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Articles avec #lecons et mysteres de l'histoire tag

grandeur de Byzance

Publié le par Christocentrix

Quelques fois utilisé pour qualifier un certain éclat, dans le langage commun des Français, l'adjectif « byzantin » est toujours lesté d'une valeur péjorative; c'est que l'histoire de Byzance, représentée pourtant chez nous par d'illustres - mais rares - spécialistes, n'a jamais été véritablement intégrée à la culture française (à la différence de l'Europe orientale qui s'est toujours reconnue comme héritière et fille de Byzance) - ni même d'ailleurs dans l'ensemble de la culture occidentale, témoin ce jugement sommaire, d'un ridicule achevé, qu'osa porter le grand Hegel : « Suite millénaire de crimes, faiblesses, bassesses, manque de caractère, le tableau le plus affreux et par suite le moins intéressant ».

Fondée en 324, dédiée le 11 mai 330, Constantinople ne devait tomber, sous les coups de Mehmet II, que le 29 mai 1453...

"Mille ans et plus de survie, voilà qui ne s'accorde guère avec l'idée d'une décadence en quelque sorte indéfiniment prolongée!" dira l'historien français Henri-Irénée Marrou.

La continuité est si parfaite qu'il est difficile, sinon même tout à fait artificiel, de situer la limite entre antiquité tardive et moyen âge byzantin. Les spécialistes de celui-ci font conventionnellement partir leurs études de la fondation de la « nouvelle Rome », mais l'empire de Constantin - ce pur Latin - s'étend encore jusqu'à la Grande-Bretagne et l'Afrique du nord. "Sa politique favorable au christianisme ne suffit pas à ouvrir un hiatus entre la civilisation de son temps et celle des tétrarques païens, ses prédécesseurs. Nous ne changeons pas davantage de milieu culturel lorsque, après la mort de Théodose en 395, les deux moitiés de l'Empire connaissent un destin séparé. Si, comme on le fait généralement, l'histoire de la civilisation byzantine est divisée en trois grandes périodes, la première - qu'on prolonge volontiers jusqu'au temps de l'empereur Héraclius (610-641) - doit être considérée comme appartenant encore proprement à l'antiquité tardive.

Et là, comment parler de décadence! Quelle grandeur manifeste cette romanité orientale! Ainsi dans l'art : prenons comme symbole Sainte-Sophie, la grande église consacrée à la Sagesse divine, Haghia Sophia, reconstruite sur un plan original, et avec quelle majesté, par Justinien, pour effacer le souvenir de la « sédition Nika » (532) où le trône se serait écroulé sans l'énergie de Théodora. Après tout, il n'y a pas tant de monuments qu'on puisse, comme celui-là, situer au même niveau de perfection que le Parthénon ou Notre-Dame de Chartres."(H.I Marrou)
Église chrétienne, donc conçue comme la salle où se rassemble le peuple des croyants pour une liturgie unanime, ce qui compte pour elle, c'est l'intérieur, non la vision qu'on peut avoir d'elle du dehors. copie-de-sainte-sophie.jpg 

Mais quelle splendeur dans cette salle immense dont la coupole semble, a-t-on pu écrire, échapper aux lois de la pesanteur. Et cette incomparable réussite est bien le fruit d'un effort de création originale, dont on peut suivre le développement depuis un siècle sur les deux rives de la mer Égée, Grèce et Thessalie ou Asie mineure. Qu'on soit en pleine période d'innovations c'est bien ce que montre, après l'accident survenu à la coupole de Sainte-Sophie, sa reconstruction avec 7 mètres de plus d'élévation... et qui défie encore les siècles.

coupole-sainte-sophie.jpg

Continuant la tradition des basiliques romaines, l'art de la mosaïque monumentale illustrera d'oeuvres maitresses l'intérieur des grandes églises mais c'est bien dans cette romanité orientale que fleurira de manière absolument originale l'art de l'icône, attesté dès le IVème siècle.

Et puis ce symbole : le 12 juillet 400, la population de Constantinople ameutée chassa les auxiliaires goths de Gaïnas, qui eux, n'auraient pas mieux demandé que de jouer auprès de l'Empereur d'Orient le rôle de "protecteurs" que d'autres Germains remplirent aux côtés des derniers empereurs d'Occident....

 

 

 

 

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nature de notre héritage

Publié le par Christocentrix

"...si l'on recherche quelle est au juste la nature de notre héritage, l'on est conduit au fait central de l'histoire. Ce centre est la Méditerranée. Monde, plutôt que mer, mais fait à l'image de la mer, où se jettent et s'unifient les courants les plus disparates ; comme le Nil et le Tibre mêlent leurs eaux dans celles de la Méditerranée, l'Égypte et l' Etrurie se fondent dans une commune culture. Le rayonnement de la mer auguste franchit les déserts, les montagnes et les forêts, s'étend aux Arabes et aux Gaulois ; mais c'est le long de ses rives que s'accomplit la tâche première de l'antiquité et que s'élabore la civilisation qu'elle devait donner au monde; c'est dans le cercle de l'orbis terrarum que se poursuit le combat du meilleur et du pire ; la lutte-sans fin de l'Europe et de l'Asie, depuis la fuite des Perses à Salamine jusqu'à la fuite des Turcs à Lépante ; le duel à mort où s'affrontèrent selon la chair et selon l'esprit les deux formes parfaites du paganisme, latine et punique. Royaume de la guerre et de la paix, du juste et de l'injuste, royaume de toutes nos haines et de tous nos amours... toute révérence gardée, Aztèques et Mongols, mes frères, vous n'avez rien donné au monde de comparable à la tradition méditerranéenne. Entre l'Orient et elle, certes, de nombreux échanges ont eu lieu, religieux, militaires, commerciaux, et qui nous ont profité dans la mesure où ils étaient conformes à son génie. La chevauchée des Perses mit fin à Babylone, et nous lisons en grec comment ces barbares apprirent à tirer de l'arc et à dire la vérité. Alexandre le Grec marcha vers le soleil levant et revint chargé d'oiseaux couleur d'aurore, de fruits singuliers, et des pierreries du diadème de rois inconnus. L'Islam à son tour subjugua ce monde oriental et nous en ouvrit l'intelligence, étant né comme nous sur les terres qui entourent notre mer. Au moyen âge l'empire mogol agrandit sa puissance sans diminuer son mystère ; les Tartares conquirent la Chine, et les Chinois ne daignèrent pas s'en apercevoir. Tout cela est en soi fort intéressant, mais ne suffit pas pour déplacer le centre de gravité des affaires humaines ; il n'en reste pas moins, tout compte fait, qu'un monde dont il ne subsisterait rien que ce qui fut dit, fait, pensé et bâti dans le bassin méditerranéen, serait en ses parties essentielles le monde où nous vivons. Cette culture méridionale, quand elle étendit ses conquêtes vers le nord et vers l'ouest, produisit d'étonnants résultats, dont nous autres, Anglais, ne sommes pas les moins étonnants ; quand elle gagna, de là, les terres nouvelles au delà des mers, elle continua d'agir aussi longtemps qu'elle demeura culture. Mais toutes les réalités profondes dont elle est faite appartiennent aux rives de la mer d'Ulysse et de saint Paul : la République et l'Église, la Bible et Homère, Israël, l'Islam et la mémoire des empires abolis, Aristote et la mesure de toute chose. Et c'est parce qu'elle est la lumière véritable de notre journée terrestre, non l'obscure clarté qui tombe des étoiles, que j'ai tenu à marquer le lieu où elle se posa tout d'abord, au fronton des palais et des temples qui bornent la Méditerranée vers l'orient.

