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litterature & poesie

Georges Thémélis

Publié le par Christocentrix

Georges Thélémis est né sur l'île de Samos en 1900. Après des études de Lettres à Athènes, il devient professeur en 1930.

Ses débuts poétiques sont marqués par le symbolisme et le surréalisme comme l'attestent ses deux premiers recueils "Fenêtre nue" (1945) et ""Oiseaux" (1947).

A partir de 1947, il essaye de réaliser une sorte de synthèse entre la poésie moderne et l'ancienne  tradition grecque : "le Retour" (1948) et "Ode pour se souvenir" (1949) sont de cette veine.

En 1950, il écrit "Suite", puis en 1953 "Causeries". En 1955, dans le "Jardin des Arbres", le poète est au sommet de sa force créatrice, dévoile une expérience profonde qui le situe parmi les plus grands créateurs de l'époque.

En 1959, parait "le Visage et l'Image", en 1961 "Clair-Obscure" et "Mona joue". "Le Filet des Ames" paraitra en 1964 et "Issue" en 1968.

G. Thélémis est aussi l'auteur d'essais : "La poésie grecque moderne" (1963), "le Jugement Dernier" (1964) et "la Poésie de Cavafis" (1970).

 Son oeuvre est hautement estimée en Grèce et dans le monde. Elle a fait l'objet de vastes études. Toute une génération littéraire grecque se nourrit et s'abreuve au jaillissement de son verbe. Il est considéré comme une figure dominante du lyrisme néo-hellénique. Unité quasi-mystique entre le contenu et la forme, inquiétude métaphysique et spiritualisme inspiré marquent son oeuvre.

Une traduction :  "Choix de poèmes de Georges Thélémis" est paru en 1972 aux éditions Caractères.

 

Voici un choix (personnel) parmi ses poèmes : 

 

 

 

BATTANTS DE PORTE

 

Nous sommes différents, tellement différents

Dans le rapprochement, comme

Des battants de porte, qui tendent l'un vers l'autre,

S'unissent, s'embrassent mutuellement, se ferment,

Se partagent le sommeil, le baiser en deux,

Séparant leurs os,

Dans un grincement déchirant, dans le silence.

 

Nous sommes tellement divers dans le rapprochement:

Deux tâches noires unies dans la lumière.

Deux points, deux battants, deux corps.

 

(Au-dehors dans les couloirs hurle la solitude.)

 

 

 

MOURIR ENSEMBLE

 

Ici dans ce lit

Creusé par l'amour

Pour qu'il puisse contenir le corps de l'amour

Qu'il soit comme un lit et comme une tombe.

 

Ici je te ferai mourir, tu me feras mourir

Dans un profond baiser mortel

 

Ils viendront forcer la porte et nous trouver

Ils ne pourront pas relever les corps

Ils ne pourront pas ouvrir nos visages.

 

 

HYMENES

 

Dense, inévitable, parfaite destinée de l'amour

Et de la mort : conquête au début et puis abandon

Montée au début, descente après

Chute du corps et tristesse de l'âme,

Lorsque la solitude s'ouvre et qu'elle avale

Des os humiliés, entassés,

 

L'amour vient et se joue de nous,

Comme un dieu ou un démon.

Il nous déshabille sans honte et sans peur,

Il nous laisse nus pour que nous ayons froid

A jeun pour que nous ayons faim,

Comme au jugement dernier.

 

Nous avons faim de sa faim, froid de sa nudité.

 

L'amour arrive et nous transforme.

 

Ombre dans l'ombre

Silence dans un autre silence.

 

Nos lèvres sentent le printemps

Une odeur de terre, nos poitrines la pomme mûre.

 

L'amour émerge des jardins des morts.

 

Nos membres tremblent comme nos entrailles

Ils ont une fièvre d'incendie.

Celle des vols effrayés, des animaux qui courent,

Et la palpitation d'une mer agitée

Des vagues de fond remodelées

Et la nage nocturne du poisson dans les abîmes.

 

Les cheveux resplendissent sur les oreillers,

Les mains brillent dans l'ivresse de l'amour,

Des doigts palpent aveuglement la chair.

 

L'amour s'élève jusqu'au niveau des âmes

De poitrine en poitrine, comme sur une échelle

Les âmes ne peuvent point parler,

Elles n'ont pas de langage, mais du silence,

Étonnement secret et tristesse,

Souvenir et terreur du vide.

 

Elles ne peuvent que refléter,

Mouvoir les doigts,

Entr'ouvrir les yeux et les lèvres.

Se contempler l'une l'autre, comme dans un miroir.

 

 

COMPARAISONS

 

Comme dans le sommeil, quand tu passes

A l'autre éclat de la nuit.

 

Le corps, le vêtement, le fruit.

 

Comme dans le sommeil, comme en amour,

Quand tu t'abandonnes totalement.

Tu restes sans corps, nu.

 

Le jour, la nuit, le temps,

Une histoire imaginaire.

 

Comme si les murs s'ouvraient en dedans,

comme s'ils faisaient choir

Les miroirs trompeurs qui nous couvrent,

Nous passons à travers un rêve,

Un rêve incessant atteint par la nuit.

 

Sans cloche et sans réveil.

 

Comme si nous passions dans le cercle des Incorporels

Dans un isolement parfaitement clos.

 

Comme une lampe qu'on a oubliée

Dans une chambre vide et fermée,

Seule, toute seule dans la solitude.

 

Qui nous connaîtra, qui nous soupçonnera ?

 

D'autres yeux, d'autres secrets

Derrière ces murs

Derrière les gardiens.

D'autres ombres déambuleront dans les chambres

Frôlant les choses, nos choses

Plus fragiles et rendues plus denses par notre amour.

 

Habitués, obéissants, et à peine délaissés

Ils recherchent des mains serrées comme nos mains,

 

Ils recherchent nos yeux messagers.

 

Ainsi que des fruits, qui ont mûri

Et restent encore suspendus au soleil,

Attendant l'oiseau, la main et la faucille,

Ici, se tiendra l'arbre de la cour,

Seul, stérile, désespéré.

Sans ailes et sans pollen

Dans un calme terrible.

Ici se penchera la fenêtre dans le vide,

Comptant le vent : doit-il tomber, ne pas tomber,

Notre toit toujours frais, comme au printemps ?

 

Au-dessus de lui un ciel désertique.

