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Foi orthodoxe contre pagano-christologie

Publié le par Christocentrix

L'Église Orthodoxe, jadis la seule Église (indivise) du Christ dans le monde, dès l'origine confessa la foi en l'Evangile, sans dévier à gauche ou à droite, et sans davantage se fier ni aux autres religions, ni aux philosophies païennes, ni aux sciences naturelles. Car lorsque l'on suit un guide qui voit et qui est clairvoyant, il est inutile de demander son chemin aux mal-voyants et aux aveugles.
Ayant une foi totale en Christ et en Sa Bonne Nouvelle, les maîtres et les Pères de l'Église rejetèrent vigoureusement les philosophies hellènes et les mystères de l'orient méditérrannéen. Ce fut aussi le cas de ceux qui avaient été formées à la philosophie à Athènes, comme Chrysostome, Basile le Grand et Grégoire le Théologien, ainsi que de ceux qui étaient originaires d'Égypte ou d'Orient, comme saint Antoine, Macaire, Isaac le Syrien, Éphrem le Syrien et d'autres. Ce sont justement ces saints Pères versés dans les mystères de la foi, les plus versés aussi dans les philosophies païennes, les connaissant de première main et dans leur langue maternelle, qui étaient les plus farouches défenseurs de la seule foi salvatrice, la foi en l'Évangile, la foi en la Bonne Nouvelle du Fils de l'homme descendu du ciel. Ils ne toléraient pas le moindre compromis avec qui que ce soit et quoi que ce soit qui fût de la terre et terrestre, qui fût de l'homme et selon l'homme, et qui se fût formé ou manifesté en dehors du Christ et de Son Évangile. On sait, par exemple, avec quelle fougue Chrysostome critiquait Socrate et Platon, les stoïciens et les épicuriens et les autres philosophes hellènes éminents. Non seulement il ne les mentionnait pas à l'appui d'un quelconque enseignement de l'Evangile - bien qu'il y eût chez certains d'entre eux des paroles analogues aux paroles évangéliques - mais il les rejetait comme délétères et funestes pour l'âme.


Il n'en fut pas de même avec les maîtres hétérodoxes, oh non ! Craignant le monde et ayant une foi "chancelante" en l'Évangile, ils eurent recours, pour démontrer la vérité de la révélation du Christ, à la philosophie hellène, aux mystères orientaux, aux sciences naturelles de l'Occident. Ainsi des écoles diverses et opposées firent-elles leur apparition dans les églises hérétiques. Les unes s'inspiraient de Platon, les autres d'Aristote, les troisièmes des Stoïciens, les quatrièmes de Plotin, les cinquièmes des mystères orientaux, les sixièmes de la théosophie indienne, et ainsi de suite ; à une époque plus récente cependant, certaines de ces écoles se fondaient entièrement sur les sciences naturelles, les considérant comme moins mythiques que les mystères religieux orientaux. Les théologiens hérétiques d'antan rivalisaient pour savoir lequel introduirait dans sa théologie le plus éminent des philosophes hellènes. Ainsi les catholiques romains eurent-ils recours à Aristote et les luthériens à Platon ; d'autres encore, des groupes protestants, adoptèrent Plotin et d'autres penseurs néoplatoniciens. Ils les mêlèrent et les mélangèrent à la Bonne Nouvelle du Christ et affaiblirent et rendirent celle-ci triste. À une époque plus récente cependant, toutes les églises hérétiques commencèrent à construire des murs de soutènement pour l'Evangile à partir de théories scientifiques. On érigea en absolu de nombreuses théories scientifiques, bien que les plus éminents scientifiques de notre époque eussent cessé de considérer même les sciences positives - et a fortiori les théories - comme quelque chose d'absolu. Comme les soldats de Pilate revêtirent le Christ Seigneur d'un manteau de pourpre à bas prix et comme Hérode Le couvrit d'un vêtement blanc, ainsi les théologiens hérétiques revêtirent le Sauveur de l'habit bon marché de la philosophie païenne et de la fausse science. Pour mieux, soi-disant, Le vêtir et Le couvrir de parures ! Or, dans un cas comme dans l'autre, le Christ fut pareillement bafoué et humilié par cette pagano-christologie.


