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saint Yevgeny Rodionov

Publié le par Christocentrix

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Mille cinq cents prêtres et moines ont été canonisés par l’Église orthodoxe ces dix dernières années. Son synode a posé, à cette occasion, un principe : pour être considéré comme un martyre de la foi contemporain, il faut être décédé de persécutions ayant eu cour durant la révolution bolchevique ou la période stalinienne. Seule exception à cette règle : la canonisation, le 20 août 2002, du soldat Yevgeny Rodionov.

Né, à Moscou, en 1977, le jeune Yevgeny fut appelé sous les drapeaux de la Fédération de Russie en 1995 et envoyé en Tchétchénie. Là, il fut capturé, moins d’un an plus tard, quand un groupe de rebelles s’empara du fortin où il était en poste. Gardé captif durant trois mois, ses geôliers espérant en tirer une rançon, Yevgeny Rodionov fut finalement décapité le jour de son dix-neuvième anniversaire car il refusait de se convertir à l’islam et de se séparer de sa croix de baptême.

Le récit de son décès, que ses meurtriers monnayèrent à sa mère (qui dut aussi les payer pour connaître le lieu où ils avaient inhumé son fils), fit une grande impression en Russie et Yevgeny Rodionov reçut, de manière posthume, la médaille du courage. Peu de temps après une souscription publique permit de lui édifier dans son village natal un mausolée surmonté d’une grand croix sur lequelle fut inscrit « Le soldat russe Yevgeny Rodionov est enterré ici. Il a défendu sa patrie et n’a pas trahi sa foi. » La tombe devint bientôt un lieu de pèlerinage, une prière invoquant l’intercession du jeune soldat fut imprimée et largement répandue, des icônes le représentant furent peintes et des miracles se produisirent à leur contact. En 2002, son hagiographie « Un nouveau martyre du Christ, le soldat Yevgeny » fut publiée par le pope Alexander Shargunov et la télévision réalisa un reportage sur sa vie. Le synode orthodoxe déclara, le 20 août 2002 Yevgeny Rodionov saint et martyr. Une église portant son nom fut, peu de temps après, édifiée à Hankala, près de Grozniy. C’est, à ce jour, le seul lieu de culte orthodoxe de Tchétchénie.

 

 


 

 

 

 

 

 


 

 

 

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Sergei Nicholaevich KOURDAKOV

Publié le par Christocentrix

Sergei Kourdakov (1951-1973) connaît une enfance difficile et grandit dans un des plus sinistres orphelinats (Barysevo) de l’Union soviétique poststalinienne. Le personnel est haineux et cruel. Les pensionnaires sont livrés la plupart du temps livrés à eux-mêmes et vivent selon des codes brutaux et très hiérarchisés ("esclaves", "lieutenants" et "roi"). Sergei-Kourdakov-1.jpgSergei finit par devenir "roi" de Barysevo. Plus tard il fut recruté par la section locale de la Jeunesse Communiste.
Par son charisme et son intelligence, il s’élève vite dans l’échelle sociale communiste. Chef des Cadets de l'Académie Navale de Leningrad, Officier Cadet, lieutenant de la Marine Russe, Cadre de la Ligue de la Jeunesse Communiste et chargé "d'enseignement du communisme", auxiliaire du KGB avec pour mission : traquer et persécuter les "religiosniki". Ce persécuteur de "croyants" (150 "expéditions punitives" à son actif) sera pourtant terrassé par la grâce sur son chemin de Damas. Profitant d'une mission en mer près des côtes du Canada, il décide de tenter une évasion à haut risque et parvint à gagner la côte canadienne.Sergei-Kourdakov-2.jpg
Recueilli au Canada, il n’aura de cesse de témoigner de sa conversion. Les autorités soviétiques tentent plusieurs fois de le "récupérer". Le 1er janvier 1973, peu de temps après avoir écrit son histoire, il meurt d’une balle de pistolet. Après enquête, sa mort fut déclarée "accidentelle".

Le témoignage de Sergei Kourdakov existe en version française depuis 1976 sous le titre "Pardonne-moi Natacha". Ce livre est largement autobiographique mais aussi un témoignage détaillé du système soviétique. Sergei y relate bien-sûr sa conversion et sa rencontre avec Dieu.

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Vania MOISSEIEFF

Publié le par Christocentrix

Vania (Ivan) Moïsséieff (1952-1973) fut un jeune témoin du Christ dans l'univers soviétique.VANIA-MOISSEIEFF.jpg Né en Moldavie (rattachée à l'époque à l'URSS) il est appellé en 1970 a effectué son service militaire pour l'Union soviétique. Déjà jeune apôtre de l'Evangile avec un impact certain sur d'autres jeunes, il entend continuer naturellement son témoignage au sein même de l'armée soviétique. Assidu à la prière quotidienne, l'environnement hostile cherche à lui faire abandonner ses convictions chrétienne. Il est d'abord l'objet de sévères brimades (privation de nourriture, exposition au froid, travail de nuit, privation de repos, etc...). Non seulement son témoignage ne fut pas amoindri mais il fut à l'origine de conversions de quelques compagnons. Ce qui exaspéra ses supérieurs. Vania sera emprisonné dans un camp spécial où il subit plusieurs fois la torture pendant douze jours. Il meurt torturé à mort à l'âge de 21 ans.

 

Sergiu Grossu (philosophe roumain) a relaté l'histoire de ce jeune soldat du Christ qui voyait les anges. L'auteur trace un portrait à partir des lettres échangées avec parents et amis. Son témoignage passe par des documents authentiques. Pages magnifiques d'un portrait spirituel bouleversant. (Vania Moïsseieff, le jeune martyr de Volontirovka, éditions Catacombes, 1988).

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Approches et études sur Ernst Jünger

Publié le par Christocentrix

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"On aura tout entendu : un pot-pourri - vraiment pourri - de toutes les accusations à la mode : Ernst Jünger le nazi, l'antisémite, et même, même ! le collaborateur. On doute si les mots ont encore un sens. En tout cas les nazis auraient aimé ce grief de collaboration, eux qui trouvaient Jünger un peu trop "français" à leur goût...
"Voilà plus de quarante ans qu'on m'abreuve de toutes les inventions de la haine" écrivait Victor Hugo en 1871. "Je bois avec calme ces cigües et ces vinaigres". Jünger en aura été abreuvé deux fois plus longtemps. Le parti pris d'incompréhension, la mauvaise fois calomniatrice, l'ignorance arrogante, se sont fabriqué avec lui et une fois pour toutes un épouvantail sur mesure, lequel n'a qu'un seul inconvénient : celui de n'avoir à peu près aucun rapport avec le véritable Jünger, qu'on ne daignera pas connaître. Une radio nationale, en guise de nécrologie, l'a présenté comme un auteur de soixante dix romans, dont "Orages d'acier". Faut-il rappeler que Jûnger n'a écrit que cinq ou six "romans" au sens usuel et que "Orages d'acier", son premier livre écrit en 1920, est son journal de combattant des tranchées ? Du moins, sans le vouloir, l'annonce était assez drôle ; on aura lu et entendu beaucoup pire, des deux côtés du Rhin, dans la bêtise et la bassesse.

On lui aura tout reproché, successivement et contradictoirement : d'avoir aimé la guerre - la première - et de l'avoir écrit- à vingt ans; d'avoir écrit "la Paix" , en pleine guerre -seconde- à quarante ans passés ; d'avoir été nationaliste en 1920 puis d'avoir écrit quarante ans après "l'Etat universel" ; "nihiliste" avant guerre pour les uns, "spiritualiste" après selon d'autres, sans compter les plus récentes accusations d'apologie des drogues. Il ne manquait à Jünger que d'être assis au même banc que Socrate, en tant que corrupteur de la jeunesse.

Philippe Barthelet,  Ernst Jünger, dossier H, Age d'Homme, 2000.

 

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un lien : http://www.tvnc.tv/Ernst-J%C3%BCnger-une-vision-du-monde-soldatesque-et-hermetique_v114.html 

 

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un stoïcien dans le maquis

Publié le par Christocentrix

Pourquoi tant de bruit autour du « collabo » Drieu, et un tel silence sur le « maquisard » Prévost ? Parce que sa philosophie paraît décidément bien hautaine ? Telle était la question que posait Jean Mabire, en 1979, dans un article du Figaro Magazine.
                                                               
                                                               *
"Après le Drieu La Rochelle de Dominique Desanti paraît le Jean Prévost d'Odile Yelnik. Étrange fascination posthume de deux écrivains de l'entre-deux guerres qui furent, l'un comme l'autre, des « hommes couverts de femmes ». Leur culte de l'amitié virile devait les conduire ensuite dans des camps ennemis. La mort les attendait au bout du chemin. Celle de Jean Prévost paraît encore plus tragique. Fusillé par une patrouille allemande à Sassenage, le ler août 1944, il a été depuis oublié - c'est-à-dire trahi - par les siens. Jamais on ne vit une telle ombre tomber sur un écrivain, alors qu'il était, de surcroît, un authentique héros de la Résistance. Ceux qui avaient choisi le parti de la Collaboration sont souvent mieux traités par la postérité.

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Le livre d'Odile Yelnik n'explique pas grand-chose à ce sujet. On situe toujours mal la réelle importance de Jean Prévost à la veille de la guerre. Pourtant, il est à la fois romancier et critique; pas très lu, mais connu dans le monde des lettres. Ses articles de la Nouvelle Revue française sont de ceux qui comptent. Il a lancé un jeune inconnu, Saint-Exupéry (qui disparaîtra en mission aérienne le jour même où Prévost sera fusillé). Il a publié un remarquable essai, Plaisir des sports, qui soutient la comparaison avec Les Olympiques de Montherlant, et une demi-douzaine de romans, dont l'un au moins, Les Frères Bouquinquant, a connu un certain succès, grâce au film de Louis Daquin. Ses études sur Stendhal et Baudelaire font autorité. Pourtant...
Bien d'autres écrivains de moindre importance ont mieux franchi l'épreuve du temps. Paul Nizan, par exemple, ou Eugène Dabit. Mais Jean Prévost, lui, ne « passe » pas. De l'édition posthume des Caractères, en 1948, on a vendu, dit-on, quarante-sept exemplaires.
Pourquoi cet oubli? Le livre d'Odile Yelnik, travail concienscieux mais singulièrement dépourvu de flamme, alors que Jean Prévost était avant tout un homme de violence, ne répond guère à cette question. Et c'est pourtant la seule qui compte quand il s'est produit une telle injustice.