 

Jusqu'à ce que vienne Avril en son lent avenir

Avec tout l'éclat et la gloire,

jusqu'à ce que vienne Pâque la Grande

 

Avec les nouvelles jacinthes, avec les ressuscités,

Pour que je te pare de la pourpre royale dans ta grande fête,

Bijou de grand prix :

Afin que tu sois beau parmi les beaux.

 

 

 

RÉSONANCE

 

Je suis moi, dans mon coeur clos.

 

Si tu prends la main, tu tiens l'âme

Contact d'oiseau emprisonné ou frétillement de poisson.

 

Si tu coupes un peu de chair, tu coupes une parcelle d'âme,

Si tu craches sur le visage, tu craches sur l'esprit.

 

Chaque gifle, chaque baiser passe

A travers plusieurs couches, comme un son qui résonne.

Le Seigneur le reçoit au-dedans, il en garde l'empreinte

Dans sa chair mystique, il le cache dans son sang.

 

 

Quand les corps seront jugés.

 

Tu t'es présenté, tu es apparu dans la lumière comme une icône.

 

Tu as vu beaucoup de soleils

Et tu ne les as pas comptés.

 

Le crépuscule et l'aube.

 

Tu as ouverts les yeux,

De grands yeux étonnés.

 

Tu as fait pousser des mains à la racine des ailes.

 

Tu as touché des fruits divers,

Beaucoup de pommes, des lys et des roses.

 

Tu portes la trace des clous.

 

Tu as marché sur la terre, tu as retenti

Dans le vide, dans le désert du temps,

Tu as émis un son, puis fait beaucoup de bruit.

 

Le soleil t'a vu, le vent t'a écouté et te fait vibrer.

 

Qui se portera témoin de ton sang,

Le sang qui a coulé et a teint

Le sommeil, les choses, la lumière.

 

Quand les corps seront jugés,

Ta poudre vaine sera pesée,

Ta pauvreté, ta nudité.

 

Ta tristesse est infinie et elle aura du poids.

 

        

                                                                     Georges THELEMIS

 

 

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mais que cherchent-elles nos âmes ?.....(Georges Séféris)

Publié le par Christocentrix


Mais que cherchent-elles, nos âmes, à voyager ainsi
Sur des ponts de bateaux délabrés,
Entassées parmi des femmes blêmes et des enfants qui pleurent,
Que ne peuvent distraire ni les poissons volants
Ni les étoiles que les mâts désignent de leur pointe;
Usées par les disques des phonographes,
Liées sans le vouloir à d'inopérants pèlerinages,
Murmurant en langues étrangères des miettes de pensées ?
Mais que cherchent-elles nos âmes à voyager ainsi
De port en port
Sur des coques pourries ?
Déplaçant des pierres éclatées,
Respirant la fraîcheur des pins plus péniblement chaque jour,
Nageant tantôt dans les eaux d'une mer
Et tantôt dans celles d'une autre mer,
Sans contact,
Sans hommes,
Dans un pays qui n'est plus le nôtre
Ni le vôtre non plus.
Nous le savions qu'elles étaient belles, les îles
Quelque part près du lieu où nous allons à l'aveuglette,
Un peu plus bas, un peu plus haut,
A une distance infime.
                                                                                            
                                                                           GEORGES SÉFÉRIS (poète grec)

    
  

 

 

      

 

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Constantin Cavafis

Publié le par Christocentrix

Des poèmes de Cavafis ont déjà été affichés sur ce blog dans divers articles mais ils ont été maintenant regroupés ici et présentés à nouveau :

 

 

chose bien râre


...Il se demande qu'elle peut être sa part, encore, de jeunesse.

Aujourd'hui, des jeunes gens récitent ses vers.

Dans leurs yeux ardents passent ses visions.

Leur cerveau sain, voluptueux, leur chair harmonieuse et ferme,

c'est son idée du beau qui les fait tressaillir.

 

                                                                                

                                                                              ***

 

Thermopyles

 

 

Honneur à ceux qui, dans leur vie,

se sont donné pour tâche la garde des Thermopyles.

Jamais ne s'écartant du devoir; intègres et justes dans tous leurs actes,

mais avec indulgence et pitié; généreux s'ils sont riches

et s'il leur arrive d'être pauvres, généreux dans leur modestie,

et secourables autant qu'ils le peuvent ;

se faisant fort de parler vrai, mais sans haine pour ceux qui ont failli.

Et plus d'honneur encore leur soit rendu lorsqu'ils prévoient

(et nombreux sont ceux qui prévoient)

qu'Ephialtès pour finir va se manifester,

et que les Mèdes, un jour finiront par passer.


 

 

 

 

 

 

                                                                            





                                                                       ***

 


En attendant les Barbares...

 

-Pourquoi nous être ainsi rassemblés sur la place ?

Il paraît que les barbares doivent arriver aujourd'hui.

-Et pourquoi le Sénat ne fait-il donc rien ?
Qu'attendent les Sénateurs pour édicter des lois ?

C'est que les barbares doivent arriver aujourd'hui.
Quelles lois pourraient bien faire les Sénateurs ?
Les barbares, quand ils seront là, dicteront les lois.

-Pourquoi notre empereur s'est-il si tôt levé,
et s'est-il installé, aux portes de la ville,
sur son trône en grande pompe, et ceint de sa couronne ?

C'est que les barbares doivent arriver aujourd'hui.
Et l'empereur attend leur chef pour le recevoir.
Il a même préparé un parchemin à lui remettre,
où il le gratifie de maints titres et appellations.

-Pourquoi nos deux consuls et les préteurs arborent-ils
aujourd'hui les chamarrures de leurs toges pourpres ;
pourquoi ont-ils mis des bracelets tout incrustés d'améthystes
et des bagues aux superbes émeraudes taillées;
pourquoi prendre aujourd'hui leurs cannes de cérémonie
aux magnifiques ciselures d'or et d'argent ?

C'est que les barbares doivent arriver aujourd'hui;
et de pareilles choses éblouissent les barbares.

-Et pourquoi nos dignes rhéteurs ne viennent-ils pas comme d'habitude ,
faire des commentaires, donner leur point de vue ?

C'est que les barbares doivent arriver aujourd'hui;
et ils n'ont aucun goût pour les belles phrases et les discours.