L'Église Orthodoxe est la seule dans le monde à avoir sauvegardé la foi en l'Évangile en tant que Vérité unique et absolue (1 Tm 3, 15), qui n'a besoin ni de l'appui ni de l'aide d'une quelconque philosophie ou science de ce monde. Allons-nous encercler et soutenir le Bien éternel et accroître la Lumière céleste par les feux fumigènes d'un charbon de bois et d'une huile minérale. Notre glorieux Seigneur a dit : De la gloire, je n'en reçois pas qui vienne des hommes (Jn 5, 41). La position des hérétiques est justement contraire à celle du Sauveur du monde. Ils recherchent la gloire des hommes. Ils craignent les hommes. C'est pourquoi ils s'accrochent aux hommes dits « célèbres » de l'histoire de l'humanité, pour trouver des confirmations de l'Évangile et complaire davantage aux hommes de ce monde. Ils se justifient en disant : « c'est pour nous les concilier ». Mais comme ils se trompent amèrement ! Plus ils louent le monde - pour le rapprocher prétendument de l'Église - plus ce monde loué par eux s'éloigne de l'Église. Plus ils se montrent « savants », « non spirituels », « contemporains », plus le monde les méprise. En vérité, il est impossible de se concilier et le monde et Dieu. En outre, tout chrétien sait par expérience que l'on peut à la rigueur complaire à Dieu par la vérité et la justice, tandis que l'on ne peut aucunement complaire au monde, ni par la vérité ni par le mensonge, ni par la justice ni par l'injustice. Car Dieu est éternel et immuable, tandis que le monde est temporaire et changeant.

Quelles sont les conséquences de ces courbettes au monde hérétique ? Dévastatrices. Vraiment dévastatrices pour l'Évangile, pour la vie individuelle et sociale des peuples hérétiques. Dévastatrices pour la foi, pour la culture, pour l'économie, pour la politique, pour la morale. Eh oui, pour tout et pour tous. Car notre rapport au Christ, le Messager de la Bonne Nouvelle, détermine, avec une précision mathématique tous nos autres rapports à tout et à tous. Tandis que le Christ a dit : Sans moi vous ne pouvez rien faire (Jn 15, 5), le monde hérétique exprime de mille manières cette pensée : « Sans le Christ nous pouvons tout faire. » Toute la culture moderne est un défi au Christ. Toutes les sciences modernes sont en compétition, et c'est à celle qui frappera le plus fort la science du Christ. C'est une révolte de vulgaires servantes contre leur maîtresse que la révolte des sciences de ce monde contre la science céleste du Christ. Or de nos jours cette révolte s'achève par ce qui est écrit, et cela d'une manière on ne peut plus claire : Dans leur prétention à la sagesse, ils sont devenus fous (Rm 1, 22).
Vraiment, on ignore où se trouve la plus grande folie du monde moderne, séparé du Christ : est-ce dans la vie personnelle de l'individu ? est-ce dans l'école ou dans la politique ? est-ce dans le système économique ou dans les lois ? est-ce dans la guerre ou dans la paix?  On est arrivé partout à la pleine expression de ces deux choses : la vulgarité et la brutalité. Et plus le Christ est absent, plus la vulgarité et la brutalité sont grandes. Le mensonge et la violence triomphent.

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Chabrior 14/12/2009 22:24



Je vous invite a comparer ces extraits que vous publiâtes vous même :


"Mais le second courant historique de la vie spirituelle occidentale, l'irrationalisme, a la même origine dans la confiance en l'intelligence : « Les plus grands rationalistes aboutissent
très vite à l'irrationnel, et au contraire, là où l'irrationalisme détermine la vision du monde, triomphe le rationalisme. » La tradition de l'apophatisme occidental, depuis le
néoplatonicien Erigène jusqu'à Anselme, Abélard et Thomas d'Aquin, qui, tous, tentèrent de concilier l'affirmation et la négation, et de soutenir simultanément la connaissance et l'ignorance,
confirme cette constatation. La théologie naturelle apparaît comme une logique des affirmations, la théologie apophatique comme une logique des négations."


"L'orthodoxie ecclésiale a vu se former et se développer son caractère apophatique dans un monde et une civilisation qui, dans presque toutes leurs facettes, s'harmonisaient avec les
critères de la connaissance apophatique. D'ailleurs, les plus grandes hérésies des huit premiers siècles - grandes par le nombre de leurs adeptes et leur durée - n'ont jamais porté atteinte à
cette présupposition fondamentale des manifestations historiques de l'orthodoxie : l'apophatisme de la théologie ecclésiale."


