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la grece me fait mal

Karavia Xiotika - Pantelis Thalassinos

Publié le par Christocentrix

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Babis STOKAS - Senor

Publié le par Christocentrix

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Babis Stokas - Mi me fovasai

Publié le par Christocentrix

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Σπασμένο Καράβι (spasmeno karavi) - Kostas Karalis

Publié le par Christocentrix

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ΜΕ ΤΑ ΦΤΕΡΑ ΤΟΥ ΕΡΩΤΑ - ΛΙΔΑΚΗΣ (LIDAKIS)

Publié le par Christocentrix

 ME TA FTERA TOY EROTA (avec les ailes de l'amour) - Manolis Lidakis.

 

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Matia Palatia (Palace Eyes) - Manolis Lidakis

Publié le par Christocentrix

with english lyrics (paroles en anglais dans la vidéo).

 

Απόψε έχω μες την καρδιά μου
μια λαχτάρα πικραμένη.
Απόψε στέλνω απ' την ψυχή μου
αγγελούδια στον καημό.

Γιατί να κλαίνε
τα μαύρα σου μάτια
μάτια-παλάτια
του πόθου κομμάτια
χωρίς τελειωμό
και μαστιγώνουν τον πόνο,
το χρόνο, το φθόνο,
το άπειρο...
Και ζωγραφίζουν
ζωή της ζωής μου
τραγούδι γλυκό!

Απόψε θέλω να ζωντανέψω
μια ελπίδα τσακισμένη.
Απόψε θα' ρθω να σε αγγίξω
για να βρω το λυτρωμό!

 

Matia Palatia - Palace Eyes

Tonight I have in my heart
a bitter longing
tonight I send from my soul
angels for the grief (sorrow)
why should your black eyes cry
palace eyes
desire's pieces
and without stopping
whipping pain, time,
envy and infinity or (eternity)
and they are painting life...
my life's sweet song.
tonight I want to rekindle or (bring to life)
a broken hope
tonight I'll come to touch you
to find release or (rescue) or (to be freed)


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Grèce éternelle ... Αιώνια ελλάδα, η καρδιά μου χτυπούν για εσένα

Publié le par Christocentrix

Η χοντρομπαλού  (La grosse)-  Στίχοι Paroles : Νίκος Γκάτσος Nikos Gatsos (photo ci-dessous)
Μουσική : Σταύρος Ξαρχάκος Musique : Stavros Xarhakos -  interprété par  : ΔΗΜΗΤΡΑ ΓΑΛΑΝΗ Dimitra Galani

Μια Κυριακή στην Κοκκινιά
Un dimanche à Kokkinia
στην παιδική μου γειτονιά
Au quartier de mon enfanceGatsos-Nikos.jpg
είδα μια γριά χοντρομπαλού
Je vis une énorme vieille
που ο νους της έτρεχε αλλού
Qui avait perdu l'esprit
Την κοίταξα με κοίταξε
Je la regardai, elle me regarda
σαν κουκουβάγια σε μπαξέ
Comme une chouette dans un jardin
και μου ‘'πε με φωνή θολή
Et elle me dit d'une voix rauque
που μάνα θύμιζε τρελή:
Rappelant celle d'une mère folle
Σε χώμα φύτρωσα ζεστό
J'ai grandi dans la terre chaude
αιώνες πριν απ' τον Χριστό.
Des siècles avant le Christ
Ζούσα καλά κι ευχάριστα
Je vivais tranquille et heureuse
κι έπαιρνα μόνο άριστα.
Et j'avais tout juste.
Μα σαν προχώρησε ο καιρός
Mais à mesure que le temps avançait
έγινε ο κόσμος μοχθηρός
Le monde est devenu mauvais                                                                  
και με βατέψανε, που λες,
Et elles m'ont alors prise,
αράδα βάρβαρες φυλές
A tour de rôle les tribus barbares
Σελτζούκοι Σλάβοι Ενετοί
Seltdjouks, Mercenaires, Vénitiens
λες κι ήταν όλοι τους βαλτοί
On dirait que tous étaient volontaires
Τότε κατάλαβα γιατί
Je ne comprenais pas alors pourquoidrapeau grec
καμένο ήμουνα χαρτί
J'étais une carte brûlée
δίχως χαρά δίχως γιορτή
Sans joie sans fête
Σιγά σιγά και ταπεινά
Peu à peu et humblement
μ' αγώνες και με βάσανα
A force de combats et d'épreuves
καινούργια έβγαλα φτερά
J'ai retiré de nouvelles ailes
μα ήρθαν τα χειρότερα
Mais les pires choses sont arrivées
Είδα το ίδια μου παιδιά
J'ai vu mes propres enfants
να δίνουν σ' άλλους τα κλειδιά
Donner les clés aux autres
και με χιλιάδες ψέματα
Et avec des milliers de mensonges
με προδοσίες κι αίματα
De trahisons et de sang versé
να μου σπαράζουν την καρδιά
Me déchirer le coeur
Γι' αυτό μια νύχτα σκοτεινή
C'est pourquoi par une sombre nuit
θ' ανέβω στην Καισαριανή
à Kaisariani je monterai
με κουρασμένα βήματα
De mes pas fatigués,
να κλάψω για τα θύματα
Pleurer pour les victimes
στ' αραχνιασμένα μνήματα
Près de leurs tombeaux pleins de toiles d'araignées
Κι εκεί ψηλά στον Υμηττό
Et la haut sur le Mont Hymette
αντίκρυ στον Λυκαβηττό
Face au Lycabette
μικρό κεράκι θα κρατώ
Je garderai une petite bougie
να φέγγει χρόνους εκατό»
Pour qu'elle brille pendant 100 ans.