 

Prévost est certes tombé dans le bon camp. Mais ce fut à l'issue d'un combat dont on n'aime guère ranimer le souvenir. Le soulèvement du Vercors fut déclenché trop tôt et les maquisards y furent pratiquement abandonnés par les services spéciaux d'Alger. On se souvient que cette affaire provoqua une rude polémique entre Fernand Grenier et Jacques Soustelle. Et le dernier message envoyé par les chefs civils et militaires du Vercors est terrible : « ... ceux qui sont à Londres et à Alger n'ont rien compris à la situation dans laquelle nous nous trouvons et sont considérés comme des criminels et des lâches. Nous disons bien criminels et lâches. »
Il est certain que Jean Prévost, qui commandait alors une compagnie de combat, sous le nom de «capitaine Goderville », ne pouvait que partager les sentiments de ses camarades et se sentait pris au piège par l'impéritie peuple-impopulaire-copie-1.jpgde ceux qui l'avaient lancé dans une telle aventure. Peut-être avait-il même l'impression que l'on voulait, en haut lieu, se débarrasser d'une certaine Résistance. D'où le titre du livre d'Alain Prévost, évoquant sa jeunesse au Vercors sous les ordres de son père : Le peuple impopulaire.
Ancien membre des étudiants révolutionnaires au temps de son passage rue d'Ulm, fugace adhérent socialiste, indubitable « progressiste », Jean Prévost garda ses distances avec le parti communiste. Il ne fut pas récupéré comme «compagnon de route», même à titre posthume. Car ce disciple, parfois rebelle, du philosophe Alain, s'il s'apparente à la famille radicale, reste avant tout un individualiste.
Ses essais, ses romans, ses nouvelles, ses articles, toute son oeuvre, célèbrent des « vertus » qui sont devenues fort peu à la mode. Le monde de Prévost est celui de la violence, de l'effort, de la volonté. La seule morale de ce libre-penseur est un singulier culte de l'honneur, qu'il lie à la réalité d'un Occident aujourd'hui fort contesté : « L'honneur s'est passé de principes, il a survécu à toutes les castes et à toutes les révolutions, tant il était bien ancré dans le coeur des hommes d'Occident. Infiniment plus fort que l'amour de la patrie et l'amour de l'humanité, et assez fort pour laisser attribuer à d'autres sentiments tous les sacrifices qui se sont faits pour lui. On ne meurt que pour le plaisir de rester digne de soi-même. »

Prévost

Certaines phrases de Jean Prévost rendent ainsi un ton très actuel : «Je crois que l'Occident triomphera. Grâce à son imprudence. Il aime encore placer la vie et la pensée dans des circonstances difficiles, lancer tout son acquis en des traversées hasardeuses: on s'y dévore, la sélection y est plus vive qu'ailleurs. »  Certains passages de cet oeuvre évoquent la nostalgie d'un ordre dont le maître-mot serait stoïcisme - ce qui, une fois encore rapproche Jean Prévost de Montherlant. Ainsi : « Le stoïcisme permet à l'homme de persister, dans un milieu qui tend à le dissoudre, tel que chacun pourrait être dans un milieu qui le maintiendrait. »
Le grand rêve de Jean Prévost tel qu'il a voulu le vivre sur les stades puis dans le maquis, a été naissance de ce qu'il a lui-même nommé « une aristocratie populaire ». Le fusillé de Sassenage ne peut se classer ni à droite ni gauche. Il l'a dit une fois pour toutes, dès sa dix-huitième année : sa seule passion a été de « défendre violemment des idées modérées ». Ce qu'il récuse avant tout, c'est la société marchande et le règne de l'argent.
Cela ne va pas sans illusion, mais Jean Prévost est justement mort d'avoir cru à cette illusion : « L'homme du peuple, en France, ressemble à un noble bien plus qu'à un bourgeois. Il admire les prouesses physiques, il tient la gaieté pour une vertu, il aime le courage jusqu'à l'imprudence, il agit par générosité, par tendresse, par honneur et par caprice bien plus que par devoir; n'aime l'argent que pour le dépenser... »
En traçant ainsi le portrait de ce qu'il nomme « le gentilhomme prolétaire », c'est son propre portrait qu'il imaginait.
Toutes ces citations ne sont pas extraites de la biographie d'Odile Yelnik.  C'est pourquoi il faut maintenant, et d'urgence, rééditer Jean Prévost. "
                                
                                   Jean Mabire (le Figaro Magazine, 10 mars 1979)
                                                                       
                                                                      *
Depuis cet article de Jean Mabire, certains livres de Prévost a été réédités, et on peut trouver des essais biographiques.  

 

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                                                                                       de Jérôme Garcin



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Résistant, romancier, critique, essayiste, journaliste, athlète, séducteur, etc... : Jean Prévost fut le surdoué et l’homme à tout faire de la république des lettres françaises depuis les années 1920 jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il en fut aussi l’honneur, lui qui mourut dans les combats du Vercors le 1er août 1944, à 43 ans, en laissant devant lui probablement le meilleur de sa carrière. Cet ouvrage dresse le portrait d’une personnalité aussi complexe que fascinante. Ses combats, ses convictions politiques, son engagement journalistique, son amour du cinéma et de la littérature, sa fréquentation des grands écrivains et des grands livres, sa vision esthétique : telles sont quelques-unes des facettes multiples que l’on verra ici présentés par certains des meilleurs spécialistes de l’écrivain ainsi que par ses proches, qui proposent des témoignages émouvants. Aux avant-postes de l’Histoire, aux avant-postes de la littérature, Jean Prévost reste, à n’en pas douter, un héros pour notre temps. (Jean Prévost aux avant-postes. Ouvrage collectif sous la direction de Jean-Pierre Longre et William Marx, Essai/ collect. Réflexions faites, 2006).
 
                                                                 *
des liens :
- éléments bio-bibliographiques : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Pr%C3%A9vost   

 

 

 

 

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famille

Publié le par Christocentrix


 

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le Bataillon Sacré

Publié le par Christocentrix

Le "Bataillon Sacré" grec, qui s'illustra durant la 2ème Guerre mondiale, d'abord en Afrique, puis dans la reconquète les îles de l'Égée, présente un cas unique dans les annales de l'Histoire. Unité de commandos entraînés à toutes les disciplines (guerre des sables, parachutisme, raids amphi­bies, alpinisme, sabotage et close-combat) sa tradition remonte à l'Hellade d'Épaminondas. Dans l'histoire grecque, plusieurs unités se transmettront ce titre de "Bataillon Sacré".

 

- Celui créé au IVè siècle avant notre ère par les thébains Epaminondas, Pélopidas et Gorgidas comme unité spéciale d'hoplites. Cette unité s'est illustrée à Leuctres (371) et à Mantinée (362), l'emportant notamment sur les farouches Spartiates. Les "Immortels" du Bataillon sacré ne plieront que devant Alexandre et seront décimés à la bataille de Chéronée, en 338.

 

- Celui dit d' Iaşi, créé le 22 février 1821 par Alexandre Ypsilántis (1792-1828), un officier grec au service du Tsar de Russie qui combattit pendant les campagnes napoléoniennes de 1812 à 1814 où il perdit un bras. Il leva une troupe composée de 500 étudiants grecs de l’étranger. Le 7 juin, ils furent défaits par les troupes turques près de Drăgăşani actuelle ville de Roumanie.

( voir :  http://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Ypsil%C3%A1ntis).

 

- Le Bataillon Sacré des Grecs de l’Épire du Nord formé le 14 février 1914 par Spyridon Melios ou Spyromelios, pour gagner leur indépendance. Ils défirent les Albanais à la bataille de Premet le 23 février.

 

- Après l'occupation allemande de la Grèce en 1941, le gouvernement grec s’exila en Égypte, où résidait une communauté de plus de 200.000 grecs. Devant le nombre important d’officiers présents, il fut créé le 15 septembre 1942 un bataillon de 200 hommes, composés uniquement d'officiers, sous les ordres du Major Antonios Stephanakes, et le commandement opérationnel du colonel Christodoulos Gigantes. Ce bataillon prit le nom de Bataillon Sacré. Rattaché aux Forces Grecques Libres, il fut entraîné par le SAS de David Stirling et participa un temps, à la guerre en Lybie, puis l'Archipel de la mer Egée devint son théatre d'opérations. Ce régiment fut à l’origine des Forces spéciales grecques actuelles.

 

 

Thèbes, IVe siècle avant Jésus-Christ le premier commando de l'Histoire.

Au IVème siècle avant notre ère, Épaminondas de Thèbes, en vue de secouer le joug lacédémonien, confie à Pélopidas le recrutement de trois cents guerriers « entretenus et instruits aux frais de la cité, et unis les uns aux autres par la plus étroite amitié », indiquent en général les sources (...unis par de puissants liens d'amour et de loyauté (selon d'autres traductions). Plutarque commente aussi « certaines de ses sources » quant à l'origine du binôme... (mais celà n'entre pas dans le cadre de cet article).

Toujours selon Plutarque, « Le Bataillon Sacré avait été, dit-on, créé par le commandant thébain Gorgidas. Il l'avait composé de trois cents hommes d'élite dont la cité prenait en charge l'entrainement et l'entretien, et qui campaient dans la Cadmée : c'est pourquoi on l'appelait le bataillon de la cité ». (Plutarque (vers 46/vers 125), Vie de Pélopidas, XVIII, extrait de la traduction d'A.-M. Ozanam pour les éditions Gallimard, 1991.). Il note aussi que: « Gorgidas disposa d'abord le Bataillon sacré tout au long de la ligne de bataille thébaine, utilisant ces soldats d'élite pour renforcer la résolution des autres. Mais après que le Bataillon se fut distingué à Tégyres, Pélopidas l'utilisa comme une sorte de garde personnelle. Pendant trois décennies, ce corps d'élite continua de jouer un rôle important ».

Ces hoplites, ne tardent pas à devenir l'école d'héroïsme de la jeunesse thébaine. Leur exceptionnelle valeur incite Pélopidas à créer une phalange bien distincte de l'armée régulière, et chargée des opérations les plus dangereuses.  Ainsi naît, vers 380 avant Jésus-Christ le premier commando de l'Histoire.

