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Articles avec #philia, eros, agape tag

mort et éternité

Publié le par Christocentrix

La vie prend une physionomie différente selon que  nous la considérons comme une promenade ou un voyage. Dans le premier cas, nous sommes libres de notre allure et de nos mouvements. Si c'est un voyage, si nous avons un but déterminé, et si les conditions même de ce voyage sont telles qu'il doit finir bientôt, peut-être de façon inattendue, et qu'il serait effroyable de n'arriver pas, ne serait-ce pas folie que de cheminer au hasard ?

 Le "Petit Guide du Pèlerin d'éternité" est établi à partir de conférences sur les fins dernières données par le Père Paissac (o.p) et des cours du professeur de dogme de Fongombault, le Révérend père Dom Chauveau. (éditions Traditions monastiques, 2009). le ciel sera si beau

 

 

"Nous portons notre Ciel en nous puisque Celui qui rassasie les glorifiés dans la lumière de la vision se donne à nous dans la foi et le mystère, c'est le Même !".

 

                                                                     ***

La variété des vocations, chez les hommes et les femmes dont il est question dans ce livre, se mêle admirablement à leur origine si diversifiée. Et l'auteur de ce «Petit Traité» a jugé bon de partir à leur recherche, les découvrant au plus épais d'une biographie endormie. Qu'ils soient nobles, bourgeois ou paysans, qu'ils s'affichent comme évêques, prêtres ou religieux et même simples baptisés, les voilà tous sensibilisés par un puissant idéal de sainteté cachée. Alors, pour chacun d'eux aussi la mort d'amour a été l'élan final, parfois imprévisible mais remarqué, avant le face à face éternel. En présence de tels témoignages, on peut constater que la mort d'amour ne reste pas le monopole d'une élite...

petit traité sur la mort d'amour

(Petit Traité de la Mort d'Amour, par "une âme carmélitaine", éditions Résiac, 1985).

 

 

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deux lettres de saint Bernard de Clairvaux à Hermengarde

Publié le par Christocentrix

Ce sont surtout les deux lettres à Hermengarde (Lettres CXVI et CXVII, rédigées vers 1135, OEuvres complètes) qui révèlent la carte et le parcours des amitiés du coeur de Bernard. Voici un extrait de la première lettre à son aimée :

« À sa très-chère fille Hermengarde, jadis comtesse illustre de Bretagne, aujourd'hui très-humble servante de Notre-Seigneur, Bernard, abbé de Clairvaux, protestations de la plus pure affection. Que ne pouvez-vous lire dans mon coeur comme dans ce papier ? Vous y verriez quel profond amour le doigt de Dieu y a gravé pour vous, et vous reconnaîtriez bien vite que ni la langue ni la plume ne sont capables de le rendre tel que Dieu a voulu qu'il fût. À l'heure qu'il est, mon coeur est auprès de vous si mon corps est absent, malheureusement ni vous ni moi ne pouvons faire que vous le voyiez; mais du moins vous avez un moyen de vous en assurer. Si vous ne pouvez le voir, vous n'avez qu'à descendre dans votre propre coeur pour y trouver le mien ; car vous ne pouvez douter que je ressens pour vous autant d'affection que vous en éprouvez vous-même pour moi, à moins que vous ne pensiez que vous m'aimez plus que je ne vous aime, et que vous n'ayez meilleure opinion de votre coeur que du mien sur le chapitre de l'affection. Mais vous êtes trop humble et trop modeste pour ne pas croire que le même Dieu qui vous porte à m'aimer et à vous conduire d'après mes conseils, m'inspire des sentiments d'affection pareils aux vôtres. Quant à moi, je ne sais pas jusqu'à quel point je suis présent à votre affection, mais ce que je sais fort bien, c'est que partout où je suis, je me sens auprès de vous par le coeur. »

 

Bernard est un moine dans sa pleine maturité, il a autour de la quarantaine. Hermengarde est une comtesse noble et puissante, devenue veuve ; elle a perdu son fils Conan III, duc de Bretagne, qui a participé à la croisade, et a renoncé à son rang social, vivant détachée des biens matériels et des liens sociaux, non loin de Clairvaux. Entre eux circulent des paroles inhabituelles dans la bouche d'un moine, et du reste déconcertantes. La lettre ne contient pas de nouvelles, de demandes, de conseils, de réflexions spirituelles, d'informations pratiques, mais des effusions affectueuses, et même amoureuses, qui peuvent choquer. Il est réconfortant de découvrir que « les expressions les plus intimes, les plus intenses, et même les plus violentes de l'expérience amoureuse n'appartiennent pas au poète de l'époque qui écrivait pour une cour, mais au poète monastique qui écrivait à Clairvaux » (J. Leclercq. Bernard de Clairvaux, Desclée, 1989.).

 

Cette lettre raffinée nous a fait parvenir des paroles qui ne visent pas un objectif d'utilité, mais à garder et cultiver l'amitié, comme un Éden.

A-t-elle un but, cette amitié, ou n'est-elle pas plutôt elle-même ce but ?

L'amitié est-elle un but ou un moyen ?

L'amitié est un paradoxe spirituel qui rapproche de Dieu en se rapprochant d'un coeur. Qui te révèle à toi-même : seul l'ami peut t'offrir une liberté totale.

Fleurs sauvages sur nos routes, miel sauvage sur nos chemins vers le Royaume « qui vient avec le fleurissement de la vie sous toutes ses formes » (G. Vannucci. Philosophe et théologien) vers le Royaume qui se fait proche quand on expérimente la polyphonie de l'existence, qui mûrit avec la plénitude de la vie.

 

Bernard provient d'une famille noble de chevaliers, dans laquelle on lisait et écrivait ce qui deviendrait la littérature courtoise.

La lettre est, dans le style littéraire de l'époque des troubadours, « une tension amoureuse », une compétition, un duel de chevaliers, dans lequel celui qui gagne est celui qui aime le plus, comme dans les Cours d'amour provençales : « Qu'au moins vous ne pensiez pas que vous m'aimiez plus que je vous aime, et que vous ne considériez pas votre coeur plus grand que le mien. »

La lettre n'a d'autre fin que de faire savoir les sentiments, de révéler toute l'affection, de parler de ce que l'on ressent et de soigner la façon dont est exprimée l'amitié, en la gardant et en la cultivant. L'amour ne peut jamais demeurer au point où il en est, il a besoin de grandir. L'amour doit être toujours en chemin, en vol, en combat.

Bernard, homme d'action et de théologie, est finalement libéré de la tyrannie d'une vie faite de buts à atteindre. Cette vie qui se mesure toujours avec des questions, qui succombe sous le poids du devoir: que dois-je faire ?, sous toute une longue série de « pourquoi » sans fin. Bernard y oppose une protestation de beauté, l'insurrection de la tendresse.

L'amitié, la présence à l'ami ou à l'amie, est une révélation de l'innocence et de l'éternelle enfance de Dieu. Cette enfance au sourire facile, au baiser facile, toujours prête au jeu. Âge charmant qui ne doit pas produire ou travailler pour se sentir exister, mais qui possède la joie ; qui ne connaît pas l'angoisse et même la torture d'avoir à poursuivre un objectif qui nous dépasse, une vie faite de buts.

L'enfance est l'innocence livrée à l'amour. L'enfance spirituelle se paie par le don de soi-même, par le miracle d'exister ensemble.

Selon l'idée qui émerge de cet écrit, tellement libre et tellement moderne, l'homme ne trouve pas sa valeur dans ce qu'il réalise ou dans son oeuvre, mais dans l'amour qu'il éprouve pour une créature. Un homme vaut ce que vaut son coeur.

La tension d'amour avec Hermengarde a pour but de rétablir la parité. L'amitié se veut réciproque : je sens pour toi la même affection que tu ressens pour moi. Le désir veut être désiré, il a « soif de la soif » (sitit sitiri) de l'autre.

Bernard a un seul doute : Hermengarde connaît-elle suffisamment l'affection qu'il a pour elle ? Dans cette « correspondance » du coeur, le moine apparaît animé du désir, jamais satisfait mais nont indécent, qu'on sache son sentiment.

Bernard est un théologien, un réformateur, mais cela ne l'empêche d'être un homme, et un homme de coeur. Sa maturité spirituelle se révèle dans la capacité à vivre son besoin d'aimer et d'être aimé, sans le nier, sachant qui il veut aimer et de qui il veut être aimé, sachant comment faire, en définissant une façon spécifique d'aimer. Maître en humanité.

 

«Vous verriez [dans mon coeur] quel profond amour le doigt de Dieu y a gravé pour vous.»

Dieu vient dans le monde en apportant une plénitude d'humanité. Chaque évènement amoureux, affirme Bernard, est décidé par le Ciel. L'amour ne se mérite pas, il s'accueille. C'est le divin qui survient et qui fait fleurir l'humain.

La maturité du grand moine n'est pas le fruit de frustrations, mais d'un surcroît, d'une surabondance. Ce n'est pas en diminuant l'humain que croît le divin. C'est exactement le contraire : plus d'humanité équivaut à plus de divinité.

Seul celui qui cherche la vie trouvera Dieu. Et seul celui qui trouve Dieu trouvera aussi la vie en plénitude. L'amitié naît comme une invitation à la vie, dans ce lieu mystérieux où la vie se célèbre avec jubilation.

L'amour n'est pas seulement un évènement humain. L'amour, et l'amour d'amitié, appelle l'éternité et interroge sur le sens de l'existence.

Seul l'amour ouvre la voie à la transcendance sur la terre. Le message de l'Absolu n'est vraiment perçu que par celui qui a un coeur prêt pour un don total, pour l'amour. Le coeur est la porte des dieux, disaient les Grecs antiques, la voie d'ouverture au mystère...

