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Articles avec #l'algerie me fait mal tag

la Kahena, héroïne berbère

Publié le par Christocentrix

Reine berbère originaire des Aurès (Algérie). Ame de la résistance berbère à l'invasion arabe, au VIIème siècle.

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comparons...

 

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Tizi-Ouzou et la Kabylie (vues aériennes)

Publié le par Christocentrix

  150px-Tizi-Ouzou blason

 

 

 

vue aérienne Tizi-Ouzou (1962)

                                                                              vue aérienne vers 1960

 vue aérienne grossie

 

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                                                                    sanatorium de Tizi-Ouzou (vers 1960)

 

 histoire Tizi-Ouzou

                                                                                     paru en 1990 (Alger)

 

 

liens :

 

http://babelouedstory.com/voix_du_bled/tiziouzou/tiziouzou.html

 

http://tafsutn80.free.fr/SITE/tizi.html

 

un lien (site avec photos) : http://lestizis.free.fr/

 

 

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                                                                                      Djurdjura vu d'avion

 

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                                                                                          villages kabyles 

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                                                                                                 littoral

 

 

 

 

 

 

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Notre-Dame d'Afrique

Publié le par Christocentrix

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Peres-Blancs-1.jpgLavigerie.jpg Peres-Blancs-2.jpg

 

 

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Tipasa de Maurétanie

Publié le par Christocentrix

 Tipasa--roman-town-.jpg      

Tipasa est un nom phénicien que l'on retrouve en quelques autres points d'Afrique : il signifie " lieu de passage ". On pouvait donc s'attendre à y découvrir les restes d'un de ces nombreux relais de cabotage jalonnant - à une distance moyenne d'une trentaine de kilomètres - la route maritime de Carthage aux Colonnes d'Hercule. En venant d'Icosim (Alger) pour se rendre à Iol (Cherchel), les navigateurs phéniciens disposaient très probablement d'un point de relâche, vers l'estuaire de l'oued Mazafran. Il leur fallait une sécurité intermédiaire : ce fut Tipasa, l'escale. tipasa-vue-sur-les-ruines.jpg

Les fouilles de M. P. Cintas précisèrent, seulement en 1943, l'emplacement de la petite nécropole qui accompagna le port pendant environ cinq siècles précédant la chute de Carthage. Ces fouilles expliquèrent en même temps la présence étonnante de l'étrange vaisseau de pierre échoué dans le port c'est le plus ancien caveau punique de Tipasa, les tombeau-punique.jpgautres ayant été creusés de plus en plus vers l'Est. Il remonte au VIème ou Vème siècle avant notre ère. Respecté par les carriers romains qui débitaient les pierres de la falaise, il se coucha un jour sous l'action de la mer. En dehors du témoignage que les Phéniciens nous laissaient avec leurs tombes, nous ne savons rien de l'histoire de Tipasa avant le premier siècle de notre ère. A quel point le passage des navigateurs en ce lieu fut-il également un passage de la mer vers l'intérieur, un comptoir d'échange, un point de contact avec les populations libyques ? Nous l'ignorons. Mais nous trouvons, d'une part, un type de caveaux funéraires (néopunique) intermédiaire, si l'on peut dire, entre les vieux caveaux puniques à chambre profonde et les tombes plus récentes construites presque en surface. Nous rencontrons d'autre part ici, comme en bien d'autres lieux d'Afrique, certains caissons funéraires et des stèles portant le « signe de Tanit », traces indiscutables de l'influence phénicienne à Tipasa.

On ne sait rien non plus de l'époque où, la domination carthaginoise ayant disparu, ce coin de la côte maurétanienne dépendit de princes indigènes. Un contemporain de Jules César, le roi Bocchus, fit de Iol la capitale des pays maures couvrant, à peu de chose près, les territoires de l'Algérie. Tipasa était donc approximativement au centre de ses Etats. Elle se trouvait sur une route conduisant de la capitale au mausolée royal auquel on devait donner le nom de " Tombeau de la Chrétienne ". Bocchus mourut sans laisser d'héritier, ce qui mit à la disposition d'Auguste son vaste royaume ; mais ses sujets étaient trop turbulents, et le pays ne paraissait pas encore mûr pour l'annexion.tipasa2bis.jpg

Juba II - fils du roi de Numidie vaincu avec les Pompéens et qui s'était suicidé pour ne pas survivre à son malheur - avait été entraîné à Rome à l'âge de 5 ou 6 ans, et avait figuré à l'un des triomphes de César. Il reçut une éducation gréco-romaine et fut fait citoyen romain par son protecteur. Marié avec la fille de Cléopâtre, reine d'Egypte et d'Antoine le Triumvir, qui, comme lui, avait été élevée à Rome après la mort tragique de ses parents, il reçut un immense empire couvrant presque le Maroc et l'Algérie modernes. S'efforçant d'y introduire ou d'y répandre les moeurs latines, il avait la lourde charge de maintenir dans le devoir les populations barbares sur lesquelles il régnait, ce qui l'obligea parfois à faire nouveau-temple.jpgappel au Gouverneur de la Province d'Afrique. Jamais sa fidélité à Rome ne s'est démentie, et sa capitale, Iol, devenue Caesarea, était à la fois un grand port, une ville d'art et un foyer de civilisation gréco-romaine.

Lorsque son fils Ptolémée, d'abord emprisonné, fut mis à mort à Lyon par l'empereur Caligula jaloux de son faste, le royaume de Maurétanie fut simplement annexé et partagé en deux : Maurétanie Tingitane, correspondant approximativement au Maroc, et Maurétanie Césarienne, couvrant notre Algérie. A Césarée résidait le Procurateur représentant l'Empereur : commandant de l'armée et de la flotte mises à sa disposition, chargé de la perception des impôts et de l'administration du pays, il réunissait en ses mains tous les pouvoirs. Un de ses principaux buts était, tout en assurant l'ordre, de favoriser le développement des colonies romaines. Tipaza_ruines_romaines.jpg

Pline l'Ancien nous apprend que, quelques années à peine après l'annexion de la Maurétanie, l'empereur Claude établit à Tipasa une colonie à laquelle il octroya le droit latin : privilège important, donnant tous les droits de citoyenneté romaine aux magistrats municipaux et à leurs descendants, c'est-à-dire, pratiquement, au bout de quelque temps, aux notables de la ville. Il est vraisemblable que Tipasa, limitée à la colline actuelle du forum, reçut alors sa première enceinte.

Nous savons que tous les habitants de condition libre reçurent, eux aussi, les droits et toutes les prérogatives dont jouissaient les citoyens romains. De quand date cette promotion importante ? Est-ce sous le règne d'Hadrien ou sous celui d'Antonin le Pieux? Un fragment d'inscription, trouvé au cours des fouilles de 1951, nous prouve en effet que c'est sous le dernier de ces empereurs que fut construite la porte orientale de la grande enceinte, à l'intérieur de laquelle la colonie aelienne put se développer. Il est à remarquer que cette construction coïncide avec une époque d'insécurité et de troubles qui donna lieu à une guerre impitoyable contre les Maures. Et si, au milieu du second siècle, l'Afrique Romaine entrait dans une ère de sécurité, il n'en avait pas moins été nécessaire de faire appel à des troupes de renfort - et particulièrement de cavalerie - prélevées sur la Syrie, sur la Pannonie (Hongrie, Bulgarie), sur la Germanie et sur l'Espagne : elles avaient mis trois ans pour rétablir l'ordre. temple-Tipasa.jpg

Pour Tipasa, comme pour presque toutes les autres villes d'Afrique, c'est au second siècle et au début du troisième - sous les derniers Antonins et sous les Sévères - que commence une magnifique ère de prospérité. Prospérité des gros propriétaires du Sahel riche en blé et en huile ; prospérité de négociants en relations commerciales non seulement avec les autres ports africains, mais avec l'Espagne, la Gaule et l'Italie ; prospérité d'une escale sur les routes maritimes comme sur la grande voie côtière de Maurétanie, à l'aboutissement d'un réseau routier venant de la Mitidja occidentale, terre à céréales, de la riche vallée supérieure du Chélif, de la région de Médéa et des HautsPlateaux si favorables à l'élevage. Toutes ces voies rendaient bien aux Tipasiens, par le courant commercial qu'elles leur apportaient, les sacrifices pécuniaires qu'ils consentaient pour leur entretien : certaines bornes milliaires, retrouvées le long de ces voies, prouvent qu'elles étaient entretenues -au moins en partie- par les Tipasiens, auteurs des dédicaces aux Empereurs. Tipasa ne présentait pas alors l'aspect luxueux de la proche capitale ou même des grandes villes de Numidie et de Proconsulaire ; mais ses monuments nous prouvent l'aisance de nombreux habitants et la richesse d'une république dont la limite des terres extérieures s'étendait jusqu'à la Mitidja.

Tipasa---temples.jpgIl semble que le christianisme fit son apparition ici au début du IIIème siècle. Il se consolida en prenant lentement la place des cultes païens. C'est de la fin du IIIème siècle qu'il faut vraisemblablement dater les martyres de Salsa dont l'Eglise fit une sainte, ou de Rogatus, Vitalis et Victorinus, honorés dans l'enclos voisin de la basilique d'Alexandre. Très vite, le christianisme se développa intensément autour du souvenir de ses martyrs. Il put se montrer au grand jour après la paix constantinienne. Désormais, il semble que les Tipasiens soient avant tout des chrétiens militants. Ils subissent sans faiblir la courte persécution de Julien dit l'Apostat, et sont inébranlables devant le schisme donatiste.

En 372, Firmus, berbère révolté contre Rome, vient mettre le siège devant Tipasa, à la tête de bandes armées de pillards et de mécontents. S'ils étaient tous attirés par l'appât que représentait le sac d'une ville, les donatistes étaient animés d'une haine religieuse d'autant plus forte que les Tipasiens étaient plus attachés au vrai christianisme. L'enceinte de la ville et - si nous en croyons l'historien de la petite Salsa - la partie Est de cette enceinte, défendue avec acharnement par les habitants, résista victorieusement aux assauts répétés de Firmus. La capitale Caesarea, avec son immense muraille longue de sept kilomètres, et Icosium (Alger), n'eurent pas le même bonheur : elles furent prises et saccagées, ce qui eut sans doute pour résultat un accroissement rapide de la prospérité de Tipasa.baptistere-et-grande-basilique.jpg

La fin du IVème siècle et le début du Vème, époque tragique pour le monde romain menacé de la mer du Nord à la mer Noire par les barbares dont l'immense migration ne s'arrêtait que pour progresser à nouveau, fut, pour Tipasa comme pour le reste de l'Afrique, une période d'illusions, car ici, le commerce était florissant et la population nombreuse : 10.000 à 15.000 habitants, vraisemblablement. Le christianisme se développait en toute quiétude, les récoltes se vendaient bien, et les malheurs de l'Empire semblaient ne jamais devoir atteindre les heureuses provinces.

Quand eurent-elles connaissance des événements terribles et quelle attention apportèrent-elles à ce 31 décembre 406 où le Rhin, à moitié gelé près de Mayence, donna le signal de la mise en marche à une partie des populations qui n'attendaient qu'une occasion pour franchir le limes et ravager la Gaule? Pouvait-on s'imaginer, sous le beau ciel de Tipasa, que ces Vandales si lointains, que cette population mouvante de 80.000 individus, - vieillards, femmes et enfants compris, - contenue un instant en Espagne par un traité qui en faisait des fédérés, se mettrait à nouveau en marche et traverserait Gibraltar? Pouvait-on se douter que sa quinzaine de milliers de combattants, précédée par une vague de terreur, ne trouverait aucun obstacle sérieux pour l'arrêter? Tipasa tomba, comme toute l'Afrique, vers l'an 430. Les murailles furent abattues, sans doute par les habitants eux-mêmes, contraints par une poignée de vainqueurs, au démantèlement de cette enceinte jusque-là inviolée. Et les Tipasiens passèrent par une foule de nouvelles épreuves matérielles et spirituelles.

grande-basilique-Tipasa-c.jpgLa religion catholique abolie par le roi Hunéric, les églises furent livrées au clergé arien. Mais tous les habitants qui purent trouver place sur des bateaux émigrèrent en Espagne. Ceux qui restèrent furent soumis à de nouvelles persécutions, et c'est à ce moment qu'il faut placer l'épisode douloureux des langues et des mains coupées. Tipasa tomba ensuite dans l'ombre que confère la misère et la décadence. Une partie des émigrés d'Espagne rentra vraisemblablement ; ce ne fut que pour lutter contre les tribus barbares déchaînées par l'effondrement de l'ordre romain.

Les Byzantins, qui reprirent Caesarea en 534, sans pouvoir arracher la Maurétanie à l'anarchie, délivrèrent probablement vers la même date la malheureuse cité. Les réfections, les réparations et l'agrandissement de certaines basiliques (entre autres celle de Sainte-Salsa) sont leur oeuvre.

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Après la conquête musulmane, Tipasa n'est plus que ruines... Son nom s'est transformé en " Tefassed " : « abîmé », « gâté ». Les deys y prélevèrent par mer tout ce qui pouvait être utilisé facilement dans la région d'Alger. Et trop longtemps, beaucoup trop longtemps, les ruines ne furent qu'une carrière de pierre et le marbre un matériau idéal pour faire de la chaux...

 

En 1854, l'emplacement de la cité romaine fut concédé à un particulier, à charge par lui de construire un village de colonisation qui, hélas ! est bâti en plein coeur de la colonie romaine. Les maquis de lentisques et de palmiers nains firent place peu à peu à de magnifiques propriétés, tandis que, fort heureusement, le parc de M. Trémaux mettait toute une partie des ruines à l'abri de nouvelles destructions. Puis, à la prudente politique de protection, s'est substituée, grâce aux efforts obstinés de l'Administration et au désintéressement de certains propriétaires, la constitution d'un vaste parc archéologique domanial. Dans l'admirable cadre agreste, protégé avec autant de soins que les monuments eux-mêmes, a été tracé tout un réseau jalonné de sentiers. Pour chaque arbuste coupé ou déplacé, afin d'exécuter des fouilles dont le paysage ne souffrira jamais, des centaines de plants d'essence méditerranéenne apportent leurs promesses.

