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Saint François d'Assise (Abel Bonnard)

Publié le par Christocentrix

"François est maintenant en face des hommes, ayant derrière lui, non seulement ses quelques disciples, mais, l'armée étincelante de ses propres forces. C'est ici qu'il faut marquer nettement les phases de sa vie, d'autant plus que les observations qu'on peut faire à son sujet ont une valeur générale. Si libre, en effet, que soit le développement d'un être supérieur, il n'est pas fortuit ni arbitraire ; il a ses périodes et ses temps réglés, qu'on retrouve plus ou moins distinctement dans la destinée de tous les grands hommes ; la seule différence entre eux et François c'est qu'ils ont conscience de ce qui leur arrive, au lieu que lui-même ne s'en doute pas. Le dessin de leur vie est tout chargé d'orgueil, d'effort, d'ambition, de colère ; Chez François les choses sont réduites à l'essentiel, il n'y a rien ajouté, mais la ligne nue qu'il trace ainsi devant nous ne chante que plus purement le drame fatal de l'homme et des hommes.
D'abord brille la période d'allégresse où le grand homme envahit les hommes. Il semble que l'humanité n'ait pas été sur ses gardes, qu'elle se soit laissé surprendre. Elle ne résiste pas au génie qui fond sur elle. On dirait que l'ancien monde de l'égoïsme et de la laideur va s'évanouir, qu'un autre va s'établir facilement à sa place. On pense à ces jours de mars, où le vieux paysage morose de l'hiver, investi, bousculé, occupé par l'armée éblouissante des arbres en fleurs, capitule et se rend à une puissance nouvelle. Mais on admire encore cette période qu'une autre a déjà commencé. La première se marquait par l'invasion du grand homme ; la seconde se marque par le retour des hommes sur lui. C'est alors qu'il doit apprendre quelles différences le séparent de la multitude qu'il avait cru d'abord conquérir. Ce ne sont pas seulement ceux qui lui résistent qui lui font sentir les limites de son pouvoir. Ceux mêmes qu'il pensait avoir acquis, il doit s'apercevoir qu'il ne les a pas changés. Dans ce combat d'un seul avec tous les autres, il semble parfois que ceux-ci recouvrent leur adversaire ; on ne le voit plus. Il y a des grands hommes qui ne sont point sortis de cette seconde phase, soit qu'ils aient dépendu de la médiocrité humaine par l'amertume qu'elle leur a inspirée, soit que, par une disgrâce plus spécieuse, mais non moins certaine, ils soient restés pris et empêtrés dans l'épaisseur de leur gloire. Seuls quelques-uns arrivent à la troisième phase et François fut de ceux-là. Dans cet automne serein, le grand homme s'achève et s'aperçoit qu'il peut se suffire. Alors même qu'il garde à ceux qu'il a connus autant d'affection ou d'amour, il ne se méprend plus sur la qualité des rapports qui peuvent les unir à lui, et il se reconnaît le droit de se développer au-dessus d'eux. Il peut bien avoir autant de foi, il n'a plus du tout de crédulité. Même si des foules se pendent à lui, l'éclat de son triomphe ne l'abuse pas sur la modestie de sa victoire. Ainsi l'on peut dire que, si aucun accident n'entrave ou n'interrompt son développement régulier, le grand homme commence par une solitude où il se prépare, pour finir par une solitude où il s'accomplit, ses rapports avec les hommes remplissant la vallée entre ces deux cimes. Il se trouve, il se donne et il se retrouve. Tel est le cas de saint François. Il commence et il finit par être avec Dieu, pour n'être avec les hommes que dans l'entre-deux. Il commence et il finit par de la joie, mais quelle différence entre celle qui précède l'expérience et celle qui la suit, entre l'allégresse ingénue des premiers temps, quand il croyait que tout dût lui céder, et cet état suprême où la mélancolie qui aurait pu lui venir de l'homme était dévorée par la joie qui venait de Dieu.
                                                                 
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[...]...dans sa période de crédulité, François a certainement espéré que sa parole changerait le monde. Cependant rien ne reste plus loin de lui que la conception d'un moine prêcheur, abreuvant de sa faconde intarissable un peuple dévôt. François n'a pas coulé comme une fontaine, il a débordé comme une source. La prédication n'était pour lui qu'une façon de répandre parmi les hommes ce qu'il avait amassé dans la retraite...[...]...Nul ne résistait à cette parole. A Cannara, quand il eut fini, le peuple entier voulait le suivre. A Ascoli, trente hommes, clercs et laïques, reçurent l'habit de ses mains. Lorsqu'il approchait d'une ville, les cloches sonnaient, les maisons lui envoyaient leurs enfants comme une volée de moineaux, les gens quittaient leur besogne pour accourir à sa rencontre, et comme les ouvriers avaient abandonné leurs outils, les femmes leur quenouille, il semblait, aussi bien, que l'avare eût laissé là sa cupidité, le brutal sa violence, le lascif sa luxure, et que ce qui venait vers François, ce fut un peuple innocent et régénéré. Le saint était trop pur pour rester, si peu que ce fût, sensible à la vaine gloire, mais quelles espérances ne dut-il pas concevoir, devant de pareils transports! On sent l'ivresse de la confiance dans la façon dont il distribue le monde à ses disciples, comme un conquérant à ses lieutenants. Il les envoie en Allemagne, en Espagne, au Maroc. Lui-même se réservait la France, comme le pays pour lequel il avait toujours eu le plus de prédilection. Mais elle ne pouvait l'attirer que par l'espérance du plaisir qu'il y aurait trouvé. L'Islam le tentait davantage encore, par la promesse d'un grand péril. En face de cet amas d'âmes infidèles, François devait se sentir comme une petite flamme devant un énorme monceau de bois sec. Peut-être se flattait-il de l'espoir qu'il lui serait plus facile de jeter ces mécréants d'un extrême à l'autre, que de porter à une foi fervente les croyants tièdes dont il était entouré. Enfin, ce qui l'attirait, c'était la soif du martyre. II était tout simple que François désirât le martyre, comme le plus grand gage d'amour qu'il pût donner à Dieu et la façon la plus directe de s'unir à lui. Mais, à mesure qu'il avançait dans la vie, il est à croire que ce désir sera devenu plus profond et moins ingénu. Une âme supérieure, alors surtout que c'est par sa sensibilité qu'elle se distingue, et quand elle n'est plus retenue par de grossiers intérêts, a toujours une pente secrète vers la mort. Vivant dans un monde qui n'est pas le sien et où tout l'offense, elle est plus prête qu'on ne croit d'accepter une occasion d'en sortir, surtout lorsqu'il est non seulement licite, mais louable de s'échapper par l'issue offerte. En voyant comment François, malgré les obstacles, revient toujours à son idée d'aller en Orient, on peut se demander s'il n'était pas poussé, autant que par l'espoir d'évangéliser les Infidèles, par le désir de sortir d'un monde où les choses étaient de moins en moins à son gré.
                                                                   