En 371, les troupes de Thèbes affrontent l'armée de Sparte, supérieure en nombre, dans la plaine de Leuctres. Inaugurant la tactique de la « phalange oblique », qui sert encore d'exemple aux stratèges modernes, Épaminondas enfonce un coin de guerriers marchant sur cinquante rangs de front dans les lignes de Cléom­brotos. En même temps, la cavalerie thébaine s'élance sur les esca­drons lacédémoniens. Au moment critique, Pélopidas fait donner ses trois cents Immortels. C'est alors qu'en plein feu de l'action, les béotarques du Bataillon Sacré « ayant goûté l'exil, estiment préférable de périr au combat ». Ils prêtent le fameux serment  : « Vaincre ou mourir », puis s'élan­cent, taillant les Spartiates en pièces. Leur bravoure triomphe du grand nombre. Thèbes est libre, et, sous le gouvernement d'Épa­minondas, aspire à l'hégémonie, menaçant la suprématie panhellé­nique d'Athènes.

La querelle se vide en 362 à Mantinée. D'une part, Thèbes et ses alliés. De l'autre, la coalition d'Athènes et de Sparte. Grandiose bataille ! Épaminondas commande trente mille hoplites et trois mille cavaliers. Ses adversaires déploient vingt mille fantassins et deux mille centaures casqués dans la plaine. Quand ils en viennent aux mains, la contrée entre en éruption, de Mantinée à Tégée. La phalange oblique opère à nouveau son miracle. C'est alors qu'Epaminondas, combattant au plus fort de la mêlée, est frappé d'une blessure mortelle. On le porte à l'écart. Un médecin extrait le fer planté dans sa poitrine. Un flot de sang s'écoule. Il expire, et c'en est fait à tout jamais de l'expansion béotienne. Cependant, ainsi que le grand Thébain en exprime le voeu en rendant le souflle, l'union des Grecs se réalise, cimentée par la menace venue du nord : élargissant son royaume de Pella, Philippe de Macédoine entreprend de conquérir l'Hellade entière. Ses armées ravagent le pays en tous sens, subjuguant les petites cités, brûlant les campagnes. Démosthène s'efforce de négocier. Mais tel l'oiseau de proie, Philippe est insatiable. Et c'est Chéronée, l'an 338. Philippe aligne trente mille fantassins et deux mille cavaliers. Démosthène commande à trente-cinq mille confédérés. La bataille se déroulant en Béotie, Théagène, le général thébain revendique la place d'honneur, l'aile droite. Les Athéniens sont à gauche, sous Stratocle. Au centre : leurs alliés. La lutte s'engage. Les phalanges macédoniennes armées de longues piques, s'avancent en ordre serré. Parmi les cavaliers qui char­gent sur leur flanc caracole un jeune prince à ses premières armes. Il se nomme Alexandre, et afin d'éprouver sa valeur, le roi, son père le lance contre les braves des braves, les trois cents du Bataillon Sacré. Impavides, les Immortels rendent coup pour coup. Mais Phi­lippe se révèle un stratège de classe. Appliquant la tactique d'Horace contre les Curiaces, il tolère que son centre plie. Puis, lâchant ses cavaliers sur les confédérés échelonnés dans la poursuite, il les décime. Fidèle à sa devise, le Bataillon Sacré résiste jusqu'à la mort. Selon les uns, Alexandre et sa cavalerie exterminent les trois cents jusqu'au der­nier. Selon les autres : " 254 des 300 soldats furent alors tués et tous les autres blessés". Selon la tradition, Philippe II de Macédoine, s'arrêtant devant l'endroit où le Bataillon avait péri, et apprenant qu'il s'agissait du bataillon des érastes et des éromènes, s'écria : « Maudits soient ceux qui soupçonnent ces hommes d'avoir pu faire ou subir quoi que ce soit de honteux ».

Les soldats tués furent enterrés plusieurs jours après la bataille dans une sépulture collective (πολυάνδρειον / polyandreion). Ceux de Chéronée élevèrent aux héros thébains un monu­ment sur le champ de bataille, un lion de marbre énigmatique, (découvert en 1818, lorsque des archéologues creusèrent et  trouvèrent 254 squelettes placés en 7 rangées, ce qui vient corroborer l’Histoire écrite). Le lion a été perdu et restauré à plusieurs reprises, mais il existe toujours, réplique du polyandreion de Thespini,  qui de nos jours encore, campé sur le bord de la route, suit du regard les passants. Pour les abattre il avait fallu rien de moins que le futur conquérant du monde. Philippe étant assassiné, Alexandre s'empare du sceptre et achève de dompter la Grèce. Puis, il s'élance à la conquête de l'Asie, balayant l'Empire des Perses jusqu'en Inde. Sous les sabots de Bucéphale, la Cappadoce, l'Égypte, la Mésopotamie, la Parthie et la Bactriane apprennent l'hellénisme dont l'épanouissement atteint les marches du Tibet, en même temps que la mère patrie, drainée de ses forces vives, s'affaiblit.

A l'occident, Rome grandit et l'heure vient où ses légions entre­prennent à leur tour la marche vers l'orient. L'Hellade, conquise, conquiert ses conquérants. César et Auguste : l'apogée. Ensuite, la décadence. A l'ouest, l'Empire romain s'écroule sous les coups des barbares. A Byzance l'Empire d'Orient survit quelques siècles encore, hellénisé. Les Turcs apparaissent alors, venant des confins de l'Asie. Le tourbillon des croisades franques achève d'émietter la puissance byzantine, et en 1453 le dernier empereur chrétien succombe, l'épée à la main, sous les murs de Constantinople asser­vie.

 

1821 : la première résurrection du Bataillon Sacré.

L'occupation de l'Hellade dure près de cinqBS-Lion-et-Dragestani.jpg cents ans. Cepen­dant, le Turc ne peut assimiler le Grec, ni le musulman convertir l'orthodoxe chrétien, et quand la sénilité des empires frappe le conglomérat ottoman, le feu qui n'a cessé de dormir sous la cendre se ranime. En 1821, l'archevêque de Patras, Germanos, exalte le drapeau de l'indépendance, et l'insurrection éclate, enflammant l'enthousiasme des philhellènes européens. La répression est atroce, la devise des Turcs : « fer, feu, escla­vage ». Mais de toutes parts les secours affluent. Un général patriote, Ypsilantis, enrôle autour d'un drapeau les jeunes volontaires de la millénaire colonie grecque d'Odessa, et l'unité fait sienne l'appel­lation venue du fond des âges, ressuscitant ainsi le Bataillon Sacré. La devise est la même : « ayant goûté l'exil... ». Un officier valeureux prend le commandement : Georges Cantacuzène. A Byzance des empereurs ont glorifié ce nom. Au coeur de l'été 1821, le second Bataillon Sacré de l'Histoire campe à Rimtsikon. L'armée de Kara Feyz approche. Elle bloque les passes montagneuses, cerne les volontaires en route pour la Grèce. Le 7 juin, le commandant du Bataillon tente de se dégager. Kara Feyz contre-attaque. Cavalerie et janissaires fondent sur les trois cents en terrain découvert. La mêlée affecte des dimensions épiques. Les volontaires sont jeunes. Pour la plupart c'est le baptême du sang. Ils se forment en carré. Le feu roulant des Turcs les fauche comme des épis. La cavalerie du sultan déferle en vagues successives, défonçant leurs rangs. Écrasé sous le piétinement des chevaux, blessé à mort, le porte-drapeau s'écroule. Une poigne saisit au vol l'emblème qui flotte, un instant encore, sur le charnier. A la nuit, deux cents héros sont tombés. Trente-sept autres, prisonniers des Turcs, subissent les pires tortures. Le second Bataillon Sacré a vécu. Cependant, l'holocauste n'a pas été vain. Dragatsani galvanise l'esprit de résistance des jeunes Grecs. Les Immortels se sont montrés dignes de la tradition, garante impérissable de tout destin national. Leur exemple rejoint le geste des femmes souliotes qui se jettent au bas de la falaise plutôt que subir le harem ou le viol. Il s'ajoute à celui des preux de Missolonghi qui chantent, barri­cadés dans une poudrière, puis se font sauter quand les troupes de la Porte submergent les remparts éventrés. (ce même Missolonghi, où est venu mourir Lord Byron, après un dernier poème enflammé).

Intéressées au démembrement de l'Empire turc, France, Angle­terre et Russie apportent leur aide aux insurgés. Les escadres coa­lisées pénètrent en rade de Navarin et anéantissent la flotte du sultan sans coup férir. Dès lors, l'issue victorieuse de l'insurrec­tion libératrice est acquise. En 1832, la Grèce moderne voit le jour. Le nouveau royaume ne comporte encore que le Péloponnèse des Spartiates, l'Attique de Démosthène, la Béotie d'Épaminondas, l'Etolie et l'archipel des Cyclades. Mais, en 1864, les îles Ioniennes regagnent le giron ancestral. En 1878, c'est la Thessalie. On notera à ce propos, qu'en 1877, dans la Thessalie encore occupée par les turcs, un professeur thébain et deux jeunes officiers prêtèrent le serment de vaincre ou mourir et levèrent un bataillon de volontaires, se réclamant à leur tour de la tradition sacrée. Cette petite troupe harassa l'occupant et contribua à réchauffer la flamme de l'irrédentisme.

En 1913, après les guerres balkaniques, l'Épire du Sud, la Macédoine, la Thrace sont réunies au territoire libéré... l'Hellade reprend tournure. Au cours de la première Guerre Mondiale, le Crétois Vénizélos range la Grèce du côté des pays de l'Entente. Le roi, Constantin Ier, d'avis contraire, abdique. Les Alliés débarquent à Salonique. En 1918, c'est la victoire.Venizelos gouverne le pays et fera en sorte qu'en 1922 la Crète puisse réintégrer le territoire national. Les îles du Dodécanèse (avec Rhodes) restent encore aux mains des Italiens, qui les occupent depuis 1912.

Dans les années entre les deux guerres mondiales, la Grèce connaîtra plusieurs modifications de ses frontières (et de nombreux soubresauts (luttes politiques entre Monarchistes et Républicains, guerre avec la Turquie, catastrophe d'Asie mineure avec 1.200.000 réfugiés, de graves problèmes internes, plusieurs coups d'Etat, Républiques et Restaurations monarchiques, dictature de Métaxas). Bien des crises menaçèrent son unité nationale ou son intégrité territoriale. Cette unité elle saura la retrouver le jour du "Non" (28 octobre 1940)...le "Non" laconique que Métaxas opposera à l'ultimatum du Duce.