 

 (extrait de la plaquette de Jean Baradez, directeur des fouilles de Tipasa. Cette plaquette

"Tipasa , ville antique de Maurétanie" (illustrée, munie d'une carte) a été tirée en 1952, sur les presses de l'Imprimerie Officielle à Alger, sur ordre du Gouverneur Général de l'Algérie.)

 

 

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Tebessa (antique Théveste)

Publié le par Christocentrix

"Perdue en un coin de la terre algérienne, en marge et comme en retrait du monde civilisé, Tebessa s'élève au coeur d'une région semblant peu attrayante. Pourtant, ces immensités hostiles, furent, dès l'aurore du Monde, habitées par des peuplades nombreuses. Il n'y a pas une source active ou tarie, un marécage ou un lac aujourd'hui desséchés qui ne voisinent avec une ou plusieurs stations préhistoriques (gisements de Négrine, de Bir-el-Ater, de Sbaïkia, du Bled Oum-Ali, d'El-Ma-El-Abiod...gisement de l' « homme du Chacal » ), puis, qui n'aient vu les peuples de l' « Histoire Ancienne » pour retrouver de nos jours un peuplement toujours vivace. Il y eut aussi ceux qui, plus près de nous dans la chronologie fantastique des âges, nous léguèrent les énigmatiques tombeaux ronds ou « chouchets » du Mistiri, - les Dolmens de Castel, du Dyr, du Djebel Osmor, et les émouvantes gravures des rochers du Saf-Saf, du Tazbent, du Relilaï : « Fragiles messagers qui nous portent, fidèles, le salut frémissant de nos lointains aïeux ». Les peuples de l' « Histoire Algérienne » ont tous lentement déferlé sur ce sol. allee-vers-basilique-Tebessa.jpg

 

La légende prétend que la ville fut fondée par Héraclès, qui daigna s'y reposer dans une de ses courses vagabondes. C'est bien de la gloire !

Au IIIème siècle avant notre ère, bénéficiant d'une grossière analogie phonétique, sans doute avec Thèbes d'Égypte, Théveste fut appelée « Hécatompyle - la Ville aux Cent Portes » ! (S. Gsell). Dans ce passé un peu brumeux, un épisode jette une documentation plus sûre. Après la Ière guerre punique, les mercenaires de Carthage en révolte avaient été dirigés sur Sicca. Le Suffète Hannon, chargé de les réduire, les poursuivit jusqu'à Hécatompyle. « La grande ville des indigènes libyens » dut fournir 3.000 otages. La domination carthaginoise aurait duré une cinquantaine d'années. Quelques témoignages resteraient encore sur le versant Nord-Est du djebel Osmor, non loin de la ville, des tombes creusées dans le roc, - bien démantelées aujourd'hui. - seraient d'origine punique. Dans le lit d'un oued à Bir-el-Ater, en amont du village, fut trouvé quelques restes de tombes absolument semblables. L'histoire du pays devient confuse dans les IIème et IIIème guerres puniques il est certain que la contrée a vu défiler toutes les armées en conflit. Théveste connut ensuite une période noire sous les rois berbères. Passée d'une domination à l'autre, tour à tour envahie par des hordes avides, elle retombe rapidement dans la ruine.

Il faudra l'arrivée des Romains pour la faire revivre. arc-de-Caracalla.jpg

On signale une première occupation de Théveste par des troupes romaines, quelques années avant notre ère. Après la guerre contre les Musulames, le camp légionnaire est établi à Haïdra, - d'où, plus tard, en 75, sous Vespasien, la fameuse IIIème Légion transportera son quartier général à Théveste. Et l'Armée, sauvegarde du pays, sera très rapidement la cause d'un nouvel essor de l'humble bourgade. Le camp primitif n'a pas été exactement déterminé. Les casernements romains semblent avoir occupé, du moins en partie, les emplacements des actuels bâtiments militaires. On connaît l'importance de la IIIème Légion : plus de 5.000 hommes de troupe romains, un pareil nombre d'auxiliaires d'infanterie, de cavalerie et de services accessoires recrutés en bonne part dans les territoires d'Afrique, un gros apport de consommateurs en toutes branches, par conséquent susceptibles de relever très vite une ville dépérissante. Ajoutons-y les travaux d'aménagement et d'édilité qui s'imposèrent, que la Légion sut accomplir partout et dont il est possible de voir l'étendue.

Arc-caracalla.jpgDès l'époque de Claude, en 42 après J.C., Théveste est déjà prospère. Le pays est réorganisé. La paix règne, et rapidement notre centre prend une importance toujours accrue. Sous Vespasien, la ville est érigée en municipe. Elle s'embellit, on construit l'amphithéâtre et le forum. A l'avènement de Trajan, le pays est largement pacifié, la majeure partie de la IIIème Légion s'est installée à Timgad, puis à Lambèse. L'arrière-pays est colonisé avec méthode : de vastes domaines s'étendent sur les Hauts-Plateaux. Des cultures arbustives prennent de plus en plus d'étendue, les plantations d'oliviers sont nombreuses. On trouve partout des ruines souvent grandioses, d'énormes huileries ; la région d'El-Ma-El-Abiod, Brisgane, a vu certainement une des plus belles installations de ce genre. Des routes partent en étoile sur Gabès, Haïdra, Carthage, Mascula et le Sud. Le limes descend au large de Négrine ; Ad-Majores est fondée, colonie et poste puissant à la porte du désert. Le développement agricole et industriel se continue sous Hadrien. La ville s'accroît et s'embellit encore : elle compte plus de 50.000 habitants. On construit un théâtre, des thermes ; de luxueuses maisons étalent leur magnificence. Sous Septime-Sévère, Théveste arrive à l'apogée de sa splendeur. L'Empereur l'érige en Colonie, et Caracalla, son successeur, accordera plus tard la citoyenneté romaine à tous les habitants temple-dit-de--Minerve.jpgsans distinction d'origine. C'est l'époque où l'on élève l'arc de triomphe, le temple païen improprement dénommé " temple de Minerve ". De grands quais bordent la rivière, et sept ponts font communiquer le faubourg de l'Est avec la ville. La région, très riche, se couvre de nombreux centres agricoles. Elle fournit la majeure partie de l'Annone. Cette prospérité va subir une nouvelle éclipse. La guerre civile éclate sous les Gordiens, et Théveste est pillée.

La paix revenue, sous Dioclétien, une autre ère fortunée s'ouvrirait si de sanglants événements ne secouaient à nouveau le Monde. Le culte de l'Empereur, depuis longtemps, est battu en brèche. Un Dieu a surgi, une religion est née qui va révolutionner toute l'Antique Civilisation. Le Christianisme gagne de plus en plus de fidèles. Vers le début du IIIème siècle, Théveste connaît la nouvelle doctrine, et certains de ses enfants subiront le martyre. Un premier sanctuaire est érigé dans une crypte souterraine, et la religion du Christ progresse lentement. Puis, à l'aube du IVème siècle, s'ouvre de nouveau l'ère sanglante. En 305, une vénérable dame de Théveste, Crispine, est martyrisée - et combien d'autres, sans doute !  Enfin en 313, par son Edit de Milan, Constantin tolère la nouvelle religion. Et à Théveste, labasilique-chretienne-Tebessa.jpg première église chrétienne surgit du sol. Le pays sera troublé encore : le schisme donatiste éclate, violent ; une basilique donatiste s'édifie, un concile donatiste se tient à Théveste. La bataille est âpre entre les deux partis, est longue sera la lutte pour éliminer le Donatisme. Une période plus calme revient, et lorsqu'en 385, Théodose déclare le Christianisme religion officielle, c'est le triomphe, la plus grande explosion de ferveur religieuse. La communauté chrétienne de Tébessa érige la Grande Basilique, la plus belle, la plus importante de la Chrétienté Africaine. La région compte de nombreux édifices religieux : à Morsott, au Dyr, à Tlidjen, vers Chéria et Guentis...

escalier-basilique.jpgPlus tard, sous la domination vandale, cette communauté chrétienne subsistera. La Basilique est respectée. Nous avons retrouvé des tombes de Vandales chrétiens. Le Barbare spoliera les gros propriétaires mais gardera, du moins en partie, l'administration et l'ossature romaines. Le pays, cependant, se videra peu à peu de ses meilleurs éléments ethniques, et les riches Romains qui survivaient se retourneront vers la Métropole. Si l'administration habile et relativement douce de Genséric retarde la ruine du pays, les discordes de ses successeurs l'accélèrent... vue-generale.jpg

Les Byzantins arrivent : Justinien veut reconstituer l'Empire d'Occident ; Bélisaire attaque les Vandales, réduit les révoltes des Aurésiens. Son successeur, Solomon, continue l'oeuvre, délivre notre ville, et, dit une inscription laudative : « Après avoir chassé les Vandales et détruit la race maure, reconstitue Théveste " a fundamentis " ! ». Le vainqueur ne reconstruit pas la ville, mais il enferme le noyau principal dans la citadelle, - puis, par quartiers, établit des postes secondaires de défense. La Basilique lui doit une réfection de ses remparts. Solomon est tué sous les murs de Théveste, et son oeuvre pacificatrice dure bien peu.

arc-Caracalla-et-rempart-byzantin.jpgEnfin surgissent les envahisseurs qui, pour des siècles, plongeront la malheureuse cité dans la misère. La première incursion arabe est de 647. Désormais, pillages, assauts, révoltes des Maures, résistance de l'héroïne berbère La Kahéna... toute une sombre et douloureuse époque : La Kahéna, pour arrêter l'envahisseur, fera le désert derrière elle. Le pays ne se relèvera plus... Et, pour consacrer sa ruine, les hordes hillaliennes du onzième siècle s'abattront à leur tour, histoire trouble et combien enchevêtrée, qui déborderait notre cadre.

Il ne faut pas compter pour beaucoup la faible garnison turque logée dans les parages de l'Eglise actuelle à partir de 1573. Seul fait à noter : ces garnisaires turcs, unis à des femmes du pays, ont laissé une descendance qui persiste et dont les noms sont encore aujourd'hui bien significatifs.

L'arrivée des Français en 1842 fut ici toute pacifique : les notables du pays avaient d'ailleurs fait demander leur protection. L'occupation définitive n'eut lieu qu'à partir de 1851. Sous l'administration française, auront lieu les fouilles évoquées plus haut, la réhabilitation des ruines et la création du Musée.

 

Cet extrait est l'introduction de la plaquette écrite par Mr SEREE DE ROCH, Conservateur du Musée des Antiquités de Tébessa. Plaquette éditée sur ordre du Gouverneur Général de l'Algérie, par la Direction de l'Interieur et des Beaux-Arts, sur les presses de l'Imprimerie Officielle à Alger, en 1952.

 

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Djémila (antique Cuicul) (suite et fin)

Publié le par Christocentrix

3) L'époque des Sévères.

" Quelques années plus tard arrivait à l'Empire un Africain, Septime Sévère ; son règne et ceux des princes de sa famille correspondent à la période la plus brillante du développement de l'Afrique romaine. L'activité de notre cité numide se manifesta par une série de constructions nouvelles. Dès le début du règne de Septime Sévère s'éleva sur la colline au Sud de la ville un temple de Tellus Genetrix ; Tiberius Julius Honoratus, pontife et flamine perpétuel, y consacra à la déesse une statue « acrolithe ». En 199, la municipalité fit bâtir des horrea, greniers publics destinés à emmagasiner les denrées que les contribuables versaient au fisc à titre d'impôt foncier ; en même temps, on procédait à la restauration d'un monument endommagé par le temps, probablement les thermes du Capitole.

Sous Caracalla et ses successeurs, la physionomie de la ville subit une profonde transformation. Depuis longtemps le cadre primitif de la colonie était devenu trop étroit ; les maisons franchissaient l'enceinte de toutes parts, descendaient jusqu'au bord des oueds, se bâtissaient aussi le long des rues qui menaient au théâtre et aux Grands Thermes ; ces édifices formant centre d'attraction, de nouveaux quartiers se développaient sur les pentes de la colline Sud. Le rempart, que la « paix romaine u rendait bien inutile, ne paraissait plus qu'un vestige encombrant du passé. On décida d'en raser la partie méridionale et d'aménager un nouveau forum à l'entrée Sud de la ville des Antonins. Djemila---arc-de-Caracalla.jpg

Le forum du Capitole, encombré de monuments honorifiques, ne pouvait plus guère servir de promenade publique ; la place nouvelle, beaucoup plus vaste, offrit aux promeneurs l'abri de ses portiques pour les jours de pluie ou d'ardent soleil et un large espace découvert pour les heures où ils préféraient respirer à l'air libre. Située au point de contact entre la vieille ville et les quartiers neufs, desservie par des rues qui y convergeaient de toutes parts, elle fuit rapidement adoptée par les citadins. Le foyer de la vie urbaine se déplaça : si l'ancien forum resta le centre administratif de la cité et le cadre des cérémonies officielles, le nouveau devint le rendez-vous des flâneurs et le centre de la vie sociale. On s'y arrêtait en sortant des thermes ou du théâtre, on y échangeait les nouvelles, on y discutait affaires ; on y trouvait des boutiques qui furent bientôt sans doute - le goût de la nouveauté aidant - les mieux achalandées de la ville. Les Berbères de la montagne devaient y mêler parfois leurs bandes bruyantes aux groupes plus corrects des citadins ; un marché s'y tenait peut-être, car on pouvait y arriver directement de la campagne et même y amener des bestiaux, la place se trouvant de plainpied avec les rues qui venaient de l'extérieur. L'ancienne porte du rempart, à l'extrémité méridionale de la Grande Rue, fut conservée, mais de nouvelles entrées monumentales donnèrent aussi accès au forum des Sévères ; la plus majestueuse était formée par l'arc triomphal érigé en 215 en l'honneur de Caracalla, de sa mère Julia Domna, de son père divinisé Septime-Sévère. Des cérémonies religieuses déroulèrent leur pompe dans ce cadre nouveau ; des temples en effet ne tardèrent pas à s'y édifier le plus imposant, construit sous Sévère Alexandre (en 229), fut dédié à cet empereur et à la gens Septimia. Dressé au sommet d'un perron très élevé, le sanctuaire dominait toute la ville ; sa fière colonnade portait plus haut que le Capitole, plus haut que les monuments des Antonins, l'hommage éclatant de la cité à la dynastie africaine qui avait répandu ses bienfaits sur les villes d'Afrique.

vue-djemila-x.jpgToutes ces constructions se faisaient aux frais de la commune les libéralités privées n'interviennent plus à cette époque dans les embellissements urbains. Le budget municipal devait aussi faire face à de coûteux travaux d'utilité publique construction de fontaines, entretien des conduites d'eau et des égouts, établissement de canalisations dans les nouveaux quartiers, réparation des routes fréquemment endommagées par les torrents de la montagne. Pour subvenir à toutes ces dépenses, il fallait des ressources considérables que devaient fournir en grande partie des augmentations d'impôts.

