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Articles avec #au milieu des ruines tag

vers un nouvel âge héroïque ?

Publié le par Christocentrix

dédié à un ami au milieu des ruines...

 

..."Et nous, qui essayons d'être chrétien, sans renoncer à une foi politique, qu'oserons-nous proposer, indiquer à l'horizon du désir, qui ne soit objet premier du mirage? La réflexion sur Foucault nous a, bizarrement, conduit à l'idée, ou au mythe d'une légitimité révolutionnaire, d'une révolution pour instaurer l'ordre légitime et profond. Ce n'est pas que nous n'éprouvions du dégoût pour le mot de révolution. Nous savons d'expérience, comment elles se terminent toutes, et nous n'envions pour nous ni pour nos fils, les prestiges de leur commencement.

Il y aurait pire que l'usage - indirect ou adjectif - de ce mot : ce serait l'illusion que la société par nous héritée, puis empirée, est compatible avec une légitimité quelconque, qu'un État légitime peut être greffé ou plaqué sur cette désolante pourriture. Mais, si corrompue qu'elle soit par le mal universel de l'usure (plus encore que par la pornocratie et l'alphabétisme idiot), chaque enfant d'une race et d'une langue, chaque nouveau-né recommence l'énorme aventure, retrouve la chance de tous les saluts ; le tissu premier de la politique, la source et l'objet du pouvoir sauveur, c'est la naissance. Chaque naissance dans une famille est le modèle idéal et réel des renaissances nationales ; l'apparition effective d'une telle renaissance exige la conjonction (pas plus invraisemblable, certes, que celle dont la révolution marxiste ne peut théoriquement se passer : une concentration du prolétariat dépossédé, et une volonté révolutionnaire) d'un état de la corruption ploutocratique avec une décision, le rétablissement de la nature politique et du droit naturel. Que cette conjonction doive être héroïque, cela résulte de l'extrême contrainte exercée, à l'âge moderne, par l'extrême artifice, et par les techniques d'avilissement. Le noyau naturel de notre présence terrestre est attaqué de telle sorte que la nature même ne peut plus être que l'objet d'une reconquête. Que cette reconquête puisse demeurer pacifique est probablement une illusion dont les écologistes sérieux ne soutiennent pas la vraisemblance. Lorsque « l'âge de l'homme » décrit - nous l'avons vu, de manière ambiguë - par Vico, tombe, à l'occasion de l'un des ricorsi, bien au-dessous des Lumières, et produit la société d'usurpation et de mensonge que nous connaissons, il n'y a plus qu'à attendre et préparer activement le nouvel âge héroïque. Cela malgré les surprises que nulle prévision ne nous épargnera, malgré la difficulté liée à l'existence d'un autre type de corruption dans d'autres sociétés ou nations concurrentes, malgré la perte d'énergie considérable que les systèmes sociaux, comme les systèmes physiques, éprouvent au cours de tous leurs changements majeurs. Une théorie du pouvoir associée à une foi politique doit prévoir quelle entropie elle peut supporter et risquer, et quelle « néguentropie » elle apporte avec elle, comme toute décision vivante. Il doit - on est tenté de dire il va - y avoir un moment où survivre dans cet état de pourriture apparaîtra, dans un éclair comme indigne et impossible. Cette prévision ne diffère de celle des marxistes que par les sujets de l'impossibilité vécue : là où les marxistes les délimitaient comme prolétariat victime du salariat, nous reconnaissons en eux les Français (et les diverses nations d'Europe selon une modalité particulière), en tant qu'hommes empêchés de vivre naturellement, soumis à des objectifs étatiques tantôt fous, tantôt criminels. Quelques-uns parmi eux, sont capables de guetter la conjonction libératrice, mais, à l'instant élu la communauté tout entière, par l'effet de l'universelle agression qu'elle a subie, peut être capable de consentir à la décision d'initier un nouvel âge héroïque. Il ne sera certes pas celui des philosophes, nouveaux ni anciens. Les philosophes, s'ils se délivrent de leur préjugé que l'Esprit doit être sans puissance et que tout pouvoir est mauvais y pourront jouer un rôle moins absurde, finalement que celui de Platon à Syracuse. Quant aux spirituels, c'est l'un d'eux, Martin Buber, qui prophétisait la bonne modification du pouvoir en un nouvel âge : « Je vois monter à l'horizon avec la lenteur de tous les processus dont se compose la vraie histoire de l'homme, un grand mécontentement qui ne ressemble à aucun de ceux que l'on a connus jusqu'ici. On ne s'insurgera plus seulement, comme dans le passé, contre le règne d'une tendance déterminée, pour faire triompher d'autres tendances. On s'insurgera pour l'amour de l'authenticité dans la réalisation contre la fausse manière de réaliser une grande aspiration de l'aspiration à la communauté. On luttera contre la distorsion et pour la pureté de la forme, telle que l'ont vu les générations de la foi et de l'espoir. » Un « nouveau Moyen Âge » comme l'ont entrevu Berdiaeff et Chesterton ? Les ricorsi ne sont pas de pures répétitions ni même de simples renouvellements. Sûrement : une manière de rendre vaine l'opposition de l'individualisme et du collectivisme, telle qu'en usent, pour leurs courtes ambitions, les barbares et les freluquets. L'âge des héros rebâtira un pouvoir ; il n'est pas de grand siècle du passé qui ne se soit donné cette tâche : même aux âges simplement humains, où les familles, lassées de grandeur, confiaient à quelque César leur destin, à charge de maintenir le droit commun, le pouvoir reconstruit gardait quelque saveur du monde précédent. Notre société n'a que des banques pour cathédrales ; elle n'a rien à transmettre qui justifie un nouvel « appel aux conservateurs »; il n'y a, d'elle proprement dite, rien à conserver. Aussi sommes-nous libres de rêver que le premier rebelle, et serviteur de la légitimité révolutionnaire, sera le Prince chrétien."