 

 

 

et puis cette chanson : Ne lachez-pas, tenez bon! les enfants...

 

 

 

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Ap. J.-C.

Publié le par Christocentrix

 Athènes, de nos jours. Nausicaa, une dame de quatre-vingt-neuf ans, demande à un étudiant en philosophie qu'elle héberge d'enquêter sur le mont Athos, cette république monastique » où les femmes ne sont pas admises. Nausicaa songe-t-elle à laisser sa fortune aux moines ? Espère-t-elle retrouver son frère disparu il y a cinquante ans ? Au hasard de lectures et de rencontres singulières, le jeune homme va découvrir une communauté richissime, qui pèse d'un poids considérable sur la vie politique du pays, et dont personne ne prend le risque de contester les privilèges ni de dévoiler les secrets... Vassilis Alexakis nous livre une exploration aussi captivante que troublante, jouant des références érudites avec humour, tissant, au fil des pages, un véritable éloge de la philosophie, une célébration du doute en somme.

           
Vassilis Alexakis.  Ap. J.-C. ( Stock, 2007 puis édition "folio", 2009)



(Ce livre a été récompensé par le Grand Prix du roman de l'Académie française en 2007)


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les Voyageurs transfigurés (André Fraigneau)

Publié le par Christocentrix

"Ici, l'Odyssée y a notre âge, l'âge de mes voyageurs, vingt ans.....

« Au pied de l'Acrrropole, dirrectement ! »

C'est le vertige, la panique. Nous passons dans les portières nos têtes aveuglées par la vitesse, par nos cheveux refoulés, nous roulons les yeux, nous ouvrons des bouches de poissons qui se débattent. Les autos folles attaquent une rampe noire, droite, vibrante, qui nous tire au ciel. « Ah ! tu vois ? Tu as vu ? -Non ! Oui ! Ah ! »

Ça y est, j'ai reçu le coup de dent, j'ai reçu la pointe ébréchée du fronton, la canine immortelle. Je retombe. Je n'ai rien vu encore. Des murs, un mur plus que les autres et par-dessus... LE COUP DE DENT. Mais ce n'est pas la mort qui m'est annoncée, c'est le premier éclair d'un jour que... J'ai des yeux de fou. Je tourne vers les voyageurs un visage de fou que le soleil qui descend derrière nos autos dans la mer frappe soudain, gifle, barbouille de rouge. Contre moi, à contre-jour, tous les visages noirs, en plein naufrage. Et celui-ci, qui m'a entendu, le plus proche, le plus aimé, le plus sombre, front à front : « Le premier angle. »
Réplique juste, parfaite, après mon interjection imparfaite (le premier éclair d'un jour). C'est l'architecte, l'homme de métier qui vient de recevoir le « coup de Dent ».