"Il est évident que la proclamation de la « mort de Dieu » résume le processus historique tant de la théologie naturelle que de l'apophatisme en Occident ."


Il est donc manifeste qu'il y a chez vous deux poids, deux mesures, un bon apophatisme et un mauvais, un oriental et un occidental. Les deux derniers extraits sont de Mr Yannaras. Je serais
curieux de connaître l'auteur du premier...



Chabrior 14/12/2009 19:45



Ce que vous dites là est, ma foi, fort intéressant et je vais m'efforcer de tirer profit de la vertu dialectique en
donnant ici quelques éléments de dialogue. Il ne s'agit que de quelques réflexions sur vos deux derniers commentaires.


Pour commencer, un petit éclaircissement lexical s'impose.


Comme vous le rappelez si bien, l'anathème a été réciproquement levé. De facto, ce qui n'est plus anathème n'est plus
hérétique, et en nous appelant "hétérodoxes" ou "hérétiques", vous feriez preuve d'un anti-catholicisme primaire que vos autorités religieuses elles-même ne sauraient cautionner sans se
contredire. Mais vous aurez sûrement négligé ce détail... errare humanum est...


Vos considérations sur ce que vous nommez ex cathedra un
"pagano-christianisme" sont périmés depuis plus de quatre siècles. En effet l'Eglise a fait le ménage de tout le tralalas plus ou moins paganisant par la concile de Trente et toutes les bulles
pontificales qui le suivirent. Sans doute existe-t-il une sorte de pagano-théisme moderne, fait d'un résidu de conscience religieuse pas toujours chrétienne et de matérialisme athé
saupoudré d'ésotérisme. Par ailleurs, je n'entends rien à cette querelle personnelle que vous avez avec de prétendus néo-païens.
Orthodoxie ? Le très saint Canon de la messe catholique dit "... Papa nostro... et omnibus orthodoxis..." ( ... notre Pape ... et tous les fidèles à la vraie doctrine...) "Néanmoins,
est-ce que c'est la catholicité qui est le critère de l'orthodoxie, ou l'orthodoxie qui est le critère de la catholicité ?" Je vous en laisse
juge.


Vous citez Héraclite...eh bien, si même les orthodoxes éprouvent les besoins de se justifier à l'aide de philosophes
païens, où va-t-on ?


"Ce n'est donc pas la compréhension individuelle qui constitue une approche de la vérité, mais seulement sa
confirmation sociale, l'événement de participation à la raison commune (koinos logos). Sans cette gnoséologie qui a en vue la dynamique de la société, nous ne pouvons approcher ni la philosophie
grecque, ni l'art grec, ni la performance sociale que constituait la cité, l'idéal de la démocratie des Grecs."


Mais s'il faut utiliser les Anciens pour vous convaincre, sachez que Platon ne
croyait pas en cette mystification sophistique que constitue la "raison commune" en effet, pour lui, il n'est de commun que l'amaqia, c'est à dire la stupidité, l'ignorance.


"Le moralisme et le totalitarisme politique, ces deux produits typiques de la civilisation euro-occidentale, ont
manifestement leurs racines dans la pensée d'Augustin."


Curieuse gymnastique que cette reductio ad totalitarismum. Il est facile d'assimiler St Augustin et son œuvre avec
ceux qui l'ont détournée. C'est aussi ridicule que ceux qui prétendent que la lutte des classes tire son origine des Evangiles. D'autant plus que d'autres ont, bien avant St Augustin, misé sur le
potentiel de la raison...



christocentrix 13/12/2009 19:43



Je voudrais apporter à cette conversation les considérations suivantes:


L'Église s'est développée historiquement dans un monde et dans une civilisation helléniques ou hellénisés qui avaient une conception de la vérité très différente de celle des exigences d'«
objectivité ». D'Héraclite aux néo-platoniciens, la connaissance s'avère être un événement de communion: « Là où nous sommes tous d'accord, nous sommes dans le vrai, mais là où nos jugements
individuels divergent, nous nous trompons» (Héraclite, Fragments). La connaissance n'est vraie que lorsqu'elle est confirmée par l'expérience commune, lorsque par sa « mise en commun »
nous communions avec les autres, que nous comprenons et que nous sommes compris, que nous nous harmonisons grâce à la certitude expérientielle commune.
Ce n'est donc pas la compréhension individuelle qui constitue une approche de la vérité, mais seulement sa confirmation sociale, l'événement de participation à la raison commune
(koinos logos). Sans cette gnoséologie qui a en vue la dynamique de la société, nous ne pouvons approcher ni la philosophie grecque, ni l'art grec, ni la performance sociale que constituait
la cité, l'idéal de la démocratie des Grecs.