                                                                    *
 
 
Nous entrons dans la seconde phase, non plus lyrique mais dramatique, dans cette période d'expérience où l'homme exceptionnel apprend à connaître les hommes ordinaires, et à se connaître par eux. Cette épreuve ne manque dans aucune des grandes vies, mais parfois nous avons peine à l'y retrouver, parce qu'elle disparaît dans le mensonge doré de la gloire. Quand nous nous figurons, après coup, l'existence d'un homme supérieur, nous sommes enclins à lui prêter un avantage évident sur tous ses contemporains. Le plus souvent, cependant, il n'en fut pas ainsi : ou bien sa supériorité ne fut pas sentie, ou cette différence ne servit qu'à le laisser seul contre tous. Ce qui explique notre erreur, c'est qu'au moment où nous regardons le spectacle de sa destinée, la plupart de ses adversaires en ont disparu : ils sont tombés dans le néant qui les réclamait. Mais, quand il a vécu, eux aussi avaient l'air de vivre : ils ont parlé, agi, opiné, éphémères délégués de l'infériorité éternelle. Il est vrai qu'avec François nous sommes sur un plan plus haut, où il n'est plus question d'orgueil ou de gloire. Mais loin d'en être supprimé, le drame de sa rencontre avec les hommes est seulement réduit à l'essentiel. L'expérience qu'il en a acquise a dû commencer dans ses rapports avec les Frères. Il eut plus d'une occasion de s'apercevoir qu'il ne les avait pas tellement transformés qu'ils n'eussent apporté dans leur nouvelle vie des instincts ou des défauts qu'ils auraient dû laisser dans l'ancienne. Quelque soin que prît François de redoubler d'humilité à mesure qu'on l'honorait davantage, il ne pouvait empêcher que les triomphes qu'il remportait n'inspirassent des réflexions assez aigres à plus d'un de ses compagnons. Les hommes admettent, à la rigueur, qu'on glorifie quelqu'un qu'ils n'ont point connu, car il ne s'agit là que d'un fantôme, qui ne donne pas d'ombrage à leur vanité. Mais qu'on leur fasse un supérieur d'un compagnon, c'est ce qu'ils ont peine à souffrir. Ils ont toujours la prétention de valoir à peu près quelqu'un avec qui ils vivent familièrement...
 
...Il fit d'autres expériences, parmi lesquelles il faut compter son voyage en Orient. La légende s'est emparée de ce voyage, de sorte que nous n'en savons plus grand'chose. On nous raconte que François a confondu les docteurs de l'Islam et qu'il les a fait reculer en leur proposant d'affronter avec eux l'épreuve du feu... Quelles qu'aient été les discussions que François a soutenues en Syrie ou en Égypte, il était trop ignorant pour briller dans la dialectique, mais les princes musulmans étaient préparés à respecter la sainteté, même chez un chrétien, et François, par son imprudence un peu folle, ne répondait pas mal à l'idée qu'ils s'en faisaient. Il se peut donc très bien que le sultan ne l'ait pas traité durement, mais cela ne sera pas allé plus loin que de le renvoyer avec indulgence, ce qui nous paraît beaucoup, mais ce qui aura semblé bien peu à François. Il sera donc revenu avec le sentiment d'avoir échoué. Cependant, l'Occident lui réservait une amertume plus secrète, c'était celle de réussir. Dans le drame du grand homme avec les hommes, et alors même que ceux-ci se livrent de bonne foi à celui qui doit les changer, on ne sait jamais qui l'emporte en vérité, et si c'est lui qui les soulève ou si ce sont eux qui le retiennent. On ne sait jamais si, en professant une foi nouvelle, ils obéissent au désir explicite d'échapper à leur ancienne médiocrité ou au désir sournois de l'établir à l'intérieur des principes qui la menacent. Les grandes doctrines attirent les hommes par leur noblesse, mais elles la perdent pour les garder. Dans l'alternative offerte à une âme sublime, la victoire comporte peut-être une mélancolie plus subtile et plus intestine que la défaite, car le mauvais succès a du moins cet avantage que celui qui l'a subi reste entier et peut garder l'espérance d'une revanche, au lieu que le bon succès ne laisse aucun espoir, du moment qu'on s'est aperçu que, sous des apparences de victoire, il cache à peine un compromis et que ce compromis est tout ce qu'il est possible d'obtenir. François avait appelé les hommes, et la chose tragique, c'est qu'ils ont répondu à son appel...
 
...Maintenant le drame peut être compris. François montra d'autant plus d'énergie qu'en défendant son œuvre et son idéal, il ne défendait en somme que sa façon d'exister. L'action qu'il exerçait n'était que le rayonnement de sa nature. Mais il était impossible qu'il ne se heurtât pas à la résistance qu'il a rencontrée. Ce n'était pas celle de l'Église, c'était celle de l'humanité. Il n'y a pas de doute que son protecteur Hugolin qui, devenu Pape, devait le canoniser, ne l'ait admiré profondément. Mais il était chargé de pourvoir à l'organisation de l'ordre et l'ordre ne pouvait pas prendre corps sans manquer en quelque chose à l'esprit de son fondateur. Parmi des difficultés si embarrassantes, François n'avait pas à compter sur les premiers frères. Ceux-ci, âmes ingénues, pouvaient bien le suivre et lui obéir en toute chose, ils ne pouvaient pas l'aider. François ne pouvait être aidé dans le gouvernement des moines que par des hommes qui ne lui ressemblaient point, doués des aptitudes sociales et temporelles dont il était privé, et après avoir commencé par se réjouir de leurs qualités, il était fatal qu'il finît par souffrir de leur nature. C'est ainsi que l'activité du frère Elie lui fut d'abord d'un grand secours. Elie était un ancien maître d'école et l'on sait combien, d'habitude, les gens de ce métier sont avides de domination. Elie se plut donc beaucoup à administrer et à régenter l'ordre ; mais en même temps il le retirait à son fondateur. Pour bien se représenter l'isolement de François, il faut se rendre compte que si les hommes ordinaires sont parfois attirés vers un homme exceptionnel par un sentiment confus de la différence qu'il y a entre eux et lui, l'attrait qu'ils éprouvent se change en éloignement, dès que cette différence, au lieu de demeurer vague, éclate sur des points précis. Alors ils n'ont pas besoin de s'entendre pour être d'accord contre lui. Derrière l'opposition d'Élie et d'Hugolin, François devait sentir résister la masse des frères. L'humanité est dans son rôle, en imposant sa pesanteur à ceux qui veulent la manier trop légèrement et peut-être est-il bon qu'elle ne suive pas le génie dans ses écarts sublimes. La plupart des frères, du reste, n'auraient pas été plus près du saint, si, sous prétexte de lui ressembler, ils s'étaient jetés dans des excès qui n'auraient rien eu de commun avec les transports de leur maître. Mais on imagine aisément ce que François put souffrir. Que de fois, dans ces chapitres qui réunissaient autour de la Portioncule des milliers de frères, il dut regarder avec mélancolie ces envahisseurs de son rêve, ces moines qui étaient moins ses disciples que ses vainqueurs. Les noces du grand homme et de l'humanité sont toujours illusoires.
                                                                    