            

                                                                     *

Pierre Boutang, Reprendre le pouvoir, Sagittaire, 1977.



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Magnificat

Publié le par Christocentrix


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Jean Raspail (Madeleine Roussel)

Publié le par Christocentrix

jean RaspailDans la « morne plaine » du monde littéraire contemporain, Raspail fait partie des très rares romanciers qui émergent de la médiocrité. Pour le dire sans détours, il y a chez lui du génie : faute impardonnable aujourd’hui…

Pire encore pour beaucoup : sa haine de tout consensus mou et son amour ardent de la civilisation occidentale et catholique. Chantre des épopées qui échouent, il pourrait passer pour pessimiste, mais chacun de ses livres est une invitation pour le lecteur à réussir sa propre aventure individuelle. Si l’on ne peut toujours changer LA vie, il reste possible de changer DE vie. Une cause noblement défendue grandit celui qui se bat pour elle. Elle enrichit le monde d’un peu de « panache » et de ce « supplément d’âme » qui seul peut l’empêcher de mourir tout à fait.

Dans son petit essai, Madeleine Roussel nous promène à travers l’oeuvre de Raspail « avec exactitude topographique et véritable compréhension du "terrain" : virtuosité et intelligence » (lettre de Jean Raspail à l’auteur). C’est de fait une magnifique analyse littéraire conduite avec ordre et logique, qui donne au lecteur l’agréable impression d’être intelligent… (quatrième de couverture).

 

"...L'entrée dans un monde qui me paraissait immédiatement si proche et pourtant déjà éloigné du quotidien grisâtre du monde moderne. C'était comme le retour d'Ulysse après un long voyage, les retrouvailles avec une terre et une patrie, la découverte que, oui, les principes auxquels nous étions attachés étaient bien vivants.... " (extrait de la préface de Philippe Maxence).  

92 pages, 10 €,  ISBN 9782906972605.  On peut se le procurer ici aux éditions sainte-Madeleine du Barroux. http://www.barroux.org/docum/CATALOGUE.PDF

 

Rappellons aussi la série BD inspirée d'une oeuvre de Jean Raspail, "Sept Cavaliers" :

http://www.editions-delcourt.fr/catalogue/bd/sept_cavaliers_2_le_prix_du_sang

 

sur Jean Raspail :    http://jeanraspail.free.fr/ 

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Raspail

 

 

 

 

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au milieu des ruines (2)

Publié le par Christocentrix

L'époque dans laquelle nous avons le courage de vivre doit faire penser à une nouvelle époque critique. Sinon, comment expliquer que les vieux consentent à brûler ou mutiler joyeusement leurs idoles de toujours, tandis que les jeunes foulent aux pieds toutes les croix qu'on leur présente et souillent tous les ciboires. Une fois encore, Nietzsche a parlé vrai : « Il semble que tout soit décadence. » Et il a montré l'issue de cet état de déchéance : « Il faut donc diriger ce déclin de telle sorte qu'il rende possible pour les plus forts une nouvelle forme d'existence. » Ailleurs, à propos du nihilisme européen, Nietzsche a vu que la dernière période ne pouvait être marquée que par la catastrophe et l'avènement d'une doctrine passant les hommes au tamis, poussant les faibles et les forts à des résolutions.

C'est l'évidence même, les « petits fonctionnaires de la vingtième année », avec l'indécence de leur jeunesse apprivoisée, ne pourront jamais donner le départ à une révolte sacrée. Réussir dans la vie, tel est leur but unique. Réussir à vivre dans ce monde de la profanation, au milieu des morts-vivants, tel est leur inconnu. Ils n'ont pas compris que la jeunesse, par nature, est une dissidence. Ils ne se rendent pas compte qu'ils sont les faillis de la vie, qui est énergie, audace, sacrifice.

Lorsqu'il s'agit de condamner cette attitude conformiste, ce « suivisme » méprisable, la fausse et la vraie contestation se rejoignent. Mais elles divergent dès qu'il est question de définir le contestataire. Si elles peuvent réprouver toutes deux les hommes clos, elles conçoivent différemment l'homme ouvert. Souvent, l'une met en avant l'homme du ressentiment alors que l'autre dresse en face de la société bourgeoise sur son déclin l'homme révolté. Le ressentiment est une position toute négative, « la sécrétion néfaste en vase clos d'une impuissance prolongée » - on peut trouver dans cette impuissance originelle l'explication des échecs successifs de la pseudo-contestation et les raisons de sa récupération totale ou de son aliénation totale. Par contre, un principe d'action profond fait l'homme de la révolte : à la source de son refus, il est aisé de découvrir une énergie surabondante, une offre de sacrifice. Contrairement aux rebelles sans cause qui ne font que prolonger les démocraties sans conséquence.