L'orthodoxie ecclésiale a vu se former et se développer son caractère apophatique dans un monde et une civilisation qui, dans presque toutes leurs facettes, s'harmonisaient avec les
critères de la connaissance apophatique. D'ailleurs, les plus grandes hérésies des huit premiers siècles - grandes par le nombre de leurs adeptes et leur durée - n'ont jamais porté atteinte à
cette présupposition fondamentale des manifestations historiques de l'orthodoxie : l'apophatisme de la théologie ecclésiale. Cela explique que ces hérésies n'aient pas survécu
historiquement (les quelques groupes minuscules de monophysites qui se sont maintenus jusqu'aujourd'hui ne représentent qu'un attachement fanatique à une terminologie et à un langage incomplets).
Elles n'ont ni effleuré ni falsifié le mode de la vie, la signification sociale et dynamique de la vérité qui fondait et organisait la vie du monde hellénique ou hellénisé.


Augustin d'Hippone incarne certainement la première grande étape de la fondation théorique du refus de l'apophatisme. Il n'avait pas d'éducation hellénique, il ignorait même la langue grecque. Il
a étudié principalement la pensée juridique de Cicéron, de Tertullien et d'Ambroise de Milan. Puis, il a transféré au domaine des exigences d'une connaissance sûre l'état d'esprit qu'imposaient
les exigences d'objectivité du droit. De même que les lois du droit renferment la garantie objective et efficace de l'harmonie sociale, la délimitation de la vérité, permanente, inévitablement
schématique mais communément admise, garantit l'objectivité efficace de la connaissance, elle constitue une sorte de "droit de la vérité" .
Ainsi, pour la première fois dans l'histoire, la vérité s'est trouvée identifiée à sa formulation, et la connaissance ou la possession de la vérité, à la compréhension individuelle de cette
formulation. La vérité apparaît dissociée de la dynamique de la vie, elle est identifiée à l'intellection, au raisonnement correct. Dans les oeuvres d'Augustin apparaissent déjà les conséquences
fondamentales de ce changement radical dans la conception de la vérité, conséquences qui constitueront la base ultérieure de la vie sociale et culturelle de l'Occident. Le raisonnement correct
remplace l'indétermination dynamique de la vie, la vie entre dans le moule de la « logique » (ratio), la logique s'élève au niveau d'une autorité ultime, soit sous la forme de
règles morales, soit comme commandements d'une pratique sociale ou politique. Le moralisme et le totalitarisme politique, ces deux produits typiques de la civilisation euro-occidentale, ont
manifestement leurs racines dans la pensée d'Augustin.

Toutefois, un grand nombre d'ouvrages théologiques augustiniens auraient peut-être pu constituer un ensemble de conceptions « hérétiques » isolées, les innovations d'Augustin étant éclipsées par
son exemple admirable de conversion et de retournement moral, si au IXème siècle les Carolingiens n'avaient « redécouvert » l'importance de ses enseignements hérétiques. L'ambition de Charlemagne
visant à fonder un second Empire romain en Occident, complètement autonome par rapport à l'Empire d'Orient hellénisé, conduisait d'abord et avant tout à rechercher un fondement culturel
différencié, car à cette époque la base culturelle était une donnée déterminante pour l'unité politique. Or le témoignage des historiens est unanime pour affirmer que l'oeuvre d'Augustin a été
utilisée pour établir cette base culturelle, exclusivement latine, privée d'influences helléniques.