Si les citoyens riches ne construisent plus de monuments, ils rivalisent toujours de zèle avec le conseil des décurions pour élever des statues à la dynastie régnante. Nous connaissons une série de dédicaces à Septime Sévère (seul ou associé à sa famille), à Julia Domna, à Caracalla ; d'autres célèbrent le « divin Marc-Aurèle », le « divin Commode» - flatterie envers Septime-Sévère qui s'était proclamé le fils adoptif de Marc-Aurèle et avait fait réhabiliter la mémoire de Commode. D'autres encore associent à la majesté impériale une divinité : la Fortune qui ramène Septime-Sévère et ses fils après une campagne, la Victoire couronnant leurs armes, Mars ou Jupiter invoqués comme protecteurs des princes. Une partie de ces statues trouve place au nouveau forum; celui du IIème siècle n'est pourtant pas abandonné les bases honorifiques de l'époque des Sévères y ont subsisté en aussi grand nombre que celles du temps des Antonins. Il est rare désormais de voir parmi les dédicants des personnages d'origine étrangère à la ville : ceux dont nous connaissons la tribu appartiennent à la tribu Papiria, qui est celle où sont inscrits les citoyens de Cuicul.

Un nom revient à plusieurs reprises dans les inscriptions de cette époque : celui de Gargilius. Les Gargilii paraissent avoir été une des familles les plus en vue, une de celles où l'on exerçait héréditairement les charges municipales. Un Gargilius Praetorianus, juriste réputé, joue le rôle d'avocat de la commune ; un Gargilius Quietus, flamine perpétuel, érige une statue de Mars « Génie de la colonie», au milieu du forum des Sévères ; une Gargilia Marciana, épouse d'un magistrat, mérite que son mari et ses fils lui élèvent une statue au forum capitolin; ils célèbrent aussi sa mémoire en offrant à leurs concitoyens une distribution de sportules et des représentations au théâtre. djemila-theatre.jpg

L'ascension de la bourgeoisie riche vers les classes dirigeantes de la société romaine continue : les deux fils de Gargilius Quietus sont chevaliers romains, comme les deux fils de Gargilia Marciana. Un Julius Silvanus est procurateur impérial. Les empereurs ouvrent parfois à ces provinciaux l'accès de l'ordre sénatorial. Une inscription de 208 nous fait connaître le clarissime Tib. Claudius Subatianus Proculus : d'abord chevalier, il a exercé diverses fonctions militaires ; puis il est entré dans la classe sénatoriale et a parcouru tous les degrés de la carrière des honneurs. Il revient enfin dans sa Numidie natale, investi de la plus haute fonction le gouvernement de la province; il est même désigné pour le consulat. Ses concitoyens célèbrent avec orgueil la gloire d'un des leurs ; il leur semble qu'une parcelle en rejaillit sur chacun d'eux.

Cuicul a atteint son apogée sous les Sévères ; pourtant, même en cette phase de prospérité, ce n'est pas une grande ville : le nombre de ses habitants ne paraît pas avoir jamais atteint dix mille. Petite ville, mais à l'aspect agréable : étagée sur les pentes de son promontoire, resserrée au Nord, largement étalée vers le Sud, l'agglomération épouse les formes du terrain sans souci de la symétrie. Les rues en pente ouvrent des perspectives variées sur les montagnes environnantes ; ces rues sont propres, bien dallées, souvent bordées de colonnades comme celles des cités d'Orient. Les deux vastes places ornées d'un peuple de statues, les portiques élégants, les majestueux édifices publics forment un ensemble empreint de noblesse et d'harmonie. Des fontaines placées aux principaux carrefours ajoutent le charme de leurs eaux jaillissantes à la beauté des masses architecturales. Les maisons particulières, dont les pièces plus ou moins nombreuses entourent une cour centrale, sont parfois aménagées avec une certaine recherche de luxe et de confort. - Petite ville, c'est vrai, mais exemple typique d'une de ces créations urbaines où s'exprimait le génie romain chez les peuples que l'Empire avait gagnés à la civilisation.

 

4) La crise du IIIème siècle.

A la mort de Sévère Alexandre (235)temple-septimien.jpg commence dans l'Empire une longue crise politique et économique qui arrête brusquement l'essor de l'Afrique romaine. C'est l'époque où les soldats font et défont les empereurs ; une révolution éclate à Carthage contre Maximin, successeur de Sévère Alexandre, et porte au pouvoir le proconsul Gordien ; celui-ci, vaincu par le légat de Numidie commandant la IIIe légion, meurt avec son fils ; mais son petit-fils Gordien III est proclamé empereur à Rome par les prétoriens peu de temps après la mort de Maximin (238).

Un de ses premiers actes est de venger son grand-père et son oncle par la dissolution de la légion : les éléments en sont dispersés dans des provinces lointaines et la Numidie est privée des troupes qui assuraient la sécurité du pays depuis environ deux cent cinquante ans. La disparition de cette force militaire pendant quinze ans (car la troisième légion ne fut reformée qu'en 253) affaiblit l'autorité romaine en Afrique ; les nouvelles qui parviennent du reste de l'Empire - invasions sur les frontières, compétitions violentes pour le pouvoir suprême, luttes entre les armées dont chacune veut imposer son chef - ne relèvent pas le prestige vacillant de Rome. De mauvaises récoltes, d'autre part, réduisent les indigènes à la misère. Aussi n'est-il pas étonnant que des insurrections se produisent dans les massifs montagneux qui n'ont jamais été parfaitement soumis. vue-djemila.jpg

En 253, puis de nouveau en 258, les Bavares (indigènes des Babor) et les Quinquegentanei (confédération de tribus kabyles) envahissent la Numidie ; ils tentent, sans succès d'ailleurs, une attaque contre Milev (Mila) et pillent la zone voisine de la frontière provinciale, avant d'être rejetés en Maurétanie où ils sont finalement écrasés. Une trentaine d'années plus tard, de nouveaux troubles agitent la même région, se prolongent pendant dix ans et obligent Maximien, collègue de Dioclétien, à venir rétablir l'ordre. Aucun des textes relatifs à ces événements ne fait allusion à Cuicul ; il paraît toutefois impossible que la ville, située justement entre Milev et la frontière numido-maurétanienne, n'ait pas eu à souffrir de ces incursions. En tout cas, les gens de Cuicul ont soutenu les prétendants africains : leur dévouement aux Gordiens s'est exprimé dans une série de dédicaces aux différents membres de cette famille. Au début du IVème siècle, ils paraissent avoir pris parti de la même façon pour Domitius Alexander, proclamé à Carthage en 308. Au contraire aucune inscription n'honore Maxence : à Cuicul, on devait partager la haine générale en Afrique pour l'homme qui avait brutalement réprimé la révolte d'Alexander, qui avait incendié Carthage et Cirta.

Toutes ces luttes ne pouvaient manquer d'apporter un trouble profond dans la vie économique. Les routes souvent coupées par les insurrections ne se prêtaient plus sans de gros risques à la circulation des marchandises ; chaque cité devait se suffire à elle-même. La vie devint certainement difficile pour les Cuiculitains, dont les ressources étaient purement agricoles : ils ne pouvaient plus exporter les produits de leurs terres dans les années d'abondance, ni faire venir les objets manufacturés, ou les vivres dont ils avaient besoin quand leurs récoltes étaient déficitaires. La région n'était pas assez riche pour donner tous les ans une production suffisante. A part une minorité de familles fortunées, la plupart des propriétaires n'avaient pas les moyens de faire face à plusieurs mauvaises récoltes, les métayers encore moins. Or au IIIème siècle il y eut des séries d'années maigres qui durent causer beaucoup de ruines dans cette population agricole, et c'est dans la même période que s'aggravèrent les charges fiscales. Djemila-escalier-temple.jpg

De tout temps la ville avait connu, dans les années de grande sécheresse par exemple, des moments pénibles où le prix des vivres montait ; nous savons par une inscription que les magistrats s'ingéniaient alors à faire venir du dehors des approvisionnements et méritaient ainsi la reconnaissance populaire. Encore fallait-il disposer de transports bien organisés, d'une monnaie saine et d'une caisse municipale bien garnie ; avec l'insécurité des routes, l'instabilité de la monnaie, le poids écrasant des impôts d'État, le problème du ravitaillement devenait insoluble.

Cuicul s'appauvrit donc et souffre parfois de la disette. Symptôme caractéristique : on n'y bâtit plus ; pendant cinquante ans (de 229 à 281 exactement), plus une dédicace de monument. On continue cependant à rendre hommage aux souverains : nous retrouvons sur des bases de statues ou des bornes milliaires les noms de presque tous les empereurs. Les statues de cette époque sont toutes élevées par la municipalité ; la générosité des particuliers s'est tarie, preuve indéniable de leur appauvrissement. L'aspect des inscriptions révèle la décadence des techniques : lettres mal gravées, lignes irrégulières contrastent avec les beaux caractères alignés à la règle au IIème siècle et encore au début du IIIème.

 

5) La renaissance du IVème siècle; le christianisme.

Une renaissance se produit au IVème siècle ; elle s'annonce déjà dans les dernières années du IIIème. Une dédicace de 281 est trop mutilée pour permettre d'identifier le monument « avec portique » qu'elle désignait, mais sous le règne de Dioclétien - marqué par un effort énergique pour enrayer la décadence de l'Empire - on entreprend à Cuicul des travaux importants. On répare l'aqueduc qui alimente la ville en eau potable et l'on construit près des Grands Thermes une fontaine élégante. L'inscription commémorative de cette construction nous apprend que le travail, ordonné par le gouverneur de la province, fut exécuté par les soins d'un chevalier « curateur de la république »; ce titre désigne désormais le chef de l'administration municipale.

C'est sans doute au même moment que fut aménagé (ou restauré) sur le forum des Sévères un château d'eau assurant la distribution du précieux liquide dans le centre de la ville. Un édifice public voisin des Grands Thermes, dont la destination exacte n'est pas déterminée jusqu'à présent et qui avait probablement été construit au temps des Sévères, a dû être agrandi et remanié à cette époque. Peut-être la Curie aussi a-t-elle été restaurée ; cela expliquerait qu'une statue de Dioclétien ait été placée devant son vestibule ; on y ajouta quelques années après l'effigie de Constance Chlore.

Le seul monument du IVème siècle dont nous connaissions la date est un marché aux étoffes (basilica vestiaria) dédié vers 367 par le gouverneur P. Ceionius Caecina Albinus, qui avait fait restaurer celui de Timgad. Les frais de la construction furent supportés par un sénateur, Rutilius Saturninus, un descendant sans doute du magistrat de ce nom que nous connaissons au IIème siècle. Ce personnage devait être fort riche, car il fit bâtir aussi une autre « basilique » que les fouilles n'ont pas encore retrouvée.

Il y avait donc encore à Cuicul quelques grosses fortunes ; les embellissements apportés à certaines maisons particulières en témoignent. Un personnage connu seulement par son surnom, Castorius, fit agrandir et transformer sa demeure et s'en vanta par un texte inséré dans la mosaïque d'une des pièces. Il avait des goûts littéraires (une des inscriptions dont il orna la maison est en vers) et il donna une instruction soignée à ses fils qui s'illustrèrent ensuite dans « les heureux tribunaux de la Libye ».

De la fin du IVème siècle (vers 387) date une table de mesures placée près de la basilique judiciaire par le gouverneur Herodes ; elle était destinée à contrôler les quantités de blé, d'orge et de vin versées au fisc par les contribuables à titre d'impôt. Mais à cette époque ce ne sont pas les constructions d'ordre pratique qui nous donnent le témoignage le plus intéressant de la vie de la cité ; un nouveau centre d'attraction était né, d'autres monuments s'élevaient grâce à la générosité privée : les églises chrétiennes. djemila-fontaine-Tetrachie-c1.jpg

Le christianisme avait dû se développer à Cuicul au cours du IIIème siècle ; la ville possédait en effet un évêque dès cette époque : en 256, c'était Pudentianus, qui participa au concile réuni à Carthage cette année-là par saint Cyprien. Les persécutions n'épargnèrent pas la communauté cuiculitaine ; la plus violente fut certainement, comme dans le reste de l'Afrique, celle qu'ordonna Dioclétien en 303-304 ; c'est sans doute à ce moment que moururent neuf martyrs dont nous connaissons les noms : sept sont gravés sur une grande dalle qui a dû servir de Table d'autel dans une église du faubourg Ouest ; deux autres, inscrits sur des sommiers, devaient figurer dans une chapelle du faubourg Est. Les anniversaires de ces saints devinrent des fêtes pieusement célébrées par les fidèles. Peut-être la persécution fit-elle encore d'autres victimes dont les noms ne sont pas venus jusqu'à nous.