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Voici la dernière phase. En quittant les autres, non seulement François exerçait le droit inaliénable que garde tout individu supérieur, de revenir Francois-d-Assise.jpgaux sources de sa propre vie, mais il ne cessait pas d'exister à leur avantage : il leur apparaissait d'autant mieux qu'il s'écartait d'eux. N'ayant pu exercer l'autorité d'un chef, il reprenait la majesté d'un exemple. Ainsi par la façon dont il termine sa vie, en se dégageant de ce qui l'a déçu et meurtri, pour se rapporter à ce qui ne saurait le meurtrir ni le décevoir, François trace ingénument la ligne suprême par où s'achèvent les plus belles existences. En vérité, il ne le sait pas : le mouvement de son âme est simple comme un chant de flûte, mais sous ce chant seul et pur, c'est à nous à entendre l'accompagnement abondant et sourd qui lui donne tout son sens. Il faut que l'homme supérieur ait été aux prises avec les hommes, mais autant il est indispensable qu'il ait subi cette épreuve, autant il est nécessaire qu'il en sorte enfin. Il n'est pas de grande âme qui n'ait connu l'amertume, mais il n'est pas d'âme vraiment grande qui y soit restée. Toute haute vie commence et finit avec ses Dieux. Quand, pour désigner cette démarche suprême d'une âme ramenée à l'essentiel, on dit que celui qui agit ainsi revient à soi, il faut que cette expression soit bien comprise ; elle doit être, avant tout, purifiée du moindre soupçon d'égoïsme. Pour tout homme de génie, revenir à soi, cela veut dire retrouver des mondes où il s'oublie. Mais nous savons que, pour François, ces grandes choses prennent un sens à la fois plus plein et plus naïf. Pour lui, revenir à soi, cela veut dire retrouver Dieu. Au delà, au-dessus des peines qui l'avaient blessé, tel fut le bonheur où il s'abîma. Durant sa période d'épreuves, il s'était imposé le devoir de prêcher, quoiqu'il dût préférer de beaucoup la prière à la prédication, dont il a dit, avec sa poésie singulière, qu'elle couvre de poussière les pieds de l'esprit. A la fin, il se reconnut le droit de se livrer tout entier à la contemplation et à l'extase. Il s'enfonce ainsi dans une zone où il nous échappe et où tout ce qu'il a éprouvé ne se révèle à nous que par les stigmates."

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Abel Bonnard, extrait de Saint François d'Assise, 1929.
 
 
 
 

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Approches et études sur Ernst Jünger

Publié le par Christocentrix

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"On aura tout entendu : un pot-pourri - vraiment pourri - de toutes les accusations à la mode : Ernst Jünger le nazi, l'antisémite, et même, même ! le collaborateur. On doute si les mots ont encore un sens. En tout cas les nazis auraient aimé ce grief de collaboration, eux qui trouvaient Jünger un peu trop "français" à leur goût...
"Voilà plus de quarante ans qu'on m'abreuve de toutes les inventions de la haine" écrivait Victor Hugo en 1871. "Je bois avec calme ces cigües et ces vinaigres". Jünger en aura été abreuvé deux fois plus longtemps. Le parti pris d'incompréhension, la mauvaise fois calomniatrice, l'ignorance arrogante, se sont fabriqué avec lui et une fois pour toutes un épouvantail sur mesure, lequel n'a qu'un seul inconvénient : celui de n'avoir à peu près aucun rapport avec le véritable Jünger, qu'on ne daignera pas connaître. Une radio nationale, en guise de nécrologie, l'a présenté comme un auteur de soixante dix romans, dont "Orages d'acier". Faut-il rappeler que Jûnger n'a écrit que cinq ou six "romans" au sens usuel et que "Orages d'acier", son premier livre écrit en 1920, est son journal de combattant des tranchées ? Du moins, sans le vouloir, l'annonce était assez drôle ; on aura lu et entendu beaucoup pire, des deux côtés du Rhin, dans la bêtise et la bassesse.

On lui aura tout reproché, successivement et contradictoirement : d'avoir aimé la guerre - la première - et de l'avoir écrit- à vingt ans; d'avoir écrit "la Paix" , en pleine guerre -seconde- à quarante ans passés ; d'avoir été nationaliste en 1920 puis d'avoir écrit quarante ans après "l'Etat universel" ; "nihiliste" avant guerre pour les uns, "spiritualiste" après selon d'autres, sans compter les plus récentes accusations d'apologie des drogues. Il ne manquait à Jünger que d'être assis au même banc que Socrate, en tant que corrupteur de la jeunesse.

Philippe Barthelet,  Ernst Jünger, dossier H, Age d'Homme, 2000.

 

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un lien : http://www.tvnc.tv/Ernst-J%C3%BCnger-une-vision-du-monde-soldatesque-et-hermetique_v114.html 

 

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Le Voyage en Grèce de Jean Prévost

Publié le par Christocentrix

 
                                        LA SAGESSE REMPLACE LA CITÉ


L'essor de la pensée grecque, ce premier grand élan de la raison, répondait à des désirs, à des regrets qui ne venaient pas de la raison.
Les prêtres étaient déchus, le sens du sacré s'effaçait, la vie religieuse se fanait dans les cités maritimes ou les colonies déracinées de la mer Egée ou de la Grande Grèce.
Alors Pythagore unit les respects mystiques à l'aube de la science, pour créer une religion sans tombeaux où les règles de la pureté sont choisies par l'esprit.
Platon, descendant des rois, touché par l'ironie et le martyre du plébéien Socrate, devine que l'aristo­cratie ne peut plus être qu'intérieure. Alors il pense par hiérarchies, des appétits aux passions et à la rai­son ; il fait monter les vertus du courage à la tempé­rance, puis à la sagesse, et enfin à la justice, il pose les quatre degrés de la connaissance, qui mènent, comme les degrés d'un temple, au secret des initiés. Il crée ainsi les séries (seul outil de l'esprit qui serve encore à penser le monde) d'après une Sparte de rêve et une hiérarchie sociale qui s'en vont.
La sagesse remplace la cité : tel est le vrai sens de l'impiété des philosophes.
Quand Alexandre a tué l'indépendance grecque, les philosophes n'écrivent plus de Politique ou de Lois ; ils font de leur doctrine une pure cité intérieure.
Epicure renonce aux fiertés civiques et passe de l'agora dans le jardinet de l'amitié. Les Stoïques trou­vent dans leur coeur le dernier bastion de la liberté, le tribunal suprême, la guerre noble et ses victoires, la gloire secrète. Le même mouvement, quand mourait la République romaine, pousse vers l'Académie un Cicéron qui veut croire encore à la Cité, vers Épicure un Lucrèce, vers le Stoïcisme ce qui reste d'hommes fiers, de Caton à Sénèque. Quand, après la liberté, dut mourir aussi la belle ordonnance de la Cité, Saint Augustin se réfugie dans la Cité de Dieu.
Le visiteur des Cités grecques va de l'Agora au stade, au théâtre, à l'Acropole, et trouve dans cet ensemble comme une statue spacieuse de son âme. C'est que l'âme est modelée sur le souvenir de la Cité.