Ici commence après la vitesse, la Canine brusque et la débâcle enivrée, cette marche sur pieds d'homme, les uns derrière les autres, et moi, le dernier de la cordée, vers cet Escalier, pour quoi, sous les uniformes et les prétextes d'une ascension moins périlleuse à tout prendre, nous nous étions embarqués.
Alpinistes d'une Cime unique, vierge à force de pas, invisible à force d'éclat, inconnue à force d'histoire, le danger qui serre nos coeurs à les fendre réduit l'importance de tout autre danger de mort.
« Nom de Dieu ! - Merde ! - » Le Silence.
Je ne vois, je ne veux décrire que ces mains ouvertes, ces fronts, ces corps d'hommes dispersés et immobiles, frappés d'éternité sur la neige d'un marbre immortel.

Je ne décrirai pas les angles de la simple Maison élevée par les Grecs à ce Point unique où le jour et tous les dieux du Ciel, mouvants, fusibles, avant de s'annuler, se Nouent et se balancent un moment, à HAUTEUR D'HOMME.
Tout change et l'on n'explique pas sans sacrilège un mystère aussi limpide. Pendant que nous durcissons sur place, un rose animal gagne le marbre, monte aux tempes du Temple. Voici nos statues temporaires face au temple qui rougit, et déjà le sang se perd dans la pierre, nous bronchons sur des paquets de Pentélique. Le Parisien, assis sur un tambour cannelé, reçoit le dernier trait du jour entre les courtes ailes de ses cheveux.
Dès le premier angle qu'il m'a dit sentir, a-t-il reconnu pour sa maison la Maison au seuil de laquelle il balance, un genou entre les mains ? Cette hésitation nous domine comme la Tour oscille sur Paris. Le jeune homme parle :
« On va leur écrire : on ne revient plus... on voudrait bien, seulement, voilà, on ne peut plus... »


Il faut bien descendre. Notre peu de divinité glisse vite de nos épaules comme une poussière de neige ; mais le jeune homme qui balança demeure silencieux un peu plus longtemps que nous.

Une petite place. Deux tables de fer sous des poivriers. On attend la nuit qui est longue à venir. Du temple, on voit encore, par-dessus des murs inutiles, la Dent.
Je la regarde et le Parisien. Il parle, mais confusément et de projets plus graves que lui. Il redescend, comme les autres, mais doucement, par les plus hauts degrés de l'homme. J'aimerais que sur l'un de ces gradins élevés il arrêtât sa marche et s'étendit.
Quelle nuit ! Devant que l'ombre, Athènes reçoit la vague amère des parfums de l'Attique. Nos guides expliquent : les poivriers. Ces arbustes qui effleurent nos joues de la pointe extrême de leurs palmes plus légères que des bouquets de plume, nous en cassons des tiges qui exaspèrent sous nos mains leur odeur. Ainsi, au premier frottement des ombres, la ville s'allume, réveillée à la vie nocturne.
La lune, des ruines romaines dans un bois de poivriers, tout un gigantesque aimable, de grandes colonnes abattues que l'on peut flatter de la main, mille commerces sur des plateaux volants, le truc des cireurs de bottes, cet air qui se boit comme une liqueur inconnue et la grave énergie des parfums, nous conduisent jusqu'aux bords de l'Illissos.....Et des jardins encore, des poivriers, un remue-ménage de chaises, des treilles, une musique confuse, enfin cette terrasse éblouissante, nos derrières sur des fauteuils de paille, et partout, jonchant la table et sous la table, nos têtes, nos bras, nos genoux, rompus de volupté.
Que l'eau de la source Amaroussi est douce ! (douce comme l'air) - Quel voyageur incorrect pouvait prévoir ces aubergines mangées à la cuiller comme des figues ? Depuis les nobles jurons de l'Acropole, les Français n'ont pas échangé vingt mots. À pleines mains, dans des bassins de cuivre, ils égrènent de ces raisins sans pépins qui portent un nom de jeune fille, Stafillia, et dont les rameaux sont chargés d'une fine poudre de glace.