Il n'y a donc pas de contradiction ou de rivalité entre l'amour humain et l'Amour divin. La plénitude de l'amour ne comporte pas d'exclusivité.

Voici le commandement : tu aimeras le Ciel avec tout son contenu, mais, en même temps, tu aimeras ton époux ou ton épouse, ton fils ou ton père, et aussi ton ami(e), de tout ton coeur.

La vie monastique, au fond, est une histoire d'amour vécue avec un Dieu dont tu ne vois pas le visage et que, souvent, tu ne sens même pas.

Toutefois, les chercheurs de Dieu ne sont pas des analphabètes sentimentaux ! Leur histoire ne peut et ne doit pas être lue seulement avec un regard superficiel et distrait, comme un événement uniquement spirituel ou uniquement humain : c'est l'histoire d'un coeur de chair à qui Dieu fait une proposition impensable.

 

« Mon coeur est auprès de vous si mon corps est absent. Si vous ne pouvez le voir, vous n'avez qu'à descendre dans votre propre coeur pour y trouver le mien. »

L'ami dit à l'amie : « Mon coeur est à la maison quand il est proche du tien. »

Peut-être que le fait de vivre dans la vérité n'est rien d'autre qu'un pèlerinage à la recherche du lieu du coeur. Celui qui est solitaire finit par tomber malade ; celui qui est isolé finit par mourir. Un grand religieux et poète aimait à dire : « Ma vraie communauté est dans le coeur de mes amis. » (D.M. Montagna). 

Toutefois, il n'y a de véritable amitié que lorsque la distance est conservée et respectée.

« Les dieux meurent de trop de proximité » disait Roger Caillois (1913-1978 ; écrivain, sociologue et critique littéraire français) ; les amours meurent de trop de proximité. L'amour meurt de possession. La chasteté, inversement, consiste à aimer sans posséder. L'âme est nue.

« Je sais que tu pleures car tu ne peux plus me voir. Ne te désespère pas, le fait que tu pleures est absolument normal. Une âme nue peut devant une autre âme nue vivre la même émotion, la même intensité produite du fait de se regarder dans les yeux et de se voir dans le visage. » (Jean Chrysostome, Père de l'Église, archevêque de Constantinople, à sa fille spirituelle Olympia, 361-408, qui mourut en exil, victime de sa fidélité à l'amitié.)

L'âme en sa nudité crée des relations qui touchent l'autre en profondeur et génèrent une rencontre authentique, car elle ne veut ni séduire ni conquérir. La pensée nue, le souvenir nu, l'âme nue font sentir la morsure de la tristesse même au moine, tellement semblable à celui de l'amour d'éloignement, l'amor de longh de toutes les littératures. L'absence inspire alors une attente plus ardente.

 

Voici maintenant l'essentiel de la seconde lettre à Hermengarde : 

 

« Mon coeur est au comble de la joie quand j'apprends que le vôtre est en paix ; votre satisfaction fait la mienne, et quand votre âme est bien-portante, la mienne se sent pleine depolyphonie-des-coeurs.jpg santé. Votre joie ne vient ni de la chair ni du sang, puisque, non contente de renoncer aux grandeurs pour vivre dans l'humilité, à l'éclat de la naissance pour mener une existence obscure et cachée, aux richesses pour embrasser la pauvreté, vous vous privez encore de la consolation de vivre dans votre patrie, auprès de votre frère et de votre fils; On ne peut donc douter que cette sérénité d'âme ne soit l'oeuvre du Saint-Esprit. Il y a bien longtemps déjà que la crainte de Dieu vous a fait concevoir le dessein de travailler à votre salut ; vous l'avez enfin mis à exécution, et maintenant la crainte a cédé la place à l'amour de Dieu dans votre âme. Quel plaisir n'aurais-je pas à m'entretenir de vive voix avec vous sur ce sujet au lieu de ne le faire que par lettre ! En vérité j'en veux quelquefois à mes occupations qui m'empêchent de vous aller voir; je suis si heureux quand elles me permettent de le faire ! II est vrai que cela n'arrive pas souvent; mais si rarement que ce soit, je n'en éprouve que plus de bonheur à le faire ; car j'aime mieux ne vous voir que de temps en temps, que de ne pas vous voir du tout. J'espère vous faire bientôt une visite ; j'en éprouve d'avance le plus grand bonheur. »

La dernière phrase du billet est réaliste. Bernard est parti en voyage, il est in transitu - de passage - et il espère faire un détour pour pouvoir rejoindre Hermengarde au plus tôt.

La dominante dans cette lettre est le thème du plaisir qui naît de la relation amicale : l'amitié apparaît comme la possibilité d'accomplir le commandement de l'amour dans la joie. Une femme amie est la réserve de la joie du moine !

Chacun de nous est certain que par le mot amitié, on entend une relation qui donne de la joie. L'amour et l'éros inspirent de grandes douleurs et causent même des tragédies ; l'amour trahi est destructeur ; l'amour non partagé produit des doutes. Mais être dans la joie est la caractéristique plus discrète et sûre que l'on expérimente dans l'amitié.

« L'amitié parcourt la terre en dansant, nous apportant à tous l'appel à nous réveiller et à nous dire l'un à l'autre : heureux ! » (Épicure). « Ta joie engendre la mienne »: tout être humain a un don propre, unique, irréductible : l'espace de sa joie. La joie la plus belle est celle qui s'écoule de toi et que tu retrouves, multipliée, sur le visage d'un autre, plus encore sur le visage d'un ami.

 

Une expression heureuse de Bernard nous donne presque une représentation visuelle et auditive de la rencontre : « L'explosion de votre joie donne la santé à mon âme. »

Le rire d'Hermengarde donne santé, bien-être, et guérit l'âme de Bernard. Chevalier et moine, abbé et poète qui écoute le rire d'une femme, il l'accueille et dans ce rire se trouve une médecine de vie, la santé pour son âme, un bienfait pour son être entier, touché par la joie, contaminé par ce sourire. La femme à son tour retrouve le rire de l'univers, comme le dira Dante, et le retrouve dans le sentiment amoureux.

Il ne peut y avoir de santé de l'âme humaine ni de joie possible si l'on nie les sentiments, si l'on en rejette l'expression, si l'on nie que c'est le doigt de Dieu qui les y a fait naître telle une loi gravée dans le coeur comme sur les tables de pierre pour une alliance joyeuse entre les créatures.

L'amie est décrite par Bernard comme une eau de jouvence pour l'âme, comme une source de vie qui chemine avec lui ! C'était cela, le rêve de Dieu, le premier nom d'Ève : la vivante.

L'amitié distille entre eux deux une thérapie de la vie, qui produit une bonne santé spirituelle et redonne le goût de vivre.

À l'instar des moments-clés de l'expérience humaine, l'amitié est un point d'arrivée dans le champ de maturité et de santé de l'âme.

 

«J'espère vous faire bientôt une visite; j'en éprouve d'avance le plus grand bonheur. »

L'expérience commune est que, dans l'attente, sont déjà contenues une joie anticipée, une prophétie joyeuse. Elle est heureusement exprimée par Antoine de Saint-Exupéry dans le Petit Prince : « Si tu viens à quatre heures de l'après-midi, dès trois heures je commencerai d'être heureux. »

Bernard pense peut-être à une adaptation du trajet, à quelque détour ou à un prolongement de son itinéraire, de manière à inclure la rencontre avec son amie : c'est ainsi que les rites de l'amitié pourront trouver l'espace et le temps pour leur liturgie joyeuse.

L'amitié trace une carte secrète du monde. Elle change, avec elle, l'épicentre des désirs et la géographie agitée du coeur.

L'élément de base est la dialectique entre l'absence et la présence (« Il est vrai qu'il ne m'arrive pas souvent de vous voir »), mais cette rareté des rencontres apporte l'assurance que l'amitié ne demande pas la consommation du désir. L'absence devient une plus ardente présence. Le désir est déjà la forme présente de l'amour.

Être avec l'ami est une expérience qui seule peut racheter les jours sombres, peut faire oublier des heures vides d'amour. «Jésus en choisit douze pour rester avec lui » (Mc 3,14) puis, dans un second temps, après avoir fait l'expérience de vivre ensemble à la maison, après la construction d'un lien qui est la vérité de l'homme, il les envoie prêcher. Mais deux par deux. Sans rien, mais non sans ami. Un bâton pour vous appuyer dans la fatigue, un ami pour vous appuyer le coeur.

Chez Bernard, moine et père des moines, la formation spirituelle de la sphère affective conduit à ce que l'affectif soit reconnu et non réprimé ; qu'il soit élevé, ramené à Dieu, cantus firmus, mais, en même temps, qu'il soit célébré dans toute son énergie et dans toute sa joie.

Bernard nous fait entrevoir la possibilité d'un amour qui, soit entre les personnes, soit avec Dieu, ne connaisse de limites d'aucune part.

C'est le coeur au pluriel du moine, sa « flamme avec beaucoup d'âme ».

Une des affirmations de Bernard : Ego humanum non nego (« Je ne renie pas ce qui est humain ») nous montre combien nous avons à nous libérer de la culpabilité quand naît une affection particulière. Au contraire, le moine sait qu'en cheminant à travers l'humain, il trouvera Dieu. Il sait bien que nos relations sont l'invention grâce à laquelle Dieu nous aime et nous enseigne l'amour.

 

extrait de "la polyphonie des coeurs" par Ermes RONCHI. Editions des Béatitudes, 2009.