 

Du "Jour du Non"... au 15 septembre 1942

Face à l'envahisseur, la Grèce est unanime dans sa volonté de résistance patriotique. L'héroïsme des grecs tint en échec les armées de Mussolini et passèrent même à la contre-offensive en repoussant celles-ci de 60 kms au-delà de la frontière albanaise. Durant 6 mois, 16 divisions grecques tiennent en échec 27 divisions italiennes pourtant mieux équipées. Une terrible vague de froid (-30) fige le front et les deux camps endurent le martyr du gel ; vingt à trente mille amputés dans chaque camp. Mussolini envisage une demande d'armistice... (Mémoires de Ciano). Seule l'intervention allemande du 6 avril 1941 sauva Mussolini de l'humiliation militaire et permit l'occupation de la Grèce après la capitulation de son armée le 23 avril. Le gouvernement grec se transporte d'abord en Crète (qui résistera jusqu'en mai 1941) puis en Egypte, à Alexandrie, où la communauté grecque comptait dejà deux cents mille personnes et où l'aviation et la marine grecque, ont aussi trouvé refuge. Puis les évadés de la Grèce occupée affluent, notamment de nombreux officiers. Une première brigade des Forces Libres Grecques (F.L.G) ne tarde pas à se former, sous les ordre du général Bourdaras. C'est dans ce contexte que germera l'idée de la reconstitution d'un bataillon d'élite. Ce bataillon de 200 hommes sélectionnés fut créé le 15 septembre 1942, composé uniquement d'officiers, sous les ordres du Major Antonios Stephanakis et le commandement opérationnel du colonel Christodoulos Gigantès ( un ancien de la Légion Etrangère). Il sera d'abord nommé "Bataillon des Immortels" mais après discussions, sur proposition du chef d'état-major Maravéas, il prendra le nom de "Bataillon Sacré".

« Fort d'un assentiment pareillement unanime, j'émis alors l'opinion qu'une appellation telle que "Bataillon d'élite des Immor­tels" ne manquerait pas de sel au cas où nous nous ferions rosser du premier coup. "Bataillon d'officiers" me paraissait plus conve­nable et pour tout dire, plus prudent. En définitive ce fut Mara­véas, le chef d'état-major, qui prononça le nom du Bataillon Sacré.  Là, c'était parfait. On pouvait se faire massacrer sans com­plexes, étant donné les antécédents de Dragatsani et de Chéronée. Seulement, et à moins que l'humour grec ait souffert au Moyen-­Orient, j'étais bon pour le sobriquet de Pélopidas. Mieux valait ne pas y penser... » (Gigantès).BS-insigne.jpg

Mais Gigantès y pense, au contraire et celà éveille en lui des réminiscences; lui revient en mémoire en particulier le mot d'un ami français, Jacques Bainville, un jour qu'ils se pro­menaient ensemble à Thèbes. Contemplant le modeste périmètre de l'antique cité, l'académicien lui dit : "Le miracle grec, c'est qu'ils réussirent à faire l'Histoire avec des querelles de villages". 

-Vrai ! Combien étaient-ils ceux du Bataillon de Leuctres, de Mantinée, de Chéronée ? Trois cents, et les volontaires d'Ypsilantis ne dépassaient pas ce nombre infime. Qu'est cela par rapport aux milliers de soldats restés sur le carreau de Verdun, ou plus récem­ment du front russe ? Souvent de tels holocaustes ne figuraient même pas au communiqué. En guise d'épitaphe : "rien à signaler", comme l'ont si bien souligné Erich Maria Remarque, Henri Bar­busse et Roland Dorgelès. Pourtant, nos enfants apprennent encore à révérer la mémoire d'Épaminondas et du carré des sacrifiés à Dragatsani. Est-ce parce que ces hommes combattaient vrai­ment pour la liberté ? Ou alors ils avaient une manière à eux de tomber, pour que ça y ressemble... (Costa de Loverdo).

Et Gigantès de se souvenir : « dans ce bureau de l'état-major, pendant que Maravéas s'entretenait avec les autres, je songeais : Que Dieu tout puissant et notre sainte mère Marie nous préservent de ridiculiser le "procédé". Les slogans de l'ancien temps me prenaient à la gorge : " Pour qui a goûté l'exil, mieux vaut mourir en combat­tant...". Point d'autre alternative. " Vaincre ou mourir "... J'étais coincé ».

 

Costa de Loverdo, auteur d'un ouvrage intitulé "le Bataillon Sacré, 1942-1945", édité en 1968, à partir d'archives, relate en détail, les faits d'armes accomplis par ce Bataillon Sacré durant la reconquète de son indépendance par la Grèce; comment ce Bataillon passa des combats de Lybie et Tunisie, dans lesquels il fut mêlé, à la mission de reconquète des îles du Dodécanèse. Il raconte comment ces commandos, après une préparation spéciale et une conversion amphibie, se transformeront en "pirates de l'Archipel", dans une guerre de harcèlement et de "coups-de main" concernant plusieurs îles de la mer Egée, occupées par les Italiens et les Allemands. Raids qui frappèrent l'ennemi de stupeur. Notamment la neutralisation des canons de Navarone (Milo).  Tous les détails de la reconquète du Dodécanèse et de la prise de Rhodes y sont rapportés, et comment fut obtenue la capitulation des forces allemandes de toute la mer Egée. Empruntant la substance de son ouvrage aux archives inédites du grand état-major héllenique, Costa de Loverdo l'anime du souffle épique qui émane des témoignages des survivants.

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Au milieu des récits purement militaires, j'ai relevé un passage d'une teneur différente que je livre tel quel. La scène se passe lors d'une période d'entrainement du Bataillon dans les montagnes du Liban.

« Les chefs druzes se plaisent à recevoir la fine fleur du Bataillon Sacré. Le cheik du canton voisin, un noble au profil d'aigle, convie Zaharakis et Papageorgopoulos à un méchoui nocturne : scène fantasmagorique,  la vaste tente à demi envahie par l'ombre extérieure, le brasier dont les flammèches sculptaient les traits burinés des Druzes accroupis, l'air cristallin, le ciel constellé, le givre...

« Notre hôte parla :

- Les Grecs sont frères et ne devraient pas s'entre-dévorer. J'exprime cette opinion car je suis l'un des vôtres. Ne croyez pas qu'il s'agisse d'une simple figure de style. Comment cela se fait ? Je vais vous le montrer...

« Il se leva, plein d'une majesté innée, et nous le suivîmes à travers les ruelles escarpées du village, vers une espèce d'abri aux murs de pierre sèche à demi enterrés. Nous y pénétrâmes à la lueur des torches. De gros blocs s'y trouvaient alignés. O surprise ! Ils étaient couverts de bas-reliefs et d'inscriptions rongés par l'intempérie.

- Ce sont les  "pierres grecques".  Elles marquaient l'emplacement d'un abreuvoir construit par les cavaliers d'Alexandre quand ils conquirent nos vallées. L'an dernier nous avons craint que les Allemands n'arrivent jusque dans le Liban et ne les enlèvent. Elles font partie de notre patrimoine. Alors, nous les avons cachées...».(récit du commandant Papageorgopoulos) .

 

Costa de Loverdo raconte les dernières heures du Bataillon, à la fin de la guerre, et sa dissolution au Caire, en Juillet/Août 1945, au cours d'une cérémonie en présence du Prince héritier Paul des Grecs entouré de la colonie grecque d'Egypte et des autorités civiles et militaires. Puis le Bataillon se transporte à Athènes pour une dernière cérémonie au Champ-de-Mars. Le colonel Gigantès présente le drapeau du Bataillon Sacré à l'archevêque Damaskinos primat de Grèce et régent du royaume, qui le bénit. Une stèle commémorative est dévoilée. l'Unité défile au long de l'allée des Héros, bordée des statues des héros de l'Indépendance. A l'issue de la cérémonie le drapeau du Bataillon Sacré est remis solennellement à la garde des élèves officiers pour être déposé au musée des Elvépides. (équivalent grec de Saint-Cyr).

Auréolé de gloire, le dernier Bataillon sacré de l'Histoire, quitte la scène, entrant de plain-pied dans la légende, en héritier prestigieux de ses prédécesseurs. benediction-drapeau-BS.jpg

 

 

J'ai déjà présenté Costa de Loverdo sur ce blog : http://christocentrix.over-blog.fr/article-costa-de-loverdo-54849199.html  et comment dans son ouvrage, "La Crypte du Perse" il indique que la dernière caisse d'or du trésor du Mont-Athos servit à armer le dernier Bataillon Sacré. Cet or du Perse, ce trésor caché après le naufrage de la flotte perse, dans lequel les Grecs ont pû puiser chaque fois qu'ils eurent à lutter pour la liberté de leur patrie.

"La Crypte du Perse" est née en 1954, d'oeuvres et de travaux commencés bien avant Jésus-Christ. Elle est la plus merveilleuse histoire que l'auteur ait ouï conter, une chanson de geste s'étalant sur bientôt trois millénaires et demeurée vivante jusqu'à nos jours. Darius Premier, Alexandre le Grand, Saint Athanase l'Athonite, les héros de l'Indépendance grecque y défilent, leurs destinées liées entre elles par ce fabuleux trésor qui coula au pied du Mont Athos avec la flotte perse de la première guerre médique.

 

Au lointain souvenir du marathonomaque, des marins qui chantaient le jour de Salamine, des fondations immenses d'Alexandroplis, des héros magnifiques du haut Missolonghi, des femmes sacrifiées aux falaises de Souli, des soldats acharnés des campagnes d'Albanie, vint s'ajouter l'écho des déserts de Lybie, et l'épopée sanglante des plages de Rimini. Aidant à tout celà depuis deux mille ans, vivifiant la Grèce comme s'il était son sang, nourissant les combats que livraient ses fils, le Trésor s'épuisa dans la Crypte du Perse.

 

 

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Nobilitas

Publié le par Christocentrix

Les Grecs et leurs pairs en civilisation fondatrice n'avaient de cesse de mettre en garde les dirigeants et les peuples contre les risques d'un système politique enclin à la dégénérescence. nobilitas Mais, ce système s'est lentement et insidieusement imposé en se présentant comme le système politique le plus libre et égalitaire qui soit. Or, depuis toujours, nos ancêtres nous ont avertis que bien qu'il apparaisse comme le garant de la liberté et de l'égalité, il n'était pas pour autant un régime de qualité, mais bien plutôt le régime de la médiocrité que nos cultures ne peuvent admettre. C'est en ce sens qu'Alexander Jacob rompt enfin avec les tabous de notre siècle. C'est avec rigueur que l'auteur, docteur en philosophie et professeur d'université, canadien d'origine indienne et de religion hindoue, a écrit ce livre empreint d'une totale incorrection politique, orienté par le point de vue d'un citoyen occidental aux origines hindoues. C'est une voix dissonante dans le désert du débat intellectuel contemporain. C'est un livre qu'il faut lire avec beaucoup d'attention, puisqu'il condense la pensée des nombreux auteurs qui, depuis la Grèce classique jusqu'à la première moitié du XXème siècle, ont défendu l'Aristocratie comme étant le système de gouvernement le plus adapté aux sociétés humaines : celui dans lequel les meilleurs pèsent plus que la majorité. Aristocratie ou démocratie ? Telle est la question qui divise notre culture depuis des siècles et dont la singulière importance redevient évidente dans l'actuelle société de masse.