-D'où vient tout à coup, cette inquiétude
et cette confusion (les visages, comme ils sont devenus graves !)
Pourquoi les rues, les places, se vident-elles si vite
et tous rentrent-ils chez eux, l'air soucieux ?

C'est que la nuit tombe et que les barbares ne sont pas arrivés.
Certains même, de retour des frontières, assurent qu'il n'y a plus de barbares.

Et maintenant, qu'allons-nous devenir, sans barbares.
Ces gens-là, en un sens, apportaient une solution.

 

                                                                                

                                                                             ***

                                   

 

 

Devant la maison....

 

Hier, en marchant dans un faubourg éloigné,
je suis passé devant la maison
que je fréquentais quand j'étais très jeune.
C'est là qu'Eros s'était emparé de mon corps
avec sa délicieuse vigueur.

Et hier, quand j'ai emprunté cette vieille rue,
aussitôt les trottoirs, les magasins, les pierres,
se sont retrouvés embellis par l'enchantement de l'amour,
jusqu'aux murs, balcons et fenêtres ;
il n'y avait plus rien de sordide.

Et comme je restais là, en train de regarder la porte,
comme je restais à m'attarder devant la maison,
mon être tout entier libérait en retour
l'émotion d'un plaisir qui s'était conservé  intact.


                                         

 

 

 

 

 

Je me suis allongé sur leurs couches...

 

 

Quand je suis entré dans la maison du plaisir,

je ne suis pas resté dans la salle où l'on célèbre

suivant un certain rite les amours reconnues.

J'ai préféré les alcôves secrètes

et je me suis accoudé, je me suis allongé sur leurs couches.

J'ai préféré rejoindre les alcôves secrètes

celles dont on a honte de prononcer le nom.

Mais ce n'est pas une honte pour moi - car alors

quel poète et quel artiste aurais-je été ?

Mieux eût valu être un ascète. Ce qui aurait été plus en accord,

beaucoup plus en accord avec ma poésie,

que de me contenter de la salle ordinaire.

 

 

 

        ***

 

Je suis parti....

 

Je n'ai pas voulu m'attacher.

J'ai tout donné de moi, puis je suis parti.

Vers des jouissances qui se sont avérées à demi réelles,

en même temps que les folles chimères de mon cerveau,

je suis parti dans la nuit illuminée.

Et j'ai bu des vins âpres,

comme savent en boire les hommes de plaisir.




                                                                                     ***
                                                      

 

addition


Si je suis heureux ou malheureux, je ne me pose pas la question.

La seule chose à laquelle je pense toujours avec joie :
c'est que dans la grande addition (leur addition que je déteste)
avec tous ses chiffres, je ne figure pas, moi, comme une unité parmi les autres. 
Dans ce total, je n'ai pas été compté. Et cette joie là me suffit.

                                                                        

 

                                                                ***

  

 

Les désirs....beaux comme.... 

 

Beaux comme des morts qui n’ont point vieilli,

enfermés au milieu des larmes dans un mausolée splendide,

le front ceint de roses et jasmins aux pieds,

tels sont les désirs qui nous ont quittés sans s’être accomplis ;

sans qu’aucun n’atteigne à une nuit de volupté ou à son lumineux matin.

                                                         

                                                                                              

                                                                          Constantin Cavafis 

         

           (traduits du grec et présenté par Dominique Grandmont, nrf-poésie/Gallimard, 1999)  

 

 

  

Concernant ce dernier poème, il existe aussi ces traductions :

 

Les désirs qui passèrent sans être accomplis,

sans avoir obtenu une des nuits du plaisir ou un de ses lumineux matins,

ressemblent à de beaux cadavres qui n'ont pas connu la vieillesse

et qu'on a déposés en pleurant dans un magnifique mausolée,

avec au front des roses et aux pieds des jasmins.

 

                                      (par Marguerite Yourcenar et Constantin Dimaras, Gallimard, 1958)

 

 

 

Ils sont comme de beaux corps que l'âge n'auraient pas atteints

et qu'on dépose avec des larmes dans un magnifique sépulcre

des roses à la tête et, aux pieds du jasmin-

ils ressemblent à de tels corps les désirs qui se sont éteints

sans se rassasier, sans avoir eu ne fût-ce

qu'une seule nuit de plaisir ou qu'un radieux matin..

 

                                                                          

                                                   (par Gilles Ortlieb et Pierre Leyris, Seghers,1978)

 

 

                                          

                                         

 

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Henry de Montherlant : pages catholiques

Publié le par Christocentrix

 
Pages catholiques de Henry de Montherlant, recueillies et présentées par Marya KASTERSKA.
Plon, 1947. (209 pages)
pages catholiques

table des matières :

PRÉFACE de l'auteur.

LETTRE DE H. DE MONTHERLANT (1947)

LA CHAMBRE DES PROMESSES. (La Relève du matin) 1916

UN COLLÈGE CATHOLIQUE HUMANISTE. (La Relève du matin) 1916

PÂQUES DE GUERRE AU COLLÉGE. (La Relève du matin) 1918

LES ATLANTES. (La Relève du matin) 1916

TROIS JOURS AU MONTSERRAT. (Pour une Vierge noire) 1929

LE DERNIER RETOUR. (Pour une Vierge noire) 1929

FRAGMENT D'UNE SCÈNE DE DON FADRIQUE. (Pour une Vierge noire) 1929

LA FETE A L'ÉCART. (Service inutile) 1933

L'AME ET SON OMBRE. (Service inutile) 1935

LETTRES DE PIERRE COSTALS A THÉRÈSE PANTEVIN.(Les Jeunes filles) 1935

FILS DES AUTRES. (Fils de personne) 1939

LA PRÉSENTATION DU CAPITAINE ROMERO. (Croire aux âmes) 1939

SUR PORT-ROYAL. (Croire aux âmes) 1944

LA CHARITÉ. (Le Maître de Santiago) 1944

LA PAUVRETÉ. (Le Maître de Santiago) 1945

SCÈNE DU RAVISSEMENT. (Le Maître de Santiago) 1945

(Les dates indiquées sont celles de l'année où le texte a été écrit.)


LETTRE DE H. DE MONTHERLANT à l'auteur.