Le premier rang revient de droit à l'Égypte et à Babylone dans notre imagination, comme dans celle de nos pères et de leurs pères avant eux ; cela ne veut pas dire qu'elles aient été seules, ni que toute civilisation soit venue d'Asie et d'Afrique. De récentes et savantes recherches augmentent sans cesse notre connaissance de l'antique civilisation européenne, et spécialement de ceux qu'il nous faut bien appeler les Grecs d'avant la Grèce ; son centre fut la Crète, durant l'ère dite « minoenne » en souvenir du roi Minos qu'immortalisa la légende et dont le labyrinthe a été effectivement mis à jour par nos archéologues. Cette société européenne policée fut balayée par l'invasion venue du Nord qui créa ou reçut l' Hellade ; mais elle eut avant de mourir l'occasion de faire au monde des présents si précieux que l'humanité s'évertue en vain depuis à les reconnaître, fût-ce en les plagiant.  En un lieu perdu de la côte ionienne qui fait face à la Crète et à l'archipel, s'élevait une ville, que nous appellerions aujourd'hui un village fortifié. leonidas_1024.jpgElle se nommait Ilion, puis on la nomma Troie, et son nom vibre à jamais dans la mémoire des hommes. Un poète qui fut peut-être mendiant et chanteur ambulant, sans doute illettré, et que la légende présente comme aveugle, composa un poème dont le sujet était la guerre que les Grecs firent à cette ville pour reconquérir la plus belle femme du monde. Que la plus belle femme du monde ait habité ce hameau peut sembler légendaire ; que le plus beau poème du monde ait été inventé par un homme qui n'avait rien vu que de pareils hameaux, est un fait historique. L'on assure, il est vrai, que l'oeuvre appartient à la période où la culture primitive était sur son déclin ; auquel cas je demande à voir ce qu'elle produisit à son apogée. Du reste notre premier poème pourrait être aussi bien le dernier ; il représente le premier et le dernier mot de l'homme naturel sur sa terrestre destinée. Si le monde meurt païen, le dernier des humains avant de fermer les yeux ferait bien de citer l'Iliade, Cette grande révélation de l'humanité antique contient un élément de haute importance historique que l'histoire a trop négligé jusqu'ici; le poète a, en effet, conçu le plan de son poème de telle sorte que ses sympathies vont, semble-t-il, au vaincu plus qu'au vainqueur ; quant à celles du lecteur, elles ne font pas de doute. Et ce sentiment va croissant dans la tradition à mesure qu'il s'éloigne de son origine. Achille joue un certain rôle comme demi-dieu païen, et puis disparaît ; mais Hector grandit d'âge en âge; il devient l'un des paladins de la Table Ronde et c'est son épée que la chanson met au poing de Roland à son dernier combat, dans la pourpre et la gloire de son propre désastre. La figure d'Hector, tracée en lignes archaïques sur le crépuscule du matin, est l'image prophétique du premier chevalier ;guerrier.jpg le nom d'Hector présage les défaites sans nombre que devaient subir notre race et notre foi, et le triomphe de survivre à toutes les défaites.  La fin de Troie ne finira jamais ; de vivants échos, éternels comme notre désespoir et comme notre espérance, la prolongent d'âge en âge ; debout, elle fût restée obscure, mais sa chute a été suspendue par un souffle de feu qui l'a fixée à jamais dans l'immortel instant de son annihilation ; la flamme qui la consuma ne se consumera plus. Le feu sacré a couru comme un incendie le long des rivages de la mer intérieure, allumant à la cime des caps et à la pointe des îles la sainte lueur de la petite cité qui fait la grandeur des citoyens, du hameau ceint de murs pour lequel mouraient les héros. L'Hellade aux mille statues n'a pas laissé d'image plus noble que cette statue vivante, l'homme maître de soi; l'Hellade aux mille statues n'avait qu'une poésie, et ses mille bourgades fortifiées retentissaient toutes des lamentations de Troie. Une légende conçue après coup, mais non point fortuite, enseigna plus tard que des Troyens exilés avaient fondé une république sur les côtes d'Italie. Il est vrai, selon l'esprit, que la vertu républicaine ait une pareille racine. Un mystère d'honneur, qui n'est point d'Égypte et qui n'est point de Babylone, continua de briller dans l'ombre comme le bouclier d'Hector, bravant l'Asie et l'Afrique - jusqu'à l'aube retentissante du jour illustre où, dans le vol des aigles et le tonnerre du nom nouveau, le monde s'éveilla en présence de Rome."... 

               G.K  CHESTERTON (extrait de l'Homme Eternel, 1927)

 

 

 

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racheter la France par le sang...

Publié le par Christocentrix

"Nous savons que tout se réverse et que notre âme n'est pleine que des vertus des autres"... "racheter la France par le sang"... (Ernest Psichari).

CENTURION.jpg 

"Racheter la France par le Sang..."    Tel est donc le dernier mot de ce message, celui qu'on ne reçoit qu'avec le coeur serré. Ce n'est pas seulement Psichari qui, par delà sa mort, nous le livre, mais des millions de jeunes victimes dont il fut le porte-parole le plus conscient. Et, encore une fois, le parallélisme entre le drame de l'histoire et le drame de l'homme éclaire d'une lumière surnaturelle la plus douloureuse des énigmes. C'est un fait que toute guerre, malgré les destructions qu'elle entraine, malgré des ruines qui atteignent les âmes comme les corps, offre pourtant, à l'heure où elle se dénoue, des occasions uniques, la chance d'une nouvelle création. On dirait que le sacrifice de ceux qui sont tombés, décrasse la diplomatie et la politique, permette de repenser le monde avec ingénuité. Ainsi, au sortir du combat spirituel, l'âme retrouve-t-elle dans la victoire une innocence qui lui ouvre des champs sans limites ; mais le chrétien ne sait-il pas que cette innocence lui est restituée par la Grâce et que cette Grâce il ne la reçoit que par l'effusion d'un Sang divin? C'est le sacrifice qui efface et qui rédime : les calvaires des nations ont aussi leur signification.

Il est horrible qu'à un tel prix on doive acheter les chances nouvelles. Mais non moins horrible, pour le croyant, la mise en croix d'un innocent pour la rédemption du monde. Et dans les deux cas, admirable autant qu'atroce, ce sacrifice ne trouve sa portée que dans les conclusions que l'homme en tire. « C'est une chose cruelle et contraire à la nature (écrivait Jacques Maritain en 1921), que des jeunes gens se trouvent chargés de réparer les destructions opérées par leurs pères, et sentent sur leurs épaules le poids du monde à refaire et doivent mourir pour cela ».   Le sacrifice des innocents pour racheter les erreurs et les fautes des autres, est, en effet, « contraire à la nature », et n'a de sens que surnaturel ; mais, plus cruelle encore, l'évidence d'un sacrifice inutile : rien ne désespère plus une âme chrétienne que la seule pensée que le Christ serait mort pour rien...