 

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solitaires ensemble

Publié le par Christocentrix

"L'amitié comme l'amour, rassemble deux solitudes qui s'aiment et se protègent". (Rainer Maria Rilke)

 

 

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André Fraigneau sur la sexualité

Publié le par Christocentrix

"...  « Dévorer de baisers » était encore une inflation ver­bale. Car les amants ou les maîtresses les plus ardents ne font que mimer une anthropophagie peut-être complète autrefois, aux temps préhistoriques. Donc un monsieur ou une dame naïfs, qui se croient en proie aux « fureurs de l'amour » s'amusent, jouent un jeu comme les enfants jouant à la catastrophe de chemin de fer, à la corrida, etc., c'est-à-dire que sans risque, et par conséquent sans gra­vité, sans sérieux, mais avec toute l'ardeur de l'enfance en récréation ils agissent pour la plus grande satisfaction de leurs glandes. Cela n'enlève rien au plaisir du frotti-­frotta, mais m'empêche à jamais de croire que je prends quelqu'un (homme ou femme), que je suis pris, que je pos­sède (« être possédé » au sens érotique m'étant défendu par ma structure), ne pouvant sans ridicule imaginer que s'avancer de quelques centimètres (et pour un temps bien limité) dans la peau de quelqu'un puisse signifier la possession, l'envahissement, la propriété, etc., autrement que par image, c'est-à-dire par jeu.

Donc, pas de blagues, ou plutôt rien que blague en matière d'érotisme. J'adore la blague, le jeu, mais pour l'amour du Ciel, pas de sérieux, pas d'engagement de vie ou de mort dans un exercice que mieux que personne j'incline à trouver et à déclarer charmant.

 

Mieux que personne. Voici poindre la fatuité commune à tout individu, mâle ou femelle de la catégorie humaine. Il n'est pas de fieffé maladroit qui ne se juge irrésistible ou irrésistiblement sensible à l'amour physique. (Et ceux qui s'en détournent ou en blasphèment sont des hypo­crites ou des déçus, donc les pires avides.) Sans doute, j'ai porté le feu à quelques corps. Qui peut dire qu'il ne l'a jamais fait, fût-ce au sien ? Sans doute, ai-je aidé quelques organismes à s'épanouir et ce furent ces « autres » qui m'en ont sacré le démiurge. (Alors que n'importe qui, au moment critique m'eût remplacé.) L'agaçant pour l'orgueil, c'est qu'il faille être deux pour provoquer l'étin­celle. En art, on est seul. C'est pourquoi jamais l'amour physique ne saurait sans mensonge, satisfaire un artiste valable au degré qu'il atteint en créant une oeuvre. L'ona­niste (dont il n'est pas question de sous-estimer l'inten­sité et la grandeur) ne saurait créer son autrui complé­mentaire avec la puissance effective d'un artiste.

L'art est un jeu, une blague exquise. Mais l'âme s'y engage, comme la voix ou le son des instruments s'englue  dans la cire d'un disque et y laisse sa trace. Je jure qu'aucune âme n'a jamais laissé sur un corps qui se livre et se lave après avoir joui, une trace. Malgré lui, l'artiste a laissé un peu de son âme ou de son esprit dès la moindre de ses créations et ce peu est contrôlable par tous. Quand un homme ou une femme nous déclarent: « L'étreinte de X. m'a laissé une empreinte ineffaçable », demandez à voir. Car en dehors du bla-bla, il n'y a rien. Même pas le hoquet que peut laisser un abus d'alcool ou de nourri­ture. Même pas le sillage d'un parfum.

Cela dit - n'a été dit que pour nous séparer catégori­quement des immoralistes moroses ou de ces entrepre­neurs de destruction qui voudraient remplacer tous les jeux de l'être (comme on dit les jeux de l'orgue) par un seul et nous faire prendre toutes les belles lanternes allu­mées par les millénaires civilisés pour une seule paire de tétons ou une seule paire de couilles. J'ai l'impression que ceux et celles qui inclineraient à cette simplification sensorielle n'en ont pas vu beaucoup (de tétons ou de couilles). J'en ai vu un certain nombre. Je suis content du fonctionnement des miennes (de couilles) et il ne me viendrait pas à l'idée de leur sacrifier une pierre de l'Acropole, une note de musique, un vin de bon cru, un regard au ciel.

D'ailleurs, parmi les plus aveuglés par la chair, qui ose­rait soutenir que les parties d'un corps qui les excitent, les exciteraient sans une certaine idée qu'ils se font à l'avance de leur usage ? Cette imagination, ce n'est déjà plus de l'instinct et c'est déjà un détour artistique. Alors, pourquoi pas l'art où qu'il nous mène, fût-ce à la plus désintéressée des contemplations ?

D'ailleurs méfions-nous. Un « obsédé du nichon ou du déduit », c'est un technicien qui redoute de manquer de moyens en dehors de sa spécialité. Cette peur est tou­jours une carence. Cette carence apparaîtra même dans l'exercice de son activité préférée. Ils peuvent duper ceux ou celles dont les sens acceptent, subissent les propa­gandes. Un organisme sans préjugés enregistrera leur médiocrité de manoeuvres acharnés à une seule besogne.

Et nous voici au chapitre important des ouvriers spé­cialisés. Je sais bien que dans le domaine du sexe, il est difficile de pas être orienté malgré soi. Mais que l'on fasse de cette difficulté une vertu, un choix, que l'on s'enor­gueillisse de n'aimer que le sexe opposé (ou le sien) me gêne comme un aveu d'impuissance, aveu qui ne serait pas modeste, mais absurdement orgueilleux. Si vous n'aimez pas autre chose, n'en dégoûtez pas ceux qui sont capables de prendre leur plaisir partout.

Les gens du peuple, les organismes les plus sains et les plus simples ne s'en embarrassent pas. Mais ils n'en par­lent pas, n'en écrivent pas. N'aiment pas que l'on en parle. Comme les êtres vraiment libres, ils ne revendiquent rien et s'arrangent avec les lois de la société. Ils ont raison. Le caprice des sens s'exerce dans le loisir, au-delà de toute loi.

Pour les autres, qui font les lois ou voudraient en faire, ils veulent surtout que l'on ne jouisse pas plus qu'eux. Les pissotières gênent la gymnastique d'alcôve de ceux qui demandent à leurs femmes les pires complaisances. Le jour où ce genre d'édicule sera mixte, ils en multiplie­ront les exemplaires. Mais les spécialistes qui s'en détour­neront alors seront punis pour n'y plus entrer.

Tant pis d'ailleurs pour ces derniers. Ils n'ont qu'à élargir leur terrain de chasse. Au côté partial si agaçant de la majorité, pourquoi opposer un côté « réservé »? Nous n'y pouvons rien, répondront la plupart. Nous sommes ainsi faits. C'est le même aveu de carence que je signalais pour leurs empêcheurs. Au départ l'homme n'était pas fait pour voler, pour naviguer, pour construire un feu.

On me dira: « Vous rêvez donc d'une partouze générale ? » Pas le moins du monde. Mais alors ne parlez pas d'érotisme. Ne vous vantez pas à longueur de jours de vos prouesses de lit. Sinon, j'ai le droit de vous jauger, de vous regarder des pieds à la tête, de vous estimer à ce cri­tère et de vous accorder, ou non, un satisfecit. Merveil­leuses, innombrables possibilités de l'être humain s'il ne laisse aucune parcelle endormie ! Animal métaphysique (ce qu'il néglige et qui est le plus grave de ses refus) mais animal physique plus ingénieux que le coq trop bref ou le crapaud interminable !

L'homme peut être chêne ou roseau et choisir de l'être. La femme fleur ou fruit par nature c'est une gerbe de roses, un pommier épanoui mais capable de se servir à, son gré de tant de charmes avarement distribués aux autres règnes de la création et condamnés à l'isolement d'une seule espèce. Vous voyez bien que l'imagination fait presque tout dans l'érotisme. Mais alors, travaillons au plus grand développement de nos capacités physiques comme on soutient par des tuteurs, des claies, des espa­liers les branches et les tiges les plus riches en corolles ou en fruits . « Le bonheur, disait Bonaparte, c'est le plus complet développement de nos facultés. » Je parlerai donc, une fois de plus ici, du bonheur. Et de même que j'ai contri­bué dans d'autres livres à le rechercher par l'aventure, le voyage, les climats ou bien par le développement méta­physique, je me limiterai ici aux propriétés amoureuses du corps.

« Espaces sacrés de l'Orient ! » s'exclame Barrès je ne sais plus où. Qu'avec brusquerie l'objet de mon désir d'un soir pourchassé et conquis arrache son dernier linge. J'éprouve la stupeur éblouie de Christophe Colomb décou­vrant une plage imprévisible qui surgit, se déploie et s'élance au-devant de mon vaisseau découragé.

Un tel frémissement est si complexe que j'admets la naissance de tous les fétichismes dont il paraît le résultat. Certains le croiront lié de façon indissoluble au lieu, à l'heure, au sexe, à la catégorie sociale qui ont entouré son irruption comme autant de fées bonnes ou mauvaises. La paresse vient vite aux voluptueux. Et leur « ce que j'aime, c'est que l'on se déshabille dans une chambre d'hôtel borgne ou en plein soleil dans les bois, à minuit ou à midi ; ce qui m'excite c'est que ce soit la bonne de l'auberge, le rôdeur de Pigalle, le compagnon de cordée, la nageuse sur le sable, la vamp sur ses fourrures, etc. », cela ne veut jamais rien signifier d'autre que : « J'ai eu cet éclair de chair, une fois, et je suis trop paresseux pour découvrir une autre Amérique. ». Un maniaque : c'est quelqu'un qui croit parce qu'il a gagné sur un numéro que la fortune est fidèle à ce numéro seul et même qu'elle est fidèle tout court.

Le merveilleux n'est pas là. Le merveilleux, c'est que l'apparition d'un certain espace de peau provoque l'éblouissement et l'intérêt direct de notre sexe. Nous nous occuperons plus tard des éblouissements habillés..."

André Fraigneau (1935) extrait de "Papiers oubliés dans l'habit". Carnets, 1922-1949.