La raison d'être du ressentiment réside dans l'impossibilité de prendre ou de rendre, la révolte trouvant la sienne dans l'interdiction de donner ou de prêter. Le ressentiment conduit à se plaindre, la révolte à plaindre. De ce côté, on affirme : « Nous sommes tous des convives de pierre », par solidarité envers les aristocraties qui demandent à naître, envers l'intelligence, la force et la santé qui demandent à s'épanouir.

Les minorités qui opposent au système une contestation sans compromis, un front du refus intransigeant, doivent en réunir les victimes, celles qui l'ont été parce qu'elles avaient des capacités, parce qu'elles refusaient de se soumettre à la morne vie bovine de leurs contemporains. Le sens du slogan « Nous sommes tous des convives de pierre ! » pourrait être la nécessité d'une contestation faisant figure de coalition par le haut, très clairement puissante, dépassant et relayant la pseudo-contestation, qui n'apparaîtrait qu'une sorte de coalition par le bas, très nettement aboulique. Evola a eu les mots justes : « Seule compte la résistance silencieuse d'un petit nombre, dont la présence impassible de « convives de pierre » sert à créer de nouveaux rapports, de nouvelles distances, de nouvelles valeurs, et permet de constituer un pôle qui, s'il n'empêche certes pas ce monde d'égarés d'être ce qu'il est, transmettra pourtant à quelques-uns la sensation de la vérité - sensation qui sera peut-être aussi le début de quelque crise libératrice ».


Il faut tout de même préciser le sens de l'expression « convives de pierre ». On doit savoir que ces derniers ne peuvent que refuser la compagnie des « convives oisifs de la vie» (José-Antonio Primo de Rivera) qui, au tableau de l'existence, ne s'inscrit qu'avec les arabesques de la frivolité et au moyen de l'alphabet de la futilité.
S'ils partagent la vie des individus massifiés qui les entourent, c'est avec indifférence et distance. Ainsi, on peut espérer qu'à force d'assister au spectacle du désordre ambiant, ils s'affirmeront les acteurs de l'ordre renaissant. Du reste, ce qui les préserve de la lèpre matérialiste s'appelle l'antibourgeoisisme. Cet antibourgeoisisme prend pour cible aussi bien la bourgeoisie satisfaite et snobe que le prolétariat embourgeoisé. Le « convive de pierre » sait que le bourgeois se donne l'apparence d'être en révolte contre le pouvoir en place, mais qu'en fait il lui obéit civilement ; en d'autres termes, il est responsable de ce paradoxe : protester pour finalement consentir. Balzac avait compris que le bourgeois est, par ailleurs, une « créature faible en masse et féroce en détail », « essentiellement l'ami de l'ordre »(de l'ordre établi). II n'est pas insensé de prétendre que les bourgeois, parce qu'ils sont acquis aux convenances et parce qu'ils n'envisagent la vie que sous l'angle de la réussite matérielle, trouvent leurs vrais enfants dans toutes les pseudo-contestations.


En vérité, les hommes nouveaux devraient répondre aux critères présentés par Evola : antibourgeois parce qu'ils dédaigneront la vie commode ; antibourgeois parce qu'ils auront une conception supérieure de la vie, héroïque et aristocratique ; antibourgeois parce qu'ils ne suivront pas ceux qui promettent des avantages matériels, mais ceux qui exigent tout de soi-même ; antibourgeois parce qu'ils n'auront pas la préoccupation de la sécurité, mais parce qu'ils aimeront une union essentielle entre la vie et le risque, faisant leur l'inexorabilité de l'idée nue et de l'action précise, parce qu'ils n'auront qu'intolérance pour toute forme de rhétorique et de faux idéalisme, pour tous ces grandes paroles qui s'écrivent avec une majuscule, pour tout ce qui est seulement geste, phrases à effet, scénographie.

 


«Nous sommes nés dans les ruines. Quand nous sommes nés, l'or s'était changé en pierre» (P. van den Bosch). Le déclin de l'Occident laisse notre monde en ruines et pétrifie ce qui était aurifié : c'est la grande leçon à tirer de toutes les protestations ou révolutions de l'après-guerre. Mais on aurait tort de croire qu'il n'existe qu'une seule génération des ruines. En fait, il y a celle qui pille les restes de notre civilisation et il y a celle qui essaie de construire un ordre nouveau au sein du désordre, de réintroduire le cosmos à l'intérieur du chaos. Dans ce sens, la première contestation apparaît comme celle des êtres déchus qui vivent leur perte dans l'inconscience de leur salut. L'autre contestation appartient aux hommes qui acceptent de se tenir debout au milieu des ruines, avec la certitude que quelque chose prend fin et que quelqu'autre chose demande à naître : il y a un enfant vivant dans le corps moribond de la société libérale.