Après les édits impériaux de 311 et de 313, les communautés chrétiennes, définitivement libérées par Constantin, reçurent officiellement le droit de posséder des biens et commencèrent à bâtir des églises. Il y en eut plusieurs à Cuicul ; elles s'établirent dans les faubourgs, loin des temples où continuaient à se célébrer les cérémonies païennes. Certains cultes cependant tombaient en désuétude : en effet la dédicace du temple de Tellus fut utilisée dans la construction de la principale église, qui couronna la colline Sud. De grands personnages se cotisèrent pour payer le pavement mosaïqué de cet édifice, et leurs noms furent inscrits dans le pavement même : quatre d'entre eux étaient officiers et appartenaient à l'ordre sénatorial, deux autres avaient le titre de vir honestissimus, un septième était sacerdotalis, c'est-à-dire ancien prêtre du culte impérial, fonction devenue purement civile puisqu'elle pouvait être exercée par un chrétien. L'aristocratie de la cité était donc passée en grande partie au christianisme.

arcades-et-cardo-maximum.jpgC'est peu de temps sans doute après cette église que fut construit le baptistère, monument circulaire flanqué de diverses dépendances (Le baptistère a été attribué jusqu'à présent au Vè siècle ; cependant il est situé exactement en face de la basilique du IVè siècle ; l'appareil soigné de la construction et le style des mosaïques décoratives conviennent mieux au IVème siècle qu'au Vème. D'autre part l'existence d'un baptistère primitif, antérieur à celui que nous connaissons, est une hypothèse que rien n'appuie).

Un évêque de Cuicul, Elpidophorus, assistait en 348 au concile de Carthage ; l'empereur Constant venait de promulguer l'édit d'union dans l'espoir de mettre fin au schisme donatiste qui divisait la chrétienté africaine depuis le début du IVème siècle. Cuicul, comme toute la Numidie, connaissait les luttes entre catholiques et donatistes, les rivalités entre évêques des deux partis, les querelles pour la possession des édifices religieux. Quelle fut l'attitude de la ville lors des insurrections maures dirigées par Firmus, puis par Gildon, et soutenues par les donatistes ? nous l'ignorons ; nous savons seulement que l'unité chrétienne y fut rétablie en 411. A cette date se réunit la conférence de Carthage qui vit le triomphe de saint Augustin et la condamnation définitive du donatisme ; l'évêque cuiculitain Cresconius y déclara : « j'avais contre moi un évêque donatiste, il vient de mourir ». Cette heureuse coïncidence facilita l'apaisement et Cresconius put consacrer la « guérison du schisme » en ouvrant à la « foule chrétienne rassemblée en un corps unique » une cathédrale neuve, située sur la colline Sud, à côté de celle du IVème siècle, mais beaucoup plus vaste. Il transféra dans la crypte de cette basilique les tombes des u justes antérieurs », c'est-à-dire des premiers évêques de Cuicul, peut-être aussi de quelques martyrs, et fit aménager le bâtiment de manière à faciliter les allées et venues des pélerins qui venaient visiter ces tombeaux. Une inscription métrique, dans la mosaïque du pavement, glorifie l'oeuvre de l'évêque et se termine par son épitaphe. Rédigée en termes hyperboliques, elle reproduit presque exactement celle qui fut dédiée à la mémoire de l'évêque Alexandre dans une église de Tipasa en Maurétanie ; les deux textes doivent être la copie d'un modèle commun auquel on se contenta de changer quelques mots pour l'adapter aux circonstances locales.

Les dimensions de la basilique de Cresconius prouvent que toute la population de la ville et des environs était désormais ralliée au christianisme et que Cuicul était devenu un centre de pélerinage très fréquenté. Autour des deux grandes églises et du baptistère se groupaient plusieurs bâtiments : chapelle, logements de l'évêque et du clergé, qui formaient un véritable quartier chrétien. Cet ensemble de constructions devait être à peine terminé quand les Vandales apparurent en Afrique.

 

6)Vandales, Byzantins...

En 431, les Vandales étaient maîtres de tout le pays, sauf de Cirta et de Carthage ; Cuicul était donc soumise à leur domination. Cependant l'épitaphe du prêtre Turasius, mort en 454, est datée par la mention des consuls de l'année ; c'est que notre cité fit partie de la région rendue à l'Empire par Genséric au traité de 442, restitution d'ailleurs passagère : toute l'Afrique du Nord passait bientôt aux mains des Vandales., Les conquérants étaient des hérétiques ariens qui traitèrent en ennemi le clergé catholique : en 484, l'évêque de Cuicul, Victor, périt dans la persécution ordonnée par le roi Hunéric. Ce fait est le seul renseignement fourni par les textes sur la vie de la cité à l'époque vandale. Mais on a retrouvé dans un cellier qui faisait partie des bâtiments ecclésiastiques une gargoulette renfermant 180 pièces d'or. Ces monnaies portent l'effigie de divers empereurs, presque tous byzantins : Théodose II, Marcien, Léon Ier, Zénon, etc. ; les plus récentes datent du règne d'Anastase et sont au nombre de deux seulement. Selon toute vraisemblance, c'est donc peu après 491 (année de l'avènement d'Anastase Ier) qu'un prêtre ou un laïque enterra ce trésor - devant quelle menace ? Sans doute une incursion de pillards descendus des montagnes voisines. porte-Djemila.jpg

Sous les successeurs de Genséric, préoccupés avant tout de tenir solidement les ports, les révoltes berbères furent continuelles. La suppression de toute garnison à l'intérieur du pays laissait le champ libre aux rebelles ; ils purent s'emparer facilement des villes que Genséric avait systématiquement démantelées : Timgad fut détruite ainsi par les tribus de l'Aurès. Il n'y a pas de raison pour que les montagnards de Kabylie et des Babor, qui s'étaient déjà soulevés au IIIè et au IVè siècles, aient été plus respectueux que ceux de l'Aurès de l'autorité vandale, et il est possible qu'ils soient venus saccager Cuicul ; la couche de cendres et de débris carbonisés qui recouvrait la basilique du IVème siècle avant les fouilles pourrait remonter à un incendie de cette époque.

Si la ville a été détruite à ce moment, elle se releva pourtant de ses ruines, car en 553, parmi les évêques convoqués à Constantinople par Justinien au sujet de la querelle des Trois Chapitres, figurait Crescens, évêque de Cuicul (c'est la dernière mention de la cité dans un texte historique). Dans l'intervalle, les Byzantins avaient reconquis une partie de l'Afrique romaine ; ils occupaient Sitifis et Milev ; par conséquent la route qui joignait ces deux villes et passait par Cuicul devait être entre leurs mains. On n'a pourtant pas trouvé à Djemila de fortifications comparables aux murailles pittoresques qui enveloppent encore la petite ville de Mila, ou à l'enceinte dont Sétif a conservé quelques vestiges. L'agglomération était peut-être devenue trop peu importante pour paraître aux généraux grecs digne d'être protégée. Il est possible cependant que le quartier méridional de la ville, le plus récent, qui renfermait les principaux édifices chrétiens, ait été entouré d'un mur de défense par les habitants eux-mêmes. Une porte construite en grand appareil et visiblement ajoutée après coup barre en effet la Grande Rue à la hauteur des thermes ; elle peut représenter un vestige de fortifications élevées à cette époque et démolies par la suite. D'autre part un fragment de mur, épais de 1 m. 90, qui pourrait être d'époque byzantine, apparaît à la limite Sud des fouilles actuelles. Les habitants ont dû se grouper autour de leurs églises et la colline Sud est devenue le coeur de la ville, alors très diminuée. 

De cette phase datent sans doute les restaurations exécutées dans la basilique de Cresconius et dans la chapelle qui lui fait face. Le sol du choeur de la basilique a été exhaussé et l'inscription de l'évêque dissimulée sous une mosaïque médiocre. Des matériaux enlevés aux monuments de la ville des Antonins ont été employés dans les réparations : une table du marché, des chapiteaux et des corniches pris aux temples délaissés, le chambranle de la porte du Capitole, plusieurs corbeaux provenant du théâtre. Il faut croire que les quartiers du Nord étaient abandonnés. D'ailleurs les sous-sols du temple septimien ont servi de cimetière ; le forum des Sévères se trouvait donc désormais en dehors de l'agglomération. Le quartier qui s'étend entre ce forum et les Grands Thermes comprend des maisons plusieurs fois remaniées qui ont dû être occupées jusqu'à l'époque arabe, habitations de pauvres gens, groupées sur les pentes de la colline, extérieurement à l'enceinte qui protégeait peut-être - comme nous l'avons vu - les monuments publics encore utilisés. A cette époque appartiennent probablement aussi les puits creusés en différents points de la colline, parfois au milieu des rues ; les canalisations d'eau, obstruées par un épais dépôt calcaire, étaient hors d'usage, et la ville appauvrie n'avait pas les moyens de refaire les travaux d'adduction.

Djemila---Arc-Caracalla.jpgComment s'acheva la ruine de Cuicul ? faut-il l'attribuer aux envahisseurs arabes ou aux Berbères insurgés ? Nous ne savons. En tout cas, la ville fut méthodiquement pillée, car les fouilles n'ont rendu que très peu d'objets d'art et même d'objets usuels ; puis elle fut définitivement abandonnée. La terre apportée par les eaux de ruissellement recouvrit peu à peu les ruines, la végétation s'en empara. Quelques gourbis arabes s'y établirent plus tard, et le territoire de l'ancienne cité reçut le nom de Djemila.

 

Djemila reparaît dans l'histoire avec la conquête française. Un détachement français y campa pendant dix jours en décembre 1838 et y fut attaqué par les indigènes. Après de rudes combats, la position fut évacuée ; au printemps suivant eut lieu l'occupation définitive, avec l'établissement d'un poste militaire qui fut maintenu pendant six ans. On avait construit un fortin sur la colline Sud, travail facilité, remarquait un officier, par l'abondance des pierres romaines à la surface du sol. Lors de l'expédition des Portes de Fer (1839), le duc d'Orléans s'arrêta deux jours en ce site, qu'il comparait poétiquement à un « fond d'artichaut ». Il conçut l'étrange idée de transporter l'arc de triomphe à Paris, projet qui, heureusement, ne fut pas exécuté. Peu de temps après (en 1840), l'architecte Ravoisié leva le premier plan des ruines. Les seuls monuments nettement visibles étaient alors le temple Septimien, l'arc de triomphe, le mur septentrional du forum des Sévères et la porte voisine, le théâtre, un mausolée ; le Capitole, la colonnade Sud du forum capitolin, les Grands Thermes se devinaient. Ailleurs émergeaient quelques pans de murs, des chapiteaux, le sommet de quelques arcs. Ravoisié reconnut et fouilla l'une des basiliques chrétiennes, celle du IVème siècle. C'est en 1909 seulement que le Service des Monuments historiques de l'Algérie entreprit à Djemila des fouilles méthodiques ; une grande partie de la ville est exhumée aujourd'hui, et les fouilles continuent".

 

                                            Yvonne ALLAIS, Professeur au Lycée d'Alger. 

 

Extrait d'une monographie d'Y. Allais, éditée en 1938 par "les Belles-Lettres" dans une collection patronnée par l'Association Guillaume Budé. L'extrait donné ici est la partie introductive de la plaquette d'une centaine de pages avec plans et photographies noir et blanc. La suite de la plaquette est consacré au commentaire détaillé sur les ruines et les pièces du Musée.

 

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Djémila (antique Cuicul)

Publié le par Christocentrix

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I. - Les conditions géographiques.

Le voyageur qui se rend de Constantine à Sétif traverse une des parties les plus monotones de l'Algérie orientale : un vaste plateau déroule à perte de vue ses riches cultures de céréales ; cependant vers le Nord des chaînons montagneux annoncent une région plus accidentée qui sépare le plateau de la côte méditerranéenne : c'est la Petite Kabylie. Si l'on veut atteindre la mer vers Djidjelli, il faut traverser un massif tourmenté, en suivant des routes qui, tantôt s'insinuent au fond de gorges étroites, tantôt gravissent des pentes fort raides pour franchir, par des cols assez élevés, la chaîne des Babor. La zone de contact entre la montagne et le plateau était jalonnée, à l'époque romaine, par une série d'agglomérations. Une ville moderne occupe souvent aujourd'hui l'emplacement de la ville antique dont on ne retrouve alors que des vestiges très fragmentaires : tel est le cas de Sétif, par exemple. Parfois, au contraire, le site ancien s'est trouvé en dehors des courants actuels de la circulation et n'a - heureusement - pas tenté les colons ; grâce à cet abandon, les ruines se sont conservées, sous la protection de l'épaisse couche de terre amoncelée au cours des siècles. Il en est ainsi à Djemila où des fouilles patientes poursuivies depuis vingt-cinq ans ramènent peu à peu à la lumière toute une ville romaine. Elle se trouvait dans la montagne, à 35 kilomètres au N.-E. de Sétif (distance à vol d'oiseau). On l'appelle aujourd'hui Djemila, nom arabe qui signifie « la Belle,» et s'emploie souvent comme prénom féminin ; son nom antique était Cuicul, vocable berbère auquel les Romains ne jugèrent pas utile de donner une forme latine. vue-aerienne-Djemila-2.jpg

Situées à 850 mètres d'altitude, les ruines couvrent un plateau triangulaire qui descend en pente douce vers le confluent de deux torrents : le Guergour à l'Ouest, le Bétame à l'Est ont taillé dans l'argile molle de profonds ravins ; ils en sortent pour se réunir en une rivière plus large, au cours sinueux, qui coule vers le Nord et va déboucher à une quinzaine de kilomètres dans la branche occidentale de l'Oued-el-Kébir (Ampsaga dans l'antiquité). Des croupes massives enveloppent le site de la ville antique du côté Sud, elles la dominent par une pente abrupte ; au Nord, au contraire, le cirque montagneux s'ouvre pour laisser échapper la rivière ; les premiers chaînons sont peu élevés, mais en arrière surgissent des masses imposantes qui s'étagent jusqu'à la crête dentelée des Babor (2.000 m.). Ces montagnes sont absolument dénudées ; les marnes noires de leurs pentes, profondément ravinées par les eaux de ruissellement, sont parfois coupées de brusques escarpements calcaires aux teintes grisâtres. En hiver la neige couronne les crêtes ; en été la roche calcinée ne porte aucune végétation. Paysage sévère qui saisit le visiteur ! « Pourquoi donc, demande-t-il, les Romains sont-ils venus fonder une ville en un tel endroit ?» - Essayons de répondre à cette question.