C'est de l'oeuvre d'Augustin que les chrétiens d'Occident ont tiré les éléments de différenciation religieuse qui ont mené au grand Schisme entre l'Orient et l'Occident en 1054. Ce n'est pas
simplement l'aspect formel des déviations hérétiques ni seulement l'état d'esprit juridique et le rationalisme correspondant qui contribuent à cette différenciation. Il y a, au coeur de tout
cela, un aspect beaucoup plus déterminant dans l'enseignement augustinien : la suprématie de l'élément religieux au détriment de l'élément ecclésial. La participation à la
vérité de l'Église présuppose, en effet, le renoncement à l'individualité, au moi, la transformation de la vie en communion d'amour, selon le modèle trinitaire de la vie véritable. La
religiosité, au contraire, est toujours individuelle : elle « améliore », console, contente et protège l'individu. Augustin considère et proclame que l'Église est une religion, qui persuade
rationnellement l'intelligence individuelle, aide à la maîtrise de soi et à la morale individuelle, offre à l'individu la protection et la garantie émanant d'une autorité supérieure.
Le Schisme de 1054 ouvre la voie à l'altération du christianisme peut-être la plus radicale de son histoire : sa transformation en religion. Cela explique que l'achèvement des différenciations
introduites par les chrétiens d'Occident va mettre en lumière non point simplement un nouvel empire ou une nouvelle hérésie passagère, mais une autre civilisation, jusque-là inconnue dans
l'histoire.
La scolastique est la phase suivante de ces différenciations, une phase de mise en valeur de l'héritage augustinien d'un dynamisme étonnant. En deux siècles à peine, le XIIème et le
XIIIème, les scolastiques achèvent le renversement radical des critères et des présupposés de la théologie ecclésiale, afin de nier l'origine et le sceau helléniques de ces présupposés. Ils nient
l'apophatisme de la formulation théologique, la primauté de la vie et de son vecteur hypostatique : la personne, prise dans son altérité et sa liberté existentielles. Ils
reviennent à l'ontologie hellénique antique (à la primauté que possède la conception intellectuelle de l'essence, à la prédétermination essentielle et logique de l'existence, à
sa « prédestination absolue »). Mais alors qu'ils reviennent à l'ontologie hellénique antique que les Pères grecs ont rejetée (on trouvera un plus long développement dans l'ouvrage de Christos
Yannaras: Philosophie sans rupture, éd. Labor et Fides, 1986), les scolastiques rejettent la gnoséologie hellénique antique que les Pères grecs ont adoptée. Ils s'attachent à la
conception augustinienne de la connaissance, qui veut que la connaissance s'épuise dans les capacités de l'intelligence individuelle. Ils définissent la vérité comme «coïncidence entre le concept
et son objet » : la connaissance est vraie du seul fait de cette coïncidence, la vérité devient une réalisation intellectuelle. Les choix et les rejets effectués par les scolastiques, ainsi que
leurs innovations et leurs schématisations théoriques, servent tous le changement consommé



christocentrix 13/12/2009 19:13



chers interlocuteurs c'est pour moi un grand plaisir intellectuel que de débattre fermement entre nous. Un dialogue vrai ne peut manquer d'énoncer clairement nos
divergences et nos convergences en lui conservant son sens : en gardant au coeur le souci prioritaire qu'il serve à retisser dans la fidélité et la réconciliation la tunique sans couture de
l'unique Sauveur.