Les années qui viennent verront se dessiner l'alternative au système, qui repoussera dans le néant les sous-produits de la société bourgeoise. Avant même que la contre-culture underground soit définitivement remontée à la surface, la culture véritablement souterraine aura pris forme. Malgré l'esthétisation progressive des pseudo-contestations et contre le dépérissement de l'Etat se produira une restauration politique. La métaphysique de l'histoire, annonciatrice d'un nouvel âge d'or, remplacera le sens et la physique de l'Histoire. La plus profonde libération sexuelle partira de la Femme et de l'Homme absolus, éclipsant ainsi l'actuelle dégradation du sexe. Un front antibourgeois aristocratique et héroique naîtra de l'extinction de l'antibourgeoisisme populiste et massifiant. Le mal démocratique sera attaqué à la racine, non plus aux fruits. Peut-être qu'une nouvelle spiritualité, au-delà de l'intégrisme catholique et du néo-paganisme, l'emportera sur la « seconde religiosité » (Spengler). Les divers réductionnismes laisseront la place à la totalité de l'homme. La jeunesse de l'esprit vaincra la jeunesse des corps. La solidarité de quelques-uns tiendra en échec la lutte des classes ou celle des nations.


Le « non » de "l'anarchisme de droite" est lucide, souverain et absolu. II témoigne en faveur d'une orientation existentielle précise, à laquelle vient s'ajouter le désir aigu de reconstruire : c'est un « oui » domestiqué qui vient de loin. C'est le « oui » de la mémoire la plus longue et de l'ambition la plus grande : celui de l'affirmation absolue. Nous voulons : moins de prêches, plus d'exemples ; moins de démagogie, plus d'ontologie ; moins de féminisme, plus de féminité ; moins de soldats, plus de guerriers ; moins de rhétorique, plus d'enseignements ; moins d'érudition, plus de Connaissance ; moins de guelfes, plus de gibelins. Notre radicalisme de la reconstruction (Evola) sera une révolution pour l'Europe, contestant le système dans son entier, reprenant à son compte les valeurs de la Tradition et rejetant celles de la Subversion. Ce sera la révolte d'une génération, non celle d'une classe sociale ; celle d'une communauté d'esprit, non celle d'une quelconque Commune. Elle conviera à une révolution silencieuse et aura le privilège antidémocratique d'unir l'esprit militaire et la contestation étudiante, la force spirituelle et la résistance aux impérialismes. Elle agira en milieu urbain avec les vertus paysannes.



Ces textes sont des extraits d'un opuscule rédigé en 1977, par un cercle "évolien" dirigé par G.G.  Elle contient nombre de citations de Julius Evola.
                                                                            En toute impersonnalité active.......
 
 

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au milieu des ruines (1)

Publié le par Christocentrix

...."choisir d'opposer un front du refus à ce système ignoble né de la révolution du Tiers-Etat et menacé par celle, ascendante, du Quatrième-Etat. Cette forme de constestation dispose d'une stratégie de la rupture qui lui commande de ne pas retenir ce qui vacille, de ne pas restaurer ce qui s'effrite et de ne pas relever ce qui tombe. Proposer un radicalisme de la reconstruction, en s'affiliant au monde de la Tradition. Il n'est possible de trouver une solution à la crise du monde moderne qu'en se rattachant à des valeurs traditionnelles surnaturellement impérissables. Comme pour tout soulèvement digne de ce nom, il y a des écueils à éviter, une digue à ouvrir et un port d'attache à rejoindre. La barbarie, telle est la solution qu'il faut rejeter. La décadence, tel est le problème qu'il faut résoudre. La Tradition, telle est la solution qu'il convient d'accepter.

Cela est désormais acquis ;  un petit nombre d'individus, perdus dans la masse des êtres anonymes, souffre dramatiquement de « l'exil des âges scélérats » (Stefan George). Pour eux, le monde moderne - le monde de la Grande Blessure - se trouve dans un état critique, donc décisif. Ils n'ont plus à cacher leur Grand Dégoût devant la pantomine qui se joue sous leurs yeux.

Leur indifférence au romantisme révolutionnaire, leur haine pour tout ce qui est passivité de l'âme ou abandon spirituel, leur classicisme de l'action et de la domination, leur volonté de catharsis héroïque les font pencher du côté de la révolte, à la fois profonde et brutale. Dans le même temps qu'ils rejettent le harnachement des conventions petites-bourgeoisies, le corset des habitudes émasculantes, ceux-ci cherchent, conformément au mot d'ordre du futurisme italien à « tuer le clair de lune ». Puisqu'ils ont à combattre le système capitaliste collectivisant, ils doivent se garder de toute réaction instinctive, irréfléchie, se méfier des rébellions sans motivations franches et pénétrées de conformisme quand elles ne sont pas le fruit du ressentiment.