 

 

 

 

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l'Amitié dans la Bible

Publié le par Christocentrix

L'amitié est un sentiment particulier qui transcende l'affection que nous avons pour quelqu'un. C'est plus que la sympathie, la camaraderie, l'affinité ... L'amitié génère l'échange, les confidences, un partage des projets, des espoirs, des joies, des peines…

Etre ami avec quelqu'un, c'est vivre dans son intimité, en confident privilégié comme l'écrit le psalmiste, attristé de la défection d'un de ses amis : C’est toi, que j’estimais mon égal, Toi, mon confident et mon ami! Ensemble nous vivions dans une douce intimité. Psaumes 55:13. (Une autre version dit : "toi, mon ami et mon intime, avec qui j’échangeais des confidences").

 

Dans la Bible, le mot hébreu désignant l'amitié est "rea" qui signifie "ami, compagnon". On le retrouve souvent pour désigner les relations d'amitié entre deux personnes. L'amitié est en fait un des éléments de la faculté qu'à l'être humain d'aimer sous des formes différentes, selon la signification de trois mots grecs définissant "l'amour".

 

Le premier : "Agapê" et "agapaô", peu utilisés dans le grec profane, se rapportent davantage à la sphère spirituelle et morale, "agapê" dépend plus de la volonté que du sentiment. Il exprime l'essence de l'amour très pur, un sentiment élevé, que l'on peut représenter par l'amour d'une mère pour son enfant. Il caractérise en particulier l’amour de Dieu, parfait, inimitable.

La seconde expression du grec : Philia ou phileô, se dit pour un sentiment d’amitié très fort. "philos", employé surtout comme adjectif, signifie aimé, cher, amical. Un sentiment qui se situe au niveau de l'affectif humain, de l'âme.

 Un exemple de la Bible l'illustre très bien, en parlant de l'amitié qui a lié David et Jonathan : David avait achevé de parler à Saül. Et dès lors l’âme de Jonathan fut attachée à l’âme de David, et Jonathan l’aima comme son âme (1 Samuel 18:1-3). Il est clair que ces deux hommes étaient liés d'un profonde et sincère affection, leur âme était attachée l'une à l'autre, par un sentiment pur. A ce niveau l'amitié est assez rare, et d'autant plus précieuse.

A la mort de son ami, David le pleurant dit (2 Samuel 1:26) : L'angoisse m'accable à cause de toi, Jonathan mon frêre. Tu faisais tous mes délices, ton amour m'était plus précieux que l'amour des femmes. (Bible Crampon). D'autres traductions proposent : J'ai le coeur serré à cause de toi, mon frêre Jonathan, tu m'étais délicieusement cher, ton amitié m'était plus merveilleuse que l'amour des femmes (Bible de Jérusalem). Je suis dans la douleur à cause de toi, Jonathan, mon frère! Tu faisais tout mes plaisirs; Ton amour pour moi était admirable, au-dessus de l’amour des femmes (Bible Segond).

 

L'histoire du monde recèle de nombreux exemples de ces amitiés sublimes, d'hommes et de femmes, allant parfois jusqu'au sacrifice de leur vie pour sauver l'ami(e). L'amitié est donc un sentiment très fort et profond qui font que deux personnes s'attachent l'une à l'autre par un lien de solide affection.

Un ami, c'est plus qu'un copain, plus qu'un camarade, plus qu'un partenaire, parfois plus qu'un frère, comme le dit l'auteur du livre des Proverbes, en distinguant le véritable ami, des "amis" intéressés. Celui qui a beaucoup d’amis les a pour son malheur, Mais il est tel ami plus attaché qu’un frère (Proverbes 18:24). Le caractère d'un véritable ami se définit par son attachement indéfectible : L’ami aime en tout temps, Et dans le malheur il se montre un frère. (Proverbes 17:17). L'ami(e) véritable est entièrement désintéressé, il tend le coeur vers l'autre pour donner.

C'est en cela qu'il peut se transcender jusqu'à l'amour "agapé", l'amour qui va jusqu'à donner sa vie pour ceux qu'il aime. Le plus grand amour que quelqu’un puisse montrer, c’est de donner sa vie pour ses amis (Jean 15:13).

Il est évident qu'un tel sentiment d'amitié est dénué de tout arrière-pensée. Celui qui aime est patient et bon, il n’est pas envieux, ne se vante pas et n’est pas prétentieux ; Celui qui aime ne fait rien de honteux, n’est pas égoïste, ne s’irrite pas et n’éprouve pas de rancune ; Celui qui aime ne se réjouit pas du mal, il se réjouit de la vérité. Celui qui aime supporte tout et garde en toute circonstance la foi, l’espérance et la patience. L’amour est éternel (1 Corinthiens 13.4 à 8).

L'amitié est fragile et bien des choses peuvent l'affaiblir et parfois le détruire. C'est pour cela que nous devons en prendre soin et veiller à ce que la routine, les difficultés de la vie, l'usure du temps et souvent la méchanceté des jaloux, ne viennent diminuer ou tuer l'affection. De nombreux préjugés empêchent souvent de vivre une belle histoire d'amitié librement et au grand jour, tant les comportements d'amis(es) entre eux ou elles, engendrent la suspicion, surtout de nos jours où la plupart des gens ne peuvent s'empêcher de penser à mal. La Bible tire ses références du milieu des humains que nous sommes, avec leurs qualités, leur générosité, leur courage, mais aussi leurs faiblesses, leur lâcheté parfois, leurs reniements et même leurs trahisons. Le Seigneur, s’étant retourné, regarda Pierre. Et Pierre se souvint de la parole que le Seigneur lui avait dite: Avant que le coq chante aujourd’hui, tu me renieras trois fois. Et étant sorti, il pleura amèrement (Luc 22.61).

Dans sa bonté, le Maître a donné à son ami l'occasion de refaire le chemin inverse et de revenir avec des paroles combien poignantes : Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t’aime. Après qu’ils eurent mangé, Jésus dit à Simon Pierre: Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu plus que ne m’aiment ceux-ci? Il lui répondit: Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit: Pais mes agneaux. Il lui dit une seconde fois: Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu? Pierre lui répondit: Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit: Pais mes brebis. Il lui dit pour la troisième fois: Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu? Pierre fut attristé de ce qu’il lui avait dit pour la troisième fois: M’aimes-tu? Et il lui répondit: Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t’aime (Jean 21).

 

L'amitié n'est pas toujours exprimable par des mots, cependant un véritable sentiment d'affection se traduit par des comportements et des attitudes. L'amitié se démontre donc par sa nature même.

- Elle fait confiance et génère des confidences intimes qui ne se se disent qu'entre vrais amis.

- Elle est sûre et discrète, elle garde les secrets.

- Elle est miséricordieuse pour absoudre les fautes et comprendre les faiblesses de l'ami.

- Elle est vrai, car elle sait reprendre lorsque c'est nécessaire.

- Elle est patiente et persévérante, les défauts de l'ami ne la rebutent pas.

- Elle est pure, sans arrières pensées, ni mauvais sentiments cachés.

- Elle est forte, elle résiste aux rumeurs, aux on-dit et aux médisances.

- Enfin elle est fidèle, elle demeure, en dépit de tout. Celui qui souffre a droit à la compassion de son ami, Même quand il abandonnerait la crainte du Tout-Puissant. (Job 6:14).

 

 

 

Cette réflexion serait incomplète si elle passait sous silence un aspect spirituel de l'amitié que nous avons du mal à concevoir : l'amitié avec Dieu.

La Bible parle de ces personnes qui ont eu avec l'Etre suprême, le Créateur, appelé encore l'Eternel, une relation d'intimité particulière. Il est dit de Moïse que Dieu s'entretenait avec lui en particulier, en tête à tête, comme un ami. L’Eternel parlait avec Moïse face à face, comme un homme parle à son ami (Exode 33:11). Moïse avait chaque jour rendez vous avec l'Eternel en un lieu bien précis, en dehors de l'agitation du camp des Israélites, dans lequel il mettait un temps à part pour s'entretenir avec Son Ami Divin ! Et lorsque Moïse était entré dans la tente, la colonne de nuée descendait et s’arrêtait à l’entrée de la tente, et l’Eternel parlait avec Moïse (Exode 33:9). Lorsque Moïse entrait dans la tente d’assignation pour parler avec l’Eternel, il entendait la voix qui lui parlait du haut du propitiatoire placé sur l’arche du témoignage, entre les deux chérubins. Et il parlait avec l’Eternel. (Nombres 7:89). Pouvons nous imaginer cette scène : L'homme Moïse debout devant l'arche d'alliance, ce coffre en bois recouvert d'or, surmonté de deux chérubins en or, du milieu desquels une voix audible se fait entendre, la voix de Dieu ! Cela peut nous paraitre surréaliste, mais il y avait bien là, dans le lieu très saint du tabernacle, un entretien réel entre Dieu et son serviteur. l'Un invisible mais vraiment présent et l'autre, un homme dans toute sa simplicité, ses limites naturelles, conversant avec l'Etre invisible !

Abraham fut appelé "ami de Dieu" à cause de la grande confiance qu'il a placé en Lui. Il avait avec l'Eternel des rendez vous ponctuels au cours desquels, les deux amis s'entretenaient des desseins divins pour son ami et au delà de lui, pour un peuple que le Seigneur formerait lui-même à partir du fils de son ami : Isaac, le fils d'une promesse... Abraham a réalisé le but final de la foi : être ami avec Dieu. En cela il est un exemple et un précurseur pour les croyants à venir après lui. Il a placé en Dieu toute sa confiance et c'est pour cette raison et seulement cela, non à cause de quelque oeuvre méritoire, mais par sa confiance, sa foi, que Dieu en a fait son ami.