...Les occasions qui sont perdues pour la Grâce sont gagnées par le mal : ce n'est pas vrai seulement dans la conscience de chacun. Mais le témoignage des héros survit aux abandons des politiques : la terre qu'ils ont ensemencée germe, quand l'heure est venue et, après des années d'oubli, ce sont les forces mêmes qu'ils ont laissées dans la conscience nationale qui redeviennent efficaces et s'affirment d'une autre façon. Chaque génération a son sillon à creuser, chacune ses problèmes à résoudre. Le monde où il nous appartient de travailler maintenant ne ressemble pas à celui qu'a connu le Centurion. Les tâches qui nous attendent sont autres que celles qu'il accomplît. Mais la paix difficile exige des vertus qui ne sont pas indignes des combats.

Ce n'est pas en rêvant de nouvelles hécatombes que nous suivrons l'exemple d'un tel aîné. Car s'il fallait mesurer aux résultats historiques qui en sortirent la grandeur de son sacrifice, de quelle affreuse rancoeur ne nous sentirions-nous pas emplis ! La leçon qu'il nous plaît d'entendre est celle de ses vertus. Celles qu'il pratiqua trouveront sans doute moins leur application dans les conflits des armes que dans l'effort patient et le don fraternel qu'exigera un monde réconcilié. Abnégation, esprit de discipline et de renoncement, obéissance et amour. Ces vertus, qui furent celles de Psichari, n'ont pas changé de sens ; elles ne sont pas moins nécessaires, car, quel que soit le but qu'il s'assigne, l'homme n'a jamais connu, ne connaîtra jamais d'autre méthode que celle de cette lutte contre soi, de cette fidélité héroïque dont le Centurion offrit le parfait exemple.   ... Ainsi une nation entière, devant les pressantes interrogations du temps, peut retrouver en soi ses réponses essentielles ; après une heure d'obscurité et de misère, elle peut se dépouiller de tout ce qui lui faisait le coeur amer et l'âme trouble. C'est après de telles crises que le Centurion a découvert sa route. L'Histoire aussi permet de graves conversions...."

(DANIEL-ROPS, extrait de son livre sur Psichari, 1942)

 

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l'Equipée de Gabriele d'Annunzio

Publié le par Christocentrix

Les Italiens aiment son éloquence, qui galope comme un quadrige, frappant des images à chaque coup de ses sabots. Ils aiment sa franchise, qui éternue en plein dans les figures, surtout si elles sont de la Société des Nations. Le poète, en Italie, est resté l'être supérieurd'Annunzio qui possède la lumière. Les Italiens aiment le halo de la sienne. Qu'il se mette en marche, ils le suivront. Où ? Ils s'en moquent.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, un homme ébranle l'Italie et fascine les Italiens : Gabriele d'Annunzio, officier de l'armée de l'air et poète.

Succombant à cette fascination, Albert Londres suit de très près la brûlante affaire de Fiume, port de l'Adriatique que se disputent les puissances européennes. Avant même que d'Annunzio décrète la cité « État libre de Fiume », le grand journaliste rend compte de l'affaire avec tant de force, qu'il sera licencié du Petit journal sur ordre de Clemenceau.

                                                                            *

                                 Manifeste de d'Annunzio au peuple français. 

Fiume, 22 septembre 1919 -  Ce soir, à sept heures, dans son palais, Gabriele d'Annunzio nous a remis, à mon ami Tudesq et à moi - seuls journalistes entrés dans Fiume -, le texte du message ci-joint, afin que par nos soins, a-t-il dit, « ce message soit porté au peuple français ». Il a déposé ensuite, entre mes mains, le destinant uniquement à l'Excelsior, l'autographe de ce manifeste. (Albert Londres) .

Au Peuple français,

"Frères de France, vous savez ce que nous avons fait, sous l'inspiration et la protection de notre Dieu.

La plus italienne des villes d'Italie, aujourd'hui plus italienne que Vérone ou Pise ou Pérouse ou toute autre commune insigne, était perdue pour nous, sous la menace de toutes les profanations et de toutes les violations.

J'étais malade dans mon lit. Je me suis levé pour répondre à l'appel. Les forces ne m'ont pas abandonné. Moi et mes compagnons, nous avons tous obéi à l'esprit et, par lui, nous avons surmonté tout empêchement et toute misère.

L'esprit a accompli le prodige. En quelques heures, sans coup férir, je me suis emparé de la ville, du territoire, des navires et d'une Arditi et d'Annunziopartie de la ligne d'armistice. Les soldats envoyés contre moi avec les armes passent de mon coté avec les armes. La contagion, l'ardeur et de la générosité est soudaine. Fiume n'est qu'une forge d'héroïsme, comme jadis le mont Grappa. Les héros viennent respirer ici l'élément même de leurs âmes. Les blessés, les mutilés, les aveugles accourent pour offrir tout ce qui leur reste. Tous les combattants sans reproche sont attirés par ce feu qui jamais ne faiblit. Les cicatrices flamboient. Le drapeau est hissé à la cime de la volonté humaine et surhumaine de souffrir, de lutter, de résister.

Frères de France, tout ce que je dis est attesté par tous ceux qui ont vu et entendu.

On connaît désormais la passion de Fiume. Il y a des confesseurs et des martyrs. Toute démonstration et toute récrimination seraient aujourd'hui inopportunes et vaines.

Je suis décidé à tenir et à défendre la ville jusqu'au bout, avec toutes les armes. Nous sommes prêts à mourir de faim dans ses rues, à nous ensevelir sous ses ruines, à brûler dans ses maisons incendiées, à nous moquer de toutes les menaces et à braver en riant les morts les plus cruelles.

A cette condition - les bons combattants fiançais le savent, à leur gloire-, on est invincible. D'autres, après moi, vont bondir.

Ceux qui pendant des années et des années de tristesse ont suspendu des couronnes en deuil aux statues des villes esclaves, peuvent-ils nous blâmer, nous condamner ?

Frères de France, je ne vous demande pas que vous ralliiez à notre cause qui est la plus belle du monde. Le combattant qui se dévoua ardemment à la vôtre en août 1914, le même qui ne s'éloigna de l'Ile-de-France que pour aller prêcher la guerre en mai 1915, le même qui survola le front de l'Aisne en septembre 1918, celui-là même vous salue sans espoir ni crainte, du haut de la ville assiégée". (22 septembre 1919, Gabriele d'Annunzio)

extrait de l'Equipée de Gabriele d'Annunzio, Albert Londres, Arléa poche, 2010.