La contestation de ce petit nombre peut être anarchiste parce qu'elle a des propositions à faire, parce qu'elle est féconde en projets et riche en enseignements, parce qu'elle est grosse d'un monde nouveau alors que la Droite conservatrice ou les diverses Gauches ne font appel qu'au porc qui sommeille en l'homme. Aujourd'hui plus que jamais, il faut réunir les conditions d'un sursaut élitaire, articuler un refus éloquent, projeter une conspiration exemplaire. L'ordre, la hiérarchie, l'autorité, la communauté, l'action et la contemplation, telles sont les valeurs "subversives" qu'offre aux hommes différenciés l'anarchisme tourné vers la renaissance européenne. En lui, rien de construit, mais aussi rien de spontané:  c'est l'univers de la maîtrise et de l'être. De la sorte, contrairement aux réactions des pseudo-contestataires provoquées sans nul doute par la situation existante, celles d'un tel anarchisme témoignent d'un détachement véritable et d'un incivisme exemplaire. Ce genre d'anarchiste fait en sorte que chaque jour soit comme le dernier jour, tandis que le commun des mortels se débat dans les problèmes de la veille en attendant de trouver une solution le lendemain.

L'anarchiste traditionaliste est persuadé que c'est seulement à travers une certaine sévérité soldatesque que l'on peut fuir le destin de devenir bourgeois », sachant pertinemment que sont bourgeois, le rebelle chevelu qui a besoin de la société pour se faire remarquer... bourgeois l'anarchiste narcissique, individualiste, profondément incapable de se donner une discipline », étant finalement convaincu que « l'antithèse à l'esprit bourgeois n'est pas le salon ou le bar existentialiste, n'est pas la place d'Espagne ou Saint-Germain des Prés, c'est le camp, la palestre, la solitude, la montagne - Insensible au narcissisme, répondant à la nécessité d'une impersonnalité active consacrant plus l'oeuvre que l'individu, discipliné et indifférent aux modes, "l'anarchiste de droite" donne un sens à sa vie en contemplant le non-sens de la vie moderne, de type utilitaire et fatalement impuissante. Il suit tranquillement une orientation précise.

Combien Jünger avait raison lorsqu'il écrivit :« Mieux vaut être un délinquant qu'un bourgeois » ! Toutefois, si le ton est donné, l'indication reste vague : il est impossible de suivre à la lettre cette phrase paradoxale. Il faudrait compléter : Mieux vaut être un "anarchiste de droite" qu'un délinquant.

Avec sa légalité et ses magistrats, que peut le système contre la légitimité de notre anarchiste, inspirée par la dimension de la transcendance ? L'homme de la résistance n'aura de cesse de se maintenir à l'aide de la vision du monde qui lui appartient en propre. Son autodiscipline devrait suffire, de plus, à l'écarter de toute morale sociale contemporaine, née du Siècle des Lumières. Il sera convaincu qu' « il existe la vulgarité, la méchanceté, la bassesse, l'animalité, la perfidie, tout comme il existe la pratique imbécile de la vertu, le bigotisme, le respect conformiste de la loi » et que la première chose vaut aussi peu que la seconde » (F. Thiess).

Cette nouvelle forme de contestation ne doit pas tomber dans le vice inhérent à tout rejet, même positif : « l'euphorie du naufragé » et « le désir frénétique de créer et de détruire » qui lui fait écho. Aucune frénésie ou exubérance : la sérénité seule, seule indestructible, seule inaccessible au vulgaire. Aucune superficialité : l'unique preuve par soi-même. Ayant pour flèche la restauration de l'humain et pour cible le système bourgeois, "l'anarchisme de droite" peut mener à bien la reconquête de la spiritualité vraie. Face au « règne de l'on » (Heidegger) de plus en plus absolu, il saura lever une bannière et ne combattra pas sans cause.

Persuadé qu' « il faudrait une catharsis totale, une dénudation qui n'épargne rien, capable de dégager l'homme contemporain de ses concrétions, de son « moi », de ses orgueils et de ses oeuvres, de ses espérances et de ses angoisses », l'anarchiste de droite se tient debout au milieu des ruines, dans une impassibilité totale. Il sait que grâce aux ruines, la vue s'aiguise et la voix porte plus loin..."


                                                                           (suite message suivant) 

 

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Assaut de la vraie culture

Publié le par Christocentrix

Contribue à aggraver la situation, malheureusement, l'attitude d'un certain nombre d'hommes de la Tradition qui, souvent dégoûtés avec raison par la friperie intellectualoïde que la subversion s'efforce de faire passer en contrebande sous l'étiquette de « culture », adoptent l'attitude psychologique de sortir leur revolver dès qu'ils entendent prononcer le mot culture, voulant ainsi manifester symboliquement une intolérance instinctive à l'égard de tout le « culturel » plus ou moins engagé. Cette attitude de certains traditionalistes, même si on peut l'expliquer comme une sorte de réflexe conditionné qui, provoqué par une nausée légitime devant une pseudo-culture en putréfaction, aboutit à s'insurger aussi quand il s'agit simplement de culture en général, cette attitude ne peut pourtant pas être justifiée ou excusée ; elle trahit en fait une réaction non pas sereine et détachée, mais au contraire impulsive et irrationnelle, donc dénuée d'efficacité et même nocive, dans la mesure où elle finit pas confondre dans le même dégoût le sain et le pourri. Elle conduit seulement à un anti-intellectualisme général et non précisé, qui ne fait qu'avaliser imprudemment les suggestions imposées par la subversion, prive la Tradition de son principal et plus formidable instrument d'affirmation (le rayonnement de sa propre Weltanschauung) et se limite en définitive à fournir des alibis commodes à la confusion et à la médiocrité des idées, non moins qu'à la paresse mentale.