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de l'aristocratie (Berdiaev) 2ème partie

Publié le par Christocentrix

(chapitre extrait du livre de Nicolas Berdiaev "de l'Inégalité" 1918-1923 )


"Certains d'entre vous sont disposés à reconnaître l'aristocratie spirituelle, encore qu'ils ne le fassent pas volontiers. Mais vous, vous représentez d'une façon par trop simpliste la relation entre l'aristocratie spirituelle et l'aristocratie historique. Vous croyez que celle-ci n'est qu'un mal du passé, qu'elle n'a pas de droit à l'existence et qu'elle n'a aucun rapport avec l'aristocratie spirituelle. La réalité est plus complexe que vous ne l'imaginez à l'accoutumée, vous autres, les simplificateurs. Certes, nul ne va confondre ni identifier aristocratie spirituelle et aristocratie historique. Les représentants de cette dernière peuvent se situer très bas du point de vue spirituel, tandis qu'il arrive, et même le plus souvent, que les plus hauts représentants de l'aristocratie spirituelle n'y appartiennent pas. Cela est indéniable et élémentaire.
Néanmoins, l'on ne saurait nier l'importance du sang, de l'hérédité, de la sélection sociale par la race, dans l'élaboration d'un type psychique moyen. Vous avez trop l'habitude de considérer l'homme abstraitement, comme une unité arithmétique, vous l'abstrayez de ses ancêtres, de ses traditions et de ses coutumes, de son éducation, des siècles et des millénaires qui vivent dans les cellules de son être organique. Votre entité abstraite et sans relation générique est une fiction privée de tout contenu réel. Vous définissez l'homme par ce qu'il a de commun avec tous les autres : deux jambes, deux bras, un nez, etc. Aussi échappe-t-il à votre regard; ce qui fait l'homme, c'est bien davantage ce par quoi il ne ressemble à aucun autre.
De nombreux cercles se croisent dans l'individualité humaine pour constituer sa race. Organiquement, par le sang, l'homme appartient à sa race, à sa nationalité, à sa classe, à sa famille; et toutes ces hérédités, traditions et habitudes raciales, nationales, familiales se réfractent d'une façon tout à fait particulière dans son individualité qui ne lui appartient qu'à lui seul et qui n'est à nulle autre pareille. La personne humaine se cristallise sur tel ou tel terrain organique, elle a besoin d'un milieu compact et supra-personnel où se produit une sélection qualitative. Une des plus grandes erreurs de toute sociologie et de toute éthique abstraites consiste à ne pas reconnaître l'importance de la sélection raciale qui constitue un sang et qui élabore un type psychique aussi bien que physique. La race a une importance énorme pour le type humain. L'homme peut en franchir les limites et déboucher sur l'infini, mais il doit avoir un genre individualisé. Le noble qui a dépassé le cadre de la noblesse et qui s'est affranchi de tous les préjugés et intérêts de caste reste noble par la race, par son type psychique, et la victoire même qu'il remporte ainsi peut manifester sa noblesse.

La culture n'est pas l'affaire d'un seul homme ni d'une génération. Elle existe dans notre sang, elle est l'oeuvre de la race et de la sélection raciale. L'esprit des « Lumières » et de « la révolution » est toujours superficiel et borné, sa marque a déformé même la science dont il se sert pourtant comme d'un étendard. Il a obscurci la signification de la race pour la connaissance scientifique. Or, la science objective et désintéressée doit reconnaître que la noblesse existe dans le monde non seulement en tant qu'une classe sociale avec des intérêts déterminés, mais encore qu'un type qualitatif, psychique et physique, en tant que la culture millénaire de l'âme et du corps. Le « sang bleu » n'est pas qu'un simple préjugé de classe, c'est aussi un fait anthropologique irréfutable et irréductible. En ce sens, la noblesse ne peut être détruite et aucune révolution sociale ne saurait anéantir les avantages qualitatifs de la race. La noblesse peut mourir en tant que classe, elle peut être privée de tous ses privilèges, dépouillée de sa propriété. Je ne crois pas à l'avenir de la noblesse en tant que classe et pour moi-même, en tant que noble, je ne veux pas de privilèges. Mais elle demeure en tant que race, que type psychique, que forme plastique; et l'élimination de la noblesse comme classe peut en accroître la valeur psychique et esthétique. C'est ce qui s'est produit jusqu'à un certain point en France après la Révolution. La noblesse est une race psychique qui peut se conserver et agir dans n'importe quelle structure sociale. Son maintien, avec ses traits aristocratiques cristallisés, est indispensable pour le monde et la culture universelle. Une disparition totale signifierait un abaissement de la race humaine, un triomphe sans mélange du parvenu, la mort de la noblesse immémoriale de l'âme dans l'humanité.


Il faut des millénaires pour dégager les traits nobles du caractère. Aucune révolution n'est capable d'annihiler les résultats psychiques de ce long processus. La destruction du régime féodal en Occident n'a pas causé la disparition complète de tous les traits psychiques formés par la chevalerie. D'autres classes se sont mises à les imiter. La chevalerie avait forgé la personne humaine, elle avait trempé le caractère. Ses traditions sont la source du sentiment de l'honneur chez l'homme moderne et dans le monde bourgeois contemporain. Elle avait élaboré un type d'homme supérieur. Elle avait une enveloppe temporelle et corruptible dont il n'est rien resté et qui n'était pas sans contenir des éléments sombres. Mais il y a aussi dans la chevalerie un principe éternel, qui ne meurt pas. Elle est un principe spirituel et non pas seulement une catégorie sociale et historique. La mort définitive de l'esprit chevaleresque entraînerait une dégradation du type de l'homme, dont la dignité supérieure a été modelée par la chevalerie et par la noblesse, d'où elle s'est diffusée dans des cercles plus larges. Elle est d'origine aristocratique. La formation sélective des traits nobles du caractère s'effectue avec lenteur, elle suppose une transmission héréditaire et des coutumes familiales. C'est un processus organique. Il en va de même pour la création d'un haut milieu culturel et des traditions de la culture supérieure. Dans la vraie culture, profonde et raffinée, l'on sent toujours la race, le lien du sang avec les traditions. La culture des hommes d'aujourd'hui, sans passé, sans liens organiques, est toujours superficielle et plutôt grossière.


Celui qui possède la culture depuis de nombreuses générations y manifeste un tout autre style et une autre solidité que celui qui y accède pour la première fois. Pour notre malheur, l'histoire de la Russie n'a pas connu la chevalerie. Cela explique entre autres que la personne n'y ait pas été assez élaborée, que la trempe de notre caractère n'ait pas été assez forte. Le pouvoir du collectivisme primitif y est resté trop marquant. De nombreux philosophes, savants et écrivains étaient fiers de ce qu'il n'y eût pas en Russie d'aristocratie véritable, que notre pays fût naturellement démocratique et non pas aristocratique. Si notre démocratisme de la vie quotidienne, notre simplicité, propres aussi à la véritable noblesse russe sont moralement admirables, l'absence de l'aristocratie a aussi été notre faiblesse et non pas seulement notre force. On y sentait une dépendance trop grande par rapport aux forces élémentaires et obscures du peuple, l'incapacité d'extraire d'une quantité immense un principe qualitatif directeur. Depuis Pierre le Grand, c'est la bureaucratie qui a joué chez nous le rôle de l'aristocratie et il y avait en elle quelques traits d'une sélection aristocratique. Néanmoins, l'on ne peut considérer une bureaucratie comme une vraie aristocratie de par son type psychique. Chez nous, prévalaient l'absolutisme bureaucratique d'en haut et le populisme d'en bas. Une évolution créatrice, où des éléments qualitativement sélectionnés auraient joué un rôle directeur, était devenue impossible, et c'est ce que nous payons cruellement. Il serait pourtant fort injuste de nier l'énorme importance de la noblesse en Russie. Elle a été notre couche culturelle la plus avancée. C'est elle qui a créé notre grande littérature. Les gentilhommières ont constitué notre premier milieu culturel. La beauté de la vie russe traditionnelle, son style plein de noblesse sont essentiellement ceux de l'aristocratie. C'est elle, avant tout, qui a développé le sentiment de l'honneur. En son temps, la Garde impériale a été une école d'honneur. L'intrusion de l'homme sans classe et sa prévalence excessive avait abaissé, plutôt qu'élevé, le type psychique du Russe. Notre vie perdit toute espèce de style. Notre plus belle époque, et qui mérite le plus d'être appelée notre renaissance, c'est encore le début du XIXè siècle, le temps de Pouchkine, de Lermontov et de toute une cohorte de poètes, l'époque des mouvements mystiques, des décembristes, de Tchaadaïev, des débuts du slavophilisme, celle du style Empire, c'est-à-dire le siècle où les nobles, l'intelligentsia aristocrate, la couche culturelle de la noblesse avaient le rôle directeur.

En ce temps-là, nous n'étions pas encore des nihilistes. Le nihilisme et son style sont venus supplanter chez nous la culture aristocratique qui n'avait pas encore poussé des racines assez fortes. Mais tout ce qui comptait dans la culture russe venait de l'aristocratie. Non seulement les héros de Léon Tolstoï, mais encore ceux de Dostoïevski, sont inconcevables en dehors de celle-ci. Rappelez-vous ce qu'en dit Dostoïevski dans L'Adolescent.
Tous nos grands auteurs ont été nourris par le milieu culturel de la noblesse. Dans les brasiers allumés par la révolution, non seulement les demeures de style Empire, mais aussi Pouchkine et Tolstoï, Tchaadaïev et Khomiakov, l'esprit créateur et les traditions de la Russie flambent. La destruction de la noblesse est celle des traditions culturelles, c'est une rupture de la suite des temps dans notre vie spirituelle. Votre haine de parvenus envers la noblesse est un sentiment qui abaisse l'homme. Elle vise non seulement les privilèges, depuis longtemps disparus et qu'il serait insensé de rétablir, mais encore des traits psychiques qui sont indestructibles et qui héritent de l'éternité. Il n'en faut pas moins reconnaître que la noblesse, moralement et spirituellement, était entrée en décadence avant qu'elle n'eût été renversée par la révolution.


