagne, à l’origine de la guerre d’indépendance contre Napoléon et devaient conduire un jour la monarchie prussienne à fonder, sur ses victoires, l’unité allemande. Les nationalismes slaves connurent les mêmes débuts et observèrent la même méthode. Leur réveil, selon le mot si juste de Pyphie, l’historien de la littérature slave, fut d’abord une « découverte archéologique ».

Oui, le slavisme n’était, pour commencer, que des doctrines, des livres, une idée. L’idée allemande n’était pas autre chose avec Fichte. Elle se réalisa, elle devint un fait à Waterloo d’abord, à Sadowa et à Sedan ensuite. Le sort réservé à l’idée serbe ne devait pas être différent. L’Allemand Bruckner étudiant le mouvement intellectuel d’où est sorti le nationalisme slave, écrivait avec raison, voilà déjà bien longtemps : « La science qui a servi de pont aux Russes avec les Serbes et les Slovènes, devient un moyen d’accomplir des destinées politiques et nationales. »

Ces destinées, conçues par des savants, des philosophes et des poètes, des rois les accomplissent en ce moment sous nos yeux, au son du canon et à la tête de leurs armées. N’oublions pas et sachons comprendre la leçon du Champ-des-Merles.

 

                       Jacques BAINVILLE. L’Action française du 31 octobre 1912.

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Corso/ Ricorso : Giambattista Vico (Principi di scienza nuova)

Publié le par Christocentrix

Giambattista Vico, dans ses Principi di scienza nuova (1725-1744), postule que l’Histoire (ou la temporalisation de la Providence) est cyclique, qu’elle advient sur le mode du corso et du ricorso, et qu’elle connaît dans ce déploiement trois âges, qui, à partir de la barbarie, conduisent à la civilisation, puis reconduisent à la barbarie : l’âge des dieux ; l’âge des héros ; l’âge des hommes. L’âge des hommes est bifrons : cependant qu’il fait venir le corso à son aboutissement, il amorce déjà le ricorso ; dès l’instant que les hommes ont tiré de leur soulèvement l’égalité à quoi ils prétendent, par ricorso delle cose umane la société se divise et progressivement se défait…Les nations suivent un cours qui les fait passer par les trois âges, divin, héroïque et humain. Lorsqu'une nation disparaît, par la conquête ou la décadence, les peuples de son sol la font renaître en passant de nouveau par ces trois âges.

"Quand les peuples sont devenus esclaves de leurs passions effrénées, du luxe, de la mollesse, de l’envie, de l’orgueil et du faste, quand ils sont restés longtemps livrés à l’anarchie [...], la Providence applique un remède extrême. Ces hommes se sont accoutumés à ne penser qu’à l’intérêt privé ; au milieu de la plus grande foule, ils vivent dans une profonde solitude d’âme et de volonté. Semblables aux bêtes sauvages, on peut à peine en trouver deux qui s’accordent, chacun suivant son plaisir ou son caprice. C’est pourquoi les factions les plus obstinées, les guerres civiles les plus acharnées changeront les cités en forêts et les forêts en repaires d’hommes, et les siècles couvriront de la rouille de la barbarie leur ingénieuse malice et leur subtilité perverse. En effet ils sont devenus plus féroces par la barbarie réfléchie, qu’ils ne l’avaient été par celle de la nature. La seconde montrait une férocité généreuse dont on pouvait se défendre ou par la force ou par la fuite ; l’autre barbarie est jointe à une lâche férocité, qui au milieu des caresses et des embrassements en veut aux biens et à la vie de l’ami le plus cher. Guéris par un si terrible remède, les peuples deviennent comme engourdis et stupides, ne connaissent plus les raffinements, les plaisirs ni le faste, mais seulement les choses les plus nécessaires à la vie. Le petit nombre d’hommes qui restent à la fin, se trouvant dans l’abondance des choses nécessaires, redeviennent naturellement sociables ; l’antique simplicité des premiers âges reparaissant parmi eux, ils connaissent de nouveau la religion, la véracité, la bonne foi, qui sont les bases naturelles de la justice, et qui font la beauté, la grâce éternelle de l’ordre établi par la Providence."

Giambattista Vico, La Science Nouvelle, Principes d'une science nouvelle relative à la nature commune des nations, 1744, traduit de l'italien et présenté par Alain Pons, Paris, Fayard, 2001.

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scandaleuse vérité (Cardinal Jean Daniélou)

Publié le par Christocentrix

"Etre chrétien, c'est donc croire qu'il y a au milieu de nous des œuvres divines et que ces œuvres divines sont ce qu'il y a de plus grand dans le monde. Être chrétien, c'est croire qu'une Thérèse de Lisieux dans son Carmel est plus importante dans la hiérarchie des valeurs que le plus grand politique ou le plus grand des savants. Parce que c'est d'un autre ordre, et qui est plus grand.