La grande artère qui assurait les relations entre l'Est et l'Ouest de l'Algérie romaine passait par ici ; elle reliait Cirta (Constantine) à Sitifis (Sétif) et franchissait à quelques kilomètres de Cuicul la limite séparant la Numidie de la Maurétanie. Une seconde route venait du port d'Igilgili (Djidjelli) à travers les montagnes, croisait la première et prenait ensuite la direction du Sud-Est, vers Lambèse. Une autre reliait Cuicul à Tucca, ville dont nous ignorons la situation exacte, mais qui se trouvait peut-être aussi sur la côte, à l'embouchure de l'Ampsaga. Il y avait donc là un nœud de communications qui devait nécessairement déterminer la fondation d'un centre urbain, tout d'abord pour une raison de sécurité : surveiller les montagnards mal soumis des Babor, protéger la liaison Est-Ouest entre Numidie et Maurétanie et la liaison entre le Nord et le Sud de la Numidie. A côté de l'intérêt stratégique intervint une raison d'ordre administratif : comme la frontière entre les deux provinces correspondait à une ligne de douane, il fallait établir, sur la route de Cirta à Sitifis, un bureau de la douane assez rapproché de la limite provinciale. Cette limite suivait probablement la vallée de l'oued Deheb (affluent de l'Oued-el-Kébir qui, plus au Nord, servait lui-même de frontière) ; Djemila en est distante de 9 km. et le territoire qui lui appartenait devait aller jusqu'à cette vallée. Enfin la ville pouvait se développer comme place de commerce, devenir un centre d'échanges entre la zone côtière et le plateau intérieur, régions de productions très différentes. vue-generale-Djemila.jpg

La salubrité du climat, due à l'altitude, était une condition favorable au développement d'un groupement humain et le pays offrait des ressources suffisantes pour nourrir les citadins. Les pentes inférieures des montagnes ne sont pas assez raides pour s'opposer à toute culture ; les marnes conviennent aux céréales, les alluvions de la vallée aux arbres fruitiers. Si, pendant quatre mois de l'année, le sol desséché reste nu, la saison humide le revêt d'un manteau vert que chaque jour de pluie étend à vue d'oeil ; l'herbe pousse alors assez drue pour nourrir, non seulement des moutons et des chèvres, bétail des terres arides, mais des chevaux, des mulets et même des bovins. Aujourd'hui les cultures de blé et d'orge restent, avec l'élevage, les ressources essentielles des indigènes ; on voit aussi des vergers le long des oueds : figuiers, poiriers, abricotiers, grenadiers y mêlent leurs fruits, d'ailleurs médiocres, les arbres n'étant pas greffés ; aux arbres fruitiers s'accrochent des guirlandes de vigne. A une époque de culture soignée, ces jardins pouvaient donner des produits abondants et de bonne qualité. Parmi ces arbres, il faut remarquer l'absence complète d'oliviers ; pourtant ni le sol ni le climat ne paraissent leur être absolument défavorables. D'autre part, les restes de plusieurs pressoirs à huile exhumés par les fouilles et la découverte d'une provision de noyaux d'olives carbonisés dans le magasin à combustible d'un établissement de bains semblent indiquer que la région possédait des oliviers dans l'antiquité. Peut-être y avaient-ils été introduits par l'administration impériale qui développa systématiquement cette culture en Afrique ; ils ont pu ne pas survivre au manque de soins. vue-generale-Djemila-c1.jpg

La mise en valeur du sol autour de Djemila était facilitée, dans l'antiquité comme de nos jours, par l'abondance des sources dans les montagnes environnantes, sources assez profondes pour ne pas tarir pendant les longues sécheresses d'été, pour fournir en toute saison l'eau nécessaire aux citadins, à leurs jardins et à leurs troupeaux. L'existence de ces réserves d'eau, entretenues par les neiges d'hiver, ne permet-elle pas de supposer que les crêtes, aujourd'hui dénudées, ont possédé jadis une végétation forestière ? On trouve dans la région de Batna, au climat cependant plus sec, des crêtes calcaires analogues qui sont entièrement boisées. D'ailleurs comment une ville aurait-elle pu se bâtir s'il n'y avait pas eu de bois à proximité, à une époque où l'on ne connaissait pas les charpentes métalliques ? Ici comme dans toute l'Afrique du Nord a sévi sans doute le déboisement, qui commença dès l'époque romaine et fit des progrès désastreux à l'époque arabe.

Les montagnes fournissaient, comme matériaux de construction, une pierre calcaire qui n'est pas très solide, mais se laisse facilement tailler. Enfin la disposition même du terrain - une terrasse doucement inclinée, assez élevée pour être à l'abri des crues torrentielles et pour offrir des facilités de défense, protégée sur les deux faces Est et Ouest par des talus escarpés, mais d'un accès commode au Sud - devait plaire aux urbanistes romains qui ont souvent choisi, en Afrique, des sites analogues pour y créer des centres de colonisation.

vue générale Djémila-copie-1 

 

II - Histoire de la ville.

1) les origines ; fondation et organisation de la colonie.

Les renseignements fournis par les textes anciens sur Cuicul sont rares ; ils se bornent à quelques brèves mentions dans les Itinéraires et dans les documents ecclésiastiques. Pour reconstituer l'histoire de la cité, il faut donc interroger les ruines et étudier les inscriptions qui y ont été recueillies.

Que désigna le nom de Cuicul à l'origine ? un village berbère ou un simple lieu-dit ? nous l'ignorons. Peut-être les empereurs du Ier siècle avaient-ils établi là un poste militaire ; l'épitaphe (malheureusement sans date) d'un soldat qui y tint garnison pendant cinq ans et huit mois autorise cette hypothèse. En tout cas, l'agglomération urbaine date seulement du jour où une colonie de vétérans s'y fixa. Le fait se passa très probablement sous le règne de Nerva, c'est-à-dire en 96 ou 97 après J.-C. ; c'est en effet à ce moment que fut créée la colonie de Sitifis (Colonia Nerviana Augusta Martialis Veteranorum Sitifensium), dans la même région, mais en Maurétanie. Les deux cités eurent la même origine militaire, le même protecteur divin, Mars, dont le culte s'imposait tout naturellement à d'anciens soldats ; elles furent inscrites l'une et l'autre dans la tribu Papiria. Leur fondation paraît bien répondre aux mêmes préoccupations : assurer la sécurité de part et d'autre de la frontière provinciale entre Numidie et Maurétanie, renforcer l'occupation romaine dans une zone très voisine encore à cette époque du limes méridional. forum-nord.jpg

Le géomètre chargé de dessiner le plan de Cuicul traça sur l'étroit plateau dont nous avons indiqué la situation une enceinte à peu près triangulaire, forme imposée par la configuration du terrain. A la pointe Nord du triangle s'ouvrait une porte qui dominait de 45 mètres le confluent des torrents ; à l'Est et à l'Ouest, le rempart courait à flanc de coteau ; au Sud, il coupait le plateau suivant une direction oblique dont nous n'apercevons pas la raison d'être. L'emplacement du forum fut réservé au centre de la ville, probablement à l'endroit où se croisaient les routes, et il fallut exécuter d'importants travaux de terrassement pour obtenir une large surface plane malgré la pente du terrain. Le tracé des rues fut établi, comme dans toutes les villes romaines, d'après deux axes perpendiculaires ; mais ici ils n'étaient pas exactement orientés Nord-Sud ni Est-Ouest. Le decumanus maximus, large voie qui paraît avoir prolongé la route de Cirta, bordait le côté Sud du forum ; la porte principale de la place s'y ouvrait, exactement au milieu du mur Sud. La partie méridionale du cardo maximus aboutissait à cette entrée ; la partie Nord fut reportée à l'Ouest du forum (comme à Timgad) pour que la circulation des chevaux et des voitures contournât la place publique. La porte Nord de l'enceinte, située au bout de cette rue, devait être le point de départ de la route menant à Igilgili (Djidjelli). Plus tard, la construction d'un temple contigu au forum coupa le decumanus et isola l'une de l'autre les deux sections du cardo maximus ; à partir de ce moment, la rue qui prolongeait au Sud la section Nord du cardo et aboutissait aussi à une porte du rempart servit de grand cardo méridional. Sa direction oblique ne s'accorde pas avec la régularité des autres rues, toutes perpendiculaires les unes aux autres ; il est vraisemblable qu'elle correspond à l'ancien tracé de la route de Sitifis qui devait pénétrer en ville par la porte Sud. Ainsi l'artère essentielle de la ville présenta finalement l'aspect d'une voie coudée, située à l'Ouest de l'axe central du plan primitif. le-cardo.jpg

Dès la fondation de la colonie, il fallut l'approvisionner en eau potable ; le captage d'une source abondante dans le vallon du Guergour, à 3 km. environ de Cuicul, fournit l'eau nécessaire à tous les besoins. La canalisation ne fut pas très difficile à établir : la différence d'altitude était suffisante pour assurer un écoulement normal ; il fallut cependant entailler plusieurs éperons rocheux et construire quelques murs de soutènement en grand appareil sur les pentes les plus ravinées ; mais l'aqueduc, en partie souterrain, ne présenta aucun caractère monumental.

Le génie pratique de Rome s'affirmait ainsi dans ce coin perdu de la Berbérie. Les vétérans qui peuplèrent la nouvelle colonie y apportaient d'ailleurs des moeurs romaines. Ils n'étaient pourtant pas originaires d'Italie ; ils avaient servi, soit dans la IIIe Légion Auguste, soit dans les corps auxiliaires qui formaient avec elle l'armée de Numidie ; or à la fin du Ier siècle ces troupes se recrutaient en partie dans les provinces orientales de l'Empire, en partie en Afrique même. Mais après vingt ou vingt-cinq ans de campagnes ou de séjour dans les camps, sous les ordres d'officiers romains, ces provinciaux avaient reçu profondément l'empreinte latine. Ils étaient devenus citoyens romains, ils avaient pris un nom latin - le plus souvent celui de l'empereur régnant : ainsi de nombreux Cuiculitains s'appelaient Titus Flavius parce qu'ils avaient reçu le droit de cité des empereurs Flaviens. Nous connaissons un de ces premiers colons, T. Flavius Breucus, qui avait servi 26 ans dans la 1ère aile de Pannoniens, cantonnée en Numidie. Il était originaire des pays danubiens (les Breuques étaient une peuplade de Pannonie) ; il fut un des veterani acceptarii qui reçurent une concession de terre lors de la fondation de la colonie. Ces militaires devenaient en effet agriculteurs ; ils recevaient de l'administration impériale une terre en toute propriété, mais ils devaient assurer la sécurité de la région. Ils restaient sans doute suffisamment attachés à leur ancien métier pour en inspirer le goût à leurs fils, car sur les listes de légionnaires de Lambèse figurent les noms de plusieurs enfants de Cuicul.

Soumise à l'autorité du légat propréteur qui commandait la légion (plus tard du proeses de Numidie), la nouvelle cité était organisée en commune romaine ; elle possédait un Conseil municipal (Senatus ou Ordo decurionum) et des magistrats - questeurs, édiles, duumvirs - élus chaque année pour gérer les intérêts de la Respublica Cuiculitanorum, diriger les travaux publics, administrer les finances, rendre la justice. Quand l'un des duumvirs était empêché par la maladie ou l'éloignement d'exercer réellement ses fonctions, il était suppléé par un proefectus pro duumviro ; il en était de même quand la cité décernait à l'empereur le titre de duumvir honoraire. Tous les cinq ans, des duumviri quinquennales, comparables ''aux censeurs de Rome, étaient chargés du recensement de la population, révisaient la liste des citoyens et celle des décurions. Une milice, composée des jeunes gens en état de porter les armes, était dirigée par un proefectus juventutis. Les magistrats remplissaient aussi des fonctions sacerdotales : pontificat, augurat, et le personnage le plus important de la cité était le flamine du culte impérial. Nous connaissons un certain nombre de ces notables par les dédicaces des statues de divinités qu'ils offraient à la cité, en plus de la somme honoraire obligatoire, au moment où ils entraient en fonctions. Quelques-uns manifestaient leur générosité lors de leur élection à l'édilité ou au duumvirat, mais la plupart commémoraient plutôt leur entrée dans les collèges sacerdotaux, dont ils devenaient membres à vie. grand-cardo.jpg

Les habitants de Cuicul adoraient les grands dieux du Panthéon romain ; les inscriptions célèbrent Jupiter optimus, maximus, omnipotens, Esculape, Mercure, Pluton, Cérès, Diane, Vénus ; cependant certains dieux étaient particulièrement honorés : Mars, « Génie de la colonie », patron attitré de la ville, Hercule et Bacchus - dieux tutélaires de Leptis Magna, dont le culte se répandit surtout à l'époque des Sévères - Tellus et Saturne, divinités agrestes dont la protection assurait des récoltes abondantes et que devait invoquer fréquemment une population d'agriculteurs. Le culte de Saturne a occupé ici, comme dans toute l'Afrique romaine, une place de premier plan ; de nombreuses stèles votives en témoignent. Le dieu n'était plus adoré seulement comme le symbole de la vie végétale (Frugifer), mais comme le protecteur suprême des vivants et des morts qui pouvait assurer à ses fidèles une vie future heureuse. Le nom latin de Saturnus dissimulait d'ailleurs un dieu punique, Baal-Hammon, qui avait lui-même succédé à un ancien dieu berbère ; celui-ci était associé à une divinité féminine qui fut assimilée à la Tellus romaine. Il faut signaler aussi des cultes d'origine orientale : celui de Cybèle, depuis longtemps implanté à Rome ; celui de Sérapis, venu d'Égypte. En outre, de nombreux autels furent dédiés à des abstractions divinisées : le Génie du Peuple, le Génie du Sénat, la Victoire, la Fortune, la Foi publique, la Piété ou la Virtus d'un empereur.