 

L'exemple nous est ainsi donné que nous pouvons considérer Dieu autrement que comme un être inaccessible et sévère, qui inspire la peur. Au contraire; ceux qui apprennent à connaître le Dieu véritable établissent avec Lui une relation de grande confiance et d'amour vrai, parce qu'ils ont découvert en Lui, un être bon, miséricordieux, aimant, et même tendre et compatissant, qui désire être notre ami.

Avant de les quitter pour offrir sa vie en sacrifice sur la croix, le Seigneur confie à ses disciples qu'ils peuvent être ses amis : "Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître; mais je vous ai appelés amis, parce que tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l'ai fait connaître " (Jean 15: 14, 15) : Jésus souligne ici le fait que le suivre c'est aimer être en sa compagnie, écouter et respecter ses instructions et entrer dans le partage des choses qu'il confie aux siens.

C'est une chose merveilleuse et ineffable que d'être dans une relation d'amitié avec le Seigneur Jésus-Christ. Vivre une relation d'ami avec Jésus, devrait être la recherche de tous ceux qui disent croire en LUI… Mais cette amitié là ne ne peut être que le résultat d'un approfondissement de la connaissance de Celui que nous appelons déjà : Sauveur, Maître, Seigneur, Dieu, le Seigneur Jésus-Christ. Nous devenons l'ami de Jésus, lorsque notre âme s'attache profondément à Lui, qui nous a tant aimés. L'amitié avec le Seigneur Jésus-Christ est caractérisée par une attitude de respect et d'obéissance : Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande (Jean 15:14).

Nous trouvons dans les Evangiles des exemples qui montrent que Jésus aimait s'entourer d'amis, des personnes très proches avec qui il entretenait une relation privilégiée. On peut citer les apôtres Pierre, Jacques et Jean, ce dernier en particulier dont il est dit qu'il était "le disciple que Jésus aimait", expression citée à plusieurs reprises dans les Evangiles.  L’un des disciples, celui que Jésus aimait, était placé à côté de Jésus (Jean 13:23).

Il y avait aussi une femme, Marie de Magdala, qui avait avec Jésus une relation très affectueuse. Elle l'appelait tendrement "Rabbouni" c'est à dire doux Maître, C'est à elle qu'Il se montrera en premier après sa résurrection.
Jésus aimait aussi se retrouver dans une famille avec laquelle il avait un lien très fort d'amitié, comme le révèle la citation de l'apôtre Jean : "Jésus aimait Marthe, et sa soeur, et Lazare" (Jean 11:5).

Des femmes, comme Marie de Magdala et Marie la soeur de Lazare, étaient capables d'exprimer leur amour pour Jésus par des gestes émouvants et il leur en rendait hommage : Marie, ayant pris une livre d’un parfum de nard pur de grand prix, oignit les pieds de Jésus, et elle lui essuya les pieds avec ses cheveux; et la maison fut remplie de l’odeur du parfum (Jean 12:3). Comme Jésus était à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux, une femme s’approcha de lui, tenant un vase d’albâtre plein d'un parfum de grand prix; et, pendant qu’il était à table, elle répandit le parfum sur sa tête. (Matthieu 26 : 6,7).

 

 

Cette amitié avec Dieu ou avec Jésus-Christ est aussi possible pour nous. Nous devons remarquer que c'est Dieu qui vient vers ceux qu'il visite, même si parfois il y a de leur part la recherche de sa présence et l'attente de sa manifestation. L'amitié entre Dieu et les humains que nous sommes, est premièrement une question d'intimité, de la qualité de notre communion avec Lui et du désir de notre coeur, mais elle est surtout le produit de sa miséricorde et de sa grâce en Jésus-Christ. L’amour de Dieu a été manifesté envers nous en ce que Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui. Et cet amour consiste, non point en ce que nous avons aimé Dieu, mais en ce qu’il nous a aimés et a envoyé son Fils comme victime expiatoire pour nos péchés (1ère Ep. Jean 3 : 9,10).
Etre ami de Jésus implique aussi que nous soyons attentifs et dociles à sa Parole, comme lui même le précise: Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître; mais je vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai appris de mon Père. Jean 15.14.  Le Seigneur révèle son désir de vivre avec nous cette relation d'intime amitié, lorsqu'il dit : Voici, je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi (Apocalypse 3 :20). Qu'il y a t-il de plus intime que de souper en tête à tête avec la personne que l'on aime ? C'est l'image même d'une réelle et profonde amitié.

 

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l'Amitié divine

Publié le par Christocentrix

de l'amitié familière de Jésus-Christ.

 

Que ta présence, ô dieu, donne à nos actions

sous tes ordres sacrés une vigueur docile !

Que tout va bien alors ! Que tout semble facile

à la sainte chaleur de nos intentions !

Mais quand tu disparois et que ta main puissante

avec nos bons desirs n'entre plus au combat,

oh ! Que cette vigueur est soudain languissante !

Qu'aisément elle s'épouvante,

et qu'un foible ennemi l'abat !

Les consolations des sens irrésolus

tiennent le coeur en trouble et l' âme embarrassée,

si Jésus-Christ ne parle au fond de la pensée

ce langage secret qu'entendent ses élus ;

mais dans nos plus grands maux, à sa moindre parole,

l'âme prend le dessus de notre infirmité,

et le coeur, mieux instruit en cette haute école,

garde un calme qui nous console de toute leur indignité....

 

...Qu'heureux est ce moment où ce dieu de nos coeurs

d'un profond déplaisir les élève à la joie !

Qu'heureux est ce moment où sa bonté déploie

sur un gros d'amertume un peu de ses douceurs !

Sans lui ton âme aride à mille maux t'expose,

tu n'es que dureté, qu'impuissance, qu'ennui ;

et vraiment fol est l'homme alors qu'il se propose

le vain desir de quelque chose

qu'il faille chercher hors de lui.

Sais-tu ce que tu perds en son éloignement ?

Tu perds une présence en vrais biens si féconde,

qu'après avoir perdu tous les sceptres du monde,

tu perdrois encor plus à la perdre un moment.

Vois bien ce qu'est ce monde, et te figure stable

le plus pompeux éclat qui jamais t'y surprit :

que te peut-il donner qui soit considérable,

si les présents dont il t'accable

te séparent de Jésus-Christ ?

Sa présence est pour nous un charmant paradis,

c'est un cruel enfer pour nous que son absence,

et c'est elle qui fait la plus haute distance

du sort des bienheureux à celui des maudits :

si tu peux dans sa vue en tous lieux te conduire,

tu te mets en état de triompher de tout ;

tu n'as plus d'ennemis assez forts pour te nuire,

et s'ils pensent à te détruire,

ils n'en sauroient venir à bout.

Qui trouve Jésus-Christ trouve un rare trésor,

il trouve un bien plus grand que le plus grand empire :

qui le perd, perd beaucoup ; et j'ose le redire,

s'il perdoit tout un monde, il perdroit moins encor.

Qui le laisse échapper par quelque négligence,

regorgeât-il de biens, il est pauvre en effet ;

et qui peut avec lui vivre en intelligence,

fût-il noyé dans l' indigence,

il est et riche et satisfait.

Oh ! Que c'est un grand art que de savoir unir

par un saint entretien Jésus à sa foiblesse !

Oh ! Qu'on a de prudence alors qu'on a l'adresse,

quand il entre au dedans, de l'y bien retenir !

Pour l'attirer chez toi, rends ton âme humble et pure ;

sois paisible et dévot, pour l'y voir arrêté ;

sa demeure avec nous au zèle se mesure,

et la dévotion assure

ce que gagne l' humilité.

Mais parmi les douceurs qu'on goûte à l'embrasser

il ne faut qu'un moment pour nous ravir sa grâce :

pencher vers ces faux biens que le dehors entasse,

c'est de ton propre coeur toi-même le chasser.

Que si tu perds l'appui de sa main redoutable,

où pourra dans tes maux ton âme avoir recours ?

Où prendra-t-elle ailleurs un appui véritable,

et qui sera l'ami capable de te prêter quelque secours ?

Aime : pour vivre heureux il te faut vivre aimé,

il te faut des amis qui soient dignes de l'être ;

mais si par-dessus eux tu n'aimes ce grand maître,

ton coeur d'un long ennui se verra consumé.

Crois-en ou ta raison ou ton expérience :

toutes deux te diront qu' il n'est point d'autre bien,

et que c'est au chagrin livrer ta conscience

que prendre joie ou confiance

sur un autre amour que le sien.

Tu dois plutôt choisir d'attirer sur tes bras

l'orgueil de tout un monde animé de colère,

que d'offenser Jésus, que d'oser lui déplaire,

que de vivre un moment et ne le chérir pas.

Donne-lui tout ton coeur et toutes tes tendresses ;

et ne souffrant chez toi personne en même rang,

réponds en quelque sorte à ces pleines largesses

qui pour acheter tes caresses

lui firent donner tout son sang.

Que tous s'entr'aiment donc à cause de Jésus,

pour n'aimer que Jésus à cause de lui-même ;

rendons cette justice à sa bonté suprême,

qui sur tous les amis lui donne le dessus.

En lui seul, pour lui seul, tous ceux qu'il a fait naître,

tant ennemis qu'amis, il les faut tous aimer,

et demander pour tous à l'auteur de leur être

et la grâce de le connoître

et l'heur de s'en laisser charmer.

Ne désire d'amour ni d'estime pour toi

qui passant le commun te sépare du reste :

c'est un droit qui n'est dû qu'à la grandeur céleste

d'un dieu qui là-haut même est seul égal à soi.

Ne souhaite régner dans le coeur de personne ;

ne fais régner non plus personne dans le tien ;

mais qu'au seul Jésus-Christ tout ce coeur s'abandonne,

que Jésus-Christ seul en ordonne

comme chez tous les gens de bien.

Tire-toi d'esclavage, et sache te purger

de ces vains embarras que font les créatures ;

saches en effacer jusqu'aux moindres teintures,

romps jusqu'aux moindres noeuds qui puissent t'engager.