Chère Madame,

On a publié de moi, jadis, un livre de Morceaux choisis intitulé Pages de tendresse. On aurait pu aussi bien réunir un choix intitulé, par exemple, Pages de dureté. Une autre anthologie, plus récente, portait en sous-titre : « Pages choisies à l'usage des jeunes gens. » Je pense qu'on pourrait faire de même :« pages à l'usage des femmes », « pages à l'usage des académiciens », etc... C'est très, bien ainsi. Écrivant pour tous, sinon pour moi seul, j'accepte qu'on présente mon oeuvre sous divers éclairages, chacun d'eux en isolant tel aspect à l'intention d'un public particulier. A condition qu'il me soit permis de rappeler que le projecteur peut toujours être incliné de manière différente, et jusqu'à éclairer la face opposée à la face qu'il éclairait auparavant.

Ce rappel - et mes remerciements - suffisaient en tête de votre intéressant travail. Mais voici qu'un mot de votre préface me donne un peu de vivacité, avec l'envie de la produire. Il m'est pénible que, à propos de Fils de personne, vous parliez de « sévérité et de manque de charité jansénistes ». J'y vois combien, après trois cents ans, certains préjugés, nés de la calomnie, ont pris racine, et pour toujours. Aujourd'hui encore, la plupart des gens, et quelquefois des chrétiens mêmes, ne savent rien du jansénisme, que ceci : que jansénisme est synonyme de rigueur. Et pourtant, quel florilège, quelle légende dorée ne ferait-on pas avec les traits de charité de ceux et celles de Port-Royal! Je m'y étendrais sur des pages, si c'en était le lieu ici.

Deux citations, toutefois, qui me forcent la main.

L'une parce qu'elle est sublime. Le janséniste abbé Grégoire termine ainsi ses Ruines de Port-Royal : « Les sacrificateurs de Port-Royal léguèrent leur fureur au siècle suivant ; les victimes, en tombant sous le glaive de l'iniquité, léguèrent leur douceur inaltérable. Les hommes qui continuent d'outrager la vérité et ses défenseurs doivent être l'objet spécial de notre tendresse et de nos prières. »

L'autre parce que son auteur, en même temps qu'il marque la place éminente qu'occupe selon lui le jansénisme dans l'histoire de la foi chrétienne, le lie, tout comme l'abbé Grégoire, à une impression de douceur : « L'entretien de Pascal avec Jésus est plus beau que n'importe quel passage du Nouveau Testament. C'est la plus mélancolique douceur qui ait jamais été exprimée par des paroles. Depuis lors, cette image de Jésus n'a pas trouvé de poète pour la continuer; c'est la raison pour laquelle, depuis Port-Royal, le christianisme est partout en décadence. » Nietzsche. Œuvres Posthumes. (Mercure de France, p. 82.)

Contre le catholicisme des Jansénistes (comme contre le catholicisme du « Maître de Santiago »), on ne peut porter d'autre accusation que celle que portait contre Port-Royal, en 1674, l'archevêque de Paris, Harlay. Il disait à l'abbé Feydeau « que ce n'était pas assez que d'avoir les sentiments de l'Église, qu'il falloit parler comme l'Église parloit aujourd'hui » (Mémoires de Feydeau). Et c'est bien cela. Il n'y avait rien contre le jansénisme;. il n'était pas une hérésie, puisqu'il était parfaitement conforme à la doctrine de saint Paul et de saint Augustin; il n'y avait rien, fors qu'il n'était pas au ton du jour; il était au-dessus. C'est hénaurme, n'est-ce pas? Mais c'est ainsi.

Et, si le jansénisme fut sévère, il me semble aussi que saint Augustin, accusé de tendre, avec tels principes, à l'anéantissement du monde terrestre, s'exclamait : « Utinam ! citius impleatur civitas Dei ! »

Il me semble que Fénelon a écrit, dans les Lettres spirituelles : « L'oeuvre de Dieu est une oeuvre de mort et non de vie.»

Et il me semble que le Christ, à l'heure des paroles les plus lourdes, quelques instants avant qu'on l'arrêtât, et « sachant tout ce qui devait lui arriver », a prononcé : « Non pro mundo rogo. »

Cette lettre n'est qu'un bouquet de citations. C'est tout ce que peut se permettre un homme aussi incompétent que moi en ces matières.

Croyez, chère Madame, à mes sentiments dévoués.

                                                   Henry DE MONTHERLANT, Juillet 1947.



 

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le Rivage des Syrtes (Julien Gracq)

Publié le par Christocentrix

Ce roman évoque les derniers moments de la principauté d'Orsenna , avant sa destruction par le Farghestan, l'adversaire de toujours.... Aldo, un jeune aristocrate de la principauté d'Orsenna souhaite quitter cette ville moribonde. Il demande et obtient un poste d'observateur dans une garnison lointaine. Il se retrouve dans la province éloignée et côtière des Syrtes. La mission, à laquelle le destinent son origine aristocratique et son éducation, consiste en la surveillance du rivage des Syrtes. De l'autre côté de la mer se trouve le Farghestan, un pays dont la principauté d'Orsenna est en guerre depuis trois siècles. Du rivage, Aldo aperçoit presque la capitale du Farghestan , le port de Rhages.... Depuis longtemps , les hostilités se sont enlisées dans une sorte de trêve tacite. Aldo personnifie cette attente. Sa vie de garnison se déroule lentement, dans une atmosphère pesante... Il passe ses journées à rêver ou à monter à cheval. Mais rien n'arrive jamais. Son regard reste braqué sur le rivage adverse. Tout distille l'ennui et la solitude. Pour tenter d'échapper à cet ennui, Aldo consulte les cartes, ce qui semble effrayer les autres officiers. Ils craignent que toute initiative puisse rompre cette trêve incertaine.... Au cours d'une sortie en mer, Aldo s'approche trop près des côtes du Farghestan. Il va franchir la ligne fatidique et provoquer ainsi la rupture du cessez-le-feu tacite et la reprise des hostilités. En cédant à ce désir, Aldo choisit inconsciemment le cataclysme plutôt que la lente asphyxie. Il perce ainsi l'abcès qui immobilise la principauté. « Orsenna accèlère son destin et se saborde pour échapper à son destin ».