 

2- La cité sous les Antonins.

La vie municipale et religieuse exigeait la construction de monuments qui s'élevèrent peu à peu au cours du IIème siècle. Les premiers édifices construits autour du forum furent, semble t-il, la Curie, salle de réunion du conseil municipal (elle était achevée avant 157, date de la dédicace à la Piété d'Antonin placée à l'entrée), et le Capitole consacré à la triade divine Jupiter, Junon, Minerve : il fallait commencer par loger les dirigeants de la cité et les dieux tutélaires de Rome. Il est vraisemblable qu'un temple de Mars fut bâti à la même époque, mais nous ne savons où il se trouvait. arc-et-rue.jpg

Il fallait songer aussi à la vie matérielle des citadins, faciliter leur ravitaillement, leur procurer des divertissements, satisfaire aux besoins de l'hygiène : des thermes, un théâtre, un marché répondirent à ces nécessités. Nous ignorons à quel moment s'édifièrent les thermes voisins du Capitole ; le style de la décoration permet toutefois de les attribuer à la première moitié du IIème siècle. Pour le marché, nous sommes renseignés par l'épigraphie : il fut bâti aux frais d'un riche particulier, L. Cosinius Primus, qui avait exercé à Cuicul toutes les fonctions municipales, pour commémorer son élection au flaminat ; ce personnage avait été nommé juge par l'empereur Antonin le Pieux, ce qui nous donne la date approximative du monument. Quant au théâtre, il ne put trouver place à l'intérieur de l'enceinte urbaine ; on l'appuya à une colline située au Sud de la ville. Il était terminé à la fin du règne d'Antonin, car en 160 ou 161 s'éleva, sur la rue qui y conduisait, un arc monumental, legs de Julius Crescens. Le légat de Numidie vint inaugurer cet arc et par la même occasion une exèdre dédiée au Génie du Peuple par un tribun militaire ; l'exèdre a disparu, mais il est vraisemblable qu'elle se trouvait aux abords du forum.

Un bâtiment indispensable à la vie publique manquait encore à Cuicul : la basilique, palais de justice qui servait aussi de bourse de commerce. Cet édifice fut offert à la cité, dans les premières années du règne de Marc-Aurèle, par le donateur qui avait déjà fait construire l'arc voisin du théâtre, C. Julius Crescens Didius Crescentianus, flamine perpétuel. Cette première libéralité n'était que l'exécution des dernières volontés de son grand-père adoptif, C. Julius Crescens ; le petit-fils avait cependant enrichi la décoration de l'arc en ajoutant la statue d'Antonin à celles de la Fortune et de Mars, prévues par le testament. La basilique, elle, fut élevée et décorée entièrement à ses frais ; en 169 il y fit placer des statues de Marc-Aurèle et de Lucius Verus (celui-ci venait de mourir). Mais ce n'est pas tout : il orna encore le forum d'autres statues dont nous ignorons le nombre et la nature ; nous savons seulement qu'il lui en coûta 30.000 sesterces. Il est clair que Crescentianus fut un des plus généreux bienfaiteurs de la commune. arc et cardo max djémila

La basilique occupait tout un côté du forum, en bordure du grand cardo Nord. Près de l'entrée donnant sur cette rue, un arc triomphal s'élevait au croisement des deux axes de la voirie urbaine. Le temple voisin, qui boucha le decumanus maximus, paraît avoir été construit peu après la basilique, sous le règne de Marc-Aurèle. Il ne subsiste de sa dédicace que le mot Genetrix ; cette épithète permet de supposer que la divinité adorée dans ce temple était Vénus Genetrix ; on ne peut songer en effet à Tellus Genetrix, dont le temple, représenté pour nous par une inscription monumentale, était dans une tout autre région des ruines. L'empereur Antonin le Pieux, qui restaura le culte augustéen et fit revivre la légende de l'origine divine des Julii, paraît avoir aussi remis en honneur le culte de Vénus Genetrix ; les impératrices de cette époque, en particulier Faustine la jeune (fille d'Antonin, épouse de Marc-Aurèle) étaient fréquemment assimilées à cette déesse sur les monnaies. On peut admettre que le sanctuaire fut consacré à la protectrice divine des impératrices et fut aussi édifié en hommage à la dynastie régnante dont la bienveillance s'était souvent manifestée envers les Cuiculitains. On comprend dès lors pourquoi ce temple trouva place parmi les édifices les plus importants de la cité, à côté du forum, face au Capitole, pourquoi sa construction fut particulièrement soignée, pourquoi il s'orna de matériaux rares (ses colonnes sont en marbre ou en granit).

forum nord djemilaPlusieurs des monuments qui embellirent Cuicul à l'époque des Antonins étaient dus, nous l'avons vu, à des libéralités privées. La cité possédait donc une bourgeoisie riche, dont quelques membres nous sont connus par les inscriptions. C'est d'abord Didius Crescentianus, fondateur de la basilique, personnage considérable par sa fortune et par ses hautes fonctions. Il avait rempli « tous les honneurs » et obtenu le flaminat perpétuel, non seulement à Cuicul, mais dans la confédération des quatre colonies cirtéennes ; il avait été fait chevalier par Antonin le Pieux, puis avait reçu le commandement d'une cohorte d'auxiliaires en Maurétanie. C'est par adoption qu'il était entré dans la famille des Julii Crescentes, dont deux membres (son père adoptif et le père de celui-ci) avaient exercé successivement la charge de grand-prêtre provincial. Il n'était pas lui-même originaire de Cuicul, mais de Cirta où il continua à jouer un rôle. Nous avons là une preuve des relations étroites qui existaient entre notre cité et la république cirtéenne : liens religieux, puisque le prêtre du culte impérial leur était commun, mais certainement aussi rapports commerciaux réguliers.

Plusieurs autres magistrats cuiculitains de la même époque étaient également originaires de Cirta : L. Claudius Honoratus, qui dédia une exèdre au Génie du Peuple ; L. Pompeius Novellus, maître des augures, qui, en 147, éleva sur le forum une statue de Marc-Aurèle César, conformément aux dernières volontés de son frère, et offrit en même temps des jeux à ses concitoyens ; C. Cassius Fortunatus, duumvir et augure, qui fit placer au forum une statue de Mercure. D'autres venaient de Carthage, comme Q. Rutilius Saturninus qui consacrait une statue à Jupiter en l'honneur de son augurat, et surtout le fondateur du marché, L. Cosinius Primus. Celui-ci était devenu flamine perpétuel à Cuicul, mais exerçait aussi les fonctions d'édile et d'augure à Carthage, et cette ville devait être sa résidence habituelle, car il laissa à son frère le soin de surveiller la construction du marché cuiculitain.

temple de VénusEn somme, les principaux bienfaiteurs de la cité dont nous connaissons les noms au IIème siècle appartenaient à des familles étrangères à la ville ; seul fait exception le prêtre provincial C. Julius Crescens, et encore son héritage passa-t-il à un cirtéen. Le fait est curieux ; on peut essayer de l'expliquer. Parmi les vétérans établis lors de la fondation de la colonie, tous n'ont pas réussi sans doute à se tirer d'affaire ; les malchanceux - ou leurs fils - ont dû chercher à vendre leurs concessions ; de riches bourgeois, citoyens de villes plus importantes, mais en relations de famille, d'amitié ou d'affaires avec des gens de Cuicul, auront profité de l'occasion pour acquérir une propriété à bon compte. Certains de ces immigrés ont pu aussi acheter des terres qui n'avaient pas été comprises dans la répartition primitive, ou simplement occuper et défricher un sol qui n'appartenait à personne. Quoi qu'il en soit, ces étrangers jouent au IIème siècle un rôle considérable dans la vie de la cité ; de la condition d'incolœ ils passent à celle de citoyens ; ils sont admis aux charges honorifiques et aux sacerdoces ; les grosses fortunes sont entre leurs mains, mais ils mettent largement leurs revenus au service de leur patrie d'adoption. Ils ont même parfois l'élégance de prendre à leur compte les frais des statues que leur décerne la reconnaissance publique : les frères Cosinius en particulier ont eu ce geste généreux.

Parmi ces grands bourgeois, quelques-uns s'élèvent dans la hiérarchie sociale du monde romain : ils sont admis par les empereurs dans l'ordre équestre (leur fortune montait donc au moins à 400.000 sesterces) - c'est le cas de L. Claudius Honoratus, de Didius Crescentianus et de son fils - ils exercent des emplois importants dans l'administration impériale : tribunat militaire, fonctions judiciaires ; ils s'allient à des familles sénatoriales : ainsi la fille de Crescentianus, certainement pourvue d'une belle dot, épousa un « clarissime ».

Au cours du second siècle, la population de la colonie s'était augmentée d'éléments nouveaux : à côté des notables déjà romanisés dont nous venons de parler, des indigènes de la région, attirés par les avantages matériels et juridiques que possédaient les citadins, étaient venus s'établir à Cuicul. Cet afflux de Berbères se devine à la lecture des inscriptions funéraires. On y voit des noms libyques ou puniques comme le gentilice Tammonius, les cognomina Barsa, Mazica, Gududia, Gudullus, Nampamin, Namppulus ; les cognomina latins les plus fréquents - Crescens, Felix, Fortunatus, Honoratus, Maximus, Rogatus, Saturninus, Victor et Victorinus - expriment l'idée d'un bonheur, d'une supériorité ou d'une faveur divine et peuvent être la transcription latine de noms puniques. Beaucoup de ces stèles funéraires devaient appartenir à des tombes de gens modestes ; la plupart nous apprennent seulement le nom et l'âge du défunt. Quelques épitaphes de centenaires ne démentent pas la réputation de longévité faite aux Numides ; quoique bien des gens mourussent jeunes, l'âge moyen des décès s'élevait à 53 ans. (Nous n'avons pas tenu compte, pour calculer cette moyenne, des décès d'enfants au-dessous de deux ans).

Nous n'avons à peu près aucun renseignement sur les occupations de la classe moyenne et du peuple. En dehors des magistrats, nous connaissons quelques prêtres, attachés pour la plupart au culte de Saturne, quelques militaires, un affranchi employé à la douane, un teinturier et quelques esclaves. La population comprenait sans doute beaucoup de petits propriétaires et de petits commerçants, quelques fonctionnaires, des artisans, des ouvriers agricoles, de nombreux esclaves. La vie agricole était la principale source des revenus ; l'industrie n'a jamais dû être très développée à Cuicul : l'épitaphe du teinturier est le seul texte mentionnant un métier manuel. La teinturerie suppose pourtant une industrie de la laine qui devait exister normalement dans un pays où l'on élevait des moutons. A part quelques huileries, les fouilles n'ont révélé jusqu'ici aucune trace d'installations industrielles. escalier-Djemila.jpg

Le commerce devait être actif ; les matériaux employés dans la construction des monuments étaient achetés assez loin : le marbre provenait de carrières voisines de Cirta (Aïn-Smara) ou de Rusicade (Djebel Filfila) ; les colonnes de granit du temple de Vénus Genetrix ne pouvaient venir que du cap Cavallo (aux environs de Djidjelli). Enrichie par l'agriculture et le commerce, Cuicul était à la fin du IIème siècle une cité prospère ; les finances municipales bénéficiaient de cet enrichissement et pouvaient subvenir à une partie des dépenses nécessitées par les embellissements de la ville. Parmi les statues de divinités et d'empereurs qui ornaient le forum, beaucoup étaient dues à des libéralités privées, mais d'autres avaient été élevées par les soins de la municipalité, en particulier les images des empereurs (parmi celles-ci une statue équestre d'Antonin divinisé), témoignage officiel de la fidélité des provinciaux. C'est aux frais de la commune que se construisit dans le faubourg Sud, sous le règne de Commode (en 183 ou 184), un monument somptueux : les Grands Thermes ; par l'ampleur des proportions et le luxe du décor, cet établissement de bains rivalisait avec ceux de villes plus importantes telles que Lambaesis ou Thamugadi."......

 

(la suite dans la seconde partie.....l'époque des Sévères, la crise du IIIème siècle, la renaissance au IVème siècle avec le Christianisme, la période byzantine....)

 

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Lambèse (Lambaesis) par Louis BERTRAND

Publié le par Christocentrix

"De Batna à Timgad, il y a tout près de quarante kilomètres. Mais je m'arrête un instant à Lambèse, - la Lambaesis des Romains, le lieu de déportation si fameux sous le second Empire.

Ce fut d'abord un simple camp retranché, construit au début du deuxième siècle, pour contenir les nomades ; puis bientôt toute une ville se développa autour du camp, et Lambèse devint une cité au moins aussi considérable que Timgad sa voisine.

Longtemps avant d'y arriver, on aperçoit une haute bâtisse rectangulaire, dont la masse imposante semble tout écraser autour d'elle. On l'appelle le praetorium. C'est là peut-être qu'habitait le commandant en chef de la légion Tertio Augusta qui était cantonnée à Lambaesis, avec quelques troupes auxiliaires. En réalité, on ne sait pas trop quelle fut la destination de cet édifice. Il appartenait à un ensemble dont les ruines sont à moitié ensevelies sous les constructions récentes du pénitencier. Mais, malgré les réserves des érudits, je ne puis croire qu'un bâtiment si pompeux et qui est resté debout pendant tant de siècles, alors que tout le reste est par terre, ne fût pas la pièce capitale de cette vaste ordonnance. Qu'importe qu'il ait servi, ou non, de résidence au légat impérial ! A en juger par le poids dont il pèse encore sur les plaines numides, il apparaissait sûrement aux yeux des peuples comme le symbole écrasant de l'Empire, comme le sanctuaire même de Rome, tout glorieux de sa présence et de sa domination perpétuelles.