Nos hôtes grecs, charmants, infatigables, parlent toujours. - « Ah ! Parris ! Montmarrrtre ! Les Nénettes ! Les Georgettes ! »
Je fais oui, oui, de la tête, la bouche pleine de givre.....

Tout de même, l'un d'entre-nous résume: « Ce soir on est dieux. »

Mais moi, j'attends la réplique à l'Acropole, le côté Paris du jeune hésitant. Il fume, rejeté dans son fauteuil, l'oeil vague, dans la direction de la Dent cachée par les arbres. Ne l'ai-je pas désiré ainsi, retenu à la cime de lui-même ? Quel souci d'équilibre me fait le tirer par la manche, lui désignant, sortis dessous les branches, ces soldats grecs, deux evzones: « Que pensez-vous de cet uniforme ? »
L'oeil du jeune homme descend de la cime des arbres, regarde les étranges soldats, s'allume d'une lueur bien différente.
« Cet uniforme ? C'est pas sérieux. »  La lippe de Gavroche, une seconde, puis tout le visage remonte avec plus de lenteur et comme malgré lui-même, le long de cette spirale indiquée par la fumée de cigarette, et que, secoué par moi, il a facilement descendu. Il noircit, durcit, rejoint sa noblesse invincible...[...]


... Je me promenai donc à toute heure dans les traces merveilleuses de la première journée.

Je voudrais transmettre de ces exaltations, de ces fatigues solitaires, si vaines, ceci seulement qui me paraît transmissible et les dépasse : plus fortement que le jeu des angles, que les grandes mécaniques de l'architecture, du décor et de la lumière, le marbre grec SE MANGE, le ciel d'Athènes SE BOIT. J'ai manqué à peu près tous les bénéfices de l'esprit, cette satisfaction intellectuelle que j'étais venu chercher. Au pied des seules statues demeurées à leur place, j'ai compris que la sculpture, par exemple, ne comptait pas pour le Grec. Il ne lui demandait que d'être parfaite. Ainsi de toutes les autres manifestations du génie où je suis moins versé.
Mais il n'est pas possible que les Grecs qui ont pétri à grands bras savants tant de prétentions de calculateurs et celles de ces danseurs qu'on leur a toujours préférées, tant de géométrie, de religion, de musique, de marbre, tant de politique, de cannelures, de science des astres et de ventres de chevaux, il n'est pas possible, dis-je, que les Grecs aient mené à bien ce « gâchage » difficile, en tendant vers un autre but suprême que ce GOÛT, que j'ai reçu dans la bouche, cette fluide épaisseur innommable et que je voudrais nommer, cependant, mais bien bas, sans rien trahir: « Ce goût de Voie Lactée. »

Ainsi j'avais cru pouvoir découvrir quelque secret de tragédie ou de nombre, et je recevais, aux parois de ma bouche, une substance comme le pain, le lait ou la joue, une satisfaction animale. Force me fut bien de considérer comme des gênes, des « arrête », les angles, les serpents, les inventions décoratives ou le rébus de la Grèce archaïque, historique, tout ce qui s'apprend peut-être, mais ne se boit pas, ne se touche pas. Et que le jour grec (ce lait de marbre et de ciel) se communiquât spontanément aux Voyageurs incorrects et les comblât en dépit de leurs différences, c'était la découverte de la fraternité par UN AUTRE BOUT DE LA TABLE, à égale distance de la cantine et de la table de communion. Réplique de la nuit fraternelle du Val de Grâce qui, envisagée tout à coup, d'un point du monde aussi lumineux, prend un certain aspect de magie noire."... 

                          extrait de "Les Voyageurs transfigurés", André Fraigneau, 1933.