"Ce que j'ai cherché à faire, (explique Julien Gracq) entre autres choses, dans Le Rivage des Syrtes, plutôt qu'à raconter une histoire intemporelle, c'est à libérer par distillation un élément volatil "l'esprit-de-l'Histoire", au sens où on parle d'esprit-devin, et à le raffiner suffisamment pour qu'il pût s'enflammer au contact de l'imagination. Il y a dans l'Histoire un sortilège embusqué, un élément qui, quoique mêlé à une masse considérable d'excipient inerte, a la vertu de griser. Il n'est pas question, bien sûr, de l'isoler de son support. Mais les tableaux et les récits du passé en recèlent une teneur extrêmement inégale, et, tout comme on concentre certains minerais, il n'est pas interdit à la fiction de parvenir à l'augmenter.
Quand l'Histoire bande ses ressorts, comme elle fit, pratiquement sans un moment de répit, de 1929 à 1939, elle dispose sur l'ouïe intérieure de la même agressivité monitrice qu'a sur l'oreille, au bord de la mer, la marée montante dont je distingue si bien la nuit à Sion, du fond de mon lit, et en l'absence de toute notion d'heure, la rumeur spécifique d'alarme, pareille au léger bourdonnement de la fièvre qui s'installe. L'anglais dit qu'elle est alors on the move. C'est cette remise en route de l'Histoire, aussi imperceptible, aussi saisissante dans ses commencements que le premier tressaillement d'une coque qui glisse à la mer, qui m'occupait l'esprit quand j'ai projeté le livre. J'aurais voulu qu'il ait la majesté paresseuse du premier grondement lointain de l'orage, qui n'a aucun besoin de hausser le ton pour s'imposer, préparé qu' il est par une longue torpeur imperçue." (Julien Gracq, En lisant, en écrivant, p.216)


Tout a déjà été dit à propos du chef-d’œuvre de Gracq. Porté aux nues par certains, violemment décrié par d’autres, ce roman qui fut joliment qualifié par Antoine Blondin « d’imprécis d’histoire et de géographie à l’usage des civilisations rêveuses » se situe dans la droite ligne de ses deux premiers opus, « Au château d’Argol » et « Un beau ténébreux ». La fascination qu’il provoque chez d’innombrables lecteurs depuis sa publication en 1951 trouve difficilement une explication satisfaisante. Mais comment résister à la tension et à la densité qui habitent chacune des pages de ce livre au déroulement envoûtant ? Comment ne pas céder aux charmes de l’évocation de cette civilisation en quête de la grâce ultime de son propre effondrement ? Comment ne pas goûter le drapé précieux et aérien de cette langue classique, musicale et éminemment charnelle ?


Ce roman est par ailleurs souvent comparé au Désert des Tartares de Dino Buzzati dont la traduction française a été publiée quelques temps auparavant mais Julien Gracq réfutera le fait qu'il ait pu être influencé par le roman de l'écrivain italien, et évoquera comme source d'inspiration La Fille du capitaine de Pouchkine. Par contre la lecture de Sur les Falaises de Marbre de Ernst Jünger aura un profond retentissement : il racontera dans Préférences (« Symbolique d'Ernst Jünger », 1959) quel bouleversement a été pour lui la découverte de ce « livre emblématique ». Les deux hommes se rencontreront à Paris en 1952, et deviendront amis.

-extraits de la Revue de presse provenant du site des Editions Corti :


«Avec Le Rivage des Syrtes Julien Gracq a écrit un imprécis d'histoire et de géographie à l'usage des civilisations rêveuses. Ce récit ajoute aux prestiges d'un pays de légende, ceux d'une leçon d'histoire, non moins inventée. Dans une époque comme la nôtre, où les événements, leurs causes, leur enchaînement, leur répétition sont, non sans quelques raisons d'ailleurs, considérés avec une ferveur déférente, l'Histoire est un domaine tabou. Avec une désinvolture audacieuse, M. Gracq en a décidé autrement. Il étonnera plus d'un esprit curieux ; il choquera les plus objectifs.» (Antoine Blondin, Rivarol, 6 décembre 1951)


« Il se passe ici quelque chose de bizarre. Alors qu'on n'a pas cru un instant à la réalité de l'histoire, ni à l'existence des personnages, on souhaite la catastrophe, mieux, on est convaincu de sa nécessité. Oui que soit détruite Orsenna, envahie Maremma, prise la forteresse, que les nomades du désert se répandent dans les rues dallées, dans les hautains palais moisis, que les habitants soient renfoncés en terre. Leur sauvegarde est bien là, leur rachat si l'on préfère. Pourquoi ? Ah! c'est plus difficile. On ne voit qu'une raison : dans l'univers de Julien Gracq, les pierres sont plus vraies, plus justes, plus vivantes que les hommes. " Un pur esprit s'accroît sous l'écorce des pierres : rejoindre l'univers minéral, c'est accéder à l'éternel. [...] "
C'est un paysage de fin du monde, les pierres y sont les ossements de la terre, l'homme ne peut souhaiter que se coucher sur elle, se mêler en elle aux immenses strates des siècles. La terre est rendue à son destin de planète les hommes tremblent sans le savoir du besoin de se fondre en elle l'aveugle à l'obscur. Voilà ce que sans jamais le dire explicitement, laisse entendre Julien Gracq. Si soigneusement qu'elle soit voilée, il y a dans le Rivage des Syrtes, plus encore que dans ses premiers romans, une grandeur insidieuse et sauvage. Où il a passé, l'herbe non plus ne repousse pas. » (Dominique Aury, Combat, 6 décembre 1951).


-Sur Julien Gracq (Bio-bibliographie) :
http://www.jose-corti.fr/auteursfrancais/gracq.html




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Pensées et Maximes de Sacha Guitry

Publié le par Christocentrix

"Sois de ton temps jeune homme - car on n'est pas de tous les temps, si l'on n'a pas d'abord été de son époque".

"Non, non - n'être jamais parmi ceux qui haïssent. Tâcher d'être plutôt parmi ceux que l'on hait - on n'y est en meilleure compagnie".

"Ce n'est pas assez que de dire à l'enfant : -Songe à ton avenir. Il faut lui dire encore : -prépare ton passé !".

"Qu'il accède au pouvoir - je n'en serais pas surpris. Il a quelques atouts dans son jeu, et même il se pourrait qu'il devînt populaire - mais je doute qu'il ait jamais pour lui la minorité"





















































mais c'est qu'il en prend de la place ce petit !



"Certes il y avait à Drancy le dessus du panier à salade - mais il faut avouer que tous n'étaient pas dignes de ce qu'il leur arrivait".