                                                 
                                                              *


A Delphes, on avait exhumé tant de pierres du Trésor des Athéniens qu'il semblait reconstruit de lui-même. Après un siècle de caresses les savants l'avaient fait avouer : cette minuscule chapelle n'avait pas obéi au fil à plomb. Ses lignes s'affinaient de la base au sommet. Chaque pierre semblait se souvenir de sa place et se remarier à ses voisines ; chaque ab­sente était tracée d'avance par les parois qui l'entou­raient. Un bloc d'angle disparu peina Replat, l'ar­chitecte et les archéologues. Il avait dû être l'unique erreur.
L'oeuvre restaurée, on vit que nos plus habiles orfè­vres auraient à peine suffi pour tailler des pierres de remplacement dignes des anciennes. On a retrouvé le vrai bloc - invention à lui seul - qui avait sou­tenu son angle, solide et pur. On s'était trompé en le remplaçant : les mains savantes et pieuses avaient faussé les lignes, troublé ce repos des yeux - et l'on avait critiqué les Athéniens... Dédions cette chapelle à notre humilité.


                                                              *


                                                     Parthénon


C'est donc toi. Je te connaissais, pourtant tu m'étonnes, comme le visage d'une amie préférée.
Tu semblais fragile, du bas de la côte, quand je montais ; maintenant je touche les blessures de tes blocs, je te sens solide et pas du tout immortel. Je t'aime mieux.
Quand je te regarde de trop près, j'ai un peu mal. Je compte les tambours refaits des colonnes, je fais la moue au linteau neuf, aux chapiteaux blancs. J'aime mieux la blessure des bombes - ou ce mouvement des colonnes, dont chaque tambour s'écarte d'un mil­limètre de plus que celui qui le porte - trace de l'explosion des poudres. - Je ne souffre pas des frises disparues.
Le soleil brûle, mais le vent vient de la mer, et l'ombre des colonnes est fraîche. Je m'assieds à l'ombre, ici ou là. Chaque regard négligent donne un plaisir ; j'oublie tout avec force, la mémoire est muette. Je croyais rester dix minutes. Mais non : deux heures. Mon épaule s'ajuste dans la cannelure d'une colonne. J'y vois de moins en moins ; mes yeux s'émoussent ; l'ombre de la colonne fait le chaud et le froid sur ma dalle, et tremblote. Peu importe si c'est tout. La première fois, on n'a pas non plus grand'chose des femmes. Mais la nonchalance est bonne. Je reviendrai.

                                                                           
                                                            *


L'espace entre les colonnes des Propylées, les co­lonnes d'angle du Parthénon, plus rapprochées - toutes les colonnes infidèles à la verticale. Ils ont connu une harmonie qui dépassait la symétrie. Nous voyons dans 1a régularité, une perfection abstraite et rien au de-là. Ils ont vu l'harmonie concrète, ils ont été plus loin que nous : nous sentons encore cette harmonie, mais nous n'en concevons plus que grossièrement les raisons et les moyens.
Peut-être la mythologie qu'ils laissaient dans les chiffres, les degrés de divinité qu'ils accordaient aux figures géométriques simples les ont-ils aidés à rendre leurs plans et leurs structures plus humains et plus délicats...


                                                                *


Je prends le frais sur les degrés du temple, je me sers cordialement de l'ombre, de la fraîcheur du marbre, du courant d'air que suscite, au pied des monuments, la chaleur du jour. Sous ma main, un quadrillage dont je compte les cases : Tour, cheval, fou, Roi, Reine, fou, cheval et Tour... Sans doute quelque officier turc, gardien de la poudrière, tenait ici son jeu d'échecs, sous les colonnes, devant la mer. S'il a senti cela, c'était un raffiné, il valait mieux que les touristes.


                                                                 *


Bien sûr, ces statues archaïques du Musée de l'Acro­pole me séduisent. Leur personnalité, leur sourire aigu, et sous leur geste étroit la sûreté de leur allure, me rappellent bien plus les jolies filles des rues d'Athènes que les oeuvres de la Grande Époque.
Mais je reviens aux débris de la grande époque. Ils sont plus virils que cette indiscrétion sur l'âme que les statues archaïques nous tiennent à lèvres closes.
La fuite d'impressions, de rêveries et de souvenirs que nous nommons la pensée intérieure, et que nous sommes tout proches d'adorer, les Grecs le dédai­gnaient, le surmontaient par la gymnastique, la mu­sique, la parole travaillée, ou par le loisir absent. De même ce que nous appelons personnalité, et que nous adorons, leur a paru une chose à dépasser. Comment le dépasser ? Nous n'avons, pour répondre à cette question, qu'une seule réponse, et muette, qui est leur sculpture.


                                                                 *


Ils méprisaient les plaisirs de l'amour, ceux de la table, le confort leur semblait grotesque, et pour les plus avides l'argent n'était qu'un outil. Nous tenons pour noble de mépriser l'opinion des autres hommes. Leur grand but, leur ambition d'hommes nus et sans besoins, était de forcer l'estime de leurs égaux, de communiquer avec les autres hommes par le plus haut. De là cette force et cette vie, à leurs yeux, de la perfection impersonnelle.
A la veille de la guerre entre Athènes et les Doriens, le Parthénon est d'ordre dorique, les choeurs des Tra­giques sont doriens, c'est une mode de préférer la musique dorienne.
Athènes est la tête et l'organisation d'une civilisation d'échanges. Mais sa religion regrette les symboles ruraux et adopte les mystères agraires d'Eleusis, qu'A­thènes a vaincue. Les Tragiques, Aristophane, Platon, font que ce peuple marin et marchand se rattache à sa tradition rustique. Il ne voulait pas se confondre avec des Ioniens d'Asie, ni avec ses propres métèques.


                                                                 *


Trois époques de la religion à la fois - Dieux chtoniens assimilés ou vaincus - serpent sacré, ou le serpent à trois têtes humaines. Là-dessus, triom­phant le polythéisme des Grands Dieux, qui est sur­tout un culte de l'État. Mais ceux même qui cons­truisaient là étaient, dans leurs études sur la matière et les nombres, d'une troisième religion déjà. (Impiété de Phidias, Périclès disciple d'Anaxagore). Temples immobiles devant moi, vestiges d'une reli­gion mobile et d'un dépassement continuel.