Du point de vue psychologique, il ne faut pas que la chevalerie et la noblesse disparaissent du monde, elles doivent faire communier les grandes masses populaires avec le royaume de la dignité et de l'honneur, avec un type d'humanité plus élevé. C'est l'aristocratisation de la société, et non pas sa démocratisation, qui est spirituellement justifiée. Les prémisses de l'aristocratisme, de la dignité et de la race se trouvent dans toutes les classes de la société; il n'y en a point de réprouvées. Le processus libérateur de la vie humaine n'a qu'un seul sens, celui d'ouvrir de plus larges voies à la manifestation et à la prévalence des âmes aristocratiques.
Une recherche douloureuse et toujours renouvelée de l'aristocratie véritable a lieu dans l'histoire. L'attitude méprisante envers le menu peuple n'est pas le fait de l'aristocratie, elle est le propre du goujat, du parvenu. La vanité et l'arrogance sont indécentes. L'aristocratie devrait donner de sa surabondance aux simples gens, les servir de sa lumière, de ses richesses psychiques et matérielles. Sa vocation historique en dépend.

Ruskin rêvait d'un socialisme organisé par la noblesse héréditaire. Il était un ardent partisan de la structure hiérarchique de la société, aristocrates en tête, en même temps qu'il défendait avec non moins d'ardeur les réformes sociales les plus décisives en faveur des classes déshéritées. En cela, il restait fidèle à la vérité éternelle de Platon. Vous devriez vous inspirer de ces deux-là. La masse moyenne de la noblesse historique trahit facilement sa vocation, elle se laisse aller à une affirmation égoïste d'elle-même et dégénère spirituellement. Ceux qui s'agrippent à leurs privilèges en les opposant à d'autres sont le moins aristocrates par leur type psychique. La goujaterie est répandue dans le milieu de la noblesse. Lorsque les classes supérieures ont gravement failli à leur vocation et que leur dégénérescence spirituelle est avancée, la révolution mûrit comme un juste châtiment pour les péchés de l'élite. L'avenir de la haute culture, toujours fondée sur le principe hiérarchique, ne peut être sauvé que si l'aristocratie historique se sacrifie, si elle renonce à des restaurations de classe, à ses privilèges, et si elle accepte de servir et de remplir sa mission.


Dans le monde, toutefois, il n'y a pas seulement l'aristocratie historique, où le niveau moyen se crée grâce à la sélection raciale et à la transmission héréditaire, il y a aussi l'aristocratie spirituelle, principe éternel, indépendant de la succession des groupes sociaux et des époques. La première peut porter les traits de l'aristocratisme psychique et corporel, mais elle ne possède pas encore ceux de la seconde. L'aristocratie spirituelle se forme dans le monde selon l'ordre de la grâce personnelle. Elle n'a pas un rapport nécessaire ni privilégié avec un groupe social donné. Sa manifestation, celle du génie, suppose un climat spirituel favorable de la vie des peuples, mais elle n'est pas fonction d'une sélection naturelle ni de l'élaboration d'un niveau moyen de la culture. On n'hérite pas plus du génie que de la sainteté. Les grands hommes naissent à des heures providentiellement déterminées, dans n'importe quel milieu, dans la haute aristocratie aussi bien que parmi les paysans et les bourgeois. Il y a des degrés dans la relation entre l'aristocratie spirituelle et l'aristocratie sociale et historique. Alors que les manifestations de la première, les plus hautes et les plus marquées par la grâce, n'ont pas de rapport avec la seconde avec la sélection organique et l'hérédité, ses niveaux moyens ne manquent pas d'en avoir, car ils dépendent de la tradition sur-individuelle, du choix qui fait se cristalliser le milieu culturel.
Il n'y a pas de loi pour le génie, mais il y en a déjà une pour le talent. Il y a toujours deux aristocraties qui vivent et qui agissent dans le monde : l'exotérique et l'ésotérique. La première se forme et agit sur le plan historique extérieur. On y peut observer une certaine régularité et une base naturelle, biologique. Rien de tel dans l'aristocratie ésotérique, dont les manifestations se situent sur un plan intérieur et caché. Elles relèvent de la grâce, du royaume de l'esprit et non de celui de la nature auquel ressortit le plan historique. L'aristocratie ésotérique constitue dans l'histoire une sorte d'ordre mystérieux qui engendre tout ce qui est grand. Toute cette vie créatrice apparaît sous une forme déjà transformée dans le plan de l'histoire exotérique, adaptée au niveau moyen de l'homme, aux besoins et aux tâches de la culture. Cette distinction est claire dans la vie de l'Eglise. Le royaume des saints ou des starets constitue l'aristocratie religieuse ésotérique. C'est en elle que se trouvent les réalisations les plus hautes de la vie ecclésiale. Il y a en même temps dans l'Eglise une aristocratie exotérique, une hiérarchie régulière, historique. Elle est indispensable à son existence, pour éduquer et conduire les peuples dans le domaine religieux. Elle comporte une sélection et une succession héréditaire nécessaires, pour cristalliser le milieu ecclésial. Elle a une grande mission positive, mais elle ne représente pas l'élément dernier ni le plus profond de la vie religieuse. Les oeuvres spirituelles de la vie secrète des saints passent sous une forme modifiée, exotérique, dans l'existence historique de l'Eglise, aux degrés hiérarchiques extérieurs.

Cette même corrélation de l'ésotérique et de l'exotérique existe dans la vie spirituelle de l'humanité, dans toute la culture. Il y a une aristocratie et une hiérarchie de la culture moyenne, exotérique, où s'effectuent sélection et succession. Elle exige un certain niveau, celui d'abord de l'éducation, de l'instruction, celui de l'intelligence et des capacités. Elle vit et se développe dans la tradition et l'héritage culturels. Et quand vous entreprenez de nier la valeur du niveau intellectuel, vous détruisez la qualité pour la quantité et vous préparez le royaume de la nuit, vous repoussez le peuple en arrière; vous devenez les auteurs d'une régression. Un niveau qualitatif est indispensable au travail culturel comme à toute activité dans l'Etat et dans la société. Cette qualité crée sa propre hiérarchie, son aristocratie, mais une aristocratie exotérique qui agit dans le royaume moyen de l'être étatique et culturel. Plus profondément et au-delà, se situe l'aristocratie ésotérique, spirituelle et supérieure, d'où toutes création, découverte et révélation prennent naissance et qui permet à l'homme de franchir les bornes de ce monde-ci. Elle est le royaume de la sainteté, du génie et de la chevalerie, celui des hommes grands et nobles; c'est la race humaine supérieure.


Le principe personnel apparaît, se cristallise et se développe avant tout dans l'aristocratie. C'est ainsi que la personne sort des éléments ténébreux de la collectivité pour la première fois dans l'histoire. Ensuite, par des moyens complexes et douloureux, il se produit une recherche des conditions favorables à la manifestation de l'aristocratie des élus, à leur sélection qualitative.
Après l'aristocratie du premier degré, celle des degrés suivants s'élabore. Elle n'existe pas seulement en tant qu'une classe, qu'un groupe social; chacun de ceux-ci forme sa propre aristocratie. C'est ainsi que se dégagent celles des paysans, des marchands, des professeurs, des hommes de lettres, des artistes, etc. Et si un tel processus de différenciation et de formation ne s'effectuait pas partout, les forces informes et chaotiques du vulgum pecus tireraient tout vers le bas et ne permettraient pas aux valeurs créatrices d'émerger.

A chaque époque historique incombe la tâche complexe de dissocier et d'établir son aristocratie à plusieurs niveaux. Il n'est pas si facile de décider quelle structure politique et sociale est favorable à cette oeuvre. Vous autres, égalisateurs, vous avez des théories monistes pour toute occasion, mais elles ne valent pas grand-chose. La complexité de la vie les réduit à néant.
Ce n'est pas la prédominance exclusive d'un principe, c'est la combinaison de plusieurs principes qui favorise l'aristocratie véritable. Le principe démocratique peut aussi servir à cette grande oeuvre quand il est limité et subordonné à des principes plus élevés. L'aristocratie et la démocratie sont deux principes intérieurement opposés, métaphysiquement hostiles et qui s'excluent l'un l'autre. Néanmoins, dans la réalité sociale, leur confrontation conduit à des résultats complexes et le principe démocratique peut contribuer au triomphe de l'aristocratie, lorsqu'il ne prétend pas à la suffisance. Il appartient à la société monarchique aussi bien qu'à la démocratique de dégager et de choisir une aristocratie directrice. Une monarchie pure est une abstraction. La monarchie ne se réalise qu'au moyen de l'aristocratie et sa valeur tient d'abord à sa capacité de choisir une aristocratie dirigeante et de l'affermir. Elle entre en décadence quand elle élit non pas les meilleurs, mais les pires.
Dans sa métaphysique, dans sa morale, dans son esthétique, l'esprit du démocratisme contient un très grand danger pour le principe aristocratique de la vie humaine et mondiale, pour le principe qualitatif de la noblesse. La métaphysique, la morale et l'esthétique de la quantité voudraient écraser et détruire toute qualité, tout ce qui s'élève personnellement et en communion avec autrui. Le royaume de la métaphysique, de la morale et de l'esthétique démocratiques est celui non pas des meilleurs, mais des pires. Il renverse définitivement le vieil idéal de la valeur et de la dignité de la race, il déracine les fondements biologiques et spirituels de l'aristocratisme. Son triomphe représente le plus grave péril pour le progrès humain, pour l'élévation qualitative de la nature humaine. Vous aimeriez créer des conditions telles que l'existence de l'aristocratisme, la distinction et la sélection des meilleurs devinssent impossibles dans le monde. C'est un immense mensonge de déclarer que vous voulez libérer la nature humaine. Ce que vous voulez, c'est l'asservir en lui imposant des barrières et des entraves. Vous niez aussi les fondements biologiques de l'aristocratisme, ses bases raciales, ainsi que celles de la grâce et de l'esprit. Vous condamnez l'homme à une existence grise, sans qualités. Il est vrai que vous souhaiteriez porter une masse énorme de l'humanité à un niveau supérieur, vous voudriez l'y contraindre. Non pas que vous appréciiez ni aimiez ce « haut niveau »; vous voulez l'égalitarisme, vous ne supportez pas la distinction et l'élévation. Rehaussez l'homme n'a jamais présenté pour vous le moindre intérêt. Vous oubliez que l'on s'élève par la lutte et la libre sélection. Ce qui vous intéresse par-dessus tout, ce n'est pas d'élever, c'est d'abaisser.
Le mystère de l'histoire vous est inaccessible, votre conscience y reste à jamais aveugle. Le mystère de l'histoire est un mystère aristocratique. Il s'accomplit par la minorité. Celle-ci porte l'esprit de l'universel, lequel est un esprit aristocratique. L'esprit de la majorité, celui de la démocratie, est provincial et particulariste. Dans l'histoire, ce sont la minorité et l'aristocratie qui dirigent. Se rebeller contre leur direction, c'est porter atteinte au mystère de l'histoire. Vous ne réussirez pas à détruire la dissemblance ontologique des âmes, à effacer la différence entre les intelligents et les sots, les doués et les incapables, les nobles et les vils, les beaux et les informes, ceux qui ont la grâce et ceux qui ne la portent pas".
                          