"Tandis qu'ils me palpaient -ceux qui m'ont arrêté - je me suis fait le serment d'être le spectateur des évènements qui allaient se produire.
Je n'ai pas l'habitude de jouer dans les pièces des autres."


Guitry et les femmes:

"Tu as un charme irrésistible - en ton absence - et tu laisses un souvenir que ton retour efface".

"J'imagine un cocu disant : - ce qui m'exaspère, c'est que ce monsieur sait maintenant de quoi je me contentais ! "

"A l'égard de celui qui vous prend votre femme, il n'est de pire vengeance que de la lui laisser". 

 
"Si la femme était bonne, Dieu en aurait une".

"Qu'est-ce que çà peut fiche qu'il ait une jolie femme ! Entre hommes on ne se complimente que sur ses maîtresses".

"-Tu m'a trompée avec cette femme!
 - Je te trahis bien davantage quand je suis seul "


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Au galop des Hussards (Christian Millau)

Publié le par Christocentrix

Au début des années 50, la France littéraire s'ennuie.
Tout ce qui n'est pas au garde-à-vous devant le Parti communiste, tout ce qui échappe à la gauche morale d'un Camus ou à l'engagement sartrien passe pour «réactionnaire ».

Un jeune écrivain surdoué, Roger Nimier, à la tête d'une petite revue nommée Opéra, va entreprendre de faire des étincelles. Autour de lui, Antoine Blondin, Jacques Laurent, Michel Déon, Félicien Marceau et bien d'autres, différents par le style, l'inspiration ou même les idées - sauf une : la littérature ne doit obéir à personne. Et surtout pas à l'idéologie ni à la politique.


Jeune journaliste, avant de devenir un chroniqueur gastronomique mondialement connu, Christian Millau a participé à l'aventure de ceux que l'on appela ensuite les Hussards. Il la ressuscite avec la fougue et le mordant d'un livre d'action, dans des pages où l'on croise aussi Mauriac et Céline, Marcel Aymé, Cendrars et Chardonne, et , qui constituent un irremplaçable témoignage littéraire.
Millau se souvient des enfants terribles qui partirent sabre au clair pour tuer l'ennuyeux moralisme de l'après-guerre.



C'est l'histoire d'une chevauchée romanesque dans une époque où des publications comme Opéra, Carrefour, Arts, La Parisienne devinrent des bastions de jeunesse, de camaraderie, de liberté de l'esprit.

 





-extraits de commentaires au moment de la sortie du livre en 1999 (édit. de Fallois). Il existe aussi une édition en "Livre de poche".



"Lorsqu'on évoque le nom de Christian Millau, on pense au critique gastronomique. Mais ce que l'on sait moins c'est que, jeune journaliste de 20 ans, il fit ses premières armes dans la presse littéraire. Au galop des Hussards raconte les années bouillonnantes pendant lesquelles Christian Millau s'est retrouvé, par un concours de circonstances, engagé par Roger Nimier dans la revue Opéra. L'année 1951 marque en effet un tournant dans sa vie de jeune chroniqueur. Il se retrouve alors au cœur d'un des mouvements littéraires fondamentaux des années 50, qu'on appelle depuis lors celui des Hussards. Plus de quarante ans sont passés et Christian Millau se rappelle… Les souvenirs se bousculent, ses rencontres inoubliables avec les "ancêtres" : Léautaud, Céline, Cendrars, Jouhandeau, puis avec ceux de sa génération, Laurent, Blondin, Marceau, ses escales à Hong-Kong où il fait la connaissance de Bodard et d'Orson Wells. La galerie de portraits ne manque pas de saveur, surtout parce qu'elle est jalonnée d'anecdotes assez amusantes, comme celle des bananes tièdes que Millau était chargé de livrer à Léautaud pour sa guenon, ou encore l'astuce de Nimier pour présenter ses amis au Docteur Céline, résolument misanthrope, en les faisant passer pour des malades atteints de priapisme et autre maladies peu courantes... Le plus intéressant est sans doute le portrait qui se dégage de l'auteur lui-même, s'effaçant délibérément pour exécuter une fresque dont les figures ne sont autres que celles d’hommes qu'il a profondément admirés et avec lesquels il a lié des amitiés sans failles. La grande humilité de l'auteur, son écriture agréable et ses formules parfois cinglantes, parfois nostalgiques, donnent l'impression de rentrer soudainement dans l'intimité de ces fameux Hussards, à la fois passionnés et profondément désenchantés."
(Manuelle Calmat)

 

"Un homme enfonce d'un coup d'épaule la porte de l'année 1999. Il est d'une jeunesse qui ne passe pas, et Français d'une France idéale, qui n'existe peut-être pas. Sa gaieté est aussi vive que sa tristesse. Il court d'un journal à l'autre, Opéra, Arts, Carrefour, toutes feuilles tombées depuis à l'automne de la presse. Il redresse en passant quelques torts, il lave des crachats sur des statues déboulonnées, s'agenouille devant des vaincus. Leur fait l'offrande de couronnes, qui resteront. Cet homme surgi du blanc et noir des fifties se nomme Roger Nimier. Un livre de Christian Millau, Au galop des Hussards, porte le souvenir de cette comète prodigue en amitié jusqu'aux portes de notre temps. Un souffle d'air entre avec lui. Dans cet air flottent des bulles de champagne, un parfum de monsieur Jadis, et un drapeau avec un cœur qui bat sur l'azur de l'esprit, un azur englanté de fables. Six romans et un chapelet de chroniques ont suffi à Nimier pour conquérir Paris. Sitôt qu'il paraît, Chardonne, Jouhandeau et Morand pensent avoir trouvé un fils à aimer. Des femmes se répètent son prénom sur l'oreiller, le soir, en s'endormant. Son éditeur, Gaston Gallimard, lui offre une Aston-Martin, qu'il baptise «Gaston-Martin». Et quelques centaines de lecteurs s'abritent sous le manteau de ses articles. Ils ont reconnu un ami pour les aider à vivre. Il faut dire que Nimier n'oublie jamais d'amuser la galerie. L'envoi de messages apocryphes, signés Sartre ou Cocteau, est l'une de ses spécialités. Au lendemain de la mort de Gide, en février 1951, il envoie à François Mauriac le télégramme suivant: «Enfer n'existe pas. Stop. Tu peux te dissiper. Stop. Préviens Claudel.» Signé: Gide.
Autour de Nimier se forme une compagnie de talents dessoclés ou à venir. Ce qui vient s'appelle Déon, Blondin, Laurent ou Félicien Marceau. Quant aux vieux messieurs qui avaient plus ou moins perdu de vue le visage de Liberté chérie, ils le regardent tous comme s'il était leur avenir. Lui ne regarde que leurs livres. .....Les plumes du groupe Nimier se retrouvent dans la revue de Sartre catalogués sous la bannière des «Hussards», avec une étiquette dans le dos: «fascistes». Terme choisi par «commodité», poursuit l'auteur: «Les fascistes aiment les femmes, les voitures et l'alcool.»...... C'est aussi cette tranche de France libérée, retournée à ses mensonges et à ses guéguerres civiles que nous restitue le livre de Millau....." (Daniel Rondeau)