                                                                 *


Plus rien, des décorations, des peintures, ni des dorures. L'Acropole dépouillée me suffit, et elle nous enseigne le dépouillement de l'esprit. Mais ses auteurs n'avaient même pas conçu ce dépouillement qui nous sert de modèle.

                                                                      
                                                                 *


Temple d'Erechtée, synthèse habile ou spontanée ? Par-dessous, une tombe ancienne ; on ne sait plus qui c'est, et ce sera Acrops. Un vieux culte des ca­vernes, de la terre et du souterrain, autour d'Erechtée ; mélange - à cause de la source salée, à cause de luttes politiques ? entre Erechtée et Poséidon ; leur culte se fond, le dieu hellène prend pour serviteur le Dieu local : inégaux, ils logent ensemble.
Un olivier, une statue d'Athènes en bois d'olivier : autre temple ? Les deux temples se sont-ils adossés, dans l'édifice primitif, avant de s'accoter délibérément dans un ensemble unique ? Olivier et source salée,  transmis en cultes de la mer et de l'Intelligence. A demi cachés dans les bases, Acrops et les filles de Pandore enracinent les deux grands cultes dans la tradition nationale. Zeus, le dieu panhellène, a son autel aussi, du côté qui regarde Athènes. Et comme les grands cultes changent aussi, que les grands cor­tèges publics ont succédé aux offrandes des chefs de famille, le portique des Korai se tourne vers le trajet des Panathénées et la Nouvelle Acropole.
Puis une Église, puis un harem. Les Turcs avaient un goût sacrilège, mais sûr. Avec notre culte du passé et nos restaurations des vieilles pierres, ils nous regar­deraient peut-être comme des Eunuques, qui ne peu­vent y ajouter que des regrets.


                                                               *


                                                          Eleusis.


Beau vallon de Daphné. Puis, la plaine basse après le col, et l'étroite digue entre la mer sans profondeur et le lac marin. Enfin, la colline : des usines qui fument la bornent, sans trop l'attaquer.
Eleusis montre une première carapace de portes, de murs et de colonnes - les Propylées d'Antonius le Pieux, dont l'énorme torse armé se dresse dans les ruines, témoin et symbole de la lourde piété impériale, puis une fine copie des Propylées d'Athènes - l'hom­mage de la Rome cultivée et du Pulcher ami de Cicé­ron. Puis les lieux dont on n'a point parlé. Une grotte maigre, sans mystère personnel, le plus modeste des puits pour signifier, dit-on, l'Hadès. Tant mieux : ce n'est pas la terreur physique qu'on enseignait ici.
Voie détournée : allez lentement vers les Dieux. Soyez initiés sans hâte.
Agrandissements des Pisistratides et d'Athènes triomphante. Eleusis avait été vaincue par Athènes. Plus tard, quand Rome a vaincu la Grèce, à son tour elle a agrandi et embelli les mystères. Prestige de la religion des vaincus.
Les vaincus, mieux doués pour être mystérieux. La grand'salle, sorte de théâtre taillé dans le roc où l'on montrait les mystères.
Drame ? Défilé symbolique ? Quel rôle y jouaient les torches qui en sont les symboles extérieurs ?
Il faudrait croire, en tout cas, que c'était plus vu et plus senti que raconté. Quelques formules nettes avaient trouvé un indiscret, un spectacle muet, une émotion.
Mais le fond n'était pas obscur. C'était une révéla­tion d'unité. Le plus grand désir de l'esprit humain est qu'on lui affirme l'unité. Unité entre plusieurs aspects différents et plusieurs noms des Dieux (Koré-­Proserpine, union de deux contraires) nécessaire pour clarifier et ennoblir le polythéisme. Unité et commu­nion universelle que le blé signifie toujours le blé se fait de la terre et l'homme se fait de pain, et l'on sacrifie le blé dans la semence et sous la meule. Le sacrifice est nécessaire à l'unité. La maturation obscure pour le blé comme pour l'esprit de l'initié.
Les bas-reliefs d'Eleusis - celui qui reste, mutilé et celui qu'on a transporté à Athènes, l'Athéna pen­sive devant Triptolème (qui unit la religion d'Athènes à celles d'Eleusis) oeuvres grecques les plus proches de nous (oeuvres d'un sentiment plus intérieur ? pre­mière impression inexacte, plutôt oeuvres dont le sens, dont le drame est dans l'avenir).


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Le Léonidas du Musée d'Athènes, un avec son armure, tournant le torse - et sa volonté tordrait son armure. Dur et brûlant comme un aérolithe - aucune pensée, aucun sentiment : plus rien que des actions promptes jetées en avant.
L'aspect moderne de toutes ces Hygies. C'est un des noms d'Athéna - il faut qu'elle soit intelligente ; ce n'est pas tout. Ils ne pouvaient déjà plus penser à la santé sans notre prévoyance inquiète et notre égoïsme pensif.


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Athéna pensive, devant le petit Triptolème (qui donnera aux hommes la communion du pain). C'est leur Vierge à l'enfant. L'enfant est debout, la Vierge est armée.


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Délos : c'est le port franc des Romains qui se montre d'abord : grand port, agoras multiples, gens d'Italie et d'Asie, temples d'Isis et de Sérapis aux pentes du Cynthe.
Les maigres lionnes ont l'air oubliées, dans leur avenue qui ne mène à rien. Les fragments du colosse ne nous disent rien. Les exèdres bien conservées et toutes les maisons parlent de confort.
C'est trop vrai : la Grèce a été vraiment hellénique pendant un peu plus de quatre siècles - du huitième au quatrième - puis hellénistique et romaine deux fois plus longtemps. Imitatrice, institutrice, elle a vécu sur son passé deux fois plus que sur son présent.
Les plus anciennes de ces maisons, pleines de goût, ont un charme fermé, égoïste et composite. Cette civilisation de vie publique venait de découvrir la vie privée, subissait un peu d'asiatisme en essayant de rester d'un bon style. A l'imitation des temples des Dieux et des palais des satrapes, on soignait sa maison exiguë. Le commerçant se croyait au-dessus de son commerce : boutiques en contre-bas.
Ces maisons nous disent : peu d'eau. Tous les toits tournés vers l'intérieur, la gouttière passe dans une colonne de la cour, et l'eau de la cour descend aussi dans la citerne centrale. Trente centimètres d'eau au mètre carré, si l'on compte les pertes et les évapora­tions. Il fallait donc, en comptant les tubs dans les grandes cuvettes (l'eau en allait aux arbres du jardin) de trente à quarante mètres carrés par personne, trois cents ou quatre cents par maison : c'est leur surface.