 

 

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Sparte et Mistra (Camille Mauclair)

Publié le par Christocentrix

"C'est encore une route très dure, mais dans des paysages admirables, évoquant les régions riantes de l'Andalousie, qui franchit les soixante-cinq kilomètres séparant Tripolis de Sparte dans la direction du sud. Cette route passe auprès de Piali, qui, parmi les vignes et les mûriers dont s'enrichit l'Arcadie, est l'ancienne Tégée, au destin changeant. Cette ennemie des Doriens dut leur céder; puis elle suivit la fortune de la Ligue achéenne, et accepta la paix romaine. Alaric la détruisit. Les Byzantins la relevèrent et, sous le nom de Nicli, elle redevint une des villes importantes de la Morée. Les Franks y résidèrent, les Grecs la leur reprirent, et alors elle disparut. Des villages épars, les restes d'un beau temple qu'avait décoré Scopas, occupent, avec la basilique de Paloeo-Episcopi, l'emplacement de ce qui fut Tégée, type de ces cités helléniques qui, proches les unes des autres dans un territoire restreint, ne cessèrent de se jalouser, de s'entredévorer, et ne se liguèrent que trop tard contre de forts usurpateurs, après des rivalités si compliquées que seule l'histoire médiévale italienne a été aussi inextricable. Quand on sort du chaos des montagnes, après le sauvage défilé de Klisoura, non loin de cette Sellasie où, il y a vingt-deux siècles, succomba la dernière armée spartiate, on reste saisi par la brusque apparition de l'énorme, du tragique, du magnifique Taygète aux profondes crevasses bleues, aux cimes de neige étincelante, dominant royalement une des plus belles vallées du monde.

Sparte est au fond de cette vallée, à une lieue de la base de cette chaîne colossale. On l'y aperçoit comme une tache blanche, en descendant par de multiples virages du haut de Klisoura: une paisible agglomération au bord de l'Eurotas, avec des cafés, des garages, des maisons basses et proprettes, de larges rues à angles droits, voilà ce qu'on trouve. Une petite ville de province, sans caractère... Six mille âmes. Dans un gentil jardin public, un musée de quatre salles montrant les inévitables statues romaines, des vases, des masques, des sarcophages, des stèles, des débris, rien d'inédit. Est-ce donc là Sparte? C'est du moins celle que fonda, il y a tout juste un siècle, le roi Othon de Bavière. Elle est administrative, elle produit des soieries, des oranges, de l'huile d'olive et du tabac. Est-ce donc là Sparte?

Il y en a pourtant eu une autre! Il faut aller en chercher, à un quart d'heure, les restes. Ils sont bien misérables. L'emplacement d'une acropole, avec une enceinte faite et refaite aux premiers siècles de notre ère par les Byzantins protégeant contre les Goths ou les Slaves ce qu'ils appelaient encore Lakedemonia, c'est-à-dire « le pays creux », un long portique romain à exèdres; les traces d'un théâtre et de bains romains, un pseudo-tombeau de Léonidas: rien, vraiment. Pas un monument, une émotion, un souvenir. Et, après tout, c'est juste. La tyrannie militaire de ces durs et égoïstes Doriens devait disparaître totalement, laissant un renom de vertus surfaites. Neuf mille conquérants Spartiates, trente mille périèques, descendants des indigènes soumis, admis à se battre mais non à légiférer, et une foule d'Hilotes, esclaves, manants, serfs cultivant et payant fermage, voilà ce qu'était cette féodalité avide, dont la guerre était l'industrie et qui s'était installée au coeur du Péloponnèse, absorbant la Laconie, la Messénie, l'Argolide, jalousant Athènes, parvenant à la vaincre, mais succombant enfin sous les coups répétés des Thébains d'Epaminondas et de la ligue achéenne avec Philopoemèn. Toute la Grèce était lasse de la menaçante brutalité de cette soldatesque aux moeurs grossières, qui n'avait même pas su bâtir une ville, car elle campait dans quelques bourgades éparses sur six coteaux. Elle a écrit avec son sang une page immortelle, il est vrai: la défense désespérée des Thermopyles contre les Perses par Léonidas, avec trois cents guerriers, secondés d'ailleurs par sept cents Thespiens et trois cents Thébains qu'on oublie généralement. Mais elle n'a produit ni un artiste, ni un poète, ni un philosophe. Sa constitution était grossière, sa politique fourbe et cruelle, guidée par la haine et la rapine: une sorte de prussianisme anticipé. Les Romains du début, eux-mêmes, ont été moins féroces et moins bornés. Ni beauté, ni idéal
social: du courage certes, mais celui des tueurs professionnels, des barons pillards du moyen-âge, des corsaires turcs, des reîtres de la guerre de Trente ans, de toutes les bêtes de proie. Puissance mauvaise, qui n'a pas ajouté un trait au visage spirituel de l'Hellade, et dont on a vanté le stoïcisme, aussi bas que fut noble celui de Marc-Aurèle. Sparte a mérité de périr tout entière. Ecrasée à Leuctres, à Mantinée, à Sellasie, par les derniers défenseurs de la liberté grecque, soumise par les Romains, rasée par Alaric, piétinée par les Slaves, relevée par les Byzantins, occupée puis abandonnée par les Franks, ressaisie par Byzance, livrée à Mehemet II, aux Vénitiens, aux Ottomans encore, Sparte est devenue ce que j'ai vu: un nom, et rien d'autre. Un nom sans rayonnement, en dépit de toutes les rhétoriques. Avec Athènes, malgré toutes les fautes de celle-ci, quelle pitié que de songer même à une esquisse de comparaison!