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Poèmes du Sagittaire

Publié le par Christocentrix

 

Il y a plus de 25 ans, je croisais le chemin d'un poète...un vrai poète. Il me fit l'amitié de m'offrir et de me dédicacer un recueil de sa composition. Je le relis souvent... J'en connais certains passages par coeur...
Ce poète était aussi un homme de Dieu : un moine bénédictin. Il resta toujours fidèle à la messe de son ordination et à ses idées légitimistes.
Il s'est éteint récemment, fort avancé en âge. Je compte aujourd'hui un ami de plus au ciel... et c'est un honneur pour moi de vous faire connaître quelques uns de ses poèmes.
En son temps, ce recueil a obtenu un prix de l'Académie française (1970 ou 1971). Il a été édité avec un mot de François Mauriac que je reproduis ci-dessous.

Mon cher et révérend Père,

J'ai lu avec beaucoup d'émotion vos poèmes. Même si aucune lettre ne les avait accompagnés j'aurais senti à travers eux que nous sommes frères en Maurice de Guérin. C'est à travers moi que vous l'avez découvert et vous ne me séparez pas de lui dans votre coeur. Il est vrai que les Guérin continuent de vivre dans un petit nombre de coeurs, mais intensément. Et vous, vous vivez tout près du Cayla...
Je garderai précieusement ce manuscrit qui ne ressemble à aucun autre et je le relirai souvent.
Veuillez croire, mon cher et révérend Père, à mes sentiments très affectueux.

                                                                                              François Mauriac (le 16 juillet 1968)

                                                                                                           
 

Invisible dédale où s'égare mon âme,

Où sans chercher remède à me désespérer

Je me calme en secret et rêve d'une flamme

Fragile d'être humaine impossible à celer !


Dans la puissance ailée qui m'entraîne et m'élève,

Trop sûr de retomber dans mon infirmité

Je pressens et maudis cette ardeur que soulève

L'attirance d'amour qui me porte à vibrer.


Loin des yeux loin du coeur muré dans ma nature

Je me reproche en vain d'aimer ce que je fuis

Ignorant que se cache au vif de ma blessure

Le secret d'éblouir l'absolu de ma nuit.

                                                                                                           



L'expression concrète de la vie, en art, l'attirait ; non pour elle-même, mais pour une satisfaction intérieure toute gratuite, et sans qu'il pût faire autre chose, de prime abord, qu'abstraire, interpréter des signes soumis à leurs lois propres et s'ordonnant en une composition souverainement autonome, où le sujet, largement dépassé, n'était plus qu'un prétexte.....
...Et cependant, bien au-delà de l'analyse, bien au-delà des signes, par un retour au sujet, mais purifié, transfiguré, il avait bien la sensation d'entrer, suprême récompense, au coeur même de l'oeuvre.
Quelle poésie en effet, quel dépaysement !... L'arrière-plan était d'un bleu très pur, très profond, avec cette crudité et ces contrastes que, seule, la lumière atténuée de l'arrière-saison peut donner parfois aux couleurs. L'épais tapis vert invitait à atteindre le sommet de la falaise, pour abaisser, de là, un regard de contemplation sur l'agglomération châtelaine qui étincelait dans la même lumière bleue, et dont les tours, flèches et clochetons, au-dessus de la ligne ajourée des remparts, évoquaient une mélodie dont les notes, poussées à l'aigu, auraient échappé à la portée.
Au registre supérieur, spectralement immergé dans un camaïeu bleu de nuit, le char du Soleil paraissait d'autant plus figé dans sa course que les chevaux menaient, silencieusement, un train d'enfer. Le Scorpion, lui, se hâtait vers son terme, et le Sagittaire, immobilisé dans son galop, criblait l'éther de ses flèches.   (extrait)

                     
                                                                               

PSAUME DE L'EQUINOXE

 

Ta lumière éclatait alors
O terre de sang
Les automnes luisaient comme des armures
Ruisselaient d'or parmi les sables
Et les panoplies du sommeil
Irradiaient des braises de soie
Je cherchais mes amis
Dans des rêves de solitude
Ma nuit ardente enfantait des aurores de feu
Quand pourrai-je revêtir
La parure des oiseaux de fête
Reculer les limites des cieux
Laisser couler des fleuves d'albâtre
Dans la pureté de mes mains lucides
Anéantir les échos de la soif
Et grandir dans l'ombre démesurée
Nous marcherons haletait le cantique inspiré
A la clarté de tes flèches
A la lueur des éclairs de ta lance
Nous ravagerons le désert
L'angoisse me saisit
La terreur de l'espérance
Roulé vivant
Dans l'ouragan de ta chevauchée
Aveugle dans ton tourbillon
Jusqu'au jour où les coursiers
Atteindront les limites infranchissables
Se cabreront dans l'éparpillement de leurs crinières
Au déchaînement sourd des orgues des falaises
Devant la puissance en arrêt des flots
La chevelure rebroussée des vagues
Le rivage qui pèle
La mer seule est illimitée

 


CANTIQUE DU SOLSTICE

 

Pour toi Soleil unique mon amour
Ma joie ensorcelée s'éveille
Les nuages se lèvent comme un rideau de théâtre
Ta victoire m'empourpre le coeur
Comme elle est loin cette ferveur d'hiver
Emprisonnée dans sa brume de silence
Enchassée dans mon âme
Orient Soleil levant du déclin de décembre
D'un tel enfantement
Seulement la préfiguration
Mais maintenant serai-je jamais sûr
De la réalité de la nuit
Si mince pellicule entre deux crépuscules
Il gravit son triomphe pour un règne sans fin
Une éternité d'amour
Ses chevaux échevelés se fixent au zénith
Sa course est immobile
Il résume l'univers dans l'extase
L'obscurité se désintègre aux cuivres de son orchestre
Jamais plus l'univers en rupture d'équilibre
Bien loin des cieux d'où je partis
Je clame ma déshérence
La musique de sa lumière
Se répand dans ma chair s'écoule dans mes os
Je partirai je le rejoindrai
J'emporterai la terre dans mon coeur
Dans l'âme
Un océan de fidélité à la mesure de sa grâce
O Toi mon amour
Ma nuit enfin se déverse et fond dans ta lumière.