 

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les Samaritains

Publié le par Christocentrix

Samaritains.jpg

Les Samaritains sont aujourd'hui l'un des plus petits peuples de la terre : ils ne sont guère plus de cinq cents. Ils sont aussi l'un des plus anciens, puisqu'ils faisaient partie du peuple juif, dont ils se sont séparés peu avant l'ère chrétienne. La cause du schisme: ils ne reconnaissaient pas le temple de Jérusalem et lui préféraient le mont Garizim, près de Naplouse, qui fut effectivement le premier sanctuaire des Hébreux, lors de leur arrivée dans la Terre Promise.

D'autre part, leur « patrimoine génétique » étant resté intact depuis les temps bibliques, les Samaritains descendent authentiquement des Tribus perdues dont le sort a toujours intrigué les juifs et les chrétiens : de l'Afghanistan à l'Équateur, des États-Unis au Japon en passant par le Caucase, beaucoup ont vu en eux des ancêtres. Aujourd'hui devenus des citoyens de plein droit de l'État juif, ils continuent à fêter leur Pâque sur le mode antique, en sacrifiant des agneaux. Léon Poliakov nous donne ici les résultats d'une enquête à travers les continents et les textes. Il le fait à sa manière, en montrant qu'on ne répond pas à des questions sans en poser d'autres. Et le livre s'achève avec une étude de Gilles Firmin sur l'histoire de la critique de la Bible, d'où il ressort également que les subtilités, voire les contradictions de cette critique, s'accroissent à mesure qu'augmentent nos connaissances.

 

Les Samaritains, Léon Poliakov, Seuil, 1991. 

 

 

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la question berbère...

Publié le par Christocentrix

Remise en cause totale de l'histoire de l'Afrique par de récentes découvertes....

 

à partir de celle-ci vous trouvez les suivantes.....

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de la Parole aux textes

Publié le par Christocentrix

Jésus n'a pas écrit : il a transmis un message oral.
Les textes qui définissent le Christianisme ont été rédigés par des hommes, d'où la liberté qu'ils offrent de les analyser et de s'en distancier pour mieux avancer dans sa spiritualité. Mais quels sont-ils?
Toutes les grandes religions se réfèrent à des textes qu'elles tiennent pour fondamentaux. Le christianisme ne fait pas exception. Ce trait commun autorise à parler de religions du Livre pour les trois religions qui procèdent d'Abraham. Judaïsme et christianisme ont en commun la Bible et, dans le dernier demi-siècle, sous l'impulsion du renouveau biblique, les confessions chrétiennes ont pris une conscience plus vive de leur enracinement hébraïque. Elles y ajoutent le Nouveau Testament.
L'Islam voit dans le Coran le livre qui achève la révélation que Judaïsme et Christianisme auraient commencé à dévoiler. Là s'arrête la parenté, la relation avec ces textes fondamentaux n'étant pas identique pour les religions.
Les Églises chrétiennes ne se satisfont pas de leur définition de religions du Livre : elles préfèrent celle de religion de la Parole. C'est qu'elles n'ont pas la même idée de leur origine et ces divergences sont de grande conséquence sur leur relation aux textes. Pour les musulmans, le Coran a été dicté à Mohammed. Cette origine commande une lecture littérale, impossible de prendre quelque distance pour l'interpréter. La vision est différente pour les textes fondamentaux du Christianisme : les Évangiles n'ont pas été écrits sous la dictée de Dieu lui-même ou de quelque créature archangélique, mais par des hommes qui, quelques années après les événements, ont transcrit les souvenirs que les premiers disciples gardaient de leur existence partagée avec Jésus et de ses enseignements ; d'où les différences entre leurs récits. Ces textes n'inspirent pas moins de révérence, mais la distanciation ouvre un espace au travail de l'intelligence sur le texte et sa signification qui a permis le développement des sciences religieuses et dissuadent d'entreprendre une lecture purement fondamentaliste.

Dès les origines, les communautés chrétiennes ont associé la lecture de ces textes à leur pratique et c'est la fonction de l'Église, sous la conduite de l'Esprit par le ministère de ses docteurs, d'éclairer leur sens : les interprétations successives constituent la tradition qui se transmet de génération en génération.
C'est dans le Catholicisme romain et les Patriarcats d'Orient que l'association a été la plus étroite entre Écriture et Tradition.

Les Églises de la Réforme ont voulu réduire le poids de la tradition : sola scriptura fut leur mot d'ordre. Ceux qui s'appellent aujourd'hui les évangélistes entendent revenir à une lecture littérale qui récuse toute intervention extérieure par des autorités compétentes et fait confiance à la conscience personnelle, éclairée par l'Esprit, pour pénétrer le sens de ces textes.


Les religions produisent des textes. Elles ne cessent d'en concevoir qu'elles proposent à la dévotion des fidèles ou à leur intelligence. Entre tous ces textes, comment donc déterminer ceux qui doivent être tenus pour fondamentaux?

Pour le christianisme, la question concerne en premier lieu ceux qui évoquent ses origines : fondamentaux, parce qu'attestant sa fondation. Elle est d'autant plus essentielle que le christianisme est la plus historique des religions, celle qui entretient la relation la plus étroite avec l'histoire, en se référant à des événements dont l'historicité est matière de foi. Être chrétien, c'est croire que Dieu est entré dans l'histoire de l'humanité en se faisant homme. C'est croire aussi que Jésus est ressuscité. Les deux grands mystères de l'Incarnation et de la Rédemption ont été des événements historiques. D'où l'importance du choix des textes qui concernent les origines. Ils n'ont pas tous été retenus. L'Église a dressé une liste des Évangiles dits canoniques, jugés dignes de foi, et écarté les autres réputés apocryphes, ce qui ne voulait pas dire que ce fussent des faux, mais qu'ils n'offraient pas de suffisantes garanties sur les circonstances de leur rédaction ou les conditions de leur transmission pour concourir à l'instruction du peuple chrétien.

De ces textes, les Églises chrétiennes font quotidiennement mémoire, suivant la recommandation de leur fondateur. Les cérémonies du culte font une grande place à la proclamation des textes fondateurs. La prédication s'attache à commenter ces textes.

La nomenclature des textes réputés fondamentaux du christianisme n'est pas close avec ceux de la première génération qui traitent des commencements. Non pas que le christianisme considère que la révélation comporterait des aspects qui n'auraient pas été dévoilés d'emblée : aucune religion n'est plus réfractaire à l'idée d'une révélation distillée ou réservée à des initiés. L'essentiel a été annoncé par Jésus. Mais la tradition chrétienne est aussi trop consciente du décalage irréductible entre la réalité de Dieu et sa formulation par le langage humain pour ne pas laisser ouvert un champ à la recherche de nouvelles expressions. Ainsi, pour la définition de la foi, le credo de Nicée est un texte fondamental que les fidèles continuent de réciter dix-sept siècles après son adoption. Les écrits des Pères de l'Église d'Orient et d'Occident font aussi partie des fondamentaux. La notion de Pères de l'Église inclut un millénaire de la vie du christianisme, jusqu'à saint Bernard de Clairvaux et le renouveau patristique du dernier demi-siècle a remis à l'honneur ces grands textes dont la collection «Sources chrétiennes» (« Sources chrétiennes » a été créée en 1942 par les futurs archevêques de Lubac et Daniélou. C'est aujourd'hui une unité de recherche rattachée au CNRS ) a publié plus de cinq cents volumes.