                                                                                                     Nicolas Berdiaev.
                                                                             (chapitre extrait de de l'Inégalité,
1918-1923)

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de l'aristocratie (Berdiaev) 1ère partie

Publié le par Christocentrix

(chapitre extrait du livre de Nicolas Berdiaev "de l'Inégalité" 1918-1923)

 

"En votre siècle démocratique, aimer l'idée aristocratique est devenu le partage du petite nombre. Avoir des sympathies aristocratiques, c'est manifester soit un instinct de classe, soit un esthétisme sans aucune importance pour la vie. En réalité, l'aristocratie a un sens et des fondement plus profonds et plus essentiels. Ils sont aujourd'hui couverts d'ombre et l'on s'est mis à les oublier. Or celui qui s'intéresse à l'essence de la vie, et non à sa surface, devra reconnaître que ce n'est pas l'aristocratie, mais la démocratie qui est privée de bases ontologiques, que c'est justement la démocratie qui ne contient rien de nouménal et dont la nature est purement phénoménologique.
L'idée aristocratique exige la domination réelle des meilleurs; la démocratie, la domination formelle de tous. En tant que gouvernement des meilleurs, qu'exigence d'une sélection qualitative, l'aristocratie reste à jamais un principe supérieur de la vie sociale, la seule utopie digne de l'homme. Et toutes vos clameurs démocratiques, dont vous assourdissez les places et les bazars, ne vont pas déraciner du coeur noble de l'homme le rêve du règne des meilleurs, des élus, elles ne vont pas étouffer cet appel qui monte des profondeurs pour que ceux-ci se manifestent, pour que l'aristocratie entre dans ses droits éternels.

Il convient de rappeler à notre basse époque les paroles de Carlyle dans son livre admirable sur Les Héros et le culte du héros : « Tous les processus sociaux que l'on puisse observer dans l'humanité conduisent vers une seule fin (une autre question est de savoir s'ils l'atteignent ou non). Cette fin consiste à découvrir son Ableman, « son homme capable », et à le revêtir des symboles de la capacité : de grandeur, de vénération, ou de ce que vous voudrez, pourvu qu'il ait la possibilité réelle de gouverner les hommes selon sa capacité. Les discours électoraux, les motions parlementaires, les lois sur les réformes, la Révolution française, tout cela tend essentiellement à cette fin que j'indique; dans le cas contraire, ce n'est plus qu'un parfait non-sens. Trouvez l'homme le plus capable dans un pays donné, placez-le aussi haut que vous le pourrez, respectez-le avec constance, et vous acquerrez un gouvernement tout à fait parfait, et aucun scrutin, aucune rhétorique parlementaire, les votes, les institutions constitutionnelles, en général aucune mécanique ne peuvent plus améliorer d'un iota la situation d'un tel pays ». 

Il convient aussi de rappeler Platon à notre temps. Il y a, dans son utopie aristocratique, quelque chose d'éternel, encore que son enveloppe eût été provisoire. On ne saurait surpasser son principe aristocratique même. Il avait séduit le Moyen Age et il séduira encore les temps à venir. Tant que l'esprit de l'homme est encore vivant et que son image qualitative n'est pas définitivement écrasée par la quantité, l'homme aspirera au règne des meilleurs, à l'aristocratie authentique.
Et que pourriez-vous opposer à ce haut rêve de l'homme, à cette seule utopie valable ? La démocratie, le socialisme, l'anarchie. Je m'en vais analyser ces songes et ces fantasmes qui sont les vôtres. Le principe aristocratique est ontologique, organique, qualitatif. Tout vos principes, démocratiques, socialistes, anarchiques, sont formels, mécaniques, quantitatifs; il sont indifférents aux réalités et aux qualités de l'être, au contenu de l'homme.

En fait, on ne peut même pas opposer la démocratie à l'aristocratie. Ce sont là des notions
incommensurables, de qualités complètement différentes.
La démocratie représentative peut se donner pour but une sélection des meilleurs et l'établissement du règne de l'aristocratie véritable. On peut l'entendre comme l'institution de conditions favorables à un choix qualitatif, à la distinction de l'aristo-cratie. Et son objectif peut consister à rechercher l'aristocratie réelle et non pas formelle, c'est-à-dire à écarter celle qui ne représente pas le règne des meilleurs et à laisser la voie libre à l'authentique. Toutes les démocraties que vous inventez servent mal ces fins, elles les oublient au nom d'intérêts misérables du jour présent. La démocratie devient facilement un instrument formel pour l'organisation des intérêts. La recherche des meilleurs est remplacée par celle des gens qui correspondent le mieux aux intérêts donnés et qui les servent plus efficacement. Par elle-même, la démocratie n'a pas de contenu intérieur, ontologique, et c'est pourquoi elle peut se mettre au service des fins les plus contradictoires. Par cela même, elle se distingue essentiellement de l'aristocratie qui est idéal de noblesse, de race, de qualité.


Ne vous laissez pas tromper par les apparences, ne cédez pas à des illusions trop indigentes. Depuis la création du monde, c'est toujours la minorité qui a gouverné, qui gouverne et qui gouvernera. Cela est vrai pour toutes les formes et tous les genres de gouvernement, pour la monarchie et pour la démocratie, pour les époques réactionnaires et pour les révolutionnaires. On ne saurait échapper au gouvernement de la minorité, et vos efforts démocratiques pour créer le règne de la majorité représentent en fait une pauvre autosuggestion. La seule question qui se pose est de savoir si c'est la minorité la meilleure ou la pire qui gouverne. Une minorité en remplace une autre, c'est tout. Les plus mauvais renversent les meilleurs, ou bien c'est l'inverse. Il ne peut tout simplement pas y avoir de pouvoir ou de gouvernement direct par les masses, ce n'est possible qu'au moment où déferlent les forces de la révolution ou de l'insurrection. Très tôt, une différenciation s'établit et une nouvelle minorité se forme qui s'empare du pouvoir.
Aux époques révolutionnaires, c'est en général une poignée de démagogues qui gouverne en utilisant habilement les instincts des masses. Les gouvernements révolutionnaires qui se prétendent populaires et démocratiques sont toujours la tyrannie d'une minorité, et bien rares ont été les cas où celle-ci était une sélection des meilleurs. La bureaucratie révolutionnaire est généralement d'une qualité encore plus basse que celle que la révolution a renversée. La masse révolutionnaire ne sert jamais qu'à créer le climat favorable à l'instauration de cette tyrannie de la minorité.
Le triomphe de la démocratie n'est-il pas toujours illusoire autant qu'éphémère? Tout aussi fantomatique serait celui du socialisme, s'il était en général possible. Affranchissez-vous du pouvoir des mots et des apparences, scrutez plus attentivement l'essence même de la vie.
Dans la vraie réalité, la question qui se pose invariablement est de savoir si c'est l'aristocratie ou l'ochlocratie qui l'emporte. En réalité, il n'y a que deux types de pouvoir l'aristocratie et l'ochlocratie, le gouvernement des meilleurs ou celui des pires. Mais c'est toujours le petit nombre qui prévaut. La domination de tous ne signifie rien de réel, sinon le chaos obscur, indifférent et indistinct. Le diriger suppose qu'un élément, aristocratie ou oligarchie, se distingue et se met en avant. La tendance à former une noblesse est invincible. Celle-ci demeure pour les siècles le modèle d'un état qualitativement supérieur, d'une race différenciée et choisie.
La bourgeoisie a imité la noblesse; le prolétariat fera de même. Tous les parvenus veulent être des nobles. Dans le socialisme, le prolétariat veut constituer une aristocratie nouvelle. Il appert qu'une minorité à la situation privilégiée est nécessaire dans le monde. La destruction d'une hiérarchie et d'une aristocratie historique ne signifie pas que le principe en soit aboli. Il s'en forme de nouvelles.

Tout ordre vital est hiérarchique, il a son aristocratie. Seul un amas de décombres n'est pas hiérarchisé et aucune qualité aristocratique ne s'en dégage. Si la hiérarchie véritable est violée et l'aristocratie anthentique détruite, il en apparaît de fausses. Une bande d'escrocs et d'assassins, laissés-pour-compte de la société, Peut former une pseudo-aristocratie et représenter quelque principe hiérarchique dans l'ordre social. Telle est la loi de tout ce qui est vivant et qui possède les fonctions de la vie.
Seul un tas de sable peut exister sans hiérarchie ni aristocratie. Et votre négation rationnelle de leurs principes entraîne toujours un châtiment immanent. Au lieu d'une hiérarchie aristocratique, l'on obtient une hiérarchie ochlocratique. Le règne de la tourbe engendre sa propre minorité élue, sélectionne les meilleurs et les plus forts dans la muflerie, les princes des voyous au royaume de Cham. Dans le domaine religieux, le renversement de la hiérarchie du Christ met en place celle de l'antéchrist.
Sans une pseudo-aristocratie, une aristocratie inverse, vous ne pourriez vivre un seul jour. Tous ceux qui sont de la plèbe voudraient entrer dans le cercle de l'aristocratie, envers laquelle l'esprit de la plèbe nourrit haine et jalousie. L'homme du peuple, le plus simple, peut ne pas être plébéien dans ce sens. Le paysan peut avoir des traits de la noblesse véritable, laquelle ignore l'envie, les traits hiérarchiques de sa propre race divinement prédestinée.