                                                                *


Les mosaïques de Délos. Profitent-elles de toute la peinture grecque disparue, ou dérivent-elles surtout de l'art asiatique ?
Profondément différentes des vases peints, même des vases de la même époque. Que les couleurs soient plus fraîches sur les mosaïques, cela ne tient peut-être pas seulement à la technique : les Grecs n'ont eu que fort peu le sens des couleurs (et d'après les alliances du mot, je crois qu'ils n'aimaient pas le vert). Mais les formes aussi diffèrent : d'après les bas-reliefs, les ornements de sculpture et les vases, ils n'aimaient que les courbes fermées. Les mosaïques ont de belles courbes errantes et ouvertes. L'Égypte, Babylone et la Perse, fondues par l'Asie Mineure, ont dû marquer là plus qu'Apelle et Polygnote.
Cet art mêlé vaut mieux que l'art hellénistique plus pur. On peut s'intéresser à une décadence, lorsqu'elle a porté du neuf.


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Délos a eu plusieurs milliers d'habitants. Il y a un siècle, elle était déserte (elle l'est toujours, sauf ceux qui vivent des fouilles), Rhênée déserte, Mykonos, qui avait trouvé au XVIIIème siècle plusieurs milliers d'habi­tants, était restée longtemps déserte.
On voit bien comment guerre, épidémie, piraterie, peuvent vider une île. La piraterie est la raison pour laquelle une population trop réduite doit quitter une île. Seules la forêt et la steppe (causses, cavernes) ou la montagne complexe (forestière d'ailleurs) peuvent garder de petits groupes humains.
Mais ces causes de destruction sont momentanées. Il est plus curieux de voir ce qui rend un repeuple­ment difficile.
I) Absence d'eaux salubres. Très forte raison, fon­taines marécageuses, puits bouchés, citernes comblées, moustiques et fièvre - ou soif. Il est long et presque héroïque de recréer l'eau (Cf. dans les mythologies, les fontaines créées par les héros ou les Dieux).
2) Du vent, peu de terre : l'homme est nécessaire à l'arbre autant que l'arbre à l'homme. Murs de pierre sèche nécessaires aux figuiers et cultures. Cette petite ville repliée et tassée comme un intestin, refuge contre l'hiver venteux et sans chauffage.   
3) Une tradition de mer, sur les bonnes pêches,    les heures de vent et de courant, les bonnes rades, et, le plus vite possible, un fanal.   
4) Enfin, hors des époques d'échanges actifs, de quoi faire un équilibre économique. Pâtres (viande, vêtements, laitages). Pêcheurs (poisson, transport). Paysans (pain, vin, fruits). Artisans (meunerie, boulangerie, bois et cons­truction, métal).
Un meunier, un cordonnier, un forgeron, un menui­sier, un potier, un tanneur, un tuilier (car chacun fait sa brique crue) un puisatier etc... travaillent cha­cun pour mille personnes au moins mais leur absence est cruelle.
Un pays ne peut être Robinson à moins de mille habitants.
Mykonos est à la juste mesure d'un patriotisme qui sait ce qu'il fait. (Cas de Combanès.) Ici le conserva­tisme est directement utile : préserver les moeurs, c'est sauver le rite et garder les estivants. Elle a tou­jours suscité ce genre de patriotisme. L'héroïne natio­nale, Mando Mavrogénious. Mykonos, à la fois rus­tique et maritime, lutte pour l'indépendance. Lâcheté de la riche Syra.
   
 
Jean Prévost (chapitre "Voyage en Grèce" extrait de "Les Caractères" (Albin Michel, 1948)


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Jean Prévost sur "Chant funèbre pour les morts de Verdun" de Montherlant

Publié le par Christocentrix

"Voici un livre admirable, d'une simplicité de dessin, d'une puissance dans les sentiments élevés, que nous ne trouvons pas souvent dans les livres d'aujourd'hui. Ce pèlerinage à Douaumont, ce retour de l'esprit au milieu des morts de la guerre, sujet qui pourrait nous replacer au milieu des polémiques les plus ardentes, ne nous élève pas seulement bien au-dessus des querelles des partis, mais nous amène au point où la discussion des idées aime à céder à une unité supérieure de sentiment. Peut-être n'ai-je pas une opinion commune avec Montherlant : je ne m'en trouve que plus à mon aise pour l'admirer du fond du coeur. Ce n'est point que des problèmes s'y trouvent résolus ; bien au contraire : alors que la plupart des hommes les ont résolus sans réflexion, par préjugé ou logique, c'est un indéniable signe de grandeur que d'en retrouver les réalités sans doute insurmontables, et d'y essayer une pensée nécessairement hésitante ou incomplète. L'homme qui nous parle de cet ossuaire, a retrouvé là la condition de la véritable pensée, qui est celle aussi du sacrifice et de l'héroïsme du chef : l'oubli de soi-même et une attention tournée seulement vers tous. Les beaux passages de ce livre sont d'une éloquence nue et serrée, dont l'auteur même du Voyage du Centurion eût été incapable, digne d'être née au milieu de ces cadavres fraternels ; quelquefois des mots imprévus, où l'homme qui s'oublie se révèle tout entier, nous touchent droit : « La mort, pour soi, ce n'est rien, on s'arrangera toujours, mais c'est la mort des autres qui ne cesse de nous travailler. » Ce mot éclaire assez l'homme et le livre, et je n'en parlerai pas plus.
 
Il reste à souhaiter seulement que cette méditation soit continuée : nous n'avons pas tant d'hommes, aujourd'hui, pour nous parler de ces hauteurs. J'ose souhaiter qu'il aille un jour un peu plus loin, de l'autre côté du front, sur les cadavres eux aussi serrés et innombrables qui n'ont point d'ossuaire ni de veilleur : il montre assez de générosité pour leur parler dignement, et je suis persuadé qu'ils ne lui diront point de choses négligeables.
 
Peut-être les vertus qu'on découvre à la guerre pousseront à la haïr mieux encore, au souvenir de ces deux élans de vertu, employés à s'annuler l'un par l'autre. Quant à l'esprit et au destin des enfants d'aujourd'hui, dont il s'inquiète, j'oserai lui dire : le courage n'a point manqué là d'où vous êtes revenu ; et la guerre a montré que l'on pouvait compter sur les hommes : peut-être ne faut-il point stimuler cette vertu. Dites à vos camarades, mon frère aîné, que même dans cette estime réciproque que vous vous donnez avec tant de raison, il y a, quand elle devient exclusive, quand elle forme une confrérie du courage éprouvé, comme un soupçon du courage d'autrui, qui aiguillonne les plus jeunes, qui peut les pousser jusqu'à cette folie de vouloir s'éprouver eux aussi, et rendre inutile le sacrifice des survivants et des morts.
 
Et les jeunes ont besoin de savoir aussi qu'à la prochaine guerre ils ne seront même plus tués : car ce mot dans leurs esprits garde quelque chose encore de la coupure fraîche et de l'indulgence du fer, mais être cuit vivant dans le Taureau d'airain paraîtra chose futile et charmante auprès de la suppression perfectionnée. Et surtout le courage y sera inutile et invisible : exterminés comme de la vermine, quelle différence entre les affolés et les résignés? Il faut chercher ailleurs l'emploi de leur vertu.
 