Dans ce détachement tu trouveras des ailes

qui porteront ton coeur jusqu'aux pieds de ton Dieu,

pour y voir et goûter ces douceurs immortelles

que dans celui de ses fidèles

sa bonté répand en tout lieu.

Mais ne crois pas atteindre à cette pureté,

à moins que de là-haut sa grâce te prévienne,

à moins qu'elle t'attire, à moins qu'elle soutienne

les efforts chancelants de ta légèreté.

Alors, par le secours de sa pleine efficace,

tous autres noeuds brisés, tout autre objet banni,

seul hôte de toi-même, et maître de la place,

tu verras cette même grâce

t'unir à cet être infini.

Aussitôt que du ciel dans l'homme elle descend,

il n'a plus aucun foible, il peut tout entreprendre ;

l'impression du bras qui daigne la répandre

d'infirme qu' il étoit l'a rendu tout-puissant ;

mais sitôt que ce bras la retire en arrière,

l'homme dénué, pauvre, accablé de malheurs,

et livré par lui-même à sa foiblesse entière,

semble ne voir plus la lumière

que pour être en proie aux douleurs.

Ne perds pas toutefois le courage ou l'espoir

pour sentir cette grâce ou partie ou moins vive ;

mais présente un coeur ferme à tout ce qui t'arrive,

et bénis de ton dieu le souverain vouloir.

Dans quelque excès d'ennuis qu'un tel départ t'engage,

souffre tout pour sa gloire attendant le retour,

et songe qu'au printemps l'hiver sert de passage,

qu'un profond calme suit l' orage,

et que la nuit fait place au jour....

                                                          Pierre Corneille.


                                                                                                  ***
 

L'Amitié de Jésus-Christ. Robert-Hugh Benson. (Ière traduction de l'anglais, 1928, Perrin). Pour caractériser l'ouvrage de Benson, le mieux qu'on en puisse dire est sans doute qu'il est "pieux" ; c'est là, je m'assure, en exprimer l'essence la meilleure et en faire le plus bel éloge. -Du reste s'il n'était point pieux, un tel livre, malgté tout ce qu'il a d'original et de captivantn ne nous serait rien : de Jésus-Christ, nous ne souffrons pas qu'on nous entretienne autrement qu'avec le coeur; on peut imunément nous choquer avec des solécismes, si du moins ils sont traversés d'amour; c'est seulement de parler de Lui sans être passionné de Lui, qui est défendu. (extrait de la préface du R.P. Auguste Valensin, S.J.).
Robert-Hugh Benson est né en 1871. Fils cadet d'Edward White Benson, à l'époque archevêque de Canterbury. Robert fut d'abord ministre anglican avant de passer au catholicisme en 1903 et d'être ensuite ordonné prêtre.
 

 

L'Amitié de Dieu. Saint Thomas de Villeneuve, maître de spiritualité augustinienne.
Jaime Garcia.(traduit de l'espagnol). Editions du Cerf, 2010.
Né à Fuenllana en 1486, mort à Valence en 1555, Thomas de Villeneuve prit l'habit des Augustins vers l'âge de trente ans. Plusieurs fois prieur puis provincial de son ordre, il fut nommé évêque de Valence en 1544. Reconnu et vénéré pour sa prédication et son grand souci des pauvres, il est un des grands maîtres spirituels du XVIe siècle, l'un des plus importants de l'école augustinienne de spiritualité. S'appuyant sur ses enseignements, Jaime Garcia nous offre un petit traité de vie spirituelle très accessible, un véritable traité sur l'amitié dans la belle et grande tradition augustinienne.
Pour rencontrer Dieu et en vivre il faut commencer par être soi-même. C'est le principe de l'intériorité. Or, l'homme dépasse l'homme : il est image de Dieu. L'image doit être tout orientée vers son modèle. Jésus par le mystère de l'Incarnation vient nous montrer ce que nous sommes et ce que nous devons être. Au plus profond de nous-mêmes, Dieu a placé une échelle qui nous conduit à Lui. Le Christ nous montre comment gravir les degrés de cette échelle. L'Esprit-Saint nous donne la force pour monter les degrés. Le but et le contexte de cette ascension, c'est l'amitié de Dieu. La prière du Notre Père, les Béatitudes, l'amitié maternelle de la Vierge Marie et l'Eucharistie modèlent notre amitié à l'image de l'amitié de Dieu. Mais celle-ci est ouverte : elle nous conduit aux autres, eux aussi étant appelés à cette même amitié. Nous devenons alors avec eux des bâtisseurs de ces communautés d'amis qui œuvrent, avec le Christ et en Église, au salut du monde.


Vivre en amitié avec Dieu,
Marie-Joseph Le Guillou, Parole et Silence, 2009.
« Nous sommes appelés à vivre dans l'amitié du Seigneur qu'est l'amour de charité ! Au sein de la Trinité, le Père aime le Fils et l'Esprit Saint dans l'agapé, un amour qui n'a ni commencement ni fin et qui est transcendant à nous-mêmes. Par son Fils, Jésus Christ, il nous aime avec surabondance. Si le Père nous demande en retour notre amour, ce n'est pas parce qu'il en a besoin, mais parce qu'il nous propose de participer déjà sur la terre de la plénitude de son amour. »

 

 

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l'Amitié humaine

Publié le par Christocentrix

-Les chemins de l'amitié : désirer et aimer selon saint Thomas d'Aquin.   Ollivier Guillou. Editions Téqui, 2010.
Cette étude ne prétend pas donner une métaphysique de l'amour selon saint Thomas d'Aquin, mais rappeler que les êtres, dans l'univers de création où les natures participent de la bonté incréée, ne sont pas fermés sur leur perfection propre : leur nature est de communiquer. Saint Thomas peut-il contribuer à l'élaboration d'une métaphysique du don, ou, pour reprendre l'expression de Joseph de Finance, nous aider à découvrir « la générosité de l'être » ? C'est ce que veut très modestement suggérer ce livre, en prenant le détour médiéval de la pensée thomasienne dont les ressources toujours nouvelles éclairent la question lancinante de l'altruisme et de l'égoïsme en morale.
Sans prétendre donner au lecteur une métaphysique de l'amour thomiste en sa forme achevée, la présente étude s'attache à rappeler - grâce au concept clef de « l'amour d'amitié» - que, dans l'univers de création où les natures participent de la bonté incréée, les êtres ne sont pas fermés sur leur perfection propre : leur nature est de se communiquer. Aussi ne suffit-il pas de dire que « l'être tend à se réaliser lui-même intégralement ; il faut encore ajouter que par-delà son propre accomplissement, il vise au don de soi ».


-L'amitié, une épiphanie. Jean-Marie Gueulette, dominicain. Editions du Cerf. 2004. S'appuyant sur une analyse anthropologique des différences entre amour et amitié, Jean-Marie Gueullette montre comment il est possible d'accorder une place importante à l'amitié dans la vie chrétienne. Lorsque le Christ est reconnu comme le Tiers entre amis, l'amitié devient une communion ouverte sur la présence de l'autre, sans pour autant tomber dans l'illusion vague d'une amitié avec tous.
Il s'agit également de découvrir les racines théologiques d'un mode de relation au Christ, moins connu, mais tout aussi fécond, que la mystique nuptiale.
Une telle approche chrétienne permet de réhabiliter une expérience humaine riche et cependant discrète et pudique. Elle donne également à réfléchir sur les implications anthropologiques et théologiques des discours tenus sur l'amitié par les chrétiens : la grâce perfectionne-t-elle l'amitié humaine au point d'en faire une épiphanie de l'amitié de Dieu pour nous ? Le Christ a-t-il été un ami pour Lazare et pour le disciple bien-aimé afin de donner un exemple moral ? L'évocation de l'amitié dans le Nouveau Testament ne sert-elle pas plutôt à révéler la proximité de Dieu avec les hommes ?


-l'Amitié Spirituelle,
Aelred de Rievaulx. Editions Abbaye de Bellefontaine, 1997. (il existe déjà un compte-rendu sur ce blog). Le traité comprend trois livres. Dans le premier, Aelred dégage, après l'avoir analysée, la notion d'amitié. A la recherche d'une définition, il commence par examiner celle de Cicéron puis dans le second, il entreprend d'expliquer la nature de l'amitié en distinguant la vraie de ses contrefaçons et sa liaison avec la Sagesse. Enfin, il montre que l'amitié est susceptible de devenir pour nous une montée vers la perfection. Dans le troisième livre, il établit les quatre stades par lesquels doit passer toute amitié digne de ce nom : l'élection, la probation, l'admission et la fruition. Un chapitre est consacré aux cinq dissolvants de l'amitié : l'insulte, l'outrage, l'arrogance, la divulgation d'un secret confié, le coup de traitrise. Enfin, La sublimité de l'amitié spirituelle trouve son achèvement dans la félicité.


-Essai sur l'amitié,
  Louis Rouzic, prêtre. Lethielleux, 1906. Une petite perle, écrite par un aumônier, rééditée encore en 1919. Aujourd'hui complètement tombée dans l'oubli mais facilement trouvable par internet pour quelques euros.,


-Petite méditation sur le mystère de l'amitié,
Anselme Grün, moine bénédictin. (traduit de l'allemand), Albin Michel, 2004. Les observations et la longue expérience d'un connaisseur de l'âme humaine.