Quant à moi, je n'oublie pas qu'il me faut m'efforcer d'interesser nos lecteurs païens à ce qui pourrait leur sembler une discussion qui ne les concerne pas. Quand j'emploie le terme de
pagano-christologie, ce n'est pas simple provocation mais parce que je crois vraiment qu'il y a là comme une querelle de famille entre vous. Ma position d'orthodoxe me permet de l'aborder du
dehors et peut-être d'aider à sortir de la stérilité une telle querelle si elle ne sert pas à mieux comprendre aussi le présent et mieux envisager le futur. A titre de français de souche et
immergé dans une culture occidentale (ce que j'appelle un pagano-christianisme, un christianisme "romain" assumant et s'en distinguant à la fois le passé et la culture païenne gréco-latine, sans
oublier les autres branches du paganisme européen (disons "indo-européen"). Vous me direz que celà ne concerne qu'une minorité de personnes souvent très orientées et très crispées
idéologiquement. C'est en effet une difficulté mais force est de reconnaître qu'il y a parmi eux des éléments de valeurs et d'élite, dont je ne vois pas comment (et au nom de quoi) ils seraient
exclus d'une possible renaissance spirituelle et identitaire de l'Europe. Je ne dis pas celà par souci de leur plaire (d'ailleurs çà ne leur plait pas...et n'ont que faire de ce que j'en pense)
mais n'allons pas faire comme eux, qui pouvant du moins savoir ne peuvent forcément pas connaître, privés qu'ils sont de l'illumination de l'intelligence par la Foi et la grâce de l'Esprit. Je
sais qu'une telle affirmation nous fait passer à leurs yeux pour fous ou d'orgueilleux téméraires, sans compter qu'ils n'aiment guère nous voir sortir d'une fausse notion qu'ils ont de l'humilité
chrétienne....mais sachons faire preuve de patience et de maturité...D'autre part rien est impossible à Dieu.... Ne naissons-nous pas tous païens et le demeurons jusqu'à la grâce du baptème?
combien de fois avons-nous été infidèles à notre baptème ? Combien de raisons et de scandales avons-nous alimentés qui confortent leur rejet et leur mépris ? mais Dieu qui n'est pas dépourvu de
patience avec les coeurs droits ni d'humour avec ses enfants et ses ados, projette-t-il peut-être parmi eux ou leur descendance quelque grand saint ou quelque docteur de l'Eglise. Ne renonçons
pas à chérir ces pères païens en fonction de ce qu'ils peuvent aussi, à leur corps défendant, engendrer de grand pour l'Eglise.
Plus ils vitupèrent et s'irritent contre moi (les éléments les moins raffinés sont vite prêts à m'accabler de leurs injures et d'épithètes méprisants à défaut de se laisser aller à me taper
dessus) plus je leur suis redevable, m'étant comme un aiguillon pour la correction de mes manques d'humilité ou un zèle pollué de passions ou de maladresses...autrement dit tout ce que je dois à
leur rôle ingrat dans mon ascension vers la perfection et mon appropriation de l'esprit des béatitudes. Je les presse donc sur mon coeur nostalgique d'un feu destiné à nous embraser tous. Et
c'est tellement facile avec ceux que Dieu, qui est toujours à l'origine de tout, a donné pour amis à aimer à mon coeur très humain.
 Je referme cette parenthèse car il est temps de revenir vers vous, frêres séparés.

D'abord pour m'expliquer sur le terme "hérétique".... Je l'utilise conformément à la définition : "doctrine en opposition avec une doctrine officielle ou des opinions communément admises,
notamment dans le christianisme"... pas de connotation péjorative de ma part. On peut simplement en français utiliser "hérétique" pour l'opposer à "orthodoxe".
Hétérodoxe? même chose, juste la définition du dictionnaire. Pour moi, "hérétique" ou "hétérodoxe" se valent mais pas d'accent péjoratif ou belliciste.
Schismatique a été employé des deux côtés. rappellons qu'aujourdhui l'anathème a été levé des deux côtés.
Catholicité ? mon credo orthodoxe mentionne "je crois à l'Eglise catholique...". Néanmoins, est-ce que c'est la catholicité qui est le critère de l'orthodoxie, ou l'orthodoxie qui est le critère
de la catholicité ?
On est bien obligé d'employer ces mots par rapport à l'histoire. Mais je suis d'accord qu'il faut éviter maintenant de leur donner une connotation qui n'est plus actuelle. Reste les divergences
et les convergences. Reste l'heure qui n'appartient qu'à Dieu. Demeurent nos pauvres efforts humains (mais néanmoins devoirs) de retisser dans la vérité et la fidélité la Tunique sans couture de
l'Unique Sauveur.



christocentrix 11/12/2009 21:48


@Chabrior.  Merci beaucoup d'attirer mon attention sur cet évènement. Je vais surffer pour en savoir plus et le reprendrais dans un message. Cordialement.


Chabrior 11/12/2009 20:47


Même si cela ne touche pas à cette discussion, je me permet de vous faire part de ceci :

"Rome, le 11 décembre 2009 ; Pour la première fois, l’Eglise orthodoxe russe publie dans un livre les textes d'un pape. L'auteur: Benoît XVI. Le sujet: l'Europe. L'objectif: une sainte
alliance pour défendre la tradition chrétienne."

Lire la suite.



Thomas 04/12/2009 21:35



"Tu m'écris qu'il faut saisir la Vérité par la foi plutôt que par la raison. D'après ce que tu dis, tu devrais préférer, et surtout à propos de la Trinité, question
de foi par excellence, te contenter de suivre l'autorité des saints au lieu de m'en demander, à moi, de t'en donner, à force de raisons, l'intelligence. Quand je m'efforcerai de t'introduire dans
l'intelligence de ce grand mystère, - ce que je ne pourrai réussir qu'avec l'aide de Dieu -, que ferai-je sinon t'en rendre raison, dans la mesure du possible ? Si donc tu te crois bien fondé de
recourir à moi, ou à tout autre maître, pour comprendre ce que tu crois, corrige ta formule : il ne s'agit pas de rejeter la foi, mais de chercher à saisir par la lumière de la raison ce que tu
possèdes déjà fermement par la foi.