Et être chrétien, c'est croire que ces événements divins ne sont pas seulement passés, mais que nous vivons en pleine histoire sainte, que nous vivons dans un monde où Dieu continue d'agir et que, selon la très belle formule de l'exégète protestant Cullmann, les sacrements sont la continuation dans le temps de l'Église des grandes œuvres de Dieu dans l'Ancien et le Nouveau Testament. C'est la proclamation magnifique qui est la nôtre.

La seule chose que nous disons aux marxistes, aux humanistes athées, c'est qu'il leur manque de percevoir la dimension la plus profonde de l'existence humaine, et qui est ce que Dieu accomplit en l'homme ; et ce que finalement nous leur reprochons, c'est d'être superficiels, c'est-à-dire de n'atteindre de l'homme que la surface et de ne pas descendre dans les abîmes de l'existence.
[...]

Croire, c'est croire que le Verbe de Dieu s'est incarné dans le sein de Marie. Vous voyez l'insolence d'une telle affirmation. En présence d'un marxiste, d'un athée, d'un scientiste, nous voyons ce qu'elle engage. Nous imaginons ce qu'ils commencent à nous dire. Si nous n'osons pas assumer notre foi dans son paradoxe, si nous laissons entendre qu'elle pourrait n'être qu'une représentation plus ou moins mythologique de je ne sais quel événement intérieur, nous commençons à jeter du lest, et à partir de ce moment nous sommes déjà sur la voie des trahisons.

Être chrétien, c'est au contraire affirmer que cette irruption divine dans l'existence de l'homme est précisément la nouvelle joyeuse, magnifique, splendide que nous proposons. Mais encore faut-il que, cette affirmation, nous soyons capables de la justifier à nos propres yeux et à ceux des autres, que nous ayons le droit de la porter.

Je voudrais dire enfin, en ce qui concerne l'objet de la foi que, dès lors qu'elle porte sur un événement divin, elle ne saurait être qu'une et universelle. Elle n'est pas l'expression de la sensibilité religieuse d'un peuple ou d'une race. Il n'y a pas de pire trahison de l'Évangile que d'accepter d'en faire la religion de l'Occident.

Le christianisme n'est pas une certaine vision du monde. Il n'est pas un système que nous acceptons parce qu'il nous convient. L'unique problème est de savoir si quelque chose est arrivé. Il n'y a pas d'autre question. Est-ce que le Christ est ressuscité ou non? S'il est ressuscité, ceci intéresse absolument tous les hommes. Il ne s'agit pas d'une représentation, mais d'un événement réel. Et il s'agit de savoir si cet événement est réel. Si je ne suis pas persuadé que cet événement est réel, je n'ai pas la foi.

Je peux avoir une sensibilité chrétienne, je peux désirer que les valeurs spirituelles qui sont celles de l'Évangile restent celles du monde libre, que la civilisation s'inspire plutôt des principes libéraux que j'appelle mystique chrétienne que de la doctrine socialiste des démocraties populaires. Mais à partir de ce moment, ce que je défends, ce n'est pas la foi, c'est je ne sais quelle liberté qui ne vaut pas cher d'ailleurs, dont je sais qu'elle ne vaut pas cher et dont, comme beaucoup de mes contemporains, je profite avec le sentiment confus qu'elle ne vaut pas la peine d'être défendue. "

                      Extrait de "Scandaleuse vérité", Cardinal Jean Daniélou.

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les deux scandales du Christianisme (Gustave Thibon)

Publié le par Christocentrix

"Les petits contempteurs du christianisme l'attaquent comme une religion inhumaine. Mais ses grands contempteurs (un Spinoza, un Nietzsche) méprisent en lui l'excès d'humanité. Le christianisme attache à l'homme une importance centrale et définitive (dogmes de l'Incarnation, de l'immortalité de l'âme, etc.) ; il ne permet pas la « mise en question » de l'homme. Là est l'écueil pour les grandes âmes et le seul mobile capable de les détourner du Christ : leur profond mépris de l'homme les fait se cabrer contre ce Dieu qui fait un tel cas de l'homme, qui va jusqu'à enliser son essence dans le marécage humain. Ce qui scandalise les petits - ceux que la joie dans la platitude et le péché rassasie - c'est un Dieu si dur pour l'homme ; ce qui scandalise les grands, c'est un Dieu si attentif pour l'homme !

Et, de part et d'autre, la méconnaissance de l'amour est égale - de l'amour qui châtie et de l'amour qui descend. Il n'est pas d'homme assez pur pour que l'amour divin n'ait pas besoin de le broyer ; il n'est pas non plus d'homme trop misérable pour que l'amour divin n'assiège et ne mendie son âme. Et dans cet amour qui nous pourchasse jusqu'en enfer et qui nous soulève jusqu'au ciel s'efface le double scandale de la valeur infinie de l'homme et de la souffrance humaine. Aux yeux de Dieu, nul homme n'est assez haut et nul homme n'est trop bas tout le secret de l'humanisme chrétien est là..."

 

Gustave THIBON, Destin de l'Homme, Desclée de Brouwer, 1941.

 

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