Ces Doriens farouches vivaient en face du Taygète dont la terrible barrière les isolait et les protégeait au point qu'ils ne daignaient pas édifier un rempart. Mais ils vivaient sur un sol paradisiaque, près d'un joli fleuve. Dans les prairies je n'ai pu réussir à évoquer ces athlètes et ces jeunes filles nues qui s'exerçaient avec eux à la course et du lancement du javelot, méprisant les Hilotes labourant au bénéfice de cette sauvage aristocratie. Ici l'imagination reste stérile, on ne peut que jouir de la nature, l'histoire elle-même ne parle plus. Quant à la belle Hélène, comment y songer? A Mycènes, on voit les Atrides. Sur l'emplacement de Sparte, on peut se rappeler l'honnête lourdaud Ménélas, mais non la créature merveilleuse et redoutable qui fascina la Grèce et fit couler tant de sang. En un livre aussi décevant que délicieusement écrit, Barrès, venu en Hellade comme à contre-coeur et ne s'en émouvant guère, semble s'être battu les flancs pour admirer la grossière âme spartiate, et il a modulé en l'honneur d'Hélène quelques-unes de ces cadences où il excellait. Mais si sa rhétorique a charmé mon oreille, elle n'a pas convaincu mon esprit. C'est de l'Hélène du Second Faust que Barrès a parlé. Si elle a été grande et terrible dans son adultère qui détermina un cataclysme, c'est dans Homère et c'est à Troie, dominant les foules qui s'entretuaient pour elle, et se haussant au symbole de la Beauté fatale. Ici, elle n'a été qu'une jolie menteuse enlevée par un bellâtre et, au retour, près du sot mari qui l'avait ramenée dans son lit, une souveraine médiocre, vieillie, s'acheminant dans l'ennui vers la laideur et la mort. Hélène, c'est l'Hélène debout sur les portes Scées. Hélène de Sparte, ce n'est rien. Et Barrès a fait du Taygète une description si éblouissante qu'elle découragerait tout écrivain: mais quand il voit en Sparte « l'un des points du globe où l'on essaya de construire une humanité supérieure », en la réduisant d'ailleurs quelques lignes plus loin à « un élevage, un haras », c'est le haras que je retiens seulement. Sparte ne m'a évoqué ici qu'une sorte d'école de moniteurs militaires, une sélection de tueurs que ne couronne même plus la beauté funeste de la Tyndaride, soeur des brigands Castor et Pollux, et née comme eux de l'oeuf couvé par Léda. Dans toute la Grèce, aucun lieu que j'aie quitté plus froidement et avec moins de regret que celui-ci, où vécurent les ennemis et les jaloux impuissants du génie de l'Hellade.

La traversée, entre Sparte et Mistra, de ce couloir grandiose qui aboutit au golfe de Laconie, est à peine de cinq kilomètres: elle suffit à faire passer d'un monde dans un autre. On parvient à la base même du Taygète, qui, en cet endroit, est creusé de deux failles profondes, des « langadas » emplies d'ombres bleuâtre faisant songer aux magies de Turner. Dans l'une se hérisse ce rocher des Apothètes d'où les Spartiates précipitaient les enfants mal conformés. A l'entrée de l'autre s'étagent sur une butte les ruines de Mistra, précédées d'un hameau moderne, propre, et d'une fontaine où, sous un joli bouquet d'arbres, j'ai vu des femmes savonner leur linge dans un superbe sarcophage antique - un motif pour Panini ou Hubert Robert.