La forme juste de réaction ou, mieux, d'action (car, en principe, il ne faut pas du tout attendre la pression de l'adversaire pour prendre l'initiative) consiste au contraire dans la claire discrimination entre vraie et fausse culture, en mettant tout en oeuvre pour le plus grand renforcement possible de la première, afin de poser les bases idéales pour la construction d'un nouvel ordre spirituel et humain. Ce serait vraiment trop commode pour la subversion si le monde opposé de la Tradition, dans une sorte de silence indigné, lui laissait la voie libre pour sévir partout, en infectant tout ce qu'elle touche. Ce trouble espoir doit au contraire être enlevé en rallumant et en faisant flamboyer la culture traditionnelle ; et, à cette tâche, il faut se mettre sans délai.

A cette révolte se sont pourtant opposées jusqu'à présent la propension et parfois même la complaisance de quelques traditionalistes pour les attitudes de Götterdämmerung, de Crépuscule des Dieux, - cultivant des états d'âme de « citadelle assiégée », de « dernier carré » -, et selon lesquels les circonstances historiques actuelles ne permettraient que de se défendre à l'extrême et de tomber avec honneur. A part le fait que ces attitudes se traduisent habituellement par des velléités stériles, en apparaissent suspectes les racines psychologiques chaque fois que lesdites attitudes se résolvent dans la jouissance esthétisante et morbide de la récitation des persécutés, de ceux que le monde mauvais ne comprend pas et contrarie. Contre ces langueurs d'âme décadentes, il faut réagir une fois pour toutes avec une résolution intransigeante, afin qu'elles soient définitivement brûlées, sans laisser de scories. De même, doit être tranchée cette tendance qui voudrait, consciemment ou non, confiner la culture traditionnelle dans un travail de rhapsodes qui se contentent de chanter la geste d'un passé qui - ah ! - n'est plus. Il faut tailler court avec cet arrière-plan psychique, en utilisant la faux du courage et de la vérité, pour ne pas faire cadeau à la subversion d'une patente d'espérance, de vitalité, de confiance dans l'avenir à laquelle elle n'a absolument pas droit, elle-même devant être préoccupée par les germes d'auto-dissolution qu'elle porte et qui, par la force des choses, finiront par en provoquer la mort.

Si cela est compris lucidement, on comprendra aussi que ceux qui, sur le front de la Tradition, refusent de s'engager à tond dans la bataille culturelle, assument la très grave responsabilité de la création d'un vide idéologique que la subversion s'empresse de remplir par tous les moyens. Il ne suffit pas de connaître seulement par un instinct inné les valeurs selon lesquelles il faut s'orienter : sous le martellement continu des suggestions subversives, certaines convictions non approfondies finissent pas s'user et si parfois, la chance aidant, elles ne ne sont pas du tout affaiblies, elles se traduisent tout au plus dans une protestation fatiguée, faite de lieux communs, tout à fait insuffisante pour avoir prise sur les nouvelles générations et pour exercer une action expansive victorieuse. Une rectitude innée de jugement ne suffit plus en un monde parcouru du tourbillon des idées subversives qui, pour ainsi dire, se suçent déjà comme le sein maternel, les enfants recevant dès leur premier contact avec l'« instruction publique » les germes d'une pseudo-culture fausse et destructrice de toute valeur supérieure. Il faut pourtant se rendre toujours plus conscient de ces idées traditionnelles que l'on sent, instinctivement, comme congénitales, en prenant soin pour qu'elles soient diffusées parmi ceux qui, dans une certaine mesure, sont aptes à les recevoir. Au tourbillon des idées subversives il faut opposer le tourbillon des idées traditionnelles, qui, à la différence du premier, n'est pas alimenté par le tréfonds fangeux de l'humanité, mais mû par le souffle éternel de l'Esprit.

Un aspect particulier et significatif de cette épineuse question du pessimisme radical, mis en théorie et vécu par une partie des traditionalistes, se rencontre dans la tendance, présente surtout chez ceux qui n'approfondissent pas ce qu'ils lisent, à absolutiser en sens négatif le mythe sapientiel de l'Age sombre, jusqu'à en faire une espèce de suggestion paralysante, à laquelle on parvient au moyen d'une simplification arbitraire et tendancieuse de cette question difficile et complexe. De la sorte, le problème extrêmement ardu de métaphysique de l'histoire, de la compréhension d'une époque - la nôtre - qui devrait réunir en elle l'épuisement d'un précédent cycle d'obscurcissement de l'Esprit, et en même temps, la germination d'un futur âge d'or, ce problème se trouve liquidé avec une légèreté blâmable par des formules simplistes du genre de : « Nous nous trouvons désormais dans la pire période de l'Age sombre, donc il n'y a plus rien à faire » ; formules qui trahissent, outre la présomption stupide de vouloir connaître l'exacte chronologie d'événements de portée cosmique - et qui tombent ainsi naïvement dans ce qui fut défini très justement comme la « duperie des prophéties » -, également l'inclination irrationnelle à interpréter des événements complexes uniquement et seulement dans un sens catastrophique, au point de faire naître le soupçon, en plus du fait de ne pas les avoir compris en profondeur, qu'on veuille ainsi se constituer par avance un alibi à sa propre inertie et à sa propre passivité. C'est pourquoi, en de nombreux cas, la ritournelle « Il n'y a plus rien à faire » doit être interprétée dans le sens de « comme c'est commode de ne rien faire ! », cela étant en vérité une belle trouvaille que de se consoler de ses défauts et de ses chutes en en attribuant la cause à des réalités métaphysiques.