Je m'excuse d'indiquer aussi longuement quelques-uns des prolongements qu'ont pu avoir en moi ces pensées, et surtout qu'ils soient plus discutables que le livre : la noblesse et l'honneur du Chant funèbre, c'est justement qu'il conquiert la confiance en même temps que l'admiration et l'amitié."
                              
                              Jean Prévost (extrait de Dix-huitième année, 1929)

 

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un stoïcien dans le maquis

Publié le par Christocentrix

Pourquoi tant de bruit autour du « collabo » Drieu, et un tel silence sur le « maquisard » Prévost ? Parce que sa philosophie paraît décidément bien hautaine ? Telle était la question que posait Jean Mabire, en 1979, dans un article du Figaro Magazine.
                                                               
                                                               *
"Après le Drieu La Rochelle de Dominique Desanti paraît le Jean Prévost d'Odile Yelnik. Étrange fascination posthume de deux écrivains de l'entre-deux guerres qui furent, l'un comme l'autre, des « hommes couverts de femmes ». Leur culte de l'amitié virile devait les conduire ensuite dans des camps ennemis. La mort les attendait au bout du chemin. Celle de Jean Prévost paraît encore plus tragique. Fusillé par une patrouille allemande à Sassenage, le ler août 1944, il a été depuis oublié - c'est-à-dire trahi - par les siens. Jamais on ne vit une telle ombre tomber sur un écrivain, alors qu'il était, de surcroît, un authentique héros de la Résistance. Ceux qui avaient choisi le parti de la Collaboration sont souvent mieux traités par la postérité.
yelnik
Le livre d'Odile Yelnik n'explique pas grand-chose à ce sujet. On situe toujours mal la réelle importance de Jean Prévost à la veille de la guerre. Pourtant, il est à la fois romancier et critique; pas très lu, mais connu dans le monde des lettres. Ses articles de la Nouvelle Revue française sont de ceux qui comptent. Il a lancé un jeune inconnu, Saint-Exupéry (qui disparaîtra en mission aérienne le jour même où Prévost sera fusillé). Il a publié un remarquable essai, Plaisir des sports, qui soutient la comparaison avec Les Olympiques de Montherlant, et une demi-douzaine de romans, dont l'un au moins, Les Frères Bouquinquant, a connu un certain succès, grâce au film de Louis Daquin. Ses études sur Stendhal et Baudelaire font autorité. Pourtant...
Bien d'autres écrivains de moindre importance ont mieux franchi l'épreuve du temps. Paul Nizan, par exemple, ou Eugène Dabit. Mais Jean Prévost, lui, ne « passe » pas. De l'édition posthume des Caractères, en 1948, on a vendu, dit-on, quarante-sept exemplaires.
Pourquoi cet oubli? Le livre d'Odile Yelnik, travail concienscieux mais singulièrement dépourvu de flamme, alors que Jean Prévost était avant tout un homme de violence, ne répond guère à cette question. Et c'est pourtant la seule qui compte quand il s'est produit une telle injustice.
 
Prévost est certes tombé dans le bon camp. Mais ce fut à l'issue d'un combat dont on n'aime guère ranimer le souvenir. Le soulèvement du Vercors fut déclenché trop tôt et les maquisards y furent pratiquement abandonnés par les services spéciaux d'Alger. On se souvient que cette affaire provoqua une rude polémique entre Fernand Grenier et Jacques Soustelle. Et le dernier message envoyé par les chefs civils et militaires du Vercors est terrible : « ... ceux qui sont à Londres et à Alger n'ont rien compris à la situation dans laquelle nous nous trouvons et sont considérés comme des criminels et des lâches. Nous disons bien criminels et lâches. »
Il est certain que Jean Prévost, qui commandait alors une compagnie de combat, sous le nom de «capitaine Goderville », ne pouvait que partager les sentiments de ses camarades et se sentait pris au piège par l'impéritie peuple-impopulaire-copie-1.jpgde ceux qui l'avaient lancé dans une telle aventure. Peut-être avait-il même l'impression que l'on voulait, en haut lieu, se débarrasser d'une certaine Résistance. D'où le titre du livre d'Alain Prévost, évoquant sa jeunesse au Vercors sous les ordres de son père : Le peuple impopulaire.
Ancien membre des étudiants révolutionnaires au temps de son passage rue d'Ulm, fugace adhérent socialiste, indubitable « progressiste », Jean Prévost garda ses distances avec le parti communiste. Il ne fut pas récupéré comme «compagnon de route», même à titre posthume. Car ce disciple, parfois rebelle, du philosophe Alain, s'il s'apparente à la famille radicale, reste avant tout un individualiste.
Ses essais, ses romans, ses nouvelles, ses articles, toute son oeuvre, célèbrent des « vertus » qui sont devenues fort peu à la mode. Le monde de Prévost est celui de la violence, de l'effort, de la volonté. La seule morale de ce libre-penseur est un singulier culte de l'honneur, qu'il lie à la réalité d'un Occident aujourd'hui fort contesté : « L'honneur s'est passé de principes, il a survécu à toutes les castes et à toutes les révolutions, tant il était bien ancré dans le coeur des hommes d'Occident. Infiniment plus fort que l'amour de la patrie et l'amour de l'humanité, et assez fort pour laisser attribuer à d'autres sentiments tous les sacrifices qui se sont faits pour lui. On ne meurt que pour le plaisir de rester digne de soi-même. »

Prévost

Certaines phrases de Jean Prévost rendent ainsi un ton très actuel : «Je crois que l'Occident triomphera. Grâce à son imprudence. Il aime encore placer la vie et la pensée dans des circonstances difficiles, lancer tout son acquis en des traversées hasardeuses: on s'y dévore, la sélection y est plus vive qu'ailleurs. »  Certains passages de cet oeuvre évoquent la nostalgie d'un ordre dont le maître-mot serait stoïcisme - ce qui, une fois encore rapproche Jean Prévost de Montherlant. Ainsi : « Le stoïcisme permet à l'homme de persister, dans un milieu qui tend à le dissoudre, tel que chacun pourrait être dans un milieu qui le maintiendrait. »
Le grand rêve de Jean Prévost tel qu'il a voulu le vivre sur les stades puis dans le maquis, a été naissance de ce qu'il a lui-même nommé « une aristocratie populaire ». Le fusillé de Sassenage ne peut se classer ni à droite ni gauche. Il l'a dit une fois pour toutes, dès sa dix-huitième année : sa seule passion a été de « défendre violemment des idées modérées ». Ce qu'il récuse avant tout, c'est la société marchande et le règne de l'argent.
Cela ne va pas sans illusion, mais Jean Prévost est justement mort d'avoir cru à cette illusion : « L'homme du peuple, en France, ressemble à un noble bien plus qu'à un bourgeois. Il admire les prouesses physiques, il tient la gaieté pour une vertu, il aime le courage jusqu'à l'imprudence, il agit par générosité, par tendresse, par honneur et par caprice bien plus que par devoir; n'aime l'argent que pour le dépenser... »
En traçant ainsi le portrait de ce qu'il nomme « le gentilhomme prolétaire », c'est son propre portrait qu'il imaginait.
Toutes ces citations ne sont pas extraites de la biographie d'Odile Yelnik.  C'est pourquoi il faut maintenant, et d'urgence, rééditer Jean Prévost. "
                                
                                   Jean Mabire (le Figaro Magazine, 10 mars 1979)
                                                                       
                                                                      *
Depuis cet article de Jean Mabire, certains livres de Prévost a été réédités, et on peut trouver des essais biographiques.  