 

L'aristocratie est une race au fondement ontologique, aux caractères propres qu'elle n'emprunte à personne. Elle a été créée par Dieu et c'est de Lui qu'elle a reçu ses qualités.
Quand une aristocratie historique tombe, une autre cherche à s'établir. Tant la bourgeoisie, représentant le capital, que le prolétariat, représentant le travail, ambitionnent d'être l'aristocratie. Les prétentions aristocratiques du prolétariat dépassent même celles de toutes les autres classes, car selon la doctrine de ses idéologues, il doit se considérer comme l'élite, comme la classe-messie, comme la seule humanité véritable et la race supérieure. Or tout désir d'entrer dans l'aristocratie, de s'élever jusqu'à elle à partir d'un état inférieur n'est pas aristocratique par essence. Le seul aristocratisme possible est naturel, inné, celui qui vient de Dieu. La mission de l'aristocratie authentique ne consiste pas tant à accéder à des états supérieurs, qu'elle n'aurait pas encore atteints, qu'à condescendre à des états inférieurs.
L'aristocratisme intérieur aussi bien que l'extérieur est inné et non acquis. Son caractère est la générosité et non l'avidité. L'aristocratie véritable peut servir les autres, l'homme et le monde, car elle ne se préoccupe pas de s'élever elle-même, elle est située suffisamment haut par nature, dès le départ. Elle est sacrificielle. C'est en cela que réside la valeur éternelle de son principe.
Dans la société humaine, il faut qu'il y ait des gens qui n'ont pas besoin de s'élever et que ne chargent pas les traits sans noblesse de l'arrivisme. Les droits de l'aristocratie sont inhérents, non procurés. Il faut qu'il y ait dans le monde des gens aux droits innés, un type psychique qui ne soit pas plongé dans l'atmosphère de la lutte pour l'obtention de droits. Ceux qui en acquièrent par le travail et le combat n'en sont pas moins sujets au ressentiment, à la vexation, souvent à la haine; ils portent le fardeau de leur passé peu éminent. Je ne parle certes pas des hommes exceptionnels qui sont au-dessus de la loi, j'entends le niveau moyen.

Il n'y a de possible et de justifiée que l'aristocratie de grâce divine, par l'origine et la vocation spirituelles, et aussi par l'extraction noble, par la relation avec le passé. Ce que vous considérez comme injuste et révoltant dans la position de l'aristocrate est précisément la justification de son existence dans le monde, le privilège de ses origines, de sa naissance, non de ses mérites personnels. Seul est aristocrate celui qui l'est indépendamment de ses mérites et de son industrie. Et il convient qu'il en soit ainsi dans le monde. Le génie et le talent relèvent de l'aristocratie spirituelle parce qu'ils sont gratuits, qu'ils ne sont pas mérités ni obtenus par le travail. Ils sont reçus de naissance, dès l'origine et par héritage spirituel. L'aristocratie spirituelle a la même nature que l'aristocratie sociale, historique, c'est toujours une race privilégiée qui a reçu en don ses avantages. Et une telle race spirituellement et physiquement privilégiée doit exister dans le monde afin que les caractères nobles de l'âme puissent s'exprimer. La noblesse est bien le fondement psychique de tout aristocratisme. Elle ne s'acquiert pas, elle est un don du sort, elle est une propriété de la race. La noblesse est une espèce de grâce psychique. Elle est directement opposée à toute susceptibilité et à toute envie, elle est conscience du fait que l'on appartient à la hiérarchie véritable, à ce que l'on s'y trouve dès l'origine et par naissance. Celui qui est noble sait qu'il y a des degrés qui lui sont hiérarchiquement supérieurs, mais cela ne provoque chez lui aucune amertume, ne l'humilie pas, n'affecte pas sa dignité. Le sentiment de sa dignité représente également une base psychique de l'aristocratisme, elle n'est pas non plus acquise, elle est donnée. Telle est la dignité des fils dont le père est noble. L'aristocratisme est une filiation, il suppose le lien ancestral. Ceux qui n'ont pas d'origine, qui ne connaissent pas leur père ne peuvent être des aristocrates.


L'aristocratisme de l'homme, qui est le plus haut degré hiérarchique de l'être, c'est celui de la filiation divine, celui des fils de Dieu qui sont nés noblement. Voilà pourquoi le christianisme est une religion aristocratique, celle des libres fils de Dieu, celle de la grâce donnée gratuitement par Dieu. La doctrine de la grâce est un enseignement aristocratique.
Toute psychologie de l'offense ou de la revendication n'est pas aristocratique, c'est une psychologie plébienne. Aristocratique est la psychologie de la faute, celle des libres enfants de Dieu. Il est plus propre à l'aristocrate de se sentir coupable que vexé. Le christianisme est pénétré de cette psychologie-là. La conscience chrétienne des enfants de Dieu et non pas des esclaves du monde, celle des fils de la liberté et non pas de ceux de la nécessité est la conscience aristocratique. Ceux qui se sentent les rejetons illégitimes de Dieu, offensés par le sort, perdent leurs traits de noblesse. L'aristocrate doit avoir le sentiment que tout ce qui l'élève est reçu de Dieu et tout ce qui l'abaisse est l'effet de sa propre faute. Cette attitude est absolument opposée à la psychologie plébéienne qui considère tout ce qui élève comme un bien acquis et tout ce qui abaisse comme une insulte et comme la faute d'autrui. Le type de l'aristocrate s'oppose à celui de l'esclave et du parvenu. Il s'agit là de races psychiques différentes. Un ouvrier peut avoir une tournure aristocratique de l'âme, alors qu'un noble peut n'être qu'un laquais.


Et vous, vous voudriez rabaisser la qualité de la race humaine, éliminer les traits aristocratiques de l'image de l'homme. La noblesse vous répugne. Vous bâtissez votre royaume sur la psychologie plébéienne, celle de la vexation, de la jalousie et de la haine.Vous prenez ce qu'il y a de plus mauvais chez l'ouvrier et le paysan, chez la bohème intellectuelle, et vous voulez créer avec cela la vie future. Vous en appelez aux instincts vindicatifs de la nature humaine. Votre bien naît du mal, vous voulez faire briller votre lumière à partir des ténèbres.
Votre Marx a enseigné que la nouvelle société devait naître du mal et dans le mal, et le soulèvement des sentiments humains les plus sombres et les plus laids était pour lui le moyen d'y parvenir. Au type psychique de l'aristocrate, il a opposé celui du prolétaire. Or celui-ci est bien l'homme qui ne veut pas connaître son origine et qui n'honore pas ses ancêtres, pour lequel il n'existe ni race ni patrie. La conscience prolétaire place la susceptibilité, l'envie et la vengeance au rang des vertus de l'homme nouveau. Elle voit une libération dans la révolte et l'insurrection qui constituent le plus terrible esclavage de l'âme, son asservissement aux choses extérieures, au monde matériel. Le prolétaire est rejeté à la surface, l'aristocrate doit vivre à une profondeur plus grande, en sentant des racines et des liens plus profonds. La conscience prolétaire déchire la relation des temps, elle détruit le cosmos. Une telle psychologie ne doit pas être inévitablement celle de l'ouvrier, de l'homme qui se trouve aux degrés inférieurs de l'échelle sociale. L'esclave peut sentir lui aussi son rapport filial avec Dieu, avec sa patrie, son père et sa mère. Il est capable d'éprouver dans son âme le sentiment profond de sa liaison avec le grand tout national et cosmique, de sa place dans la hiérarchie.
J'ai connu de simples ouvriers qui étaient plus aristocratiques que bien des nobles. Mais vous ne voulez pas que l'ouvrier se trouve dans cet état de noblesse, vous voulez en faire un vrai prolétaire et un plébéien par conviction. A la base de votre royaume qui nie tout aristocratisme, vous placez le soulèvement de l'esclave et l'insurrection du plébéien. Or il y a dans la révolte quelque chose de servile. Le noble qui a conscience de sa dignité supérieure, qui maintient en lui-même la haute image supérieure de l'homme, l'aristocrate, par l'âme ou par le sang, s'il n'a pas dégénéré et s'il n'a pas déchu, trouvera d'autres moyens pour défendre la vérité et la justice, pour confondre l'iniquité et le mensonge.
Une vie nouvelle et meilleure peut naître de l'aristocratisme intérieur quand l'âme est rendue noble. Mais elle ne naîtra jamais de la serviture insurgée ni d'un vil refus de toute sainteté et de toute valeur. Votre type de prolétaire est une négation incarnée de l'éternité, une affirmation de la corruption et du temporel. Le type de l'aristocrate véritable vise l'éternel.

Il y a dans l'aristocratisme une injustice, un caprice, un arbitraire divins sans lesquels la vie cosmique et la beauté de l'univers sont impossibles. La plate exigence plébéienne et prolétarienne d'une équité nivelante, qui consiste à rendre à chacun selon la quantité de son travail, est une atteinte à l'épanouissement de la vie, à l'abondance divine. A une profondeur plus grande encore, c'est un attentat contre le mystère de la grâce : on réclame qu'il soit entièrement rationalisé. Seulement, dans un tel luxe injuste de Dieu, il peut y avoir un sens caché, supérieur, de la vie du monde, sa fleur.
Dans l'histoire, l'aristocratie peut déchoir et dégénérer et c'est ce qui arrive habituellement. Elle peut facilement se cristalliser, se scléroser, se clore sur elle-même et se fermer aux mouvements créateurs de la vie. Elle a tendance à former une caste. Elle commence alors à s'opposer au peuple, elle trahit sa vocation, et au lieu de servir, elle exige des privilèges. Or l'aristocratisme est non pas un droit, mais une obligation. La vertu aristocratique donne, elle ne prend pas. L'aristocrate est celui auquel il est donné davantage et qui peut partager son surcroît.

Par nature, la lutte pour le pouvoir et pour des intérêts n'est pas aristocratique. Le pouvoir des meilleurs et des plus nobles, des plus forts selon leurs dons, est non pas un droit, mais un devoir, non pas une prétention, mais un service. Les droits des meilleurs sont innés. La lutte qu'ils mènent et le travail qu'ils accomplissent visent à remplir une mission. De par son idée même, l'aristocratie est sacrificielle. Mais elle peut trahir son idée. Alors, elle s'accroche par trop à ses avantages extérieurs et elle tombe.
Cependant, il convient de se rappeler toujours que les masses populaires sortent de l'ombre et qu'elles communient avec la culture par l'intermédiaire de l'aristocratie qui s'en est distinguée et qui remplit sa tâche. Elle est sortie la première des ténèbres et elle a reçu la bénédiction de Dieu. A un certain degré du développement historique, elle doit renoncer à quelques-uns de ses droits pour continuer à jouer un rôle créateur dans l'histoire.
S'il y a encore en Russie une aristocratie authentique, elle doit renoncer par sacrifice à lutter pour ses privilèges foulés aux pieds. L'aristocratie n'est pas une classe, elle est un principe spirituel, invincible par nature, et qui agit dans le monde sous différentes formes et dans diverses formations.       
                                                                         (suite de l'article, message suivant...)

    

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