Pour les Églises de la Réforme, les confessions de foi élaborées au XVIè siècle sont aussi des textes fondamentaux. L'une de ces Églises, celle qui procède de Luther, ne se dénomme-t-elle pas par la référence à la Confession dite d'Augsbourg?
Et pour l'Église de Rome, les grands textes du Magistère sont aussi des fondamentaux.


Ces textes ne sont pas restés lettre morte : on s'y réfère régulièrement, on s'en inspire. À force d'avoir été récités, médités, ils font partie du patrimoine de l'Europe. Que de citations de la Bible passées dans le domaine commun sans qu'on se souvienne toujours de leur provenance! Que de versets évangéliques devenus proverbiaux! Ces textes ne sont pas seulement fondamentaux pour les Églises et leurs fidèles : ils le sont aussi pour notre civilisation qu'ils ont contribué à fonder. Les mieux connaître, c'est aussi mieux nous connaître nous-mêmes.


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évolution du paganisme antique (VIIè au Ier siècle av. J.C)

Publié le par Christocentrix

A partir des VIIème et VIème siècles avant notre ère chrétienne, en Grèce, le culte commence à évoluer de façon très sensible. En marge du renouveau de la religion civique que l'on enregistre au lendemain des guerres médiques, le culte de Dionysos, encouragé à des fins démagogiques par les tyrans, prend une ampleur considérable. C'est également à la même époque que se développent les « mystères », qui vont commencer à répandre dans la péninsule grecque les germes de l'universalisme religieux : doctrine de rachat, promesses de salut, égalitarisme, notions d'âme et d'immortalité individuelles. Ces cultes touchent une foule bigarrée où se mêlent des hommes et des femmes de toutes les classes et, bientôt, de tous les pays. Liés à de véritables confréries ecclésiastiques (Corybantes, Courètes, Dactyles, Telchines, Cabires, etc.), ils semblent tirer leur origine - l'hypothèse est controversée - d'anciennes cérémonies initiatiques réservées aux adolescents. Beaucoup proviennent du monde oriental : mystères de Cybèle et d'Attis, de source phrygienne, d'Iris et d'Osiris, de source égyptienne, d'Adonis et de Mithra. Les mystères de Déméter, déesse de la fertilité et de la « terre féconde », étroitement associée à Perséphone et que les Romains assimileront à Cérès, seront célébrés dans le très renommé sanctuaire d'Eleusis. Au mont Ida, les mystères se relient aux mythes relatifs à l' « enfance crétoise » de Zeus.

Parallèlement, les sectateurs d'Orphée, qui soutiennent les tyrans contre l'ancienne aristocratie hellénique, trouvent une audience grandissante. L'orphisme, mouvement philosophico religieux qui inspirera aussi la gnose pythagoricienne, apparut au VIème siècle avant notre ère. Il fait une large part au culte de Dionysos-Zagreus. C'est une religion de salut, dont on attribut la création à un prêtre d'Apollon originaire de Thrace, Orphée. Son originalité est d'ajouter à l'idée d'immortalité bienheureuse déjà présente dans les mystères, celles d'une rédemption finale liée à un jugement concernant les actions commises durant l'existence. L'orphisme connut un grand succès à Athènes, mais se réfugia dans la superstition populaire après les guerres médiques : Platon raille ses adeptes au livre II de sa République. Parallèlement aussi, on voit se développer le culte de l'Hermes Trismégiste et divers autres courants à caractère ésotérique (auquel viendra s'ajouter l'alchimie hellénistique).

Viennent ensuite les philosophes. Platon fonde son école au début du IVè siècle avant notre ère. Aristote crée la sienne un - 335 : c'est le Lycée. En - 306, on voit apparaître la doctrine du Jardin, fondée par Epicure, qui se fonde sur l'atomisme : tout dans le monde consiste en une combinaison d'atomes, qui se font et se défont incessamment ; les dieux existent, mais ils ne se préoccupent pas du sort des hommes, le rôle de ces derniers se borne, dans un univers incertain, à rechercher le bonheur en éteignant en eux les passions, en supprimant le désir et en fuyant toute responsabilité. L'épicurisme débouche ainsi sur l'ascèse négative. (Ce sont ses adversaires qui, bien à tort, en feront une doctrine exaltant les plaisirs terrestres.)

Le stoïcisme ou école du Portique (du grec stoa, portique,) apparaît à peu près au même moment. Fondé par Zénon vers - 300, puis développé par Cléanthe et par Chrysippe sur une base syncrétique, il deviendra la doctrine caractéristique de l'Empire romain. C'est un mouvement de pensée extrêmement imposant. Louis Gernet et André Boulanger remarquent à son propos : « Nul système philosophique n'a jamais fait une part plus grande aux problèmes religieux. On peut dire que toute la conception stoïcienne de l'univers, de la nature et des destinées de l'homme dépend de sa théologie, que son idéal de sagesse, que sa morale pratique, aussi bien individuelle que sociale, ont un fondement théologique. » (Le Génie grec dans la religion, Albin Michel, 1970.)

La doctrine de Zénon est une sorte de panthéisme moniste. Les stoïciens considèrent qu'il existe un ordre du monde, qui prouve l'existence de Dieu. Mais cette divinité, loin d'être transcendante comme dans la métaphysique chrétienne, est immanente au monde. Dieu est l'« âme du monde ». Le cosmos est un « vivant plein de sagesse », que l'on peut appréhender par le moyen de la raison. C'est en faisant usage de la raison, et en pratiquant la sagesse, que l'homme réalise son identité avec le divin. Epictète lance à Dieu ces mots : « Je partage la même raison. Je suis ton égal !»(II, 16, 42.) Il ne s'agit donc nullement de justifier un « arrière-monde ». Toute eschatologie est étrangère à la pensée stoïcienne. C'est en ce monde que l'homme doit réaliser son idéal, qui conditionne son accession au bonheur. La sagesse et la vertu consistent à vivre selon sa nature, selon l'ordre harmonieux de l'univers. Etant donné qu'il comprend la totalité des êtres, le cosmos est en effet absolument parfait : rien n'existe en dehors de lui. Par suite, la loi morale la plus haute est celle qui assigne à l'homme la tâche de contempler le monde et de vivre en accord avec lui.

Dans le stoïcisme, la divinité est symboliquement représentée par le feu. Dieu, principe actif qui meut toutes choses, est à la fois la Nature, la Providence, la Destinée, la Loi générale du monde. Cette conception, assez abstraite, fait néanmoins une large part à la foi populaire : beaucoup de stoïciens admettent la représentation anthropomorphique des dieux ; en outre, en dehors du principe harmonieux représenté par Dieu, ils admettent l'existence d'une foule d'autres esprits jouant un rôle, bon ou mauvais, dans l'existence quotidienne. Face aux dieux et aux déesses du paganisme classique, les philosophes stoïciens se bornent à en donner des interprétations symboliques, allégoriques, voire historicisantes. Ils expliquent, par exemple, que Zeus est une représentation du principe éternel par lequel toutes choses existent et deviennent, et font des autres dieux des attributs particuliers de ce principe. De même, ils ne récusent pas la divination, mais s'efforcent plutôt de la dégager de la superstition populaire et de la rattacher à des sciences ou des pseudo-sciences comme l'analogisme et l'astrologie.