Que Dieu nous garde de penser qu'il haïsse en nous ce en quoi il nous a créés supérieurs aux autres animaux ! A Dieu ne plaise que la foi nous empêche de recevoir ou de demander la raison de ce
que nous croyons ! Nous ne pourrions pas même croire si nous n'avions pas des âmes raisonnables. Dans les choses qui appartiennent à la doctrine du salut et que nous ne pouvons pas comprendre
encore, mais que nous comprendrons un jour, il faut que la foi précède la raison : elle purifie ainsi le coeur et le rend capable de recevoir et de supporter la lumière de la grande raison. Aussi
est-ce la raison même qui parle par la bouche du Prophète quand il dit : Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas (Isaïe, vii, 9) ! Par où il distingue les deux choses, nous
conseillant de commencer par croire, afin de pouvoir comprendre ce que nous croirons. Ainsi c'est la raison qui veut que la foi la précède (si ce que dit le Prophète n'était pas selon la raison,
il serait contre, ce que Dieu nous garde de penser !) Si donc il est raisonnable que la foi précède la raison pour accéder à certaines grandes vérités, il n'est pas douteux que la raison même qui
nous le persuade précède elle-même la foi : ainsi il y a toujours quelque raison qui marche devant."

St-Augustin (Lettre 120,1 (2-3). )



anonyme 04/12/2009 18:25



Le Pseudo-Denys l'Aréopagite est l’auteur de traités chrétiens de théologie mystique, en grec. Il est l'une des sources majeures de la spiritualité chrétienne authentique. C'était probablement un
moine syrien qui a vécu vers 490. D'inspiration néo-platonicienne, il est influencé par les écrits de Proclos, auxquels il fait de larges emprunts ; il a aussi été influencé par
l'école chrétienne d'Alexandrie (Origène, Clément d'Alexandrie) et par Grégoire de Nysse.
Le Pseudo-Denys estime en outre que la théologie négative (ou "apophatique") est plus parfaite que la positive.
Ce mode de pensée puise son origine dans la philosophie antique. On le retrouve dans la pensée théologique chrétienne ainsi que dans certains courants philosophiques modernes. La
théologie négative chrétienne apparait clairement pour la première fois chez Pseudo-Denys l'Aréopagite qui fait des emprunts à Damascius, philosophe néoplatonicien anti-chrétien.
En orient, saint Maxime le Confesseur (décédé en 662) qui s'y réfère régulièrement dans sa "Mystagogie" en a commenté un certain nombre. De même, les écrits du Pseudo-Denys furent utilisés par st
Jean Damascène, st André de Crète...



Christocentrix 04/12/2009 11:14


Ceci est une provocation amicale à mes interlocuteurs catholiques ("Thomas", "Aigle de passage"). D'autres développements figurent déjà sur ce blog. Particulièrement tout ce qui a été exposé à
partir des écrits du théologien orthodoxe Christos Yannaras. (dont je conviens des accents anti-occidentalistes...mais ce n'est pas gratuit...il y a l'argumentaire...)

Ma deuxième pensée ira à mes chers amis païens (du moins les disciples de Rougier, de Benoist, etc) "qui savent mieux que nous à quoi nous croyons et à qui nous le devons". Eux-aussi pourront se
rapporter aux multiples textes sur ce blog qui démollissent leurs arguments....et envers lesquels aucun d'entre-eux n'a jusqu'ici entrepris de joute sérieuse et argumentée,
préférant jouer en touche ou déclarer forfait. Je ne les en assure pas moins du caractère amical de ma provocation et que je ne mange pas du païen, même en dehors des périodes de carême.

A quoi bon penseront certains? on ferait mieux de parler d'actions, de stratégie...de reconquête ! .....il m'arrive d'en parler...mais ce blog est plutôt spécialisé dans la réflexion un peu
sceptique...et dans l'identification d'amis possibles et d'ennemis probables...et laisse la place à ...l'inattendu....voire l'inespéré.