-Sagesses de l'Amitié.
Anthologie de textes philosophiques anciens, de textes philosophiques patristiques, de textes médiévaux et renaissants. Par Jacques Follon et James McEvoy. 2 volumes. Edit. Universitaires de Fribourg et Editions du Cerf. 1997 et 2003.
Les textes rassemblés dans le premier volume vont des présocratiques au néoplatonicien Thémistius, en passant par Platon, Aristote, Théophraste, Épicure, les stoïciens, Cicéron et Plutarque. Ils disent combien, aux yeux de ces philosophes, l'amitié était une vertu fondamentale en raison du rôle qu'elle jouait, non seulement dans la vie morale de l'homme vertueux mais aussi dans la conservation des cités et dans l'enseignement de la philosophie, voire dans la cohésion de l'univers lui-même. Ces textes sont présentés dans des traductions françaises choisies en fonction de leur lisibilité. Ils sont précédés d'une introduction générale et, pour chacun, d'une brève notice de présentation qui les situe dans leur contexte et en résume le contenu.
Le second volume de l'anthologie "Sagesses de l'amitié", comprend des textes sur l'amitié extraits de la Bible et d'ouvrages de philosophie, de théologie ou de spiritualité écrits, non seulement par les auteurs les plus illustres des périodes patristique, médiévale et renaissante, tels que saint Augustin, Anselme de Cantorbéry, Aelred de Rievaulx, Thomas d'Aquin, Thomas More ou Érasme, mais aussi par des écrivains de ces mêmes périodes moins connus du grand public, comme Jean Cassien, Robert Grosseteste, Henri de Gand, Godefroid de Fontaines, Gertrude d'Helfta ou Nicolas Oresme.


-La théorie stoïcienne de l'amitié,
  Anne Banateanu, édit. Universitaires de Fribourg et édit.du Cerf, 2001. (Collection Vestigia).
L’amitié est un thème qui a nourri la réflexion des hommes depuis l’Antiquité et apparaît comme une voie vers la sagesse. La théorie stoïcienne de l’amitié s’inscrit dans une vision de l’homme et du monde et débouche sur l’idée d’une société universelle réunissant le genre humain en une immense fraternité fondée sur la raison. Ce livre fournit des traductions nouvelles et parfois uniques de fragments stoïciens.
..


-L'Amitié antique, d'après les moeurs populaires et les théories des philosophes.
  Louis Dugas. Alcan, 1894 (1ère édit.) puis édition remaniée en 1914 et rééditée par Arno Press, New-York, 1976.

-Philia, la notion d'amitié dans la philosophie Antique. Jean-Claude Fraisse. Librairie philosophique Vrin, 1974. Une étude de 500 pages plus exigeante que celle de Degas. Un essai et des conclusions qui intègrent les résurgences modernes d'un problème perdu et retrouvé.


-de l'Amitié,
Montaigne ( chapitre extrait des Essais). Editions des Mille et Une Nuits, 2003. Texte établi sur l'édition de Fortunat Strowski, texte de l'exemplaire de Bordeaux, enrichi des additions et corrections faites par Montaigne lui-même sur son exemplaire de 1588, que l'on peut considérer comme version admise aujourd'hui comme définitive, que l'auteur, avant sa mort, désirait donner de son livre.


-de l'Amitié,
Tawhîdî. (traduit de l'arabe). Sindbad-Actes Sud, 2006.  Florilège sur l'amitié, à la manière de l'adab (culture de l'honnête homme), qui traverse plusieurs genres littéraires et plusieurs époques. transmetteur à la fois d'un savoir livresque et d'une tradition orale, l'auteur recense des propos tenus depuis l'Antiquité jusqu'à son temps (XIème s.) : aphorismes, textes philosophiques, lettres, vers...et il y mêle son propres jugement en relatant des débats savants auxquels il a lui-même participé. Le concept de l'amitié (al-sadâqua) lui est prétexte à évoquer des questions éthiques qui restent actuelles, et à développer un idéal de la vie en société et de gestion de la cité.


-L'Amitié,
Abel Bonnard, académicien. Classique incontournable. Un style inégalé. Ière édition en 1928. Plusieurs fois réédité...Editions du Trident, 1991.


-L'Amitié,
Pierre Brunel, François Kerlouégan et Stéphane Robilliard. Editions Vuibert, collection "prépas". 2001.  Normaliens et agrégés, les auteurs ont conjugué leurs efforts pour apporter, à l'étude de ce thème attachant et de ces textes essentiels, un sens indispensable des nuances et des effets.


-L'Amitié,  Textes choisis et présentés par Dimitri El Murr. "Corpus" GF (poche), Flammarion, 2001. Textes depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours. Commentaires.....Une bonne introduction au sujet..

-L'Amitié,
ouvrage collectif sous la direction de Bertrand Ogilvie et Sophie Jankélévitch. Editions "Autrement" 2002 puis en poche "Hachette-pluriel" en 2003.
 Confiance, complicité, partage ou ménagement réciproque d'intérêts et échange de bons offices , l'amitié ne se laisse pas aisément circonscrire. Il est difficile d'en parler sans risquer de réduire sa complexité, d'aplanir ses ambiguïtés ou simplement de banaliser une relation qui, par sa singularité et son intensité, paraît à première vue se dérober à toute explication. Faire l'éloge ou la critique d'une valeur aussi reconnue ne projette aucune lumière sur la consistance d'un sentiment qui se manifeste aussi bien sur le plan privé des relations individuelles que sur celui, public, de la Cité. Il faut approcher l'amitié beaucoup plus simplement. En la posant comme un fait. En y voyant non seulement un sentiment, mais aussi une pratique du lien social, inscrite dans la quotidienneté de la vie, observable à travers toutes les modalités possibles d'échange - cadeaux, lettres, paroles, services - et dont la description, si elle ne permet pas de définir l'amitié d'une manière univoque, contribuera peut-être à en faire entendre la musique, dans son harmonie comme dans ses dissonances.


-L'Amitié,
Francesco Alberoni (traduit de l'italien), Pocket, 1995. Original quant à la théorie des trois états qu'il applique à l'amitié.


-L'Amour et l'Amitié,
Allan Bloom, de Fallois, 1996 puis Biblio Essais, Livre de Poche, 2003. L'auteur développe comment nous sommes passés de l'Amour aux "relations sexuelles" et de l'Amitié aux "relations amicales"....le lien humain qui se défait....


-
des approches psycho-sociologiques : -Psychologie de l'amitié, Jean Maisonneuve, PUF 2004, Que sais-je n° 3707. -Psycho-sociologie de l'amitié, Lubomir lamy et Jean Maisonneuve, PUF, 1993. -Relations et communications interpersonnelles, Edmond Mard et Dominique Picard, Dunod, 2000. -Aimer d'amitié, Jacqueline Kelen, Robert Laffont, 1992. -La Force de l'amitié. Jan Yager, Payot, 2004. 


-une approche poétique : -Le Condom de l'Amitié.
Poésie. Alain Fisette. Editions Les Herbes rouges, Québec.Ce livre devait d'abord s'appeler "Lettres d'impatience à des amis enterrés vivants". Ces poèmes, mélangeant habilement fiction et réalité, s'adressent à des amis actuels ou potentiels. « Le plus difficile, dit l'auteur Alain Fisette, sera sans doute de regarder à nouveau certains de mes proches dans les yeux. » Entre drame et humour.

-Dictionnaire de l'Amitié,
 Didier Moulinier, Editions l'harmattan, 2001. Esquisse d'une théorie non-philosophique de l'amitié.



 




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de l'amitié spirituelle (Aelred de Rievaulx)

Publié le par Christocentrix

 

L'AMITIE SPIRITUELLE (Aelred de RIEVAULX).


 

Ce traité, "De spirituali amicitia" (l'amitié spirituelle) de Aelred de Rievaulx, auteur monastique de la famille de St Bernard, s’offre à nos cœurs tant par la douceur qu'il y a à en savourer la hauteur de vue que la poésie.

Le bref prologue du traité est écrit avec une simplicité désarmante qui permet au lecteur de le suivre et d'en goûter le charme dès les premiers instants de la lecture. Aelred nous invite à entrer dans l'intimité de ses jeunes années et à partager avec lui les expériences d'où devaient naître ses réflexions et ses écrits sur l'amitié. Il nous fait là des confidences, qu'il doit avoir livrées à plus d'un ami, car le lecteur est averti du privilège qui lui est ainsi donné dès la première phrase : "je n'étais alors qu'un écolier". Combien d'écrivains de cette période ont-ils un incipit aussi émouvant que celui-ci ? peu, il faut le dire. Et combien ont-ils présenté les troubles émotionnels de l'adolescence avec une sincérité et une bienveillance aussi grandes? Combien d'auteurs ayant écrit sur le sujet de l'amitié ont-ils su composer leur ouverture avec un art aussi maîtrisé ?
La tonalité nettement augustinienne de l'oeuvre est perceptible dès le début : quelle que soit la dette qu'il montrera envers Cicéron dans la suite de l'ouvrage, ses premiers accents ont la franchise vibrante de l'expérience vécue de l'auteur des Confessions.
Ensuite, ce prologue est un des rares auto-portraits que nous a laissé le Moyen-Age. Nous devons en être reconnaissants à son auteur, car ce cours texte nous montre, en termes simples, bien choisis et colorés, comment il voyait retrospectivement le cours que son adolescence et sa jeunesse avaient suivi. C'est un morceau littéraire chaleureux, personnel, direct et dépourvu de toute fade sentimentalité, écrit dans le style d'un homme habitué à montrer sa nature intérieure sans affectation, fausse modestie ou indulgence envers lui-même. Et c'est aussi un morceau parfaitement adapté à son but, qui est d'introduire Aelred lui-même (sans se nommer) comme l'auteur des trois dialogues avec des frêres conventuels et comme la voix principale dans les discussions concernant la nature de l'
amicitia spiritualis.