L'homme tel que le conçoivent les stoïciens est un. Il est impensable de séparer son corps, son âme et son esprit. L'homme est un composé dont seule la mort prononce la dissolution. L'âme possède un caractère divin, mais elle n'est pas pour autant immortelle. Plus exactement, l'immortalité n'est le lot que des meilleurs : Chrysippe limite la survie des âmes à celles des sages. S'ajoute à cela une croyance en un Eternel Retour. Le stoïcien Némésius déclare : « Toutes choses seront restaurées éternellement» (De natura hominis).

Polémiquant avec les épicuriens, les auteurs stoïciens montrent que l'existence d'une fatalité n'est pas un fait qui prive l'homme de toute liberté. Le De fato de Cicéron et le Traité du destin d'Alexandre d'Aphrodise nous donnent un aperçu de leur argumentation. Les stoïciens distinguent, en particulier, les « causes antécédentes », sur lesquelles nous ne pouvons rien, et les « causes immanentes », principales,, qui ne dépendent que de nous. « Les choses qui dépendent de nous, dit Epictète, sont libres par leur nature, rien ne peut ni les arrêter, ni leur faire obstacle » (Pensées). En fait, dans le stoïcisme, la liberté équivaut à la découverte du caractère invulnérable de l'âme. Le destin gouverne le monde, explique Sénèque, mais la liberté intérieure de l'homme n'est jamais atteinte par l'adversité dont la Fortune est éventuellement responsable. L'homme a toujours la possibilité de déterminer le sens de ses actions. C'est pourquoi la valeur des hommes se révèle surtout dans les épreuves qu'ils traversent. Enfin, s'ouvrant - dans un second temps --aux nécessités de la vie collective, le stoïcisme déclare que le sage, s'il a, certes, le devoir d'assurer sa propre perfection, ne doit pas pour autant tomber dans le détachement qui caractérise l'épicurisme : la notion même de devoir conduit à prendre conscience des exigences sociales et de l'utilité de l'action.

Après la mort de la religion populaire classique, le stoïcisme a probablement constitué l'alternative la plus élaborée que la pensée antique ait sécrétée face à la montée des métaphysiques orientales. En raison peut-être de son élévation, il ne parvint cependant jamais à s'implanter en profondeur et resta cantonné dans les élites. II fut donc incapable de résister aux poussées successives des cultes orientaux, des cultes à mystères et du christianisme. A l'époque impériale, il aboutit à une philosophie purement romaine, avec Sénèque (suicidé sur l'ordre de Néron), Epictète et Marc-Aurèle.

A partir du IIIème siècle, on constate à Rome divers faits historiques où l'intérêt individuel commence à prendre nettement le pas sur la fides et la pietas. C'est aussi à ce moment-là que se répand toute une littérature d'influence grecque ou imitée des lettres grecques. Le doute se généralise avec l'oeuvre d'Ennius (239-169), un Messapien de la région de Tarente, installé à Rome après la seconde guerre punique, dont les Annales exposent l'idée que les dieux et les déesses ne sont que d'anciens rois ou princesses que les peuples ont divinisés. En -186, éclate le célèbre scandale des Bacchanales, rapporté par Tite-Live, qui amène le Sénat à réprimer durement le culte de Dionysos. A la fin du IIème siècle, l'habitude se généralise soit de donner aux jeunes gens des précepteurs d'origine grecque, soit de les envoyer en Grèce pour y achever leurs études. La nobilitas romaine se trouve ainsi rapidement imprégnée de l'esprit hellénique. Au Ier siècle, avec Lucrèce et Cicéron, la philosophie grecque envahit complètement la pensée latine.

Alain de Benoist (extrait d'un chapitre de l'ouvrage intitulé "l'Europe païenne", collectif sous la direction de Marc de Smedt, Seghers, 1980). De Benoist signe ce texte, extrait des chapitres consacrés au domaine grec et romain du paganisme)

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Révolution de la Croix

Publié le par Christocentrix

Les quatre premiers siècles de notre ère sont l'histoire d'une révolution. Si l'on entend par ce mot, non pas l'incident politique de l'insurrection ou du coup d'état qui donne le pouvoir à un clan mais le renouvellement des bases mêmes de la société, la transformation de la conception du monde, il n'est pas d'événement qu'on puisse plus légitimement appeler révolution , que celui qui, en moins de trois cents ans, livra l'Empire de Rome aux mains des Chrétiens. En l'année 30, quand, sur une butte chauve, aux portes de Jérusalem, son fondateur mourait, crucifié entre deux bandits, comme elle était peu de chose, l'Eglise, cette entité promise à un si étonnant avenir ! Six ou sept générations plus tard, en 315, elle pèse d'un tel poids dans les destinées de Rome, que Constantin juge nécessaire de la mettre dans son jeu, et le siècle ne sera pas achevé que Théodose aura définitivement consacré son triomphe, en faisant du Christianisme l'épine dorsale, le garant et le salut de son Etat.

Admire-t-on assez la rapidité de ce succès, et que nulle opposition, nulle résistance n'aient réussi à la freiner ? Contre la Révolution de la Croix, les pouvoirs de l'ordre établi, de plus en plus lucidement, useront de la persuasion et de la violence. Polémistes et bourreaux tenteront, chacun à sa manière, d'y mettre obstacle. Rien n'y fera. Le sang des martyrs, selon le mot célèbre de Tertullien, sera « semence de chrétiens», et les arguments de Celse, les astuces théologiques du syncrétisme, n'auront aucune efficacité contre l'irrésistible force qui poussera l'Evangile vers son triomphe définitif.

La révolution de la Croix est un fait d'Histoire. C'est même une des plus grandes réalités de l'Histoire, une de celles qu'on discerne aux soubassements de la civilisation occidentale. On ne peut rien comprendre au développement ultérieur de nos moeurs, de nos lois, de notre littérature, de notre art, si l'on ne mesure pas l'importance exceptionnelle du fait, cette promotion d'un « homme nouveau » prévue par le génie de saint Paul, l'avènement d'une conception de la vie radicalement différente de celle de l'Antiquité.