Au contraire, pour celui qui n'est pas brisé vaut le dur enseignement de Julius Evola : « Notre point de vue n'est pas déterministe. Nous ne croyons donc pas qu'agit ici un destin différent de celui que les hommes se sont créé. Le fleuve de l'histoire suit le lit qu'il s'est lui-même creusé » . D'ailleurs, Guénon lui-même, dont la formulation des doctrines traditionnelles est, dans une certaine mesure, plus « déterministe » que celle d'Evola, pose comme tâche typique des traditionalistes de notre époque la formation d'une élite à laquelle est réservé le très haut devoir de favoriser le passage du vieux cycle au nouveau, de façon que cela advienne le mieux possible : « Il est évident qu'on ne doit pas attendre que la descente soit finie pour préparer la remontée, dès lors qu'on sait que cette remontée aura lieu nécessairement, même si l'on ne peut éviter que la descente aboutisse auparavant à quelque cataclysme ; et ainsi, dans tous les cas, le travail effectué ne sera pas perdu : il ne peut l'être quant aux bénéfices que l'élite en retirera pour elle-même, mais il ne le sera pas non plus quant à ses résultats ultérieurs pour l'ensemble de l'humanité ». L'unique chose à faire, par conséquent, est de se battre pour la révolution traditionnelle et pour la formation d'un ordre, sans attendre, comme le mercenaire vénal, des récompenses à brève échéance et en se contentant au contraire de la certitude absolue que cette oeuvre est la seule qui rende la vie digne d'être vécue et que rien de ce qui est fait ne peut être perdu. A l'opposé, celui qui demanderait plus pour s'engager finirait par ressembler à un combattant qui, avant la bataille, exigerait l'assurance écrite que le combat sera victorieux et qu'il en sortira indemne ! Le combattant de race s'assure seulement que la Vérité et le Bien sont de son côté et puis se bat, sans rien demander d'autre.

Ce sont des choses dures et désagréables à dire, mais qui devaient être dites pour que finissent dans nos rangs, une fois pour toutes, cet esprit de lamentation, d'inertie tombale, et aussi cette propension à cultiver les humeurs maussades d'une philosophie «saturnienne». Est propre à l'esprit classique, auquel nous nous référons sans moyen terme, le maintien aristocratique équidistant aussi bien de l'optimisme idiot, délirant et opaque des matérialistes progressistes que du pessimisme romantique et noir des nostalgiques fatigués d'époques passées, qu'elles soient récentes ou éloignées.

Certainement, nous sommes les premiers à nous rendre compte du puissant «traumatisme» moral subi par ce secteur des traditionalistes (représenté surtout par les plus anciens) qui, ayant jugé bon de reconnaître dans le bloc de l'Anti-subversion européenne, formé surtout en Italie et en Allemagne dans la période entre les deux guerres mondiales, des éléments dans une certaine mesure utilisables pour une authentique révolution traditionnelle, ont dû assister à sa fin par mort violente et à sa mise en terre souvent accompagnée d'ignominie et scellée d'un épitaphe d'exécration collective bien orchestrée, dont la subversion impose encore de nos jours la récitation monotone et lasse. Nous comprenons sans peine que pour celui qui a en quelque sorte vu l'écroulement de ses espérances les plus sacrées, il soit difficile de retrouver à l'intérieur de soi-même l'étincelle nécessaire pour se battre encore et, même, pour passer à la contre-attaque. Mais l'homme de la Tradition n'est pas un homme commun et doit, pour cela, être capable aussi de l'effort de recommencer, et même avec le plus grand enthousiasme qui peut lui venir de la conscience de poursuivre, cette fois, un idéal rendu encore plus pur et inconditionné par les effets cathartiques de la tragédie.