..."Je n'étais encore qu'un écolier ; déjà la gentillesse de mes camarades exerçait sur moi un charme puissant ; entrainé par l'exemple et les inclinations vicieuses - dangers de cet âge, - mon coeur s'abandonna tout entier à ses affections et se consacra à l'amour ; rien de plus doux, de plus suave, de plus profitable me semblait-il, qu'être aimé et aimer. Flottant au gré des amours et des liaisons amicales, mon âme était ballottée çà et là ; dans son ignorance de la loi de la véritable amitié, elle se laissait souvent prendre à ses apparences. Enfin me tomba un jour entre les mains ce beau livre qu'écrivit Cicéron sur l'amitié ; à peine ouvert, il m'apparut aussi interessant par la profondeur des idées que par les agréments du style. sans doùte, je ne me sentais pas capable de réaliser l'idéal qu'il proposait ; mais je me félicitais néanmoins d'avoir trouvé une espèce de formule d'amitié où ramener les détours de mes amours et de mes affections...."


Le prologue nous laisse entendre que les idées du De amicitia de Cicéron vont jouer dans le dialogue un rôle grosso modo comparable à l'inspiration qu'Aelred lui-même y trouva dans sa jeunesse (aucun auteur médiéval n'a jamais indiqué sa source avec autant de délicatesse). En même temps, il suggère que l'amicitia dont l'essence et les avantages vont être développés dans les pages qui suivent sera différente de l'idéal païen, tout autant que la façon de vivre d'Aelred dans le cloître diffère de la vie qu'il menait dans le monde quand il n'était encore qu'un courtisan du roi. Bref, le prologue annonce tout à la fois une manière chrétienne de cultiver l'amitié, une transformation de l'idéal ancien de cette vertu, et une réponse au défi lancé à l'universalité de la vérité et des valeurs chrétiennes. En d'autres termes, nous avons là comme la proclamation d'un humaniste chrétien, affirmant que tout ce qui est humainement noble survivra dans l'économie de la grâce et recevra là une forme lumineuse que la raison et l'affection naturelle ne sauraient jamais lui apporter à elles seules.

La présence vivante de Saint Augustin dans le prologue devrait suffire à orienter le lecteur vers la véritable intention d'Aelred, qui était, nous semble-t-il, de composer le traité systématique de l'amitié chrétienne que les Pères avaient omis de produire (malgré la richesse et la fréquence de leurs références à ce sujet dans leurs sermons, lettres et conférences), mais qu'Augustin avait ébauché en posant le principe directeur de l'établissement de la véritable amitié entre les âmes : "Car l'amitié n'est point vraie si vous ne la liez vous-même entre ceux qui s'attachent à vous par l'agapé, que répand dans nos coeurs l'Esprit qui nous est donné " (Confessions, IV, IV, 7). Aelred trouva donc son inspiration chez l'évêque d'Hippone et intégra les principaux éléments de l'amitié classique dans un horizon augustinien. L'Ecriture lui procura les fondations, Cicéron, les matériaux, et Augustin, le style architectural ; mais c'est lui-même qui en réalisa le plan et la construction, et qui doit donc être crédité de l'un comme de l'autre. Ce prologue est donc l'histoire, racontée avec un art consommé, des premières étapes du pèlerinage que fut sa vie. Ce pèlerinage commence au stade irréfléchi, insouciant, "esthétique" de l'enfance et de l'adolescence, quand la beauté et son charme dominaient encore en lui. Aelred présente sa conversion à un idéal moral, comme un changement de niveau, un développement en termes de vie intérieure et de maîtrise de soi. Cependant, le sursaut de foi qui le hissa au niveau spirituel, lui fit regarder ces niveaux d'existence antérieurs et inférieurs dans une nouvelle perspective, tout en lui procurant - ce qui n'était pas moins important - une plénitude de vie dans laquelle l'amour de la beauté et du bien n'était pas perdu, mais au contraire intensifié et abondamment satisfait. Bien qu'Aelred ne connût guère Platon, on ne saurait s'empêcher de songer ici au Banquet du philosophe athénien et, particulièrement au discours de Socrate, où celui-ci vante pareillement la supériorité incomparable de l'amour intellectuel et spirituel des belles âmes et du Beau en soi sur l'amour charnel des beaux corps.

Le traité comprend trois livres. Dans le premier, Aelred dégage, après l'avoir analysée, la notion d'amitié. A la recherche d'une définition, il commence par examiner celle de Cicéron puis dans le second, il entreprend d'expliquer la nature de l'amitié en distinguant la vraie de ses contrefaçons et sa liaison avec la Sagesse. Enfin, il montre que l'amitié est susceptible de devenir pour nous une montée vers la perfection. Dans le troisième livre, il établit les quatre stades par lesquels doit passer toute amitié digne de ce nom : l'élection, la probation, l'admission et la fruition. Un chapitre est consacré aux cinq dissolvants de l'amitié : l'insulte, l'outrage, l'arrogance, la divulgation d'un secret confié, le coup de traitrise. Enfin, La sublimité de l'amitié spirituelle trouve son achèvement dans la félicité.

 

                  (Le traité est disponible aux éditions de l'Abbaye de Bellefontaine) 

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Chevalerie sans frontières

Publié le par Christocentrix

Futuwah. Traité de chevalerie soufie . (Albin-Michel, "Spiritualités vivantes").
L'art chevaleresque soufi est un traité sur la futuwah, c'est-à-dire l'ensemble des traditions, coutumes et pratiques qui constituaient le code de la vie chevaleresque musulmane au Moyen Âge. Il s'agit ici de la chevalerie entendue au sens spirituel et éthique, et non son seul aspect militaire, lequel est traité plutôt dans les "manuels du parfait cavalier" ou dans les écrits concernant l'art de la guerre.
Comme en Occident médiéval, l'initiation guerrière avait des rapports étroits avec l'initiation proprement rituelle et l'initiation des métiers. Mais en Islam, il n'y pas d'organisation officielle de ces institutions initiatiques qu'on puisse comparer aux institutions occidentales telles que les ordres monastiques ascético-guerriers, chevaleresques ou les guildes professionnelles.
L'art chevaleresque soufi est la traduction commentée d'un texte arabe dû à un auteur d'origine persane du Xè-XIè siècle (Abû Abd al-Rahman ibn al-Husayn al-Sulamî ).

sur le sujet voir aussi :


Morteza Sarrâf
et Henry Corbin.
Traités des compagnons-chevaliers (Resâ’il Javânmardân)
Recueil de sept Fotowatnâmeh, accompagné d’une introduction analytique. 110+328 pages, 1973. (2è édition 1991). (voir "bibliothèque Iranienne" - mais épuisé chez l'éditeur).

De l'Amitié
.par Tawhîdî (édit. Sindbad/Actes Sud, 2006)
Il s'agit d'un florilège sur l'amitié, à la manière de l'adab (culture de l'honnête homme), qui traverse plusieurs genres littéraires et plusieurs époques.
Transmetteur à la fois d'un savoir livresque et d'une tradition orale, l'auteur recense des propos tenus depuis l'Antiquité jusqu'à son temps : aphorismes, textes philosophiques, échanges de lettres, vers célèbres... Et il y mêle son propre jugement en relatant des débats savants auxquels il a lui-même participé.
Le concept de l'amitié (al-sadâqa) lui est prétexte à évoquer - des questions éthiques qui restent actuelles, et à développer un idéal de la vie en société et de la gestion de la cité.

En raison de la redondance inévitable dans ce genre de compilation, cette édition à l'usage du grand public ne propose que des extraits choisis selon deux critères : la pertinence du contenu et la diversité de la forme.
Abû Hayyân al-Tawhîdî est né à Bagdad en 932/310, mort en 1036/414. Lettré de l'époque abbasside, il étudie le droit, les sciences religieuses, l'art de la rhétorique et de la poésie, la philosophie. Alsadâqa wa-l-sadîq (L'amitié et l'ami) compte parmi ses principaux écrits.




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Amitié et non-conformisme

Publié le par Christocentrix

Michel Déon/André Fraigneau, une longue amitié...Lettres. (édition établie par Alice Déon, La Table Ronde, 1995)
Si cette correspondance s'étale de 1948 à 1991 et témoigne d'une intimité et d'une fidélité jusqu'à la mort, l'ouvrage fait la part la plus belle aux années 1948-1968. Et bien qu'il s'agisse là de l'amitié Fraigneau-Déon, de leur goût commun pour les voyages (si ces deux hommes n'avaient pas tant aimé le voyage, il n'y aurait pas ce porte-feuille de lettres), c'est aussi un mine de renseignements sur l'évolution personnelle de ces deux écrivains, leur production littéraire et la manière dont ils se positionnaient dans les années d'après-guerre puis dans le tourbillon littéraire des années 50. (pour cette période, on le lira avec profit en complément de "Au galop des Hussards" de Ch. Millau). Il y a d'autres bonnes raisons de lire cet ouvrage, mais éclate avant tout cette fraternité cruciale de plus de quarante ans... ce bel exemple de générosité et de désintéressement. Quand l'un voyage, il écrit à l'autre. Quand il rentre au port, ils se voient dans les plus brefs délais. Et cette générosité qui rayonne autour, s'étend à d'autres...
S'en dégage l'importance de l'amitié dans la vie et l'oeuvre de ces écrivains..."on boit, on sort, mais on parle aussi de littérature, de ses propres manuscrits. Les premiers lecteurs seront les amis"...dira Fraigneau. "C'est grâce à l'hospitalité de Blondin, alors que j'étais dans la dêche, que j'ai pû écrire Je ne veux jamais l'oublier" dira Déon. Au même moment, dans la chambre voisine, mitaines au mains, Blondin écrivait l'Europe buissonnière dont il dira dans la dédicace, "que s'il l'a terminé, c'est grâce à Déon". etc...


Tout celà n'est pas sans évoquer d'autres amitiés... disons d'une époque précédente, et cette photo que je trouve très sympathique.... où l'on retrouve entre autres, les frêres Bardèche, Brasillach, Maulnier, Blond...















Mais au fait, aujourd'hui, avec qui pourrions-nous illustrer ce thème ?



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