Il y avait déjà trois cents ans que des envahisseurs slaves, des « Esclavons », s'étaient installés dans les défilés du Parnon et du Taygète commandant l'orée de la vallée de l'Eurotas vers Monemvasia et la mer, lorsque survint un nouveau larron, un de ces barons franks qui virent dans les croisades un prétexte pour se tailler des royaumes sur le chemin de Jérusalem. Guillaume de Villehardouin chercha un point stratégique d'où dominer la plaine lacédémonienne, et choisit cette butte de Mézythra que ses soudards francisèrent en Mistra: au sommet, à six cents vingt mètres, il bâtit une citadelle qui semblait imprenable. Il ne l'occupa pourtant pas longtemps. Guerroyant contre les Byzantins de Michel Paléologue, il fut pris, et, las de trois années de geôle, il céda la forteresse et Monemvasia pour sa rançon, ce qui détermina un soulèvement général contre les Franks. Guillaume chercha sa revanche: il l'eut, et les Grecs furent écrasés. Mais lorsque leur vainqueur voulut ressaisir son nid d'aigles, il constata que Paléologue l'occupait solidement, et que sous la protection des massives murailles une petite cité s'était créée. Les habitants de Lakedemonia et de la plaine avaient émigré là, et Guillaume eut beau tenter de repeupler la zone désertée, c'est à cette Mistra nouvelle que les historiens byzantins transférèrent le nom même de ce qui avait été Sparte. Jusqu'au XVè siècle, la cité fut brillante, sous la régence des despotes gouvernant au nom du Basileus : puis vinrent les Turcs, puis, au XVIIè siècle, les Vénitiens, puis les Turcs encore, et l'incendie de 1779 par les Albanais, l'abandon, la fin.

De Villehardouin rien ne demeure, ni de sa forteresse elle-même, car les Grecs et les Ottomans ont, au cours des âges, à peu près entièrement refait ce qu'il avait eu l'audace de jucher là-haut. D'en bas, la silhouette crénelée est bellement romantique: mais si l'on affronte la montée qui est très pénible, par des sentiers qui ne sont que des éboulis de gravats, on est déçu en ne trouvant que les restes informes d'une chapelle dans des décombres. La vue, seule, console des fatigues de l'escalade, et on en jouit autant des pentes inférieures où s'élevait la ville. C'est une des vues les plus splendides de la Grèce, qui en foisonne pourtant, une de celles qui m'ont le plus fasciné avec la Vega grenadine contemplée des terrasses de l'Alhambra, les balcons fleuris de Ravello où Wagner enthousiasmé trouva l'un des décors de Parsifal, et la vallée crétoise de la Messara que dominent les vestiges minoens de Phaestos.