Cette Révolution, comment et pourquoi a-t-elle réussi ? Toute réflexion sur le phénomène historique qu'on nomme « révolution » amène à conclure qu'une révolution ne peut réussir que si trois éléments se trouvent en conjonction : l'existence historique d'une situation révolutionnaire, l'apparition d'une doctrine révolutionnaire, la réunion d'un personnel révolutionnaire. Aucun de ces éléments ne suffit à lui seul ; la conjonction de deux d'entre eux ne suffit même pas. Le Christianisme, quand il est apparu dans l'Histoire, a bénéficié de la conjonction de ces trois éléments. La situation du monde antique était en substance, révolutionnaire, et allait le devenir de plus en plus, rongé par l'anarchie, sclérosé par l'étatisme et le fonctionnarisme, vidé de substance par la crise financière ; une société gangrenée par les vices, la dénatalité, le divorce ; une conscience collective de plus en plus désaffectée de sa foi ancienne, et tâtonnant à la recherche de certitudes nouvelles, dans un fouillis de religions orientales et de superstitions. Tout cela constituait un terrain extraordinairement favorable pour l'implantation d'une doctrine à la fois ferme et humaine, répondant aussi bien aux angoisses métaphysiques qu'aux attentes de la conscience sociale. Authentiquement révolutionnaire, cette doctrine reposait sur des bases qui n'avaient rien de commun avec celles du monde antique ; qu'il s'agît de morale sexuelle, de vie familiale ou de questions en apparence insoluble, comme celle de l'esclavage, elle apportait des réponses logiques basées sur une conception supérieure de l'homme.

Et enfin, - et surtout, peut-être, - le christianisme a eu, à son service, un personnel révolutionnaire d'une valeur incontestable. Un révolutionnaire, qu'est-ce donc, sinon à la fois un homme qui se dévoue corps et âme à une cause, se montre prêt à tout lui sacrifier, même sa vie, et aussi un homme tout entier tourné vers l'avenir, mettant toutes ses énergies au service du monde qu'il veut faire naître ? Or, durant douze générations, de saint Paul à saint Augustin, le christianisme a possédé, sans interruption, des milliers d'hommes et de femmes répondant à cette double définition.

Ce que l'audace entreprenante des Apôtres avait commencé, lors des premiers ensemencements, l'héroïsme et l'esprit de sacrifice des martyrs l'a continué, tandis que la sagesse constructive des Pères de l'Eglise asseyait les principes sur leurs bases concrètes et préparait la relève future des institutions. C'est à la conjonction de ces trois données, répétons-le, que le christianisme a dû d'être une révolution qui a réussi.

La question qui se pose alors et qu'aucun chrétien ne peut se poser à soi-même sans en éprouver de l'angoisse est celle-ci : Pourquoi, ce qui a été, il y a encore seize siècles, une force agissante, si déterminante, nous paraît-elle aujourd'hui moins efficace ? Pourquoi la Révolution de la Croix, dont le mot d'ordre était celui du Christ : Soyez transformés ! n'a-t-elle pas transformé le monde aussi totalement que nous le voudrions ?

A quoi l'on peut d'abord répondre que, dans une large mesure, cette transformation a été opérée. Si l'on songe à des problèmes comme celui de l'esclavage, de la condition de la femme, de la liberté, de la justice, c'est bien sous l'influence directe de l'Evangile que la société moderne les considère et leur propose théoriquement, même quand elle ne le met pas en pratique, des solutions. Le christianisme est tellement mêlé aux moelles mêmes de notre société qu'on est tenté de ne pas reconnaître sa présence : les jugements qu'on porte contre lui ne seraient pas tels s'ils ne s'élaboraient pas dans des consciences formées par lui.

Mais cela dit, il reste que l'objection est valable. Un retour aux sources, ici encore, en fait comprendre le poids. Cette Révolution de la Croix dont nous venons de marquer que, historiquement, elle a été une révolution authentique, on ne saurait pas l'assimiler aux autres, à toutes celles qu'ont connues les siècles. « On n'arrive à rien sans ce puissant levier qu'est la haine ! » s'écriait Proudhon ; les révolutions politiques, même quand leurs militants témoignent de hautes vertus, n'en ont pas moins comme plus secrets mobiles, l'envie et la revendication. La Révolution de la Croix est la seule qui ait posé pour principes ces données paradoxales : « Aimez vos ennemis ! Pardonnez les offenses ! Renoncez-vous ! Ne poursuivez pas les biens de ce monde ! Soyez humbles et doux !» Et l'étonnant, l'admirable, le véritable mystère de l'Histoire, est que cela ait réussi.

Il suffit de rappeler cette vérité élémentaire pour répondre à l'interrogation douloureuse que nous formulons, et aussi pour sentir en soi une lourde responsabilité. Nicolas Berdiaeff, le grand philosophe russe, à qui la pensée française doit beaucoup, a écrit quelque jour qu'il ne fallait pas confondre « la dignité du christianisme et l'indignité des chrétiens ». C'est parce que nous ne sommes pas assez fidèles aux principes qui ont fait jadis triompher la Révolution de la Croix, parce que nous n'aimons pas assez, parce que nous ne savons plus assez ce qu'est l'esprit de sacrifice, parce que nous avons trahi la loi de la charité du Christ que le christianisme n'a pas gardé, ou n'a pas encore retrouvé l'efficacité de sa jeunesse. Et là encore, n'entendons-nous pas une leçon de l'Histoire? ne constatons-nous pas que c'est le destin de toutes les révolutions de s'affadir, de se détèriorer ? la vraie leçon qui se dégage de l'histoire des origines chrétiennes, c'est celle de la révolution permanente : contre les forces de violence et de haine, la Révolution de la Croix est toujours à recommencer.

Et comme disait un prêtre orthodoxe russe : " il n'y a que des hommes bornés pour s'imaginer que le christianisme est achevé, qu'il s'est complètement constitué au IVème siècle selon les uns, au XIIIème siècle ou à un autre moment selon les autres. En réalité, le christianisme n'a fait que ses premiers pas, des pas timides dans l'histoire du genre humain. Bien des paroles du Christ nous demeurent encore incompréhensibles. Alors que la flèche de l'Evangile a pour cible l'éternité, nous sommes encore des néandertaliens de l'esprit et de la morale. L'histoire du christianisme ne fait que commencer. Tout ce qui a été fait dans le passé, tout ce que nous appellons maintenant l'histoire du christianisme, n'est que la somme des tentatives - les unes manquées, les autres malhabiles - de le réaliser."

 

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pourquoi Rome a péri (Daniel-Rops)

Publié le par Christocentrix

"Lorsque l'on considère l'ensemble des quatre premiers siècles de notre ère, en Occident, un spectacle s'offre à nos yeux, singulièrement émouvant : celui de la marche à l'abîme, de l'écroulement inéluctable d'une des plus solides formations politiques que l'Histoire ait jamais connues : le monde romain. Au début de notre ère, lorsque Tibère règne, succédant à Auguste, lorsque Jésus meurt sur la Croix, l'Imperium romanum donne une impression de puissance et de stabilité que très peu de gouvernements humains ont pu se targuer d'égaler. « L'immense majesté de la paix romaine », que louait Pline l'Ancien, l'organisation politique et économique de l'univers, la ferme hiérarchie des classes sociales, le loyalisme érigé en doctrine religieuse, tels sont les éléments d'une autorité qui semble indiscutable et promise à la durée. Or, moins de quatre cents ans plus tard, tout se sera écroulé. Les bases de l'édifice auront été si disloquées que le choc des invasions barbares leur sera funeste. Avec une rapidité stupéfiante, l'Empire s'effondrera à jamais.