 

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                                                                                       de Jérôme Garcin



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Résistant, romancier, critique, essayiste, journaliste, athlète, séducteur, etc... : Jean Prévost fut le surdoué et l’homme à tout faire de la république des lettres françaises depuis les années 1920 jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il en fut aussi l’honneur, lui qui mourut dans les combats du Vercors le 1er août 1944, à 43 ans, en laissant devant lui probablement le meilleur de sa carrière. Cet ouvrage dresse le portrait d’une personnalité aussi complexe que fascinante. Ses combats, ses convictions politiques, son engagement journalistique, son amour du cinéma et de la littérature, sa fréquentation des grands écrivains et des grands livres, sa vision esthétique : telles sont quelques-unes des facettes multiples que l’on verra ici présentés par certains des meilleurs spécialistes de l’écrivain ainsi que par ses proches, qui proposent des témoignages émouvants. Aux avant-postes de l’Histoire, aux avant-postes de la littérature, Jean Prévost reste, à n’en pas douter, un héros pour notre temps. (Jean Prévost aux avant-postes. Ouvrage collectif sous la direction de Jean-Pierre Longre et William Marx, Essai/ collect. Réflexions faites, 2006).
 
                                                                 *
des liens :
- éléments bio-bibliographiques : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Pr%C3%A9vost   

 

 

 

 

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la Kahena, héroïne berbère

Publié le par Christocentrix

Reine berbère originaire des Aurès (Algérie). Ame de la résistance berbère à l'invasion arabe, au VIIème siècle.

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comparons...

 

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Jeanne Hachette une héroïne française

Publié le par Christocentrix

Jeanne Laisné ou Fourquet, connue depuis le XVème siècle sous le nom de Jeanne Hachette, née le 14 novembre 1454 à Beauvais. Figure emblématique de la résistance française face à Charles le Téméraire.

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comparons.....

 

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Μια πίστα απο Φώσφορo

Publié le par Christocentrix


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le Camp des Saints

Publié le par Christocentrix

Un entretien avec Jean Raspail lors de la réédition du Camp des Saints... ici :

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Wall Street et ses compromissions

Publié le par Christocentrix

Récemment, en 2012, ont été traduits et édités en français (édit. "Retour aux Sources") les résultats d'un long travail d'investigation d'Antony Cyril Sutton, économiste et historien britannique. (Sur le détail de sa biographie et de ses travaux, vous pouvez trouver dans l'article Wikipedia des précisions et des liens : http://fr.wikipedia.org/wiki/Antony_Cyril_Sutton ). 

Au fil d'une enquête magistrale, Antony Sutton établit des liens historiques tangibles entre capitalistes américains et communistes russes. Tirant ses informations de l'examen de dossiers du Département d'État, des archives personnelles de personnages clés de Wall Street, de biographies, d'articles de presse et de livres d'historiens classiques, Sutton met en lumière le rôle que jouèrent les dirigeants de certaines banques et de puissants de Wall Street. Le soutien au communisme, actif mais secret, les accords passés par de grandes entreprises dans le but de capter l'énorme marché russe, par des hommes d'affaires de premier plan, lesquels se faisaient publiquement les champions de la libre entreprise. « Wall Street et la révolution bolchévique » est un des volumes de la trilogie de Sutton sur les implications politico-financières et leur part de responsabilités dans le déclenchement des révolutions et conflits mondiaux du XXème siècle.

 

 

 
 
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D'autre part, en mettant au jour un cloaque de mensonges, de tromperies et de duplicités, Antony Sutton révèle l'un des faits le plus marquant, et pourtant le moins rapporté, de la Seconde Guerre mondiale : que des banques de Wall Street et des grandes entreprises nord-américaines ont soutenu l'ascension de Hitler vers le pouvoir, en finançant l'Allemagne nazie et en faisant des affaires avec elle. En suivant minutieusement la piste de ces faits "oubliés", grâce à des documents et des témoignages incontestables, Sutton parvient à la conclusion que la catastrophe que fut la Seconde guerre mondiale bénéficia surtout à un groupe privilégié d'initiés financiers. Il donne le compte-rendu détaillé, preuves à l'appui, du rôle abject que jouèrent des financiers bien connus, directement ou à travers leurs entreprises, et tous ceux qui financèrent les préparatifs de la guerre la plus sanglante et la plus destructrice de l'Histoire. « La contribution du capitalisme nord-américain aux préparatifs de guerre allemands a été phénoménale et, sans elle, l'Allemagne n'aurait jamais eu la capacité militaire qui conduisit au massacre de millions de personnes innocentes ... » « Non seulement ces banquiers et hommes d'affaires nord-américains avaient conscience de la nature du nazisme, mais il assistèrent le nazisme à chaque fois qu'ils y avaient intérêt en sachant parfaitement que la conséquence probable serait une guerre impliquant l'Europe et les États-Unis. »

« Wall Street et l'Ascension de Hitler » est le troisième volume d'une trilogie consacrée à l'implication directe des financiers new-yorkais dans la révolution lénino-trotskiste en Russie, l'élection de Franklin D. Roosevelt aux États-Unis et la montée du nazisme en Allemagne.

 

                                                              *

Avant la traduction des travaux de Sutton, un journaliste français (et ancien du Service de Documentation Extérieure et du Contre-espionnage, SDECE), Pierre de Villemarest, s'était lui aussi interessé à ces côtés de l'Histoire.

(voir Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_de_Villemarest).

En 1984, il a publié deux volumes sur ces mêmes questions. ( "Les Sources financières du Communisme", "les Sources financières du Nazisme"). Réactualisés et enrichis de nouveaux documents, ses travaux ont été réédités en 1996 (édit. Godeffroy de Bouillon) sous le titre "A l'ombre de Wall Street, les complicités soviéto-nazies".

 

 

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Pierre de Villemarest écrit que « Sutton fut le seul auteur qui ait jamais disséqué les contrats grâce auxquels les totalitarismes nazi et soviétique ont pu vivre et survivre économiquement ».

 

Cet ensemble est indispensable à la compréhension des évènements majeurs dont des masses d'innocents ont été les victimes tandis que les responsables "faisaient des affaires".  

 
 
 
 

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