Mistra est suspendue au-dessus de cet immense paysage de montagnes bleues, d'une mer d'oliviers et de lauriers-roses. La suavité, la noblesse du site sont indicibles. Ce que les hommes y ont ajouté est saisissant. Les rues escarpées de cette ville qui compta plus de quarante mille habitants restent nettement dessinées. Elles ne sont plus bordées que de maisons écroulées, de corps de logis hérissés sur un azur divin, faisant songer aux ruines médiévales des Baux. Mais les basiliques, restées à peu près intactes, sont du plus pur, du plus sévère style byzantin. Ici encore, bien que j'évite en ce voyage les souvenirs littéraires, je songe un instant à Barrès, et à l'importance qu'il accorde spécieusement aux barons franks. Elle peut donner à réfléchir et à admirer en Syrie et en Palestine, et elle y a pu séduire l'auteur du Jardin sur l'Oronte. Mais ici! Ces barons n'ont été ni plus ni moins brutaux que les diverses hordes qui ont piétiné l'Hellade. Ils n'ont laissé que des remparts et des souvenirs de soldatesque, de pillage, d'amollissements dans les harems, préfixant les atroces Turcs enfin chassés par les héros de l'Indépendance. Tout différents ont été ces Byzantins méconnus ou calomniés qui, tout en étant chrétiens, restaient des Grecs, avec un savoir, un goût, un raffinement dont les aventuriers franks du genre de Villehardouin étaient bien incapables : et c'est grande illusion que de voir en ceux-ci des importateurs en Morée du génie français, des « chevaliers » au sens vague et magnifié du mot, des « princes d'Achaïe » enjolivés, des mainteneurs de la langue et du génie de la Grèce antique. Ces mainteneurs ne furent pas plus les porteurs d'épées franques que les brandisseurs de cimeterres: ce furent les moines byzantins, travaillant et priant dans des édifices où l'architecture et les fresques ont modifié sans les trahir les disciplines de l'art grec assassiné. La Grèce antique n'est pas morte à la prise de Corinthe : elle a langui sous les Franks, et elle n'est morte que le jour où Mehemet II est entré à Constantinople. Alors seulement s'est créé entre elle et le monde le gouffre que, depuis Navarin, nous essayons de combler, et qui reste encore ouvert, car l'exact réalisme archéologique n'y suffira pas plus que l'idéologie des professeurs ou les parades brillantes et mensongères des humanistes et des artistes de la Renaissance, cet immense opéra. Je n'ai pas vu, en ce voyage, le « miracle grec ». Mais j'y ai senti avec une émotion profonde « le mystère grec » et l'énigme de ses dieux. C'est dans un appel aux plus hautes parties de notre âme d'héritiers méditerranéens que nous devons seulement espérer retrouver, sous le tuf frank, vénitien et turc, la vivante leçon hellénique.

A la vérité, j'ai été déçu par les fresques du monastère de la Peribleptos, de la Métropole et de la Pantanassa. Il se peut qu'elles aient été belles, bien que d'une inspiration et d'une exécution très inférieures à celles des admirables mosaïques de Daphni. Mais elles sont tellement dégradées qu'elles deviennent souvent presque illisibles, et qu'il est inutile d'essayer de s'en émouvoir. Quelques anges, quelques têtes, présentent de l'intérêt. L'ensemble n'est plus qu'un chaos de colorations revêtant les murs d'une patine chaleureuse. Mais ce qui est captivant, c'est l'architecture de ces sanctuaires, c'est, dans la pénombre, la pureté de ces coupoles sur piliers massifs et bas, c'est le mystère et la noble sévérité de ces arceaux, c'est l'atmosphère de foi profonde qu'on y respire. La Pantanassa surtout est un chef-d'oeuvre. Elle est posée au bord d'un promontoire, et de son portique latéral, on jouit d'une vue qui laisse muet d'admiration. Combien ai-je regretté d'y être poursuivi par les importunités d'une vieille nonne criarde, une des rares qui restent encore en ce magnifique asile! Ce n'est qu'à la Métropole que j'ai pu céder au délice de la contemplation du site. En sa cour à arcades, où quelques femmes brodaient en silence, j'ai retrouvé la douceur et la pure quiétude des cloîtres italiens, la suavité franciscaine avec une nuance spéciale de tristesse et d'abandon. 

Ici la religion est morte, il n'en subsiste que le parfum affaibli et dilué. Malgré la multiplicité des sanctuaires grands ou petits, église de la Peribleptos, chapelle de Saint-Georges, Evanghelistria dressée au milieu d'un cimetière, Sainte Sophie, Brontochion, on se sent malgré tout dans une ville de guerre et de luxe : le château-fort et l'énorme ruine du palais du Despote écrasent tout en cette capitale des orgueilleux Paléologues, fils ou frères d'empereurs. Celle qu'on appela si longtemps la merveille de la Morée n'est plus qu'un cadavre de ville au flanc du Taygète : mais quelle beauté sous le soleil, quelle grandeur encore visible, quel fastueux témoignage chrétien, en face de Sparte pulvérisée!"


Camille Mauclair. Extrait du chapitre "les grandeurs mortes" de son livre "le pur visage de la Grèce", 1934. 

 

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