A quoi attribuer ce processus fatal ? Un certain nombre de causes l'ont déterminé, qui s'ajoutent et se superposent pour pousser Rome vers son déclin, et plusieurs sont si étonnamment analogues à celles que nous pouvons voir de nos jours à l'oeuvre, qu'un rapide relevé ne peut pas manquer d'intérêt.

La plus profonde raison des décadences tient toujours dans ce que l'on pourrait appeler : la perte par une société du sens originel de la vie. Rome, cité paysanne, groupement d'hommes rudes, fermes aux mancherons de la charrue comme à la poignée du glaive, a conquis toute la Méditerranée et spécialement le vénérable Orient. Du coup, sa civilisation a cessé de lui appartenir. « La Grèce conquise a conquis son farouche vainqueur. » La langue usuelle de tout l'Empire est le grec. L'explication du monde, l'élite la demande à Platon, à Aristote, aux stoïques, le peuple aux divinités orientales d'Asie ou d'Afrique. La vieille foi romaine est à peu près morte. La weltanschauung de l'Empire se cherche et ne se trouve pas.

Ce phénomène d'élargissement a entraîné une crise morale d'une gravité exceptionnelle. Entendons-nous : cela ne veut pas dire qu'il ne demeure pas, jusque dans les temps les plus débauchés du Bas-Empire, des exemples de hautes vertus ; il serait aussi absurde de juger toute la société romaine sur les récits d'Apulée ou de Pétrone que la France contemporaine sur les témoignages de Proust ou de Bourdet. Mais, substantiellement, intimement, la société romaine est atteinte et la fissure ira en s'élargissant. L'extension de l'Empire aux limites de l'Occident entraînant un affinement des valeurs de civilisations, a disloqué les bases mêmes de la morale. Le Romain ne peut plus être l'honnête et fidèle brute des premiers temps républicains. Entre la haute civilisation et les principes stricts de la morale, il y a peut-être contradiction nécessaire : ce fut le cas de Rome certainement.

Deux grands faits déterminent surtout cette crise : l'afflux de l'or et l'afflux des esclaves. Les grandes conquêtes ont jeté dans l'économie des masses prodigieuses de métal précieux : de l'ordre de 50 à 60 milliards de nos francs à la fois. Il en est résulté une augmentation vertigineuse de la monnaie en circulation qui favorise surtout les grands possédants mais dont les plus humbles citoyens tirent le bénéfice. Comme, parallèlement, l'arrivée d'esclaves par centaines de mille (à Rome, un tiers de la population est servile, à Alexandrie, les deux tiers !) a dévalorisé le travail libre, il se constitue une immense plèbe de chômeurs virtuels, secourus et nourris par l'Etat, et qui, peu à peu, est gangrenée par tous les vices où la paresse a coutume de mener les hommes.

Il y a plus grave encore : les mêmes causes portent également atteinte aux sources de la vie. La société romaine subit de plus en plus une crise de dénatalité terrible. La mère des Gracques avait eu douze enfants ; sous l'Empire, une famille qui en a trois se cite en exemple. L'orbitas, c'est-à-dire la situation du célibataire sans enfant n'a-t-elle pas tous les avantages ? Les clients vous entourent et vous flattent dans l'espoir de l'héritage, et l'esclavage fournit à votre guise des compagnes de lit bien plus dociles que des épouses. La société romaine s'étiole peu à peu et se trahit.

Y a-t-il moyen de porter remède à ces processus de mort ? Les gouvernants y songent. Auguste promulgue des lois contre le divorce et l'immoralité ; on essaie de limiter les dépenses somptuaires. Mais qui prend au sérieux ces mesures de l'Empereur ? Pas sa propre famille; pas lui-même... Vers 200, inaugurant son consulat, Dion Cassius trouvera 3.000 affaires d'adultères inscrites au rôle rien que pour la ville de Rome ; autant dire qu'on n'en poursuivait aucune ! Quant à la paresse, comment l'Etat lutterait-il contre elle, alors qu'il s'en sert ? Il est bien plus commode de nourrir les paresseux et de les distraire que de réorganiser l'économie sur d'autres bases. La préfecture de l'Annone, chargée du ravitaillement, finira par nourrir gratis environ neuf sur dix des Romains de la Ville !

A ces causes profondes de décadence, d'autres s'ajoutent sur un plan plus strictement politique et social. La société romaine sent vaguement, dès le premier siècle, une menace dans son sein ; elle y réagit par une sorte de durcissement, de raidissement qui fait penser aux tentatives de hiérarchisation étatique des totalitarismes. On constitue les sénateurs - c'est-à-dire les plus riches - en noblesse héréditaire ; puis les chevaliers, un peu moins riches mais encore fastueux. La société se fait ainsi rigide, cloisonnée. Le renouvellement des élites, qui est indispensable à toute formation, devient, de ce fait, impossible. On croit avoir doté la société d'une armature imbrisable : en fait, on n'a fait que lui mettre quelques ferrures comme à un vieux mur lézardé.

Enfin, selon la même idée, l'étatisme progresse. Ce qui, aux derniers temps de la République et surtout au début de l'Empire, a rendu le système romain très efficace, c'est sa souplesse. En laissant fonctionner l'Imperium selon un régime quasi fédéraliste, où chaque cité jouit d'une large autonomie, où l'Urbs n'intervient que de haut, on a évité à la masse les contre-coups des révolutions de palais et des erreurs du pouvoir central. Mais plus l'Empire vieillit, plus il devient centralisateur, oppressif, bureaucratique, exploiteur et tâtillon. Un fonctionnarisme géant et une fiscalité monstre seront les plaies du Bas-Empire : il viendra un temps où l'on préférera les Barbares aux exactions et aux inerties de l'Etat-Moloch.

Ce dont Rome a péri, c'est de l'ensemble de toutes ces erreurs qui, toutes, se résument en un mot : la trahison de la personne humaine, la méconnaissance croissante de ses nécessités et de ses lois.
Et tandis que le monde païen s'effrite sous ces forces qu'il a lui-même constituées contre lui, une réalité historique se dresse en face de lui, minuscule d'abord, mais rapidement grandissante et que la violence ni la persécution ne pourront freiner dans ses progrès : le christianisme. C'est par lui que les vertus humaines retrouveront leurs bases, que le travail sera redécouvert dans un sens libérateur, que la morale sexuelle et familiale sera restaurée dans ses principes, bien plus profondément et totalement que par les décrets de César ! C'est lui aussi qui, par son universalisme et son égalitarisme, permettra à la société de se refaire des tissus nouveaux, comme c'est lui qui, en face de l'étatisme revendiquera les droits de la personne, comme c'est lui encore qui proposera à l'esprit une nouvelle conception du monde. Aussi bien, lorsque le monde romain se sera écroulé à jamais, c'est la société née du Christ et de l'Évangile qui le relaiera et reprendra son flambeau."....


                                      DANIEL-ROPS (Chants pour les abîmes, 1949) 

 

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