 Lambese 2

Le praetorium se dresse au milieu d'une grande cour dallée qui n'est déblayée qu'en partie. Lorsque j'y pénètre, une équipe de pénitenciers, sous la conduite d'un garde de prison, est en train de dégager les soubassements de toute une série de cellules. Les uns manient le pic ou la pioche, les autres poussent des wagonnets sur des rails Decauville, des brouettes circulent. Cela fait un semblant de vie dans ce lieu voué au silence et à la mort. Evidemment, ces détenus aux crânes ovoïdes et tondus de près, aux visages glabres, aux bourgerons de treillis serrés à la taille, ce garde-chiourme en uniforme galonné de jaune, qui, le fusil en bandoulière, surveille son bétail humain, - toutes ces rudes silhouettes ne rappellent que de très loin les légionnaires de la IIIème Augusta. Pourtant, cette escouade de terrassiers militairement disciplinés ne détonne pas trop dans cette cour de caserne.

para-a-lambeseQu'on ne se laisse point abuser néanmoins par la similitude des mots ! Cette caserne de Lambèse ne ressemble guère aux nôtres. L'aspect pouvait en être austère et quelque peu farouche, il était tout à fait exempt de vulgarité. On sent que les mains qui en ont dessiné le plan étaient celles-là mêmes qui ont élevé les arcs de triomphe et les temples, pour la plus grande gloire du Sénat et du peuple romains. La cour tout entière pavée, environnée d'un portique et décorée de statues, avait la magnificence d'une cour de palais. On peut se la figurer telle qu'elle était. Les fûts des colonnes ont été remis en place sur leurs bases, le long des hautes salles voûtées qui s'ouvraient à l'entour : salles de dépôt pour les enseignes, salles d'archives, salles de réunion pour les collèges de sous-officiers, petites chapelles en abside, où l'on vénérait les effigies des empereurs et celles des divinités militaires. A proximité, il y avait des thermes, dont on a retrouvé les traces, - et probablement des arsenaux, des écuries, des hôpitaux, des bureaux pour l'état-major...

LambaesisMais tout cela s'éclipse devant la masse admirable du praetorium. Certes, le style en est sévère, ainsi qu'il convient à un bâtiment de guerre. Cependant il n'a rien de la froide nudité géométrique qui, depuis Vauban, caractérise les constructions de notre génie militaire.

Les façades sont percées de larges ouvertures en plein cintre, d'une courbe aussi, hardie que celle d'une arche de pont. Des rangées de pilastres rompent l'uniformité des plans ; et, sur des piédestaux d'une carrure monumentale, se dressent des colonnes corinthiennes qui supportaient un entablement, de façon à former une galerie continue autour de l'édifice. Des statues étaient disposées probablement autour de ce promenoir. En tout cas, les clés des arcades sont rehaussées de sculptures d'une exécution très sobre : ce sont des Victoires, des Aigles, des figures allégoriques tenant la corne d'abondance et la patère, symboles de la Paix romaine.

Encore une fois, chacun de ces détails, pris isolément, n'a pas une valeur d'art extraordinaire. C'est l'ensemble qu'il faut considérer. Alors on en reçoit une impression singulièrement grandiose. Le profil de ce palais est vraiment impérial. Ces blocs de pierres rougeâtres, qui se développent en cordons symétriques portent l'empreinte d'une volonté tenace et dominatrice qui défie les hommes comme le temps. Cela semble bâti pour l'éternité. Le génie de Rome vit tout entier dans cette maçonnerie indestructible.

Lambese 1 xRome a été la grande bâtisseuse de l'antiquité, de même que l'Italien d'aujourd'hui est encore le muratore, le maître-maçon par excellence. La ville maîtresse a modelé le monde à son image, elle a façonné la Barbarie anarchique et tumultueuse. Même dans les lignes très simples d'un aqueduc ou d'un pont, elle a su ramasser, comme dans un exemple concret, les quelques préceptes élémentaires qui composaient toute sa politique : ordre, cohésion, stabilité, harmonie. Partout, on la reconnaît à ces signes. Si les villes de l'Italie moderne ont une beauté architecturale qui nous humilie, c'est parce qu'elles ont conservé jalousement la tradition de la Métropole. Gardons-nous de revoir les nôtres, au sortir de Venise ou de Milan; elles nous paraîtraient des bourgades éphémères et misérables, dont les débris anonymes seront dépourvus de signification pour l'avenir. Au contraire, l'Italien sait inscrire sur des murs qui ne périssent point son obstination à durer, son vieux rêve de force et de grandeur. Ses bâtisses enracinées dans une terre sont comme des titres de possession imprescriptible qu'il étale à la face des siècles...

Devant le praetorium de Lambèse, je contemple cette solidité fastueuse. Elle lui imprime un tel caractère que tout d'abord, - saisi qu'on est par la puissance de cette ruine robuste, on ne s'aperçoit pas que l'édifice est de dimension restreinte, et l'on s'en étonne. J'ai déjà éprouvé ailleurs ce sentiment, par exemple devant l'Escurial, dont l'âpreté farouche, la nudité inexorable, la massiveté brutale, recherchée, à dessein pour inspirer la crainte, offrent quelque chose d'analogue à l'architecture militaire des Romains. Le monastère de Philippe II est en somme sensiblement plus petit que le palais de Louis XIV, à Versailles. Et pourtant, comparé à celui-ci, il produit l'effet d'une forteresse à côté d'un château de plaisance. Pareillement, le praetorium de Lambèse est loin d'égaler en étendue le pénitencier voisin. Mais la bâtisse moderne a beau être plus haute et plus spacieuse, elle semble étriquée et mesquine à côté de ces vieux murs délabrés. Cela tient à la justesse extrême des proportions, à la stricte subordination des parties au tout. Grâce à cette rigueur élégante de la composition, l'architecte a réalisé une oeuvre qui n'est pas loin d'être parfaite ; - et cette perfection a une grandeur idéale qui donne l'illusion de la grandeur matérielle.

Lambèse capitoleAu milieu des détenus qui poussent leurs wagonnets pleins de décombres, je gravis un monticule, d'où l'on embrasse toute la plaine. La silhouette orgueilleuse du praetorium couronne l'étendue confuse des champs cultivés. Elle prête non seulement une beauté, mais comme un sens intelligible à tout le paysage. Cette chose morte a l'air d'un visage altier, dont la bouche va prononcer une parole souveraine ; et, en effet, c'est bien la pensée de Rome qu'elle préfère toujours en face de l'éternelle Barbarie".



Louis BERTRAND, de l'Académie française (Le livre de la Méditerranée, 1911)

 

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histoire du site et de la ville de Timgad

Publié le par Christocentrix

"Timgad n'exerce peut-être pas sur celui qui la découvre la même séduction que d'autres champs de ruines de l'Afrique du Nord. On ne trouve ici ni le charme de Tipasa, dispersée dans son paysage grec, ni celui dont s'enveloppent les ruines de Djemila. Bâtie sur un sol relativement peu accidenté, Timgad est une ville aux rues droites et monotones, où la raison a eu plus de part que le coeur. Elle n'a jamais tout à fait dépouillé la rudesse de ce qu'elle fut à son départ : une ville militaire.

 arc-de-Trajan-2.jpgMais il ne faut point s'en tenir aux premières impressions qu'elle apporte ni à la surprise de son immense spectacle de colonnes et de murs ruinés, ni à l'émotion intellectuelle d'une richesse archéologique qui, dans tout le monde romain, n'a guère son équivalent qu'à Pompéï. Il faut la voir au printemps au milieu des blés en herbe et quand la neige fraîche couvre encore les sommets les plus proches. Il faut la voir sous le soleil de midi, dressant ses pierres mornes dans la plaine brûlée. La nuit aussi, quand la lune en transfigure l'image. Peut-être alors devriendra-t-on sensible à la docilité d'une beauté sévère. 

Les Hautes Plaines, qui à travers l'Algérie s'intercalent entre les deux Atlas, ne constituent pas un ensemble uniforme, mais sont souvent coupées par des chaînons qui les compartimentent. Ainsi au Nord du massif de l'Aurès qui culmine à 2.307 m. (djebel Chelia) émerge en quelque sorte une longue arête montagneuse, dont l'élément principal, le djebel bou Arif atteint 1.746 m. au Ras Fourar. cardo nordEntre les deux s'allonge une plaine étroite qui vers l'Est ne dépasse guère une vingtaine de kilomètres de large et qui, à l'Ouest, de Timgad à Batna, n'est le plus souvent qu'un assez étroit couloir. Cette plaine est à une altitude moyenne d'un millier de mètres (Timgad : 1.040 au Musée, 1.080 au fort) si bien que les chaînons qui la bordent au Nord et au Sud ne semblent, à l'oeil, qu'assez modestes et d'autant que les ondulations de la plaine compromettent en quelque sorte les horizons. Mais l'altitude ne se fera pas oublier du visiteur imprudent. Elle saura lui rappeler à l'occasion qu'il est dans un pays froid où le soleil est chaud. Les étroits chaînons du Nord ne sont que des accidents topographiques. Mais il n'en va pas de même de l'Aurès. Gorges-d-El-Kantara.jpgCe dernier est un énorme massif qui, de la vallée de l'Oued el-Kantara à celle de l'Oued el-Abiod, développe ses chaînons sud-ouest, nord-est, sur une centaine de kilomètres de longueur. Il est demeuré jusqu'aujourd'hui une zone refuge des traditions berbères. Tel il nous apparaît, tel Procope l'a vu voici quinze siècles : d'abord sauvage, d'accès difficile. La montagne se défend elle-même, enlevant aux hommes l'obsédant souci des forteresses. 

A vrai dire, la pénétration romaine semble y avoir été plus profonde qu'on ne l'imaginait naguère. Mais en dépit des routes qui les traversaient, l'Aurès resta en dehors des territoires vraiment romanisés. L'Empire ne s'attacha pas d'ailleurs à son intégration. On préféra contenir les populations frustes et rétives que de tenter une assimilation dont la difficulté se mesurait assez bien et dont le profit eut été maigre. La solution du problème de l'Aurès apparut dans un réseau de fortifications qui ceinturerait le massif rebelle et cette politique, inaugurée par les Flaviens, à la fin du premier siècle de notre ère, resta celle de l'Empire, pour autant qu'il la pût pratiquer, jusqu'à l'époque byzantine.oued-el-abiod Thabudeos (Thouda), Badias (Badès), ad Majores (Henchir Besseriani) surveillèrent le massif vers le Sud; Mesarfelta (el-Outaya) et Calceus (el-Kantara) vers l'Ouest. Mais, c'est vers le Nord que s'intensifiaient les cultures et c'est de ce côté qu'il convenait d'opposer une barrière plus solide à la concupiscence des montagnards. A cette intention s'élevèrent entre autres Mascula (Khenchela) Thamugadi (Timgad) et Lambaesis (Lambèse) où s'établit la légion à laquelle incombait le maintien de la paix romaine en Afrique : la IIIe Legio Augusta.

Cette organisation ne fut pas l'oeuvre d'un jour. La Légion avait été cantonnée d'abord beaucoup plus à l'Est à Ammaedara (Haïdra). Mais vers la fin du règne de Vespasien (69-79) elle s'était installée à Theveste (Tébessa). Quelques décades plus tard elle avait trouvé à Lambèse son siège définitif. On ignore à quelle date précise. Mais il est possible que ce dernier transfert n'ait pas été opéré sans hésitation et que Timgad ait servi de camp provisoire à la légion, à la fin du Ier siècle. Peut-être a-t-on retrouvé le médiocre rempart qui l'entourait, si médiocre que certains n'ont pas manqué d'y voir une construction de basse époque. Si cette hypothèse est valable, la Timgad primitive aurait été enfermée dans une enceinte rectangulaire d'environ 355 mètres sur 325 et son extension aurait coïncidé à peu près avec celle de la ville fondée plus tard par Trajan. On serait en même temps amené â penser que Timgad a pu être municipe avant de devenir colonie. Peut-être municipe et colonie vécurent-ils un temps côte à côte. deca-et-arc.jpg

Si Lambèse, située à une vingtaine de kilomètres plus à l'Ouest et à proximité de la grande voie Nord-Sud qui emprunte le défilé d'el-Kantara, était à coup sûr un meilleur emplacement pour le quartier général de la Légion, Timgad n'en était pas moins un excellent point stratégique. Placée à l'entrée du couloir que suivait jadis la voie romaine Tébessa-Lambèse, que suit aujourd'hui la route qui la joint à Batna, elle commande en outre les voies d'accès aux grandes vallées aurasiennes de l'Oued el-Abdi et de l'Oued el-Abiod que gagnaient des voies romaines. Le site où la ville devait s'élever ne se prêtait pas moins à son établissement : un plateau ondulé, légèrement incliné du Sud au Nord forme en bordure de la plaine l'ultime contrefort de l'Aurès. Un double réseau d'oueds dont les sources sont toutes proches et qui convergent vers l'aval le limitent à l'Est et à l'Ouest. Un mamelon permettait la construction facile d'un théâtre. La pierre était abondante : grès dans les environs immédiats, calcaires blanc ou bleu, qu'on trouvait à quelques dizaines de kilomètres au Sud ou au Nord. Enfin l'eau ne manquait pas. L'Aïn-Morris, qui alimente encore Timgad, sourd à 3 kilomètres au Sud. On connaît l'existence d'autres sources aujourd'hui disparues et les organisations hydrauliques qu'on a retrouvées ça et là montrent que les précipitations servaient, elle aussi, à l'alimentation de la ville.

Si l'on ajoute que la campagne d'alentour était riche en grain, au témoignage de Procope, et en huile comme l'attestent les moulins à huile trouvés aux environs, et qui à basse époque s'installèrent jusque dans la ville même, on comprend que le site de Timgad ait été retenu par l'autorité romaine pour fonder une ville et que le camp de la Légion, si tant est qu'il ait existé, n'ait pas été abandonné après la fixation de celle-ci à Lambèse.