Que l'on ait présente à l'esprit et que l'on imprime dans l'âme cette image : avec l'avancement de l'Age sombre, tendent à se manifester les forces spirituelles qui détermineront, obligatoirement, la possibilité du futur Age d'or. Les aspects les plus élevés des coalitions anti-subversives formées entre les deux guerres mondiales furent une première et imparfaite tentative des hommes pour accueillir ces forces spirituelles et les amener à oeuvrer sur le plan de l'histoire. Pour toute une série de circonstances, parmi lesquelles en premier lieu l'immaturité des temps et l'inadéquation des hommes, cette première tentative de manifestation a décliné, mais les forces spirituelles dont elle s'inspira en partie n'ont pas disparu et doivent simplement être considérées comme latentes. Ces forces, même, semblent faire maintenant pression de façon plus véhémente, provoquant souvent chez les individus des révoltes parfois instinctives, toujours radicales, contre les vides simulacres que le monde moderne tente de faire passer pour des valeurs suprêmes. Alors, l'impératif catégorique à suivre est seulement celui-ci : se corriger inexorablement de n'importe quelle scorie provenant du passé et, par conséquent, devenu pur et transparent comme un bloc de cristal, se rendre apte à réfracter sur le monde la lueur dorée que les brûmes de cet âge sombre ne peuvent pas réussir à cacher.

A beaucoup il est pourtant nécessaire, avant tout, d'accomplir avec fermeté un acte sacrificiel : ce qui aujourd'hui, et pour beaucoup, se résume dans les instances générales, souvent confuses et instinctives, de l'anti-matérialisme, de l'anti-collectivisme, etc., accompagnées souvent d'attachements passifs et quelquefois irraisonnables - même si compréhensibles - à des formes caduques et passées, doit s'astreindre, quand bien même cela demanderait la souffrance du détachement et du renoncement à une partie de son propre patrimoine sentimental, à être refondu dans le creuset incandescent de l'Esprit qui fait pression dans les temps nouveaux, et coulé dans la forme parfaite de la Tradition.

En premier lieu, il faut être impersonnellement sévère pour les erreurs commises dans le passé par ces hommes de l'Anti-subversion, auxquels furent concédées d'importantes possibilités de reconstruction dans un sens traditionnel, possibilités qu'ils contribuèrent trop souvent à déprécier, pour ne s'être pas engagés jusqu'au bout à se purifier de leurs humaines, « trop humaines passions ». Qu'on n'hésite pas à appliquer à leur égard l'antique adage corruptio optimi pessima, qui impose envers eux l'emploi d'une plus grande rigueur critique que celle qu'on est habitué à appliquer à l'égard des représentants de la subversion, l'abjection étant en quelque sorte pour ces derniers la condition normale d'existence.

Chacun, en méditant profondément, s'habitue à découvrir le noyau identique et indestructible qui anime toute tentative - peu importe qu'elle soit éloignée ou récente, qu'elle ait été plus ou moins couronnée de succès - de créer une Civilisation traditionnelle et, par conséquent, supérieure. Qu'on se tienne à ce noyau, en laissant tomber le reste : ce qui ne sert pas fait obstacle. Le Temple de la Tradition, pour celui qui sait le reconnaître, a un profil éternellement identique dans ses structures essentielles : l'affirmation et la défense du primat de l'Esprit dans l'homme et dans le monde. Cela compris, sera aussi comprise l'essence de ce qui compte vraiment. Et l'on saisira aussi avec évidence que l'édification du Temple doit être entreprise sur une roche solide et intacte, et non pas sur les matériaux désolés et branlants du passé.

Une considération de plus : ceux qui, malgré tout, s'obstinent encore à vouloir définir l'action traditionnelle dans le monde comme une « action de désespérés » montrent, outre l'habituelle complaisance morbide à vouloir s'imaginer « en croix » à tout prix, qu'ils ne sont pas libérés de la suggestion matérialiste du nombre. L'action traditionnelle, en tant qu'elle vise à construire quelque chose (un ordre traditionnel) qui est, par essence, positif et autosuffisant, ne se préoccupe en aucune façon de savoir si le nombre de personnes qui pourront, directement ou indirectement, se rattacher à cet ordre, est de quelques dizaines, quelques milliers ou quelques millions. L'action traditionnelle demeure totalement inconditionnée par ces préoccupations qui révèlent au fond, chez celui qui en est affecté, la permanence de suggestions collectivistes et totalitaires non encore résolues, suggestions de marque typiquement subversive. Sous un certain angle, au contraire, la révolution traditionnelle doit être comparée à la peinture d'un tableau par un artiste authentique : le véritable artiste, en créant son oeuvre, se préoccupe seulement de la parfaite réussite de l'œuvre elle-même, et non du plus ou moins grand nombre de personnes qui pourront l'admirer.

L'action traditionnelle doit se développer en profondeur, déliée des diverses contingences historiques même si, à cause de cela justement, elle sera grandement influente sur lesdites contingences. Elle ne peut même pas être troublée par l'éventualité que les contingences extérieures puissent atteindre un degré tel de subversion au point d'interdire jusqu'à la possibilité de se manifester extérieurement. Même dans cette peu souhaitable et extrême hypothèse, l'action traditionnelle ne pourrait être interrompue et se poursuivrait, imperturbable, en se retirant derrière les coulisses de l'histoire.

Aucune « action de désespérés », donc. Désespérés sont au contraire ceux qui, par le destin ou un choix erroné, sont condamnés à rester en dehors du monde de la Tradition. Pour eux, et pour eux seulement, l'âge que nous vivons sera, définitivement et sans remède, l'Age sombre.

 

 

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