 

                                                                                        
                      Dom Hugues PORTES. Osb. (extraits de "l'horizon intérieur")


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Nouvelles oubliées (Dino Buzzati)

Publié le par Christocentrix

Dino Buzzati (1906-1972) est l'un des auteurs majeurs du XXème siècle européen. Sa production littéraire et artistique se caractérise par son étendue comme par sa diversité. Pour ne parler que de la seule littérature, Buzzati a abordé des genres très différents : du roman à la nouvelle en passant par le théâtre, la poésie, la bande dessinée. Cette oeuvre littéraire a su séduire le public français, qui demeure attaché à cet écrivain : c'est ce qu'a montré l'accueil réservé aux publications récentes, commémorant le centenaire de la naissance de l'écrivain. À cette occasion, les Éditions Robert Laffont ont voulu rééditer l'intégralité des oeuvres narratives publiées par Buzzati de son vivant. Publiées... et traduites ? Une pièce manquait au puzzle.
Nouvelles oubliées. Le volume qui porte ce titre est un recueil de nouvelles inédites en français. Il n'a pas d'équivalent dans l'édition italienne, et il n'avait donc pas, non plus, de titre. "Nouvelles oubliées" est celui qu'on lui a donné, d'abord par commodité. Puis le temps a passé, et le titre est resté. Sans doute parce que Buzzati ne l'aurait pas renié, lui qui fait évoquer à l'un de ses personnages le cauchemar du temps qui passe, qui court, qui file. Ces nouvelles oubliées sont un triomphe, modeste, sur le temps qui anéantit l'homme mais auquel les textes résistent : les plus anciens d'entre eux ont été proposés pour la première fois aux lecteurs italiens il y a plus de soixante-cinq ans. Mais ces textes n'avaient pas encore franchi la barrière des Alpes et n'avaient pas encore accédé, en France, à cette nouvelle vie offerte par la traduction.


On sait pourtant que le public français a toujours fait bon accueil à l'oeuvre de Buzzati et ce depuis 1949, l'année où il découvrait son roman le plus célèbre, Le Désert des Tartares. Les Éditions Robert Laffont sont restées fidèles à Buzzati et ont publié une très grande partie de son oeuvre en traduction française : les romans d'abord, puis les recueils de nouvelles à partir de 1960. Pour les volumes de nouvelles les plus tardifs, les éditions françaises ont suivi de quelques années les éditions italiennes, en reprenant la structure des recueils originaux (Le K, Les Nuits difficiles, Le régiment part à l'aube).

Restent les premiers titres. Comparons :

- en Italie, I sette messaggeri (1942), Paura alla Scala (1949), Il crollo della Baliverna (1954), Sessanta racconti (1958), soit quatre recueils ;

- en France, Les Sept Messagers (1969), Panique à la Scala (1989), L'Écroulement de la Baliverna (1960), soit trois recueils.

Manque Sessanta raconti et c'est ici que se trouve la clef de l'énigme.
Comme l'indique le titre Sessanta racconti comporte en effet soixante récits dont certains sont repris des recueils précédents et d'autres paraissent en volume pour la première fois.

Or, c'est en fait ce dernier recueil qui a été traduit en français, en trois volumes plus minces auxquels ont été donnés les titres des trois premiers volumes italiens (Les Sept Messagers, Panique à la Scala, L'Écroulement de la Baliverna), sans pour autant qu'il y ait concordance dans les tables des matières... Paradoxalement, c'est donc Sessanta racconti qui a été traduit, quand les trois premiers volumes ne l'étaient que partiellement, puisque dix-neuf textes furent « oubliés » par la traduction.

Les choses, on l'aura compris, sont complexes. Et davantage encore si l'on ajoute qu'à ces dix-neuf textes sont venues s'adjoindre huit nouvelles issues du recueil Esperimento di magia (1968), elles aussi inédites en France...

Aujourd'hui, ces textes sont enfin disponibles pour le plaisir des lecteurs français. En rassemblant tous les textes narratifs parus en volume du vivant de l'auteur et non traduits en français, ces Nouvelles oubliées apportent au puzzle la pièce qui manquait.......


extrait de la préface de Delphine GACHET (Janvier 2009) à "Nouvelles oubliées" de Dino Buzzati. Collect. "Pavillons". Robert Laffont, 2009.

on peut aussi voir ce lien : http://jeanraspail.free.fr/buzzati.htm

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le régiment part à l'aube (Dino Buzzati)

Publié le par Christocentrix

“Le seul doute qui subsiste est de savoir quand nous verrrons émerger de ces milliards de signaux celui que chacun de nous pourra immédiatement reconnaître pour sien” .

Avis de départ, par Guido Piovene, préface au recueil de nouvelles de Dino Buzzati Le régiment part à l’aube, Robert Laffont, pavillons poche.

” Il n’y a pas d’autre échappatoire que cette stupidité qui pousse l’homme politique à s’occuper des siècles à venir et de la destinée de l’humanité, et l’avocat, le médecin, le banquier, le tisserand, l’épicier sont convaincus que leur travail ou leurs affaires ou leurs petites combines sont ce qu’il y a de plus important au monde et dureront une éternité et chacun d’eux s’aime et adore à la passion ses propres choses, sa propre maison, ses propres enfants en oubliant complètement le but final, dont la pensée devrait pourtant gouverner tous les jours de son existence alors que quand l’appel lui parvient enfin il se met à hurler comme un cochon qu’on égorge”.

                                                 Dino Buzzati, Pourquoi, Venise, 3 septembre 1970.

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