Quoi qu'il en soit, c'est sous le règne de Trajan (98-117) en l'année 100, L. Munatius Gallus étant légat, que fut fondée par ordre de l'Empereur la colonie de Thamugadi ou, pour lui donner son nom officiel, la colonia Marciana Trajana Thamugadi dont les habitants furent rangés dans la tribu Papiria. La légion fut chargée des travaux qu'imposait la création d'une ville.

Cette ville de Trajan ne fut quelque temps qu'un chantier dont les premiers colons furent sans doute très peu nombreux, deux cent cinquante, a-t-on dit: Mais on n'en avait pas moins tracé, dès le départ, un plan d'ensemble : la ville avait la forme d'un carré de 1.200 pieds de côté, soit environ 355 mètres. Ce carré était coupé par deux voies principales suivant ses médianes : le cardo maximus du Nord au Sud, le decumanus maximus de l'Est à l'Ouest. Chacun des carrés ainsi délimités fut divisé en trente six ilôts carrés, d'environ 20 mètres de côté, ou insulae que séparèrent des cardines et decumani secondaires, plus étroits que les précédents.

Ce plan strictement géométrique ne fut toutefois pas intégralement respecté. Pour des raisons qui nous échappent, on ne construisit du côté de l'Ouest que cinq rangées d'insulae au lieu de six. D'autre part, la construction de monuments publics ou privés amena le groupement de deux ou de plusieurs insulae. Celle du forum, en particulier, eut pour conséquence de déporter vers l'Ouest le cardo maximus Sud qui ne se trouve plus dans le prolongement du cardo maximus Nord. Enfin, les remaniements multiples que commande le déroulement de la vie apportèrent quelques entorses au plan primitif. Cependant, ce plan resta dans ses grandes lignes inscrit sur le sol et rien n'est plus net ni plus frappant que sa disposition générale en damier, dans laquelle des rues rectilignes; dallées de grès, sauf le cardo et le decumanus maximus qui le sont de calcalre bleu, séparèrent les blocs monotones des insulae. Timgad-cc.jpg

Timgad grandit vite et, dès la seconde moitié du IIe siècle, elle avait déjà débordé le cadre dans lequel Trajan avait prétendu l'enfermer. Sa superficie primitive était d'une douzaine d'hectares, elle finit par en couvrir au moins cinquante, débordant ses limites initiales principalement au Sud et à l'Ouest, de part et d'autre de la route de Lambèse. Mais ces constructions nouvelles, toutes spontanées celles-là, n'obéirent plus comme celles qui les avaient précédées à une direction générale. Le tracé des rues fut fait suivant une géométrie moins exigente et la contraste est flagrant entre la régularité que présente l'aspect de la ville de Trajan et le caractère assez anarchique de ses faubourgs.

N'en concluons pas, pour autant, que Timgad ait été une ville immense, même à son âge d'or. Elle n'était pas même à coup sûr une des cités les plus importantes de l'Afrique. Sans doute ne risque-t-on guère de se tromper en lui attribuant environ 15.000 habitants. Cela représente une densité moyenne de trois cents à l'hectare, le chiffre est déjà considérable.

Nous savons peu de chose de l'histoire de Timgad. Les textes antiques ne la nomment presque jamais et, quand ils le font, c'est le plus souvent sans rien ajouter à la mention de son nom. Mais les très nombreuses inscriptions découvertes permettent d'en mesurer la médiocrité. Ce fut une petite ville, comme tant d'autres dans l'Empire, où les vétérans se retirèrent volontiers, mais qu'aucune activité économique de quelque envergure, ni aucun événement intellectuel considérable ne vinrent agiter. Si l'on en juge par ce que nous savons d'elle, la vie y fut parfaitement « quotidienne ». Seules les ambitions humaines en venaient parfois troubler la quiétude. Tel rêvait d'être décurion ou duumvir, comme qui dirait conseiller municipal ou Maire, voire de représenter la ville au concilium provincial où les cités s'associent dans la célébration du culte impérial. Rien n'est trop coûteux pour atteindre ces nobles buts ; celui-ci fait bâtir à ses frais un marché ou une bibliothèque ; celui-là élève une statue en l'honneur de l'Empereur ou à la gloire des Dieux, ne manquant pas, bien entendu, de graver sur la pierre ce que lui doit la cité et qui, à défaut de la faveur de ses contemporains, lui vaut parfois la modeste immortalité que constitue le souvenir des archéologues. Mais ces ambitions ne durèrent qu'autant qu'elles furent profitables et l'épigraphie nous montre qu'au IVe siècle, on ne se fit pas faute d'échapper comme on put à d'onéreux honneurs. L'Etat dût alors inscrire de force sur l'album municipal tous ceux à qui leur fortune faisait un droit d'y figurer.

Le grand événement de l'histoire de Timgad fut en somme celui de tout l'Empire : l'apparition du Christianisme. Dès 256, pour le moins, la communauté de Timgad avait un évêque et peu de temps après, sous Valérien (253-260) ou sous Dioclétien (284-305), elle eut à compter des martyrs. Mais c'est le schisme donatiste qui plus que ce glorieux témoignage allait lui donner quelque lustre. La Numidie en fut la citadelle et les habitants de Timgad apportèrent, en nombre, semble-t-il, leur enthousiaste appui au parti de Donat. Timgad fut un moment la capitale de la secte, lorsque son évêque Optat en fut à la fin du IVe siècle le véritable chef. Un concile donatiste s'y tint en 397 et le successeur d'Optat, Gaudentius, avec lequel St Augustin lui-même ne dédaigna pas de se mesurer (contra Gaudentium, vers 421-422), fut à son tour le champion d'une cause que l'hostilité impériale avait inclinée vers la mort.

Mais les désordres suscités par le schisme, l'affaiblissement du pouvoir que sollicitait partout une tâche surhumaine ne furent point sans inconvénient pour la ville. Elle se trouva la proie tentante de ceux mêmes que sa crainte avait si longtemps maintenus dans la sagesse. Peut-être restaura-t-on alors l'antique rempart. Si la chose est vraie, on doit conclure qu'il fut impuissant. A la fin du Ve siècle ou au début du VIe les Maures de l'Aurès détruisirent la ville. Les murailles furent rasées et les habitants déportés, nous dit Procope, et l'archéologie confirme les incendies dont Timgad fut victime, malheureusement sans en assurer la date. Mais il ne faudrait point prendre Procope au mot et imaginer un anéantissement de la cité contre lequel les pierres protestent. A l'époque byzantine encore, l'activité agricole se maintenait alentour, et dans la ville elle-même subsistait une vie précaire. Solomon, le général de Justinien, n'eut pas besoin, quoique il s'en soit glorifié, de la réédifier depuis ses fondations. Il n'en reste pas moins que l'élément essentiel de la Timgad byzantine ce fut la forteresse qui se dressa à 400 m. au Sud de la Ville de Trajan.

Au milieu même du VIIe siècle, à la veille même de la conquête arabe, les Byzantins élevèrent encore une modeste chapelle et quelques indices laissent à penser que la ville ne fut pas abandonnée immédiatement après. fontaine-et-voie-de-la-Curie.jpgMais, sur ces derniers jours de Timgad, nous ne savons rien. Les ruines se recouvrirent peu à peu de terre et d'herbes, les souvenirs d'oubli. Pas un seul des historiens ou géographes arabes n'en a, à ma connaissance, fait mention. Ce n'est qu'en 1765 que le voyageur anglais Bruce la redécouvrit. On ne voyait plus alors, semble-t-il, que le sommet de l'arc de Trajan, le capitole, le théâtre, la forteresse et, çà et là, des pans de murs et des colonnes éparses. Il fallut attendre l'occupation française pour que les ruines attirassent de nouveau les archéologues. Une courte mission épigraphique de L. Renier, en 1851, en inaugura l'exploration scientifique, mais les fouilles ne commencèrent qu'en 1880. Elles n'ont pas cessé depuis et la majeure partie de la ville est aujourd'hui ressuscitée à nos yeux. Il n'est pourtant pas exclu que des fouilles futures réservent encore d'heureuses surprises".

 

Christian COURTOIS, Chargé d'enseignement à la Faculté des Lettres d'Alger.

(extrait d'une plaquette éditée sur l'ordre de Mr Roger LEONARD, Gouverneur général de l'Algérie, par la Direction de l'Intérieur et des Beaux-Arts (Service des Antiquités). Tirée en Novembre 1951 sur les Presses de l'Imprimerie Officielle à Alger).

 

 

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Timgad (Thamugadi) par Louis BERTRAND

Publié le par Christocentrix

 

vue générale du site de Timgad 

"La merveille, le joyau de Timgad, c'est son Capitole.

 Il n'en subsiste, pour ainsi dire, que les propylées, - une rangée superbe de douze colonnes découronnées de leurs chapiteaux ; et, par derrière, au fond d'un grand parvis dallé, un large soubassement où se dressait autrefois le temple de Jupiter Capitolin et que surmontent deux uniques colonnes, dont le profil triomphal s'aperçoit, à plusieurs lieues, de tous les points de la plaine numide.  Timgad-Capitole.jpg

Sans doute, les vainqueurs, en construisant ce temple, imitation du Capitole romain, ont prétendu d'abord rattacher par le lien d'un culte commun la colonie africaine à la Métropole latine. Mais ils ont voulu surtout, en lui choisissant pour emplacement le lieu le plus élevé de toute la ville, en lui donnant une magnificence extraordinaire, rendre plus visible et plus formidable la souveraineté de l'Empire symbolisée par cet édifice qui domine tout le pays, et, en même temps, frapper les vaincus d'une sorte de terreur religieuse devant le faste et la grandeur de Rome.

Du haut de la plate-forme, où s'ouvrait jadis la cella du temple, on embrasse non seulement la ville entière, mais les campagnes avoisinantes, depuis les régions vagues du Tell jusqu'à la ligne hautaine et dure de l'Aurès. Suivant un plan incliné, le quadrilatère des ruines dévale vers le nord, pareil à un immense damier, où les colonnes debout figurent les pièces d'ivoire d'un jeu d'échecs. Ces colonnes, par leur nombre, par leur foisonnement invraisemblable, provoquent, à la longue, une espèce d'hallucination. On dirait une forêt de pierre dévastée par quelque cyclone. A la limite des remparts s'étendent les champs incultes, espaces sablonneux et confus où le regard se perd. decumanus.jpg

Ce soir, le sirocco a tellement brouillé l'atmosphère que le ciel a pris une pâleur de fièvre et que le soleil brûlant semble décoloré. La poussière tourbillonne. C'est comme une pluie de cendres qui s'abattrait sur la ville morte. Un voile grisâtre recouvre la terre, et, çà et là, les décombres épars, avec leur teinte ocreuse et violacée, ont l'air d'ossements qu'on vient d'exhumer et qui sont encore enduits du terreau livide et de l'argile grasse des fosses. Au loin, les montagnes dénudées et lisses comme des murailles de prison, se dessinent en noirceurs menaçantes. Et pourtant, malgré les tons lugubres du paysage, malgré cette panique du vent déchaîné comme un messager du désastre, la ville reste sereine et belle sous la parure mutilée de ses ruines. Assise à l'extrémité de cette plaine aride, elle chante, - telle une strophe de choeur dans la désolation d'un drame antique.

Avec quelle splendeur elle devait apparaître jadis aux yeux du nomade ! Pour ce barbare et ce bandit, elle était la Force disciplinée et elle était la Loi. Pour cet errant, cet habitant fugitif de la tente, elle était la « ville aux rues profondes », - l'abri permanent édifié par une sagesse mystérieuse, qu'il ignorait et qui lui inspirait une secrète épouvante. Pour ce pauvre et pour cet affamé, elle était la richesse et la nourriture inépuisables, avec ses trésors, ses marchandises, ses greniers, ses marchés regorgeants d'herbes et de fruits, de viandes et de venaisons : elle était la faim et la soif satisfaites. Les cornes d'abondance et les patères sculptées sur les arcs de triomphe ne cachaient pas de vains symboles. Surtout, pour cet homme du désert, elle était la fontaine perpétuelle, la source d'eau vive. Déversée par les aqueducs, l'eau coulait partout, dans les thermes, sur les places publiques, dans les vasques et les abreuvoirs des carrefours. Quelle fraîche musique que cette chanson de l'eau courante sous un ciel embrasé ! Deux pas plus loin, c'étaient la sécheresse et l'agonie lente dans les sables torrides. voie-Timgad.jpg

Maintenant que les aqueducs sont rompus, les citernes taries, que les murs des temples gisent dans la poussière, quelle souriante image de la mort cette Timgad n'offre-t-elle pas au pèlerin de la Beauté antique ! Rien qui rappelle la pourriture de la tombe. C'est un squelette de marbre. Ce chapiteau qui s'enfonce sous l'herbe maigre, à côté de sa colonne décapitée, tel un crâne séparé du tronc, ces fûts blanchis, polis, lavés par les averses printanières, dorés par les soleils d'été, devenus semblables à des tibias et à des fémurs d'ivoire, ce sont les débris d'un colossal cadavre. On songe aux funérailles païennes, à des os qui luisent dans la cendre, après que le bûcher s'est éteint.

Mais de même que la forme idéale du mort revivait dans l'effigie gravée sur la stèle funéraire, la forme de la ville détruite s'est imprimée à tout jamais au lieu même de sa sépulture. Cette forme, conçue par le génie ordonnateur de Rome, est quelque chose de si parfait qu'elle semble indestructible comme les vers et les poèmes consacrés, sur qui le temps n'a plus de prise. Devant cette survie miraculeuse, je m'incline, reconnaissant, par delà les siècles, la toute-puissance d'une pensée dominatrice, supérieure aux vicissitudes et à la durée elle-même. Je cueille une tige de pavots sauvages qui a poussé dans les fissures des moellons et j'en sème les pétales sur les degrés qui conduisaient au temple de l'Empire, en murmurant, avec piété, ce filial hommage : « A Rome ! A Rome immortelle !... A l'Éternité de la Ville !... "

 

Louis BERTRAND, de l'Académie française, extrait du "Livre de la Méditerranée", 1911.

 

Timgad-c1.jpg

 

 

vue ruines Timgad 

 

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